EPISODE · Dec 23, 2025 · 27 MIN
Lire les psaumes aujourd'hui : une théologie du psautier - 38
from Une miette de théologie · host Bontemps Véronique
Psaume 86 (Hébreu 87) : Prière au Dieu qui fait merveilleVoici un psaume fascinant qui témoigne d’une relecture d’autres textes bibliques, sans doute de la main des sages qui ont succédé aux prophètes. L’intertextualité du psaume 86 se vérifie tant par rapport à d’autres psaumes que vis-à-vis de la théologie du Sinaï en Ex 34-36. Le psalmiste ne confesse aucun péché tout en invoquant un Dieu de miséricorde et de pardon. Cela est typique de périodes tardives de l’AT (sages). Le psaume semble bien issu du milieu sapientiel qui relit et relie torah et prophètes dans une application à des situations de détresse individuelles et collectives. Il comporte trois parties : v. 1-7 ; 8-13 ; 14-17. Chacune des trois sections a un profil singulier, mais elles sont également intimement intriquées thématiquement entre elles. Ainsi la première et la troisième section sont disposées en miroir autour de la section hymnique centrale. Surtout au centre de chacune des trois strophes, des attributs divins sont mentionnés pour asseoire les requêtes sur une connaissance de l’être même de Dieu. Ce sont en particulier les attributs que Dieu lui-même s’attribue en première personne dans la théophanie d’Ex 34,6-7.10, qui sont repris par le psalmiste pour s’adresser à Dieu. Ce sont les raisons invoquées par le psalmiste pour demander à Dieu son aide : « Seigneur tu es pardon et bonté, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent » (5), « car tu es grand et tu fais des merveilles, toi Dieu et toi seul » (10), « toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour et de vérité » (15). Tel est le mystère de son Nom (9.11.12) que Dieu a précisément révélé dans sa nature profonde lors de la théophanie de pardon au Sinaï (Ex 34,5b). La prière finale est que Dieu « accomplisse/fasse/œuvre » un « signe » (17) en faveur du psalmiste, lui qui est Dieu est l’auteur (le « faiseur ») de « signes » (10), c’est-à-dire de merveilles. Il est intéressant d’observer que ce psaume, sorte d’initiation à la prière en ce qu’il recueille l’enseignement que les sages tirent des manifestations divines en faveur de son peuple, donne à Augustin l’occasion d’élaborer une théologie chrétienne de la prière. En effet, ces psaumes que le Christ a priés sont offerts à l’Église comme des prières du peuple d’Israël sur son chemin de salut, mais ils sont offerts à l’Église également comme des textes que l’accomplissement de l’œuvre divine en Jésus-Christ a renouvelés dans leur signification, et aussi dans l’identification des locuteurs : ce n’est plus un fidèle qui prie son Dieu, en s’appuyant sur la tradition spirituelle des pères, c’est le Christ qui prie, que l’on prie et en qui l’on prie.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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Psaume 86 (Hébreu 87) : Prière au Dieu qui fait merveilleVoici un psaume fascinant qui témoigne d’une relecture d’autres textes bibliques, sans doute de la main des sages qui ont succédé aux prophètes. L’intertextualité du psaume 86 se vérifie tant par rapport à d’autres psaumes que vis-à-vis de la théologie du Sinaï en Ex 34-36. Le psalmiste ne confesse aucun péché tout en invoquant un Dieu de miséricorde et de pardon. Cela est typique de périodes tardives de l’AT (sages). Le psaume semble bien issu du milieu sapientiel qui relit et relie torah et prophètes dans une application à des situations de détresse individuelles et collectives. Il comporte trois parties : v. 1-7 ; 8-13 ; 14-17. Chacune des trois sections a un profil singulier, mais elles sont également intimement intriquées thématiquement entre elles. Ainsi la première et la troisième section sont disposées en miroir autour de la section hymnique centrale. Surtout au centre de chacune des trois strophes, des attributs divins sont mentionnés pour asseoire les requêtes sur une connaissance de l’être même de Dieu. Ce sont en particulier les attributs que Dieu lui-même s’attribue en première personne dans la théophanie d’Ex 34,6-7.10, qui sont repris par le psalmiste pour s’adresser à Dieu. Ce sont les raisons invoquées par le psalmiste pour demander à Dieu son aide : « Seigneur tu es pardon et bonté, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent » (5), « car tu es grand et tu fais des merveilles, toi Dieu et toi seul » (10), « toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour et de vérité » (15). Tel est le mystère de son Nom (9.11.12) que Dieu a précisément révélé dans sa nature profonde lors de la théophanie de pardon au Sinaï (Ex 34,5b). La prière finale est que Dieu « accomplisse/fasse/œuvre » un « signe » (17) en faveur du psalmiste, lui qui est Dieu est l’auteur (le « faiseur ») de « signes » (10), c’est-à-dire de merveilles. Il est intéressant d’observer que ce psaume, sorte d’initiation à la prière en ce qu’il recueille l’enseignement que les sages tirent des manifestations divines en faveur de son peuple, donne à Augustin l’occasion d’élaborer une théologie chrétienne de la prière. En effet, ces psaumes que le Christ a priés sont offerts à l’Église comme des prières du peuple d’Israël sur son chemin de salut, mais ils sont offerts à l’Église également comme des textes que l’accomplissement de l’œuvre divine en Jésus-Christ a renouvelés dans leur signification, et aussi dans l’identification des locuteurs : ce n’est plus un fidèle qui prie son Dieu, en s’appuyant sur la tradition spirituelle des pères, c’est le Christ qui prie, que l’on prie et en qui l’on prie. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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