Des formes utiles - L'art et ses récits

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Des formes utiles - L'art et ses récits

L'art et ses récits La chose semblait, comme sans doute, absolument certaine. Dostoïevski, L’Idiot Peut être que l’art est le récit qui nous relie le plus inexorablement à ce…

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    #46 – ADN

    Que signifie communiquer ? demanda le petit princeC’est une chose trop oubliée, ça signifie créer des liens… répondit le renard.Antoine de Saint ExupéryAttaché profondément à sa culture, il porte son attention sur ce qui la définit et sauvegarde et sa réflection s'attarde sur ce qui fait lien. Ses derniers travaux picturaux, révèlent les rituels, les jeux, transposent ses interrogations sur la religion vodun, sur le rôle de la transe, montrent les interactions entre les humains, entre humains et animaux et avec la nature, (p)relèvent et par cela préservent, ce qui fait communauté.Nathanaël Vodouhè est artiste.Si un jour il ne peignait plus, s’il ne sculptait plus, s’il n’utilisait aucun des médiums habituels du domaine artistique, s’il cultivait un potager ou qu’il bâtissait une ferme, ce sera toujours de l’art, « la poièsis qui nommait avant Homère, toute transformation de la matière, comme le travail des abeilles ou la fabrication d’un vase pour garder le vin, une transformation de la matière par l’esprit. »*Le travail de Nathanaël Vodouhè a pu être vu dans plusieurs galeries et espaces culturels en Afrique et en Europe. Il est représenté en France par la galerie Vallois à Paris et par Alexis Gallery au Lagos au Nigéria.*Clara Breteau, Les vies autonomes, une enquête poétique, Actes Sud, coll. Voix de la terre, 2020Pour aller plus loin avec Nathanaël VodouhèFondation Montresso Marakech, MarocAKAA, ParisPour aller plus loin avec les autres :`Khalil Gibran, Le Prophète, Babel, Actes Sud, 2004Edouard Glissant, la citation sur la créolisation est extraite d’un entretien donné au journal Le Monde en 2005Pascale Marthine Tayou, artiste né à Yaoundé au Cameroun, vit et travaille à Gand en BelgiqueA l’oreilleThere’s a lull in my life, Mina AgossiWalk around a street in Cotonou & extrait du thème de Mon oncle (film de Jacques Tati), musique Vladimir KosmaJust like a woman, Jeff BuckleyDido’s lament, Jeff Buckley, Henri Purcell

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    #45 – Apparitions/Disparitions

    Ce que les yeux ne peuvent voir, n’est pas tout aussi réel ? Nathanaël VodouhèEsprit contemplatif, Nathanaël Vodouhè a développé une philosophie proche de l’humain, de la nature, des mystères. Ses yeux se tournent vers l’intérieur, puisent dans les enseignements ancestraux de son terroir pour les confronter au monde moderne et tentent de le déchiffrer.. Sa pratique de l’art est sa meilleure manière d’être au monde. Ce n’est pas une habileté de peindre ou de sculpter qu’on voit, mais une manière de voir. En partant de ses observations sur la consommation, sur l’envie de posséder des objets qui nous possèdent, d’additionner des habitudes et routines au point d’en faire des addictions, il s’intéresse à ce qui fait que l’homme se constitue une identité à partir des choses qu’il convoite et traduit ses réflexions dans des installations d’objets qui en se consommant nous consomment. « Il interroge ainsi le rapport aux addictions, les jeux de pouvoir entre les êtres et la société hyper-consommatrice. »Nathanaël Vodouhè a été exposé en France à Paris par la Galerie Vallois et lors des plusieurs expositions collectives dont nous citons : Révélations Bénin à la Conciergerie et au Carrousel du Louvre, à La Rochelle, à Nice, à IleWordwide Galery au Pays Bas, à la Fondation Montresso à Marrakech et et au Musée Mohamed VI de Rabat au Maroc, à Alexis Gallery à Lagos au Nigéria, à la galerie Amani en Côte d’Ivoire, à l’Institut Français, à l’ambassade de l’Union européenne à Cotonou…Pour aller plus loin avec Nathanaël VodouhèExposition Cérémoniel, Maison rouge à Cotonou jusqu’au 8 mars 2026Pour aller plus loin avec les autresVitshois Mwilambwe Bondo, performer, fondateur et directeur artistique de Kin ArtStudio et de Congo Biennale à Kinshasa, RDCAteliers SAHM, centre d’art contemporain, Brazzaville, Congo BrazzavilleEdouard Glissant, Poétique, tome 5 : La cohée du Lamentin, 2005Ali Babar Kenjah, Edouard Glissant, des outils pour repenser l’identité, une soirée de l’Université populaire de la Villeneuve et son cycle «Que reste-t-il du passé colonial» (2017-2018) ; publié sur irenees.netLe poème Il meurt lentement(A muerte devagar) aurait étéattribué par erreur à Pablo Neruda, il serait écrit par la poète brésilienne Martha MedeirosAddiction et régulations épigénétiques, extrait de l'article publié sur Med Sci Paris, dans le vol, 31, numéro 4, en avril 2015, Addictions. par Jean Zwiller, Laboratoire de neurosciences cognitives et adaptatives, UMR 7364, CNRS, université de Strasbourg, faculté de psychologie ; www.medecinesciences.org A l'oreilleBenin To, Orchestre Les Sympathiques de Porto Novo, 1978Luba, Héritier Mayimbi M. par Armand Diangienda W, Orchestre de KinshasaAkiza, Dagbo & International Africa JazzDido’s lament, Jeff Buckley, Henri Purcell

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    #44 – Prolog

    quelques peintres se sont retrouvés dans un jardin où les pommiers étaient prêts à fleurir et ont tenté ensemble une expérience inhabituelle : oublier ce qu'ils avaient appris à l'école, essayer de redevenir, d'être au début de leur art, en dessinant, presque en s'oubliant eux-mêmes, des branches avec des bourgeons en fleurs ou des fleurs blanches de pommier éclaboussées de pourpre et de rosée matinale. Cette fraîcheur du regard, de la contemplation, une tentative presque mystique, a été une expérience importante pour eux. Paul GherasimLe galeriste Alain Oudin et l’artiste Marie Chamant décident en 2015 de créer un Fond de dotation destiné à pérenniser la diffusion de l’œuvre de certains artistes et mouvements qui ont façonné la spécificité de leur galerie et aussi d’assurer la gestion de fonds d’ateliers.Le Fonds de dotation Enseigne des Oudin propose un espace d’exposition, de recherche et de stockage. Il centralise l’essentiel des pièces et livres spécialisés acquis au cours des 40 ans d’activité de la galerie, établissant des passerelles entre peinture, dessin, sculpture, photographie, film, vidéo et écriture.L’Enseigne des Oudin propose cinq expositions par an, un programme de performances, des séminaires de recherche, une résidence d’écriture et de création et accueille étudiants, chercheurs et amateurs d’art au sein de son centre de documentation. Elle expose en ce moment et jusqu’au 28 février le plus longévif groupe roumain Prolog, initié par le peintre Paul Gherasim en 1985 en opposition à l’art officiel de l’époque, le réalisme socialiste.L’exposition montre des œuvres de : Paul Gherasim, Cristian Paraschiv, Constantin Flondor, Horea Pastina, Mihai Sârbulescu, Horea Bernea, Matei Lazarescu, Valentin Scarlatescu, Ion Grigorescu, et les amis, Marie Chamant, Ruxandra Grigorescu, Dan Mohanu.Pour aller plus loin avec Enseigne des Oudin et PrologPour aller plus loin avec les autresAlina Saftulescu, Studiu de caz, Prolog, (Etude de cas, Prolog), Universitatea de Vest, TimișoaraAndrei Plesu, Jurnalul de la Tescani, București, Editura Humanitas, 2011Gabriel Liiceanu, Le journal de Paltinis : récit d'une formation spirituelle et philosophique, Editions La Découverte, 1999Constantin Noica, Jurnal filozofic, Humanitas, 2012Dumitru Staniloae, Cartea filocaliilor, Humanitas, 2018Coriolan Babeți, Catalogue Prolog 2004Lucian Blaga, Poemele luminii, Les poèmes de la lumière, éditions bilingue roumain-français Jacques André éditions, 2016Radio România International, Grupul Prolog, article de Eugen Cojocariu et Ion Puiu, 11 mai 2025A l’oreilleBergeries, rondeau, Masako Ohta, François CouperinCristina, Maria Raducanu QuartetHristos se naște (Le Christ est né), Matei Vatopedinul (1774-1849), choeur byzantin — Corul Byzantinion, interpréte, Adrian Sârbu, « isonari » : Sebastian Socol, Ionuț Copăcel, Paul Lungu, Sebastian Maruseac, Biserica Sfântul Sava, Iași (Jassy), RoumanieDido’s lament, Jeff Buckley, Henri Purcell

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    #43 – Le monde et son usage

    Le sentiment de la concrétude du monde : le monde, non plus comme un parcours sans cesse à refaire, non pas comme une course sans fin, un défi sans cesse à renouveler, non pas comme le seul prétexte d'une accumulation désespérante, ni comme illusion d'une conquête, mais comme retrouvaille d'un sens, perception d'une écriture terrestre, d'une géographie dont nous avons oublié que nous sommes les auteurs. George PerecEbloui par des images du monde, aimanté par les correspondances entre histoire, art et sciences, Raphaël Dallaporta révèle dans son travail des phénomènes (in)visibles d’un univers dont il capte les vibrations. Qu’il explore les rêves et les illusions de l’humanité ou tente de réactiver ce qui semblait perdu, s’il invite parfois à rien faire et qu’il trouble nos perceptions, son regard, sur un os de la préhistoire, sur les sapins de janvier ou un objet mathématique, est un regard attentif, poétique, qui cherche à dénicher dans l’ombre la part de lumière.📚 Pour aller plus loinavec Raphaël DallaportaGalerie Jean-Kenta Gauthier avec d'autresGeorges Perec, Espèces d’espaces, Seuil, 1974Martine Audet, A toute heure, Editions Noroît, 2025Yannis Ritsos, Le mur dans le miroir, Gallimard, 1973Giorgio Agamben, Le feu et le récit, Payot & Rivages, 2018Wislawa Szimborska, extrait Discours Prix Nobel, 1996Constatin Cavafis, Poèmes, Gallimard, 1999🎧 À l’oreilleClair de lune, Debussy, Maria Joao PiresA la bonne étoile, M avec Vincent SegalMarguerite Duras, INA, extrait sonore interview tournage film Détruire dit-elle, 2“02, 1969The Hours, Philipp Glass, music from the Motion Picture SoundtrackDido-s lament, Henri Purcell, Jeff Buckley🎚️ À la technique Isabelle Carrère

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    #42 – Pièces à convictions

    Nous sentons que même si toutes les possibles questions scientifiques ont trouvé leur réponse, nos problèmes de vie n’ont pas même été effleurés. Assurément il ne subsiste plus alors de question ; et cela même constitue la réponse. Ludwig WittgensteinNous ne pouvons pas changer la réalité, dit un mystique byzantin qui m’est cher, – changeons donc l’œil qui voit la réalité. C’est ce que je faisais quand j’étais enfant, c’est ce que je fais encore dans les instants les plus créateurs de ma vie. Nikos KazantsakisRaphaël Dallaporta cherche des correspondances, entre art et sciences, entre progrès et questions sociétales, questionne l’image et ses représentations. Et lorsqu’il pose son regard sur la façade d’une maison cossue ou sur le cœur d’un drame, qu’il ose montrer la beauté formelle d’une arme antipersonnel ou qu’il met en équation le temps, c’est pour dévoiler ce qui est tu, ce qui est caché ou invisible. Artiste photographe, dans son travail qui relie des traces anciennes à leur devenir, une de ses questions centrales pourrait être le titre d’une de ses dernières expositions, Que reste-t-il ? Et aussi, que fait-on de tout cela ?Raphaël Dallaporta est un artiste français, lauréat du prix Niépce en 2019. Il est exposé pour la première fois en 2004 aux Rencontres d’Arles et devient lauréat ICP Infinity Award en 2010. En 2014, il est pensionnaire de l’Académie de France à Rome — Villa Médicis. Il obtient en 2015 l’autorisation du ministère de la Culture d’accéder dans la Grotte Chauvet. Chacun de ses projets a été finalisé par une publication monographique aux éditions Xavier Barral ou GwinZegal. Ses œuvres sont notamment présentes dans les collections du Centre National d’Art Plastique, du musée national d’art moderne Centre Pompidou, de la Maison Européenne de la Photographie, du Musée de l’Élysée à Lausanne et de la New York Public Library.📚 Pour aller plus loinavec Raphaël DallaportaGalerie Jean-Kenta Gauthier 2016 Chauvet – Pont-d’Arc, L’inappropriable, R. Dallaporta, Editions Xavier Barral2013 Ruins, Dallaporta R. Editions GwinZegal. 2011 Fragile, Dallaporta R. Editions GwinZegal. 2010 Antipersonnel, Dallaporta R. Editions Xavier Barral, Musée de l’Elysée, Lausanne2009 Domestic slavery [Esclavage domestique], Dallaporta R. Millot O. Fotodok2006 Esclavage domestique, Dallaporta R. Millot O. Filigranes Editions2004 Front Toward Enemy, Dallaporta R. Filigranes Editionsavec d'autresLudwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, Gallimard, 1961Nikos Kazantsakis, Rapport au Greco, Editions Cambourakis, 2016Giorgio Agamben, Qu’est-ce que le contemporain, Payot/Rivages, 2008Maurice Blanchot, L’espace littéraire, Gallimard Idées, 1955Roland Barthes, La chambre claire, Cahiers du cinéma, Gallimard, 1980George Perec et Robert Bober, Récits d'Ellis Island, 1979Susan Sonntag, Sur la photographie, Bourgois, 1977CCEM🎧 À l’oreilleA poet walks, Robert ForsterEtude n 5, Philipp Glass, Vikingur OlafssonLe déserteur, Boris VianFragile, Sting & Stevie WonderFor a silent space, Mémoire, Marihiko HaraDido-s lament, Henri Purcell, Jeff Buckley🎚️ À la technique Isabelle Carrère

  6. 42

    #41- Антон Павлович Чехов

    Les mots, c'est finalement tout ce que nous avons, alors il vaut mieux que ce soit ceux qu'il faut et que la ponctuation soit là où il faut pour qu'ils puissent dire le mieux possible ce qu'on veut leur faire dire. Raymond CarverAnton Pavlovitch Tchekov meurt le 2 juillet 1904 à Badenweiler dans la Forêt Noire en Allemagne. Quelques minutes auparavant il avait demandé une coupe de champagne. Il avait 44 ans. Ses œuvres complètes en russe comptent 30 volumes. Nouvelles, récits, pièces de théâtre, 7 000 pages, 8 000 personnages… les 7 000 lettres qui nous sont parvenues ne représentent qu’une partie de sa correspondance.Tchékhov est un réaliste au sens philosophique du mot : il croit à la réalité des essences, des Idées, mais une réalité qui ne serait pas méta-physique, il croit à l'existence actuelle, concrète du beau, du bien, du vrai. Les hommes vivent en-dessous d'eux-mêmes, le monde existe sous une forme insuffisante ou dégradée. La technique tchekhovienne, qui vient des récits, est, au théâtre, celle d'un système d'échos, de silences et de réponses différées ou fortuites qui correspond tout à fait à celle que l'on met en œuvre dans la musique. La vie, selon Tchékhov, est comme un concert, comme une symphonie. Ce qu'il faudrait, c'est savoir écouter; faire œuvre d'art, c'est faire entendre aux hommes l'air exact de leur vie, qu'ils écoutent de travers parce qu'ils pensent toujours à autre chose. Wladimir Troubetzkoy📚 Pour aller plus loin avec Tchekhov :Vivre de mes rêves, Lettres d’une vie, Robert Laffont, 2016L’île de Sakhaline, Editions cent pages, 1995Théâtre complet, Poche, tome 1 et 2. 1973 et 1974Récits d’un inconnu et autre nouvelles, Poche, 2008📚 Pour aller plus loin avec les autres :Le Violon de Tchekov, Vladimir Troubetskoy, Persée, Littératures, article, 1991Tchekov, Virgile Tanase, éditions Folio, 2008Au loin la liberté, Jacques Rancière, la fabrique éditions, 2024Peter SteinConstantin Stanislavski🎧 A l’oreille :Maurice Jarre, Valse de PlatonovElena Kamburova, HivernageFiodor Chaliapine, Le soleil se lève et se couche, chanson de prisonniersNaissam Jalal & Rhythms of resistance, Buleria Sarkhat Al ArdTheodore Bickel, MargaritkelechJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henri Purcell🎧 Les extraits en russe lus par Alexei Bajanov :Extrait de l’acte I d’Oncle Vania, Oeuvres, Théâtre, Gallimard, 1967, traduction du russe par Elsa TrioletAstrov : Tu peux chauffer tes poêles avec de la tourbe et construire les hangars en pierre. Bien, j'admets que l'on coupe les bois par nécessité, mais pourquoi les détruire ? Les forêts russes gémissent sous la hache, des milliards d'arbres périssent, les gites des bêtes, les nids des oiseaux se vident, les rivières s'ensablent et se dessèchent, des paysages ravissants disparaissent pour tou-jours, et tout cela parce que l'homme est paresseux et qu'il n'a pas assez de sens commun pour se baisser et ramasser le combustible. ( A Eléna Andréevna.) N'ai-je pas raison, madame? Il faut être un barbare pour follement brûler dans un poêle toute cette beauté, pour détruire ce que nous ne pouvons pas créer. L'homme est doué d'une raison et d'une force créatrice pour multiplier ce qui lui a été donné, mais jusqu'ici, il n'a pas encore créé, il n'a que détruit. Il y a de moins en moins de forêts, les rivières se dessèchent, le gibier a disparu, le climat est plus rude et la terre s'appauvrit et enlaidit de jour en jour. (À Vomitzki.) Je te vois qui me regardes avec ironie, et tout ce que je dis te semble manquer de sérieux et… et, peut-être est-ce vraiment de la manie, mais quand je passe à côté de la forêt que j'ai sauvée, ou quand j'entends le bruissement de ma jeune forêt que j'ai plantée de mes mains, je deviens conscient du fait que le climat aussi est un peu entre mes mains et que si, dans mille ans, l'homme doit être heureux, cela sera un peu de ma faute à moi aussi. Quand je plante un juin bouleau et que je le vois ensuite se couvrir de feuilles vertes e se balancer dans le vent, mon cour se remplit de fierté…Extrait de l’acte I de La Mouette, Actes Sud, 1996, traduction du russe par André Markowicz et Françoise MorvanTréplev : Elle aime le théâtre, elle se figure qu'elle est au service de l'hu.manité, de l'art en ce qu'il a de plus sacré, et, pour moi, le théâtre contemporain, c'est de la routine, du préjugé. Quand le rideau se lève et que, sous des lumières de soir, dans une chambre à trois murs, ces grands talents, ces prêtres de l'art sacré nous montrent comment on mange, on boit, on aime, on marche, on porte son complet-veston ; quand, de ces tableaux et de ces phrases vulgaires, ils s'évertuent à tirer une morale – une petite morale, quotidienne, à la portée de tous, adaptée à l'usage domestique; quand, sous mille variations, ils me servent la même chose, la même chose, la même chose – alors, moi, je me sauve, je me sauve, comme Maupassant se sauvait devant la tour Eiffel qui lui écrasait le cerveau de sa vulgarité. {…} Il faut des formes nouvelles. Des formes nouvelles, voilà ce qu'il faut, et, s'il n'y en a pas, alors, tant qu'à faire, plutôt rien.🎚️ À la technique Isabelle Carrère

  7. 41

    #40 – Avec les mots

    De nous il faut que quelque choses reste. Léona Delcourt (Nadja à André Breton)Poètes et écrivaines québécoises, Danielle Fournier et Diane Régimbald poursuivent leur dialogue initié autour de la question Pourquoi écrire ? Leur cheminement vers l’écriture, leur désir et la nécessité de se dire, de dire, de construire un langage intime, révèle la tentation et la tentative permanente d’aller vers l’autre, de comprendre ce que nous sommes, ce qui fait monde, les manières de l’habiter, de l’intérieur. Des lectures des poèmes de Diane Régimbald, des fragments du texte que Danielle Fournier est en train d’écrire, Ténèbres… comme incursion dans une mémoire infuse, qui nous appartient, et au delà, dans une mémoire en train de se faire.Les écrits de Danielle, témoins d’une fragilité, d’une intensité qui la dénude, questionnent la féminité, la violence du non-dit, le langage, comme territoires à arpenter, à démystifier, à inventer. Les poèmes de Diane engagent ses pas au plus prés de ses questionnements. Le poème « fait chavirer l’essence des mots vers des portées inattendues », ses thématiques, le corps, l’identité, l’errance, les liens, les ruptures, la révèlent dans son élan d’être présente au monde, celui de créer des liens et d’aller vers l’autre comme unique possibilité d’exister..En résidence d’écriture aux Récollets à Paris, Diane Régimbald a été présente à la 42e édition du Marché de la poésie à Paris en juin 2025 pour des lectures et la signature des livres de poésie : Nos attachements, écrit avec Denise Desautels et Louise Dupré, sur des encres de Marie Delbard, et Elle voudrait l'ailleurs encore, avec des œuvres de Sophie Lanctôt. Danielle Fournier était elle aussi présente pour des séances de signature du livre Je n’aime pas violet, écrit avec Louise Marois, avec des œuvres de Louise Marois.📚 Pour aller plus loinavec Danielle FournierJe n’aime pas violet, avec Louise Marois, Editions du Noroît, avec des oeuvres de Louise Marois, 2024Ce pourrait être l’été, avec Mireille Fargier-Caruso, Editions Méridianes, 2023Iris, avec Luce Guilbaud, Editions de l’Héxagone, 2012avec Diane RégimbaldNos attachements, avec Denise Desautels et Louise Dupré, sur des encres de Marie Delbard, l’Atelier des Noyers, 2025Au plus clair de la lumière, Editions du Noroît, 2021Sur le rêve noir, Editions du Noroît, 2016Pas, Editions du Noroît, 2009avec d'autresVirginia WoolfGiordano BrunoLittérature vivantes, 7 capsules vidéos des lectures polyphoniques d’un poème du Sur le rêve noir, produites par Rhizome, avec Simon Dumas en 2021🎧 À l’oreillePremière leçon de ténèbres,François CouperinAlessandro Marcello, Oboe Concerto in D minorDido’s Lament (d’après Henry Purcell) – Jeff Buckley🎚️ À la technique Isabelle Carrère

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    #39 – Avant les mots

    Il y a des choses qu'on ne peut pas dire, c'est vrai. Mais ce qui ne peut pas être dit doit être écrit. Maria ZambranoPourquoi écrire ? Pendant trois ans Danielle Fournier a correspondu avec les écrivains et poètes Michelle Diaz-Florian et François Minod sur cette question de jeunesse. Leurs lettres ont fait l’objet d’un livre, Je vous ai lu quelque part paru aux éditions Unicités. Cet entretien pour parler de leurs correspondances, de leurs singularités aussi, voir comment cet échange a fait résonner la question. Nous avons pensé à Diane Régimbald pour la prolonger à partir de ce lieu incertain, de tâtonnements, de l’intime, son laboratoire, ce territoire d’ombres et de lumière où les mots « entrent et creusent ce qui est de la langue », là où apparaît le poème. Deux écrivaines et poètes québécoises, pour questionner l’avant-geste de l’écriture, le questionner à travers parfois l’écriture même.Danielle Fournier a fait paraître une vingtaine de titres, poésie et récits. Pour son recueil Pas perdus en Hongrie elle a eu le prix Alain-Grandbois en 2003 et en 2010, le Prix de poésie du Gouverneur général du Canada pour son recueil Effleurés de lumière. Professeur de littérature dans différents établissements universitaires au Québec, elle a été pendant des nombreuses années directrice littéraire de la maison d’édition l’Hexagone et de la revue Les Ecrits à Montréal.Diane Régimbald est poète, auteure d’une douzaine de recueils de poèmes. Pour L’insensée rayonne elle a été finaliste en 2013 du prix de la poésie du Gouverneur général du Canada et en 2024, pour Elle voudrait l’ailleurs encore, elle a reçu le Prix Québecor au Festival International de la poésie de Trois Rivières. Son livre Échographies, avec des oeuvres d’Odile Massart, a été finaliste en 2024 du prix Mallarmé. Diane est coordonnatrice du Comité Femmes du Centre québécois du P.E.N. International depuis 2017 et y œuvre afin de faire entendre la pluralité des voix d’écrivaines qui témoignent des violences et des inégalités.📚 Pour aller plus loinavec Danielle FournierJe vous ai lu quelque part, avec Mireille Diaz-Florian et François Minod, Éditions Unicités, 2025celle qui ne donne pas son nom, Éditions Lémeac, 2024Icis je n’ai pas oublié le ciel, Lieux-dits, 2023celle qui ne craint pas la joie, Éditions Lémeac, 2021celle qui marchait sur la pointe des pieds, Éditions Lémeac, 2019Effleurés de lumière, Édition de l’Hexagone, 2010Poèmes perdus en Hongrie, VLB, 2002avec Diane RégimbaldL’insensée rayonne, Éditions du Noroît, 2012De mère encore, Éditions du Petit Flou, 2018Échographies, avec des œuvres d’Odile Manssart, L’Atelier des Noyers, 2023Elle voudrait l’ailleurs encore, avec des œuvres de Sophie Lanctôt, Éditions du Noroît, 2024avec d'autresRéné Char, Chants de la Balandrane, Gallimard, 1977Maria Zambrano, De l’Aurore, traduit de l’espagnol par Marie Laffranque, Editions de l’éclat, 1989Pluri’elles, Marie Delcourt, Books on demand, 2017🎧 À l’oreilleLectures des lettres et des extraits de lettres de Danielle Fournier, Mireille-Diaz Florian et François Minod, de Je vous ai lu quelque part, par Ilinca Badoi, comédiennePrélude in E minor, Frédéric Chopin, Khatia BuniatishviliPrélude no 15 in D flat major, Frédéric Chopin, Martha ArgerichDido’s Lament (d’après Henry Purcell) – Jeff Buckley🎚️ À la technique Isabelle Carrère

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    #38 – Il faut vivre*

    « Pas moyen d’écrire bien, clairement, ce que cette pièce vous fait naître dans l’âme, mais je sentais cela en regardant vos personnages : c’était comme si on me sciait en deux avec une vieille scie. Les dents vous coupent directement le cœur, et le cœur se serre sous leurs allées et venues, il crie, il se débat. Pour moi, c’est une chose terrifiante. Votre Oncle Vania est une forme absolument nouvelle dans l’art dramatique, un marteau avec lequel vous cognez sur les crânes vides du public. »Maxime Gorki – Lettre de 18984e entretien avec Aleksei Bajanov, comédien du MKaT, le théâtre d’art de Moscou, réalisateur, metteur en scène. Dernier entretien sur son métier de comédien, la méthode Stanislavski, ses master classes à Paris, à l’Atelier de Blanche Saland, sur Tchekhov… et, comme Tchekhov n’est pas seulement un grand auteur, nous allons à la rencontre de l’homme Tchekhov à travers la lettre qu’il a écrite avant son extraordinaire voyage au bagne de l’île de Sakhaline et voir que là encore, il a des choses essentielles à nous dire. Dans ce dialogue avec Aleksei Bajanov qui a quitté son pays la Russie après le début de la guerre en Ukraine et vit un exil incertain à Paris, nous avons fait le choix de ne pas parler de la guerre, la parole sera donnée aux poètes.J’ai aimé me saisir de cette rencontre avec Aleksei Bajanov pour préparer une émission consacrée entièrement à Anton Pavlovitch Tchekhov qui sera diffusée en septembre prochain. Vie, écrits, correspondance, un portrait comme un voyage à travers l’immensité de la steppe.* Masha, dans les trois sœurs📚 Pour aller plus loinStanislavski, Michail Tchekhov, Atelier Blanche SalandLettre d’Anton Tchekhov à Alexeï Sergueïevitch Souvorine, 9 mars 1890, Vivre de mes rêves, Lettres d’une vie, traduites par Nadine Dubourvieux, Robert Laffont, 2016***, Nastya Rodionova, poète et journaliste russe, en exil à Paris. Le poème est paru en novembre 2024 dans le numéro 4 de Without, publication de l’atelier des artistes en exil.Seule face aux ténèbres, Ella Yevtouchenko, poète et traductrice ukrainienne, Au coeur de la maison, traduction Ella Yevtouchenko et Bruno Doucey, éditions, Bruno Doucey, 2023Je suis toi : Un poème de Gaza à Israël, Rifaat Al-Aareer, poète palestinien, professeur de littérature, né en 1979 à Gaza, tué dans un bombardement le 6 décembre 2023Ames palestiniennes, Dotan Arad, D’un burin de fer, Vingt ans de poésie israélienne engagée,1984-2004, traduit de l’hébreu par Isabelle Dotan, Al Manar Editions, 2014🎧 À l’oreilleExtrait acte I, Les trois soeurs, théâtre Mossovet, mise en scène Andrei Kontchalovski, 2013Extrait acte II – Les Trois Sœurs, MKHaT (1977)Lectures poétiques – Fabiola Badoi, Aleksei Bajanov, Isabelle CarrèreLe Mégot (Okurochek) – Dina Vierny, comp. Yuliy AlekseyevichDido’s Lament (d’après Henry Purcell) – Jeff Buckley🎚️ À la technique Isabelle Carrère

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    #37 – Ton coeur, qu’en as-tu fait ? *

    La fonction de l'artiste est fort claire : il doit ouvrir un atelier, et y prendre en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient. Francis PongeTroisième entretien avec Aleksei Bajanov, russe, comédien du théâtre d’art de Moscou, réalisateur de documentaires scientifiques, à continuer de dérouler son parcours, évoquer la vie d’un adolescent en URSS et son premier voyage à Paris avant la chute du mur de Berlin, parler de son film, Jusqu’au Nouvel An il reste et de ses mises en scène fortuites… parler avec James Baldwin et Tchekhov de la responsabilité derrière toute création et des formes utiles…Aleksei Bajanov a quitté son pays la Russie après l’invasion de l’Ukraine. Depuis un an il vit un exil incertain à Paris.* titre de : Les bas Fonds, de Maxime Gorki📚 Pour aller plus loinJames Baldwin, La lutte de l’artiste pour l’intégrité, conférence en 1963, La Croix de la rédemption, Stock, 2024Jean-Michel Guenassia, Le club des incorrigibles optimistes, Albin-Michel, 2009Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, Inculte-Dernière marge, 2021Eduardo de Filippo, Samedi dimanche et lundi, Editions théâtrales, 1987Alexandre Zinoviev, Alexandre Soljenitsyne, Anna Ahmatova, Marina Tsvetaïeva, Ossip Mandelstam, …🎧 À l’oreilleLa visite d’une muse, Vladimir VyssotskiTant que la bougie brûle, Machina VremeniDido’s Lament (d’après Henry Purcell) – Jeff BuckleyÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #36 – Scènes d’un passé récent*

    Le théâtre c’est du présent. Le cinéma c’est du passé. Sacha GuitryAleksei Bajanov est comédien du MKhAT, le théâtre d’art de Moscou, metteur en scène, réalisateur de documentaires scientifiques, d’un film de fiction.. Il est russe. Opposé à la guerre, installé depuis un an à Paris, il a dû mettre en veille certaines de ses activités de créateur. Il aurait aimé « avoir Tchekhov comme ami », alors, lorsqu’il est invité pour des Master classes à l’Atelier Blanche Salant, la prestigieuse école de théâtre de Paris, par sa simple présence et une merveilleuse expression russe, il prouve aux étudiants que, de cet auteur qui peut leur paraître éloigné dans le temps, ne les séparent que quelques « serrements de mains ». Ainsi, au delà des mots, des pièces, des écrits de l’auteur, il fait surgir devant eux l’homme Tchekhov d’une manière presque tangible.* titre d'une nouvelle de Tchekhov (1884)📚 Pour aller plus loinPlatonov, Anton Pavlovitch Tchekhov, traduction André Markowicz, Actes Sud, 2014La servitude volontaire, Étienne de la Boétie, Folio, Gallimard 2016.🎧 À l’oreilleDanse russe, Tom WaitsLe champs est couvert de glace, Aleksei Bajanov, Alexander RozenbaumDido’s Lament (d’après Henry Purcell) – Jeff BuckleyÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #35 – Jeu de rôle

    Ton affaire, c'est de jouer correctement le personnage qui t'a été confié ; quant à le choisir, c'est celle d'un autre. Épictète, Manuel XVIITémoin privilégié de quelques moments de grâce qui l’ont ouvert par l’émotion suscitée à la compréhension « des choses les plus importantes », Aleksei Bajanov est certain qu’il n’y a que les arts scéniques qui « permettent de saisir la vie dans toute sa complexité ».De l’école du Maly Théâtre à Moscou au MKhAT, le Théâtre d’art Tchekhov où il travaille pendant six ans sous la direction d’Oleg Efremov, à l’entreprise de commerce de matériaux de construction où il installe le réseau informatique, puis à la télévision où il réalise pendant plus d’une vingtaine d’années des séries documentaires sur des sujets scientifiques, et à la réalisation d’un film de fiction, Jusqu’à Nouvel an il reste… Aleksei Bajanov semble savoir tout faire, peut être car il joue son propre rôle, celui d’un comédien.Au fil de trois entretiens (ou quatre), il égrène ses souvenirs, les années ’80 défilent, son enfance sur les rives de la Volga et le caviar à la louche, l’adolescence avec son groupe de rock qui joue les chansons mi-clandestins de Machina Vremeni ou de Vyssotski, la Pérestroïka, les années Eltsîne et le chaos d’un capitalisme sauvage qui s’installe… S’il peut continuer de tenir son rôle dans une société russe toujours au bord de, ses convictions et l’art comme garde-fou, lorsque son pays envahit l’Ukraine, le comédien russe Aleksei Bajanov quitte son pays et trouve depuis un an un accueil incertain à Paris.📚 Pour aller plus loinEugenio Barba, Le canoë de papier, Traité d’anthropologie théâtrale, L’Entretemps, 2015Riszard Cieslak, acteur polonais, figure centrale du Théâtre-laboratoire de Jerzy GrotowskiMaxime Gorki, Enfance, Folio, Gallimard, 1976Joseph Brodsky, L’étoile de Noël, le poème est récité en russe par Aleksei Bajanov ; ci-dessous, sa traduction en français par Hélène Henry :Par grande froidure, en un lieu plus familier de la chaleurque du froid, plus des plateaux que des hauteurs,un enfant était né dans une grotte afin de sauver le monde.Il faisait tempête comme au désert seul il peut faire tempête.Tout semblait immense à l'enfant : le sein de sa mère, la buée jaune que soufflait le bœuf – et les Mages : Melchior, Gaspardet Balthazar, et les cadeaux qu'ils avaient apportés.Il n'était qu'un point. L'étoile aussi était un point.Attentive, sans ciller, à travers quelques rares nuages,de l'autre bout de l'Univers, de tout là-bas,l'étoile regardait l'enfant étendu dans la crèche,au fond de la grotte. Et ce regard était celui du père.🎧 À l’oreilleLeto, KinoWir setzen uns mit Tränen nieder, Matthäus-Passion, Kammerchor, Johann-Sebastian BachDido’s Lament (d’après Henry Purcell) – Jeff BuckleyÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #34 – Ni dieu ni maître

    Il cherche ici son dernier maître : il veut être l’ennemi de ce maître, comme il est l’ennemi de son dernier dieu ; il veut lutter pour la victoire avec le grand dragon. Quel est le grand dragon que l’esprit ne veut plus appeler ni dieu ni maître ? « Tu dois », s’appelle le grand dragon. Mais l’esprit du lion dit : « Je veux. » NietzscheLe plus grand danger pour la plupart d’entre nous n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu’il soit trop bas et que nous l’atteignons. Michel-AngeLa rue et la pierre ont donné à Charly Djikou matière à réfléchir pour la vie.La rue lui a donné la philosophie, donné des credos qui ne sont pas des croyances – s’il sculpte parfois des autels et des saints, c’est le travail qui est son Dieu-, dans la rue il a appris que survivre n’est pas assez, qu’il faut des rêves. La pierre lui est catharsis, elle canalise sa force, met son corps, son esprit et son âme à l’épreuve, le guérit, par elle, il est en communion avec la nature. Matière à questionnements et recherches, elle lui est interlocuteur pour des conversations intimes. La pierre est aussi un merveilleux intermédiaire, il en fait un outil pour affirmer son rôle d’artiste impliqué dans la vie de sa communauté à donner forme à des projets qui remodèlent le visage de l’environnement. Et, au-delà, Charly Djikou a trouvé en elle, avec elle, par elle, la voie royale pour son désir de vivre « longtemps après la peau ».Charly Djikou est le premier artiste à sculpter la pierre, le marbre, le granit dans son pays le Bénin. Son travail peut être vu dans plusieurs villes Allada, Dassa, Ouidah, Bohicon, Cotonou. En Guinée Equatoriale, au Sénégal, en France et en Belgique.En 2025, au mois de juillet, dans les collines de la commune de Savé, Charly Djikou initiera le 1er symposium international des sculptures sur pierre au Bénin, Empreintes sur pierre.📚 Pour aller plus loinNietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Folio essais, Gallimard, 1985Roger Caillois, L’homme et le sacré, Collection Idées, Gallimard, 1963Ky Siriki, fondateur du symposium de sculpture sur granit de Laongo au Burkina FasoMichelangelo Buonarroti, sonnet XIII, Com’ esser, donna, puote… traduction M.A. Varcollier🎧 À l’oreilleLe colonisé, Kmal RadjiVodoovi, Sakpata BoysThrow it away, Abbey LincolnDido’s Lament (d’après Henry Purcell) – Jeff BuckleyÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #33 – Dêwatoun (L’original)

    J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer.Michel AngeLa vie, Charly Djikou l’a apprise dans la rue. Avec sa violence, et sa cruauté, avec sa soudaine générosité parfois, sans protection autre que son sens d’orientation et de survie. Enfant, il a tracé et surtout dessiné son chemin à travers les VONS ensablées de Cotonou (Voies Orientées Nord-Sud) vers les pierres qu’il sculpte aujourd’hui adulte à Savé dans les collines, à transmettre l’histoire de sa communauté où il insère sa propre histoire « sans moi, la communauté ne serait pas entière », à raconter (et interpréter), les mythes anciens d’un peuple, le sien, à la jeune génération pour lui donner des nouveaux repères et surtout envol, pour découvrir ses propres rêves. Sculpteur, pionnier dans la sculpture sur pierre dans son pays le Bénin, il a appris à révéler (à réveiller ?) ses lignes de force, à accentuer ses brèches pour faire jaillir un corps ou un visage, un oiseau, une idée ou une métaphore et fait surgir images qu’on dirait attendaient sagement d’être dévoilées. Si ses sculptures monumentales ou les commandes publiques s’élancent parfois vers le ciel pour honorer un souvenir, pour marquer un événement, les « intimes », rassemblent sa philosophie, ses réflexions, ses engagements, composent un « journal de sa communauté ».Charly Djikou est présent dans des Biennales à Dakar ou Beijing, dans des expositions au Bénin ou en Guinée équatoriale. Au mois de février 2025, il a présenté son dernier travail à la Galerie Vallois qui lui a proposé sa première exposition individuelle, Dêwatoun, dans son espace situé au 35 rue de Seine à Paris.📚 Pour aller plus loinCléophée MoserMichel-Ange🎧 À l’oreillePassacaglia della vita – Birds on WireDadje von o von – Gnonnas PedroLa Stravaganza – Antonio VivaldiDido’s Lament (d’après Henry Purcell) – Jeff BuckleyÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #32 – (Ir)réalités

    Toute chose qu’on peut croire est une image de la vérité.William BlakeMi-hommes, mi-bêtes, des animaux mythiques enchantés par la flûte d’un dieu Pan citadin, êtres fantasques à tête et troncs humains, jambes effilées prolongées en sabots, queue d’âne ou de lion, bêtes à corps humain, êtres cornus avec des seins pointus et croupes de femmes, pieuvres, étoiles de mer, serpents, reptiles diverses, insectes géants, têtes d’oiseaux, suspendus, accrochés, pendus, à un poteau ou à un véhicule quelconque… Chimères, virevoltant dans un environnement urbain, ligotées par des fils de fer, planant – sibyllines créatures familières de nos vies modernes, expressions secrètes de nos modernes superstitions – dans un paysage rabougri, miniaturisé, au dessus des avions, voitures, motos, trains, arbres, au-dessus (ou plutôt au-delà ?) des rues grouillantes d’un petit quotidien, d’une vie à petite échelle ou les rapports de force et les directions semées d’embuches sont les vecteurs d’un perceptible déséquilibre. Sortant de leurs gueules, accrochés à leurs griffes, serres, crocs, pendent des fils conducteurs qui relient et enferment tout ce monde dans un cercle étroit sous le signe omniprésent d’une croix, la souffrance, le lot de l’être, excroissance discrète de leur corps. Exercices d’exorcisme, ces points de départ d’une réflexion sur le monde que Benjamin Deguenon métamorphose en dessins, ou donne relief en sculptures, découpes audacieuses dans l’émerveillement ou la stupeur devant l’environnement, lèvent le rideau sur un décor troublant, celui où on vit.Présent dans le monde de l’art contemporain depuis une vingtaine d’années, Benjamin Deguenon renouvelle sans cesse les matières où il ancre ses obsessions. Sculpteur, peintre, et plus récemment céramiste, il expose actuellement ses nouvelles créations à la Galerie Vallois.Le traversé, exposition de sculptures en céramiques, visible du 6 au 1er mars 2025 à la Galerie Vallois, 41 rue de Seine, 6e à Paris. Horaires d’ouverture : 11h-19h du mardi au samedi..Pour aller plus loinWilliam Blake, Le Mariage du Ciel et de l'Enfer – Le Livre de Thel – L'Évangile ÉternelEustache Prudencio, AbomeyCharles Baudelaire, ChimèresÀ l'oreilleKutonu, Gopal DasAbominwé, Lionel LouekePostlude, Tigran HamasianJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #31 – Le traversé

    J’ai fait des assiettes, on peut manger dedans. Picasso à André MalrauxSi son art traverse depuis plus d’une vingtaine d’années les matières et les techniques, de la couture sur tôle à la sculpture et au dessin, de l’installation à la performance, et plus récemment, à la céramique, Benjamin Deguenon, traverse et se laisse traverser à son tour par les villes, par les villages, par l’environnement urbain qu’il observe pour en extraire les obsessions et les croyances, les nouvelles superstitions. La ville d’Abomey est le terroir de son enfance, Cotonou, sa terre d’accueil. Au Bénin. Les céramiques qu’il présente aujourd’hui à la Galerie Vallois à Paris, relient son passé et son présent, représentent le liant entre la terre rouge des Palais d’Abomey, les potiers de Sé, le village de ses vacances, et cette sorte de réalité fantastique que la ville de Cotonou offre à son regard. Liant entre les dieux et les hommes, trace durable de la vie spirituelle et matérielle d’une communauté, la céramique donne l’opportunité à Benjamin Deguenon de réinventer ses chimères qu’il dessine ou sculpte sur du bois ou du métal, avec cette terre qui a traversé souterraine, souveraine, son imaginaire.Son travail a pu être vu dans le cadre des grandes manifestations artistiques au siège de l’UNESCO, à la Villa Arson à Nice, Dak’Art, AKAA, à l’Institut français de Cotonou, par la galerie Vallois à Paris, et OpenArtExchange à Schiedam au Pays Bas, et fait partie des collections de la présidence au Bénin et dans des collections particulières un peu partout dans le monde.Le traversé, exposition de sculptures en céramiques, visible du 6 au 1er mars 2025 à la Galerie Vallois, 41 rue de Seine, 6e à Paris. Horaires d’ouverture : 11h-19 du mardi au samedi..Pour aller plus loinThomas Sankara, « Un front uni contre la dette », discours prononcé à la 25e conférence des pays membres de l'OUA à Addis‐Abéba le 29 juillet 1987Fabiola Badoi, (Ir)réalités, extrait article Stars du Bénin, 2011À l'oreilleAmbiance pure d’Abomey (trouvaille sur you tube)Ala, Dagbo & International African JazzNabuco, Va pensiero, Le choeur des esclaves, Les choeurs de l’Opéra national de Paris, Giuseppe VerdiJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

  17. 31

    #30 – Humain, trop humain

    Les artistes ont un intérêt à ce qu’on croie aux intuitions soudaines, aux soi-disant inspirations ; comme si l’idée de l’œuvre d’art, du poème, la pensée fondamentale d’une philosophie, tombait du ciel comme un rayon de la grâce. En réalité, l’imagination du bon artiste ou penseur produit constamment du bon, du médiocre et du mauvais, mais son jugement, extrêmement aiguisé, exercé, rejette, choisit, combine.NietzscheL’homme oiseau, 2018, stylo à bille sur cahier d’écolier, 28,5 x. 23 cm« J'ai coutume de dire que c'est l'art qui est venu à moi. Depuis mon enfance, je dessine. J'ai commencé au primaire quand j'ai vu pour la première fois le maître dessiner au tableau. Une révélation. J'ai compris que ce n'était pas des machines qui faisaient les dessins des livres. Plus tard, comme d'autres, j'ai dessiné dans les cahiers du soir des copains qui n’aimaient pas trop dessiner. Il fallait faire deux dessins, un sur la page Chant et un sur celle de Poésie. Parfois, ils me demandaient aussi d'écrire les textes car il fallait les calligraphier avec soin. Je me faisais payer pour ce travail. Vers 1987, j'ai commencé à peindre des scènes de la vie, puis j'ai rencontré des gens qui m'ont encouragé, conseillé et motivé. »Makef, Makoutode Enagnon Fulbert, peint l’humain, sa fragilité, le surprend dans ses contrastes, dans ses contradictions. Son travail interroge la notion de destin, le sens de l’existence à travers des personnages saisis dans la vie quotidienne ou observés dans leur rapport à la société, au surnaturel, à la religion. Vie privée, vie publique, son regard, d’où ne manque pas une pointe d’humour ni la tendresse, est celui d’un moraliste. Son art, figuratif, déroule un panorama de la vie béninoise, sorte de miroir brisé où les fragments de vie récupérés, reconstituent l’image « d’une société déstructurée en train de se reconstruire ». (Didier Houénoudé)Présent depuis une trentaine d’années dans le paysage de l’art contemporain du Bénin, le travail de Makef a été exposé dans plusieurs pays de l’Afrique et d’Europe. Ses oeuvres sont notamment présentes dans les collections de la Présidence du Bénin.Makef vit et travaille à Cotonou au Bénin.Makef, l’insomniaque, Galerie Vallois, 41 rue de Seine, dans le 6e à Paris. Exposition du 9 janvier au 1er février. Horaires : 11h-19h.Pour aller plus loinNietzsche, Humain, trop humain, Livre de poche, 1995Jean OdoutanPhilippe AdrienOusman AledjiCotonouÀ l'oreilleMementon, Gangbé Brass BandAller à l’école, Sagbohan DanialouBénin, John ArcadiusJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #29 – Makef l'insomniaque

    Et si on te demande (sache-le !) Pourquoi tu n’as pas le teint frais, comme on dit, répond, je fais la noce avec l’insomnie. Marina TsvetaievaL’homme oiseau, 2018, stylo à bille sur cahier d’écolier, 28,5 x. 23 cm« Depuis quelque temps, je fais des dessins au stylo (23 x 28,50 cm). Je les dessine la nuit sur les pages des cahiers d'école de mes enfants qui sont au primaire, de la maternelle à la huitième. Ils ont déjà dessiné, laissé une écriture. Moi, j'y ajouté la mienne, en dessinant exclusivement au bic, et je propose ainsi une autre lecture. Parfois, j'éclaire une petite zone spécifique avec mon téléphone portable pour pouvoir me concentrer et dessiner très finement. Je les appelle « Mes nuits insomniaques et quelques jours d’errances » ou encore Mes insomniaques et nuits nomades. J'en ai déjà quelques dizaines. Mon projet : en faire 100 et les exposer côte à côte. Ce sera en quelque sorte Le mur de l'insomnie . »L’homme oiseau, 2018, stylo à bille sur cahier d’écolier, 28,5 x. 23 cmInsertions insomniaques dans la vie diurne de ses enfants, ces dessins apprentis, tendres appropriations en lisière d’un monde qui s’éveille, proposent une version poétique du quotidien, réel, rêvé ou fantasmé. Cette liberté d’expression qu’il puise dans la nuit et dans le temps de l’enfance, Makef la doit en partie au choix de ses supports, un cahier d’écolier et un bic (un stylo bille). Le trait précis l’apprivoise et la maîtrise par un sens exquis de la composition.Fulbert Enagnon Makoutodé, Makef, de son nom d’artiste, est un autodidacte qui, comme on dit dans son pays, s’est formé auprès de ses aînés, et surtout grâce à son désir de renouveler encore et encore ses manières de rester dans le connu. On dit qu’on ne parle mieux que de ce qu’on connait. Makef parle de ce qui l’entoure et comme il est bon observateur, son mur de l’insomnie est transparent.La Galerie Vallois présente pour la troisième fois son travail et lui propose actuellement sa première exposition individuelle. On peut y découvrir une partie de sa série de dessins au stylo bille sur des cahiers d’écoliers intitulée Mes nuits insomniaques et quelques jours d’errances ou Mes insomniaques et nuits nomades.Makef, l’insomniaque, Galerie Vallois, 41 rue de Seine, dans le 6e à Paris. Exposition du 9 janvier au 1er février. Horaires : 11h-19h.Pour aller plus loinMagou, Jean-Magloire AmedeFelwine Sarr, Afrotopia, Editeur Philippe Rey, 2016Ecole de HogbonuÀ l'oreilleTrouble sleep Yanga Wake am, Feel KutiVodoun Yewé, Dagbo & International africain jazzLonlon Ravel’s Bolero, Angélique KidjoJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

  19. 29

    #28 – City tales, life stories

    Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, vous n'avez qu'à regarder la surface de mes peintures, de mes films, de moi. Me voilà. Il n'y a rien dessous. Andy WarholSon art, le kwatta art, est né dans le quartier : le kwatt en argot camfranglais. Jailli de ces espaces « un peu touffus, intenses et denses », nourri dans ces « coins et recoins » pleins d’énergie de Douala où la vie « explose », où tout peut arriver, c’est là, dans le kwatt que l’art de Boris Nzebo a trouvé une écriture. Sur ses toiles, dans ses photographies, on trouve le leitmotiv des coiffures, architectures « à construire, détruire, reconstruire » qu’il insère dans l’architecture de la ville, on trouve ses observations sur l’espace urbain dans une approche narrative qui saisit la vie sous ses divers aspects, privé, social ou politique. Dans un constant besoin de renouveau, plus récemment, il s’intéresse à l’impact des nouvelles technologies sur l’évolution de l’idée de beauté et analyse l’intérêt grandissant des individus pour leur propre image. Pour (dé)matérialiser ses réflexions et proposer des installations numériques, il se forme et se fait aider par le collectif parisien OX4rt. La transmission, l’échange, lui sont importants, de ses réflexions avec Jackson Ndi et Eric Akam, sortira un concept, le studio Bôbô. Conçu par l’architecte camerounais Jules Wokam ce nouvel espace sera dédié à la recherche et à la création dans l’art, dans sa ville, à Douala, au Cameroun.Actuellement en résidence à la Cité des Arts à Paris, il y restituera son travail de recherche, Beauty Quest, le 18 décembre 2024 de 18h à 22h.Adresse : 15 rue Geoffroy Langevin, 75004, Atelier 1501, rez-de chaussée.Pour aller plus loinle site de Boris NzeboEntretien avec Achille Mbembé par Bregtje van der Haak, revue Multitudes, 2017Leonora Miano, Crépuscule du tourment Faouzi LaatirisTracy RoseImane AyissiBandjoun Station, Barthelemy ToguoÀ l'oreilleMC Solaar, Les coloniesMiles Davis, AnthropologyLinkin Park, SessionJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #27 – À la bonne enseigne

    Je ne pense pas à l'art quand je travaille. J'essaie de penser à la vie. Jean-Michel BasquiatL’art ne transforme pas, il formule. Roy LichtensteinBoris Nzebo observe, son environnement, les rues, les individus, prélève des échantillons de vie urbaine. Les coiffures des individus lui sont indice révélateur, elles reflètent le cadre de vie, les habitudes, dévoilent un état d’esprit, affichent les convictions spirituelles, l’identité, celle assumée, la convoitée. Dans l’évolution des coiffures, ces architectures intimes qui se déplacent, s’entremêlent à l’architecture de la ville, il y lit l’évolution du rapport à l’image de soi, du rapport à l’espace et révèle une carte tissée des liens et contradictions. Ce regard non pas inquisiteur mais toujours en éveil, il le transfère sur ses toiles, dans ses photographies et dresse un portrait social et politique de la société. Le travail pictural de Boris Nzebo est une archive, d’abord visuelle – entrelacs de portraits, rues, architectures, activités, qui se lit strates par strates, elle devient presque sonore car les toiles vibrantes de couleurs fortes et d’observations, de détails, donnent presque à entendre la vie urbaine dans ses recoins, dans ses carrefours, dans ses passions, dans ses méandres. Représenté à Londres jusqu’en 2019 par la Jack Bell Gallery, à Douala par la galerie MAM, Boris Nzebo a été présent dans des foires d’art à travers le monde, de New York à Miami, d’Art Dubai à Art Joburg, d’Art Paris Art Fair et AKAA au Brésil, ou Haiti, il expose son travail dans des galeries en Allemagne, en Suisse, en Italie…Actuellement en résidence à la Cité des Arts à Paris, il y restituera son travail de recherche, Beauty Quest, le 18 décembre 2024 de 18h à 22h.Adresse : 15 rue Geoffroy Langevin, 75004, Atelier 1501, rez-de chaussée.Pour aller plus loinle site de Boris NzeboKoko KomégnéGoddy Leye Entretien avec Kadiatou Diallo et Dominique Malaquais, revue Multitudes, 2017, par Zsuzsa LászlóLeonora Miano, Contour du jour qui vientNathalie Étokè, « Cameroun mon pays », in Joseph Fumtim (Dir.), Cameroun mon pays, Yaoundé, Ifrikiya, 2008À l'oreilleNina Simone, My wayJovi, Ou mêmeJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

  21. 27

    #26 – Le regard du chevreuil

    On peut dire que l’architecture est la fabrication réfléchie d’espaces. Ce n’est pas le remplissage de surfaces données par le client, c’est la création d’espaces qui évoquent la sensation d’utilisation appropriée. Pour le musicien, la partition c’est voir ce qu’il entend. Le plan d’un bâtiment devrait se lire comme une harmonie d’espaces dans la lumière. Toyo YtoJe ne sache guère de carrière dans laquelle le dessin ne soit utile, sinon absolument nécessaire par cette raison bien simple que le dessin apprend à voir juste, à se souvenir de ce qu’on a vu et à donner un corps à la pensée. Violet le Duc.Un monastère bénédictin dans le Michigan, la crèche de l’Hôtel de ville à Paris, un immeuble de logements à Sendai au Japon, en France, une mairie, une bibliothèque, un restaurant scolaire, une place dans le 20e… dans ses conceptions, l’architecte Marc Dilet préfère les courbes, les espaces fluides, modulables, une certaine organicité du bâti héritée peut être de Fumihiko Maki avec lequel il a travaillé pendant trois ans à Tokyo au Japon, l’austérité, chaleureuse, vient elle peut être de Mies van der Rohe .Si dans ses dessins, Trans-positions, Sketches of world cities, Forces, il capte les lignes dynamiques, les lignes en mutation de Venise, Athènes, Oslo, Kyoto, Chicago, plus récemment le besoin d’un regard sur d’autres espaces se fait ressentir. Il va dessiner des arbres, une forêt de pins dans la Charente, en ressortira une série qu’il va appeler Le regard d’un chevreuil. Qui va appeler le regard d’un chevreuil.Les dessins à l’encre noire des pins sur le blanc mat du papier japonais, se lisent aussi entre les lignes, car Marc Dilet laisse ou fait vivre l’espace entre, saisit ses respirations et entraîne notre regard (entraîne comme le sens d’amener avec, d’emporter, mais aussi de faire acquérir une pratique, une habitude) dans le rythme de sa plume, dans la pulsation de vie organique qu’il surprend. Le temps de son regard nous voilà revenus à un temps presque neutre, où les choses n’étaient pas encore nommées, où tout était comme imminent.Pour aller plus loinShigeru Ban et son réseau des architectes volontairesToyo YtoViolet le DucOctavio PazFranz Kafka, La métamorphose, Gallimard, 2015Marguerite Yourcenar, L’oeuvre au noir, Gallimard, 1968À l'oreilleTim Daisy, LitografiCatalyst Quartet, Philip Glass, String Quartet n°3, Mishima, VIJayanthi Kumaresh & Airuna Saram, SimhendramadhyamamJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcelletIsabelle Carrère, lecture du texte : Proximité et distanciation, Marc DiletÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #25 – L'incréé

    Je suis devenu architecte à cause de mon goût pour ce qui n’existe pas encore. Si je devais expliquer le sens même de ma décision, je dirais qu’il concerne le plus fondamentalement ce qui est en question, ce qui n’est pas encore. Vous voyez, il ne s’agit pas de besoin. Cela ne concerne que les désirs.Louis KahnLe dessin n’est pas la forme, il est la manière de voir la forme.Edgar Degas.Architecte, habité par la dimension spirituelle de l’architecture, Marc Dillet qui retient de Mircea Eliade que la configuration de l’espace naît dans la mythologie, dans son travail interrogera les liens entre conception et cultures. Mies van der Rohe, Frank Lloyd Wright, l’imaginaire, le vécu, le Japon, les Etats Unis… influences, espaces, lieux qu’il intègre dans ses conceptions. Après des études à l’Illinois Institut of Tehnology à Chicago, après cinq ans aux Etats Unis, il est chercheur Monbushô à l’Université de Tokyo, au Japon. Pendant trois années, il apprend la langue, la peinture, la céramique, étudie les liens entre artisanat et architecture, il bâtit. A son retour en France, il ouvre son agence, il continue à bâtir, il enseigne, donne des cours dans plusieurs universités en France, en Allemagne, aux États Unis, au Japon. Le dessin est pour Marc Dillet « un mode exploratoire de l’architecture ». Il y trans-pose une calligraphie des villes et questionne la spatialité, le hors champs, les seuils, questionne ou affirme la légèreté, la transparence. Le mot artiste ne semble pas lui convenir, Marc Dillet se présente : un « architecte qui dessine ».Pour aller plus loinAvec Marc Dilet :travail d'architecteexpositions récentes : – “Force”, dessins, Audible Gallery, Experimental Sound Studio, Chicago, 2016. – “Dessins d’architectures”, installation, Porte des Allemands, Maison de l’Architecture de Lorraine, Metz, 2016. – “Trans-positions”, performance avec le percusioniste Tim Daisy, Alliance Française, Biennale d’architecture de Chicago, 2017. – “Transformations – Forages” La Vitrine des Ailes du désir, avec la tromboniste Christiane Bopp, Poitiers, 2022. – “Streetscapes/ vers l’Incréé”, dessins, maquettes, avec les photos de Sandra Binion, La loge, 24 rue Chapon, Paris, 2023.Avec d'autres :Louis KahnFumihiko MakiMies van der RoheFranck Lloyd WrightHan Kang, La végétarienne, Le serpent à plumes, 2015Annie Ernaux, Les Années, Gallimard, 2008Jon Fosse, Écrire c’est écouter, entretiens avec Gabriel Dufay, Éditions de l’Arche, 2023Alvar Aalto, La table blanche et autres textes, Manuscrit inédit, cca 1970, Editions parenthèses,Edouard Glissant, Le monde incrée-Poétrie, Gallimard, 2000À l'oreilleDuo Junko Ueda – Wil Offermans , Murasaki-no-Ue, Genji MonogatariChristiane Bopp, To make a Prairie- Tenements of clover Tabula rasa : I. Ludus, Bournemouth Sinfonietta, Arvo PärtJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

  23. 25

    #24 – « On est là »

    Puisque la haine, la sottise, le délire ont des effets durables, je ne voyais pas pourquoi la lucidité, la justice, la bienveillance n'auraient pas les leurs. Marguerite Yourcenarmathilde capone est là, toujours. Sous cultures, contre culture, son regard est attentif à celleux qui sont en marge car marginalisé.es. Ses films, passe-voix, documentent, font parler des communautés Innu.es, queer, trans, lesbiennes, interrogent la notion de violence, celle de consentement. Lié.e à des communautés de lutte de la gauche radicale, mathilde capone, soutient et participe des actions et activités qui reconnaissent l’importance des visions et des mythologies propres des peuples comme source et ressource culturelle nécessaires, ses initiatives, collectives, solidaires cherchent à décrypter et documenter les mécanismes de la domination d’un groupe, d’un système. Depuis plusieurs années, iel fait partie d’un groupe de jeunes lesbiennes qui créent des liens intergénérationnels avec d’autres lesbiennes qui ont activement façonné l’histoire et les archives de cette communauté.Pour aller plus loinavec mathilde capone :Éviction, sera projeté dans le Festival Chéries/chèris à MK2 Beaubourg, le 17 novembre à 13h30 – et le 20 novembre à 14h20 Son deuxième long-métrage documentaire qui traite de la fin de Parthenais, un espace mythique qui a transformé une décennie de la scène queer montréalaise dans le contexte de la crise du logement et de la spéculation foncière, a reçu en 2023 le prix du public lors de la 26e édition des Rencontres du film international documentaire de Montréal.La fabrique du consentement : regards lesbo-queer Son premier long-métrage documentaire donne la parole à seize protagonistes de la communauté lesbo-queer qui à travers la singularité de leurs sexualités permettent un regard plus ample sur la question, inventent d’autres possibles . Il peut être visionné en ligne sur VimeoDes-terres—minées : les capsules vidéos réalisées collectivementD'autres émissions sur cause-commune dans la rubrique Un coin quelque part#76 sur le logement au Québec , #77 sur le film Éviction, et #78 en micro-ouvert avec les personnes expulséesavec d'autres :Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, Gallimard, 1977Ruth Frankenberg, White woman, Race matters, University of Minnesota Press, 1993Josephine Bacon, Bâtons à message, Tshissinuatshitakana, Editions Mémoire encrier, 2009Natasha Kanape Fontaine, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Editions Mémoire encrier, 2012À l'oreilleBaki Mutane Nakuya, Black soulsNew Year’s prayer, Jeff BuckleyJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

  24. 24

    #23 – La théorie dans la chair

    Chacun de nous est la somme des transformations effectuées par les mots.Monique WittigMilitant·e féministe matérialiste, anticolonial·e, passionné.e de recherche, mathilde capone, est impliqué·e dans diverses initiatives collectives qui donnent matière à penser et à transformer. Des études de droit, une maîtrise en anthropologie sociale, un séjour dans une communauté innu.e, les Pessamit du « Québec », la confrontation avec les réalités autochtones, préparent, influent et accompagnent ses recherches qui portent sur la création d’outils d’éducation populaire et d’émancipation. Un de ces outils est le cinéma documentaire. Son deuxième long-métrage documentaire Éviction qui traite de la fin de Parthenais, un espace mythique qui a transformé une décennie de la scène queer montréalaise dans le contexte de la crise du logement et de la spéculation foncière, a reçu le prix du public lors de la 26e édition des Rencontres du film international documentaire de Montréal / Tiohtià:ke.Éviction sera projeté à MK2 Beaubourg dans le cadre du Festival chéries /chéris 2024, le 17 novembre prochain à 13h30, en sa présence — et aussi le 20 novembrePour aller plus loinavec mathilde capone :Éviction, le site de présentationProjet solidarité Colombie, les actions décrites sur le siteTerritoires en jeu, le siteD'autres émissions sur cause-commune dans la rubrique Un coin quelque part#76 sur le logement au Québec , #77 sur le film Éviction, et #78 avec les personnes expulséesavec d'autres :Monique Wittig, La pensée straight, Éditions Balland, 2001Teresa De Lauretis, Eccentric Subjects: Feminist Theory and Historical Consciousness. Feminist studies 16, 1990Dorothy Allison, Peau, à propos de sexe, classe, littérature, Éditions Cambourakis, Paris,1994Abdellatif Laâbi, L’étreinte du monde, Éditions de la différence, 2001À l'oreilleMeo, KazuThe Knife, Pass this onJeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #22 – De l'art et de l'histoire (de l'art)

    Si tu ne peux pas suivre ta conscience, alors ton travail ne vaut pas la peine que tu t'y accroches. Wole SoyinkaVous ne pouvez pas accomplir des changements fondamentaux sans une certaine dose de folie. Dans ce cas précis, cela vient de l’anticonformisme, du courage de tourner le dos aux vieilles formules, du courage d’inventer le futur. Il a fallu les fous d’hier pour que nous soyons capables d’agir avec une extrême clarté aujourd’hui. Je veux être un de ces fous. Nous devons inventer le futur. Thomas SankaraDidier Houénoudé construit depuis une vingtaine d’années un récit de l’histoire de l’art, de l’art du continent africain. Identité, territoire, architecture, patrimoine, héritage colonial, domaines qu’il arpente, qu’il interroge. Et lorsqu’il transmet une histoire de l’art à ses étudiants au Bénin, en Allemagne, dans ses conférences ou interventions dans les colloques organisés par des institutions diverses à travers le monde ou dans son travail de recherche, s’il fait usage d’une histoire de l’art écrite par la pensée occidentale, il prend soin de la corriger, de la reformuler, de l’évaluer à l’aune de ses propres intuitions, de la nourrir aux questionnements des penseurs africains, pour faire surgir une pensée neuve, à l’abri de tout stéréotype.Quelques ouvrages et articles publiés :Restitution and archaeological collections in Africa, Didier Houénoudé avec Monica Corlalli et Didier N’Dah, Oxford Research Encyclopaedia of Anthropology, 2022Notes sur des trajectoires de « patrimoine restitué » au Bénin au XXI siècle, Didier Houénoudé, Cahier d’études africaines, 2023Pour aller plus loinAziza, divinité protectrice des artistes, Wole Soyinka, prix Nobel de littérature 1986Thomas Sankara, recueil de textes introduit par Bruno Jaffre, Pensées d’hier pour demain, Editions Centre Europe Tiers MondeLéopold Sedar Senghor, Liberté 1 : Négritude et humanisme, Seuil, 1964Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, NRF 1922 / Gallimard 1990, Collection L'imaginaireA l’oreilleLe roi des aulnes, Louis Schwizgebel, Franz SchubertDepartures, Michael NymanIl nuovo cinema paradiso, Koh Igarashi Trio, Ennio MorriconeDido’s lament, Jeff Buckley, Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

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    #21 – Identité en mouvement

    Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.Franz FanonDidier Houénoudé est historien de l’art béninois. Son champ de recherches porte sur la problématique identitaire dans l'art contemporain africain, sur les questions patrimoniales, sur l'urbanisme et le développement des villes africaines. Enseignant-chercheur, il transmet pour donner un appui théorique et un cadre, pour former, mais aussi pour déformer, pour faire sortir du cadre, et participe du renouveau du regard sur l’art du continent africain. Expert pour les questions de restitution de biens culturels en Afrique, il a accompagné la restitution réussie d'objets de l'actuelle République du Bénin par la France fin 2021 en tant que membre d'une délégation officielle.Spécialiste en conservation et valorisation du patrimoine culturel, maîtrise en histoire de l’art et archéologie au Bénin, doctorat en histoire de l'art à Université de Trêves en Allemagne, Didier Hoéunoudé est enseignant chercheur à l’université d’Abomey Calavi au Bénin. Il a dirigé plusieurs institutions culturelles de son pays : conseiller en charge de la direction du patrimoine auprès du Ministère de la culture, directeur de L’INMAAC, l’Institut National des métiers de l’art, archéologie et conservation et directeur adjoint du département d’histoire de l’art de l’Université d’Abomey Calavi, il a été enseignant invité à l’Institut des arts et sciences de la musique de la Technische Universitaet de Dresde en Allemagne.Quelques ouvrages et articles publiés :Entre stéréotypes et affirmation identitaire, quatre artistes contemporains de l’Afrique de l’Ouest, Université de Trèves, 2011La politique de patrimonialisation à l’africaine et ses conséquences sur un territoire africain : le cas de Porto Novo au Bénin, avec Monica Coralli, Espaces et sociétés, Paris, 2013Le patrimoine historique aux service du développement du Bénin, avec Paul Akogni, Arthur A. Vido, Etudes africaines, l’Harmattan, 2019Pour aller plus loinFranz Fanon, Les damnés de la terre, édition Maspero, 1961Barnabé Layé, Par temps de doute et d’immobile silence, Acoria éditions, 2013Amin Malouf, Les identités meurtrières, Editions Grasset, 2018Frédéric Bruly Bouabré, Série Connaissances du monde. Collection MACAAL/ Fondation AlliancesAchille Mbembe, article paru dans Le Monde Afrique, 15 décembre 2019Noureini Tidjani-Serpos, Agba’nla, 1973A l’oreilleMänner, Herbert GrönemeyerZogotopé, JB ZibodjiHewadje, Sagbohan DanialouDido’s lament, Jeff Buckley, Henry PurcellÀ la technique, Isabelle Carrère

  27. 21

    #20 – En réserve

    On s'est demandé : « La vie privée est privée de quoi ? » Tout simplement de la vie, qui en est cruellement absente. Les gens sont aussi privés qu'il en est possible de communication et de réalisation d'eux-mêmes. Il faudrait dire : de faire leur propre histoire, personnellement. Les hypothèses pour répondre positivement à cette question sur la nature de la privation ne pourront donc s'énoncer que sous forme de projets d'enrichissements ; projets d'un autre style de vie ; en fait d'un style… Ou bien, si l'on considère que la vie quotidienne est à la frontière du secteur dominé et du secteur non dominé de la vie, donc le lieu de l'aléatoire, il faudrait parvenir à substituer au présent ghetto une frontière toujours en marche ; travailler en permanence à l'organisation de chances nouvelles.Guy DebordIl n’y a pas de choix, pas d’art sans la vieRené MagritteElle dessine, envoie des crayons par la poste en janvier, (en novembre elle écrit des consignes et les oublie sur des bancs et dans des recoins de la ville), en mars, elle soutire les titres des lectures du métro pour s’enfuir vers le réel. Elle le photocopie le réel et le décale. Légèrement. Elle aguerrit (le regard) et enraie (les routines). Elle dévoile les voiles. Elle récupère l’abandon, collectionne l’inutile, un hasard la met en marche alors elle ne sait pas quand elle va s’arrêter. Institution des petits gestes, elle offre son travail selon une loi ancienne, contre un accusé de réception.Carine Guimbard cartographie de moments fragiles ou voués à disparaitre, révoque la réalité, la réarticule.Pour un rendez vous atelier, envoyer un courrielPour aller plus loinGuy Debord, L’internationale situationniste, Van Gennep-Amsterdam, 1958-1969Octavio Paz, extrait Vrindaban, Versant Est, Gallimard, 1978Emmanuel Hocquard, Le cours de P.ise , P.O.L, 2018Raquel Lévy, https://raquel-levy.orgÉcole de Hogbonu, ecoledehogbonu.comRaymond Carver, Poésie, Gallimard, 2016A l’oreilleYoruba, Gangbé Brass Band, ft Fémi KutiEvghenia, SaezBaraye, Shervin HajipourDido’s lament, Jeff Buckley, 1995, d’après Henry Purcell, 1688À la technique, Isabelle Carrère

  28. 20

    #19 – La mémoire de l’oubli

    « Les pratiques de communication « infra-ordinaires » – pour reprendre l’expression de Georges Perec – permettent à l’homme d’établir une relation particulière au monde ; elles l’invitent à tisser des liens privilégiés avec ses congénères. S’interroger sur l’infra-ordinaire, c’est également choisir une posture singulière qui consiste à prêter attention à toutes sortes de petites choses, à des détails infimes qui nous fondent et qui, à force de petitesse, disparaissent à nos yeux inattentifs. » Emmanuel SouchierCarine Guimbard retient ce qui nous échappe. Elle se place dans l’axe précise de l’oubli, au bord de, en attention comme on dit en éveil, donne des secondes chances au quotidien. Les récits se partagent autour d’un repas, des conversations se lient autour d’une édition, ses archives se déplacent, se déplient, se déploient comme par hasard, au fil des saisons. Entre temps, entre deux villas et un château, elle navigue à ses risques, prends soin d’une cathédrale ou retape un voilier. Se laisse dérouter par une rencontre, par un chemin de traverse, un égarement, « trouve plus juste être avec qu’écrire sur »… Artiste, administratrice de monuments nationaux chargée de mission Art et pratiques contemporaines.Dispositifs éditoriaux : Passe voix, Conde House Kyoto ; Fantômes, Château d’Oiron, avec Geoffrey Saint-Martin…Photographie : Aizuchi, Maison Louis Carré, Alvar Aalto ; Moved room, Conde House Kyoto …Carnet paysage : Navigation intérieure, Mes dames en or, La halte aux femmes, Samu social, Mairie de Paris, avec avec Eve Loreaux, Ateliers Beaux-Arts, ParisDocumentation : Bois vertArchives itinérantes : Le Milan noir Prostranstvo, atelier chez Raquel à Malakoff, avec Edith Commissaire, atelier Edith Commissaire…Pour un rendez vous atelier : [email protected] aller plus loin :Emmanuel Souchier, La mémoire et l’oubli, l’aliénation de l’infra-ordinaire, CAIM, 2012George Perec, L’infra-ordinaire, Seuil, 2009Jean Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, Editions Nagel,1946IHEAP, ENDA, https://www.enda.fr/Tim Ingold, Une brève histoire des lignes, Zones sensibles, 2011Camille de Toledo, Une histoire du vertige, Verdier, 2023A l’oreilleRomans o romans, Valentina PonomaryovaLes petits riens, Angelique KidjoRemembering, Avishai CohenNomad sky, Sissoko, Segal, Parisien, PeiraniDido’s lament, Jeff Buckley, 1995, d’après Henry Purcell, 1688À la technique, Isabelle Carrère

  29. 19

    #17 – Danser (la vie)

    Ceux qui disent que vous ne pouvez pas danser le tango si vous n’êtes pas Argentin se trompent. Le tango est une musique d’immigrants, il n’a pas de nationalité !Le tango, une pensée triste qui se danse.Ernesto SabatoIrina Blanco danse le tango. Née à Braila, ville roumaine à l’est du pays, au bord du Danube, ville de l’écrivain conteur Panait Istrait, de la soprano Haricléa Darclée, de deux parents musiciens, elle apprend le violon, le canto, mais ce qu’elle veut elle c’est danser. Elle cherche, apprend la salsa, le flamenco et un soir, il y a une quinzaine d’années, elle entre dans une milonga et tombe en amour avec les pas « indécis » du tango. En 2015, elle acquière à deux un centre de danse dans le centre de Stuttgart et crée une école de tango, le Tango Palace dont elle assurera les cours jusqu’en 2020. Dans la milonga qu’ils ouvrent en parallèle, seront invités régulièrement des couples prestigieux de danseurs argentins qui se produiront sur place et proposeront des ateliers et des stages, ainsi que des orquestas tipicas… Aujourd’hui, Irina Blanco danse et enseigne le tango dans la milonga Tangoloft à Stuttgart en Allemagne avec Faustino Blanco, tanguero argentin, porteno, son partenaire de danse et de vie depuis 5 ans. Elle se produit régulièrement sur différentes scènes de la ville de Stuttgart en Allemagne.Une Journée nationale du tango est célébrée chaque 11 décembre, date anniversaire de naissance de Carlos Gardel et Julio de Caro.Pour aller plus loin :Le 6 et le 7 juillet 2024, avec son partenaire Faustino Blanco, Irina Blanco donnera un workshop dans la milonga El Caminito au 1 ter rue Deguerry dans le 11ème à Paris. Les réservations se font par e-mail et téléphone : e-mail : [email protected] / tél/whatsapp : 00491601867389 / Instagram : IRINA_FAUSTINO_TANGOPanait Istrati, écrivain roumainHaricléa Darclée, soprano roumaineCarlos Gavita, chorégraphe, danseur et maître de tangoErnesto Sabato, écrivain argentinSergiu Zancu, artiste : entretiens sur les podcast #5 – Dans l'antre-temps et #6 – L'éveil du regard de l’émission Des formes utilesA l’oreilleToma mate che, Alberto ArenasTe aconsejo que me olvides, Anibal TroiloDesencuentro, Ruben JuarezLoca, Juan d’ArienzoÀ la technique, Isabelle Carrère

  30. 18

    #18 – Tango

    Le tango nous offre à tous un passé imaginaire.Jorge Luis BorgesDerrière son apparence fragile, il y a une belle volonté, celle née non pas d’une ambition mais d’un désir. Désir qui a trouvé son épanouissement dans les notes tristes, cruelles, stridentes ou muettes des bandonéons des immigrés italiens et allemands, juifs ou polonais, anglais, espagnols, notes et pas, venus de partout, rythmes d’Afrique ou de Russie, danses de salon espagnoles ou françaises, candombe, mazurka, habanera cubaine… Lorsqu’elle danse le tango, Irina Blanco règle ses pas sur le pas des chercheurs d’aventure, de chercheurs de fortune, sur les pas des marins, des gauchos et peones amérindiens ou descendants des colons espagnols, des mulâtres et de créoles descendants des esclaves, d’Afrique ou de Caraibes, venus de la pampa dans les faubourgs mal-famés de Buenos Aires. Pas. Pas de vies de nostalgie et d’ivresses, pas de désirs non-assouvis ou vite assouvis, pas de jalousie et d’amour, pas de femmes de « mauvaise vie », des lieux de perdition, pas de passion, de mort et de violence. Irina Blanco reproduit d’anciennes danses, les enchevêtre aux pas de sa vie et cherche une chorégraphie propre à cette mythologie née comme toujours de l’histoire.Irina Blanco danse et enseigne le tango avec son partenaire argentin Faustino Blanco dans la milonga Tangoloft à Stuttgart en Allemagne.En 2009, l'Unesco a inscrit le tango argentin dans le patrimoine culturel immatériel de l'humanité.Pour aller plus loin :Le 6 et le 7 juillet 2024, avec son partenaire Faustino Blanco, Irina Blanco donnera un workshop dans la milonga El Caminito au 1 ter rue Deguerry dans le 11ème à Paris. Les réservations se font par e-mail et téléphone : e-mail : [email protected] / tél/whatsapp : 00491601867389 / Instagram : IRINA_FAUSTINO_TANGOJorge Luis Borges, poème El tangoAriel Kupfer, artiste ; entretiens sur les podcast #7 – Dans l'intimité de l'étonnement et #8 – De la matériosophie au musée caché de l’émission Des formes utiles / extraits lus de l’Histoire du tango argentin, Noël Blandin, La république des lettresA l’oreilleOblivion, Astor PiazzolaEscualo, Astor PiazzollaSe dice de mi, Tila MerellaMai spune-mi încă o data Jean MoscopolElla es ași, Cachivache QuintetoÀ la technique, Isabelle Carrère

  31. 17

    #16 – Peindre dit-elle (et écrire)

    Le style est un endroit où se pose l’âme.JLGIl arrive un moment dans la vie où vous décidez de faire une promenade et vous vous promenez dans votre paysage.Willem de KooningLa peinture de Daphné Bitchatch naît de ses doigts dans la couleur. Une sorte de croyance païenne en la matière lui permet de la saisir strates par strates, de révéler son énergie par la couleur, par l’épaisseur, dans ses résistances, dans sa force. Pas de tiers entre main et matière, que la sensation qu’elle écoute, qu’elle écoule sur la toile, qu’elle suit et précise, que la couleur qu’elle appréhende couche par couche. De l’esprit, les pensées semblent s’acheminer vers la rétine avant de descendre en flot de sensations vers le cœur, couler dans ses veines jusqu’aux doigts, c’est ainsi qu’apparaît sa peinture. Née d’un trait qui la traverse. Son écriture, porteuse des vérités qui ne sont pas à vérifier, à soupeser, mais qu'on doit laisser danser, avec lesquelles on doit danser, qui ne nous laissent pas hésitants mais nous entraînent au-delà des conventions d'un récit, nous font dériver dans l'insondable du vécu, dans l'incohérent de la mémoire. De cette sensualité du toucher, de l’emprise de la couleur, qui fait surgir des reliefs, éveille sinuosités, traces et contours, de cette approche à l’écriture « je brouille les cartes, j’efface sans arrêt, afin de n’avoir que le squelette du passage, du paysage » elle fait apparaître, nouveau-nés d’un geste, une mémoire vive des états du monde et de sois. Dans l’apprentissage continu du langage, Daphné Bitchatch cherche la particularité exquise d’un dialecte.Artiste, Daphné Bitchatch vit et travaille à Eymoutiers dans le Limousin.Les éditions derrière la salle de bains & Littérature Mineure/ Editions créés par Marie- Laure Dagoit, éditrice indépendante & écrivain, lui ont accordé plusieurs très beaux fascicules. Les Editions Æncrages & Co l’ont invitée à peindre via des Livres d’artistes sur les textes d’Anastasia Kharitonova, Roland Chopard, Stig Dagerman et aussi avec ses textes et peintures. Depuis plusieurs années Daphné Bitchatch conjugue couleurs et poésie via Les Livres pauvres/ collection initiée par Daniel Leuwers, avec de nombreux poètes : Joël Vernet, Michel Butor, Armand Dupuy, Nicolas Grégoire, Michel Bohbot etc…Pour aller plus loin avec Daphné BitchatchTroubles, 2’35, enregistrement sonore Cotonou, 2012 – Week-end Poetry/ Marie- Laure DagoitÆncrages& Co – Les éditions de l’Estey / Hervé BOUGEL, 33350 Le Tourneet avec les autresGeorges Adéagbo, artisteSamuel Beckett, L’innomable, Edition de minuit, 1953À l’oreille :Nan sira madi, Ballake SissokoL’écharpe, Maurice FanonConcerto in D minor, BWV 974, Adagio, Vikingur Olafsson, Johann Sebastian BachLe clown, Giani Esposito

  32. 16

    #15 – Peindre

    Petite, je voulais vivre parce qu'il y avait les fauves, les chevaux et l'appel de la forêt ; les grandes étendues, les hautes montagnes et la mer déchaînée ; les acrobates, les funambules et les conteurs d’histoireNasstasja Martin, Croire aux fauvesDaphné Bitchatch est peintre, surtout peintre… Elle peint dans une sorte de fusion avec la matière, avec la couleur… Si elle sculpte, elle assemble, hérite des symboles, d’objets rituels, cherche la musique des touches d’un piano abandonné, l’accorde aux silences d’une mémoire ancienne, peut-être des totems.Plusieurs années à Amsterdam, une imprimerie désaffectée à Porto Novo, une place publique à Cotonou, au bord du fleuve à Ségou, aux pieds de la Tour de Maiden à Bakou, l’atelier de son amie Nina Shapkina à Moscou, chacun des lieux où elle travaille sera retenu, plié et déplié dans sa mémoire, donc dans son cœur et ses doigts. Lieux, c’est dire habitants, oiseaux, bruits, fêtes, larmes, rires, couleurs surtout et histoires.Pages de journaux de différents pays, recouvertes de peinture, écorces ou pigments, objets cultuels, pastels ou encre de chine, peintures à l’huile, ses toiles sont les traces de son (bleu) regard sur le monde, sur ce qui des sensations fait couleurs, sur ce qui de l’âme tache de toucher l’autre, à l’autre.Séries des tourbillons denses, d’explorations et découvertes comme maelströms du vécu. Collaborations et résidences nourrissent son regard et lorsqu’elle est en voyage, Daphné Bitchatch écrit.Le travail de Daphné Bitchatch a été présenté dans plusieurs villes en France, à Paris à la Galerie Vallois, Galerie Canopy, Galerie Olivier Nouvellet, les Frigo et d’autres lieux alternatifs, en Russie à Moscou, à Hambourg en Allemagne, à Kyoto Gallery @KCUA, à Tshwane en Afrique du Sud, au Bénin de la Médiathèque des Diasporas à Boulev’art puis au Centre à Cotonou, à Porto Novo, à La maison du peuple à Ouagadougou au Burkina-Faso, à la Biennale 1.0 au Bénin, à Bakou en Azerbaidjan et plus récemment à Batumi en Géorgie.Parisienne de cœur, depuis 2022, elle vit et travaille à Eymoutiers, dans le Limousin.Pour aller plus loin avec Daphné BitchatchGalerie Robert Vallois, Paris 6 ; Galerie Canopy, Paris 18 ; Galerie Olivier Nouvellet, Paris 6et avec les autresRaymond Carver, Ce qu’il faut pour peindre, d’après une note de Renoir, Points, Poésie, 2016Michel Bohbot, Se nourrir des vibrations du mondeGiles Deleuze, Sur la peinture, Cours du 7 avril 1981, Editions de minuitPatrick Guyot Bitchatch, Les massacreursJean-Pierre Dhainault, Les mille dessins d’eau, Voilà ce que fait Daphné BitchatchÀ l’oreille :La mémoire et la mer, Léo FerréNuit Blanche, Tarkovsky QuartetSuite n 1, op.5, Les larmes, Lilya Zilberstein, Martha Argerich, RachmaninovIl n’est pas rentré de la guerre, Vladimir Visotsky

  33. 15

    #14 – Art-Z

    L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. Robert FiliouArtiste, Olivier Sultan archive la mémoire, revisite et interprète d’un regard subtil les évènements qu’elle a retenus. A la manière des photographes du continent africain qu’il aime, qui ont sauvegardé dans leurs studios les portraits d’un monde qui n’est plus, il se saisit des photos personnelles ou trouvées, des photos de famille, de toutes ses familles ici ou là-bas, et les pose témoins silencieux ou bavards, à l’instar des étiquettes des pays qu’on traverse, sur ses valises nomades qui deviennent des (col)porteurs d’histoires. Le fil lui est important, des fils de fer les enveloppent dans un rituel ancien de protection, le fil, fil conducteur, fil rouge à travers les époques. Ses poupées, fétiches ou sorciers, poupées aux noms multiples, dépositaires de l’âme, Nkisi du Congo, Akuaba du Ghana et autres Linga Koba, portent le nom de « dudes » comme dans l’américain « dude », qui veut dire « mec ». Portraits ou autoportraits, ses Dolls, yeux de faïence, bardées d’aiguilles, des clous, d’objets du quotidien, se serrent sur une mobylette, se coiffent d’épingles à nourrices ou d’une fourchette, allégories des vies, multiples ou parallèles, habitants passagers du pays des legbas qui protège, et des « loa », domaine des esprits voyageurs. Olivier Sultan récupère, matières, souvenirs, imaginaires, fait appel à un sorte de vaudou personnel et ouvre pour nous un cabinet de curiosités qu’on ne se lasse pas d’explorer.Galeriste depuis une vingtaine d’années, à travers Art-Z Gallery au 29 rue Keller, dans le XIe à Paris, Olivier Sultan participe depuis une trentaine d’années en pionnier de l’essor et de la visibilité de la création artistique contemporaine africaine. Commissaire d’exposition et critique d’art, il est l’auteur de plusieurs livres sur l’art et sur des artistes.À l'oreilleBob Dylan : Just like a womanSerge Gainsbourg : Aux armes etcRadiohead : CreepVladimir Horowitz : Impromptu n 3, SchubertPour aller plus loin avec Olivier Sultan :Art-Z GallerySoly Cissé : monographie et collages« Malick Sidibé, L’Oeil de Bamako » (2020)et avec les autresRaymond Carver : Le champ blanc, Poésies, 2016L’art africain contemporain selon les artistes africains : article de Virna GveroL'ensemble des citations proviennent du tlak « Contemporary African art… to what end? » organisé à La Colonie le 31 mars 2017

  34. 14

    #13 – Les arts derniers

    L'art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité. NietzscheDe la Sorbonne et la philosophie de l’art à Paris à la création d’un groupe de rock qui flirte avec les influences punk et ska à Londres, de Harare au Zimbabwe où il écrit un livre-enquête sur la création contemporaine du pays et où dans les années ’90 ouvre une galerie d’art, la Pierre Gallery, Olivier Sultan porte une attention particulière au regard qu’on porte sur l’autre. Heurté par celui inapproprié ou condescendant sur l’art contemporain dit « africain », ses opinions tranchées sur les colonialismes, racismes et toute forme de discriminations se manifestent dans la ligne des galeries parisiennes qu’il ouvre à Paris à partir de 1999. A travers ses propositions d’expositions, il continue à démanteler les clichés, ose montrer le travail d’artistes africains encore inconnus et devient un des pionniers de l’essor et de la reconnaissance de la création artistique contemporaine de l’Afrique.A travers le Musée des arts derniers qui deviendra à partir de 2017 Art-Z Gallery, 29 rue Keller dans le XIe, Olivier Sultan propose à Paris le travail des artistes de plusieurs pays d’Afrique, parmi lesquels la sculptrice Collen Madamombe, les photographes Malick Sidibé, Saydou Keita, Oumar Ly, Saydou Dicko, les peintres Frederic Bruly Brouabré, Bruce Clarke, Tchif, Soly Cissé, Barthélemy Toguo, Evans Mbugua… En mai 2024, Olivier Sultan ouvre un nouvel espace, le Studio Art-Z, situé aussi rue Keller, au numéro 27, dédié exclusivement à la photographie.À l'oreilleBob Marley : ZimbabweThe ClashT : London CallingArthur H : La route, live à La Lanterne, 2024Oleg Volkov : Elegie, Rachmaninov, op3 n 1Pour aller plus loin avec Olivier Sultan :le site de Art-Z GalleryLife in Stone/ La sculpture contemporaine du Zimbabwe » (1994) : enquête sur la naissance d’un mouvement artistique, issu de la rencontre entre une culture réprimée (Apartheid) et d’un ami de Picasso et de Matisse.Les Afriques : Editions Autrement, 2002: Interactions entre les artistes Africains et leurs collègues occidentaux, à l’occasion de la création du Musée de Arts derniers (2002).Africa Urbis 2003: les villes Africaines et leurs artistes.Des Hommes sans Histoire ? 2003, livre-catalogue autour du pillage des oeuvres d’art en Afrique depuis 150 ans, vu par des artistes contemporains.et avec les autresFernando Pessoa/Alberto Caeiro : Le gardien de troupeau, nrf, Poésie/Gallimard, 2014Fernando Pessoa : Le livre de l’intranquillitéRaymond Carver, Oeuvres complètes, 1-8, Editions de l’OlivierNietzscheDorris LessingHaruki MurakamiJohn CassavetesFluxusRobert FilliouEl Anatsui

  35. 13

    #12 – Les corps imaginaires

    Plus vous ferez votre propre régime de signes, moins vous serez une personne ou un sujet, plus vous serez un « collectif », qui en rencontre d’autres, qui se conjugue et se croise avec d’autres, réactivant, inventant, suturant, opérant des individuations non personnelles.Nietzsche d’après Gilles DeleuzeSa présence advient par le corps, corps-objet qu’elle présente et représente, qu’elle re-présente encore car c’est au corps de questionner ses résistances intimes, au corps de montrer les transformations des individus, c’est au corps de se confronter aux objets, le corps encore qu’elle relie, attache, colle, aux matériaux, aux bâtiments, le corps qu’elle enroule et déroule autour d’un objet et d’une interrogation, le corps qu’elle conjugue maintenant aussi au langage pour relever, pour révéler, les décalages qui troublent, qui font confusion.Pour Nataska Roublov le corps est (une) matière à réflexion(s), c’est par lui et les relations qu’il entretient ou entame avec les objets, qu’elle peut définir, par lui qu’elle désigne et identifie, discours, représentations normatives, c’est lui qu’ainsi mis en scène déconcerte, surprend, rend vertigineuses les approches et les perceptions qu’elle réveille.Nataska Roublov est architecte, performeuse. En résidence à partir de septembre 2024 dans l’espace DOC!, elle présentera sa trilogie de l’inceste, divisée par 2 qui font 6 thèmes, La fille de l'est, La Fille de l’est au pays Désobéissance, et J’ai toujours rêvé d’avoir des cheveux élastiques, en collaboration avec l’artiste Feriel Boushaki.Pour aller plus loin avec Nataska RoublovPerformancesfemme corps • )))))résonance((((( • marie lossky – nataska roublov • burqa de tulle • durée:10’’ femme étiquette • « jusqu’à quel point » … je reste (Live) • sylvain borsatti – nataska roublov • styckers rond rouge fluo • durée : 4hle scotch #03 • sylvain borsatti – nataska roublov • scotch crystal de bureau • durée : 9’’23’Vidéo PerformancesSlimburqa – coupe sur modèle • marie lossky costumière – nataska roublov – image son et montage alexandra dupuy liri ( production : TOUS LES DOCS) • durée : 11’’29’sales • nataska roublov • styckers “offre spéciale“ • vidéo-performance • durée : 12’’37’lèche vitrine (vidéo) • nataska roublov • chocolat fondu • durée : 14’’27’Avec les auteurs, les artistesClaire Marin, Etre à sa place, éditions de l’Observatoire, 2022Gherasim Luca, Prendre corpsGordon Matta ClarkA l’oreilleArthur H, Nicolas Repac, Prendre corps, album L’Or d’ErosMing, Quix and Watterman en concert acoustiqueVivaldi, Winter-2 Largo, The 4 Seasons, Op. 8_4, RV 297À la technique, Isabelle Carrère

  36. 12

    #11 – En corps

    Migrante, c’est ton corps que tu portes sous ton bras, rescapée de nulle part.Danielle FournierIrrémédiablement citadine, Nataska Roublov est architecte, performeuse.Ses interrogations sur l’autorité de la ville, sur les effets des discours et des représentations normatives, patriarcaux, sur les individus, ses observations sur la condition urbaine, condition humaine, c’est en corps qu’elles se font. Son corps. Corps outil, corps objet.Pas d’obédience à une quelconque revendication, c’est en explorant l’inconscient de nos actes, de nos émotions, qu’elle questionne ce qui définit, transforme, entrave ou libère l’individu.Par des actions simples, par des détournement d’objets du quotidien, son corps se transforme, fenêtre ouverte sur le vertige de perceptions.Nichée dans l’interstice entre protection et délivrance du non-dit, elle ne tente pas de le briser, elle le montre.Nataska Roublov est co-fondatrice du groupe de scénographe urbain ICI MÊME Paris.Ses performances sont parfois spontanées, parfois conçues pour des lieux spécifiques, comme le lieu 2M3 à Mollenbeek en Belgique, KATARTI Rethymos en Grèce, Plateforme à Paris, le MAC/VAL à Vitry… Lors de ses résidences – la Galerie The Window à Paris, au centre d’art Mains d’Oeuvres à Saint Ouen, au Générateur et à la Galerie 59 rue de Rivoli – ou dans ses recherches – depuis 2018 elle est artiste-chercheuse au sein du LAP, Laboratoire de la performance -, Nataska Roublov questionne les relations corps/objet qu’elle soupçonne de conduire à l’enfermement et à la soumission des individus.Pour aller plus loin avec Nataska Roublov“Toute la lumière sur la ville du futur” Ici même Paris, Équipe de production, création et jeu, Isold Audooren, Claire Bardainne, Juliette Barat, Olivier Brun, Guilhem Chéron, Nicolas Darrot, Pénélope Debozzi, Jean-Marc Dercle, Elfje Duchateau, Mark Etc, Christian Geschvindermann, Delphine Lancelle, Nicolas Lavergne, Eric Ménard, Adrien Guillot, Olivier Parent, Nataska Roublov, Fred Touboul, Kurt Vandendriessche.« C’est bien la première fois ! », texte Jymmi Anjoure Apourou, Jeu nataska roublov.Avec les auteursDanielle Fournier, celle qui ne donne pas son nom, éditons Leméac, 2024Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Gallimard, 1975Danilo Martuccelli, Michel Foucault et les impasses de l’ordre social, Sociologie et sociétés Les Presses de l’Université, Montréal, 2006Nelly Arcan, Burqa de chair, éditions du Seuil 2003, le livre en pdf;Putain, éditions du Seuil, 2011À l’oreillePlastikman, Konception, album MusikGlenn Gould, Fantasia In G Minor, BWV 917, The Italian album,Billie Eilish, Bad Guy, album When we all fall asleep where do we go ?À la technique, Isabelle Carrère

  37. 11

    #10 – Dire au plus juste

    « La famille me fait femme sans nom, fille au nom du père, épouse au nom de l'époux, mère au nom des enfants. Femme sans nom, innommée, innommable. Être étrange, paradoxal et fascinant. Troublant mélange d'être et de non-être, de présence et d'absence. Être qui vit, mais jamais le lui-même ; seulement par les autres et pour les autres » Annie LeclersDanielle Fournier écrit. Sa langue creuse, découpe, rature, puise dans le magma informe, indécis, de ce qui fait un être, se fait presque violence pour donner forme au presque rien, au presque tout. Elle écrit. A la fois icis, et d’icis, dans et de ces lieux qui sont la langue, l’identité, l’amour ; la ville, la nature lui sont autant repaires que repères. Si elle ne sait pas ce qu’est le féminin, ce qu’il implique, ce qu’il recouvre, certaine que nous sommes par la langue elle tente de trouver, de faire advenir ce qui dans l’écriture fait femme. Pleinement dans le présent elle tisse des liens entre un je multiple et le nous à travers l’écriture mais aussi par l’enseignement, les ateliers d’écriture, les conférences…Danielle Fournier est poète, écrivaine, elle vit à St Grégoire, au Québec et à Paris.À l'oreilleEs ist nichts gesundes in meinem Leibe, Cantate BWV 25, Johann Sebastian BachCello Suite No 6, BWV 1012 en Re majeur, Pablo Casals, Johann Sebastian BachDido’s Lament, Jeff Buckley, Henry Purcell (1688)Pour aller plus loinDanielle FournierCelle qui ne donne pas son nom, Leméac, 2024Je n’aime pas violet, avec Louise Marois, Noroît, 2024Icis, je n’ai pas oublié le ciel, Les lieux-dits, 2023Ainsi, cela devient, avec Mireille Fargier-Caruso, Editions Méridianes, 2023L’Innomé, avec des oeuvres de Lisette Tardy, L’Héxagone, 2014Iris, avec Luce Guilbaud, L’Héxagone, 2012Annie Leclerc, Helene Cixous, Madeleine Gagnon, La venue à l’écriture, U.G.E., 1977Hélène Cixous, Catherine Clément, La jeune née, U.G.E.,1975Anna-Magdalena BachPaul Valery, oeuvres, Nrf, 1939À la technique, Isabelle Carrère

  38. 10

    #09 – Le corps du texte

    Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. Marguerite DurasSi on pouvait se nommer, si on savait se présenter dans l'évidence de son sexe, dans la certitude de son être, on n'écrirait pas, il n'y aurait pas d'histoire, pas de sujet, pas d’objet. Camille LaurensDu poème aux récits, d’Il n’y a rien d’intact dans ma chair à L’innommé, à celle qui marchait sur la pointe des pieds, à celle qui ne donne pas son nom, Danielle Fournier écrit pour donner corps. Donner corps à ce qu’on ne sait pas dire, à ce qu’on ne peut pas dire, à ce qu’on ne dit pas. Son écriture, qui cherche non pas à briser mais à délier les silences de tous ces corps qui l’habitent, est un précis de sensations, un tressautement souterrain, un entrelacs des liens subtils qu’elle trouble, qu’elle met à jour. Elle, qui ne donne pas son nom, c’est toutes les autres, celles qu’elle porte comme des éclats de soi.Docteur en littérature, Danielle Fournier a été enseignante et directrice littéraire des éditions de l’Hexagone de Montréal et de la revue Les Écrits. Auteure d’une vingtaine de livres, elle a obtenu en 2009 le Prix du gouverneur, la plus haute distinction littéraire du Canada. Aujourd’hui elle se consacre uniquement à l’écriture. celle qui ne donne pas son nom, son dernier récit, est paru en mars 2024 aux éditions Leméac.À l'oreilleCello suite No.1 en Sol majeur, BWV 1007, Pablo Casals, Johann Sebastian BachCello suite No. 2, en Re mineur, BWV 1008, Pablo Casals, Johann Sebastian BachPour aller plus loinDanielle Fourniercelle qui ne donne pas son nom, Leméac, 2024celle qui ne craint pas la joie, Leméac, 2021celle qui marche sur la pointe des pieds, Leméac, 2019Icis je n’ai pas oublié le ciel, Les lieux dits, 2022Abandons, Tryptique, 2020Il n’y a rien d’intact dans ma chair, L’Hexagone, 2003Camille Laurens, Dans ces bras-là, POL, 2000Marguerite Duras, Écrire, Gallimard, 1993À la technique, Isabelle Carrère

  39. 9

    #08 – De la matériosophie au musée caché

    Si tu ne lèves pas les yeux, tu croiras que tu es le point le plus haut. Antonio PorchiaAriel Kupfer résiste à être défini, déroge aux classifications habituelles, orfèvre, il se revendique autodidacte et crée une indiscipline, artiste, il crée un un musée (qu’il cache). Ses analyses sur la construction d’un savoir ou de la fonction du trésor pour l’imaginaire, ses créations métaphoriques-philosophiques, explorent une continuité là où on a l’habitude de voir une division hiérarchique : entre matière et pensée, entre sujet et objet, entre culture et nature, entre vivant et inerte. Avec son musée caché, il réfléchit sur une économie alternative et indépendante du marché de l'art et sur d'autres économies de la désobéissance : le mouvement efficace, l'imaginaire rebelle, développe des outils pédagogiques pour une autonomie dans l’élaboration de la connaissance.Le premier entretien est ici.À l'oreille« Paris sur Seine », court métrage de Paulin Sumanu Vieyra, extrait sonore, 1955De Ushuaia a la Quiaca, de Gustavo Santaolalla,Les bruits de la jungle ou la musique mystérieuse de la forêt amazonienne, Yma SumacDido’s lament, Henri Purcell, Jeff BuckleyPour aller plus loinMusée caché,George Bataille, La part maudite, Les éditions de minuit, 2011Lao Tseu, Tao Te KingFeldenkraisÀ la technique, Isabelle Carrère

  40. 8

    #07 – Dans l'intimité de l'étonnement

    L’imagination n’est rien de plus qu’un prolongement de la matière. Roger CailloisDe l’entomologie à l’architecture, de l’orfèvrerie à la philosophie de la matière – la matériosophie, nom qu’il donne à son indiscipline – du réalisme magique aux préceptes taoïstes, des études sur la vie minérale et microbienne à ses singulières créations, chez Ariel Kupfer un imaginaire sans repos est à l’œuvre. Sans dissocier physique et métaphysique, il questionne la division hiérarchique entre objet et sujet, entre vivant et inerte, crée un musée pour susciter la curiosité, le cache, pour aviver le désir de savoir, il formule des approches à une économie distincte du marché de l’art. Argentin, français, uruguayen, être prodigieux, oblique, voyageur interdisciplinaire, artiste, collectionneur, Ariel Kupfer déroule pour nous le fil de sa démarche qui l’a amené à interroger les savoirs, à les dévêtir du convenu et les éconduire, parle de ses approches diagonales qui intriguent et irriguent leur contenu. En compagnie de Caillois et Bachelard, de Borges et Artaud il nous désoriente par Buenos Aires, Copenhague, Paris, par ses écrits comme sortis d’un rêve minéral, enlève le voile sur une collection où se trouve (et se cache) le manifeste précis de sa pensée.À l'oreilleEl lloron, Hugo DiazKala, Ali Farka Touré &Toumani DiabateWooloo Wakan, Emmanuel Dilhac, la musique des pierresLa negro alegre, Dino SaluzziDido’s lament, Henri Purcell, Jeff BuckleyPour aller plus loinRoger Caillois, Approches de l’imaginaire, 1974, GallimardRoger Caillois, Ecriture de pierres, Flammarion,Gaston Bachelard, L’eau et les rêves. Essai sur l’imagination de la matière, José Corti, 1983Georg Christoph Lichtenberg, Le miroir de l’âme, 1987, José CortiJorge Luis BorgesAntonin ArtaudHenri MichauxAndré BretonÀ la technique, Isabelle Carrère

  41. 7

    #06 – L'éveil du regard

    L'exactitude n'est pas la vérité. Henri MatissePeintre, Sergiu Zancu s'investit passionnément dans la réalité vivante du monde, inspiré par une permanente tentation de le capter dans son immanence, dans un encore là mais en voie de. De ce désir de saisir les choses dans leur devenir même, de les saisir ou de suggérer leur permanente trans-formation, il en a fait la clé de voûte de sa création. Héritier, de la part d’hiératisme iconique de la peinture roumaine, il est tenté en même temps, par la recherche des vérités fondamentales, atemporelles.Dans le premier volet de cet entretien, Dans l’antre-temps, nous l’avons suivi dans son émerveillement devant le monde qu’il ne cesse de découvrir et d’observer depuis son enfance dans la région roumaine de Bucovina, puis dans ses questionnements, germes d’une œuvre au-delà du figuratif qui, paradoxalement, révèle une réalité plus vraie, plus réelle, plus riche de sa constante inconstance. Dans cette deuxième partie, Sergiu Zancu approfondit ses réflexions et révèle son « entêtement » à peindre, en dehors des chemins épatants mais souvent convenus des recherches artistiques contemporaines, dit sa joie de transmettre la magie de la créativité et révéler des subjectivités assumées avec panache, dit l’espoir de participer de l’éveil du regard.Son travail est exposé actuellement à la galerie La Rutile au 6, avenue Edouard Vaillant 93310 au Pré St Gervais jusqu’au 10 février 2024. Il est visible les samedis à partir de 14h et tous les jours sur rendez-vous au 06 60 63 35 61.À l'oreilleDinu Lipatti : Siciliana, Sonata in E flat Major BWV 1031, Johann Sebastian BachToaca (cloche) du Monastère Petru Voda, Neamt, RoumanieAura Urziceanu, Atâta dor, musique Doru Vasile VeselovskiPour aller plus loin–> Peintres roumainsIon Andreescu, 1850-1892Stefan Luchian, 1868-1916Theodor Pallady, 1871-1956Horia Damian, 1922-2012–> Matisse – Pallady et la Blouse roumaine, deux artistes sous la censure, correspondances présentée et réunie par Doïna Lemny, éditions Fage, 2019 –> La Rutile : Conciliabules au fil du tempsÀ la technique, Isabelle Carrère

  42. 6

    #05 – Dans l'antre-temps

    Si le futur et le passé existent, je veux savoir où ils sont. Si je n’en suis pas encore capable, je sais du moins que, où qu’ils soient, ils n’y sont ni en tant que futur, ni en tant que passé, mais en tant que présents. Car si le futur y est en tant que futur, il n’y est pas encore ; si le passé y est en tant que passé, il n’y est plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils ne sont qu’en tant que présents. Lorsque nous faisons du passé des récits véritables, ce qui vient de notre mémoire, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, qui ont cessé d’être, mais des termes conçus à partir des images des choses, lesquelles en traversant nos sens ont gravé dans notre esprit des sortes d’empreintes. Saint Augustin, Les Confessions – Livre XILe peintre Sergiu Zancu cherche la réalité au delà du figuratif, pour plus de vérité. Un « réalisme de l’inconstance », au plus proche des êtres, des territoires, des histoires, à la recherche d’un passage dans le temps. Sa quête, suspendue à son geste, a besoin de reconstituer les successions d’un temps vu comme mouvement, comme pulsation, non pas pour les retenir mais pour les (dé)livrer, en partage.Sergiu Zancu vient de Roumanie, des terres moldaves, là où des chroniqueurs des temps anciens ont partagé les premiers, en avant-garde, leur entendement des choses de la vie et du monde. Ses toiles, prennent en charge les anciens secrets, continuent d’interroger mystères et rêves de l’existant et soudain, le temps semble réversible.Son travail est exposé actuellement à la galerie La Rutile au 6, avenue Edouard Vaillant 93310 au Pré St Gervais jusqu’au 10 février 2024. Il est visible les samedis à partir de 14h et tous les jours sur rendez-vous au 06 60 63 35 61.À l'oreilleBirin, Birin : Ruy MingasDu-te dorule’n pustie : Sofia VicoveancaImpromptu, Franz Schubert, Radu LupuPour aller plus loinDanielle Fournier, L’Innommé, accompagné des œuvres de Lisette Tardy, éditions l’Héxagone, Montréal, 2014 Mark RothkoÀ la technique, Isabelle Carrère

  43. 5

    #04 – Avectivité

    Le bruit court qu'on peut être heureux. Jean MalrieuEmmanuel Fillot convoque le passage de la poésie à l'art en éclaireur.Dans Fuir vers le réel, la première partie de ce dialogue, Emmanuel a évoqué les lieux proches ou éloignés où il a cherché et parfois cru reconnaitre la poésie de la vie, où il a recueilli bois flotté, plumes, cailloux, formes primaires du paysage qui composent ses créations. Dans ce nouvel entretien, ses recherches, aimantées toujours par ce désir, semblent avoir saisi la nécessité d'un mot de passe : le mot avec.À l'oreilleSonata in A minor, Buxtehude, BuxWV 272 ii. Passacaglia, Kinga Ujszászi, SpiritatoPassacaglia, Liberetto II ; Lars DanielssonLes riverains – Emmanuel Fillot, Romina Romay, Sor Inès Juana de la CruzSonata in F major, K.466, L.118 – Domenico Scarlatti, Vladimir HorowitzRomina RomayPour aller plus loinH. D. Thoreau, Journal – volume I : 1837-1840, Editions FinitudesFrederic Jacques Temple : La chasse infinie et autres poèmes, Poésie, Gallimard, 2020Yosa Buson, poète et peintre japonais du 18eAugustin Berque, Poétique de la terre, Belin, 2014Eugene Guillevic, Avec, Gallimard, 1966Sor Inès Juana de la Cruz : Le songe, Éditions de la différence, 2014Raymond Carver, Poésie, Points, 2016À la technique, Isabelle Carrère

  44. 4

    #03 – Fuir vers le réel

    La nature n’est pas un décor et les choses de la nature ne sont pas des objets, mais des évènements où se manifeste « le passage de la nature ». Notre regard, notre présence et notre corps sont pleinement engagés dans ces évènements. Une œuvre d’art est aussi un de ces évènements reliés à tous les autres. Elle ne peut être solitaire. Selon la légende, le calligraphe Kobodaishi avait poussé son art si loin qu’il était capable d’inscrire des idéogrammes à la surface de l’eau. Ils s’y maintenaient un instant, immobiles, puis le courant de la rivière les emportait comme des feuilles d’érable.Emmanuel Fillot lit l’espace du côté de la poésie.A l’origine, un paragraphe de Borges, un livre de Cendrars ou un haïku, le nom d’un lieu, un mot, un territoire, un vers, une musicienne…Pierres, bois, sable, plumes, os, formes de l’existant, cueillis, glanés, cherchés ou trouvés, sont parfois comme chez Socrate, « matière à doute ». Ses « appareillages », qui peuvent appeler parfois une écriture, des sons, un chant, instruments précis de l’éphémère – le temps paresseux s’étire, semble n’être que la mémoire éclatée de l’espace-, saisissent sa splendide et permanente fragilité.A sa perception longuement affinée de la nature, arbres, plantes, oiseaux, insectes, rivières, galets, à sa fine réceptivité à des « appels de beauté », déserts, phares, tours, cotes, à sa fascination pour la géologie, pour l’astrologie, pour le chamanisme, il s’allie une ignorance recherchée de tout concept. On dirait qu’il est dans une constante tentation, celle de poser sur le monde « le regard d’une perle à l’intérieur d’une huitre. »Le monde, se touche, se goûte, se renifle, se voit et s’entend, se met en rêve et en poésie. Dans son art comme dans la vie, Emmanuel Fillot choisit les manifestations du réel qui s’opposent et résistent, qui absolvent la réalité.Artiste, voyageur repenti, il enseigne la poétique de l’objet.À l'oreilleRebecca Omordia, Abdelkader Saadoun: African pianism, 3 Yoruba Songs Without Words: No. 1, Ore meta, Akin EoubaAdriana Calcanhotto : Vai Saber? (Ao Vivo)The Doors : The endJeff Buckley, Dido’s lament 1995, d’après Henri Purcell, 1688Pour aller plus loin :Fuir vers le réel, Emmanuel Fillot, Edition du sextant, 2009Kenneth WhiteÀ la technique, Isabelle Carrère

  45. 3

    #02 – Laisser le manque au manque

    « Combien de pains avons-nous ? Ils allèrent voir. Il y avait 5 miches d’orge et deux poissons séchés. Je dis donc aux disciples de faire asseoir tous ceux qui nous suivaient par groupes. Et je pris ces cinq pains et je le divisais à l’extrême, jusqu’à tirer une centaine de morceaux de chaque pains. Puis les deux poissons donnèrent plus de deux fois deux cents petites bouchées. Alors ayant cinq cents morceaux de pain et cinq cents de poisson, je passai ces bouchées à tous ceux qui nous suivaient, de ma propre main à chacun des cinq cents. Je déposais une paillette de poisson et une miette de pain sur chaque langue. Cependant lorsque chaque personne eut gouté ces fragments, je pense que la bouchée fut agrandie dans ses pensées et je sais ainsi que peu d’entre eux diraient qu’ils n’avaient pas reçu suffisamment de pain et de poisson. Et ce fut un triomphe de l’Esprit plutôt qu’un agrandissement de la matière. »Norman Mailer, L’évangile selon le FilsEn conservant une pointe d’humour même légèrement grinçant, Jean-Baptiste Farkas pose un nouveau commandement, le -1, la Soustraction. Puisque « la réalité qu’on nous montre est un mensonge », il pratique l’art pour montrer les dysfonctionnements et les failles, questionne notre responsabilité, nous contraint d’assumer l’envers de ce monde qu’on accepte et engage notre réflexion.A l’instar d’une entreprise, avec IKHEA©SERVICES et Glitch il propose des services (des protocoles d’action collectives ou individuelles, voire rituels) qui perturbent notre fonctionnement, qui décochent et décrochent nos certitudes, font déraper nos convictions, sur l’art et son marché, sur ses institutions, altère nos orthodoxies diverses, questionne et convoque nos réels engagements en nous confrontant à nos limites.« Le chemin que je propose est une voie pavée de mauvaises intentions. On s’y prend des coups, on se dit qu’on a mal, on se demande pourquoi cette œuvre nous inflige ça… je cherche à déclencher ce début de réflexion personnelle qui fait qu’on va quitter les standards… pour s’engager sur un terrain de prise de risque, c’est ce qui m’intéresse… le reste, tu peux tout jeter, ne garder que cela. »Son art qui écorche les dogmes (à l’exception du -1, la Soustraction), qui trouble nos pensées sans horizon, crée une dissonance, un dérapage, une tension, pour nous pousser à bout ou plutôt, pour nous amener au bord de… Ce deuxième entretien qui prolonge le premier, Less is less, fait saillir disons, les veines de son travail et montre leurs ramifications pour faire apparaitre le corps, en entier. Après avoir montré comment il s’est construit, il donne à comprendre comment il respire, comment il se déplace, comment il vit.À l'oreilleAutechre, « tt1pd« , extrait de l'album NTS Session 3 (Warp Records – 2018)Pour aller plus loin avec Jean Baptiste FARKAS :Beaucoup plus de moins, entretiens chez Riot Éditions« Chroniques de la soustraction« , Switch On PaperAlexandre Gurita, dans la revue de ParisBernard Brunon – That’s PaintingBiennale de Paris : avant Gurita, à partir de Gurita (2000), et après, dans un article de Ghislain Mollet ViévilleIHEAP (Institut de Hautes Études en Arts Plastiques) : IHEAP Reloaded, une école peut en cacher une autrevoir aussi : FLUXUS, Ghislain Mollet Viéville,À partir d’Exit de George BrechtÀ la technique, Isabelle Carrère

  46. 2

    #01 – Less is less

    « L'homme se tient sur une brèche, dans l'intervalle entre le passé révolu et l'avenir infigurable. Il ne peut s'y tenir que dans la mesure où il pense, brisant ainsi, par sa résistance aux forces du passé infini et du futur infini, le flux du temps indifférent. {…} Il ne s'agit pas de renouer le fil rompu de la tradition, ni d'inventer quelque succédané ultra-moderne, mais de savoir s'exercer à penser pour se mouvoir dans la brèche » – Hannah ArendtAu lieu de créer des œuvres, proposer des services. Au lieu d’exposer des objets d’art, proposer des manœuvres, des opérations, des modes d’emploi. Passages à l’acte. Vingt œuvres d’art naissent chaque seconde dans le monde. Malgré, ou grâce à leur aura, celles-ci encombrent, ateliers et maisons d’artistes ou de collectionneurs, réserves des musées, l’environnement.L’artiste Jean Baptiste FARKAS crée IKHÉA©SERVICES, crée Glitch et interroge et dérange nos modes de vie et habitudes, élimine, destitue et dégomme tout à tour nos productions et accumulations de croyances et d’angoisses, nos hypocrisies et consolations éphémères, nos contradictions…Il crée « remove », et initie le collectif PRACTICES IN REMOVE pour déstructurer, reformuler, pour déformer nos récits sur la représentation dans l’art, sur l’exposition.Il pose non pas un concept mais un commandement, la Soustraction.À l'oreilleAutechre, « tt1pd« , extrait de l'album NTS Session 3 (Warp Records – 2018)Pour aller plus loinavec Jean Baptiste FARKAS :Des modes d’emploi et des passages à l'acte, Riot ÉditionDe plus en plus de moins. L'art en logique soustractive, HAL Open Science« Non Production Art« , ArteTV, TRACKSOn Words, In Deeds, Michel Didier Édition« Chroniques de la soustraction« , Switch On Paperavec d'autres, avant ou après lui :Jeff Buckley, « Dido-'s Lament », 1995 d'après Henry Purcell, 1688Hannah Arendt, La crise de la culture, Gallimard, Folio essais, 1972Clara Breteau, Les vies autonomes, une enquête poétique, Actes Sud, coll. Voix de la terre, 2020Ivan Illich, Une société sans école, 1971; La Convivialité, Éditions du Seuil, 1973À la technique, Isabelle Carrère

  47. 1

    #00 – Des formes utiles rejouent sans cesse

    La poète québécoise Martine Audet a présenté en juin, au Marché de la poésie à Paris Des formes utiles, son plus récent livre de poèmes, publié aux éditions du Noroît début 2023.Auteure d’une douzaine de recueils publiés aux éditions du Noroît et de l’Hexagone, son recueil La Société des cendres, est lauréat en 2020 du Prix du Gouverneur général de la plus haute distinction littéraire du Canada et du Grand prix Québecor du Festival de la poésie de Trois Rivières.Martine Audet a publié des textes, des poèmes, depuis 1996 — une quinzaine d'ouvrages, ainsi que des livres avec d'autres artistes (graveurs, photographes, dessinateurs, et autres poètes).C'est avec elle que Fabiola Badoi se lance dans la série d'émissions qu'elle a conçue : Des formes utiles — et qui emprunte à Martine le titre de son dernier ouvrage.Dans cet entretien, il sera question de ce que c’est que d’écrire, de la poésie, de l’obscure d’être au monde, au fil d’une conversation rythmée par des lectures, par de la musique.« Consentir à cette joie » pour « transformer une impossibilité d'être en possibilité de dire, cette stupeur en étonnement, puis en questionnement »Poèmes à retrouver dans les publicationsDes formes utiles – Éditions du Noroît (2023)Rêve sur rêve – Éditions La tête à l'envers, coll. Fibre.s (2020)La société des cendres – Éditions du Noroît (2019)Tête première dos contre dos – Éditions du Noroît (2014)Pauses musicalesAne Brun – How to disappear completelyPhilip Glass –Mad RushThe Smile – Skrting on the surfaceà la technique : Isabelle Carrère

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L'art et ses récits La chose semblait, comme sans doute, absolument certaine. Dostoïevski, L’Idiot Peut être que l’art est le récit qui nous relie le plus inexorablement à ce…

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