EPISODE · Apr 9, 2024 · 4 MIN
Forough Farrokhzad 3/5
from Ondes poétiques · host RCF Saint-Étienne
Mercredi 10 Avril Forough Farrokhzad est une des plus belles voix de la poésie iranienne. Sa vie même, - autant que son œuvre-, l'a rendue célèbre. C'est la première poétesse iranienne contemporaine à s'exprimer en tant que femme avec le courage que cela implique. Aujourd'hui, je vous lis: Une autre naissance Toute mon existence est un verset obscur Qui se répète et te ramène À l'aube des éclosions et des croissances perpétuelles Dans ce verset Je t'ai soupiré, j'ai soupiré Dans ce verset Je t'ai greffé à l'arbre, à l'eau, au feu La vie, c'est peut-être Une longue rue où passe chaque jour une femme avec un panier La vie, c'est peut-être Une corde avec laquelle un homme se pend à une branche La vie, c'est peut-être un enfant qui revient de l'école La vie, c'est peut-être allumer une cigarette Dans la langueur qui s'étire entre deux étreintes Ou c'est l’œil distrait d'un passant Qui à un autre dit en levant son chapeau avec un sourire banal bonjour La vie c'est peut-être Le moment sans issue où mon regard se dissout dans tes pupilles Et à cette sensation je mêle la perception de la lune et des ténèbres Dans une chambre à la mesure d'une solitude Mon cœur, à la mesure d'un amour Se tourne vers les raisons naïves de son bonheurVers le jeune arbre que tu as planté dans notre jardin Vers les canaris qui chantent à la mesure d'une fenêtre Ah... C'est mon sort C'est mon sort Mon sort, c'est un ciel qu'un rideau m'empêche de voir Mon sort, c'est descendre un escalier désert Et rejoindre quelque chose dans le pourrissement et l'abandon Mon sort, c'est marcher nostalgique sur les terres du souvenir Et défaillir dans la tristesse d'une voix me disant : J'aime tes mains Je plante mes mains dans le jardinEt je sais, je sais, je sais, je vais verdir Et dans mes paumes violacées d'encre Les hirondelles vont venir pondre J'accroche deux boucles de cerises rouges à mes oreilles Je colle des pétales de dahlia sur mes ongles Il existe une rue Où des garçons les cheveux en bataille Le cou mince et les jambes maigres Étaient amoureux de moi Et pensent encore aux sourires innocents d'une feuille Qu'une nuit le vent a emporté Il existe une rue que mon cœur a volé Aux quartiers de mon enfance Moi Je connais une petite fée triste Qui habite un océan Et qui souffle son cœur dans une flûte en roseau Si doucement, doucement Une petite fée triste qui la nuit meurt d'un baiser Et d'un baiser au matin renaîtra In Seule la voix demeure, p.89Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Mercredi 10 Avril Forough Farrokhzad est une des plus belles voix de la poésie iranienne. Sa vie même, - autant que son œuvre-, l'a rendue célèbre. C'est la première poétesse iranienne contemporaine à s'exprimer en tant que femme avec le courage que cela implique. Aujourd'hui, je vous lis: Une autre naissance Toute mon existence est un verset obscur Qui se répète et te ramène À l'aube des éclosions et des croissances perpétuelles Dans ce verset Je t'ai soupiré, j'ai soupiré Dans ce verset Je t'ai greffé à l'arbre, à l'eau, au feu La vie, c'est peut-être Une longue rue où passe chaque jour une femme avec un panier La vie, c'est peut-être Une corde avec laquelle un homme se pend à une branche La vie, c'est peut-être un enfant qui revient de l'école La vie, c'est peut-être allumer une cigarette Dans la langueur qui s'étire entre deux étreintes Ou c'est l’œil distrait d'un passant Qui à un autre dit en levant son chapeau avec un sourire banal bonjour La vie c'est peut-être Le moment sans issue où mon regard se dissout dans tes pupilles Et à cette sensation je mêle la perception de la lune et des ténèbres Dans une chambre à la mesure d'une solitude Mon cœur, à la mesure d'un amour Se tourne vers les raisons naïves de son bonheur Vers le jeune arbre que tu as planté dans notre jardin Vers les canaris qui chantent à la mesure d'une fenêtre Ah... C'est mon sort C'est mon sort Mon sort, c'est un ciel qu'un rideau m'empêche de voir Mon sort, c'est descendre un escalier désert Et rejoindre quelque chose dans le pourrissement et l'abandon Mon sort, c'est marcher nostalgique sur les terres du souvenir Et défaillir dans la tristesse d'une voix me disant : J'aime tes mains Je plante mes mains dans le jardin Et je sais, je sais, je sais, je vais verdir Et dans mes paumes violacées d'encre Les hirondelles vont venir pondre J'accroche deux boucles de cerises rouges à mes oreilles Je colle des pétales de dahlia sur mes ongles Il existe une rue Où des garçons les cheveux en bataille Le cou mince et les jambes maigres Étaient amoureux de moi Et pensent encore aux sourires innocents d'une feuille Qu'une nuit le vent a emporté Il existe une rue que mon cœur a volé Aux quartiers de mon enfance Moi Je connais une petite fée triste Qui habite un océan Et qui souffle son cœur dans une flûte en roseau Si doucement, doucement Une petite fée triste qui la nuit meurt d'un baiser Et d'un baiser au matin renaîtra In Seule la voix demeure, p.89 Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Forough Farrokhzad 3/5
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