Valéry Molet : « Demain, il faudra juste se taire, un an sur deux » episode artwork

EPISODE · Aug 26, 2020 · 3 MIN

Valéry Molet : « Demain, il faudra juste se taire, un an sur deux »

from L'Arche de Nova · host Radio Nova

« Dans la perspective d’un monde plus juste, où les crapauds parleraient, où les chiens écriraient l’Histoire des croquettes, j’aimerais évoquer l’instauration d’une année du silence. » La voix est sûre, le timbre grave, les propos surréalistes. Historien de formation, énarque issu de la même promo qu’Emmanuel Macron, auteur d’une dizaine d’ouvrages (romans et poésies, aux titres souvent funèbres : Le Nœud du pendu, Le Crématorium inutile, La Pâture des vers, Aucune ancre au fond de l’abîme), l’écrivain parisien Valéry Molet nous adresse – depuis la Bretagne – une drôle d’apologie pataphysique du silence. Mais qu’est-ce que le silence ? « Foutre ! C’est comme la poésie, personne n’en sait rien (…) Ce n’est ni une lame de rasoir, ni une casquette, ni une banane molle abandonnée sur la banquette arrière d’une carcasse de voiture. » Pour celles et ceux qui aiment les nuages, cet admirateur de Pouchkine, de Céline et de Virginia Woolf préconise le vote par référendum d’un an de mutisme absolu, tous les deux ans, afin que plus rien « ne bruisse ou ne gigote », le tout sous des « pluies torrentielles », afin de contrer semble-t-il l’atmosphère générale de « fête tristounette » et de « laisser-aller vestimentaire » – notamment vis-à-vis de notre usage préoccupant des claquettes. La France a peur, car ici, « les récalcitrants seraient condamnés à vivre sur la côte d’Azur ».Comme rien n’arrive par hasard, Valéry Molet publiera en 2021 un bref essai sur ce « roman qui empeste, dont l’odeur vous poursuit », Gilles, de l’écrivain Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945, dandy, dada, séducteur compulsif, d’abord républicain, ami d’Aragon, de Lacan, de Malraux, qui vira ensuite « socialiste fasciste » et collabo) aux éditions Le Feu Sacré. Où l’on pourra lire, encore : « Si seulement, on pouvait rendre tout silencieux et vide pendant quelques instants, on s’apercevrait avec ironie que rien ne nous manque (…) Tout bipe. On fait une marche arrière, cela bipe. On frôle une voiture, cela bipe. Les restaurants, les gares, les hôtels bipent nuit et jour à rendre fou un coléoptère. Les téléphones bipent, sonnent, rôdent dans les absides du bruit. (…) Les neurones grillent. Cela sent la saucisse. »Image : Edward Hopper, Route à quatre voies (1956).

« Dans la perspective d’un monde plus juste, où les crapauds parleraient, où les chiens écriraient l’Histoire des croquettes, j’aimerais évoquer l’instauration d’une année du silence. » La voix est sûre, le timbre grave, les propos surréalistes. Historien de formation, énarque issu de la même promo qu’Emmanuel Macron, auteur d’une dizaine d’ouvrages (romans et poésies, aux titres souvent funèbres : Le Nœud du pendu, Le Crématorium inutile, La Pâture des vers, Aucune ancre au fond de l’abîme), l’écrivain parisien Valéry Molet nous adresse – depuis la Bretagne – une drôle d’apologie pataphysique du silence. Mais qu’est-ce que le silence ? « Foutre ! C’est comme la poésie, personne n’en sait rien (…) Ce n’est ni une lame de rasoir, ni une casquette, ni une banane molle abandonnée sur la banquette arrière d’une carcasse de voiture. » Pour celles et ceux qui aiment les nuages, cet admirateur de Pouchkine, de Céline et de Virginia Woolf préconise le vote par référendum d’un an de mutisme absolu, tous les deux ans, afin que plus rien « ne bruisse ou ne gigote », le tout sous des « pluies torrentielles », afin de contrer semble-t-il l’atmosphère générale de « fête tristounette » et de « laisser-aller vestimentaire » – notamment vis-à-vis de notre usage préoccupant des claquettes. La France a peur, car ici, « les récalcitrants seraient condamnés à vivre sur la côte d’Azur ». Comme rien n’arrive par hasard, Valéry Molet publiera en 2021 un bref essai sur ce « roman qui empeste, dont l’odeur vous poursuit », Gilles, de l’écrivain Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945, dandy, dada, séducteur compulsif, d’abord républicain, ami d’Aragon, de Lacan, de Malraux, qui vira ensuite « socialiste fasciste » et collabo) aux éditions Le Feu Sacré. Où l’on pourra lire, encore : « Si seulement, on pouvait rendre tout silencieux et vide pendant quelques instants, on s’apercevrait avec ironie que rien ne nous manque (…) Tout bipe. On fait une marche arrière, cela bipe. On frôle une voiture, cela bipe. Les restaurants, les gares, les hôtels bipent nuit et jour à rendre fou un coléoptère. Les téléphones bipent, sonnent, rôdent dans les absides du bruit. (…) Les neurones grillent. Cela sent la saucisse. » Image : Edward Hopper, Route à quatre voies (1956).

NOW PLAYING

Valéry Molet : « Demain, il faudra juste se taire, un an sur deux »

0:00 3:50

No transcript for this episode yet

We transcribe on demand. Request one and we'll notify you when it's ready — usually under 10 minutes.

Frequently Asked Questions

How long is this episode of L'Arche de Nova?

This episode is 3 minutes long.

When was this L'Arche de Nova episode published?

This episode was published on August 26, 2020.

What is this episode about?

« Dans la perspective d’un monde plus juste, où les crapauds parleraient, où les chiens écriraient l’Histoire des croquettes, j’aimerais évoquer l’instauration d’une année du silence. » La voix est sûre, le timbre grave, les propos surréalistes....

Can I download this L'Arche de Nova episode?

Yes, you can download this episode by clicking the download button on the episode player, or subscribe to the podcast in your preferred podcast app for automatic downloads.
URL copied to clipboard!