PODCAST · news
amaizo.info
by amaizo.info
Le savoir au service de l'interdépendance
-
10
COP 29 ET CHANGEMENT CLIMATIQUE : Changer de format et de logiciel culturel décisionnel
COP 29 ET CHANGEMENT CLIMATIQUE : Changer de format et de logiciel culturel décisionnel Dr. Yves Ekoué AMAÏZO Directeur général, Afrocentricity Think Tank [email protected] 29 novembre 2024 Les COP 28 et 29 se sont tenues dans des pays qui promeuvent les hydrocarbures, à savoir les Emirats Arabes Unis et l’Azerbaïdjan. Si ceux qui doivent accueillir les conférences des Nations Unies sur le changement climatique sont des promoteurs directs ou indirects de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, alors il faut croire que de nombreux dirigeants qui soutiennent ces initiatives de « façade » ne sont pas conscients du risque qu’encoure l’humanité du fait du réchauffement climatique induit. Alors les discussions et les négociations ne sont-elles que des lettres mortes dès lors que la volonté politique mondiale, -secteur public gouvernemental, secteur privé et organisations non gouvernementales inclus-, les réduisent à leur plus petit dénominateur commun à savoir : ne promouvoir que 10 % des engagements pris ? RT en Français Invité du journal du 24 novembre 2024 portant sur la COP 29 qui s’est tenue à Baku : Dr. Yves Ekoué AMAÏZO. Titre : Président Afrocentricity Think Tank, basé en Autriche, Vienne. Dimanche 24 novembre 2024. https://disk.yandex.ru/i/Dc4NGAh0-zQngA 1. COP 29 A BAKU EN AZERBAIDJAN La Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2024 dit COP en est à son 29e sommet international. La COP 29 s’est tenue du 11 au 22 novembre 2024 à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan. La précédente COP 28 s’est tenue à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis, du 30 novembre au 13 décembre 2023. La prochaine aura lieu à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre 2025. Elle portait sur des échanges d’expériences, de propositions et de « négociations[1] ». Le principal objet était de déterminer un montant de financement à fournir par les pays les plus pollueurs en faveur des pays subissant les effets négatifs. Les principaux projets visaient à limiter le réchauffement climatique et à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Tous les représentants gouvernementaux des États membres de l’ONU, ainsi que l’État de Palestine, le Saint-Siège, Niue, les Îles Cook et l’Union européenne avaient été invités. Plusieurs organisations non gouvernementales qui n’avaient pas droit à la prise de décision étaient aussi présentes. 2. PRINCIPAUX POLLUEURS : RESPONSABILILTÉ OCCIDENTALE ÉLARGIE AUX PAYS ÉMERGENTS Plus personne ne remet en cause le fait que les pays occidentaux ont historiquement été les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle promue par l’enrichissement illicite partiel sur le travail non rémunéré qu’ont permis, entre autres, l’esclavage, la traite des noirs, la colonisation et l’exploitation de l’Afrique sans retour pour les Africains. Après la seconde guerre mondiale, il faut nommer les États-Unis, le Canada, les pays de l’Union européenne, et le Japon puis plus récemment dans les années 70-80, la Chine et l’Inde, et dans les années 90-2000, l’Arabie Saoudite et de nombreux pays producteurs de pétrole et de gaz comme devant figurer parmi les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre en raison principalement de leur croissance économique rapide et de leur industrialisation fondée sur l’énergie à partir de l’hydrocarbure. Adopté le 12 décembre 2015 lors de la COP 21, qui s’est tenue à Paris, en France, l’accord est entré en vigueur le 4 novembre 2016. Son objectif primordial est de maintenir « l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels » et de poursuivre les efforts « pour limiter l’augmentation de la température à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels. ». Toutefois, les dirigeants du monde sont globalement d’accord pour « limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici la fin de ce siècle ». La réalité et les pratiques sont tout autre ! Le difficile consensus de l’Accord de Paris sur le changement climatique[2] s’est achevé sur un consensus ambivalent de la responsabilité partagée. Sauf qu’historiquement, du fait de la responsabilité historique des pays industrialisés, les pays les moins industrialisés, l’Afrique en particulier, ont plaidé pour que les pays riches s’engagent « volontairement » à : prendre des mesures radicales pour réduire leurs émissions ; et à financer au moins partiellement les pays subissant directement ou indirectement la pollution et ses conséquences générées par les externalités climatiques négatives dont sont responsables principalement les pays riches industrialisés tout en recommandant à chaque pays d’offrir avant la fin 2020 des plans d’action climatique, appelés contributions nationales déterminées (NDC) pour réduire les gaz à effet de serre. Des financements publics devaient être mis en place par les pays industrialisés comme une « aide » financière pour soutenir les pays les plus vulnérables, le tout sur une base volontaire. Ce financement du climat devait aller à des mesures : d’atténuation pour réduire les émissions de manière significative ; d’adaptation pour lutter contre le changement climatique et s’adapter aux effets néfastes et réduire les conséquences du changement climatique ; favorisant le développement et le transfert de technologies pour améliorer la résilience au changement climatique et réduire les émissions de gaz à effet de serre ; et de soutien institutionnel notamment par des actions de renforcement des capacités et des capabilités dans les pays justifiant une urgence ou un besoin pour faire face aux conséquences du changement climatique, non sans oublier des politiques et des stratégies de réduction des émissions. 3. COP 29 : MAUVAIS ACCORDS OU RÉSULTATS CONCRETS INSUFFISANTS Rappelons tout de même quelques résultats concrets et quelques avancées spécifiques en référence à la précédente COP 28. Quelques points peuvent être mis en exergue. Les négociations ont finalement abouti à un consensus sur la mise en place de mécanismes de marché pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les pays doivent coopérer entre eux pour atteindre leurs objectifs climatiques de manière plus efficace et à moindre coût. Il y a eu un accord sur les marchés du carbone[3]. Il s’agit principalement de l’Article 6 de l’Accord de Paris qui permet aux pays de transférer des réductions d’émissions entre eux à travers des accords bilatéraux ou multilatéraux. Autrement dit, un pays peut acheter des crédits carbone d’un autre pays qui a réussi à réduire ses émissions au-delà de ses propres objectifs. Ce mécanisme centralisé de crédit carbone devra être supervisé par l’ONU. Ce mécanisme vise à garantir que les réductions d’émissions sont réelles, mesurables et vérifiables, et qu’elles contribuent à une réduction globale des émissions. Certains aspects offrent des approches non marchandes, à savoir de transférer des technologies et du savoir-faire et de renforcer les capacités et capabilités dans les pays qui subissent les externalités climatiques afin de leur faciliter la transition leur permettant d’atteindre leurs objectifs climatiques sans recourir aux marchés du carbone. Or, face à ces objectifs nobles, il faut du financement substantiel. C’est la raison pour laquelle de nombreux responsables des pays du Sud global, les pays africains en particulier estiment qu’il s’agit là d’un « mauvais accord» tant sur le financement insuffisant, sur les normes portant sur les projets de crédit carbone, que sur les modalités mêmes d’organisation des marchés du carbone. 4. COP 29 : FINANCEMENT INSUFFISANT NON SANS RETOUR SUR INVESTISSEMENT L’un des principaux résultats financiers se traduit par des objectifs à atteindre d’ici 2035. En effet, les pays du Nord global, notamment les pays Occidentaux se sont engagés à fournir 300 milliards de dollars américains ($EU) de financement public international par an d’ici 2035 aux pays du Sud global, sans d’ailleurs que les contributions des pays émergents ne soient clairement définies. Ce montant prévisionnel passe à environ 1,3 milliards de $EU[4] si l’on prend en compte les sources publiques et privées[5]. Or, les sources privées reposent principalement sur des prêts avec des taux d’intérêts peu adaptés à des projets à rentabilité indirecte. Dès lors qu’il s’agira de rentabilité directe, il faudra prendre en compte les retours sur investissement. Or, il apparaît que même les Etats, donc les ressources publiques pourraient être soumises à l’urgence du « retour sur investissement ». Cela pourrait alors se traduire par des pertes de souveraineté, des ingérences diverses dans les affaires intérieures des pays du sud global. 5. POUVAIT-ON ESPÉRER OBTENIR PLUS DE 300 MILLIARDS DE $EU LORS DE LA COP 29 ? L’accord de 300 milliards $EU sur la finance climat, conclu lors de la COP29 à Bakou, Azerbaïdjan est insuffisant pour de nombreux pays bénéficiaires, notamment ceux du Sud Global. Il sera difficile d’espérer obtenir plus. Les pays africains avaient calculé et souhaitaient obtenir justement un montant proche des 300 milliards de $EU rien que pour l’Afrique. Il n’en fut rien. Le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) avait estimé que les pays africains avaient besoin de 277 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour faire face efficacement à la crise climatique. En extrapolant, il s’agirait des 300 milliards de $EU jusqu’en 2035. Or, aujourd’hui en 2024/2025, ces pays africains ne perçoivent qu’environ 30 milliards de $EU par an, soit à peine 10 %. Il faut donc comprendre que la somme qui sera effectivement perçue par l’Afrique ne devrait pas dépasser les 10 % des 300 milliards de $EU promis pour tous les pays en développement, majoritairement membres du Sud global. Aussi, les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire. Bien que le montant promis soit largement inférieur aux besoins réels pour faire face à l’urgence climatique, la somme de 300 milliards de $EU est supérieure aux engagements précédents de 100 milliards de $EU par an. Les engagements existants ne sont pas tenus. En outre, bien que les pays occidentaux aient promis 100 milliards de $EU par an lors de l’Accord de Paris, ils ont souvent du mal à respecter cet engagement. Les nouveaux engagements, comme les 300 milliards de dollars annuels discutés à la COP29, sont perçus comme un progrès, mais restent insuffisants par rapport aux besoins réels. 6. LES DÉCEPTIONS : LA SOLUTION PASSE PAR UNE MEILLEURE INCLUSIVITÉ Certains pays du Sud global ont clairement indiqué leur déception comme l’Inde[6], la Bolivie, le Nigeria, le Malawi, le Soudan[7] – pour ne citer que ces pays-, qualifiant l’effort des pays du Nord global de « lamentablement faible ». Les pays africains de la zone franc ont brillé par leur silence. La délégation indienne a rappelé qu’il y avait un « manque d’inclusivité dans le processus de l’accord sur le climat ». En effet, l’Inde n’avait pas eu la possibilité de s’exprimer avant l’adoption de l’accord, ce qui a sapé la confiance, au point que ce pays a qualifié le processus de la COP 29 de « mise en scène » tant les pays émergents furent marginalisés dans les discussions. En effet, les pays en développement avaient besoin d’au moins 1,3 milliards de $EU par an d’ici à 2030 pour lutter efficacement contre le changement climatique. Selon les principaux représentants des Etats africains, la faiblesse des montants relève d’une « mauvaise blague » des principaux pays pollueurs. Toutefois, les pays du Sud global sont conscients des difficultés budgétaires rencontrées par les pays occidentaux pour financer leur propre transition climatique ainsi que les résistances patronales pour réorienter leurs industries et mode de vie vers des approches privilégiant la faible teneur en carbone. Il suffit de rappeler les mesures unilatérales mises en place par l’Union européenne telles que le mécanisme d’ajustement aux frontières pour le carbone. De toutes les façons, il sera difficile qu’une augmentation ait lieu à court terme compte tenu déjà de la difficulté qu’il y a eu de parvenir à un accord et surtout que de nombreux pays occidentaux pourraient ne pas tenir leurs promesses. Les principes des Nations Unies reposent sur le fait que les négociations sur le financement climatique vont continuer. Des ajustements auront lieu sauf que cela risque de se faire dans des cadres bilatéraux, du donnant-donnant et surtout pas avec de l’argent public des Etats, mais avec de l’argent du secteur privé qui exigera des crédits et des remboursements, ce qui pourrait aggraver l’endettement de plusieurs pays du sud. Les prochaines conférences pourraient en débattre. 7. UNILATÉRALISME DE L’UNION EUROPÉENNE : LA TAXE CARBONE AUX FRONTIÈRES Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), plus connu sous le sigle anglais CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism) a pour objet de favoriser une production industrielle plus propre au sein de l’Union européenne. Le MACF a pour objectif de « réduire les émissions de carbone en fixant un prix pour le carbone émis lors de la production de marchandises à forte intensité de carbone importées dans l’UE[8] ». Il s’agit d’une mesure unilatérale de l’UE pour lutter contre les fuites de carbone. Elle s’appliquera dès le début à des produits à risque élevé de fuite de carbone, tels que le fer, l’acier, le ciment, l’aluminium, les engrais, l’électricité et l’hydrogène[9]. Entrée en vigueur le 1er octobre 2023, elle sera pleinement opérationnelle à partir de 2026. Au cours d’une période transitoire, les importateurs doivent déclarer les émissions de gaz à effet de serre intégrées dans leurs importations sur une base trimestrielle, sans effectuer de paiements financiers ni d’ajustements. Chacun pourra « théoriquement » se faire une idée de la nouvelle « taxe » à payer. Un mécanisme d’ajustement et d’alignement des prix du carbone produit dans l’UE sur celui des marchandises importées sera mis en place pour garantir une concurrence équitable entre les producteurs européens et ceux des pays tiers. Ce mécanisme aura atteint ses objectifs si les entreprises modifient leurs comportements et pratiques afin d’adopter une approche holistique prenant en compte la réduction de l’empreinte carbone et la réduction des externalités causées par leurs activités industrielles sur le climat. Il faut bien reconnaître que les entreprises européennes soumises aux normes environnementales de l’UE sont de fait en concurrence avec des sociétés à l’étranger qui ne paient pas toujours un prix sur les émissions de gaz à effet de serre qu’elles génèrent. Si cette « taxe carbone » semble être justifiée et doit se mettre en place progressivement jusqu’en 2034, il faudra faire attention aux mesures de réciprocité dans un monde où les pays occidentaux ont promu le libéralisme tous azimuts et maintenant tendent à promouvoir le « protectionnisme tous azimuts. 8. LE DEAL POKER DE DONALD TRUMP : LES PAYS POLLUEURS REFUSENT DE FINANCER LES PAYS LES MOINS POLLUEURS Les pays développés, principalement en Occident, sont historiquement responsables de la majorité des émissions de gaz à effet de serre. Les pays industrialisés, principalement en Occident, mais cela ne peut exclure certains pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil, l’Arabie Saoudite, etc. lesquels produisent plus d’émissions de gaz à effet de serre contribuant au réchauffement climatique que les pays du Sud global, notamment l’Afrique. Depuis l’accord de Paris, de nombreux dirigeants du Sud global croyaient que les engagements allaient être tenus. Or, quelle ne fut la surprise ! Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les pays occidentaux refusent ou ne sont pas en mesure de financer les besoins exprimés par les pays africains et d’autres pays du Sud. Le premier d’entre ces facteurs sont les problèmes budgétaires importants, liés à une croissance morose et une absence de planification à long terme au point que certains sont eux-mêmes victimes des accidents climatiques. Les priorités économiques et politiques au plan national passent avant les engagements internationaux et surtout sur le climat. Pour certains pays du Nord, la faible croissance économique, les perspectives d’être touchés eux-mêmes par les accidents climatiques comme l’Espagne récemment augmentent les pressions politiques internes. Enfin, la mauvaise gouvernance stratégique avec des déficits des balances commerciales et des balances des paiements génèrent des contraintes budgétaires importantes, de l’inflation, du chômage de masse, et un climat social morose, voire explosif ici et là, etc. qui peuvent limiter la capacité réelle à augmenter les financements des projets sur la transition énergétique et le climat. Mais la vérité est que chacun attend un retour sur investissement sur les fonds engagés dans le soutien à la transition écologique. Mais l’incertitude vient de la perspective de la prise de pouvoir effective du Président américain Donald Trump en fin janvier 2025 aux Etats-Unis. En effet, ses vues climato-sceptiques, ses prises de position radicales par le passé et sa gouvernance fondée sur le deal poker fait que personne ne doute plus qu’il pourrait unilatéralement retirer les Etats-Unis des négociations sur le climat et sur la biodiversité. Le deal poker du Président Donald Trump peut aussi expliquer pourquoi les pays pollueurs, peu courageux, sont devenus frileux pour financer les pays les moins pollueurs. En conséquence, toute cette perspective n’enchante pas les pays qui le peuvent à s’engager financièrement en multilatéral, en bilatéral ou même à soutenir leur secteur privé et les entreprises à s’engager dans des financements « sans lendemain » en termes de retour sur investissement. 9. LA POSITION AFRICAINE : DESILLUSION ET INDISPENSABLE CHANGEMENT DE LOGICIEL CULTUREL Le Chef des négociateurs du groupe africain à la COP29, Mr. Ali Mohamed résume la COP 29 en deux mots : «Inacceptable et insuffisant[10]». De l’insatisfaction à la frustration, il y a le mépris et encore une fois, l’absence d’inclusivité. S’il est vrai que l’Afrique a subi d’importants effets toxiques du fait de la difficulté des pays pollueurs à réduire les émissions de gaz à effet de serre et des conséquences que sont le changement climatique et le réchauffement climatique, l’Afrique ne peut se singulariser car les conséquences néfastes ne se limitent pas à ce continent. Oui, c’est vrai comme le souligne le chef négociateurs du Groupe Africain que « l’Afrique se bat contre la montée des eaux et des sécheresses dévastatrices, cette promesse financière semble modeste de la part des pays développés qui prétendent soutenir les plus vulnérables ». La critique est sanglante : ««L’engagement de mobiliser un financement accru d’ici 2035 est trop faible, trop tardif et trop ambigu dans sa mise en œuvre». Mais l’Afrique reconnaît que des progrès ont été réalisés mais l’ensemble demeure en dessous des attentes. Il a estimé que le budget « minimum » et « sérieux » que les pays pollueurs devaient allouer à l’ensemble du sud global devait être de 600 milliards de $EU par an et uniquement en aide publique sous forme de subventions, étant entendu que la moitié devrait aller à l’Afrique. Or, c’est la somme de 300 milliards de $EU d’ici 2035 qui a été non pas allouée mais promise. Les dirigeants africains sont mécontents et contrariés. Plus de 335 organisations non gouvernementales (ONG) présentes à la COP 29 mais exclues de la prise de décision ont signifié leur positionnement dans un courrier adressé au groupe des 77 + la Chine, soit en réalité 134 pays. Les ONG ont proposé, sans avoir été entendues, de quitter la COP 29 sur l’argumentaire principal suivant : « Mieux vaut pas d’accord qu’un mauvais accord[11] ». Mais, paradoxalement, les dirigeants africains auraient été peut-être plus convaincants s’ils avaient mis en exergue ce qu’ils faisaient eux-mêmes pour leurs Peuples à partir de leur volonté et ressources propres. Pour cela, il faut absolument qu’une transformation s’opère sur la base du respect des valeurs pour entraîner des comportements et des pratiques pro-adaptation climatique au sein des sociétés et organisations africaines. Une prise de conscience accompagnée d’un changement de logiciel culturel. Il faudra soit repenser, soit adapter ou réorganiser les approches traditionnelles et conservatrices pour s’adapter à de nouveaux défis et opportunités. Pour cela, il faudra anticiper et comprendre que les dirigeants africains seuls ne suffisent pas. C’est toute la population, chaque citoyen et citoyenne. Les mentalités de non-anticipation devront faire place à une évolution des mentalités holistiques où le changement climatique, l’égalité des genres, ou la diversité culturelle devront intégrer une troisième voie de l’économie de proximité dans laquelle la mentalité de consommation, souvent sans pouvoir d’achat, doit s’éclipser pour faire place à une mentalité d’anticipation et d’organisation de pérennisation de l’activité humaine au sein d’un écosystème de durabilité. Cela ne peut avoir lieu sans de nouvelles priorités accordées à l’adaptation, aux innovations. Cela rejoint les recommandations de la COP 21 de Paris notamment pour le volet transfert de nouvelles technologies, appui institutionnel pour améliorer l’efficacité et la résilience. Mais rien ne sera possible sans la participation et l’inclusion de la société civile dans les processus décisionnels et les activités venant en appui à la transition écologique afin de favoriser l’éclosion de solutions pro-environnementales allant vers plus d’équité, de redevabilité et de représentativité. Cette approche suppose une gouvernance transparente et participative. Une telle société ne peut pas reposer que sur des dirigeants qui, pour répondre aux défis climatiques contemporains, se contentent d’être déçus de ne pas avoir reçu un budget qui risque de toutes les façons de ne pas venir à temps, en quantité et en qualité. 10. WANGARI MAATHAI : ET SI CHAQUE PARTICIPANT À LA COP PLANTAIT UN ARBRE… Aussi, il y a lieu de faire une profonde rétrospective sur les « responsabilités partagées » même si l’essentiel de la responsabilité demeurent les pays qui ont basé leur développement passé, présent voire futur sur tout ce qui ne réduit pas les émissions de gaz à effet de serre et ne préparent pas les mentalités à œuvrer pour la transition énergétique et écologique avec en filigrane la résilience communautaire, l’économie circulaire et la réduction des émissions de CO2. Il suffisait pourtant de mettre en pratique ce que la première femme africaine et kenyane à recevoir le prix Nobel de la paix en 2004, feu Wangari Maathai a prôné. Cette biologiste kenyane s’est engagée toute sa vie en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix. Elle a fondé le Mouvement de la Ceinture Verte (Green Belt Movement) en 1977 qui consiste à reboiser son environnement immédiat afin de lutter contre la déforestation, l’érosion des sols et la pauvreté dans son pays, le Kenya. Elle n’a attendu aucun chef d’Etat, aucun budget des COP de l’ONU… elle a simplement choisi de planter des millions d’arbres partout où c’était possible pour restaurer les écosystèmes dégradés et améliorer la qualité de vie des communautés rurales. Le tout était accompagné d’un travail quotidien de sensibilisation des populations locales à l’importance de l’environnement ainsi qu’à leur éducation sur les pratiques durables. De fait, elle a contribué à l’autonomisation économique et sociale des femmes, battant en brèche le patriarcat et le machisme. Mais c’est sur le terrain de la lutte contre la pauvreté qu’elle est rentrée dans l’histoire. En effet, en faisant la promotion des pratiques agricoles durables et en créant des emplois liés au reboisement, elle a grandement aidé non seulement à la réduction de la pauvreté dans les communautés rurales, mais a concrètement contribué à un changement de logiciel culturel pro-environnemental. Wangari Maathai ne peut être oubliée[12]. Elle a montré que chaque africain et africaine se doit de planter au moins 12 arbres par an, soit un arbre par mois, pour contribuer à la protection de l’environnement. Si chacun des participants africains à la COP 29 pouvait mettre cet héritage en pratique et inviter tous les jeunes et moins jeunes africains à en faire autant, peut-être que des solutions locales se mettront en place à partir des nombreuses richesses du sol et du sous-sol. La Diaspora africaine ne peut qu’accompagner ce mouvement d’ensemble en s’assurant qu’un pourcentage de l’argent transféré en Afrique soit systématiquement consacré à planter des arbres. 11. COP 30 AU BRÉSIL : VERS UN FINANCEMENT DE L’ACTION CLIMATIQUE « GLOCALE » : LOCALE ET GLOBALE Les pays participants à la COP 30 doivent soumettre leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN) avant février 2025 et rebaptisées CDN 3.0. La volonté de chacun cumulée et intégrée doit pouvoir générer une volonté collective de renforcer l’action climatique globale et locale dite « glocale » afin de mieux sensibiliser sur l’urgence, de mobiliser des ressources pour les pays les plus vulnérables, notamment les iles et autres victimes des conséquences négatives du changement climatique. La COP30, qui se tiendra à Belém, au Brésil, en novembre 2025, suscite beaucoup d’espoir et d’attentes. Le Brésil a promis que cette conférence, en raison de son emplacement symbolique aux portes de l’Amazonie, se doit de mettre en exergue les contradictions profondes entre la préservation de l’environnement et la biodiversité et les besoins de développement spatial où la déforestation sert d’effet de levier de grands lobbies climato-sceptiques. Le pays hôte souhaite mettre l’accent sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la transition énergétique et la protection des forêts tropicales. Le Brésil, malgré ses contradictions en tant que producteur majeur de pétrole, s’engage à jouer un rôle de leader dans la lutte contre le changement climatique et la relance de la solidarité et de la coopération mondiales entre les nations pour atteindre les objectifs climatiques. Il est donc possible que la COP30 apporte des changements significatifs, surtout si les pays participants parviennent à un consensus sur des mesures plus ambitieuses et des financements accrus pour les pays en développement. Cependant, comme toujours, le succès dépendra de la volonté politique et de la capacité des nations à surmonter leurs divergences. Cette fois-ci, chacun devra mettre la main à la poche ou prouver qu’il ou elle a planté au moins 12 arbres avant de s’inviter à la COP 30 à Belém au Brésil, dans l’État du Pará, en novembre 2025. Les Conférences des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ou sur la biodiversité – dites COP – doivent changer de format en associant les parties, toutes les parties y compris les représentants de la société civile aux décisions. Sans ce changement de logiciel culturel décisionnel, les organisateurs des COP risquent de ne servir que de caisse de résonnance à ceux qui promeuvent en définitive les modèles climato-sceptiques. YEA. 29 novembre 2024. Dr. Yves Ekoué AMAÏZO Directeur général, Afrocentricity Think Tank © Afrocentricity Think Tank —————————————— Références bibliographiques RT en Français (2024). Invité du journal du 24 novembre 2024 portant sur la COP 29 qui s’est tenue à Baku : Dr. Yves Ekoué AMAÏZO. Titre : Président Afrocentricity Think Tank, basé en Autriche, Vienne. In disk.yandex.ru. 24 novembre 2024. Accédé le 25 novembre 2024. Voir Lien : https://disk.yandex.ru/i/Dc4NGAh0-zQngA ↑ United Nations Climate Change (2015). « Accord de Paris. Qu’est-ce que l’Accord de Paris ? ». In unfccc.int/fr. 12 décembre 2015. Accédé le 27 novembre 2024. Voir https://unfccc.int/fr/a-propos-des-ndcs/l-accord-de-paris ; « Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU (GIEC) indique que le franchissement du seuil de 1,5°C risque de déclencher des impacts beaucoup plus graves sur les changements climatiques, notamment des sécheresses, des vagues de chaleur et des précipitations plus fréquentes et plus graves. Pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, les émissions de gaz à effet de serre doivent culminer avant 2025 au plus tard et diminuer de 43% d’ici 2030 ». ↑ UNFCCC (2024). “COP29 Agrees International Carbon Market Standards”. In unfccc.int/news. 12 November 2024. Accessed 27 November 2024. Retrieved from https://unfccc.int/news/cop29-agrees-international-carbon-market-standards ↑ Commission européenne – Représentation en France (2024). « L’UE parvient à un accord sur les règles du marché du carbone et sur un nouvel objectif de financement de la lutte contre le changement climatique ». In france.representation.ec.europa.eu. 25 novembre 2024. Accédé le 27 novembre 2024. Voir https://france.representation.ec.europa.eu/informations/lue-parvient-un-accord-sur-les-regles-du-marche-du-carbone-et-sur-un-nouvel-objectif-de-financement-2024-11-25_fr ↑ Business Council for Sustainable Energy (BCSE) (2024). “COP 29 Agreement on Carbon Markets and New Global Financial Goal Opens Market Pathways for Greater Action on Climate Change”. In bcse.org. 25 November 2024. Accessed 27 November 2024. Retrieved from https://bcse.org/bcse-statement-cop-29-outcome/ ↑ Srivastrava, R. (2024). “India fires warning shot with rejection of finance deal at COP29”. In www.climatechangenews.com. 25 November 2024. Accessed 27 November 2024. Retrieved from https://www.climatechangenews.com/2024/11/25/india-fires-warning-shot-with-rejection-of-finance-deal-at-cop29/ ↑ Srivastrava, R. (2024). Op. Cit. ↑ Ministères territoires, écologie et Logement – France (2024). « Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières ». In www.ecologie.gouv.fr. 28 octobre 2024. Accédé le 27 novembre 2024. Voir https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/mecanisme-dajustement-carbone-aux-frontieres-macf ↑ Commission européenne (2024). « Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). In trade.ec.europa.eu. 17 octobre 2023. Accédé le 27 novembre 2024. Voirhttps://trade.ec.europa.eu/access-to-markets/fr/news/mecanisme-dajustement-carbone-aux-frontieres-macf ↑ RT en français (2024). « COP29 : les négociateurs africains insatisfaits ». In francais.rt.com/afrique. 24 novembre 2024. Accédé le 27 novembre 2024. Voir https://francais.rt.com/afrique/114911-cop29-negociateurs-africains-insatisfaits ↑ RT en français (2024). Op. Cit. ↑ Ighobor, K. (2011). « Wangari Maathai, « la maman des arbres », s’en est allée ». In www.un.org/africarenewal/fr. 26 septembre 2011. Accédé le 27 novembre 2024. Voir https://www.un.org/africarenewal/fr/a-la-une/wangari-maathai-%C2%AB-la-maman-des-arbres-%C2%BB-s%E2%80%99en-est-all%C3%A9e ↑ Télécharger COP 29 ET CHANGEMENT CLIMATIQUE : Changer de format et de logiciel culturel décisionnel (429 kB) 29 novembre 2024 Publié par Yves Ekoué Amaïzo sur amaizo.info - Le savoir au service de l'interdépendance
-
9
BRICS+ et l’AFRIQUE : Les enjeux du sommet de Kazan et ce que peut l’Afrique peut gagner avec les Brics+
Les invités de Eric Topona, DW en français : 1. Aziz Salmone Fall, politologue panafricain, membre du Groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique (GRILA). 2. Yves Ekoué Amaïzo, économiste et directeur général de l’Afrocentricity Think Tank, basé en Autriche. 3. Modibo Mao Makalou, économiste malien et ancien conseiller aux affaires économiques à la Présidence du Mali. Emission L’Arbre à Palabres sur Deutsche-Welle (DW) – La voix de l’Allemagne Source : L’Afrique et les Brics+ – DW – 01/11/2024 https://www.dw.com/fr/brics-vladimir-poutine-kazan-occident-antonio-guterres-sud-global/audio-70661804 https://p.dw.com/p/4mUMW Les invités sous l’Arbre à palabres, DW. du 1er novembre 2024 ———————- Résumé introductif de DW : Les enjeux du sommet de Kazan et ce que peut l’Afrique peut gagner avec les Brics+ La réunion des Brics+, regroupant neuf pays : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Iran, Egypte, Emirats arabes unis et Ethiopie, a eu lieu à Kazan en Russie du 22 au 24 octobre. Que pouvons-nous tirer de cette réunion ? Est-ce que les pays africains peuvent faire confiance aux Brics+ ? Eric Topona en parle avec ses invités sous l’arbre à palabres. C’était la première réunion des BRICS depuis l’élargissement de cinq à neuf membres. Le « club » de puissances non occidentales attire beaucoup d’autres pays du « Sud global ». Antonio Guterres et Vladimir Poutine lors du sommet des Brics+, le 24 octobre 2024Antonio Guterres et Vladimir Poutine lors du sommet des Brics+, le 24 octobre 2024 Antonio Guterres s’est rendu en Russie pour échanger avec Vladimir Poutine sur la guerre en Ukraine. Lors de la clôture du sommet de Kazan en Russie, le président russe Vladimir Poutine a salué le rôle de contrepoids des Brics+ à ce qu’il a appelé les « méthodes perverses » de l’Occident. La rencontre a réuni les dirigeants ou représentants de 36 pays. L’hôte du sommet a rappelé l’échec des efforts menés par les Etats-Unis pour isoler la Russie à cause de ses actions en Ukraine. La guerre en Ukraine a été évoquée par quasiment tous les orateurs. Le secrétaire général des Nations Unies, par exemple Antonio Guterres, a appelé à l’arrêt des combats et à l’ouverture de négociations en Ukraine et au Proche-Orient. Cependant, Vladimir Poutine n’a pas obtenu le soutien ferme de ses partenaires des Brics+, puisqu’il n’y a pas eu de nouvel élargissement à de nouveaux pays. Pas non plus de mise en place d’un système de paiement entre Etats concurrents du Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), encore moins d’avancée sur une monnaie propre aux Brics+.Publié par Yves Ekoué Amaïzo sur amaizo.info - Le savoir au service de l'interdépendance
-
8
OFFENSIVE DIPLOMATIQUE RUSSE EN AFRIQUE ?
OFFENSIVE DIPLOMATIQUE RUSSE EN AFRIQUE ? Nom du Journaliste à la Rédaction française : Mme Éric TOPONA Adresse: Deutsche Welle (DW) – La Voix de l’Allemagne. Kurt-Schumacher-Str. 3. D – 53113 Bonn. Allemagne. I : www.dw.com E : [email protected] Emission Débat: L’Arbre à Palabres Vendredi 07 juin 2024 Nom des invités : Andréa Ngombet MALEWA, membre fondateur du collectif Sassoufit. Yves Ekoué AMAÏZO, économiste et directeur général de l’Afrocentricity Think Tank , basé en Autriche. Ali Abdelrahmane HAGGAR, enseignant à l’Université de N’Djamena, ancien recteur de l’Université de N’Djamena. Avec mes invités, nous allons, sous l’Arbre à palabres analyser la nouvelle inflexion diplomatique de Moscou dans certains pays africains : Sujet : Offensive diplomatique russe en Afrique Lien direct Vidéo : DW – 07/06/2024 – Mise en ligne afrocentricity Think Tank, 10/06/24. https://www.dw.com/fr/russie-guin%C3%A9e-burkina-faso-congo-brazzaville-tchad-sergue%C3%AF-lavrov-vladimir-poutine/audio-69287117 Durée : 32,21 mn Résumé DW : L’Arbre à Palabres du 7 juin 2024 Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a conclu mercredi (05 juin) au Tchad une mini-tournée en Afrique de l’Ouest et centrale. Pourquoi est-ce que la diplomatie Russe s’intéresse à ces pays? Eric Topona a posé la question à ses invités sous l’Arbre à palabres. Ce fut une visite éclair. Sergueï Lavrov s’est rendu en trois jours dans quatre pays: Guinée, Congo, Burkina Faso et Tchad, afin d’y de renforcer leur « coopération » avec la Russie, sur les plans économique et commercial mais aussi militaire, pour y « détruire » « les poches de terrorisme » jihadiste au Sahel. Il faut rappeler que la Russie mène depuis plusieurs années une offensive diplomatique en Afrique pour tenter d’y supplanter les puissances occidentales. Isolée sur la scène internationale et en quête d’alliés, elle y a décuplé ses efforts depuis son assaut contre l’Ukraine en février 2022. Au cours de son périple africain, Sergueï Lavrov n’a pas été tendre envers les occidentaux Lors de son court séjour au Tchad, Sergueï Lavrov a estimé devant la presse qu’en Ukraine, « ce n’est pas la paix que les Occidentaux veulent préserver » mais « les principes suivants : vous devez choisir entre soutenir la Russie ou soutenir » l’Ukraine, « et si vous soutenez la Russie, vous serez punis. C’est ça la vision occidentale ». Télécharger OFFENSIVE DIPLOMATIQUE RUSSE EN AFRIQUE ? (184 kB) 10 juin 2024 Publié par Yves Ekoué Amaïzo sur amaizo.info - Le savoir au service de l'interdépendance
-
7
Le passage du Togo d’un régime présidentiel à un régime parlementaire est-il légal et légitime?
AFROCENTRICITY THINK TANK & RADIO KANAL K et RADIO AVULETE TOGO Sujet : Le passage du Togo d’un régime présidentiel à un régime parlementaire est-il légal et légitime? Journaliste : M. Sylvain AMOS (SA) Invités : Dr. Yves Ekoué AMAÏZO (YEA), CVU-TOGO-DIASPORA. Coordonnateur général, Collectif pour la Vérité des Urnes – Togo – Diaspora et du Réseau de la Coordination de la Diaspora Togolaise indépendante (RCDTI) Dr. Richard TINDJO, DSA Vice-Président du Parti les Démocrates Socialistes Africains, membre de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) Emission : DÉBAT PANAFRICAIN Date : Samedi 1er juin 2024, mise en ligne le 2 juin 2024. Débat et Podcast en Audio : https://youtu.be/nOr0vwRKPfw?si=KqrJKt55BkC_EByk Durée : 1 h 18 mn 53 sec. Radio Avulete TV porte la voix du Peuple, et des sans voix : www.radioavulete.com Le texte et l’audio est aussi disponible sur www.afrocentricity.info – rubrique « médias » Participation au débat : Contribution écrite du Dr. Yves Ekoué AMAÏZO (YEA) Radio Kanal K et Radio Avulete : Le passage du Togo d’un régime présidentiel à un régime parlementaire est-il légal et légitime ? ————————————————————————————- SA. Selon Gilbert Bawara, Faure Gnassingbé « sera » le Président du Conseil des ministres[1]. Cela surprendrait-il ? YEA. M. Gilbert Bawara, le Ministre de la fonction publique et qui est devenu le Ministre de la communication publique du système Gnassingbé ne fait que rappeler l’article 47 de la nouvelle Constitution de la Dictature parlementaire de Faure Gnassingbé qui stipule que : « Le chef du parti majoritaire ou le chef du premier parti de la coalition jouissant d’une majorité à l’Assemblée nationale à l’issue des élections législatives et après la proclamation des résultats définitifs par la Cour constitutionnelle devient Président du Conseil ». Concrètement, c’est le parti majoritaire UNIR ou « la coalition de partis majoritaire » qui « transmet par écrit au bureau de l’Assemblée nationale, le nom du Président du Conseil » qui n’est donc plus élu mais « désigné ». Il est donc bien question de remplacer un « vote au suffrage universel direct » du Peuple togolais par une désignation d’un parti politique dictatorial s’appuyant sur une partie de l’armée non républicaine togolaise qui préfère se ranger du côté du pouvoir dictatorial que du côté du Peuple togolais. Dès qu’il ne s’agit plus du choix du Peuple togolais, il n’est pas surprenant que celui qui fait office de ministre de la communication publique du système dictatorial-parlementaire vienne faire l’annonce de ce que le système Gnassingbé a prévu et imposé par la violence, la force, les lois liberticides et surtout l’abus de droit et de pouvoir. Il est vrai que des dispositions transitoires dans la nouvelle Constitution du 6 mai 2024[2] stipulent dans l’article 97 : « Les pouvoirs du Président de la République en fonction au moment de la promulgation de la présente Constitution ne viendront à expiration qu’après l’entrée en fonction du Président du Conseil et l’élection du Président de la République ». Or, il faut une « désignation du Président du Conseil » et une « élection du Président de la République » à « partir de la mise en place des deux (02) chambres du parlement ». Une fois la désignation du Président du Conseil des Ministres qui est le chef du Gouvernement effectuée, et que le bureau de l’Assemblée nationale prend acte de cette désignation et en informe sans délai les députés réunis en séance plénière, alors le Président du Conseil peut entrer en fonction dès sa prestation de serment. Comme la Constitution du 6 mai 2024 repose sur des bases illégales et anticonstitutionnelles, le Président du Conseil est lui-même un Président de Conseil illégal et anticonstitutionnel. Comme il est impossible d’amener les institutions judiciaires togolaises à dire le droit et à fournir des arguments de droit, il est proposé d’aller clarifier ce dossier au niveau de la Cour de justice de la CEDEAO. 2. SA. Mais dans le nouveau système parlementaire, le Togo a un parlement qui va choisir le Président du Conseil. Peut-on parler de coup d’Etat ? YEA. Le parlement togolais est un parlement issu de la contre-vérité des urnes avec une impossibilité de vérifier le vote réel des Togolais à partir des bureaux de vote ou sur la base d’une évaluation indépendante ex-post. Il faut plutôt parler de « désignation » ou de « nomination » unilatérale par des parlementaires issus du parti dictatorial UNIR, qui désigne ou nomme son Président. Or, c’est ce Président avec son armée qui « désignent » et « nomment » les parlementaires UNIR et les imposent au Peuple togolais avec un système de contre-vérité des urnes et de contre-vérité des comptes publics. Dans la Constitution de la République Togolaise du 5 mai 2024 en référence à la Loi n° 2024‑005 en date du 6 mai 2024 portant constitution de la République Togolaise selon le Journal officiel togolais, la mise en œuvre de la nouvelle Constitution est avec un effet immédiat, cela veut dire qu’il y a eu un coup d’Etat parlementaire. Les anciens parlementaires n’ont pas respecté la Constitution de 1992 adoptée par Référendum le 27 septembre 1992 et donc approuvée par le Peuple togolais. La version de la Constitution de 1992 modifiée unilatéralement en 2002 (Loi n°2002-029 du 31 décembre 2002), puis en 2007 (Loi n°2007-008 du 07 février 2007) et pour la 3e fois par la Loi n° 2019 – 003 du 15 mai 2019 par le pouvoir Gnassingbé dit clairement que les députés togolais étaient hors-la-loi et sans mandat depuis le 31 décembre 2023. Il suffit de rappeler le dernier alinéa de l’article 52 qui stipule ceci : « Les membres de l’Assemblée nationale et du Sénat sortants, par fin de mandat ou dissolution, restent en fonction jusqu’à la prise de fonction effective de leurs successeurs ». Il n’est pas dit que les parlementaires hors mandat et qui restent en fonction ont le pouvoir non pas de procéder à une révision constitutionnelle, encore moins à un changement complet de Constitution pour passer d’une Dictature-présidentielle à une Dictature-parlementaire. Or, sans mandat depuis le 1er janvier 2024 et jusqu’à la prise de fonction des « nouveaux » parlementaires, les parlementaires togolais n’avaient aucun mandat pour proposer quoi que ce soit. Il s’agit donc bien d’un abus de pouvoir, ce qui rend illégal la proposition de la nouvelle Loi constitutionnelle. Le choix unilatéral du Président du Conseil comme détenteur exclusif du pouvoir au Togo s’est fait en tout non-respect du parallélisme des formes et du respect de la hiérarchie des normes en droit. Il s’agit donc d’un double coup d’Etat parlementaire et Constitutionnel. 3. SA. Mais, ces parlementaires sortants du Togo, disposaient-ils d’un mandat du Peuple togolais ? YEA. La réponse est négative. De toutes les façons, les parlementaires togolais issus de votes non vérifiables et donc allégués frauduleux, au-delà de l’illégalité, ont profité de la période où ils n’avaient aucun mandat du Peuple togolais pour unilatéralement, et contre l’avis du Peuple, décider que le Président de la République togolaise ne sera plus choisi par le Peuple togolais au suffrage universel direct comme prévu dans la Constitution en vigueur à l’époque. Donc, les parlementaires sortants n’ont pas respecté la Constitution de 1992 et étaient hors mandat entre le 1er janvier 2024 et le 6 mai 2024, date d’entrée en fonction des parlementaires entrants. Paradoxalement, les nouveaux parlementaires vont appliquer une nouvelle Constitution qu’ils n’ont pas choisi. 4. SA. Comment cela est-il possible que le Peuple togolais ne se batte pas pour sa liberté et sa liberté de choix ? La fonction régalienne de l’Etat a été dévoyée au Togo. Ce sont les militaires qui soutiennent le système Gnassingbé depuis 2005 et bien avant les coups d’Etat militaires et constitutionnels au Togo entre 1967 et 2005, qui sont les premiers ennemis de la démocratie et s’opposent à l’autodétermination du Peuple togolais. On n’est pas passé d’un régime présidentiel à un régime parlementaire au Togo. On est en réalité passé d’une autocratie de type dictature-présidentiel à celui d’une dictature-parlementaire qui s’appuie sur l’abus de pouvoir du parti du pouvoir et l’impunité d’une partie majoritaire de l’armée togolaise qui résume la sécurité du Peuple à celle du système Gnassingbé. Autrement dit, le parti du pouvoir RPT/UNIR devient le parti de la pensée unique. 5. SA. Faut-il s’indigner pourquoi le peuple togolais ne s’indigne pas plus bruyamment ? YEA. De fait, le pouvoir Gnassingbé, qui profite de l’argent de l’Etat et donc de tous les Togolaises et Togolais, viole le droit à l’autodétermination du Peuple togolais. Une partie importante de l’argent de l’Etat, d’après les populations qui nous font du retour au CVU-TOGO-DIASPORA, profite en priorité au parti UNIR et ses affidés. Tout se passe comme si une même caste oligarchique, militarisée, mafieuse et parfois les deux, ethniquement répartie stratégiquement, populiste et clientéliste, tissait, au jour le jour, la pensée dominante et non critiquable. La mise en forme d’un tel système passe par certains médias nationaux et étrangers, qui vont diffuser ensuite, en boucle, une information désinformée sur les « réalisations » du système Gnassingbé en oubliant de mentionner les volets plus obscurs que sont la corruption, les surfacturations, la non-transparence des comptes publics, etc. Le Ministre délégué à la communication du gouvernement Gnassingbé est souvent moins bavard sur ces sujets. Alors, le Peuple togolais – le citoyen ou la citoyenne – doit s’indigner et le fait d’ailleurs mais moins bruyamment. En effet, c’est le système Gnassingbé qui l’empêche de s’indigner, de s’organiser et d’assoir un contre-pouvoir pour faire changer le rapport de force et stopper l’abus de pouvoir et de droit au Togo. Comment ? Par les lois liberticides, la peur et la violence des forces dites de sécurité de Faure Gnassingbé, notamment la partie militaire et des services secrets, qui s’en prennent impunément à chaque citoyenne et citoyen qui ne partage pas le point de vue du système Gnassingbé. Le Peuple togolais est soumis à la loi du silence ou celle de l’alignement. 6. SA. Cette annonce confirme-t-elle le soupçon de la monarchisation du pays, au seul profit de Faure Gnassingbé ? YEA. Il faut rester proche de la vérité. Le Togo n’est pas le Royaume Uni ou le Maroc où il y a un roi accepté par les populations. Il s’agit au Togo : d’un viol de la Constitution de 1992 choisie par le Peuple togolais ; et d’un double coup d’Etat parlementaire et constitutionnel. L’initiative d’un groupe de parlementaires pour un changement total de Constitution ne peut être assimilé à une simple révision de la Constitution. Faure Gnassingbé a été incapable au cours de son 3e mandat illégal de 5 ans de procéder aux élections législatives et régionales dans les délais impartis par la Constitution. Ces points de droit font l’objet d’une préparation par CVU-TOGO-DIASPORA et Consorts d’un recours contentieux auprès de la Cour de Justice de la CEDEAO. Pour toute personne douée de sagesse, il ne s’agit pas encore au Togo d’une monarchie, mais d’une dictature en bandes organisées. Pour que cela fonctionne, Faure Gnassingbé et son système militaro-ésotérique sont en train d’imposer un vide forcé dans le cerveau de chaque togolais pour les rendre dépendants de lui ou les rendre peureux de tout. A défaut c’est l’exclusion, la prison, l’exil, la mort ou l’alignement par l’humiliation. Nous pensons que le Peuple pourra se débarrasser de cette peur ou de cette dépendance dès lors qu’il y aura un projet de transition politique décentralisé dans lequel il (ce peuple) peut avoir quelque chose à défendre. Il s’agit effectivement d’une usurpation du droit du Peuple togolais à choisir ses dirigeants doublée d’une impossibilité de choisir directement au suffrage universel son Président de la République par le suffrage universel direct. Ce coup d’Etat législatif et constitutionnel ne pouvait se faire qu’avec le soutien des militaires togolais. Or, les militaires togolais ne sont plus au service du Peuple togolais mais au service exclusif d’un système Gnassingbé dans lequel les militaires ont un droit de véto, au point que certains militaires peuvent avoir un droit de « veto » sur les décisions de Faure Gnassingbé, qui se retrouve alors dans une position d’otage des militaires. Or, les militaires togolais ne sont plus au service du Peuple togolais mais au service exclusif d’un système Gnassingbé avec lequel les militaires ont un droit de véto. Ces militaires togolais font allégeance aux accords secrets de défense avec la France. La vraie question est de savoir en définitive, qui décide au Togo ? 7. SA. La société civile continue de dire NON à cette Constitution et à la 5ème République. L’opposition s’apprêterait à rejoindre la lutte. Jusqu’où peut aller cette contestation ? YEA. Il n’y a pas que la société civile au Togo qui dit non. La Diaspora togolaise indépendante dit non. De nombreux partis politiques togolais disent non. En fait, la grande majorité du Peuple togolais dit non, ce d’autant qu’une importante partie du Peuple togolais s’est abstenue d’aller voter. L’abstention réelle a été très importante mais avec les annonces unilatérales de la CENI sans possibilité de contrôle indépendant, il est difficile de croire et d’accepter les annonces de la CENI. Les résultats sont annoncés sans contrôle par les représentants du pouvoir Gnassingbé siégeant à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et à la Cour Constitutionnelle. Il est difficile de s’attaquer à toutes ces institutions si certains militaires togolais, souvent pour des raisons alimentaires, de protection en cas d’abus de pouvoir et d’injustice, ont décidé collectivement de travailler contre le Peuple togolais et d’opter pour la défense de leurs propre intérêts et ceux des étrangers. Pour plusieurs d’entre eux, ce ne sont pas des patriotes au sens de la défense de l’intérêt général, ou l’intérêt de la collectivité togolaise dans son ensemble. Ce sont des individualistes et arrivistes qui ne pensent qu’à eux-mêmes. D’ailleurs, ils sont nombreux à se plaindre et faire semblant de faire de l’opposition dès lors qu’ils subissent des mises à l’écart au sein du système Gnassingbé. Par ailleurs, la défense des intérêts étrangers leur rapporte plus d’avantages que de défendre le Peuple togolais. 8. SA. Peut-on envisager un dialogue pour permettre une certaine conciliation des positions ? YEA. Dieu ne dialogue pas avec Satan, sauf dans l’Ancien Testament. Autrement dit, avec plus de 28 dialogues à l’initiative du pouvoir Gnassingbé, tous ont abouti à rouler le Peuple togolais dans la farine de manioc et à rendre les partis politiques d’opposition et quelques associations moins combatives. Il y a une sorte de mélange de peur, de méfiance et surtout de clientélisme qui bloque la lutte commune, même s’il ne faut pas exclure les égos de certains responsables des partis politiques dits d’opposition. Pourtant, CVU-TOGO-DIASPORA et le Réseau de la Coordination de la Diaspora togolaise indépendante (*RCDTI) ont proposé de discuter une approche de dialogue sans Faure Gnassingbé ou ses soutiens. Il s’agit de trouver un consensus sur un projet de transition politique (PTP) qui soit préparé, puis adopté par un groupe de gens compétents de la Diaspora et du Togo, et pouvant offrir une alternative au Peuple togolais. Ensuite, ce projet de transition politique fera l’objet d’une décentralisation pour l’adapter aux préoccupations de chacune des localités togolaises. C’est cela l’inclusivité si le pouvoir liberticide ne s’organise pas pour l’empêcher avec ses forces militaires. Enfin, il faudra, par un système électoral choisi démocratiquement et dans la transparence, proposer une équipe de personnes ; au moins 21 propositions seront proposées pour soutenir les premières approches d’un futur projet de société commun qui suivra le consensus sur le PTP. En définitive, il faudra aller rechercher des appuis avec des partenaires internationaux qui souhaitent soutenir le retour de la souveraineté du Togo. En effet, le problème de Faure Gnassingbé et son système est que la grande majorité des dossiers publics au Togo sont opaques ou relèvent de la corruption comme le Pétrole-Gate ou le COVID-Gate avec l’impossibilité de procéder à des évaluations indépendantes ex-post par la société civile et des experts indépendants. Donc, oui, il faut envisager non pas un dialogue, mais plusieurs conférences ou concertations inclusives, si possible commençant par des vidéo-conférences compte tenu des distances entre les Togolaises et Togolais de la Diaspora et ceux du Togo. Il faudra faire attention d’éviter le système d’espionnage des communications que le système Gnassingbé a mis en place pour écouter les Togolaises et les Togolais, une violation de l’espace privé de chacun. Au fond, vous voulez réconcilier qui avec qui ? Pour faire quoi ? Et avec qui ? Lorsque Faure Gnassingbé et son système trompent systématiquement le Peuple togolais depuis plus de 27 dialogues pour conserver le pouvoir avec les militaires, il faut : trouver des contre-pouvoirs aux militaires togolais ; ou les inviter à rejoindre le Peuple togolais dans sa lutte de libération du Togo de ceux qui ont causé le malheur de la plus grande majorité du Peuple togolais. 9. SA. Doit-on dire définitivement adieu à l’élection présidentielle de 2025 qui était très attendue ? YEA. La réponse est oui dès lors que la nouvelle Constitution illégale et constituant un Coup d’Etat parlementaire et constitutionnel sera adoptée par le Parlement, lui-même issu d’une contre-vérité des urnes au Togo, et que le Président du Conseil de ministres entrera en fonction après avoir prêté serment. 10. SA. Le fait de promulguer la Loi après le délai de 15 jours a-t-il une conséquence juridique sur les effets de la loi ? La promulgation a été faite après les élections législatives. C’est la date de promulgation qui est celle d’entrée en vigueur de la loi. Les élections ont été organisées avec les dispositions de la Constitution de 1992 et donc, les nouveaux députés sont élus avec les dispositions de ladite loi fondamentale. Alors, cette nouvelle législature sera-t-elle ou peut-elle être menée sur la base du nouveau régime ? YEA. Cela dépend de qui décide. Pour le système Gnassingbé, la Constitution de 1992 est morte. Il n’existe que la nouvelle Constitution du 6 mai 2024. Donc, pour l’Etat Gnassingbé, nous sommes clairement dans la nouvelle législature sous la nouvelle Constitution et dans le cadre des mesures transitoires. Mais, il y a manifestation d’un vice de forme. C’est tout le processus hors délai constitutionnel qui est entaché de vice de formes et de vice de procédures. La date d’entrée en vigueur de la nouvelle Loi constitutionnelle est la date où le journal officiel l’a mise à disposition du public. Par contre la date d’entrée en fonction du Président du Conseil des ministres sera la date où celui désigné, un certain Faure Gnassingbé, prêtera serment. Les nouveaux députés doivent appliquer la nouvelle Loi constitutionnelle de mai 2024 qui elle-même est illégale à la lumière de la Constitution de 1992. C’est donc sur la base d’un abus de droit et un abus de pouvoir que le pouvoir Gnassingbé applique directement le contenu de la nouvelle Constitution. Cela constitue un coup d’Etat constitutionnel, institutionnel et parlementaire. Il y a là un problème juridique qu’il faudra clarifier en demandant à la Cour de justice de la CEDEAO de trancher le différend juridique. Mais ce n’est d’ailleurs pas le seul point où le système ne respecte pas la Constitution de 1992. 11. SA. Pour revenir aux élections législatives et régionales, est-ce la date de la proclamation définitive des résultats par la Cour constitutionnelle qui tient lieu de date d’entrée dans la nouvelle législature ou bien la date de convocation du corps électoral ? Qui dit convocation du corps électoral dit tenue des élections et tout ceci est régi par une législation déjà en vigueur. Or, en l’espèce c’est la Constitution de 1992 qui était encore en vigueur. Votre analyse et avis ? YEA. Il faut distinguer la procédure juridique concernant les élections législatives et régionales hors délai constitutionnels de l’abus de pouvoir et le Coup d’Etat législatif et constitutionnel que constitue le changement radical et unilatéral sans l’avis du Peuple togolais, de la Constitution togolaise de 1992, dans sa 3e révision et datée du 15 mai 2019[3]. Concernant les élections législatives frauduleuses au Togo, c’est la Cour constitutionnelle qui met en œuvre, en toute dépendance de l’exécutif, la validation des élections en rejetant tous les recours contentieux qui ont eu lieu, le tout sans motivation. Les recours au Togo ayant été rejetés sans motivation convaincante, les recours en appel sont épuisés au Togo. Il faut nécessairement continuer la lutte auprès de la Cour de Justice de la CEDEAO, surtout que les arguments de droits sont nombreux en termes de violation de la Constitution de 1992 mais aussi des textes de la CEDEAO en matière de bonne gouvernance et de pratiques électorales. 12. SA. Votre mot de fin. YEA. La lutte pour la libération du Peuple togolais est un marathon démocratique. Personne ne doit se décourager. Chaque citoyenne et citoyen doit s’impliquer. C’est maintenant que les Togolaises et Togolais qui ont toujours suivi des « personnes » et non « des projets politiques écrits », vont devoir changer, prendre conscience qu’il faut un projet politique commun pour que chaque citoyenne et citoyen puisse s’engager. Il se peut aussi que les citoyens togolais ne considèrent pas de nombreux responsables politiques ou d’organisations de la société civile comme crédibles pour mener la lutte contre le système Gnassingbé. Cela peut expliquer aussi une forme de démobilisation. Le projet de transition politique doit exister afin de permettre à chacun de se l’approprier et surtout le défendre. Il faut éviter de proposer et suivre des individus et offrir un projet politique alternatif de transition. Pour l’armée, il faut trouver des contre-pouvoirs et identifier les pays occidentaux, du Moyen-Orient et d’Afrique et même d’Asie qui soutiennent le système Gnassingbé et ne payent pas ou très peu d’impôts au Togo. Mais il faut aussi se méfier des journalistes qui se sont convertis comme conseils de Faure Gnassingbé en communication pour échapper à une retraite peu rémunérée en France. Merci pour l’invitation. YEA. 2 juin 2024 Dr. Yves Ekoué AMAÏZO Directeur de Afrocentricity Think Tank [email protected] www.afrocentricity.info © Afrocentricity Think Tank Notes: New World TV (2024). « Togo – Qui sera le futur Président du Conseil des Ministres : G. Bawara répond». Invité Gilbert Bawara, Ministre de la fonction publique, Togo. Accédé le 1er juin 2024. Voir https://www.youtube.com/watch?v=BOcQFHnUfR8 ↑ République togolaise (2024). Loi n° 2024-005 du 06/05/2024 portant Constitution de la République Togolaise. Accédé le 1er juin 2024. Voir www.republiquetogolaise.com › index › files – Année N° 42 Bis NUMERO SPECIAL 06 mai 2024 JOURNAL OFFICIEL. ↑ République togolaise (2019). Constitution de 1992. Révision du 15 mai 2019. Accédé le 1er juin 2024. Voir https://assemblee-nationale.tg/wp-content/uploads/2021/05/constitution-consolidee-derniere-version.pdf ↑ Télécharger Afrocentricity Think Tank_Kanal K_TOGO_Légalité ou Légitimité_02 06 24 Diff (465 kB) 2 juin 2024 Publié par Yves Ekoué Amaïzo sur amaizo.info - Le savoir au service de l'interdépendance
-
6
Hommage à Dr. Martin Amouzou, Premier Président et Fondateur du Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT) Que retenir de son combat pour l’alternance et la démocratie au Togo ?
Radio AVULETE TV Publié par Yves Ekoué Amaïzo sur amaizo.info - Le savoir au service de l'interdépendance
-
5
AESXIT DE LA CEDEAO : LES SUSPENDUS TIRENT LEUR RÉVÉRENCE
AFRICONNECT ET AFROCENTRICITY THINK TANK Journaliste : Mme Samantha RAMSAMY (SR) Invités : Dr Amadou Maïga, Economiste et Premier secrétaire parlementaire du CNT au Mali Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, Economiste et Directeur de Afrocentricity Think Tank, un groupe de réflexion et d’action, www.afrocentricity.info. Emission : AfricaConnect Date : 07 février 2024, mise en ligne le 29 février 2024. Débat et Podcast : https://www.youtube.com/watch?v=fMe6HhyzDhQ : « affamer les populations qui n’ont pas accès à la mer est un crime » Participation au débat : Contribution écrite du Dr. Yves Ekoué AMAÏZO (YEA) THÈME : SANCTIONS DE LA CEDEAO : AES CRÉE UNE NOUVELLE INSTITUTION SOUS-RÉGIONALE SR. Le 28 janvier une date sans aucun doute historique l’annonce simultanée des trois responsables de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) du retrait de l’AES composé du Burkina-Faso, le Mali, et du Niger de la CEDEAO. Abdoulaye Maïga, Ministre malien de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, porte-parole du Gouvernement malien a fait l’annonce pour l’Etat malien : « Leurs Excellences le capitaine Ibrahim Traoré, le Colonel Assimi Goïta et le Général de brigade Abdourahamane Tchiani – respectivement chef d’Etat du Burkina Faso, de la République du Mali, de la République du Niger – prenant toutes leurs responsabilités devant l’histoire et répondant aux attentes, préoccupations et aspirations de leurs populations, décident en toute souveraineté du retrait sans délai du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest. Fait à Ouagadougou, à Bamako et à Niamey le 28 janvier 2024. Merci de vos très aimables attentions ». 28 janvier 2024, Bamako, Mali. Quelle est pour vous la légalité de la décision, votre avis sur ce point ? YEA. Merci pour l’invitation et bonjour à mon co-débatteur, Dr. Amadou Maïga et aux téléspectatrices et téléspectateurs. Vous parlez de légalité alors que la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et l’UEMOA (Union économique monétaire ouest-africain) ne respectent pas leur propre texte et surtout ne le font pas appliquer. Alors, la légalité ne dépend que de celui qui représente cette légalité. Si les dirigeants actuels de ces trois pays ont décidé d’un commun accord de quitter la CEDEAO, c’est qu’il s’agit d’une décision politique et donc légale et qui a été notifiée aux dirigeants restants de la CEDEAO. Je voudrais rappeler que dans le protocole additionnel de la CEDEAO dit le « Protocole additionnel A/SP1/12/01 sur la démocratie et la bonne gouvernance[1] », les principes d’accession au pouvoir reposent sur au moins quatre principes : l’organisation et la tenue des élections libres, honnêtes, et transparentes dans les délais régis par la Constitution ; l’interdiction de tout changement anti-constitutionnel ainsi que tout mode non démocratique d’accession ou de maintien au pouvoir ; la participation populaire aux prises de décision, le strict respect des principes démocratiques, et la décentralisation du pouvoir à tous les niveaux de gouvernement ; et le fait que l’armée doit rester apolitique et soumise à l’autorité politique régulièrement établie avec comme restriction additionnelle qu’un militaire en activité ne peut prétendre à un mandat politique électif. Or, la CEDEAO, créée par de nombreux militaires putschistes, a régulièrement « oublié » de faire respecter ces principes, notamment quand il s’agit de « coups d’Etat constitutionnel » par un abus des pouvoirs par un président militaire ou civil, mais aussi lorsqu’un « coup d’Etat militaire », sanglant ou pas, est suivi par des élections frauduleuses que la CEDEAO a déclarées comme étant parfaitement légitime et donc légale. Donc, parler de légalité de la décision des trois dirigeants militaires de l’AES revient à se poser la question de savoir si les dirigeants militaires putschistes qui ont créé ou dirigé la CEDEAO par le passé disposait d’un pouvoir qui leur conférait une quelconque « légalité ». La décision de l’AES de quitter la CEDEAO est légale et conforme à l’article 91 du traité de la CEDEAO : « Tout État membre désireux de se retirer de la Communauté notifie par écrit, dans un délai d’un (1) an, sa décision au Secrétaire exécutif qui en informe les États membres. À l’expiration de ce délai, si sa notification n’est pas retirée, cet État cesse d’être membre de la Communauté. Au cours de la période d’un (1) an visée au paragraphe précédent, cet État membre continue de se conformer aux dispositions du présent traité et reste tenu de s’acquitter des obligations qui lui incombent en vertu du présent traité ». Au plan juridique, la CEDEAO considère les pays de l’AES comme étant toujours membre de l’Organisation sous-régionale pour 12 mois, sauf que ces trois pays sont sous sanctions illégales et donc ils sont des membres suspendus. Le paradoxe et l’ambiguïté de la CEDEAO ! Bref, la question est éminemment politique et non juridique. Elle ne peut se résoudre que dans une négociation et des concertations approfondies soutenues par des conseils et avis d’experts africains indépendants y compris dans la Diaspora. Or, ce n’est pas ce qui se passe pour ces trois pays. La CEDEAO avait choisi la force, les sanctions et la guerre sur la base de décisions illégales de suspension, voire dans la pratique d’exclusion. On assiste donc aujourd’hui à la réponse du « berger » à la « bergère »… L’AES décide de quitter la CEDEAO, ouvrant ainsi la porte à des négociations de 12 mois avant l’effectivité juridique de la décision, comme cela est inscrit dans les textes de la CEDEAO. C’est d’ailleurs la même procédure pour quitter une agence des Nations Unies. Sur un plan purement politique et en toute souveraineté, la décision des dirigeants de l’AES est légale, même si elle n’a pas fait l’objet d’une concertation élargie et inclusive avec l’ensemble de la population dans le pays. SR. Dans un communiqué la CEDEAO a réagi. Les mots choisis demandent un décryptage pour comprendre ce qui se cache derrière. Il faudrait se référer au communiqué du 28 janvier 2024 de la CEDEAO qui affirmait ne pas avoir encore reçu le courrier officiel des trois pays de l’AES : voir https://x.com/ecowas_cedeao/status/1751652617443332307?s=20; la CEDEAO considère qu’il s’agit d’une intention de quitter la CEDEAO et se réserve le droit d’offrir une position une fois la confirmation de la notification de quitter la CEDEAO reçue. Pour la CEDEAO a donc bien pris acte et attend une notification formelle. Elle ne ferme pas la porte. Elle se dit ouverte à une solution négocié en vue du rétablissement de l’ordre constitutionnel dans les trois pays Niger Mali et Burkina Faso. Comment analysez-vous cette réaction ? Deux poids deux mesures avec le cas du Sénégal ? YEA. Dans le communiqué conjoint, les chefs d’État de l’AES ont exprimé leur regret de voir la CEDEAO s’éloigner des idéaux de ses pères fondateurs et du panafricanisme. Ils ont souligné que l’organisation était sous l’influence de puissances étrangères. A ce titre, la CEDEAO est devenue une menace pour ses États membres et leurs populations. Par ailleurs, la CEDEAO n’a pas apporté d’assistance suffisante aux États de l’AES dans leur lutte contre le terrorisme et l’insécurité. Face à cette situation, les chefs d’État du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont pris leurs responsabilités devant l’histoire et ont décidé en toute souveraineté du retrait de leurs pays de la CEDEAO. La réaction de la CEDEAO reste non lisible. Il n’y a pas si longtemps, cette institution sous-régionale prônait : 1/ des sanctions radicales contre les peuples d’Etats enclavés contrairement aux principes des Nations Unies ; 2/ une guerre contre des pays et peuples frères sur financement étrangers ; 3/ un blocage des avoirs financiers de ces pays auprès des institutions bancaires sous contrôle de la France dans le cadre de la zone franc, et 4/ un refus de soutenir la lutte contre le terrorisme réel ou provoqué sur le territoire de l’AES… Alors après avoir mis de l’eau dans son vin de palme, il est difficile de croire à la sincérité de ces mêmes dirigeants. Alors, pourquoi ne pas avoir adopté cette attitude dès le départ ? La CEDEAO a enfin compris que les Etats membres ne sont pas aux ordres de quelques Etats qui apparaissent comme des courroies de transmission de décisions extérieures à la zone et surtout ayant pour objet non pas de trouver des solutions aux Peuples de ces pays mais de faciliter la défense des intérêts des pays qui ont une influence sur les principaux dirigeants de la CEDEAO. Alors, face à une impossibilité de négocier, le fait que quitter la CEDEAO représente pour le Groupe Afrocentricity Think Tank, une volonté d’imposer une négociation et des concertations approfondies, sans hypocrisie et sans intervention étrangère entre les pays de l’AES et ceux qui restent dans la CEDEAO, ce sur une durée de 12 mois. La base de la négociation entre l’AES et la CEDEAO n’est plus sur la réintégration de l’AES dans la CEDEAO, mais plutôt sur l’ouverture de la CEDEAO à « solution négocié en vue du rétablissement de l’ordre constitutionnel dans les trois pays Niger Mali et Burkina Faso ». Alors, pourquoi ne pas avoir proposé cela dès le départ ? La CEDEAO était-elle sous influence extérieure ? La réponse est malheureusement affirmative. Concernant la comparaison avec le Sénégal, vous parlez de deux poids deux mesures. Mais après des déclarations de principe et sans impact, la CEDEAO a enfin exigé le 6 février 2024 de l’exécutif sénégalais, notamment au Président Macky Sall de « rétablir le calendrier électoral » conformément à la Constitution sénégalaise[2]. Il ne s’agit d’ailleurs pas nécessairement de rétablir le calendrier électoral initial mais d’avoir un communiqué qui finit par défendre, voire sauver le cas « Macky Sall ». Rappelons que selon le protocole additionnel de la CEDEAO, le Sénégal de Macky Sall a violé l’article 2 qui porte sur les élections et qui indique dans deux de ses alinéas ceci : aucune réforme substantielle de la loi électorale ne doit intervenir dans les six (6) mois précédant les élections, sans le consentement d’une large majorité des acteurs politiques. les élections à tous les niveaux doivent avoir lieu aux dates ou périodes fixées par la Constitution ou les lois électorales. D’ailleurs, les démissions en cascade de certains de leur ministre du Président Macky Sall. Reste à savoir quel est le poids d’une CEDEAO à 15, réduite à 12 pays, sur un pays souverain qu’est le Sénégal ? Pour une fois, elle exhorte « les forces de l’ordre sénégalaises » à « faire preuve de la plus grande retenue » et à protéger les droits fondamentaux de tous les citoyens. Un véritable sursaut de la CEDEAO pour sauver sa crédibilité auprès du Peuple sénégalais… On se demande pourquoi la CEDEAO ne l’a pas fait en 2005 au Togo quand il y a eu un coup d’Etat militaire et constitutionnel par Faure Gnassingbé, l’actuel président illégal du Togo dans son 4e mandat approuvé par la CEDEAO, et qui est venu au pouvoir avec plus de 500 morts de plus de 2000 blessés selon un rapport officiel non exhaustif des Nations Unies. Suite à une plainte officielle auprès de la Cour de Justice de la CEDEAO, la Cour de Justice de la CEDEAO doit prendre une décision en urgence pour constater l’illégalité et l’anticonstitutionnalité de l’exécutif togolais. Cela fait près de 24 mois que cette décision est attendue. SR. Phase de retrait. S’agissant du retrait quel est le processus envisagé ? Quelles sont les conditions requises ? YEA. En fait, dès lors que l’AES a indiqué son intention de quitte la CEDEAO, il y a encore la possibilité de négocier pendant 12 mois avant que le retrait ne soit effectif. Mais, Dans le cas de la Mauritanie qui a quitté la CEDEAO en 2001, il n’y a pas eu des négociations pour que la Mauritanie revienne au sein de la CEDEAO. Pourquoi voulez-vous que les pays de l’AES ne suivent pas les chemins tracés par la Mauritanie ? Le retrait annoncé au plan régional trouvera des solutions au cas par cas par des accords bilatéraux entre chacun de ces trois pays les autres pays de la CEDEAO. Il n’y a aucune condition requise autre que de respecter les chefs d’Etat de l’AES comme des pairs. SR. ? On ne le dit pas assez mais la CEDEAO est une communauté d’institutions sur le modèle calqué sur le modèle de l’Union européenne avec une commission, une Cour de Justice de la communauté, une banque – la BIDC Banque d’investissements et de développement de la CEDEAO, une organisation ouest-africaine de la Santé, etc. Je voudrais évoquer les enjeux financiers de cette sortie des pays du Sahel de l’organisation ouest-africaine : Que deviennent les investissements de la BIDC la banque de la CEDEAO au Mali, au Burkina Faso et au Niger ? YEA. La BIDC est une institution financière régionale qui finance des projets de développement dans la sous-région ouest-africaine, souvent en complémentarité avec la BOAD et d’autres institutions financières. Le départ de ces trois pays membres de la CEDEAO le 28 janvier 2024, les investissements de la BIDC au Mali, au Niger et au Burkina Faso pourront être affectés après les 12 mois de négociation. Si cela devait se confirmer, les ressources de financement affectés à ces trois pays seraient réaffectées. Mais il faut savoir qu’à la Banque africaine de développement comme à la BOAD, il y a des pays non-régionaux, donc non membres de la zone économique concernée. Donc les pays de l’AES peuvent continuer à être membre non CEDEAO de la BIDC. Donc, il s’agit pour le moment de la pure spéculation en attendant les résultats des négociations. Les changements de priorité au sein de la BIDC se feront après les négociations. Les risques de remboursement sont faibles car les richesses qui sont en train d’être mise en valeur dans ces trois pays sont importantes. La capacité de remboursement des emprunts pourrait se faire avec le soutien de pays non alignés sur les pays de l’OTAN et de l’Union européenne, notamment les 11 pays du BRICS Plus. SR. Les pays du Sahel qui sont des contributeurs au capital de la BIDC vont-ils cesser de l’alimenter ? On est à moins de 3 % de contribution, c’est faible comparé au Ghana ou au Nigeria qui contribue à hauteur respectivement de 20 % et 30 % ? YEA. La décision de contribuer ou de pas contribuer comme actionnaire de BIDC va dépendre des négociations en cours et étalée sur 12 mois. Mais, le problème posé est celui de la BIDC et moins ceux des pays de l’AES qui pourraient profiter pour transférer leur capital vers d’autres institutions financières, notamment la Banque de développement des BRICS qui disposent de conditions meilleures en termes d’emprunts et de conditions de remboursement. SR. Le Mali et plus globalement l’AES ont-ils récupéré tous leur avoirs après le gel de la BCEAO ? YEA. A ma connaissance, la réponse est négative. C’est justement, ce qui fait l’objet de la négociation et qui explique aussi pourquoi les pays de l’AES n’ont pas quitté l’UEMOA[3] alors que la cour de justice de l’UEMOA a rendu un arrêt constatant l’illégalité des sanctions, y compris financières contre les pays de l’AES. Pour la cas spécifique du Mali, c’est dans un communiqué rendu public le 1er février 2022 que le Ministre de l’Économie et des Finances du Mali, Alousséni Sanou, a informé les investisseurs que, suite aux conclusions des sommets extraordinaires de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest) et de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine), tenus le 9 janvier 2022 à Accra (Ghana), la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a pris les mesures suivantes à l’encontre de l’État du Mali: le gel des avoirs de l’État malien et des entreprises publiques et parapubliques à la BCEAO ; le blocage de tous les transferts de l’État malien passant par les systèmes de paiement de la Banque Centrale. Ces mesures ont été prises en réponse aux sanctions illégales imposées par la CEDEAO et l’UEMOA[4]… Ces restrictions n’ont pas conduit à un manque de liquidités dans les banques commerciales, et n’a pas ou n’a eu que très peu d’impacts sur le paiement des salaires des fonctionnaires maliens. A ce propos et dans le cadre d’une mesure d’urgence, la cour de justice de l’UEMOA a suspendu les sanctions, considérées comme illégales[5]. SR. Sur ce qui peut ou pas changer après un retrait effectif de l’AES de la CEDEAO, il faut s’attendre à quoi au niveau des échanges intra-africain ? YEA. Je pense qu’il faut que chacun comprenne qu’avant d’aller vers des accords sous-régionaux, il a fallu signer des accords bilatéraux entre les Etats de la sous-région. Aussi, si les accords bilatéraux entre chacun des pays de l’AES sont maintenus avec chacun des autres pays de la CEDEAO, il n’y a aucun problème pour les échanges intra-africain, notamment pour la circulation des personnes, des biens et du capital. Concrètement et en guise d’exemple, si un accord bilatéral intervient entre le Mali et la Côte d’Ivoire et que cet accord accepte la réciprocité pour la non-délivrance de visas, l’absence de carte de séjour, la libre-circulation entre les deux pays, alors, il n’y aura pas de nouvelles frontières. Il faut donc s’attendre peut-être même à un accroissement des échanges puisque pour la première fois, les pays concernés seront « obligés » de constater les biens échangés et donc leur interdépendance[6]. Or, une fois ce constat effectué, cette interdépendance ne peut que s’accroitre si la volonté politique est au rendez-vous de part et d’autre. SR. Faut-il s’attendre à des répercussions sur le panier des ménages ? YEA : Vraisemblablement que les restrictions et autres limitations dans les échanges pourraient dans le court terme contribué à une augmentation des prix. Mais, rapidement une fois que les accords bilatéraux viendront confirmer qu’aucun des pays ne s’opposent à la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux et donc soutiennent l’intégration régionale, la pression inflationniste sera neutralisée. Mais, la question de la sortie de la monnaie française qu’est le Franc CFA sera posée. SR. Cette sortie de la CEDEAO par les pays de l’AES est-elle en mesure de freiner les relations bilatérales et multilatérales ? YEA. De mon point de vue, absolument pas. Au contraire, cela va approfondir les relations bilatérales et multilatérales en renforçant la complémentarité et la spécialisation dans les chaines de valeur. SR. Sortie de la CEDEAO. On regarde tous du côté de l’UEMOA puisque l’Alliance des Etats du Sahel travaille activement sur la création d’une monnaie commune pour sortir du FCFA. Est-ce que l’AES prépare sa sortie de l’UEMOA ? YEA. Il n’y a pas à ma connaissance une déclaration officielle des dirigeants de l’AES allant dans le sens d’une sortie imminente de l’UEMOA, et en filigrane de l’utilisation d’une monnaie alternative et commune qui viendra succéder, voire remplacer le Franc CFA. Or, pour que cela ait lieu, il faut avoir étudier le dossier comme dans le cas de la Mauritanie qui a quitté la CEDEAO en décembre 2000 suite à un préavis en décembre 1999, soit 12 mois avant. Ce pays a créé sa propre monnaie : le Ougiya ou Ouguiya qui signifie « once » en arabe hassaniya et qui valait à l’origine, une once d’or. Adossée à l’or à ses débuts, cette monnaie comme la monnaie malgache, l’ariary malgache est non décimal. L’ouguiya mauritanien est devenue la monnaie officielle de la Mauritanie depuis 1973 et son code devise est MRU. Les billets sont en coupures de 50, 100, 200, 500, 1 000 ouguiyas. Les pièces en circulation ont des valeurs de 1/5, 1, 5, 10 et 20 ouguiyas. À titre indicatif, en novembre 2021, un euro valait 41,70 MRU ; un dollar américain autour de 36,35 MRU et un franc CFA valait 0,06 MRU. Le 6 février 2024, un Euro valait 42,61 MRU, un dollar américain valait 39,62 MRU, et un Franc CFA valait 0,06 MRU. SR. Quels sont les scénarios possibles pour une monnaie commune et alternative pour les pays de l’AES ? YEA. D’abord les possibilités existent. Le scénario est d’accepter le principe que la monnaie de l’AES, une monnaie commune, sur la base d’une décision politique, sera adossée à une ou des matières premières, notamment l’or. Puis, il faudra accepter le principe de digitaliser l’or sous forme de représentation digitale de l’or. On parle de « tokenisation » de l’or (ou jeton) qui est une innovation qui consiste à représenter la propriété de l’or physique par le biais de jetons numériques en utilisant des technologies décentralisées et sécurisées, notamment la technologie du « blockchain ». Concrètement, chaque jeton représente une fraction d’or physique, ce qui permet aux investisseurs d’acquérir et de détenir de l’or de manière numérique. Il s’agit de démocratiser l’or et surtout faciliter la mise en œuvre des trois fonctions de la monnaie à savoir l’unité de paiement, l’unité de compte et l’unité de réserve et donc d’investissement par l’utilisation accrue des fonctions digitalisées. Ainsi, la banque centrale et les banques de second rang devront évoluer vers des processus de digitalisation… La monnaie elle-même devra être digitale et les paiements passeront par le téléphone portable. Encore faut-il s’assurer d’avoir la possibilité de passer par d’autres systèmes de paiement alternatifs au système privé SWIFT – Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication[7]. Il s’agit d’un réseau de messagerie contrôlé par le monde occidental qui permet d’effectuer des virements internationaux entre les banques. Il s’agit d’un système utilisé pour réaliser des transactions financières à l’échelle mondiale. Le code SWIFT est également connu sous le nom de code BIC (Bank Identifier Code). Mais pour ne pas avoir à subir des sanctions inconditionnelles et unilatérales, il est recommandé de pouvoir identifier des systèmes alternatifs comme le CIPS (Cross-Border Interbank Payment System) de la Chine[8] ou le SPFS (Financial Message Transfer System de la Russie. En effet, le système SWIFT a été utilisé pour des sanctions en 2012 contre l’Iran en référence à l’interdiction des pays du G7 de l’autoriser à mener son programme nucléaire, et en 2014 où la Russie a été menacée d’exclusion de SWIFT lors de la crise de la Crimée et des exclusions de banques russes sont opérationnelles depuis le conflit OTAN/Ukraine/Russie contre la Russie. La conséquence face à ces sanctions unilatérales des dirigeants occidentaux est que la Russie a instruit sa Banque centrale pour trouver des alternatives. Cette banque centrale russe a commencé dès 2017 le développement de SPFS (Financial Message Transfer System), en utilisant la même technologie disponible à la fois pour SWIFT et CIPS. Le SPFS est adopté dans l’espace russe mais aussi par de nombreuses filiales des grandes banques russes en Allemagne et en Suisse et dans le monde. Quant à la Chiner, elle a commencé dès 2012 à développer son propre système de messagerie financière : le CIPS (Cross-Border Interbank Payment System) qui est devenu opérationnel en 2015. Le CIPS est géré par la Banque Populaire de Chine et couvre essentiellement la Chine et Hong Kong. Mais l’Inde est dans un processus d’adoption du CIPS et surtout des équivalences entre le CIPS, le SPFS et SWIFT sont en train de se mettre en place, limitant les risques de sanctions unilatérales occidentales. Mais avant de passer à la digitalisation de l’or et s’assurer qu’aucun stock d’or physique ne quitte le territoire de l’AES, il est fort probable que ces pays passent par une période transitoire où la monnaie commune soit adossée à un panier de monnaie. Là encore, il faudra choisir principalement les monnaies des pays avec lesquels les pays de l’AES ont des échanges commerciaux importants, sans velléités de sanctions unilatérales et qui ouvrent des perspectives d’utilisation non seulement des compensations, mais aussi des systèmes CIPS et SPFS avec en filigrane la technologie décentralisées des blockchains pour assoir la monnaie et des banques digitales. SR. Conclusion : L’ambition de la CEDEAO, c’était de promouvoir l’unité l’intégration du continent au niveau régional la région ouest africaine… Elle vacille contrairement aux autres organisations du continent la SADC, l’EAC la CEEAC pour l’Afrique centrale. comment voyez-vous l’avenir de l’unité de l’intégration ouest-africaine ? YEA. Je ne suis pas sûr que les avancées en termes d’intégration régionale soient plus importantes dans les autres commissions économiques régionales africaines que vous avez citées. La CEDEAO est un instrument d’intégration qui a refusé le « Développement ». En supprimant les objectifs de développement, les pays de l’AES ont compris que le volet Economique pourrait se faire à leur dépens et ont décidé de quitter ce système. Il appartient aux dirigeants de la CEDEAO d’avoir une discussion franche et sans hypocrisie sur le bilan de la CEDEAO en termes d’intégration régionale, monétaire, etc… Si ce bilan est fait sur une base indépendante, il faut s’attendre à une mort programmée de la CEDEAO du fait de l’émergence de nouvelles entités sous-régionales plus ou moins formelles comme l’AES, mais aussi l’initiative Atlantique du Maroc. Tout ceci ne pourra pas faire l’économie d’un débat de fond sur les valeurs, le rôle et l’utilité des institutions régionales et continentales y compris l’Union africaine. En réalité, il faut quitter l’Union africaine pour l’Interdépendance africaine. Cela se fera par petit pas, entre des Etats qui ont d’abord pour ambition de défendre la souveraineté des peuples africaines et refusent de voir leur matières premières être achetées à vil prix et surtout ne pas être transformées sur place en Afrique à des fins de création d’emplois et de richesses inclusives et partagées. SR. Votre mot de fin ? YEA. À force de refuser collectivement l’inclusivité, la CEDEAO a creusé sa propre tombe, surtout qu’en guise d’inclusivité, certains dirigeants africains ont choisi de s’aligner sur les positions de chefs d’Etat en Occident qui ne se soucient guère de la priorité des peuples africains, à savoir leur souveraineté, leur dignité et surtout le refus de se voir déposséder de leurs biens[9], que ce soit directement ou par procuration, cette forme de néocolonisation postindépendance juridique, notamment avec et par des apostats africains ou non-africains. Pour faire quelque chose de nouveau en termes d’intégration régionale, les pays africains devront apprendre à déconstruire pour reconstruire des nouvelles formes d’intégration sous-régionales sur des bases d’affinité et de complémentarité au service de leurs peuples respectifs. Personne ne pourra faire l’économie du combat contre tous ceux qui luttent pour défendre des intérêts étrangers, partisans, ésotériques et claniques qui s’apparentent de plus en plus à des combats contre le Peuple africain. La vraie question est de savoir si la CEDEAO pourra survivre à sa politique anti-peuple africain. Je vous remercie pour l’invitation. YEA. 7 février 2023 et mise en ligne le 13 février 2023. Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, Directeur de Afrocentricity Think Tank Contact : [email protected] © Afrocentricity Think Tank, AfriConnect et Russia Today en français (RT en français) sur VPN. Notes : CEDEAO (2001). « Protocole A/SP1/12/01 sur la démocratie et la bonne gouvernance additionnel au protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité ». Accédé le 6 février 2024. Voir https://www.eisa.org/pdf/ecowas2001protocol1.pdf ↑ Senego.com (2024). « La CEDEAO hausse le ton et demande de « rétablir le calendrier électoral » au Sénégal (communiqué) ». Accédé le 6 février 2024. Voir https://senego.com/urgent-la-cedeao-hausse-le-ton-et-demande-de-retablir-le-calendrier-electoral-au-senegal-communique_1657875.html ↑ REUTERS (2024). « Le Mali reste membre de l’UEMOA, dit le ministre des Affaires étrangères ». In www.boursier.com. 31 janvier 2024. Accédé le 6 février 2024. Voir https://www.boursier.com/actualites/reuters/le-mali-reste-membre-de-l-uemoa-dit-le-ministre-des-affaires-etrangeres-354279.html ↑ Malizine.com (2022). « Gel des avoirs du Mali par la BCEAO… : Le ministre de l’Économie dénonce et déplore « ces pratiques contraires aux règles de fonctionnement du marché monétaire et financier régional… ». In Malizine.com. 3 février 2022. Accédé le 6 février 2024. Voir https://malizine.com/2022/02/03/gel-des-avoirs-du-mali-par-la-bceao-le-ministre-de-leconomie-denonce-et-deplore-ces-pratiques-contraires-aux-regles-de-fonctionnement-du-marche-monetaire-et-financier-regional/ ↑ Le Point Afrique et AFP (2022). « Mali : la cour de justice de l’UEMOA ordonne la suspension des sanctions. DÉCISION. Alors que la CEDEAO se réunit vendredi 25 mars, la cour de justice de l’UEMOA vient de suspendre les sanctions économiques adoptées contre le Mali le 9 janvier ». In Le Point Afrique. 24 mars 2022. Accédé le 6 février 2024.Voir https://www.lepoint.fr/afrique/mali-les-sanctions-suspendues-par-la-cour-de-justice-de-l-uemoa-24-03-2022-2469516_3826.php#11 ↑ Amaïzo, Y. E. (1980). De la dépendance à l’interdépendance. Mondialisation et marginalisation : une chance pour l’Afrique ? Editions l’Harmattan : Paris. ↑ SWIFT – La Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication a été initialement créé par un groupe de banques américaines et européennes en réponse à leur besoin d’un système de communication standardisé unique. ↑ Sieber, S. (2022). « L’alternative chinoise au SWIFT, le système CIPS, va transformer le paysage financier mondial ». In Les observateurs.ch. 6 mars 2022. Accédé le 7 février 2024. Voir https://lesobservateurs.ch/2022/03/06/lalternative-chinoise-au-swift-le-systeme-cips-va-transformer-le-paysage-financier-mondial/ ↑ Amaïzo, Y. E. (sous la Dir.) (coll.) (2002). L’Afrique est-elle incapable de s’unir ? Lever l’intangibilité des frontières et opter pour un passeport commun. Editions l’Harmattan : Paris, 667 pages. ↑ Télécharger AESXIT DE LA CEDEAO : LES SUSPENDUS TIRENT LEUR RÉVÉRENCE (387 kB) 2 mars 2024 Publié par Yves Ekoué Amaïzo sur amaizo.info - Le savoir au service de l'interdépendance
-
4
L’ÉCHEC DES SANCTIONS DE LA CEDEAO CONTRE LE NIGER
AFROCENTRICITY THINK TANK ET DEUTSCHE WELLE Nom de la Journaliste à la Rédaction française : Mme Sandrine Blanchard Adresse: Deutsche Welle (DW) Afrique – La Voix de l’Allemagne. Afrique Kurt-Schumacher-Str. 3. D – 53113 Bonn. Allemagne. I : www.dw.com/francais | E : [email protected] Emission : interview Mardi 20 février 2024 Nom de l’invité : Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, économiste (Togo) et Directeur général d’Afrocentricity Think Tank Sujet : L’ÉCHEC DES SANCTIONS DE LA CEDEAO CONTRE LE NIGER Article de la Journaliste Sandrine Blanchard sur DW. Source : https://www.dw.com/fr/cedeao-sanctions-niger-alliance-sahel/a-68312534 ——————————————————————————— ANALYSE AFROCENTRICITY THINK TANK : CEDEAO : VERS UNE LEVÉE DES SANCTIONS CONTRE LE NIGER ? 20 FÉVRIER 2024 Il faut rappeler que les sanctions prononcées par l’Organisation sous-régionale CEDEAO – Communauté économique de Etats de l’Afrique de l’Ouest contre les pays de l’Alliance des Etats du Sahel, à savoir le Burkina-Faso, le Mali et le Niger, sont illégales en droit. Il s’agit donc de décisions politiques unilatérales. Ces décisions ne peuvent s’opérer sans des courroies de transmission de décisions venues d’ailleurs. 1. Françafrique : rupture des courroies de transmission en Afrique Dans le cas du Niger, les sanctions de la CEDEAO étaient censées être une réponse au Coup d’Etat militaire du 26 juillet 2023 du Général Abdourahamane Tiani contre le Président réélu Mohamed Bazoum qui ne bénéficiait pas d’une véritable légitimité au sein de l’armée nigérienne. Sa légitimité provenant plus des liens avec les dirigeants français, avec une base militaire française qui a été priée de quitter le territoire. Pour la CEDEAO, il s’agissait de faire pression pour obtenir une libération du président Bazoum et de sa famille, de rétablir l’ordre constitutionnel et indirectement assécher les ressources financières du pays. Ce qui devait, en principe, conduire à une révolte du Peuple nigérien contre les putschistes afin de faciliter le retour des « civils » au pouvoir. Mais de quels civils s’agit-il ? Ceux qui ont dirigé ces pays depuis les indépendances des années 1960 sous tutelle post-coloniale des accords secrets de défense et monétaire de la France ? Vraisemblablement ! Le problème est que ce système a conduit à maintenir l’ensemble de ces trois pays dans l’extrême pauvreté, le surendettement, la dépendance, résultantes d’interdictions non écrites comme l’interdiction : d’assurer sa sécurité militaire en dehors de la France ; de sortir de la zone franc sans accord avec la France ; de transformer les matières premières locales en Afrique ; de s’industrialiser pour créer des emplois décents en Afrique ; et surtout de diversifier son économie et de travailler au service des populations locales. En définitive, on a assisté à une rupture des courroies de transmission de la Françafrique en Afrique. Autrement dit, les dirigeants africains qui fonctionnent « hors sol », imbus de leur pouvoir impérial adoubé depuis Paris, n’ont pas vu venir la prise de conscience d’une grande majorité du Peuple africain, puis la volonté du Peuple africain de confier son destin à d’autres « leaders », avec ou sans un processus démocratique transparent ou biaisé. Ceux qui ont adoubé l’ancien système au cours des six décennies passées ne comprennent pas le niveau d’humiliation qu’ils ont infligé aux Peuples africains. L’exil forcé des cerveaux africains, utilisés à l’extérieur aux dépens des populations locales, est une source de colère et de brûlures psychologiques. Alors les cris d’orfraie sur le retour d’une démocratie représentative proche des démocratures et de coups d’Etat constitutionnels en Afrique fonctionnent comme un pyromane qui met de l’huile sur le feu qu’il a contribué à allumer, parfois par procuration. Alors, il ne faut pas s’étonner du rejet massif par les citoyens africains d’un tel système, masqué par une forme de démocrature, improprement appelé « démocratie » ou « retour de l’ordre constitutionnel avec des civils au pouvoir ». La guerre informationnelle des médias politiquement corrects pour tenter de créer la confusion a aussi échoué car les Africains, adeptes de l’oralité, ont opté pour les réseaux sociaux et l’écoute de voix indépendantes. Les dirigeants de la CEDEAO, sourds à cette évolution, ont pris leur décision de sanctions et de guerre, sans avoir consulté les Peuples de la CEDEAO. 2. Sanctions contre-productives de la CEDEAO Les sanctions auraient dû conduire au retour de l’ordre constitutionnel ancien en Afrique. Or, à ce jour, rien n’a fonctionné comme prévu dans les pays de l’AES, au Niger en particulier. Sauf la libération tardive du fils du Président Bazoum, apparemment grâce à la médiation du Togo, les sanctions de la CEDEAO, agissant en procuration pour des puissances étrangères, sont devenues contre-productives. Cela a même conduit une partie majoritaire des citoyens de la sous-région à rappeler que « La CEDEAO n’a rien fait pour que l’on mange, alors pourquoi nous empêche-t-elle de manger en imposant des sanctions au point de vouloir faire la guerre ? ». La réalité est que les sanctions de la CEDEAO ont été considérées : premièrement comme des sanctions imposées par procuration ; et deuxièmement comme des sanctions contre les Peuples des pays de l’Alliance des Etats du Sahel, Mali, Burkina-Faso et Niger. Or, cette CEDEAO était absente pour aider à identifier et éradiquer des terroristes, « envahissant et déstabilisant » des régions entières avec quelques motocyclettes, quelques armes légères… non produites en Afrique. 3. CEDEAO : vers une levée des sanctions contre le Niger ? Il existe une volonté au sein des 12 dirigeants restant de la CEDEAO d’aller vers une levée des sanctions contre le Niger. Il s’agit pour la CEDEAO à 12 de donner des gages sur la volonté des chefs d’Etat de sortir de l’impasse dans laquelle ils se sont plongés avec comme conséquence, la sortie, apparemment irréversible, des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Il faut savoir que les trois pays enclavés membres de l’AES sont des pays laïques, mais avec une majorité de la population qui est de confession musulmane. De ce fait, à l’approche du Ramadan, le jeûne musulman, pourrait servir de date butoir pour lever les sanctions économiques contre le Niger. En filigrane, et concrètement si les sanctions empêchent les échanges des biens comme le mouton et autres fruits et légumes qui servent à la fraternité au cours des ruptures et la fin du jeûne musulman, les principaux responsables d’un refus de levée des sanctions contre le Niger risquent d’être les chefs d’Etat qui risquent de voir leur pouvoir et leur maintien au pouvoir menacer. Surtout ceux qui sont adeptes de la remise à « zéro » des compteurs au point pour le Togo de planifier son 5 mandats présidentiels, démarrés dans le sang par un coup d’Etat militaire et constitutionnels en 2005. Les dirigeants de la CEDEAO ont adoubé ce « changement » de régime au Togo : un certain Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’Union africaine qui a mis en échec un certain Alpha Omar Konaré, Président en exercice de la Commission de l’Union africaine. Alors, l’Afrique, et en l’espèce, la CEDEAO, était-elle incapable de s’unir pour condamner le double coup d’Etat militaire et constitutionnel du Togo en 2005 ?[1] 4. Absence de gouvernance du consensus sur les sanctions contre le Niger, et par extension contre les pays de l’AES ? Il ne peut y avoir de consensus ou de positions communes sur les sanctions contre le Niger -et plus largement les pays de l’AES-, du fait d’intérêts divergents au sein de la CEDEAO. On peut citer au moins sept raisons qui expliquent ces divergences : un quiproquo entre la CEDEAO et les pays occidentaux notamment l’Union européenne. Il s’agit plus particulièrement des dirigeants du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Sénégal qui avaient clairement opté pour la guerre contre les pays de l’AES, espérant toucher l’argent de l’Union européenne et de la France. Or, quelle a été leur surprise lorsque les dirigeants de ces pays ont compris qu’ils devront financer cette guerre eux-mêmes ou le faire dans le cadre d’un crédit remboursable. Du coup, l’urgence de faire la guerre à des pays enclavés s’est amoindrie pour finalement disparaître ; l’éloignement des dirigeants de la CEDEAO des idéaux du panafricanisme, au point pour certains comme le Togo, de relancer une forme maquillée du panafricanisme décrié par une large majorité des Africains, ce qui peut expliquer le rôle ambivalent du Togo qui vote pour la guerre et s’assure que les échanges avec les pays de l’AES transitent par le port autonome du Togo. Or, le maquillage de la démocratie togolaise ne peut être une copie conforme du maquillage du panafricanisme par les autorités togolaises. le principe de la « tolérance zéro » à géométrie variable envers les coups d’Etat militaires et l’impunité contre les coups d’Etat constitutionnelles en Afrique de l’Ouest ont conduit à une forte décrédibilisation des dirigeants de la CEDEAO qui semblent n’avoir de position, que soit en fonction d’intérêts étrangers à protéger en Afrique ; soit en fonction des intérêts d’un syndicat de dirigeants africains soucieux de rester au pouvoir et peu soucieux des intérêts des Peuples de la sous-région ; le fait que les sanctions contre des pays enclavés et pauvres en Afrique soient considérées comme des sanctions contre les Peuples et non contre les dirigeants témoignent d’un manque de discernement des dirigeants de la CEDEAO qui ont oublié qu’ils ne peuvent faire de l’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays membres sans son accord, un principe rappelé par l’Union africaine ; le déblocage des avoirs financiers du Niger avec comme contrepartie « forcée », une utilisation qui profiteraient « uniquement » aux pays africains et non-africains adeptes des sanctions contre des pays pauvres, endettés et enclavés ; Or, ce chantage est rejeté par les pays de l’AES ; l’inimaginable décision de la CEDEAO de fermer unilatérement les frontières terriennes, ferroviaire, aériennes et maritimes qui ont favorisé une montée exponentielle de la hausse des prix et de l’insécurité alimentaire ; et enfin la non-assistance à un Peuple en danger en coupant l’énergie et les liens électroniques sous toutes ses formes (pétrole, électricité, gaz, internet, etc.) avec les morts dans les hôpitaux, les transactions par téléphone mobile interrompues et les pertes occasionnées pour toutes les populations qui dépendent de près ou de loin de la chaine du froid, avec en filigrane des stocks d’approvisionnement perdus. Sans gouvernance du consensus, il n’est pas possible d’aller vers l’unité d’approche au sein de la CEDEAO à 12. 5. Impossible unité : l’alignement des dirigeants de la CEDEAO sur les puissances étrangères L’absence de consensus sur les sanctions envers les pays de l’AES peut se comprendre en analysant les dirigeants africains en fonction de leur alignement avec les puissances étrangères. Quatre catégories de dirigeants africains ont émergé au sein de la CEDEAO à 12 : ceux qui considéraient que la priorité était de s’aligner sur les puissances étrangères dont la France et l’Union européenne : on peut citer entre autres la Guinée-Bissau, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin, le Ghana, etc. qui semblent défendre en priorité les intérêts étrangers avant ceux des peuples africains ; ceux qui, opportunistes, ont choisi de s’aligner sur les puissances étrangères mais de préserver le futur en dialoguant avec ceux qui subissent les sanctions en les invitant à utiliser les services payants comme un port en eau profonde pour leur logistique : on peut citer le Togo ; ceux qui s’alignent sur les positions des puissances étrangères mais considèrent qu’il s’agit de problèmes entre « francophones » et qu’il fallait marquer sa différence confidentiellement, mais certainement pas officiellement : on peut citer entre autres le Libéria, la Sierra Leone, le Cap-Vert ; ceux qui estiment qu’il faudrait juste suivre les discussions et rester neutre : on peut citer la Gambie. Les trois pays de l’AES, Burkina-Faso, Mali, et Niger, ont choisi de ne plus être complices de ce mode de gouvernance, car ne servant pas les intérêts des Peuples africains. Ils ont opté pour un partenariat sur des puissances étrangères qui sont capables d’offrir, sans hypocrisie, un renforcement des capacités et capabilités africaines. Ce partenariat a pour objet de contrer les formes de déstabilisation qui arrivent systématiquement en Afrique dès lors qu’il s’agit de luttes de souveraineté pour l’indépendance économique, financière et monétaire te donc sociale. Il ne faut pas oublier que la plupart des dirigeants indépendantistes africains des années de la décolonisation africaine ont été déstabilisés ou assassinés. Personne ne veut voir cette expérience recommencer. Alors, chacun organise sa défense comme il peut ! 6. Répercussions de la levée ou non des sanctions auprès des principaux Etats de la CEDEAO ? La levée des sanctions contre le Niger a des répercussions directes sur les pays partageant les frontières avec le Niger ou des pays qui ont besoin des matières premières et des biens ou services payants du Niger comme le Togo qui devraient être bientôt alimentés en pétrole par le Niger avec en contrepartie, une utilisation du port en eau profonde du Togo. Bref, il s’agit de démultiplier les possibilités du « donnant-donnant » qui se matérialisent par des compensations en termes de balance des paiements. Avec cette approche pragmatique, la position de la Côte d’Ivoire en faveur de la non-levée des sanctions contre le Niger pourraient être mise en minorité face à la position en mutation du Nigeria dont les populations au Nord sont des musulmans et issus des mêmes ethnies les populations du Niger, notamment au sud. Levée de sanctions ou pas, il faut pouvoir aller à une concertation à l’image des approches ancestrales africaines. 7. Palabre africaine intelligente : vers l’approche du respect mutuel pour la levée des sanctions de la CEDEAO contre le pays de l’AES Le maintien des sanctions de la CEDEAO à 12 risque d’accroître la pression économique et sociale surtout au sein des pays de la CEDEAO à 12. En effet, les populations au sein de la CEDEAO sont de plus en plus solidaires, voire admiratives des populations de l’AES. Les décisions de souveraineté tendent à l’emporter, surtout que le coût de toute cette opération de « sanctions illégales juridiquement » impacte autant les populations au sein de la CEDEAO à 12 qu’au sein de l’AES. Pour le cas spécifique du Niger, il est question d’influencer le pouvoir du Général Tiani pour que les sanctions soient levées rapidement, avec l’espoir qu’entre autre, l’inflation et les hausses généralisées des prix des biens et de la logistique, les coupures d’électricité, les retards dans les approvisionnements et dans le paiement des salaires des fonctionnaires, et surtout que le « ramadan » se passe dans le cadre d’une recherche d’harmonie retrouvée entre « Africains » indépendants. Cette nouvelle approche qui émerge va inciter à la concertation et à la négociation d’égal à égal et peut-être ouvrir les portes d’une sortie d’une crise politique. Il s’agit donc bien d’une décision politique des dirigeants de la CEDEAO. Cette décision ne pourra pas se faire sans un bilan de leur décision contre-productive, que ce bilan soit officialisé ou pas. Ce que les humains ont décidé dans la précipitation et sous influence étrangère, ils peuvent le corriger dans le cadre d’une palabre africaine intelligente, surtout s’ils tiennent compte des apports des Africains indépendants, y compris ceux de la Diaspora. La levée des sanctions va favoriser une stabilisation au plan économique et social. Les relations sous-régionales seront améliorées avec une baisse des tensions sauf si certaines courroies de transmission des intérêts occidentaux sont actionnées pour perpétuer des formes de déstabilisations par surprise. Les sanctions de la CEDEAO contre le pays de l’AES peuvent donc être levées dans le cadre de la palabre africaine intelligente fondée sur la dignité de chacun. Il s’agit d’une approche ancestrale africaine basée sur la solidarité, le respect mutuel et l’inclusivité des positions minoritaires dans la formation d’un consensus. YEA. 20 février 2024 Dr. Yves Ekoué AMAÏZO Directeur général ©Afrocentricity Think Tank Notes : Amaïzo, Y. E. (Coll.) (2002). L’Afrique est-elle incapable de s’unir ? Lever l’intangibilité des frontières et opter pour une passeport commun. Editions l’Harmattan : Paris. ↑ Télécharger L’ÉCHEC DES SANCTIONS DE LA CEDEAO CONTRE LE NIGER (303 kB) 21 février 2024 Publié par Yves Ekoué Amaïzo sur amaizo.info - Le savoir au service de l'interdépendance
No matches for "" in this podcast's transcripts.
No topics indexed yet for this podcast.
Loading reviews...
Loading similar podcasts...