Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

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Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

Patrick Boucheron est né en 1965, à Paris. Après des études secondaires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés) puis au lycée Henri IV (Paris), il entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud en 1985 et obtient l'agrégation d'histoire en 1988. C'est sous la direction de Pierre Toubert qu'il soutient en 1994 à l'université de Paris 1 sa thèse de doctorat d'histoire médiévale, publiée quatre ans plus tard sous le titre Le pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, École française de Rome, 1998 (Collection de l'EFR, 239).Maître de conférences en histoire médiévale à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud de 1994 à 1999, puis à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne à partir de 1999, il fut membre junior de l'Institut universitaire de France de 2004 à 2009. En 2009, il soutient à l'université de Paris 1 une habilitation à diriger des recherches intitulée La trace et l'aura et est élu professeur d'hi

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    Conférence - Akihito Suzuki : Madness at Home in Tokyo: The Psychiatrist, the Patient, and the Family in Tokyo, 1920-1945

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-2026Madness at Home in Tokyo: The Psychiatrist, the Patient, and the Family in Tokyo, 1920-1945Akihito SuzukiUniversité de TokyoRésuméThe family of a mentally ill patient was one of the most important agents in the general picture of insanity in society. Family members such as husband, wife, father, mother, and children played crucial roles in bringing the insane member to medical or religious practitioners. In Europe during the early modern period, family members in countries such as France, England, Germany and the Netherlands collaborated with medical or religious professionals or practitioners to care for, control, or even fabricate mentally ill patients. In such situations of domestic process, whether the problem was a real mental illness did not always matter: the domestic circumstances or social trouble were often major issues. 

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    12 - Lieux de pouvoir

    Patrick BoucheronChaire Chaire Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202612 - Lieux de pouvoir

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    11 - Lieux de pouvoir

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202611 - Lieux de pouvoir

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    10 - Lieux de pouvoir : Histoires politiques de l'arbre

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202610 - Lieux de pouvoir : Histoires politiques de l'arbreRésuméLe 15 janvier 1975, la statue d'Eugène Guillaume « Saint Louis rendant la justice sous son chêne », installée en 1877 dans la galerie Saint-Louis de la Cour de cassation au palais de justice de Paris, est visée par un attentat à la bombe. Pourquoi les militants du GARI la considéraient-ils alors comme « image historique de la "justice" d'État » ? L'enquête prend d'abord la forme classique d'une archéologie textuelle, depuis L'Histoire de Saint Louis de Joinville jusqu'à l'exaltation, sous le règne de Louis XIV, du motif de l'arbre de justice, susceptible de naturaliser et d'enraciner dans la nation la notion même de justice souveraine. Mais elle suit ensuite la piste végétale. D'abord, pour inscrire ce chêne dans la forêt de Vincennes et dans l'histoire naturelle des lieux de pouvoirs. Ensuite, pour la saisir dans la pensée symbolique Moyen Âge, dont l'arbre des connaissances classe les essences forestières en fonction de leurs rôles politiques. Davantage que le motif biblique de l'arbre de Jessé, c'est cette arborescence logique qui permet de penser l'engendrement et la transmission à partir de l'imaginaire de l'arbre généalogique. Mais s'il y a des arbres souverains, il n'y a pas de roi des arbres, et certains, comme l'orme, peuvent aussi abriter une conception communale non seulement de l'exercice de la justice, mais d'une communauté politique réglée par le contrôle de la parole.Sommaire« En détruisant l'effigie de Saint Louis, image historique de la "justice" d'État… » (15 janvier 1975) : enquête sur une déflagrationLe ciel de traîne de 1968 et la violence politique (Fanny Bugnon, « De l'"agitation" au "terrorisme" : enjeux de la médiatisation de la violence révolutionnaire en France (1973-1986) », Lien social et Politiques, 2012)Franquisme et médiévalisme : le « Dieu des batailles » dans Le Dimanche de Bouvines de Georges Duby (Felipe Brandi, « Connaissance historique et usages politiques du passé. Considérations autour de l'épilogue du Dimanche de Bouvines de Georges Duby », Cahiers du CRH, 44, 2009)Théologie politique et architecture palatiale : du Palais de la Cité au Palais de justiceCuria regis, Parlement, justices souverainesPolitiques monumentales à la Cour de cassation (Philippe Galanopoulos, « La Cour de Cassation. De l'exigence de préservation patrimoniale à l'expression d'une politique culturelle », In Situ, 48, 2022)Eugène Guillaume et la statuaire d'État : « Saint Louis sous son chêne » (1877)Détour sur un rond-point de Bagnères-de-Luchon : Eugène Guillaume et le Collège de FranceLa matrice narrative d'un imaginaire : Joinville et l'épisode du chêne de Vincennes (Marie Dejoux, « Le chêne de Vincennes. Retour sur une image emblématique de la justice française », Revue historique de droit français et étranger, 98, 2020)« Nous qui étions près de lui » : un roi « touché de près » (Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996)« Expédiez-moi cette partie » : l'exercice de la justice entre humilité chrétienne et technicité judiciaire (Marie Dejoux, Pierre-Anne Forcadet, Vincent Martin, Liêm Tuttle, La justice de Saint Louis. Dans l'ombre du chêne, Paris, PUF, 2024)Sources narratives et actes de la pratique (Marie Dejoux, Saint Louis après Jacques Le Goff. Nouveaux regards sur le roi et son gouvernement, Rennes, PUR, 2025)La transformation du motif de l'arbre de justice au temps de Louis XIV : naturalisation et enracinement de la justice souveraineL'arbre de Saint Louis dans son environnement naturel : la forêt de Vincennes (Jean Chapelot et Elisabeth Lalou dir., Vincennes aux origines de l'État moderne, Paris, ENS éditions, 1996)Un roi qui ne chasse pas, mais qui parlePeut-on faire l'histoire naturelle d'un lieu de pouvoir ? (Grégory Quenet, Versailles, une histoire naturelle, Paris, La Découverte, 2016)Quercus robur : histoire naturelle et imaginaire du chêneDe quel bois sommes-nous fait ? Lignum et materia prima (Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Paris, Le Seuil, 2004)Il n'y a pas de roi des arbres, mais il y a des arbres souverainsDes essences forestières : arbres funestes et arbres bénéfiques (Alice Laforet, Connaissance des arbres au Moyen Âge. Savoirs et discours botaniques dans les encyclopédies, les herbiers et les textes agronomiques (XIIe-XVe siècle), thèse de l'université Grenoble Alpes, 2023)Ambivalences symboliques : noix et noyers (Pauline Leplongon, Histoire culturelle de la noix et du noyer en Occident de l'Antiquité romaine au XVIIIe siècle, thèse de l'université PSL, 2017)Des arbres remarquables : l'orme de Saint Gervais à Paris« Attendez-moi sous l'orme » : les juges de la porte et les juges de l'orme (Robert Jacob, Images de la Justice. Essai sur l'iconographie judiciaire du Moyen Âge à l'âge classique, Paris, Le Léopard d'Or, 1994)Quand les arbres racontent l'histoire du Moyen Âge : l'orme communal et l'assemblée des citoyens (Paolo Grillo, I giganti silenziosi. Il Medioevo in dieci alberi, Milan, Mondadori, 2025)Le songe de Nabuchodonosor, ou l'ivresse des cimes du pouvoirDe Jacques Callot à Billie Holiday : l'arbre des pendusLe pilori comme arbre symbolique (Isabelle d'Artagnan, Le Pilori au Moyen Âge dans l'espace français, XIIe-XVe siècle, Rennes, PUR, 2024)Le bois de la croix du Christ et l'arbre de la connaissance« Au Moyen Âge, on conçoit l'émergence d'une chose à partir d'une autre comme une reproduction, une propagation au sens premier » (Christiane Klapisch-Zuber, L'Ombre des ancêtres. Essai sur l'imaginaire de la parenté, Paris, Fayard, 2000)De la ramure à la racine, la déchéance des originesLe point de vue végétal sur l'ouverture et le recommencement (Emanuele Coccia, La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Paris, Rivages, 2016)« Et il faisait étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui » (Joinville) : retour de l'hétérotopie dans la cité.

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    09 - Lieux de pouvoir : Mon corps, topie impitoyable

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202609 - Lieux de pouvoir : Mon corps, topie impitoyableRésuméAfin de relancer la présente enquête sur les lieux de pouvoir par une prise en compte de la manière dont les hétérotopies espacent le temps, la séance propose un excursus dans l'histoire de la pensée contemporaine : comment, en 1966, Michel Foucault a-t-il pu intégrer ses propositions sur les « espaces autres » dans une réflexion plus générale sur le corps et l'utopie ? Et pourquoi cette réflexion est-elle indissociable d'une inquiétude plus profonde quant aux puissances de percussion de la voix ? Sans doute, doit-on saisir cette double interrogation dans le contexte collectif des grands débats sur la phénoménologie et l'historicité au temps de l'effervescence structuraliste. Et sans doute peut-on également remarquer que la parution de plusieurs inédits de Foucault datant de cette même année 1966 (et notamment Le Discours philosophique) permet de compliquer l'idée que l'on se fait de la chronologie interne de son œuvre. Mais l'hypothèse que l'on défend ici est qu'il convient surtout de prendre en considération la forme radiophonique des propositions foucaldiennes sur le corps utopique et les hétérotopies, afin d'en mieux comprendre la teneur intime et la portée collective. Car ce qui est ultimement en jeu ici est de suggérer comment, sans chercher à la ventriloquer, la voix de Michel Foucault peut ici être entendue, et comment le travail de l'histoire permet d'y reconnaître le rendement conceptuel d'une notion comme celle d'hétérotopie. Sommaire« Ce lieu que Proust, doucement, anxieusement, vient occuper de nouveau à chacun de ses réveils… » : écouter la voix de Michel FoucaultUne expérience radiophonique (Michel Foucault, Entretiens radiophoniques, 1961-1983, éd. Henri-Paul Fruchaud, Paris, Flammarion-Vrin-Ina, 2024)Du magnétophone à l'ordinateur : techniques et gestuelles du travail intellectuel (Caroline Muller et Frédéric Clavert, Écrire l'histoire. Gestes et expériences à l'ère numérique, Paris, Armand Colin, 2025)Le texte, cendre refroidie du feu de la parole (Patrick Boucheron, « La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France à travers le témoignage des manuscrits conservés à l'IMEC », Le Moyen Âge, CXV-3/4, 2009)« J'écris pour ne plus avoir de visage » (Michel Foucault, L'Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969) : faut-il ne plus écrire pour parler vrai ?Ne pas céder à la violence du dire (Guillaume Bellon, Une parole inquiète. Barthes et Foucault au Collège de France, Grenoble, UGA éditions, 2012)Corps écrit, corpus élargi : les vies posthumes de Michel Foucault« Suis-je le seul à mieux retrouver la parole de Foucault dans ces transcriptions qu'en écoutant un enregistrement du même cours ? » (Philippe Roger, « La voix de Michel Foucault », Critique, 2005)L'élan élocutoire d'une voix qui raisonne par percussions (David Christoffel, « La pensée de la voix de Foucault », Filigrane, 29, 2024)« Cette peau où je suis fourré comme dans un sac » : 21 décembre 1966, Foucault et « le corps utopique »Retrouver cette « architecture fantastique et ruinée » et aller voir ailleurs si j'y suisDe la position phénoménologique à la critique de Naissance de la clinique (Judith Revel, Foucault avec Merleau-Ponty. Ontologie politique, présentisme et histoire, Paris, Vrin, 2015)Effervescence structuraliste et réception de Les Mots et les choses (Antoine Compagnon, 1966. Année mirifique, Paris, Gallimard, 2026)Penser, c'est poser un diagnostic : « Mettre en lumière soudain, cette heure grise où nous sommes. Prophétiser l'instant » (Michel Foucault, Le Discours philosophique, Paris, Gallimard-Seuil-EHESS, 2023)« Nous sommes à l'époque du simultané, nous sommes à l'époque de la juxtaposition, à l'époque du proche et du lointain, du côte à côte, du dispersé » : 7 décembre 1966, Foucault et les espaces autresLieux, emplacements, déplacements : repenser, en historien, la question de l'espaceDe la liste de Borgès dans Les mots et les choses à « ce désordre qui fait scintiller les fragments d'un grand nombre d'ordres possibles » : qu'est-ce que les hétérotopies ?Fait de langue, ordre du discours et désordre de l'espace (Daniel Defert, « "Hétérotopie" : tribulations d'un concept », dans Michel Foucault, Le Corps utopique. Les hétérotopies, Paris, Lignes, 2009)Un concept qui vient de la clinique : « mettre à jour la vérité de ce qui est mort » (Michel Foucault, Le Beau danger. Un entretien avec Michel Bonnefoy, Paris, l'EHESS, 2011)« Cette science qui s'appellerait, qui s'appellera, qui s'appelle déjà hétérotoplogie »De la conférence du 17 mars 1967 aux Machines à guérir : quand les architectes anti-fonctionnalistes s'emparent des hétérotopies« Les suivantes » : dernier coup d'œil dans le miroir peint par Velázquez« À bien des égards, l'art de servir est la basse continue du tableau » (Jérémie Koering, Enquête sur "Les Ménines". Velázquez et le regard du roi, Arles, Actes Sud, 2025)Au miroir de cet espace autre, revoir les lieux de pouvoir.

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    08 - Lieux de pouvoir : Occuper les lieux, prendre le pouvoir

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202608 - Lieux de pouvoir : Lieux de pouvoir : Occuper les lieux, prendre le pouvoirRésuméQuels lieux faut-il occuper pour prendre le pouvoir ? La question semble concerner les techniques du coup d'État susceptibles, de Gabriel Naudé au XVIIe siècle à Curzio Malaparte au XXe siècle, de révéler efficacement le caché de l'État, pour mieux le renverser. Si la réflexion débouche inévitablement sur cette interrogation inquiète sur la violence politique aujourd'hui, elle trouve ici son origine dans une analyse pragmatique et territoriale de situations urbaines de la fin du Moyen Âge : de Payerne à Florence en passant par les campagnes françaises soulevées par la Jacquerie, en suivant les gestes des révoltés, et en les écoutant requalifier en actes et en paroles les lieux du pouvoir, on cherche à saisir en situation la logique des espacements du politique. De la révolte des Ciompi en 1378 à la conjuration des Pazzi en 1478, il ne s'agit pas seulement de se rassembler pour exposer sa propre vulnérabilité et faire ainsi pression sur les pouvoirs en place, mais bien, comme le suggère la philosophie contemporaine de la dislocation architecturale, annuler en un endroit la puissance de leurs récits identificatoires.SommaireAu départ, ce n'était qu'un jeu : l'événement comme raté du rituelSortir dans la rue, occuper les lieux et prendre goût au tumulte : à Payerne en 1420, un carnaval politique qui conquiert la durée (Matthias Wirz, « Muerent les moignes ! ». La révolte de Payerne (1420), Lausanne, 1997)Quand le verger du prieur devient une platea communisQualifier, déqualifier, requalifier politiquement les lieux : scènes de paroleSe rassembler tient lieu d'assemblée : l'espace de la délibération spontanée (Patrick Boucheron, "Dis-assembling the Civic Square", dans Ann Davidian et Laurent Jeanpierre dir., What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022)Savoir distinguer lieux publics et espaces publics (Patrick Boucheron, « Espace public et lieux publics : approches en histoire urbaine », dans Patrick Boucheron et Nicolas Offenstadt dir. L'Espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, PUF, 2011)Emplacements et espacements du politique« Donner place à l'espace c'est annuler en un endroit la puissance de ces récits identificatoires » (Benoît Goetz, La Dislocation. Architecture et philosophie, Lagrasse, 2018)Au verger, un rêve politique : non pas une échappée belle, mais une hétérotopieEn suivant les gestes des révoltés : cartographie des lieux de pouvoirPendant la Jacquerie, l'attaque contre les châteaux et la « commotion des non-nobles contre les nobles » (Gaëtan Bonnot, La Jacquerie (XIVe-XXIe siècles), devenirs des effrois de 1358, Paris, PUF, 2026)Tout ne feust réadmené à aire : la destruction du château de Vez en 1358 (Bernard Ancien, « Le château de Vez pendant la guerre de Cent Ans », Mémoires de la Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne, 1982)Città turrita et damnatio memoriae dans l'Italie communale : l'exemple de la contrada Uberti à FlorenceLa logique urbanocentrique de la peinture infâmante (Giuliano Milani, « Avidité et trahison du bien commun. Une peinture infamante du XIIIe siècle », Annales. Histoire, sciences sociales, 66-2011)Le renversement de l'ordre symbolique : du déshonneur des bannis à celui de la cité« Le 15 juin 1378, on cria plusieurs fois Viva il Popolo au Palais des Prieurs » (Pagolo di ser Guido cimatore)Instituer le politique en exposant sa propre vulnérabilitéLa resémantisation visuelle de l'espace civique florentin par le tumulte des Ciompi (Richard Trexler, "Folow the Flag : the Ciompi Revolt seen from the streets", Bibliothèque d'humanisme et de Renaissance, 1984)Une inversion de l'ordre campanaire : la périphérie donne le la (Alessandro Stella, La Révolte des Ciompi, Paris, MSH, 1993)Machiavel et le discours du leader des Ciompi : porter la parole d'un lieu ou trouver un lieu pour chaque parole ? (Jean-Claude Zancarini, « La révolte des Ciompi : Machiavel, ses sources et ses lecteurs », Cahiers philosophiques, 2004)Sexualisation de la tyrannie : quand le corps souverain est à prendre (Jocelyne Dakhlia, Harems et Sultans. Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIVe-XXe siècle, Toulouse, Anacharsis, 2024)Molitia et apoderamiento en Castille au XVe siècle : la ritualisation de l'atteinte au roi (François Foronda, El espanto y el miedo. Golpismo, emociones políticas y constitucionalismo en la Edad Media, Madrid, Dykinson, 2013)Parce que l'État n'est pas « un homme mortel », les deux temps de la conjuration des Pazzi en 1478 (Lauro Martines, Le Sang d'Avril : Florence et le complot contre les Médicis, Paris, Albin Michel, 2011)Éclat et éblouissement du coup d'État : « on voit plus tôt tomber le tonnerre qu'on ne l'a entendu gronder dans les nuées » (Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d'État, rééd. Paris, Éditions de Paris, 1988)« L'infiltration d'un rouage, petit mais essentiel, de la machine administrative de l'État » (Edward Luttwark, Coup d'État, mode d'emploi [1969], Paris, rééd., Odile Jacob, 1996)Aujourd'hui, nommer les choses les choses de l'État (Patrick Boucheron, « Théories et pratiques du coup d'État dans l'Italie princière du Quattrocento », dans François Foronda, Jean-Philippe Genet, José Maria Nieto Soria dir., Coups d'État à la fin du Moyen Âge ? Aux fondements du pouvoir politique en Europe occidentale, Madrid, Collection de la Casa de Velàzquez, 2005).

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    07 - Lieux de pouvoir : Gouverner d'ailleurs

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202607 - Lieux de pouvoir : Gouverner d'ailleursRésuméDepuis Plutarque, la littérature politique enseigne aux princes l'attitude à adopter entre l'offrande et le retrait, l'exposition publique et l'ombre du secret. Les lieux de pouvoir, dans leur architecture même, mettent à l'épreuve ces dilemmes. C'est le cas du palais d'Urbino, dont on analyse la distribution des espaces, depuis l'atrium jusqu'au studiolo. Mais tout cela suppose que les dirigeants acceptent de jouer le jeu. Que se passe-t-il lorsque ce n'est pas le cas, et qu'ils préfèrent se dérober au métier de régner ? Le cas de Louis XI permet de saisir cette tentation de l'échappée belle : elle ne consiste pas seulement à se ménager des retraits ou des résidences écartées, mais à envisager la possibilité de gouverner d'ailleurs, depuis un lieu imaginaire. Ce refuge peut être de beauté ou de folie, comme on le suggère en analysant le passage, dans le Trattato di architettura d'Antonio Averlino dit le Filarete, de la volonté d'édifier une ville idéale à la tentation de l'hétérotopie, qui inquiète davantage qu'elle ne console.SommaireEntre l'ombre des arcana imperii et la lumière trop crue de la surexposition : la visibilité en clair-obscur de Périclès (Vincent Azoulay, Périclès. La démocratie athénienne à l'épreuve du grand homme, Paris, Armand Colin, 2010)Les Vies parallèles de Plutarque, ou la dialectique de l'offrande et du retraitTrajan, Plutarque et la veuve éplorée : portrait de l'empereur en miséricordieux (Priscille Aladjidi, « L'empereur Trajan : un modèle imaginaire de la charité royale dans les miroirs des princes de la fin du Moyen Âge » dans Anne-Hélène Allirot, Gilles Lecuppre et Lydwine Scordia dir., Royautés imaginaires (XIIe-XVIe siècles), Turnhout, Brepols, 2005)Les traductions latines de Plutarque à la Renaissance (Olivier Guerrier, Visages singuliers du Plutarque humaniste. Autour d'Amyot et de la réception des Moralia et des Vies à la Renaissance, Paris, Les Belles Lettres, 2023)Le panthéon héroïque de Vespasiano da BisticciFederico da Montefeltro inognito à UrbinoL'architecture palatiale, ou l'impossible solitude du princeLa falaise et l'atrium : Les deux faces du Palazzo ducale d'Urbino (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecture. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), B2, 2014)Les gradients de l'espace public : quand l'architecture des lieux de pouvoir freine, feinte et filtre« Ce que le studiolo princier a pour fonction de faire affleurer, c'est le mystère même de son intériorité, son aura d'inconnaissable » (Daniel Arasse, « Frédéric dans son cabinet : le studiolo d'Urbino », dans Le sujet dans le tableau. Essais d'iconographie analytique, Paris, Flammarion, 1997)Quand le roi Louis XI ne joue pas le jeu : chef et couvre-chefLes entrées royales négociées, ou évitées (Joël Blanchard, « Le spectacle du rite : les entrées royales », Revue historique, 305, 2003)L'effet-Lanterne, ou les échappées architecturales des princes qui faussent compagnie à la visibilité publiqueÀ Pienza, la ville idéale de Pie II PiccolominiPlus loin dans l'échappée belle : l'horizon utopique du désir princierPortrait d'Antonio Averlino, dit le Filaerete, en architecte contrariéLe Trattato di architecttura, ou l'érotisation de l'art de bâtir (Patrick Boucheron, « Fragments d'un dépit amoureux : Filarete, de la ville idéale à l'utopie », D'ailleurs. Revue de l'école régionale des beaux-arts de Besançon, 2010)De la Sforzinda à Gallisforma : la revanche d'un imaginaire débridéeL'utopie console, l'hétérotopie inquiète : l'horizon foucaldien des lieux de pouvoirDe Charles VI à Louis XI, la folie du roi, dernier refuge (Bernard Guenée, La Folie de Charles VI, roi Bien-Aimé, Paris, Perrin, 2004)La prison comme lieu de pouvoir ? Quand l'absence du roi renforce la présence de l'État.

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    06 - Lieux de pouvoir : Comment prendre les bastilles ?

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202606 - Lieux de pouvoir : Comment prendre les bastilles ?RésuméSi l'on veut redonner chair à l'histoire des lieux de pouvoirs, et ne pas se contenter d'en cartographier de manière abstraite les relations symboliques, on doit s'attacher à décrire, en situation, les comportements qu'ils architecturent. Ceux des princes d'abord : Cola di Rienzo, à Rome, comme Filippo Maria Visconti, à Milan, adoptent des attitudes, des gestes et des manières d'habiter les lieux qui rendent crédible l'imputation de tyrannie. Ainsi peut-on envisager la façade d'un palais comme le visage autoritaire, ou menaçant, d'un ennemi politique. Cela engage une dynamique de qualification, de déqualification et de requalification des espaces – et c'est en suivant le devenir incertain du terme forum de l'Italie de la Renaissance à la régénération napoléonienne de ses structures de prestige que l'on saisit mieux la manière dont se construit, par la nomination des lieux, la construction sociale de leur efficace architecturale. C'est ainsi que certaines forteresses peuvent être, dès le XVe siècle, prises comme des bastilles. Dans ce cas, comme dans celui de la Bastille à Paris le 14 juillet 1789, c'est leur démantèlement qui les édifie comme lieu de mémoire.SommairePour donner chair à l'histoireContre la nécrose monumentale, « des espèces de niche » (Francis Ponge, « Notes pour un coquillage », dans Le Parti-pris des choses, 1942)Le secretum, ou l'art de secréter son lieu de pouvoirL'arco della pace et l'ordre napoléonien d'une Milan décongestionnée par la destruction des « bastions de l'ancienne tyrannie »Le foro Bonaparte de Giovanni Antonio Antolini, espace cérémoniel et utopie jacobine (Romain Buclon, « Du Foro Bonaparte de Milan au Quartier du roi de Rome de Paris. Continuités et divergences d'une utopie républicaine à une vision impériale », Mélanges de l'École française de Rome – Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 125-2, 2013)« Un corps entier et parfait, que l'on ne pouvait pas laisser sans vie » (Giovanni Antonio Antolini, Descrizione del Foro Bonaparte, Milan, 1806)En 1493, du forum impossible de Milan à celui de Vigevano (Patrick Boucheron, « Hof, Stadt und öffentlicher Raum. Krieg der Zeichen und Streit um die Orte im Mailand des 15. Jahrhunderts », dans Werner Paravicini et Jörg Wettlaufer dir., Der Hof und die Stadt. Konfrontation, Koexistenz und Integration im Verhältnis von Hof und Stadt in Spätmittelalter und Früher Neuzeit, Halle an der Saale, 2004)Castello, Corte, platea : la ténacité topographique des noms de lieux de pouvoirReconstituer l'emprise du quartiero visconteo : le paradoxe archéologique (Edoardo Rossetti, « In "contrata de Vicecomitibus". Il problema dei palazzi viscontei nel Trecento tra esercizio del potere e occupazione dello spazio urbano », dans Pier Nicola Pagliaea et Serena Romano, Modernamente antichi. Modelli, identità, tradizione nella Lombardia del Tre et Quattrocento, Rome, Viella, 2014)Les complexes palatiaux des hôtels princiers à Paris (Hélène Noizet, Boris Bove, Laurent Costa (dir.), Paris de parcelles en pixels, Presses universitaires de Vincennes – comité d'histoire de la Ville de Paris, Saint-Denis, Paris, 2013)La décennie 1420 à Milan, ou l'équilibre briséFilippo Maria Visconti, prince redoutéPier Candido Decembrio et l'écriture de la tyrannie (Gary Ianziti, « The Life of the Last Visconti: A Study in Tyranny? », Renaissance Quaterly, 75-3, 2022)À Ségovie aussi, un roi architecturé par la peur (François Foronda, « Le prince, le palais et la ville : Ségovie ou le visage du tyran dans la Castille du XVe siècle », Revue historique, 627-3, 2003)Cola di Rienzo et les pathologies du pouvoir dans la chronique de l'Anonyme romainLa chair est triste : envisager le tyran en regardant la façade de son palaisEn 1447 à Milan : le démantèlement ritualisé du Castello di Porta Giovia comme destruction d'utilité publique (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023)D'autres bastilles, à Ancône notamment (Philippe Jansen, « Bastilles médiévales : les communes à l'assaut des forteresses princières », dans Patrick Boucheron et Jacques Chiffoleau (dir.), Religion et société urbaine au Moyen Âge. Études offertes à Jean-Louis Biget par ses anciens élèves, Paris, Publications de la Sorbonne, 2000)Inventer un lieu de mémoire en le détruisant : le citoyen Pierre-François Palloy et la destruction de la Bastille (Héloïse Bocher, Démolir la Bastille. L'édification d'un lieu de mémoire, Paris, Vendémiaire, 2012)Hubert Robert, 15 juillet 1789 : le jour d'aprèsLa destruction de la Bastille dans Un peuple et son roi (Pierre Schoeller, 2018) : quand s'ouvrent les perspectives« Tout était creux, puissance et statue » (Louis-Sébastien Mercier, Tableaux de Paris, cité par Bertrand Tillier, « La mort des statues. Imaginaires archaïques et usages politiques de l'iconoclasme », dans Emmanuel Fureix (dir.), Iconoclasme et révolutions, XVIIIe-XXIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2014).

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    05 - Lieux de pouvoir : De l'art d'investir les lieux du passé

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202605 - Lieux de pouvoir : De l'art d'investir les lieux du passéRésuméSoient deux représentations graphiques de la ville de Milan et de ses lieux de pouvoir. La première, que l'on connaît sous la désignation fautive de « carte de Galvano Fiamma », a probablement été dessinée par Pietro Ghioldi dans la dernière décennie du XIVe siècle ; la seconde, due à Pietro del Massajo, donne à voir la place de la capitale lombarde dans La Géographie de Ptolémée dans les années 1470. Elle lisse les temporalités de la ville lorsque le schéma qui accompagne le récit de Fiamma en donne au contraire à voir les rémanences, les re-sémantisations et les réaffectations. C'est dans l'écart entre l'une et l'autre de ses représentations des passés de la ville que l'analyse prend place, afin de définir les règles formelles d'une configuration monumentale des lieux de pouvoir, jouant de trois variables : le temps, l'espace et l'usage social. Comment relancer un avenir politique en investissant les lieux de pouvoir des régimes anciens ? Dans le cas de l'Italie de la fin du Moyen Âge qui concentre ici l'attention, la question recoupe celle de l'insignorimento des lieux du pouvoir communal et de la mémoire civique, qui peuvent se dépolitisent à mesure qu'ils s'architecturent en s'embellissant.SommaireUn dessin d'architecture sous l'œil d'un jeune homme : retour sur une feuille détachée de Léonard de VinciEntre norma et speculum, la maquette d'architecture et la scène de dédicaceL'affaire du Tiburio du Dôme de Milan en 1490 : la politisation des concours d'architectureGiorgio Vasari et le double événement architectural de la décision et de la mise en œuvreÀ quoi pense le jeune homme dessiné par Léonard dans (Windsor 12552) ? La pensosità d'Italo Calvino et la névrose monumentale d'Henry JamesLa « phrase urbaine » (Jean-Christophe Bailly, 2013), ou l'art de réaffecter les traces de ce passé urbain au présent d'une nouvelle sémantique politiqueEn ville, par l'urbanisme mais aussi par l'usage social, la mise en contemporanéité des temporalités disjointes (Bernard Lepetit et Denise Pumain dir., Temporalités urbaines, Paris, Anthropos, 1993)Lorsque le temps fait subir aux œuvres architecturales « des pertes, des récupérations, des substitutions de divers genres » (Umberto Eco, L'Œuvre ouverte, Paris, Seuil, 1962)Et pourtant, l'insistance topographique des lieuxÀ Milan, l'insignorimento des lieux de pouvoir au temps d'Azzone Visconti (Louis Green, « Galvano Fiamma, Azzone Visconti and the revival of the classical theory of magnificence », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 53, 1990)Galvano Fiamma, chroniqueur et théoricien du pouvoir (Paolo Tomea, « Per Galvano Fiamma », Italia medioevale e umanistica, 39, 1996)Au détour d'une chronique universelle, Marckalada, l'autre nom de l'Amérique (Paolo Chiesa, Marckalada: Quando l'America aveva un altro nome, Rome-Bari, Laterza, 2023)Ceci n'est pas un plan de Milan (Patrick Boucheron, « La carta di Milano di Galvano Fiamma/Pietro Ghioldi (fine XIV secolo) », dans Marco Folin dir., Rappresentare la città. Topografie urbane nell'Italia di antico regime, Reggio Emilia, Diabasis, 2010)De Bonvesin della Riva à Galvano Fiamma, un éloge civique par la mesureTraces, ruines, mémoire : les deux enceintes milanaisesInventer un avenir politique dans les ruines de Rome (Patrick Boucheron, « Dis-assembling the Civic Square », dans Ann Davidian et Laurent Jeanpierre dir., What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022)Le theatrum civitatis, lieu d'instauration du pouvoir consulaire au XIIe siècle d'après Landulf le Jeune (Chris Wickham, Somnambules d'un nouveau monde. L'émergence des communes italiennes au XIIe siècle, Bruxelles, Zones sensibles, 2021)Broletto et Palatium : qualifications, requalificationsDans la cité pré-communale, l'évêque en son palais (Maureen Miller, The Bishop's Palace. Architecture & Authority in Medieval Italy, New York, Cornell UP, 2000)Quand l'espace civique se dépolitise en s'embellissant (Patrick Boucheron, « Politisation et dépolitisation d'un lieu commun. Remarques sur la notion de "bien commun" dans les villes d'Italie centro-septentrionale entre commune et seigneurie », dans Élodie Lecuppre-Desjardin et Anne-Laure Van Bruane dir., "De Bono Communi". Discours et pratique du Bien Commun dans les villes d'Europe occidentale (XIIIe-XVIe s.), Turnhout, Brepols, 2010)De la cité au territoire, un changement d'échelle dans l'ambition édilitaireMilan, 1470 : avec le plan de Pietro del Massaio, une nouvelle partie se joue (Patrick Boucheron, « Le passé, mais pas exactement. Mémoire urbaine et miroir princier à Milan au XVe siècle », dans Philippe Morel dir., Le Miroir et l'espace du prince dans l'art italien de la Renaissance, Rennes-Tours, PUR/PUFR, 2012).

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    04 - Lieux de pouvoir : La distance : quand le pouvoir creuse l'écart

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202604 - Lieux de pouvoir : La distance : quand le pouvoir creuse l'écartRésuméSi l'architecture humaniste se définit moins, comme on a tenté de le montrer, par son rapport à l'antique que par son rapport à la rhétorique, alors on doit tâcher de définir l'éloquence architecturale des lieux de pouvoir. Celle-ci engage une anthropologie de l'habiter dans laquelle des dispositions et des incorporations répondent, ou non, à un geste architectural. On s'intéresse ici à un geste fondamental, sans doute le plus commun dans tout rapport de pouvoir : celui de prendre ses distances et de trouver la juste mesure de la séparation des corps. Creuser l'écart, c'est faire jouer une grammaire de la distance et de la défiance, mais qui a peur de qui ? À la table du pouvoir, lors des banquets comme des rituels d'intimidation diplomatique, tout est décidément affaire d'espacement et d'intervalle. De Milan à Moscou, en suivant notamment les pas de l'architecte Aristotele Fioravanti da Bologna qui, parmi d'autres architectes italiens, part dans le dernier tiers du Quattrocento bâtir le Kremlin, on cherche à définir la manière dont la distance protège, l'intervalle expose et le vide centralise.SommairePremier abri, premier monumentLe tumulus « existe en s'entassant » (Tim Ingold, Faire. Anthropologie, archéologie, art et architecture, Paris, Dehors, 2017)Qu'est-ce qu'un événement architectural ?« Habiter, c'est enchaîner positions et gestes, et cela littéralement sans fin » (Benoît Goetz, Théorie des maisons. L'habitation, la surprise, Lagrasse, Verdier, 2011)Le geste architectural : lui répondre, ou pasCeux « qui ont le don de transformer toute pièce où ils pénètrent » (Walter Benjamin) : défaire l'architecture en l'habitantL'admiration albertienne et la « pratique des attachements » (Pierre Caye, « Ce que peut l'architecture », dans Stéphane Bonzani dir., De l'invention en architecture, Paris, Classiques Garnier, 2024)« Déposer au centre » : Jean-Pierre Vernant et l'isonomie démocratiqueLa « politesse grecque » : « n'être ni trop près ni trop loin, pour éviter de donner ou de recevoir des coups » (Gilles Deleuze, Périclès et Verdi. La philosophie de François Châtelet, Paris, Minuit, 1988)De l'art d'instaurer les justes distances : la proxémie d'Edward HallMoscou, 7 février 2022 : une table blanche un peu trop longueIntimidation et distanciation socialeDistanciel/Présentiel : note sur une fausse symétrieLéonard de Vinci, la Cène et l'espacement du geste juste« Ne n'y aveit nul de forain » : la table ronde dans le Roman de Brut« Siège périlleux » et point de bascule dans la royauté arthurienneLisibilité et hiérarchie : la solennité des écarts dans l'entrecolonnement des traités d'architectureEspacements et intervalles musicaux chez Palladio : une esthétique de l'expérienceLa distance protège, l'intervalle expose et le vide centraliseTroisième Rome : un rituel d'approche des dignitaires de type byzantin à MoscouDeuxième Rome : Liutprand à Byzance en 949, ou l'effroi de la « très grande distance » (Marie-Emmanuelle Torres, « Silences et silenciations dans le rituel impérial byzantin (IXe-XIIe siècle) », Silence(s), 2024)Du kremnevka au Kremlin : distance, hauteur, clôtureEn 1917 : tabula rasa ou soviétisation de la citadelle ? (Fabien Bellat, « La soviétisation des Kremlins russes », Transversale. Histoire : architecture, paysage, urbain, 2019)Ivan III et les architectes italiens : Moscou capitale du XVe siècleItinéraires d'Aristotele Fioravanti da BolognaGualtiero Servullo à Ludovic le More le 19 novembre 1496 : Li faza uno castello e la similitudine di questo Milano (Anne-Laure Imbert, « Autour d'Aristotele Fioravanti : quelques ambassades de la Renaissance italienne à Moscou », Slavica occitania, 2002)Grammaire formelle de cette similitude : des « effets massifs de sens » (Gérard Labrot)Rocca contre inurbamento du palais princier : les précautions albertiennes (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecturale. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), Paris, B2, 2014)Généralités humanistes et précisions machiavéliennes : attention aux particolariAzzone Visconti, Galvano Fiamma et la formule de la magnificenceDistance et défiance : drame en cinq actes (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023)Visiter les jardins de Versailles en suivant la voix souveraine ? Une sémantique de la persuasion architecturale contemporaine des lieux de pouvoir.

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    03 - Lieux de pouvoir : « La beauté sauvera-t-elle le monde ? »

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202603 - Lieux de pouvoir : « La beauté sauvera-t-elle le monde ? »RésuméPartant en quête d'une archéologie de la croyance dostoïevskienne en la puissance salvatrice de l'émotion esthétique, on se propose de s'arrêter sur un « texte instaurateur » de la mystique politique de l'embellissement des lieux de pouvoirs au XVe siècle : le De re aedificatoria de Leon Battista Alberti (1452), qui affirme en son livre VI : « La beauté obtiendra, même de la part d'ennemis acharnés, qu'ils modèrent leurs courroux et consentent à la laisser inviolée ». L'architecture aurait donc le pouvoir de rendre les choses inviolables. Pour saisir la portée de cette espérance, il convient de rappeler les pouvoirs de l'ornamentum au Moyen Âge, mais aussi sa redéfinition au Quattrocento, dès lors que les arts visuels se réorientent en visant désormais la rhétorique de la persuasion. C'est dans cette perspective qu'on propose un portrait intellectuel de l'ambition humaniste d'Alberti, lisant en même temps l'autoportrait de l'artiste en acrobate dans la Vita Leonis Baptistae Albertis et ses « Entretiens sur la tranquillité de l'âme », le De aedificatoria et les tribulations de la laideur que met en scène la fable politique du Momus. Il en ressort une conception plus inquiète de la visée politique de l'art d'édifier des humanistes, qui n'a pas attendu Machiavel pour travailler à son propre déniaisement.Sommaire« Est-il vrai, prince, que vous avez dit un jour que la "beauté" sauverait le monde ? » : le prince Mychkine, Dostoïevski et la puissance salvatrice de l'émotion esthétique (Tzvetan Todorov, « "La beauté sauvera le monde" », Études théologiques et religieuses, 2007)Histoire d'un désenchantement : « Ennobli, exalté, oui. Mais qui a été sauvé ? » (Alexandre Soljenitsyne, Le Cri, 1972)Trop laid pour durer ? Retour sur le piège de la dorureLa vitesse, l'architecture l'accident trumpiste (Paul Virilio, La fin du monde est un concept sans avenir, œuvres (1957-2010), Paris, Seuil, 2023)L'éloge de la force et la fin de la rhétorique (Louis Marin, Le récit est un piège, Paris, Minuit, 1975)La beauté enveloppante des « atmosphères de survie » (Peter Sloterdijk)« La beauté obtiendra, même de la part d'ennemis acharnés, qu'ils modèrent leurs courroux et consentent à la laisser inviolée » (Leon Battista Alberti, De re aedificatoria, VI, 2)Naissance d'une croyance politique (Patrick Boucheron, « Quelle beauté sauvera le monde ? Sur une fausse naïveté de Leon Battista Alberti », dans Sean L. Field, Marco Guida, Dominique Poirel dir., L'Épaisseur du temps. Mélanges offerts à Jacques Dalarun, Turnhout, Brepols, 2023)Le traité d'Alberti comme texte instaurateur de la pratique architecturale (Françoise Choay, La Règle et le Modèle. Sur la théorie de l'architecture et de l'urbanisme, Paris, Seuil, 1980)Le moment 1440-1520 fragilités politiques et ambitions culturelles (Richard Goldthwaite, Wealth and the Demand fort Art in Italy, 1300-1600, Baltimore, 1995)Alberti, exilé dans une famille d'exilés, et les IntercenalesDe l'art du placement : « Il prend toujours la couleur se trouvant dans la chose à propos de laquelle il écrit» (Cristoforo Landino)Vita Leonis Baptistae Albertis: (auto)portrait de l'artiste en acrobate« Oser l'ornement » (Jean Nouvel, Mes convictions, Paris, Flammarion, 2025) : l'ornemental et l'ornamentum« Quand me tourmentent et me tiennent éveillé les troubles de mon esprit » : les Profugiorum ab ærumna et la mélancolie d'AlbertiL'architecture cosa mentale : les palais de la mémoire (Mary Carruthers, Machina memorialis. Méditation, rhétorique et fabrication des images au Moyen Âge, Paris, Gallimard, 2002)La finestra d'Alberti et les miracles de la peintureCe que bâtir veut dire : lexique architectural et régimes politiques dans le De re aedifactoria (Patrick Boucheron, « Von Alberti zu Macchiavelli : die architektonischen Formen politischer Persuasion im Italien des Quattrocento »,Trivium, 2, 2008)Contre le « désir déréglé d'édifier » : les maisons qui débordent dans la Vita d'AlbertiLa grammaire des connotations architecturales et la déontologie de l'architecteQuesti Signori di Romagna sono como signori dipinti (Marco Folin, « Sigismondo Pandolfo Malatesta, Pio II e il Tempio Malatestiano : la chiesa di San Francesco come manifesto politico », dans Antonio Paolucci et Salvatore Settis dir., Il Tempio Malatestiano a Rimini, Modène, 2011)« Les pauvres, ils ne se rendaient pas compte qu'ils se préparaient à être la proie de quiconque les attaquerait » : le déniaisement machiavélienAlberti critique d'Alberti : le Momus comme « défondation » du De re aedificatoria (Pierre Caye, « Sub tecta ingressi… Du pouvoir et de la dignité de l'homme chez Léon-Baptiste Alberti : du Momus au De re aedificatoria », dans La Dignité de l'homme, Paris, Classiques Garnier, 1995)« Mais maintenant que faire ? » : après les tribulations de la laideur, retour au décor.

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    02 - Lieux de pouvoir : Des appropriations monarchitecturales

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202602 - Lieux de pouvoir : Des appropriations monarchitecturalesRésuméLever les yeux vers ce qui nous regarde : tel est le pouvoir des lieux de pouvoir. La réflexion théorique sur le locus médiéval permet d'enrichir cette anthropologie de l'autorité, qui incite ceux qui vivent à l'ombre de ce regard souverain à prétendre s'approcher de l'inaccessible. Mais c'est inévitablement le paradigme versaillais de la représentation louis-quatorzienne qui s'impose, aujourd'hui encore, à notre contemporain, puisque le pouvoir s'exerce ordinairement dans les anciens palais de la monarchie. Suivant les analyses de Louis Marin, on rappelle que dans la rhétorique classique, ces palais doivent édifier moralement ceux qui les ont bâtis : ils architecturent le monarque qui les a désirés, qui les habitent, les parcourent et les parlent. Or, nous vivons un point de bascule où le discours de la force ne s'embarrasse plus ni de rhétorique ni de cérémonial : en prenant des exemples récents d'appropriations monarchitecturales de l'espace, qui passent par la profanation symbolique des lieux de pouvoir ou la prédation de l'espace de la domination, on cherche à définir la manière dont le pouvoir tyrannique cherche à échapper à l'emprise des lieux.SommaireIn loco qui dicitur : espace, corps, langage, événementRetour sur les attendus d'une topologie du pouvoir et sur les caractéristiques de la spatialité médiévalePeut-on habiter les lieux sans se laisser habiter par eux ? (Étienne Helmer, Ici et là. Une philosophie des lieux, Verdier, 2019)S'approcher de l'inaccessible : proximité du divin et classement des personnes (Didier Méhu, « L'église comme "lieu", l'église comme "espace". Réflexions à partir de travaux récents en langue française », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 49, 2025)À Urbino, façade d'autorité et yeux du prince (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecture. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), B2, 2014)Un lieu de pouvoir est cela qui vous fait lever les yeux vers ce qui vous regarde« C'est la vie telle qu'on la mène au village au pied du château » (Walter Benjamin)Tenir à l'œil : l'empire des détails (Le Regard souverain : Les plans-reliefs dans les collections du palais des Beaux-Arts de Lille, 2019)Qu'est-ce qu'un point de bascule ?Trouver la bonne distance : retour sur les intentions et les précédents de ce coursDe la peste à l'amour et de l'amour aux lieux : L'exercice de l'État, ou comment ne pas se laisser dévorer par un lieu de pouvoir ?À Washington, le 6 janvier 2021 et le 28 février 2025, deux profanations symboliquesLa Maison-Blanche et le Bureau ovale : lieu de mémoire et dispositif visuelL'appropriation « monarchitecturale » de l'espace (Louis Marin, « L'architecture du prince. Le lieu du pouvoir : Versailles », JTLA, University of Tokyo, 1989)Lieu de pouvoir et corps politique à « l'arrière-fond sombre du pouvoir » (Gilles Deleuze)« Il faut s'arrêter sur le haut des degrés pour considérer la situation des parterres » : quand le roi Louis XIV fait visiter ses jardinsLes maître du récit et l'« assujettissement du visiteur spectateur dans une sorte d'obligation d'imitation de l'œil du Maître et de son regard » (Louis Marin)L'art de prendre le pouvoir sur le temps des autres (Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, 1997)Détruire la Maison-Blanche : prédation architecturale et consommation de l'espaceDu Walk of fame des présidents américains aux portraits des doges à Venise : continuité de l'État et éclipse de la puissanceHic est locus Ser Marini Falieri decapitati pro criminibus : un effet de représentationÉchapper au pouvoir des lieux : Mar-al-Lago, un horizon onirique de l'absolu du pouvoir« Poche de pouvoir » et exploitation de l'économie symbolique de la renomméeItinérance du pouvoir et diplomatie du golf dans un monde trumpiséÀ Turnberry, le 27 juillet 2025 : spectacle de la soumission et « vassalisation heureuse »« Nous n'irons pas à Canossa » : au XIe siècle, humiliation, pénitence, royauté davidiqueQuand les lieux de pouvoir portent la mémoire d'une histoire de la royauté pénitentielle (Gilbert Dagron, Empereur et prêtre. Essai sur le "césaropapisme" byzantin, Gallimard, 1996)« Le cérémonial donne le canevas, mais l'histoire brode dessus. Elle fait jurisprudence, elle a toujours le dernier mot ». Quel sera le dernier mot ?Dernière consolation : l'enlaidissement du pouvoir.

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    01 - Lieux de pouvoir : Ce que peuvent les lieux

    Patrick BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2025-202601 - Lieux de pouvoir : Ce que peuvent les lieuxRésuméCette séance d'introduction générale à la sémantique politique des lieux de pouvoir au Moyen Âge prend la forme d'une interrogation sur la « mise en beauté » du pouvoir de Jean de Berry dans la première décennie du XVe siècle à travers la représentation de ses châteaux dans les Très Riches Heures du duc de Berry, et en particulier de celui de Mehun-sur-Yèvre, qui figure dans la représentation de la « Tentation du Christ ». Attentive à la fois à la nature dévotionnelle de la contemplation des Heures (puisqu'ici, le principal lieu de pouvoir est le livre lui-même), mais aussi aux détails de l'œuvre peinte qui, donnant à voir la possibilité d'un point de bascule dans l'excès de richesse et la démesure d'une aspiration à la beauté, on soutient une interprétation plus dramatique de l'œuvre, liée à la mélancolie du pouvoir et à l'expérience du vieillissement. Entre locus et iter, enracinement de la domination seigneuriale et hétérotopie des puissances imaginantes, c'est aussi l'occasion de définir les différents concepts de spatialité que l'on fera jouer durant l'ensemble du cours, le spatial turn propre à l'histoire médiévale étant ici mis à l'épreuve par une réflexion plus générale sur le rapport entre lieu et événement.SommaireUn souvenir de conte de fées ? Ce qui nous attire làJean de Berry et la « mise en beauté du pouvoir » (Françoise Autrand, Jean de Berry, Paris, 2000)Les assises du pouvoir : une politique de construction, « avec tant de soin et de dépense » (Chronique du religieux de Saint-Denis)Les Très Riches Heures, lieux de pouvoir (Mathieu Deldicque dir., Les Très Riches Heures du duc de Berry, catalogue de l'exposition organisée par le château de Chantilly du 7 juin au 5 octobre 2025, Château de Chantilly, 2025)Le château de Mehun-sur-Yèvre, « l'une des plus belles maisons du monde » (Froissart)Magnificence, fantaisie et inventaire du mondeChercher le point de bascule : le lion attend la chute de l'oursLa nature ursine d'un pouvoir instable (Michel Pastoureau, L'Ours. Histoire d'un roi déchu, Paris, 2007)Devise, gisant, totem : Jean de Berry, prince des oursUne lecture mélancolique et inquiète du calendrier des Très Riches Heures (Inès Villela-Petit, « The Works and Days of John, Duke of Berry in his "Très Riches Heures" », Maelwael Van Lymborch Studies, 2025)En janvier, une fête princière menacée par la guerre qui rôdeEn décembre, l'hallali du vieux sanglier et la mort qui vientEn mars, ce « brouillard de mer » qui plane au-dessus des tours du châteauFaire lieu et répondre à l'appel de l'ailleurs (Emmanuel Le Roy Ladurie et Jacques Le Goff, « Mélusine maternelle et défricheuse », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1971)La topolignée, ou comment nouer un nom, un lieu et une durée (Anita Guerreau-Jalabert, « La parenté dans l'Europe médiévale et moderne : à propos d'une synthèse récente », L'Homme, 1989)Lorsque nous n'y serons plus : feuilleter le calendrier des Très Riches Heures comme l'on parcourt une cérémonie des adieux« Toute architecture dérobe radicalement, en s'élevant, un lieu perdu » (Pascal Quignard, Les Heures heureuses, 2023)Retour à l'usage dévotionnel du manuscrit : Invocabit me et ego exaudiam eumLa tentation du Christ (Luc, 4, 1-13)Le temps venra : lieu dit et moment donnéPaysages de l'abondance : le lieu haut, le haut lieu et l'embarras de richesseLa magnificence et l'inquiétude de la pure dépense (Paul Veyne, Le Pain et le Cirque. Sociologie historique d'un pluralisme politique, 1976)Enracinement, dislocation, duplication : la « mnémotopie » de Maurice Halbwachs dans La Topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte (Dominique Iogna-Prat, « Maurice Halbwachs ou la mnémotopie. "Textes topographiques" et inscription spatiale de la mémoire », Annales. Histoire, sciences sociales, 2011)Trois tentations en une, et un montage entre portraits ressemblants de portions d'espaces et « concepts de lieux » (Philippe Descola, Les Formes du visible, 2021)Nouvelle pensée de la spatialité et ancienne géographie vidalienne (Christian Jacob, « Spatial turn », dans Qu'est-ce qu'un lieu de savoir ?, OpenEdition Press, 2014)En histoire médiévale : l'espace avant le territoire (Florian Mazel et Magalie Watteaux, « Espace », dans Nouvelle Histoire du Moyen Âge, nouvelle édition, 2025)La réduction ad unicum de l'espace et l'unité de la storia albertienne (Hubert Damisch, L'Origine de la perspective, Paris, 1987, nouvelle édition, 2012)Le lieu, le corps et la « boîte locale » chez Giotto (Jean-Philippe Antoine, « Mémoire, lieux et invention spatiale dans la peinture italienne des XIIIe et XIVe siècles », Annales ESC, 48-6, 1993)Le lieu par excellence, le corps par excellence, l'événement par excellence : autour d'une nativité de Lorenzo Monaco (Giulia Puma, Les Nativités italiennes (1250-1450). Une histoire d'adoration, Rome, 2019)Locus et iter : le pouvoir de transformation des lieux (Didier Méhu, « Locus, transitus, peregrinatio. Remarques sur la spatialité des rapports sociaux dans l'Occident médiéval (XIe-XIIIe siècle) », dans Construction de l'espace au Moyen Âge : pratiques et représentations. Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public (Mulhouse, 2006), Paris, 2007)Le lieu comme surface d'événements (Georges Perec, Lieux, Paris, 2022)Saint-Matthieu et l'Ange (Caravage, 1602), toujours au bord de basculer.

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    10 - Le sexe du pouvoir : Refaire l'amour

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202510 - Le sexe du pouvoir : Refaire l'amourIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de France

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    09 - Le sexe du pouvoir : Le politique dans le boudoir

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202509 - Le sexe du pouvoir : Le politique dans le boudoirIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméComment, en 1314, le scandale des brus du roi devient-il l'affaire de la Tour de Nesle ? En s'intéressant aux réécritures légendaires d'un épisode qu'on pourrait juger mineur, on cherche à interroger les rapports entre ce genre décrié qu'est la « petite histoire » et la narration historique de plus grande ampleur. Car ce qui est en jeu dans la dernière année du règne de Philippe le Bel est bien la question, éminemment politique, de la violence et du consentement : accuser l'infidélité des reines, c'est questionner la fidélité de l'aristocratie. Mais il n'est pas dit que le sexe soit toujours le secret du pouvoir : de l'anecdote de Procope de Césarée à la « bagatelle » du cardinal de Retz, la leçon des fables – et notamment celle de Boccace, sur laquelle on s'arrête à nouveau – permet de mettre à l'épreuve la question de la jouissance et de la sublimation.SommaireUn mot pour un autre : retour sur le sexe des institutions« Nation France » et « mère patrie » : sur une certaine indistinction de genre de la grammaire politiqueTrois fils vont régner, mais pas la fille : les enfants de Philippe le Bel1314, le scandale des brus du roi : « Trois princesses s'ennuyaient, que deux chevaliers "jolis et gais" vinrent distraire » (Jean Favier, Philippe le Bel, Paris, 1978)Le châtiment des chevaliers normands, les frères Gauthier et Philippe d'Aunay, « escorchiez et les viz coupez »La révélation de l'adultère : questions de chronologie, problèmes d'anthropologie historique (Elizabeth A. R. Brown, « Philip the Fair of France and His Family's Disgrace: The Adultery Scandal of 1314 Revealed, Recounted, Reimagined, and Redated », Mediaevistik, 2019)Dans les Grandes Chroniques de France, le soulèvement des ligues nobiliaires passé sous silence et le souvenir écran du scandale des brus du roi (Tracy Adams, « Between History and Fiction: Revisiting the Affaire de la Tour de Nesle », Viator, 2012)30 mai 1315, mort de Marguerite de Bourgogne et exécution d'Enguerran de Marigny : « ici finit l'histoire du roi Philippe le Bel »« Certaine science, et autorité, et pleine puissance » : tautologie de la majesté et monopole de la violence légitime (Jacques Krynen, Philippe le Bel. La puissance et la grandeur, Paris, 2022)L'infidélité des reines et la confusio regni (Geneviève Bührer-Thierry, « La reine adultère », Cahiers de civilisation médiévale, 1992)« Ce choc, ce heurt de la conscience et du corps » : scandalum et sphère publique (Arnaud Fossier, « "Propter vitandum scandalum" : histoire d'une catégorie juridique (XIIe-XVe siècle) », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, 2009)Accuser l'accusation : du scandale des brus du roi à l'affaire de la Tour de Nesle (Luc Boltanski, Élisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt et Stéphane Van Damme dir., Affaires, Scandales et Grandes Causes, Paris, 2007)« Semblablement, où est la royne/Qui commanda que Buridan/Fust gecté en ung sac en Saine ? » : François Villon, Hans Jencz et le Judicum BurridanoLes cent amants de Jeanne de Navarre (Franck Collard et Isabelle Heullant-Donat, « Deux autres Jeanne : figures de reines défigurées aux XIVe et XVe siècles », dans Anne-Hélène Allirot, Murielle Gaude-Ferragu, Gilles Lecuppre et al. dir., Une histoire pour un royaume, XIIe-XVe siècle, Paris, 2010)Jean Buridan, ou le sexe du savoir-pouvoirLa Tour de Nesle comme harem inversé : imaginaires politiques et géographie universitaire (La Tour de Nesle : de pierre, d'encre et de fiction, catalogue de l'exposition de la bibliothèque Mazarine, Paris, 2014)Amplifications et relais fictionnels, d'Alexandre Dumas à Maurice Druon (Stéphane Le Couëdic, « Mais où sont les drames d'antan ? La Tour de Nesle dans le roman et le drame populaire », dans Florent Montaclair, dir., Roman-feuilleton et théâtre : L'adaptation du roman-feuilleton au théâtre, Besançon, 1998)Au paroxysme de la violence gothique : les « châteaux de la subversion » (Annie Le Brun, Les Châteaux de la subversion, Paris, 1982)Sade, le donjon de Vincennes et La philosophie dans le boudoir : une « autocritique des Lumières » (Antoine Lilti, L'Héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, Paris, 2019)La petite et la grande histoire (Écrire l'histoire, 2017 : « La petite histoire »)« Les faits n'ont pas de taille absolue » (Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire, Paris, 1975)De Procope au cardinal de Retz : anecdotes, dévoilement, secretsL'infidélité du roi, une « transgression raisonnée » (Flavie Leroux, Les Maîtresses du roi, de Henri IV à Louis XIV, Ceyzérieu, 2020)La sexualité du couple princier, une affaire publique ? (Pascale Mormiche, Donner vie au royaume. Grossesses et maternités à la cour de France (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, 2022)Idéal galant et conversation entre les sexes (Alain Viala, La Galanterie. Une mythologie française, Paris, 2019)La sexualisation de l'échange galant (Jennifer Tamas, Peut-on encore être galant ?, Paris, 2024)« Au faible, il ne sert à rien d'accuser la force : le pouvoir des faibles et le pouvoir des fables (Louis Marin, Le Récit est un piège, Paris, 1978)Pesci su per la mensa guizzavano : Charles d'Anjou au jardin du désir frémissant (Boccace, Decameron, X, 6)« Le roi se laissa prendre dans les rets de l'amour » (Jean-Claude Mühlethaler, « La nouvelle et la "petite histoire" : de Boccace à Marguerite de Navarre », Écrire l'histoire, 2017)La sublimation, comme travail de civilisation et de subjectivation : « Là où était du ça, doit advenir du moi » (Sigmund Freud, Nouvelles Conférences d'introduction à la psychanalyse, Paris, 1933)Le pouvoir comme zone érogène et le gouvernement priapiqueJouir, verbe intransitifCe qu'a vu Tirésias.

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    08 - Le sexe du pouvoir : Mâle royaume

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202508 - Le sexe du pouvoir : Mâle royaumeIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméDepuis Régine Pernoud et Georges Duby, une tradition, dont l'influence dépasse le cadre historiographique, situe dans la seconde moitié du XIIe siècle, au temps d'Hildegarde de Bingen et d'Aliénor d'Aquitaine, un paradis perdu de la condition féminine. On s'interroge sur le regain actuel d'une veine de recherche désireuse d'aller chercher, dans le passé médiéval, les destins exemplaires de femmes d'exception. Au-delà de la question de la domination symbolique du rang et de l'honneur du queenship, comment évaluer l'effectivité de l'exercice du pouvoir, et passer ainsi de l'archéologie du charisme à la généalogie de la gouvernementalité ? La question débouche sur l'analyse de traditions politiques qui, en France surtout, assigne un sexe aux systèmes de pouvoir : contrairement peut-être à l'empire, le cadre monarchique, et les contraintes qu'il fait peser sur le sang, l'alliance, mais aussi les définitions de genre, impose l'idée d'un mâle royaume. SommaireL'histoire des sociétés anciennes est-elle aujourd'hui encore un « passé utilisable » ? (Hayden White, Le Passé s'écrit [2014], Paris, 2017)Sexe roi, argent roi : et si c'était plus simple ?« C'était cela qu'il fallait penser : désir, valeur et simulacre » (lettre de Michel Foucault à Pierre Klossowski, hiver 1970)« Les Filles au Moyen Âge » (film de Hubert Viel, 2015) : un revival rohmérienLe Moyen Âge rêvé, paradis perdu de la condition féminineFemmes d'exception, femmes exemplaires, femmes puissantes (Régine Pernoud, La Femme au Moyen Âge, Paris, 1980)La Femme, « une femme », des femmes : le pouvoir du nom« Je crois aussi pouvoir situer vers 1180 le moment où leur condition fut quelque peu rehaussée, où les chevaliers et les prêtres s'accoutumèrent à débattre avec elles » (Georges Duby, Dames du XIIe siècle, Paris, 1995)« Ton esprit est comme un mur battu par l'orage. Où que tu regardes, tu ne trouves nul repos » (lettre de Hildegarde à Bingen à Aliénor d'Aquitaine, 1174 ?)Pour saluer Martin Aurell (Aliénor d'Aquitaine. Souveraine femme, Paris, 2024)La « mauvaise réputation » d'Aliénor d'Aquitaine (Martin Aurell) : sexualité et orientalisation de la débauche, autour de l'affaire d'Antioche (mars-avril 1148)La Marie-Antoinette du XIIe siècle : « Vive et légère, fière et ambitieuse, elle crut ne s'être mariée que pour gouverner et jouir de tous les plaisirs » (Louis-Charles de Lavicomterie, Les Crimes des reines de France depuis le commencement de la monarchie jusqu'à Marie-Antoinette, Paris, 1793)Domina, « souveraine femme » et exercice du pouvoir : archéologie du charisme ou généalogie de la gouvernementalité ?Le précédent ottonien : les dominae imperiales de la fin du Xe siècle (Justine Audebrand, « Impératrices et abbesses : les dominae imperiales ottoniennes (Xe-XIe siècle) », Clio, 53, 2021)Emma et Aliénor : deux princesses étrangères entre deux royaumesEncomium Emmae Reginae : quand l'idée d'empire vient par les femmes (Fanny Madeline)Comme dans l'Énéide de Virgile, une fondation politique impériale qui ne repose pas sur l'identité mais sur l'altérité (Florence Dupont, Rome, la ville sans origine, Paris, 2011)Rang, honneur, statut : le queenship dans le cadre monarchique (Pauline Stafford, Queens, Concubines and Dowagers: The King's Wife in the Early Middle Ages, Leicester, 1998)La reine Adélaïde, « codétentrice d'une royauté à laquelle nous l'avons associée » (lettre de Hugues Capet à l'impératrice Théophano, 988)Princesse, épouse, mère, pacificatrice : les rôles féminins traditionnels de consors regni« Souveraine, elle fait figure d'épouse ; épouse, elle paraît sujette » (Fanny Cosandey, La Reine de France, symbole et pouvoir. XVe-XVIIIe siècle, Paris, 2000)Du queenship à l'empowerment : mesurer l'autorité diplomatique des reines par le nombre de souscriptions d'actes (« Actes écrits des femmes de pouvoir, XIIe-XVe siècle »)Discours sigillaire et dispositions diplomatiques (Lucie Jardot, Sceller et gouverner. Pratiques et représentations du pouvoir des comtesses de Flandre et de Hainaut (XIIIe-XVe siècles), Rennes, 2020)L'agency politique des « femmes au cœur d'hommes » (Marion Chaigne-Legouy)Réseaux, ressources, symboles et tyrannie magicienne (Garance Recoing, Les Reines de Norvège, Rennes, 2025)Réseaux : les équipes de pouvoir de Yolande de Flandre (Michelle Bubenicek, Quand les femmes gouvernent : Yolande de Flandre, droit et politique au XIVe siècle, Paris, 2002)Ressources : la table carnassière de Marguerite de France (Jean-Baptiste Santamaria, Marguerite de France, comtesse de Flandre, d'Artois et de Bourgogne (1312-1382). Une vie de princesse capétienne au temps des Valois, Turnhout, 2022)Symboles : la théâtralité des déplacements de Mahaut d'Artois (Christelle Balouzat-Loubet, Mahaut d'Artois. Une femme de pouvoir, Paris, 2015)Vierges terrestres et Vierge céleste : couples royaux et sursacralisation de l'office royal (Murielle Gaude-Ferragu, La Reine au Moyen Âge. Le pouvoir au féminin, XIVe-XVe siècle, Paris, 2014)L'assimilation théâtrale de la reine vierge au roi déchu « Je suis Richard, ne le savez-vous pas ? » (la reine Elisabeth 1re en 1601)Destitution, délégitimisation et démasculinisation de Richard II en 1399 (Chris Fletcher, Richard II: Manhood, Youth, and Politics, 1377-99, Oxford, 2008)En Angleterre et en Espagne, resserrement ou élargissement des alliances (Jean-Philippe Genet, « Une arme mortelle ? L'alliance royale dans les monarchies d'Occident au XVe siècle », dans Julie Claustre, Olivier Mattéoni et Nicolas Offenstadt dir., Un Moyen Âge pour aujourd'hui. Mélanges offerts à Claude Gauvard, Paris, PUF, 2010)En France, la mystique du sang capétien (Andrew Lewis, Le Sang royal. La famille capétienne et l'État, France Xe-XIVe siècles [1981], trad. franç. Paris, 1986)La crise dynastique de 1316-1328 et l'invention de la loi salique (Ralph E. Giesey, Le Rôle méconnu de la loi salique. La succession royale (XIVe-XVIe siècles), Paris, 2007)De terra à regnum : les humanistes, le genre du royaume et le « sexe viril » du pouvoirLe mâle royaume, jusqu'en 1791 (Éliane Viennot, La France, les femmes et le pouvoir. L'invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle), Paris, 2006)« On ne peut douter [que le duc de Rohan] n'ait conçu du déplaisir de voir défaillir en sa personne cette généreuse tige, à laquelle tant de force et de gloire promettait l'immortalité » (Sylvie Steinberg, « "Au défaut des mâles". Genre, succession féodale et idéologie nobiliaire (France, XVIe-XVIIe siècles), Annales, HSS, 2012)Une passion politique française : l'exclusion politique des femmes.

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    07 - Le sexe du pouvoir : L'histoire en puissance : en quête des sorcières

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202507 - Le sexe du pouvoir : L'histoire en puissance : en quête des sorcièresIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméLa sorcière est aujourd'hui un mythe contemporain, bien éloigné de l'expérience historique des hommes et des femmes pourchassés pour sorcellerie démoniaque du XVe au XVIIe siècle. Les historiennes et les historiens doivent-ils se contenter de le récuser, au nom de leur exigence, plus que jamais légitime, de lutte contre l'instrumentalisation du passé ? On suggère ici de prendre au sérieux l'histoire contemporaine de la construction mythologique de la figure militante de la sorcière dans le contexte transnational des luttes féministes du XXe siècle, tout en la mettant en regard avec nos connaissances actuelles sur la démonologie savante et l'institution sociale de la persécution. C'est dans cet écart que l'on discerne non pas des femmes puissantes mais une mise en puissance de l'histoire des femmes et, partant, de l'histoire des pouvoirs. Loin de chercher à concilier le mythe et l'histoire comme dans la « mythistoire » que proposait Michelet dans La Sorcière en 1862, on suit au contraire ce que Paule Petitier a appelé « la malice du devenir ». Elle fait de la quête des sorcières une défense de l'histoire en puissance, sans qu'il soit besoin de mettre la vérité historique entre guillemets.SommaireTremate, tremate le streghe son tornate, Rome, campo de' Fiori, 8 mars 1972Tornare nelle piazze : féminisme, emplacements et puissance d'agirQui sont ces sorcières qui reviennent ? (Michelle Zancarini-Fournel, Sorcières et sorciers. Histoire et mythes. Lettre aux jeunes féministes, Paris, 2024)Histoires exemplaires et approximations tactiques : « une vérité à sa ressemblance et à sa seule convenance » ? (Lucien Febvre, « L'histoire dans le monde en ruines », Revue de synthèse historique, 1919)Du monde magique d'Ernesto de Martino (1948) au WITCH des féministes américaines de 1968 : une histoire transatlantique de la mythologie contemporaine de la chasse aux sorcièresSurvivances de la sorcellerie rurale (Jeanne Favret-Saada, Les Mots, la mort, les sorts, Paris, 1977)Médicalisation et masculinisation des savoirs de l'accouchement ? (Barbara Ehrenreich et Deirde English, Sorcières, Sages-femmes et Infirmières [1973], trad. franç., 2016)Des sorcières de Salem (1692-1693) au maccarthysme : la chasse aux sorcières entre politisation et culture populaireFaut-il toujours ramener un mythe contemporain à ses référents historiques ? (Pascal Ory, « La fabrique moderne des mythes : l'exemple des vampires », dans Dominique Kalifa dir., Les historiens croient-ils aux mythes ?, Paris, 2016)De Vlad III Tepes à Dracula : fictions et frictions d'empire au XVe siècle (Matei Cazacu, L'Histoire du prince Dracula en Europe centrale et orientale (XVe siècle), Genève, 1996)« L'indifférence des historiens à l'égard de ce génocide a frôlé la complicité » : l'histoire savante mise en accusation (Silvia Federici, Caliban et la Sorcière. Femme, corps et accumulation primitive [2004], trad. franç., Paris, 2014)Dans le sillage de #MeToo, entre combat politique et développement personnel : Mona Cholet, Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Paris, 2018En France, une veine plus littéraire et psychanalytique : la revue Sorcières de Xavier Gauthier (1976)Femmes puissantes ou mise en puissance de l'histoire des femmes ?Plus victimes que puissantes : l'exemple de Michée Chauderon, (Michel Porret, L'Ombre du diable : Michée Chauderon, dernière sorcière exécutée à Genève (1652), Genève, 2009)Retour à Marguerite Porète, d'abord vaincue, puis invaincue (Sean L. Field, Robert E. Lerner, Sylvain Piron dir., Marguerite Porete et le « Miroir des simples âmes » : Perspectives historiques, philosophiques et littéraires, Paris, 2013)Quand le pape croit à la sorcellerie démoniaque : Enrico del Carreto et l'expertise de 1320 (Alain Boureau, Le Pape et les sorciers. Une consultation de Jean XXII sur la magie en 1320 (Manuscrit B.A.V. Borghese 348), Rome, 2004)Possession et ravissement : l'anthropologie scolastique au travail du principe fémininDe 1320 à 1420, pourquoi ce « retard à l'allumage » ? (Jean-Patrice Boudet, « La genèse médiévale de la chasse aux sorcières : jalons en vue d'une relecture », dans Le Mal et le diable. Leurs figures à la fin du Moyen Âge, Paris, 1996)En pays de Vaud et en Dauphiné de 1430 à 1530 : sorciers et sorcières (Ludovic Viallet, La Grande Chasse aux sorcières. Histoire d'une répression, XVe-XVIIIe siècles, Paris, 2022)La Vauderie d'Arras, la majesté et l'État princier en puissance (Franck Mercier, La Vauderie d'Arras. Une chasse aux sorcières à l'Automne du Moyen Âge, Rennes, 2006)Le Malleus Maleficarum et le tournant de la démonologie savante (Martine Ostorero, Le Diable au sabbat. Littérature démonologique et sorcellerie (1440-1460), Florence, 2011)Sorcières et sorcellerie, morphologie et histoire (Carlo Ginzburg, Le Sabbat des sorcières [1989], trad. franç. Paris, 1992)« D'où date la Sorcière ? Je dis sans hésiter : "Des temps de désespoir" » (Jules Michelet, La Sorcière, Paris, 1862)Métamorphoses et revenances, « la vie d'une même femme pendant trois cents ans »« Nature qui la fait sorcière » : le principe féminin chez Michelet« Ce qui le retient dans la sorcellerie, c'est une fonction personnalisée » (Roland Barthes, « Préface » à La Sorcière, 1959)De Chateaubriand à Michelet en passant par George Sand : l'écriture hybride « d'un historien mentalement queer » (Paule Petitier, La Pensée sorcière. Michelet, 1862, Paris, 2024)La « malice du devenir » : lire Michelet aujourd'hui, entre renversements internes et inversions symboliquesSorcelleries d'aujourd'hui : une guerre aux femmes ? (Christelle Tarraud dir., Féminicides. Une histoire mondiale, Paris, 2022)Faire l'histoire des expériences passées et des figures imaginaires, sans mettre de guillemets à la vérité (Carlo Ginzburg, Le Fil et les traces. Vrai faux fictif, Lagrasse, 2010).

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    06 - Le sexe du pouvoir : Corps politiques au travail du féminin

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202506 - Le sexe du pouvoir : Corps politiques au travail du fémininIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de France

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    05 - Le sexe du pouvoir : Tu seras un homme : virilités guerrières

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202505 - Le sexe du pouvoir : Tu seras un homme : virilités guerrièresIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméL'analyse du travestissement et de la transidentité dans Le Roman de Silence et dans d'autres textes littéraires des XIIIe et XIVe siècles, mais aussi des quelques témoignages de réassignation de genre présents dans l'hagiographie médiévale, permet d'émettre l'hypothèse que dans l'anthropologie chrétienne, le genre apparaît moins comme un attribut d'identité sexuelle auquel on est assigné à la naissance, que comme une capacité d'action et de relation. C'est dans cette perspective qu'on se propose de réexaminer le cas de Jeanne d'Arc qui n'est, au XV siècle, « ni sainte ni transgenre » (Clovis Maillet), mais incarne, parmi d'autres figures, la possibilité, certes minoritaire, pour les femmes de se conduire virilement sur les champs de bataille. Entre pacificatrice et virago, la féminisation de la fonction guerrière s'accompagne d'une promotion de la notion de guerre juste, de Mathilde de Toscane aux femmes fortes pendant les guerres de Religion. Ainsi peut-on penser, avant l'uniformisation de la masculinité militaire à la fin de l'époque moderne, la diversité des virilités guerrières.Sommaire« Tu seras un homme, ma fille » : Nature et Noretur au chevet du chevalier Silence (Peggy MacCracken, Peggy, « "The boy who was a girl": reading gender in the Roman de Silence », The Romanic Review, 85, 1994)Fendre ses dras, braies calcier : fentes, feintes et fraudes (Florence Bouchet, « L'écriture androgyne : le travestissement dans le Roman de Silence », dans Le Nu et le vêtu au Moyen Âge, XIIe-XIIIe siècles, Aix-en-Provence (Senefiance, 47), 2001)Le père, ou Dieu le Père, gardien du passing médiéval : Yde et Olive et Tristan le Nanteuil (Michèle Perret, « Travesties et transsexuelles : Yde, Silence, Grisandole, Blanchandine », Romance Notes, 1984-1985)Penser la transidentité au Moyen Âge : la fabrique du masculin comme élargissement de la capacité d'action (Clovis Maillet, Les Genres fluides. De Jeanne d'Arc aux saintes trans, Paros, 2021)Genus masculinum in femininum transivit : Hildegonde/JosephLe cas Eugène/Eugénie : « Tu as raison de t'appeler Eugène car tu as agi en homme »Pourquoi Jeanne d'Arc s'habillait-elle en homme ? « Jeanne répondit que ce fut par sa propre volonté, sans aucune contrainte, et que cet habit lui plaisait plus que celui de femme »« Femme, mais vierge » : examen de genre ou examen de virginité ?Davantage putain que sorcière : le dessin du greffier Clément de Fauquemberguer (Claude Gauvard, Jeanne d'Arc. Héroïne diffamée et martyre, Paris, 2025)« Jeanne n'était ni sainte ni transgenre » (Clovis Maillet)Clémence de Rabstens, Marie Robine et les autres : Jeanne n'est pas seule comme femme inspirée (André Vauchez, Les Laïcs au Moyen Âge. Pratiques et expériences religieuses, Paris, 1987)Claude des Armoises, Marie la Ferrone et les autres : Jeanne n'est pas seule non plus comme cheffe de guerre (Colette Beaune, Jeanne d'Arc, Paris, 2024)Guillaume le Berger, ou ce que l'on pouvait accepter de JeanneLa virtus des hommes et des femmes viriles : mesure et maturité« Retourne toi, si tu es un homme » (Chris Fletcher, Richard II: Manhood, Youth, and Politics, 1377-99, Oxford, 2008)Dans les villes également, « le spectacle public de la virilité » (Jean-Dominique Delle Luche, Des amitiés ciblées. Concours de tir et diplomatie urbaine dans le Saint-Empire, XVe-XVIe siècle, Turnhout, 2021)Faire l'amour, faire la paix, faire la guerre« Salut à toi, la plus virile de toutes les femmes ! » : Lysistrata, de la grève du sexe à la guerre des sexes (Aristophane, 411 av. n.è.)Au XVe siècle, des « traités de paix et abstinence de guerre » (Lucie Jardot dans Sophie Lalanne, Didier Lett et Dominique Picco dir., Une histoire des femmes en Europe : des grottes aux Lumières, Paris, 2024)« Dame paix » : la construction du genre féminin pacificateur (Nicolas Offenstadt, Faire la paix au Moyen Âge. Discours et gestes de paix pendant la Guerre de Cent ans, Paris, 2007)Le partage des rôles dans la politique émotionnelle des couples princiers : colère retenue et effusion de larmesPacificatrices, messagères, espionnes (Jelle Haemers et Lisa Demets, « Espionnes et messagères en guerre au Moyen Âge. Les pratiques du renseignement pendant la Révolte de Flandre (1488-1489) », Clio, 59-1, 2024)A Birka, le guerrier viking était une guerrière (Neil Price, Charlotte Hedenstierna-Jonson et alii, « Viking Warrior Women? Reassessing Birka Chamber grave Bj.581 », Antiquity, 93, 2019)« Au milieu des caresses conjugales » (Orderic Vital) : femmes de croisés et femmes croiséesMathilde de Toscane, virago catholica (Sophie Cassagnes-Brouquet, « Au service de la guerre juste. Mathilde de Toscane (XIe-XIIe siècle) »‪,Clio, 39, 2014)Si les héros revenaient sur terre, ils seraient étonnés : Eustache Deschamps et les nouveaux visages de la guerreBrutalisation des combats et revival chevaleresqueLa plainte politique de l'amante abandonnée (Florence Alazard, Le Lamento dans l'Italie de la Renaissance. "Pleure, belle Italie, jardin du monde", Rennes, 2010)Sur les remparts et aux combats : femmes fortes et femmes viriles au XVIe siècle (Véronique Garrigues, « Les "femmes viriles". Un genre de transgression pendant les guerres de Religion ? » Dans Laurent Douzou, Sylvène Édouard et Stéphane Gal dir., Guerre et transgressions. Expériences transgressives en temps de guerre de l'Antiquité au génocide rwandais, Grenoble, 2018)Des communautés mixtes de campagne à l'encasernement du XVIIe siècle (John A. Lynn, Women, Armies and Warfare in Early Modern Europe, Cambridge, 2008)Au temps de Fanfan la Tulipe (Hervé Drévillon, « Des virilités guerrières à la masculinité militaire (France, XVIIe-XVIIIe siècles) » dans Anne-Marie Sohn dir., Une histoire sans les hommes est-elle possible ?, Lyon, 2014).

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    04 - Le sexe du pouvoir : La tyrannie masculine

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202504 - Le sexe du pouvoir : La tyrannie masculineIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméLe droit de cuissage a-t-il existé au Moyen Âge ? Certainement pas comme ius primae noctis, et il faut pour cela suivre la démonstration d'Alain Boureau qui montre comment les controverses sur cette redevance seigneuriale imaginaire au XIXe siècle mettent à l'épreuve la notion même d'ordre social, en miroir entre le Moyen Âge et la modernité. Mais il faut également entendre la leçon de Marie-Victoire Louis, démontrant l'ambivalence des rapports entre le fait et le droit en matière de violences faites aux femmes. Proposant de relancer le programme d'une histoire des mœurs attentive à la libido dominandi qui noue le sexe au pouvoir, et suivant la protestation navrée de Christine de Pizan dans La Cité des dames sur la persistance des voix masculines qui prétendent que femmes veullent estre efforciées, on aborde les cultures et les pratiques du viol à la fin du Moyen Âge. La tyrannie masculine se donne en spectacle. Comment résister à sa contemplation ? À partir de l'analyse du thème iconographique du viol de Lucrèce dans la peinture du XVIe siècle, et de la fascination pour le motif du dévoilement, on suggère qu'il y a également là un enjeu éthique pour la responsabilité de l'historien.Sommaire« Voilà les mœurs qui régnaient dans le temps des croisades » (Voltaire, Essai sur les mœurs, 1756) : le ius primae noctis ou les redevances imaginaires du féodalismeCullagium, cullage, couillage : du droit à la communauté à l'abus des seigneursDe la Chanson des vilains de Verson (1247) au jurisconsulte Jean Papon (1556) : la « disponibilité conceptuelle » d'une fable historiographique (Alain Boureau, Le Droit de cuissage. La fabrication d'un mythe, XIIIe-XXe siècle, Paris, 1995)Louis Veuillot et Jules Michelet : une controverse sur l'ordre médiéval, « matriciel du contemporain »La fabrique de la modernité : sciences sociales, médiévisme, médiévalisme (Étienne Anheim et Catherine König-Pralong dir., « Le Moyen Âge des sciences sociales », Revue d'histoire des sciences humaines, 2024)Construction nationaliste et pratiques sexuelles : repenser le droit de cuissage (Zrinka Stahuljak, L'Archéologie pornographique. Médecine, Moyen Âge et histoire de France, Rennes, 2018)De Balzac à Voltaire. Faut-il relancer le programme de l'histoire des mœurs ?Une histoire politique de la libido dominandi (Myrtille Méricam-Bourdet, « L'empire du sexe : sexe et pouvoir dans l'Essai sur les mœurs », Revue Voltaire, 14, 2014)« Tuer le mythe du droit de cuissage ne sert sans doute à rien… » : pourquoi faudrait-il sauver l'honneur du Moyen Âge ? (Claude Gauvard, Passionnément Moyen Âge : Plaidoyer pour le petit peuple, Paris, 2023)Droit de cuissage, « fait de cuissage » et droit du plus fort (Geneviève Fraisse, « Le droit de cuissage et la responsabilité de l'historien », Clio, 1996)Sur le droit supposé des hommes à disposer du corps des femmes (Marie-Victoire Louis, Droit de cuissage, France, 1860-1930, Paris, 1994)La silence n'est pas un consentement (Michelle Perrot, Les Femmes ou les silences de l'histoire, Paris, 1998)Les mots pour le dire au XIXe siècle : assiduité, galanterie, privauté« Entre fiction et trivialité » (Geneviève Fraisse), l'usage contemporain de l'expression « droit de cuissage »Faire de l'histoire avec Alain Boureau et Marie-Victor LouisLe « silence déchiré » (Marie-Victoire Louis) et l'initiation « pour l'essentiel une pratique muette » (Michel Foucault)La nuit de noces, initiation féminine de la domination masculine (Aïcha Limbada, La Nuit de noces. Une histoire de l'intimité conjugale, Paris, 2023)« Je n'ai entrevu que des ombres, flottantes, insaisissables » (Georges Duby, Dames du XIIe siècle, Paris, 1996)Comme le bourdonnement d'un frelon : un cas de harcèlement sexuel à Bologne en 1351 (Chloé Tardivel, « Genre, justice et harcèlement sexuel au Moyen Âge », dans Écrire l'histoire du harcèlement sexuel. Les mots pour le dire, Paris-Saclay, 2023)Christine de Pizan « contre ceulx qui dient que femmes veullent estre efforciées » (Le Livre de la cité des dames, éd. Claire Le Nina et Anne Paupert, Paris, 2023)Viol, cri et consentement (Didier Lett, Crimes, genre et châtiments au Moyen Âge. Hommes et femmes face à la justice au Moyen Âge, Paris, 2024)L'obsession des juges pour les « folles dénonciations » (Nicole Gonthier, « Les victimes de viol devant les tribunaux à la fin du Moyen Âge d'après les sources dijonnaises et lyonnaises », Criminologie, 27/2, 1994)Croire ce que dit Marguerite de Thibouville (Peter Ainsworth, « Au-delà des apparences : Jean Froissart et l'affaire de la dame de Carrouges », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 25, 2013)Rape, rapt, raptus : ravissants ravisseurs (Sylvie Joye, La Femme ravie. Le mariage par rapt dans les sociétés occidentales du haut Moyen Âge, Turnhout, 2012)Un crime contre la propriété ? (Didier Lett, Sylvie Steinberg et Fabrice Virgili éd., « Abuser/Forcer/Violer », Clio, 52, 20)Violer une prostituée, violer une vierge : l'inégalité des vies (Iñaki Bazán, « Quelques remarques sur les victimes du viol au Moyen Âge et au début de l'époque moderne », dans Benoît Garnot dir., Les Victimes, des oubliées de l'histoire ?, Rennes, 2000)Viols incestueux et pédocriminalité : crime énorme destructor humane species (Didier Lett, Viols d'enfants au Moyen Âge : Genre et pédocriminalité à Bologne XIVe-XVe siècle, Paris, 2021)Gilles et Jeanne (Jacques Chiffoleau, « Gilles de Rais, ogre ou serial killer ? », L'Histoire, 335, 2008)Gilles de Rais, bête d'extermination à l'école des « Césars dégénérés »Le sexe et la mort : la tyrannie comme machine à jouir travaillant à sa propre destruction (cours du 21 mars 2017 : « Qu'est-ce que préfigurer ? »)« Le rouage du grotesque dans la mécanique du pouvoir » (Michel Foucault, Les Anormaux. Cours au Collège de France, 1974-1975, Paris, 1999)Le « souverain moderne » et les « corps-sexes » (Achile Mbembe, Brutalisme, Paris, 2020)Botticelli, le viol de Lucrèce et le soulèvement républicainQuand la peinture du XVIe siècle transforme un supplice en objet de contemplation (Henri de Riedmatten, Le Suicide de Lucrèce. Éros et politique à la Renaissance, Paris, 2022)La vérité nue : héroïsme viril du dévoilement et éthique du chercheur (Bruno Latour, Cogitamus. Six lettres sur les humanités scientifiques, Paris, 2010).

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    03 - Le sexe du pouvoir : Les eunuques, ou comment s'en débarrasser

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202503 - Le sexe du pouvoir : Les eunuques, ou comment s'en débarrasserIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméTandis que son assimilation de la répudiation au divorce suscitait le dépit de ses disciples, le Christ usa pour se faire comprendre, ou plutôt pour se faire obéir (« comprenne qui pourra ») une parabole sur les eunuques (Matthieu, 1, 10-12). Ceux qui sont « nés ainsi du sein de leur mère » posent le problème de la compréhension de l'intersexuation dans les sociétés anciennes et ceux « qui ont été rendus tels par les hommes » celui du châtiment de castration. Mais il y a aussi ceux qui, depuis Origène, « se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des Cieux ». Est-ce le cas des clercs ayant renoncé à la chair ? La castration symbolique est un « combat de chasteté » (Michel Foucault) qui met en jeu les catégories de la masculinité et de la virilité. Les eunuques sont donc porteurs d'une énigme théologique et d'un secret politique que les Européens préféreront écarter, au loin, dans la notion de despotisme oriental : c'est ainsi que l'on suivra Orcan, l'eunuque noir, jusqu'à ce lieu tragique par excellence qu'est le sérail de Bajazet. Sommaire« Viens, suis-moi, la sultane en ce lieu se doit rendre » : lever de rideau sur Bajazet (1672)Le sérail, lieu du tragique racinien, à la suite d'Orcan, l'eunuque noirFaux départ et incompréhension des disciples, « Comprenne qui pourra » (Matthieu, 19, 10-12)Peut-on répudier son épouse ? Morale du lignage et morale des prêtres (Georges Duby, Le Chevalier, la Femme et le Prêtre, Paris, 1981)Les eunuques dont parlent Jésus sont-ils vraiment des eunuques ? (Constantin Daniel, « Esséniens et eunuques », Revue de Qumrân, 1968)« Les eunuques, nés ainsi au sein de leur mère » : penser l'intersexuation au Moyen ÂgeL'épreuve par la génétique, ou le chromosome X et la guerre (Ulla Moilanen, Neil-Johanna Kirkinen Saari et al., « A Woman with a Sword? – Weapon Grave at Suontaka Vesitorninmäki, Finland », European Journal of Archaeology, 2022)« Ceux qui sont hommes et femmes » : monstruosité, diversité, inégalité (Les Monstres des hommes. Un inventaire critique de l'humanité au XIIIe siècle, éd. Pierre-Olivier Ditmar et Maud Pérez-Simon, Paris, 2024)« Avons-nous vraiment besoin d'un vrai sexe ? » (Michel Foucault, préface à Herculine Barbin dite Alexina B, Paris, 1978)« Il y a eu des eunuques qui ont été rendus tels par les hommes » : engendrement des dieux, châtiment des hommesCastration et circoncision : nekeva juive et incompréhensions chrétiennesOrchidectomie et émasculation dans la pratique médicale médiévale (Laurence Moulinier, « La castration dans l'Occident médiéval », dans Autour de la castration : de l'adultère à la chirurgie régulatrice, Poitiers, 2009)Castration et vengeance privée : Abélard et les malfrats« Tu dois être appelé, non Pierre, mais Pierre l'incomplet » (Roscelin de Compiègne) : castration et changement de nom chez les animaux humains et non-humains« Et il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des Cieux » : l'erreur de jeunesse d'Origène, Père de l'ÉgliseInfertilité, impuissance et débauche : l'impossible martyr de la libido« Rien n'est meilleur que d'être à soi-même son héritier et son épouse » (« Vie d'Antonin Héliogabale », Histoire auguste)La castration d'Origène comme marque des contradictions de l'économie chrétienne de l'engendrementDu testiculum au testis : la chair s'est fait verbe et la chasteté devient féconde (Odon Valet, Le Honteux et le Sacré. Grammaire de l'érotisme divin, Paris, 1998)Le Christ autobasileia et la théologie du suicide (Pierre-Emmanuel Dauzat, Le Suicide du Christ. Une théologie, Paris, 1998)Le « sexe de vent » du Christ mort (Jérôme Baschet et Jean-Claude Schmitt, « La "sexualité" du Christ », Annales ESC, 1991)L'un et l'autre sexe de Jésus (Carolyn Bynum, Jesus as mother. Studies in the Spirituality of the High Middle Ages, Berkeley, 1984)L'ostentatio genitalis : humanation et tentations du Christ (Léo Steinberg, La Sexualité du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne, Paris, 1987)Que faire de son sexe ? Le « combat de chasteté » des maris et des prêtres« C'est la forme involontaire d'un mouvement qui fait du sexe le sujet d'une insurrection et l'objet du regard » (Michel Foucault, Les Aveux de la chair, Paris, 2018)Histoires de consentement (Manon Garcia, La Conversation des sexes. Philosophie du consentement, Paris, 2021)Usage des corps et coupure grégorienne (Peter Brown, Le Renoncement à la chair. Virginité, célibat et continence dans le christianisme primitif, Paris, 1995)Castration, infirmité et handicap au miroir des suppliques pontificatles (Ninon Dubourg, « Émasculations cléricales. Itinéraires particuliers pour aborder l'identité du clerc émasculé (XIIe-XVe siècle) », Encyclo. Revue de l'école doctorale Sciences des Sociétés ED 624, 2014)Lapsus carnis entre discours politiques et pratique sociale (Julien Théry « L'incontinence de la chair. Révolution pastorale et contrôle pontifical de la hiérarchie cléricale au second Moyen Âge (12e-15e siècles) », Cahiers d'histoire, 2020)Le prêtre peut-il être un bon père de famille ? (Michelle Armstrong-Partida, « Concubinage clérical, familles cléricales et masculinité sacerdotale dans la Catalogne du XIVe siècle », Cahiers de Fanjeaux, 2019)Mâle sacrifié maîtrisant le sexe du pouvoir, le prêtre est le plus viril des hommes (Robert N. Swanson, « Angel incarnate: clergy and masculinity from gregorian reform to reformation », dans Dawn Marie Hadley dir., Masculinity in medieval Europe, Londres, 1999)« À l'insu de l'abbé, il faut le souhaiter » (Roland Barthes, « Iconographie de l'abbé Pierre », dans Mythologies, Paris, 1957)Resacerdotalisation et surcharge viriliste dans l'Église contemporaine (Josselin Tricou, Des soutanes et des hommes : enquête sur la masculinité des prêtres catholiques, Paris, 2021)Au Moyen Âge, la longue robe des clercs et des juges (Robert Jacob, La Grâce des juges. L'institution judiciaire et le sacré en Occident, Paris, 2014)Généalogie du monstre ou monstre généalogique (Vincent Azoulay, « Xénophon, le roi et les eunuques », Revue française d'histoire des idées politiques, 2000)À Byzance, les eunuques au palais, ou le troisième sexe (Georges Sidéris, « Une société de ville capitale : les eunuques dans la Constantinople byzantine (IVe-XIIe siècle) », dans Les villes capitales au Moyen Âge. Actes du 36e Congrès de la SHMESP, Paris, 2005Esclavage, liberté et expertise : le « politique neutralisé » (Paulin Ismard, La Démocratie contre les experts. Les esclaves publics et Grèce ancienne, Paris, 2015)Le harem, « sous le signe d'un absolu monarchique et viril » (Jocelyne Dakhlia, Harems et Sultans. Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIVe-XXe siècle, Toulouse, 2024)« La vérité est qu'il reste hommes » (Al-Mas'udi) : fantasmes, faux mystères et mobilité socialeEunuques noirs et eunuques blancs après 1550Le « savoir jouir » du tyran (Alain Grosrichard, Structure du sérail. La fiction du despotisme asiatique dans l'Occident classique, Paris, 1979)Du despotisme politique au despotisme familial (Nadia Tazi, Le Genre intraitable. Politiques de la virilité dans le monde musulman, 2019)Orcan, l'esclave noir de Bajazet, et la violence faite aux femmes« À mille ans ou à mille lieux de nous, ce qui n'est encore dans aucune histoire imprimée » (Jean Racine, préface à Bajazet).

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    02 - Le sexe du pouvoir : Le désordre des pères

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202502 - Le sexe du pouvoir : Le désordre des pèresIntervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméLe concept sociologique et anthropologique de patriarcat, qui est devenu un nom de combat dans les luttes contemporaines pour les luttes féministes, peut-il s'appliquer au Moyen Âge ? On pourrait le croire, tant le concept de paternitas configure sémantiquement l'ensemble des relations de domination. Mais dès lors qu'on s'intéresse à la fois au fonctionnement réel des systèmes de parenté au Moyen Âge et aux valeurs et aux imaginaires qui les fondent, les choses se compliquent. Notamment lorsqu'on affronte la figure de Dieu le Père, et de tout ce qui, dans le système de l'Église, n'a pas évacué la part du féminin, ce qui n'est pas sans effet sur la conception des rapports entre génération et production. En étudiant notamment les paradoxes de l'anthropologie chrétienne de l'engendrement, et en repérant certaines de ses conséquences sur la gouvernementalité, on suggère qu'il y a, là encore, un ferment davantage qu'un ciment.SommaireLe patriarcat, « ennemi principal » (Christine Delphy) : définitionsBachofen, Morgan, Engels : le matriarcat et ses « découvertes à répétition » (Émilie Hache)La gynocratie idéale de Marija GambutasFemme génitrice et mère nourricière (Julien d'Huy, Cosmogonies. La préhistoire des mythes, Paris, 2020)Dominus : sur la piste de Dieu le PèreObéissance maritale et ordre social dans Le Jeu d'Adam (Joseph Morsel, « Dieu, l'homme, la femme et le pouvoir. Les fondements de l'ordre social d'après le "Jeu d'Adam" » dans Monique Goullet et alii dir., Retour aux sources. Textes, études et documents d'histoire médiévale offerts à Michel Parisse, Paris, 2004)Paternitas : archéologie textuelle et sémantique historique (Nicolas Perreaux, « In nomine patris. Éléments pour une sémantique de la paternité médiévale », dans Léo Dumont, Octave Julien et Stéphane Lamassé dir., Histoire de mots. Saisir le passé grâce aux données textuelles, Paris, 2023)La fausse symétrie dominus/servus et pater/filius et l'épreuve du vouvoiementLe patriciat comme forteresse imprenable : du Nom-du-Père chez Jacques Lacan au pallogocentrisme de Jacques Derrida« Ce gouvernement qui ressemblait à mon père » (Pierre Legendre, Leçons VIII. Le crime du caporal Lortie. Traité sur le Père, Paris, 1989)Mourir pour la patrie : du Vitae necisque potestas du droit romain au « Petit père des peuples » (Ernst Kantorowicz, Yann Thomas et Giorgio Agamben)Les topolignées et l'inflexion agnatique d'un système de parenté indifférenciée (Anita Guerreau-Jalabert, « La Parenté dans l'Europe médiévale et moderne : à propos d'une synthèse récente », L'Homme, 1989)Retour sur terre et dans les choses : Dieu est dominus en tant qu'il est « créateur de toutes choses » (Hugues de Saint-Victor)Le principe masculin d'une production du monde ex nihilo (Émilie Hache, De la génération. Enquête sur sa disparition et son remplacement par la production, Paris, 2024)Sur la notion d'androcène, entre « essentialisme stratégique » et croyance politiqueDu Dieu un au Dieu unique : quand Yahvé devient célibataire (Thomas Römer, L'Invention de Dieu, Paris, 2014)Où est passé Ashérah, la déesse de Yahvé ? (Mary Daly, Beyond God the Father: toward a philosophy of women's liberation, Boston, 1973)« Comme une femme en travail, je vais souffler, respirer et aspirer à la fois » (Isaïe) : Dieu notre mère engendre la communautéMasculum et feminam creavit eos (Genèse, 1, 27) : Dieu crée l'homme à son image, masculin et fémininExpulser la part féminine de Dieu : l'antijudaïsme chrétien et l'obsession des flux de sangLa haine de la faille identitaire (Daniel Sibony, L'Énigme antisémite, Paris, 2004)Et pourtant : le « postulat unisexe » de l'Église (Luca Castiglioni, Filles et fils de Dieu. Égalité baptismale et différence sexuelle, Paris, 2020)Une figure inattendue du patriarcat : le sein d'Abraham (Jérôme Baschet, Le Sein du père. Abraham et la paternité dans l'Occident médiéval, Paris, 2000)Le pli : sinus, entre intériorité et sinuosité« Vierge mère, fille de ton fils » (Dante, Paradis, XXXIII) : le signum contradicibile dans l'anthropologie chrétienne de la génération« Par sa manière d'aimer, le Père a acquis ce qui est caractéristique de la nature féminine » (Clément d'Alexandrie)L'Église est sa propre Mère, et son fils, qui est en même temps son père, est aussi son époux (Pierre-Emmanuel Dauzat, Les Pères de leur Mère. Essai sur l'esprit de contradiction des Pères de l'Église, Paris, 2000)« À son seigneur, ou plutôt à son père, à son époux, ou plutôt à son frère, sa servante, ou plutôt sa fille, son épouse, ou plutôt sa sœur… » : Héloïse à AbélardLe regimen et l'indignité au pouvoir (Jacques Dalarun, Gouverner c'est servir. Essais de démocratie médiévale, Paris, 2006)Sicut mater : François d'Assise rêve d'une petite poule noire (Jacques Dalarun, François d'Assise ou le pouvoir en question. Principes et modalités du gouvernement dans l'Ordre des frères mineurs, Bruxelles, 1999)Une mère poule dévorante : les déboires du Re Chichinella (Emma Dante)Masculinités déconstruites et domination sociale« Drill, baby, drill » : pour une archéologie du désordre des pères

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    01 - Le sexe du pouvoir : « Your body, my choice »

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-202501 - Le sexe du pouvoir : « Your body, my choice »Intervenant :Patrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceRésuméEst-on certain qu'il faille se risquer jusqu'au Moyen Âge pour trouver des formes violentes de domination masculine ? Le monde contemporain en offre malheureusement le triste spectacle, où s'exhibe crânement le sexe du pouvoir. Dès lors, il est difficile d'adopter la leçon des Grecs, qui riaient de l'impuissance bavarde de Priape. Cette première leçon, sous forme d'introduction générale, cherche dans l'anthropologie structurale mais aussi dans les nouvelles épistémologies féministes de la philosophie politique contemporaine les bases théoriques pour fonder une enquête sur les rapports de pouvoir entre sexe, genre et sexualité, tout en adoptant la méfiance foucaldienne contre le sexe roi et le tout-politique. En analysant deux objets du XIVe siècle (un coffret d'ivoire conservé au musée de Cluny et l'aquamanile figurant sur l'affiche du cours) à la lumière du Lai d'Aristote, on tente de définir ce que l'on attend du Moyen Âge dans cette enquête : une attention plus soutenue à l'ambivalence, qui vaut puissance de renversement.SommaireEverything in the world is about sex, except sex. Sex is about power : sur une fausse citation de House of CardsLa brutalité en politique, hier et aujourd'huiComment rire du fascinus ? (Pascal Quignard, Le Sexe et l'Effroi, Paris, 1994)Un petit dieu sans forme, et mal taillé (Maurice Olender, Priape, le phallocrate impotent, Paris, 2025)Le gouvernement priapique : une impuissance bavarde et obscèneCritiques du sexe roi et du tout-politiqueL'Histoire de la sexualité de Michel Foucault, ou la « science des partages »Le sexe ne dit rien de la vérité nue du pouvoirContre « cette austère monarchie du sexe » (La Volonté de savoir, Paris, 1976)« Le sexe désigne donc trois choses… » (Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités, Paris, 2008)« Un fantasme doué d'une puissance destructrice » (Judith Butler, Qui a peur du genre ?, Paris, 2025)Du genre comme « façon première de signifier les rapports de pouvoir » (Joan W. Scott, « Genre : une catégorie utile d'analyse historique », Les Cahiers du GRIF, 1988) aux « rapports sociaux de sexe » (Nicole-Claude Mathieu, L'Anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe, Paris, 1991)La « valence différentielle des sexes » comme « butoir ultime de la pensée » (Françoise Héritier, Masculin/Féminin, Paris, 1996-2012)« Pensée de la différence » pour « dissoudre la hiérarchie » : un structuralisme militantAristote, De la génération des animaux : le sperme comme pneumaLes femmes, le lait, le sangDoctrines médiévales de l'embryon (Maaike Van Der Lugt, Le Ver, le démon et la vierge. Les théories médiévales de la génération extraordinaire, Paris, 2004)Rappel sur les politiques de l'amour : un système de pouvoir ne s'ordonne pas sans danger en articulant ses arts de gouverner aux arts d'aimerPour saluer Christine Klapisch-Zuber : retour au plateau d'accouchéeLe coffret composite dit de « L'assaut du château d'Amour » du musée de ClunyL'amour, la guerre, la folie : modèles littérairesSagesse de Salomon et folie d'AristoteLe philosophe, entre omniscience et aveuglementPhyllis chevauchant Aristote : un aquamanile et son WasserhahnDompter le lion des philosophes (Figures du fou, Paris, 2024)Roman d'Alexandre et Lai d'Alexandre : moquer la maiestas du maître« Sa tresce grosse, longue et blonde :/Na pas deservi c'on la tonde » (André Corbellari, « Lascive Phyllis », dans Chantal Connochie-Bourgne dir., La Chevelure dans la littérature et l'art du Moyen Âge, Arles, 2004)Equus eroticus : rôle actif, rôle passifChrétien de Troyes et Quentin TarantinoI'ma get medieval on your ass : le stade anal de la domination masculine ?Une pierre à aiguiser les épées sous forme de phallusYour body, my choice, slogan masculiniste : quatre mots et tout est saccagéDes « Politiques de l'amour » au « Sexe du pouvoir » : encore une fois, l'effraction du présent« Je ne serai pas complet. Je voudrais juste, une fois de plus, comprendre, et faire comprendre » (Lucien Febvre, Autour de l'Héptaméron, amour sacré, amour profane, Paris, 1944).

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    Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité - Les fragments du jubé médiéval de Notre-Dame récemment mis au jour et les nouvelles connaissances matérielles sur les fragments sculptés du musée de Clu

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-2025Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité - Les fragments du jubé médiéval de Notre-Dame récemment mis au jour et les nouvelles connaissances matérielles sur les fragments sculptés du musée de ClunyChristophe BesnierArchéologue à l'InrapHélène CivalleriArchéologue à l'InrapDorothée Chaoui-DerieuxArchéologue au service régional d'Archéologie de la Drac Île-de-FranceDamien BernéConservateur en chef, musée de ClunyLise Cadot-LerouxIngénieure de recherche au LRHMStéphanie DuchêneIngénieure d'études au LRHMJennifer VatelotConservatrice-restauratrice de sculpturesSéverine LepapeDirectrice et conservatrice, Musée national du Moyen ÂgeRésuméLa retentissante découverte d'une partie du jubé médiéval de Notre-Dame mis au jour dans le cadre de fouilles préventives conduites par l'Inrap en 2022 à la croisée du transept de Notre-Dame, le travail conjoint de restaurateurs et d'ingénieurs de recherche sur les vestiges de la cathédrale après l'incendie et le programme de restauration et d'analyses des éléments sculptés de l'édifice conservés au musée de Cluny constituent un remarquable vivier de nouvelles découvertes. Les compétences de chaque intervenant au profil varié (géologie, polychromie, restauration, archéologie, histoire de l'art) ont ainsi renouvelé la connaissance sur le contexte matériel de la création de ces sculptures. Qu'il s'agisse de la fourniture des pierres, de la polychromie des sculptures ou des possibilités de datation qu'offrent les analyses au carbone 14 du blanc de plomb, ce véritable laboratoire interdisciplinaire réuni autour de la cathédrale et de l'exposition offre, grâce à l'interdisciplinarité de son approche, de nouvelles informations et de riches perspectives en matière de recherches futures.

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    Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité - Images de pierre, images de parchemin : relecture du jubé et de la clôture de chœur de Notre-Dame à la lumière d'un manuscrit démembré

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-2025Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité - Images de pierre, images de parchemin : relecture du jubé et de la clôture de chœur de Notre-Dame à la lumière d'un manuscrit démembréDamien BernéConservateur en chef, musée de ClunySéverine LepapeDirectrice et conservatrice, Musée national du Moyen ÂgeCharles LittleCurator Emeritus of the Department of Medieval Art and The Cloisters The Metropolitan Museum of Art, New YorkDarwin SmithDirecteur de recherche au CNRSFrançoise VielliardProfesseur émérite de philologie romane à l'École nationale des chartesRésuméLa séance étudiera le dialogue singulier entre un recueil d'images de pierre, le jubé et la clôture du chœur de Notre-Dame, et un recueil d'images d'encre, une « Bible historiée toute figurée » peinte vers 1340 qui s'inspire de ces deux cycles sculptés. Ce manuscrit démembré et éparpillé aux quatre coins du monde a fait l'objet de nouvelles découvertes à l'occasion de l'exposition au musée de Cluny. Il sera interrogé sous l'angle de la langue, de sa typologie littéraire et dévotionnelle et du style de ses enluminures, mais aussi de ce qu'il révèle du jubé et de la clôture, détruits à partir de 1699 pour faire place au vœu de Louis XIII. Les intervenants reviendront sur les hypothèses du contexte de commande de ce manuscrit mystérieux en relation avec le chapitre cathédral.

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    Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité - Les livres à Notre-Dame de Paris au Moyen Âge : bibliothèque, trésor et archives

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-2025Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité - Les livres à Notre-Dame de Paris au Moyen Âge : bibliothèque, trésor et archivesÉmilie Cottereau-GabilletMaîtresse de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-SorbonneFabrice DelivréMaître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-SorbonneCharlotte DenoëlConservatrice en chef au département des Manuscrits de la BnFMaxence HermantConservateur en chef au département des Manuscrits de la BnFÉric LandgrafChef de la documentation au musée de ClunyDarwin SmithDirecteur de recherche au CNRSSéverine LepapeDirectrice et conservatrice, Musée national du Moyen ÂgeRésuméÀ l'occasion de l'exposition « Feuilleter Notre-Dame : chefs-d'œuvre de la bibliothèque médiévale », organisée au musée de Cluny par la BnF, la séance réunira les spécialistes des manuscrits et des archives de Notre-Dame. Elle reviendra sur les apports nouveaux que le projet ANR « e-NDP Notre-Dame de Paris et son cloître » a suscités grâce à la numérisation et à la transcription de vingt-six registres du chapitre de Notre-Dame (1326-1504) conservés aux Archives nationales, qui représentent une exceptionnelle source d'information sur les usagers des ouvrages et leurs centres d'intérêt, ainsi que sur les conditions matérielles de la conservation des livres au sein de l'enclos canonial. Des études de cas croisant les différentes sources documentaires disponibles sur les livres à Notre-Dame permettront aux intervenants de mettre en lumière les spécificités des différents ensembles de livres et le rôle moteur joué par la cathédrale et ses chanoines dans la transmission des savoirs et la diffusion des usages liturgiques parisiens au cours du Moyen Âge. En fin de séance sera abordée la question de la préservation des biens de Notre-Dame, objets mobiliers et livres, entre la fin du XVIIIe et la fin du XIXe siècle, d'après les archives, afin de poser les jalons du long réveil de la conscience patrimoniale qui s'est forgée autour de la cathédrale.

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    Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité - De l'étude scientifique à la restauration : les dimensions d'un chantier unique

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-2025Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité - De l'étude scientifique à la restauration : les dimensions d'un chantier uniquePascal LiévauxChef du département de la Recherche, de la Valorisation et du Patrimoine culturel immatériel, direction générale des Patrimoines et de l'Architecture, ministère de la CultureAline MagnienDirectrice honoraire du Laboratoire de recherche des monuments historiquesMartine RegertDirectrice de recherche au CNRSPascal PrunetAgence Notre-Dame, mandataire de la Maîtrise d'œuvre du chantier de reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de ParisJonathan TruilletAdjoint « Science et patrimoine » à la directrice générale déléguée, Établissement public « Rebâtir Notre-Dame de Paris »RésuméLe chantier de Notre-Dame de Paris, tel qu'il a été mené depuis cinq ans, a constitué une entreprise matérielle et intellectuelle inédite, au sein duquel la recherche scientifique a tenu une place essentielle. En prenant pour point de départ l'ouvrage Notre-Dame. La science à l'œuvre (dir. Ph. Dillmann, P. Liévaux, A. Magnien et M. Regert, Paris, 2022), cette séance présentera ce chantier scientifique, souvent moins connu que le chantier de restauration lui-même, les modalités de sa mise en place et de son fonctionnement et les résultats obtenus, notamment concernant la matérialité du monument, qui était encore relativement méconnu, mais aussi des domaines aussi différents que l'acoustique ou l'anthropologie de l'émotion patrimoniale. Elle éclairera également la dimension fortement collaborative du projet, mêlant les corps de métiers, les institutions et les disciplines scientifiques au service d'une saisie globale de l'objet patrimonial.

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    Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinarité : Les deux corps de Notre-Dame de Paris, introduction générale

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2024-2025Séminaire - Notre-Dame de Paris, la cathédrale des savoirs. Entre matérialité et interdisciplinaritéLes deux corps de Notre-Dame de Paris, introduction généralePatrick Boucheron & Étienne AnheimRésuméDeux cathédrales ont brûlé en même temps le 15 avril 2019 : celle qui fut fondée en 1163 par l'évêque Maurice de Sully, et celle qu'on ne cesse de reconstruire par l'imaginaire depuis le XVIIIe siècle. Par un paradoxe archéologique bien connu, la destruction peut être le préalable à la connaissance : le chantier scientifique qui accompagne la restauration de l'édifice produit donc un effet de révélation sur des structures médiévales mal connues — on comprend bien de ce point de vue l'inanité du concept même de « restauration à l'identique ». Ces structures sont archéologiques, mais elles sont aussi culturelles, politiques et sociales. Voici pourquoi la « cathédrale des savoirs » ainsi mise à jour est aussi celle que construisent et reconstruisent nos imaginaires contemporains. En sauvant le passé, on en mesure l'épaisseur — c'est-à-dire tout ce qui s'est passé entre le Moyen Âge et nous.------------- Séminaire organisé avec le concours du musée de Cluny-Musée national du Moyen Âge. Avec Étienne Anheim (directeur d'études à l'EHESS), Damien Berné (conservateur en chef au musée de Cluny) et Séverine Lepape (conservatrice générale, directrice du musée de Cluny).Débuté immédiatement après l'incendie du 15 avril 2019, le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris a été l'occasion de découvertes majeures, d'autant plus importantes que la cathédrale demeurait paradoxalement mal connue.Accompagnant la progressive réouverture au public de la cathédrale, le musée de Cluny lui consacrera deux expositions à partir du 19 novembre 2024, l'une sur la sculpture médiévale, l'autre sur la bibliothèque. Dans ce contexte d'émotion patrimoniale qui rappelle la place centrale de la cathédrale non seulement dans l'architecture urbaine, mais aussi dans l'organisation sociale, religieuse et politique des villes médiévales, ce séminaire voudrait replacer Notre-Dame dans son histoire et montrer l'ampleur des nouvelles recherches conduites au cours des dernières années.En effet, le chantier de restauration a été l'occasion d'un intense travail interdisciplinaire, associant une grande diversité d'acteurs scientifiques issus des institutions patrimoniales, mais aussi de l'université et de la recherche. Entre matérialité et interdisciplinarité, cette nouvelle cathédrale de savoirs sera au cœur de ce séminaire.

  29. 88

    Séminaire - Émilie Rosenblieh et Jean-Baptiste Brenet : Des Dialogues pour débattre. Une saisie des enjeux politiques dans l'Église

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politiqueSéminaire - Émilie Rosenblieh et Jean-Baptiste Brenet : Des Dialogues pour débattre. Une saisie des enjeux politiques dans l'Église Émilie RosenbliehUniversité de Franche-ComtéJean-Baptiste BrenetUniversité Paris 1 Panthéon-Sorbonne

  30. 87

    Séminaire - Damien Boquet et Zrinka Stahuljak : L'homosexualité amoureuse : une histoire empêchée ?

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politiqueSéminaire - Damien Boquet et Zrinka Stahuljak : L'homosexualité amoureuse : une histoire empêchée ?Zrinka StahuljakProfesseure de littérature médiévale en littérature comparée et française, Université de Californie à Los Angeles (UCLA), États-UnisDamien BoquetAix-Marseille université

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    Séminaire - Jean-Claude Schmitt et Marlène Béghin : Des rêveurs. Anthropologie historique des états de conscience

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politiqueSéminaire - Jean-Claude Schmitt et Marlène Béghin : Des rêveurs. Anthropologie historique des états de conscience Jean-Claude SchmittEHESSMarlène BéghinEPHE

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    Séminaire - Laëtitia Tabard et Daisy Delogu : La poésie de deuil du XVe siècle : larmes de l'amour, cris de la cité

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politiqueSéminaire - Laëtitia Tabard et Daisy Delogu : La poésie de deuil du XVe siècle : larmes de l'amour, cris de la citéDaisy DeloguProfesseure de littérature française, Université de ChicagoLaëtitia TabardUniversité du Mans

  33. 84

    Conférence - Daisy Delogu : La figure du « serf » dans l'imaginaire de la fin du Moyen Âge

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Conférence - Daisy Delogu : La figure du « serf » dans l'imaginaire de la fin du Moyen ÂgeDaisy DeloguProfesseure de littérature française, Université de ChicagoDaisy Delogu est invitée par l'assemblée du Collège de France sur proposition du Pr Patrick Boucheron.RésuméLa conférence mettra en conversation des sources poétiques (le Roman de la Rose, des poèmes et dits de Guillaume de Machaut, des poèmes de Philippe de Vitry et de Pierre d'Ailly) et politiques (notamment les traductions de Nicole Oresme de l'œuvre dite « morale » d'Aristote) afin de cerner l'imaginaire culturel qui se développe autour du « serf ». Défini comme tel selon des critères moraux, légaux, amoureux, politiques, ou économiques, le « serf » en tant que catégorie s'avère profondément instable, désignant moins une identité fixe qu'une condition toujours en devenir ; on peut être « serf » en raison de ses attachements, de la nature de ses obligations, ou des opérations du pouvoir (ou des pouvoirs) auquel un individu se trouve soumis. Ainsi le « serf » serait capable de figurer la conscience d'une précarité qui hante les écrivains de la fin du Moyen Âge et qui n'est pas sans rapport, nous suggérons, avec notre société actuelle.

  34. 83

    Séminaire - Hugo Óscar Bizzari et Joël Blanchard : Après le songe. Le réveil du rêve Trastamare chez Pero López de Ayala

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politiqueSéminaire - Hugo Óscar Bizzari et Joël Blanchard : Après le songe. Le réveil du rêve Trastamare chez Pero López de AyalaHugo Óscar BizzariUniversité de FribourgJoël BlanchardUniversité du Mans

  35. 82

    Séminaire - Patrick Boucheron et François Foronda : Comment se réveiller politiquement ? Autour d'Alain Chartier, tentative de définition d'un genre

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Les littératures du réveil. Pour une histoire médiévale de la conscience politiqueSéminaire - Patrick Boucheron et François Foronda : Comment se réveiller politiquement ? Autour d'Alain Chartier, tentative de définition d'un genrePatrick BoucheronProfesseur du Collège de FranceFrançois Forondauniversité de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

  36. 81

    12 - Politiques de l'amour : Au XVIe siècle, la fin de l'amour

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour12 - Politiques de l'amour : Au XVIe siècle, la fin de l'amourRésuméL'amour politique de la fin du Moyen Âge ne peut-il s'appréhender qu'à rebours du désenchantement de la modernité ? On s'attache, lors de cette dernière séance, à la figure de Marguerite de Navarre, notamment à partir de la lecture de Lucien Febvre dans Amour sacré, amour profane (1944). Refusant ce qu'il appelait « l'hypothèse de la duplicité », l'historien y tentait de comprendre comment cette reine avait pu être à la fois l'autrice du Miroir de l'âme pécheresse et de l'Heptaméron, et ce que cette apparente contradiction révélait d'un imaginaire politique de l'amour d'avant 1550. Lorsque les poètes de ce que l'on n'appelle pas encore la « Pléiade » lui rendent hommage, ils exaltent alors non plus la véhémence de l'amour mais la multiplicité des Amours, chantés par Ronsard. Ainsi passe-t-on des politiques de l'amour à la poétique des amours.

  37. 80

    11 - Politiques de l'amour : « Nul peuple n'a tant aimé ses rois » (XIVe-XVe siècles)

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour11 - Politiques de l'amour : « Nul peuple n'a tant aimé ses rois » (XIVe-XVe siècles)RésuméC'est dans l'avant-propos à son Histoire de la Révolution française que Michelet évoque ce « trait singulier de la France », dont le peuple n'aurait compris la politique que « comme dévouement et amour ». À la fin du XXe siècle encore, l'histoire politique de la fin du Moyen Âge en faisait sa doctrine. Mais de quel amour peut-on aimer ses rois ? Une enquête dans la littérature doctrinale, mais aussi dans les actes de la pratique permet de mieux définir cette rhétorique de l'ordo politicus où se nouent amour naturel et sentiment national. Une comparaison entre la France et la Castille permet de mettre en avant la prééminence d'un modèle parental dans cette injonction à aimer la patrie comme on aime le roi, parce qu'il est le père du peuple.

  38. 79

    10 - Politiques de l'amour : Les révoltes de l'obscène (XIVe-XVe siècles)

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour10 - Politiques de l'amour : Les révoltes de l'obscène (XIVe-XVe siècles)RésuméPeut-on échapper à la censure et à l'autorité en se « réalisant sexuellement », ou en en parlant librement ? En 1975, au moment où Pier-Paolo Pasolini écrivait son poignant « j'abjure la Trilogie de la vie », Michel Foucault mettait en doute cette « l'hypothèse régressive ». C'est dans ce contexte d'une libération sexuelle à la fois affirmée et désenchantée que doit être compris le succès public du Montaillou d'Emmanuel Le Roy Ladurie. Mais une relecture des registres de Jacques Fournier, en regard des fabliaux et autres contes érotiques issus de la révolution narrative de Boccace, permet de reconsidérer les rapports entre violence et dérision et, partant, de redéfinir la portée politique de ces révoltes de l'obscène.

  39. 78

    09 - Politiques de l'amour : Les amoureux du bien public (XIIIe-XIVe siècles)

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour09 - Politiques de l'amour : Les amoureux du bien public (XIIIe-XIVe siècles)RésuméDu dolce stil nuovo envisagé comme exercice collectif d'une poésie du savoir à la métaphysique de l'amour déployée dans la Commedia, Dante n'a jamais cessé de « penser amoureusement ». Cette conjonction entre l'expérience amoureuse et la doctrine de l'intelligence peut être décrite de manière hautement spéculative. Tout en rendant compte de ses enjeux philosophiques, on tente ici de la ramener à ses conséquences sur l'organisation politique : comment penser et agir ensemble en contexte communal ? Si les citoyens y sont liés par des amitiés obligeantes, c'est d'abord à leurs dirigeants d'aimer la justice.

  40. 77

    08 - Politiques de l'amour : Décoder l'amour courtois (XIIe-XIIIe siècles)

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour08 - Politiques de l'amour : Décoder l'amour courtois (XIIe-XIIIe siècles)RésuméRédigé dans le dernier quart du XIIe siècle, le De amore d'André le Chapelain fut longtemps considéré comme le code de l'amour courtois. S'interrogeant sur la notion même de code amoureux pour caractériser un mouvement littéraire et un style de vie, on entreprend d'en déchiffrer l'interprétation, en prêtant attention à l'histoire de sa transmission jusqu'à la fin du XIIIe siècle, mais aussi à celle des équivoques de lectures et des censures que suscitent son dialogisme et son ironie. On contribue ainsi à le décoder, au sens où sa valeur normative est remise en cause, en faveur d'une lecture plus sociale de son fonctionnement politique, entre l'école et la cour, l'Église et le roi, mais aussi entre la « mouvance » de Troyes (où Chrétien de Troyes n'est peut-être qu'un « nom de code ») et la capitale capétienne.

  41. 76

    07 - Politiques de l'amour : Aimer et servir : l'emprise féodale (XIe-XIIe siècles)

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour07 - Politiques de l'amourRésuméDans cette deuxième partie du cours, on cherche désormais à scander, de manière chronologique, une histoire des pouvoirs au prisme des langages de l'amour. Aux XIe-XIIe siècles, ceux-ci parviennent à reformuler de manière plus affective l'amitié politique. De cette emprise féodale, où aimer apprend à servir, et où la domination s'enchante en dépendance honorable, la lyrique occitane est peut-être le laboratoire textuel. En s'attachant en particulier aux premières formulations de l'art des troubadours (et notamment des cansos de Guillaume IX d'Aquitaine), on s'attache à redéfinir la consistance politique de cette société féodale, entre rivalité, subjectivité et sujétion.

  42. 75

    06 - Politiques de l'amour : En attendant Valentin

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour06 - Politiques de l'amour : En attendant ValentinRésuméLa poésie amoureuse de la Saint-Valentin est une tradition littéraire qui s'est d'abord exprimée à la fin du XIVe siècle, dans l'Angleterre du règne de Richard II. En suivre les transformations jusqu'à Shakespeare et Thomas Hardy et aux « valentinages » des sociétés rurales traditionnelles permet de pose à nouveau frais la question de l'acculturation culturelle des modèles courtois. Mais ceux-ci doivent aussi se comprendre dans une dimension plus strictement politique, mettant en jeu les notions d'élection et de délibération, de Chaucer à Christine de Pisan.

  43. 74

    05 - Politiques de l'amour : « Et le roi de France l'aimait comme son âme »

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour05 - Politiques de l'amour : « Et le roi de France l'aimait comme son âme »RésuméEn 1187, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste manifestèrent leur joie de se retrouver avec des marques si spectaculaires d'affectivités que le roi Henri II se déclara « profondément étonné par l'amour véhément qui existait entre eux et se demandait ce qu'il pouvait signifier ». La lecture rapprochée de cet épisode narré par le chroniqueur Roger de Howden permet de poursuivre le travail de l'interprétation, en se demandant si les codes de l'amour aristocratique ne se laisse pas parfois déborder par d'autres formes d'amitié, et en posant la question des rapports entre norme sexuelle et subjectivité. Peut-être n'ordonne-t-on pas sans danger un système politique par le langage de l'amour.SommaireOrgane de la parole et fonction du langage : dedans, dehors (Martin Rueff, Au bout de la langue, Paris, 2024)Vellicare linguam : du Livre des baisers de Jean Second (1541) à Belle du Seigneur d'Albert Cohen (1968), « langues en combat, mêlées de tendre haine »Tirer la langue, couper la parole (Robert Jacob, « Bannissement et rite de la langue tirée au Moyen Âge », Annales ESC, 2000)Le genre des grammairiens et celui de la nature (Jan Ziolkowski, Alan of Lille's Grammar of Sex, Cambridge, 1985)Joindre ses lèvres, transmettre le souffle (Yannick Carré, Le Baiser sur la bouche au Moyen Âge. Rites, symboles, mentalités. XIe-XVe siècles, Paris, 1992)Mourir d'amour entre chevaliers (Alain Bray, The Friend, Chicago, 2006)Toujours au bord de la falaise : Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste en 1187 (Stephen Jaeger, The Ennobling Love: In Search of a Lost Sensibility, Philadelphie, 1999)« Il l'a tant honoré, et si longtemps, qu'ils prenaient chaque jour leurs repas à la même table et dans le même plat, et le soir le lit ne les séparait pas »La table, le lit et la privauté : historiciser chaque objet de la scèneSi l'amour ennoblit, de quoi s'inquiète Henri II ? Intrigues familiales entre Plantagenêts et CapétiensQuand l'un boit la tasse, l'autre accumule les prouesses : hiérarchie féodale et gloire courtoiseEt in lectibus non seperabat eos lectus : l'exploit chevaleresque d'un amour intensément empêchéOn n'ordonne pas sans danger un système politique par le langage de l'amourQue signifie « faire drüerie » ? (John Baldwin, Les Langages de l'amour au temps de Philippe Auguste, Paris, 1997)« Souviens-toi de la chute de Sodome » : Richard Cœur de Lion, au bord du roman chevaleresqueSur l'imputation d'homosexualité (William Burgwinkle, Sodomy, Masculinity and Law in Medieval Literature: France and England, 1050-1230, Cambridge, 2004)« Fatigués mais pas rassasiés » : une perfidie de Richard de Devizes (Michèle Brossard-Dandré et Gisèle Besson, Richard Cœur de Lion. Histoire et légende, Paris, 1989)Quand une fiction politique s'immisce dans la chronique (Jacques Rancière, Les Bords de la fiction, Paris, 2017)« L'unanimité sereine des chroniqueurs » et l'hypothèse d'une « sous-culture gay » (John Boswell, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité. Les homosexuels en Europe occidentale, des débuts de l'ère chrétienne au XIVe siècle, Paris, 1985)Troubler la périodisation et dénoncer la « fiction de la morale judéo-chrétienne » : malgré l'essentialisation, le soutien critique de Michel FoucaultSexualité, exigence de vérité et subjectivité (Damien Boquet, « L'amitié comme problème au Moyen Âge », dans Une histoire au présent : Les historiens et Michel Foucault, Paris, 2013)Contre « l'instance du sexe », de nouvelles dispositions des corps et des plaisirsSodomie et sentiment : où est le véritable scandale ? (Damien Boquet, « Sentiment amoureux et homosexualité au XIIe siècle : entre dilemme et malédiction », dans Vivre dans la différence, Avignon, 2007)L'amour des hommes entre eux et l'universel de l'amour (Mathieu Riboulet, « À contretemps, décidément », Monstre, 2010)Dilexit eum rex quasi animam suam : du triangle Henri II-Richard Cœur de Lion-Philippe Auguste à Saül-Jonathan-David (Stephen Jaeger, « L'amour des rois : structure sociale d'une forme de sensibilité aristocratique », Annales ESC, 1991)L'ami comme « autre soi-même » : de l'amitié délectable à la passion mesurée (Bénédicte Sère, Penser l'amitié au Moyen Âge. Étude historique des commentaires sur les livres VIII et IX de l'Éthique à Nicomaque (XIIIe-XVe siècles), Turnhout, 2007)Amitiés cicéroniennes et affections du politique (Régine Le Jan, Amis ou ennemis ? Émotions, relations, identités au Moyen Âge, Paris, 2024)« Car je t'étreignais, frère bien-aimé, non de corps mais de cœur. Je t'embrassais non par contact des lèvres mais par un affect de l'âme » (Damien Boquet, L'ordre de l'affect au Moyen Âge. Autour de l'anthropologie affective d'Aelred de Rievaulx, Caen, 2005)« Être ami, c'est être deux fois » : Montaigne, Étienne de la Boétie, Marie de Gournay.

  44. 73

    04 - Politiques de l'amour : La noblesse des sentiments

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour04 - Politiques de l'amour : La noblesse des sentimentsRésuméSi l'amour est le roman de fondation de l'Occident, il en exprime les hantises politiques bien davantage que l'assurance de son édification morale. C'est le cas dans Belle du seigneur d'Albert Cohen, mais aussi, trente ans avant, dans L'Amour en Occident de Denis de Rougemont. On entreprend à partir de là une analyse du fole amor telle qu'il se déploie dans les différentes versions de Tristan et Iseut aux XIIe et XIIIe siècles, en s'interrogeant sur les déplacements qu'elles opèrent dans les trajectoires du désir entre l'amour, la mort et la guerre. De là un questionnement sur l'historicité des catégories de l'amour courtois, mais aussi sur la fonction anoblissante d'un sentiment à la fois intense et distancié.

  45. 72

    03 - Politiques de l'amour : Sur l'air de ne pas y toucher

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour03 - Politiques de l'amour : Sur l'air de ne pas y toucherRésuméL'amour dans le mariage repose-t-il sur un partage entre le charnel et le spirituel, ce qui supposait que la femme puisse se donner à son époux « sans aucun frémissement de l'âme » (Georges Duby) ? Malgré les efforts des moralistes, le Moyen Âge éprouva l'impossibilité de cette séparation, comme l'atteste la vogue des commentaires du Cantique des cantiques, du XIIe au XVIe siècle, où la volonté de déplacement allégorique du désir ne fait jamais taire la véhémence de l'amour. On en étudie certains motifs, guidé par la notion d'expérience résultant de l'effort exégétique, en s'intéressant moins au sens caché qu'à son effet anthropologique et social. Car de l'expulsion du jardin d'Éden à l'intériorisation d'un jardin clos érotisé, le corps y apparaît bien comme le lieu du nouage entre poétiques et politiques de l'amour.

  46. 71

    02 - Politiques de l'amour : Trouble dans la charité

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amour02 - Politiques de l'amour : Trouble dans la charitéRésuméDans l'Andalousie du XIe siècle, et face à l'effondrement de l'empire, Ibn Hazm pense en même temps la division politique et la dissension amoureuse. Car l'amour est une fitna, et un « secret replié » réside dans les mots qui le disent, ou qui échouent à le dire. On discute la puissance et les limites d'une historiographie de la domination ecclésiale qui fait de l'opposition entre caro et spiritus la matrice analogique de la société chrétienne. Car l'ambivalence niche toujours au cœur du lexique de l'amour en empêchant de séparer la part érotique de l'amour charitable, sinon par un effort moral qui intéresse assurément l'Église, mais sans doute moins l'histoire.

  47. 70

    01 - Politiques de l'amour : L'amour après la peste

    Patrice BoucheronHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleCollège de FranceAnnée 2023-2024Politiques de l'amourDu XIIe au XVIe siècle, d'une réforme à l'autre, mais aussi d'une renaissance à l'autre, les langages de l'amour investissent massivement les littératures européennes. Ne constituent-ils pas de ce fait la langue commune du politique, définissant de manière affective les rapports sociaux, entre convoitise et révérence, ferveur et vénération ? En tentant de comprendre ce qu'aimer veut dire au Moyen Âge, le cours de cette année mettra l'histoire de la subjectivité politique à l'épreuve des nouvelles approches historiographiques en matière de genre, d'émotions et de sexualité. Et ce par l'exploration de nouveaux corpus documentaires éclairant l'articulation entre arts de gouverner et arts d'aimer, la politisation du sentiment amoureux étant envisagée comme matrice des littératures du réveil de l'engagement politique.01 - Politiques de l'amour : L'amour après la pesteRésuméDe l'épidémie au mal d'amour, l'une et l'autre sans remède, circule un même imaginaire de la contamination et de la fascination. C'est à l'étudier dans les doctrines et les langages de l'amour médiéval qu'est consacrée cette première séance introductive, pour placer l'objet d'étude entre fantasmes et fantaisies, mais aussi entre fictions et expériences politiques. Cet intérêt pour la métaphysique de l'amour ne doit pas éloigner d'une exigence d'histoire sociale. Aussi s'attache-t-on à comprendre cette thématique du regard amoureux à travers des textes (Guillaume de Machaut), des épisodes (le « coup de foudre » de Charles VI pour Isabeau de Bavière en 1385) et des images (les descchi da parto), comme ordo amoris et comme force d'effraction.SommaireLa peste, après la peste, l'amour après la peste : retour sur Guillaume de Machaut et MachiavelPendant la peste, contre la peste, avant la peste : l'incendie d'un cœur amoureux, vrai prologue du DecameronQu'est-ce que l'obscène ? Le retournement grotesque du dispositif boccacienLe sexe, l'effroi et le fascinus : les Priapées d'Arthur Forgeais (Zrinka Stahuljak, L'Archéologie pornographique. Médecine, Moyen Âge et histoire de France, 2018)Moralisme des anciens, moralisme des modernes : pour une histoire sociale et inclusive des politiques de l'amourDante et l'ordo amoris : la métaphysique de l'amour comme principe universel du mouvementPourquoi tomber amoureux ? Thomas d'Aquin et la force d'amour : « être attiré vers ce qui agit sur nous »Il n'y a pas de remède à l'amour : amor hereos et fascinatio de Constantin l'Africain à Marsile Ficin (Aurélien Robert, « Fascinatio », dans Mots médiévaux offerts à Ruedi Imbach, 2011)Gabriel Garcia Marquez, L'Amour au temps du choléra : la contamination du mal d'amourDe la physiologie à la phénoménologie de l'amour : le plus intense des vécus de conscience« L'acte d'un regard qui se rend à un autre regard en une commune insubstituabilité » (Jean-Luc Marion, Prolégomènes à la charité, 1983)Histoire d'un regard : le « coup de foudre » de Charles VI pour Isabeau de Bavière en 1385 (Paris 1400. Les arts sous Charles VI, 2004)Histoire de l'œil : l'effraction du désir (Michael Camille, L'Art de l'amour au Moyen Âge. Objets et sujets du désir, 2000)Histoire d'une idole : le Livre du Voir Dit de Guillaume de Machaut, simulacre (Jacqueline Cerquiglini-Toulet éd., 1999) et claustration (Alain Corbellari, dans Le Moyen Âge, 2022)Histoire d'un objet : Vénus vénérée sur un plateau d'accouchée, vulnérable dans son triomphe (Christiane Klapisch-Zuber, Mariages à la florentine. Femmes et vie de famille à Florence (XIVe-XVe siècle), 2020)Les littératures du réveil : arts de gouverner et arts d'aimerLe « réveil d'Entendement » d'Alain Chartier et Le Débat de réveille matin« Avoir la puce à l'oreille » : qu'entendre par là ? (Emma Cayley, Debate and Dialogue: Alain Chartier in his Cultural Context, 2003)Veille, vigilance et antécédence (Jean-Baptise Brenet, Demain la veille, 2023)Fictions, fantasmes ou fantaisies ? (Barbara Rosenwein, Love. Histoire d'un sentiment, 2023)Puritanisme, pornographie, sentimentalisme : deux livres de 1977 (Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux ; Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, Le Nouveau Désordre amoureux)Les luttes féministes et la repolitisation de l'intime (À propos d'amour de Bell Hooks, 2022)Actualité et inactualité des politiques de l'amour : quand « les mots font l'amour » (Raymond Queneau, Les Fleurs bleues, 1965).

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    Conférence - David Nirenberg : Antijudaism, Critical Thought, and the Possibility of History

    Patrice BoucheronCollège de FranceHistoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècleAnnée 2022-2023Conférence - David Nirenberg : Antijudaism, Critical Thought, and the Possibility of HistoryIntervenant(s)David Nirenberg, Director and Leon Levy Professor, Institute for Advanced Study, PrincetonConférence en anglais, organisée en collaboration avec le LEM (Laboratoire d'étude sur les monothéismes, UMR 8584).In my book Antijudaïsme (Labor et Fides, 2023), I proposed that we should understand the long history of Anti-Judaism not merely as the history of a prejudice, but also as the history of our Western religions (such as Christianity and Islam), philosophies (such as Idealism and Marxism), ethics and ideals. If this is true, then how can we be sure that our critical thought is truly critical? And how can we write history that helps us achieve the capacity to critique Anti-Judaism in the present, rather than reproducing it?

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    12 - Après la peste noire

    Patrice BoucheronCollège de FranceAnnée 2021-2022La peste noireRésuméPrenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

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    11 - Après la peste noire

    Patrice BoucheronCollège de FranceAnnée 2021-2022La peste noireRésuméPrenant la suite du cours de l'année précédente (« La peste noire »), ainsi que des trois journées d'études qui l'ont accompagné (« Nouvelles recherches sur la peste noire »), l'enseignement de cette année tentera d'en tirer toutes les conséquences du point de la narrativité du récit historique et de ses causalités. Plongeant dans la mémoire archivistique et textuelle de l'événement (la peste noire entre 1347 et 1352, entendue comme le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste), mais aussi dans les archives du vivant comme dans toutes celles que met désormais à disposition les sciences de l'environnement, la réflexion de l'année dernière a fait subir au récit traditionnel différents débordements disciplinaires. Dès lors se pose la question du point de vue : à quelle hauteur raconter cette histoire à la fois globale et discontinue ?C'est en convoquant à nouveaux frais les recherches sur la conjoncture politique, économique et sociale, mais aussi spirituelle et religieuse du temps de peste que nous tenterons de répondre à cette question. Elle embrasse à la fois des questions que l'historiographie se pose depuis longtemps (la crise de la fin du Moyen Âge, son rapport avec la réorganisation des pouvoirs publics) et d'autres plus récents, relatifs notamment aux paysages et à l'habitat, à l'environnement d'une manière générale, à l'histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes. Elle propose de saisir toute cette histoire non seulement après ou d'après la peste, mais depuis elle, comme événement, comme durée et comme temporalité.

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ABOUT THIS SHOW

Patrick Boucheron est né en 1965, à Paris. Après des études secondaires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés) puis au lycée Henri IV (Paris), il entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud en 1985 et obtient l'agrégation d'histoire en 1988. C'est sous la direction de Pierre Toubert qu'il soutient en 1994 à l'université de Paris 1 sa thèse de doctorat d'histoire médiévale, publiée quatre ans plus tard sous le titre Le pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, École française de Rome, 1998 (Collection de l'EFR, 239).Maître de conférences en histoire médiévale à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud de 1994 à 1999, puis à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne à partir de 1999, il fut membre junior de l'Institut universitaire de France de 2004 à 2009. En 2009, il soutient à l'université de Paris 1 une habilitation à diriger des recherches intitulée La trace et l'aura et est élu professeur d'hi

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