PODCAST · science
La nuit porte Conseil • Fréquence Terre
by La nuit porte Conseil • Fréquence Terre
La Radio Nature • Info environnement, musiques du monde, ambiance Nature
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« Où qu’on va après ? » de Chantal Dupuis-Dunier
Depuis la nuit des temps, les êtres humains se demandent ce qu’ils vont devenir après leur mort. Retour en poussière ? Paradis ? Enfer ? Néant ? Compost ? Jusqu’à présent, exceptions d’expériences de mort imminente (et encore…), personne n’a pu répondre à cette question fondamentale. Alors, laissons aller l’imagination de la poétesse Chantal Dupuy-Dunier, aidée dans son œuvre avec des illustrations d’Elena Ojog, qui, toutes deux, nous mènent dans un sympathique recueil titré Où qu’on va après ? publié aux Éditions L’Idée Bleue et, à présent, par Cadex. J’en ai extrait un passage et une illustration qui, comme l’exprime l’écrivaine se veut une « tentative de réponse poétique et humoristique » : « Ils meurent tous les hommes Ils se retrouvent un jour tous ensemble. Ça me fait tout drôle quand j’y pense : rejoindre au creux d’une poignée de terre des gens qui auraient jamais voulu me serrer la main de mon vivant, nager entre deux eaux avec des hommes politiques qui m’auraient dit : ‘‘ Nous n’avons pas gardé les poissons avec vous ! ’’ Et les écrivains – c’est terrible un écrivain ça s’imagine qu’on n’oubliera jamais ni son nom ni ses livres. Plein d’illusions, l’écrivain ! alors qu’au plus tard dans mille ans, il n’y aura personne pour s’en souvenir ! » Musique : Michaël Mathy.
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Sagesses d’ailleurs (6) : Des Toltèques aux Navajos, quelles leçons !
Dans son essai Sagesses d’ailleurs de Frederika Van Ingen (J’ai Lu), dont il a déjà été question, l’auteure présente en détail les « quatre accords toltèques pour se remettre en harmonie » concoctés par une civilisation ancienne du Mexique, qui fut la gardienne de connaissances et pratiques spirituelles. Ces quatre accords sont destinés, selon elle, à lutter contre nos peurs, à faire tomber nos masques, à nous dépouiller d’un état formaté par des convenances, processus de domestication et autres souffrances. À savoir : Que votre parole soit impeccable : propageons l’amour plutôt que la médisance. Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle. Ne faites pas de suppositions. Posons des questions, plutôt. Faites toujours de votre mieux. Ni trop en s’auto-flagellant, car on perd de l’énergie, alors que ne pas en faire assez, c’est s’exposer aux regrets et à la culpabilité. Ces accords toltèques sont un enseignement qui renferme, comme d’autres évoqués dans le livre, la Connaissance universelle. Pour clore cette chronique, voici Lorenza Garcia et les Indiens Navajos, qui l’accueillirent comme une amie. Ainsi, quand elle entra dans le hogan, c’est-à-dire le temple des Navajos, là où elle resta neuf jours et neuf nuits, on lui dit : « Reste avec nous, et quand tu rentreras dans ton pays (en France), tu diras qui nous sommes. » Elle appris à « cultiver » avec ces femmes et hommes-médecins, ce verbe symbolisant pour eux un cercle à l’intérieur duquel se trouvent la beauté, la joie, la compassion, la prospérité, l’amour, la conscience, la santé, l’harmonie et l’humour. Tant que l’être humain est en lien avec cela, dit-elle, il est une voie de passage entre le Ciel et la Terre, il est en lien avec ce que la Nature lui a donné. Et, cultiver, c’est trouver ou retrouver la paix en soi, réparer plus que jamais, collectivement. Pour info à ce sujet : https://www.youtube.com/watch?v=nVP4Mfge6vw Musique : http://www.michaelmathy.be/#music
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Un écosystème très particulier
Ils sont quelque 3 à 4 millions d’initiés à la Franc-Maçonnerie dans le monde, dont 180 000 en France, 26 000 en Belgique[1], des Sœurs et Frères réunis en Obédiences qui, chacune, a sa spécificité (exclusivement masculine ou féminine, mixte, faisant référence ou non au Grand Architecte de l’Univers, issue des corporations moyenâgeuses, dite la Franc-Maçonnerie Opérative, ou Spéculative, née à Londres en 1717, travaillant selon tel ou tel rite…) ; des membres de toutes les couches sociales, même si le monde ouvrier et artisanal n’y est pas très fréquent. Et, parmi ces membres, dont le but commun et essentiel est de prôner et d’appliquer, autant que faire se peut, la Fraternité universelle, il y a cet « écosystème très particulier de l’édition maçonnique ». Un monde restreint que décrit, en connaissance de cause, Jiri Pragman, journaliste, auteur, spécialiste de l’Internet maçonnique, chroniqueur à Franc-Maçonnerie Magazine, initié au Grand Orient, qui vient de publier L’édition maçonnique – Quand les francs-maçons lisent et écrivent[2], un très intéressant, voire surprenant, ouvrage sur les us et coutumes, coulisses et rouages de l’édition maçonnique. Celle qui, généralement, est confinée dans le rayon « Ésotérisme » des grandes surfaces ou discrètement (dans le sens de volontairement) dissimulée dans un recoin de librairies. Pourtant, il n’y a pas philosophie plus démocratique et humaniste (un pléonasme !) que la Franc-Maçonnerie, hormis les affairistes qui en usent et abusent, comme dans toute société humaine. Le livre de Jiri Pragman recèle beaucoup de particularités, dans la mesure où cet homme de terrain expose clairement ce que d’aucuns assimilent, à tort, comme des personnages d’un vaste complot mondial ou du copinage éhonté, alors qu’eux aussi, se débattent avec des contrats proposés dont les droits d’auteur ressemblent davantage à une aumône qu’à une juste rétribution, des absences de promotion, des chiffres de vente pas toujours clairs, des diffusions hésitantes ou carrément « sabotées »… En somme, des situations que subissent quotidiennement les travailleurs dans maints métiers et professions. Alors, comment ne pas penser à ce précepte maçonnique pour illustrer cet essai qui intéressera autant le profane que l’initié : « Lis et profite, vois et imite, réfléchis et travaille ; rapporte tout à l’utilité des êtres : c’est travailler pour toi-même. » Musique : Michaël Mathy. [1] Chiffres Wikipedia, 2019. [2] https://www.amazon.fr/L%C3%A9dition-ma%C3%A7onnique-francs-ma%C3%A7ons-lisent-%C3%A9crivent/dp/1099756944/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&keywords=jiri+pragman&qid=1567750660&s=gateway&sr=8-1
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Amazonie : l’hypocrisie des « Grands » (Sagesses d’ailleurs/5)
Pour cette 5e chronique dévolue à l’imposant essai Sagesses d’ailleurs de Frederika Van Ingen (J’ai lu), c’est sa rencontre avec des peuples racines d’Amazonie qui interpelle doublement à l’heure où cette vaste région brésilienne se consume à grands feux. Peuples qu’elle rencontra il y a plus de trois ans et qui situe parfaitement le drame qui se déroule actuellement : « Comment des Indiens qui vivent au fin fond de la forêt amazonienne ont-ils pu développer une remarquable qualité d’écoute et de respect des autres ? » La réponse était simple : « La nature est une école des sens et de l’écoute ». Dans un milieu souvent hostile, ce peuple racine évoluait depuis des siècles avec grande attention, perception et humilité car, dans leur forêt tout était vivant et, pour eux, leur art c’était la vie des gens, leurs flèches, arcs, bijoux, poteries… « Ces peuples n’ont pas besoin d’édifices religieux, soulignait l’auteure, parce qu’ils les ont déjà, c’est la Nature. Pour eux, le rapport au sacré se traduit dans le rapport au vivant, fondé sur le respect de l’harmonie. L’occidental, lui, vit généralement séparé de la nature, voire au-dessus avec un esprit de supériorité. » Comme ces prétendus « Grands » de la planète, en quelque sorte, qui vont débloquer quelques millions d’euros pour jouer les bons apôtres, tenter de masquer leurs turpitudes, leur climato-scepticisme et autre capitalisme effréné. Fin août 2019, La Republica et Le Soir (montage photo) titraient conjointement : « Nous n’avons plus de temps à perdre » mais Frederika Van Ingen, dans ce livre, avait prévu une réponse terrifiante à cette destruction de l’Amazonie qu’elle ne pouvait imaginer il y a quelques années : « Les peuples premiers vivent dans des endroits souvent extrêmes et s’ils ne peuvent plus y vivre, c’est que le reste du monde va mal. » Musique : Michaël Mathy.
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Il n’était pas trop tard (1)
Tout commence par un assassinat. Un poignard planté dans le corps d’un homme allongé dans une chambre d’hôtel. L’assassin a pour but de voler un document dans le portefeuille de la victime. Il y est question de vente d’armes au gouvernement. La scène se déroule de nuit à Shanghaï. « Assassiner n’est pas seulement tuer… » écrit l’auteur. C’est le début d’un roman de réputation mondiale, écrit par un homme dont le nom est gravé en lettres d’or dans l’Histoire universelle : La Condition humaine d’André Malraux. Lire pour la première fois ce chef-d’œuvre dans l’édition de 1946 parue chez Gallimard dont les pages sont jaunies par le temps, fut pour moi une révélation concrète au-delà des informations ponctuelles glanées durant des décennies. Oui, André Malraux fut un auteur génial. Outre l’écriture léchée, c’est la description des personnages, des lieux, de la vie au quotidien, qui est époustouflante avec, par exemple : « Cachés par ces murs, un demi- million d’hommes : ceux des filatures, ceux qui travaillent seize heures par jour depuis l’enfance, le peuple de l’ulcère, de la sclérose, de la famine. » Il n’était donc pas trop tard de lire ce texte illustre de plus de 400 pages, qui reste d’actualité sous divers aspects. Un texte qui se poursuit par les minutieux préparatifs et l’insurrection. André Malraux (1901-1976), essentiellement autodidacte, journaliste anticolonialiste et militant antifasciste, écrivit encore : « L’ordre ! Des foules de squelettes en robes brodées, perdus au fond du temps par assemblées immobiles : en face, les deux cent mille ouvriers des filatures, la foule écrasante des coolies. Il n’y a pas de dignité possible pour un homme qui travaille douze heures par jour sans savoir pour qui il travaille. » Et pendant que des ouvrières et ouvriers brandissent des bannières réclamant l’arrêt du travail pour les enfants au-dessous de 8 ans et le droit de s’asseoir pour les ouvrières des filatures, une européenne confie à son amant : « Il n’y a rien de plus prenant chez un homme que l’union de la force et de la faiblesse. Les hommes ont des voyages, les femmes ont des amants. Et ce que les hommes appellent charme et compréhension, c’est la soumission de l’esprit. » Musique : Michaël Mathy.
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« Petits contes pour maçons sages » par Dorian Decker (Éditions F. Deville)
Depuis l’incendie à Notre-Dame de Paris, on n’a jamais autant parlé de maçons ! À vrai dire, de Bâtisseurs, de Compagnons, de Maçons ou Francs-Maçons moyenâgeux et de leurs descendants en ce XXIe siècle. Au-delà des polémiques concernant les dons faramineux alloués par des multinationales et grosses fortunes pour la restauration dudit édifice, c’est l’occasion de sortir de ces débats en lisant Petits contes pour maçons sages de Dorian Decker paru aux Éditions F. Deville. Et, comme le stipule l’auteur, cet ouvrage peut s’envisager sous deux angles : comme un enseignement sur une tradition pluriséculaire ou comme un clin d’œil humoristique. Ou les deux, en somme. Ainsi, deux amis d’un même atelier étaient en conflit. Ils s’adressèrent au chef pour régler leur différend. Le premier s’entendit dire qu’il avait raison. Le deuxième entendit la même réponse. Alors, une troisième personne fit remarquer au chef qu’ils ne pouvaient avoir raison tous les deux. Réponse : « Toi aussi, tu as raison ! ». Autre conte : un riche amena son fils au sommet d’une montagne et en balayant d’un geste lui dit : « Un jour, tout cela t’appartiendra mon fils. » Un sage fit de même avec son enfant et lui dit tout simplement : « Regarde » avant de redescendre dans la vallée. Un troisième court récit plein de sagesse : un très vieil ami déclara à la ronde qu’il gardait toute la force de sa jeunesse. « Comment le sais-tu ? » lui demanda son entourage. « C’est simple. Quand j’étais jeune, je ne pouvais soulever cet imposant bloc de marbre et, aujourd’hui, je n’y parviens pas non plus. » Le conte titré « Les Perroquets » vaut son pesant d’or ! Un marchand d’oiseaux vendait un perroquet à 50 000 euros parce qu’il pouvait réciter les Évangiles à la demande. Un autre coûtait 100 000 euros car, en plus des Évangiles, il récitait le Coran et le Talmud. Un troisième perroquet valait un million d’euros. Pourtant, il était un peu miteux, âgé et muet. Le motif de cette somme astronomique ? Ne le dévoilons pas au risque de gâcher le plaisir d’en découvrir la maîtresse raison ! Il en va ainsi avec soixante-cinq contes qui abordent le silence, le métier, le bonheur, le malheur, la philosophie, la lune, le soleil, l’égoïsme, mais, aussi, l’essentiel et le futile. Ce qui n’est pas inintéressant par les temps présents. Musique : http://www.michaelmathy.be/#music Éditions F. Deville : https://abao.be/shop/fdeville/
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Un art majeur offert par la Nature
Si vous êtes de passage ou résidez dans la Capitale de l’Europe, il vous reste jusqu’au 21 avril 2019 pour découvrir au Musée du Cinquantenaire une extraordinaire exposition dédiée à l’art inca. En effet, on y découvre que le textile tenait une place considérable dans les Andes. Plus précieux que la céramique ou le métal, il constituait un support de communication important. L’art textile, considéré comme un art majeur, fut à l’origine de tous les arts plastiques. Il influença l’architecture, la céramique ainsi que la métallurgie. Symboles de pouvoir et de prestige, utilisés comme offrandes funéraires ou biens d’échanges, des tissus servaient bien plus qu’à s’habiller. Ainsi, offrir un textile était considéré comme un acte d’importance. Les plus anciens textiles apparurent dès le 8e millénaire av. J.-C. et furent fabriqués à partir de fibres végétales dures comme le jonc, le roseau ou les fibres de cactus. Au 4e millénaire av. J.-C. ce furent les premières utilisations du coton sur la côte et de la laine de lamas, d’alpagas dans les Hautes Terres. Aujourd’hui, hélas, le synthétique semble supplanter ce que Dame Nature offre de magnifique à l’être humain depuis des millénaires. Musique : http://www.michaelmathy.be/#music Photos : Pierre Guelff
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POUR et Fréquence Terre : « Les gens qui ne sont rien »
Jean-Claude Garot, fondateur de POUR : « Créons un autre média que les médias dominants ! » (Photo Marie-Paule Peuteman) https://frequenceterre.com/wp-content/uploads/POUR_Avril_2019.mp3 Notre partenaire de média libre et indépendant POUR (Écrire la liberté !) tire un premier bilan de sa renaissance en 2015, l’extrême droite avait bouté le feu à ses installations, rotatives y comprises, dans les années 80, POUR, donc, a fameusement développé son auditoire avec, outre le magazine, via les réseaux sociaux avec des vidéos et dossiers ciblés, mais, également des conférences et rencontres citoyennes. La page POUR affiche 100 000 abonnés sur Facebook, et, comme le signale son fondateur, Jean-Claude Garot : « On essaie d’éviter la langue de bois. Nos arguments sont tellement étayés que nous ne craignons pas le moindre procès ! POUR c’est créer un autre média que les médias prépondérants et nous proposons aux citoyens certains témoignages qu’ils ne trouveront pas chez ces derniers. » En voici un pour l’exemple, celui de Riccardo Petrella, figure emblématique de l’alter-mondialisme : « Si nous ne changeons pas nos dirigeants, la Société, nous-mêmes, on aura la guerre ! Car, la guerre, ça rapporte à certains… » Françoise Tulkens, magistrate, ajoute : « Il ne faut pas oublier que c’est le politique qui forme l’opinion publique car c’est lui qui choisit ce qui lui convient ! » Et puis, cerise sur le gâteau, POUR a reçu en exclusivité la chanson « Les gens qui ne sont rien » de Romain Maron et que Fréquence Terre transmet à son tour à nos auditeurs (merci à POUR et à Romain Maron !) : Photo extraite de la vidéo « Les gens qui ne sont rien » de Romain Maron. « On est dans la merde, on n’a plus rien à perdre… (…) Le sang impur, la Marseillaise, je préfère les timbales de la lutte finale, bien sûr… (…) Les sciences et les arts c’est pas des dollars… » Vidéo : Romain Marion, auteur, compositeur et interprète : « Pour ceux qui apprécient la chanson française » (Site de Skyrock, concerts au Caveau des Artistes à Paris).
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Alain Pozarnik : « Le sage est aussi est un mammifère » (2)
« Nous sommes dans une époque où l’Être est oublié, une époque privée d’Être, embourbée dans les formes extérieures et le paraître. Une époque de détresse (…), déterminée par les technologies et technosciences où l’homme-animal, indigent, est envahi par les ténèbres de la nuit sans lumière au loin comme phare directeur. (Alors) Il ne s’agit pas de nier le monde, la société ou l’être humain en tant que réalité mais au contraire de les appréhender avec plus de justesse pour les rencontrer dans leur totalité avec plus d’harmonie et de bonheur (…) » écrit Alain Pozarnik dans Philosophie, méthode et pratiques initiatiques (Éd. Dervy). Mais comment vaincre les vertiges de nos habitudes pour vivre une telle aventure ? Comment agir si nous voulons faire partie des êtres qui ont progressé en conscience et en sagesse ? se demande l’auteur. Une de ses réponses est : « Il faut réellement, intentionnellement, oser lâcher nos repères, nos habitudes, nos convictions sans en saisir d’autres au passage (…) Juste être silencieux, ne plus écouter les vieux bruits si familiers auxquels nous nous identifions tant que nous devenons nous-même le tohu-bohu de la pensée. » Quel chemin emprunter ? « Votre succès dépend surtout de votre sagacité à entreprendre, à vous aventurer, à devenir (…) Si nous voulons vraiment connaître la réalité du monde, il nous faudrait d’abord nous connaître… » Autre constatation d’Alain Pozarnik digne d’une grande attention : « Le sage ne porte pas de jugement de valeur. Il sait ce qu’est le comportement des autres humains car il fait partie lui-même des mammifères. » Et, tournant important du livre : « La vraie question à résoudre n’est donc pas celle de la place de notre ego parmi d’autres ego, mais : est-il possible de vivre dans ce monde sans que nous ressentions des oppositions, des divisions, des conflits ? » Poser la question est y répondre, dit-on communément un peu trop facilement car, l’impressionnante somme de propos tenue par l’auteur démontre que si le choix est conséquent, faut-il encore trouver le juste milieu et, surtout,le mettre en pratique de manière adéquate. « À savoir, explique-t-il, la seule attitude raisonnable est de nous interroger sur l’origine de nos fonctionnements, de comprendre l’horreur de leurs influences et de les abandonner dans notre silence, pour les dépasser par une autre forme de vie. » Certes, il avoue que ce n’est pas si simple à appliquer, mais, promet-il, partir à l’assaut des stratégies qu’il propose devrait donner des résultats tangibles. À une condition, au moins : « Vous êtes en train de lire, de comprendre et d’apprendre, mais soyez en même temps en train de vivre, d’expérimenter, de ressentir, de vibrer, pas seulement de savoir. » La symbiose entre le spéculatif et l’opératif paraît être une étape essentielle dans notre orientation vers les trois concepts Sagesse, Connaissance et Vérité, socle de l’édifice de la pensée universelle qui éviterait tant de conflits, misères, drames sociaux et autres. « Nous ne jugeons plus, ne critiquons plus, ne voulons plus rien que préserver ou laisser être notre Être, notre ‘‘soi’’ qui a pris sa place dans ‘‘l’univers’’. C’est le début d’une véritable initiation, d’une véritable sagesse, d’une véritable connaissance. » Rencontre avec Alain Pozarnik effectuée à la Librairie-Salon de thé abao à 1170 Bruxelles. Musique : http://www.michaelmathy.be/#music
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Où en sont les Verts depuis 1974 ?
Voici la quatrième et dernière chronique consacrée à l’essai Une histoire de l’écologie politique – De René Dumont à Nicolas Hulot » d’Arthur Nazaret (Éditions La Tengo) et reprenons avec José Bové qui fit un tabac dès 1999 après avoir fait ses armes, si je puis dire, au Larzac, et devint le fer de lance contre le néo-libéralisme et la marchandisation du monde. Il érigea la non-violence et la désobéissance civile en mode d’action, dont les fameux arrachages du colza et maïs transgéniques, appliquant, de la sorte, le principe de précaution. Et puis, chassez le naturel et il revient au galop, revoici la bataille, le terme est choisi, entre les écolos partisans du « non » aux élections européennes et ceux du « oui », dont Daniel Cohn-Bendit. Les insultes fusèrent, Nicolas Hulot regardait tout ça sans encore s’y mêler. Al Gore apparut avec son documentaire « Une vérité qui dérange » et, petit à petit, l’écologie française sortit d’une marginalité dans laquelle elle avait replongé. Tour à tour, il y eut le « Pacte écologique » initié par Nicolas Hulot, le Grenelle de l’environnement du président Sarkozy, la création d’Europe-Écologie-Les Verts, qui connaîtra un succès fulgurant. Aux élections, les écolos étaient à un souffle du PS, puis aux régionales de 2010, ils plafonnaient quelque peu. Eva Joly se lança dans l’arène mais, accrochez-vous, certains osaient lui trouver « un accent nazi à la de Funès dans La Grande Vadrouille ». Elle s’écrasa alors que François Hollande l’emportait et que Cécile Duflot entrait dans son gouvernement comme ministre, tenez-vous bien, du Logement ! La saga des écologistes français se poursuivit et Nicolas Hulot accepta l’offre d’Emmanuel Macron de devenir Ministre de la Transition écologique. Il tint le coup, vaille que vaille, du 17 mai 2017 au 27 août 2018, puis, au micro de France Inter, il lâcha : « Je prends la décision de quitter le gouvernement. » Ce livre débuta par « L’utopie ou la mort » de René Dumont en 1974 et, fin 2018, le gouvernement Macron déclarait « Le temps de l’utopie est décrété ». Un demi-siècle entre ces deux déclarations et où en sont les écologistes politiques français, peut-on légitimement se demander, alors que leurs collègues cartonnent dans de nombreux autres pays ? Musique : http://www.michaelmathy.be/#music
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« Les cris du Mouvement d’écologie politique – français – sont aussi efficaces qu’un seau arrosant le désert ! »
« Une histoire de l’écologie politique – De René Dumont à Nicolas Hulot » (2) d’Arthur Nazaret (Éditions La Tengo) Voici la deuxième chronique consacrée à l’excellent essai Une histoire de l’écologie politique – De René Dumont à Nicolas Hulot » d’Arthur Nazaret (Éditions La Tengo) et en cette fin des années 70 quand les écologistes se posaient toujours la triple question par rapport à leur engagement politique : subversion ou participation ? Se structurer en parti ou multiplier les manifs et rassemblements ? S’allier à la gauche ou non ? Ce fut alors qu’un certain Brice Lalonde entra dans la danse et déclara : « L’écologie ne saurait se borner à la préservation de la nature, elle doit s’attaquer aux racines du mal, c’est-à-dire au productivisme qu’induit la course au profit du monde occidental. » Dans la foulée, il sera aussi question d’autogestion communale, référendums communaux, élimination progressive de la circulation automobile privée en ville… Aux élections municipales de 1977, 9% des suffrages pour les écolos et une belle percée médiatique, puis aux législatives de 1978 et l’arrivée d’ « Écologie 78 » les revendications se font de plus en plus nombreuses : autonomie aux groupes locaux, arrêt du nucléaire, luttes contre le centralisme, l’uniformisation, la planification systématique…, le tout sous les paroles cajoleuses de François Mitterrand. Résultat : la galère avec 2,14%. Aux présidentielles de 1982, Brice Lalonde lança le slogan « Droite ne puis, gauche ne daigne, écologiste je suis », bof, cela fera 3,88% et les écolos seront plus divisés que jamais, se retrouvant quasiment à l’état de groupuscule. Alors, en 1984, ils décidèrent de s’unir et les Verts créèrent une structure idéologique et durable, du moins ils l’espéraient. Par opportunisme, Mitterrand libéra le Larzac de la convoitise des militaires et Plogoff du nucléaire, mais, comme l’écrit Arthur Nazaret : « Les cris du Mouvement d’écologie politique sont aussi efficaces qu’un seau arrosant le désert ». Alors, après des années de tergiversations, le parti écologique français « Les Verts- Confédération écologiste – Parti écologiste » est né. Rainbow Warrior. L’ambition était vaste avec une véritable révolution : « La conquête du pouvoir se fera avec des fleurs, pas des fusils » sera-t-il précisé. Las, aux élections européennes de 1984, surtout le FN attirera l’attention avec ses 11% ! Les écolos français étaient exsangues, ils en appelèrent à leurs collègues allemands et belges, René Dumont, 82 ans, reprit du service, mais les écolos coulèrent aux législatives et régionales de 1986, à l’instar du Rainbow Warrior, lui, coulé par l’État de Mitterrand le pseudo-socialiste. Même Tchernobyl et le nuage dangereux qui se serait arrêté, pile, à la frontière de l’Hexagone, ne mit pas les écolos sur le devant la scène. C’est dire combien tout cela manquait d’unité, de stratégie, de conviction, dans le fond. Et puis, un certain Antoine Waechter pointa le bout de son nez… La suite de cette saga dans les prochains jours. Musique : http://www.michaelmathy.be/#music
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« On n’élabore pas une société humaine sur des cadavres »
Une fois n’est pas coutume, c’est d’un média que je vous entretiens dans cette chronique. Et, pas n’importe lequel puisque, depuis 1961, date de sa fondation, il poursuit sa diffusion dans les dédales de la société. Il s’agit du mensuel de l’Union Pacifiste qui, en ce mois de février 2019, en est à son respectable 566e numéro. Soit, des milliers de pages entièrement dévolues à prôner la paix, la fraternité universelle, l’arrêt des armements et des lobbies qui gravitent en compagnie de ces industries semant la mort et, bien entendu, de certains politiciens qui, comme des rapaces, s’alimentent copieusement à leurs mannes. Si le ton de ce mensuel est forcément militant, parfois mordant et caustique, sans jamais être blessant ou vulgaire, à l’instar des dessins du regretté Cabu qui y collabora en tant que membre de l’association éponyme, des reportages développent un sujet en profondeur, comme le dernier numéro qui propose « Corée : le long chemin vers la paix », de Bernard Baissat, ancien journaliste à la télévision publique française, formateur à l’Institut national de l’audiovisuel et, encore, aujourd’hui, chroniqueur d’émissions pacifistes à Radio libertaire. Ainsi, on apprend que si les Corées sont coupées en deux depuis des décennies, que des robots tueurs armés d’une mitrailleuse et d’un lance-grenades sont disposés, entre autres armes, j’allais dire « armes terrifiantes », mais c’est un pléonasme, toutes les armes sont terrifiantes, bref, disposées entre leurs frontières, une petite lueur de réunification pointe à l’horizon : « Il faudra attendre encore une génération, mais nous y arriverons », déclara un Sud-Coréen au reporter de l’Union Pacifiste. Et, je ne désire pas clôturer cette rubrique sans oublier la citation qui orne systématiquement de sa richesse symbolique la une de la revue : « S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. » Signé Louis Lecoin (1888-1971), celui qui fit plier le président-général de Gaulle afin qu’il promulgue la loi en faveur de l’objection de conscience. Plus qu’un symbole en vérité, une philosophie de Vie ! www.unionpacifiste.org Musique : http://www.michaelmathy.be/#music
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L’humain d’abord, pas la finance ! (Partenariat avec POUR – Écrire la liberté)
J’ai un profond respect pour la pensée et l’action d’Albert Camus, et si je lis et relis souvent ses œuvres, c’est parce qu’elles sont (re)devenues d’une brûlante actualité et me renforcent dans la nécessité – impérieuse ! – de prôner et de mettre en action des moyens humains et non gérer la société avec des machines et des chiffres qui broient les êtres et la nature au nom du profit. Ainsi, à voir l’état de certains pays, toujours plus nombreux d’ailleurs, dont les principaux dirigeants politiques et les décideurs industriels, financiers, commerciaux, sociétaux… qui, pour les premiers, n’ont pratiquement que les termes élection, réélection et pouvoir comme plan de carrière, et, pour les autres, rendement, actionnariat, dividendes, comme ligne de conduite, un constat d’ensemble s’impose. C’est celui que, tendance devenue majeure, semble-t-il, ces gens sont portés par un esprit nationaliste exacerbé, autoritaire, antidémocratique, tellement éloigné du vivre-ensemble et de la fraternité universelle vu leur quasi indifférence face aux problèmes graves, dont ils sont les sources, tels la dégradation du climat, le fossé qui s’accentue entre les nantis, dont ils font partie, et le peuple, la suffisance qu’ils affichent, les citoyens n’ont plus comme recours que s’organiser du mieux possible pour faire barrage, autant que faire se peut de manière non violente, à ce système de castes indigne et méprisant à l’égard des 99% de la population de la planète. « Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet et ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles… » écrivit Albert Camus. Comme il avait raison quand on analyse l’évolution de la société ces derniers temps. Heureusement, la résistance à cette puissance financière, souvent occulte, ou, disons, discrète, s’organise dans plusieurs pays où il est encore temps de le faire. Ce qui n’est pas le cas, ou alors de manière clandestine, dans des états totalitaires. Alors, ici, grâce à des supports médiatiques alternatifs comme Fréquence Terre, POUR, Fakir, L’Union Pacifiste, Golias Magazine, Les liens qui libèrent, qui est une maison d’édition, grâce à des libres-penseurs non inféodés à des partis politiques, religions, dogmes, grâce à des citoyens porteurs de projets d’avenir, celui-ci peut se bâtir autour d’un slogan que j’ai lu lors d’une manifestation : « L’humain pas la finance ! » À nous d’agir tant qu’il est encore temps, donc. https://frequenceterre.com/wp-content/mp3/chronique-2019-01-09-09-00-00-pierre-L-humain-d-abord.mp3
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L’honnêteté désespérée
Exhumé du fin fond d’une bibliothèque, Littérature du XXe siècle et christianisme de Charles Moeller (Casterman) est un essai qui date de 1954 et est une brique de plus de 400 pages en caractères serrés consacrée à sept auteurs : Camus, Gide, Huxley, Simone Weil, Graham Greene, Julien Green et Bernanos. L’intérêt, pour moi, de lire ce livre jauni par le temps, résida dans le chapitre Albert Camus ou l’honnêteté désespérée qui, à l’époque, était encore de ce monde. L’auteur expliquait : « Si nous devions constater cependant que l’athéisme de Camus n’était pas seulement le fruit de son rationalisme, mais surtout le résultat d’une option contre Dieu, la valeur de son témoignage purement humain en perdrait d’autant. Il faut donc l’interroger soigneusement. » Et c’est ce qu’il fit sur 90 pages ! J’ai beaucoup apprécié que, à l’époque, il y a soixante-cinq ans donc, une certaine mise au point soit déjà faite quant aux relations entre Sartre et Camus : « Comment a-t-on pu embarquer Albert Camus sur la galère de l’existentialisme ? » se demandait Charles Moeller. Une véritable idolâtrie subsiste au cimetière de Montparnasse à l’égard du couple mythique Sartre-de Beauvoir. Il est vrai que ledit Sartre dont on connaissait l’antipathie, l’acharnement et la jalousie féroces à l’égard de l’auteur de L’Étranger, relevaient peut-être de, je cite Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe et résistant : « L’expression de l’image de l’intellectuel engagé qu’il s’échina à transmettre, n’est-ce pas une explication de sa non-résistance entre 1941 et 1944 ? », car, comme il a été historiquement démontré, Sartre collabora à une revue contrôlée et pilotée par la Propagandastaffel, organe allemand lors de l’Occupation, tout comme Simone de Beauvoir, sa compagne et muse, à la radio pétainiste de Vichy[1], alors que Camus, lui, s’était engagé dans la Résistance française. Ceci expliqua peut-être cela. Alors, c’est avec une joie non dissimulée que l’auteur écrivit : « Camus a récusé formellement son appartenance prétendue à l’école de Sartre » et Charles Moeller de clamer : « Sartre ne parvient jamais à nous convaincre : nous avons l’impression que, quelque part, les dés ont été pipés. Rien de tel chez Camus, son humanité est simple et vraie. » Il cita encore quelques passages d’ouvrages du Prix Nobel 1957 pour appuyer sa démonstration : « Ces quelques lignes situent la problématique contemporaine devant le problème de la souffrance, elles décri-vent la sensibilité de l’homme moderne, « qui refuse jusqu’à la mort, d’ai-mer cette création (Dieu) où les enfants sont torturés »[2] Bien sûr, Charles Moeller ne tissa pas que des éloges à Camus, mais quand il décrivit sa philosophie comme celle de « l’amour de l’Homme dans la Lumière » et termina son chapitre par « Comment ne pas aimer un homme qui, au cœur de notre monde de vingt-cinquième heure, de nausée, de « mépris de l’homme », a écrit ces autres lignes : « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser », on se dit que la lecture de ce genre d’ouvrage ancien n’est pas obsolète. Que du contraire ! https://frequenceterre.com/wp-content/mp3/chronique-2018-12-26-09-00-00-pierre-Camus-honnetete.mp3 Musique : http://www.michaelmathy.be/#music [1] Lettres it be, 2017. [2] Extrait de La Peste.
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Exclusif : Quand sera-t-il définitivement fini le « bon temps des colonies » ? (Partenariat avec POUR)
Un débat sociétal et historique commence enfin à prendre de l’ampleur : faut-il déboulonner les statues et débaptiser les rues et avenues au nom du roi Léopold II (1835-1909) fort nombreuses en Belgique, mais aussi dans le 16e arrondissement à Paris, à Villefranche-sur-Mer, à Nice…, voire un arrêt de bus à Auteuil ?[1] En effet, le deuxième roi des Belges, considéré comme un « roi bâtisseur » (transformations de Bruxelles, d’Ostende, édifications de serres royales, de l’Arc de Triomphe de la capitale, de parcs publics, de digues…) avait aussi acquis deux grands domaines sur la Côte d’Azur et y avait implanté des palmiers exotiques. Sa richesse personnelle était colossale, en plus de recevoir une donation grâce aux prélèvements effectués par l’État chez les citoyens. Non élu démocratiquement, ce chef de l’État aux pouvoirs pas seulement protocolaires, avait, en réalité, bâti une grande partie de sa fortune au Congo dont il en avait fait sa colonie. Mais, et ceci est fort peu prisé par les royalistes pour qui le sujet est tabou depuis des décennies, l’Histoire fait de plus en plus ressortir les conclusions d’une Commission d’enquête internationale mettant en lumière l’exploitation éhontée et les mauvais traitements infligés au peuple congolais : esclavage, malnutrition, mutilations, dont l’affaire des mains coupées, au point qu’en 1905, Mark Twain s’exclama que Léopold II était « le roi aux dix millions de morts sur la conscience » ! Du coup, je résume, le Congo passa de l’escarcelle du roi catalogué de « génocidaire » à l’État belge, qui continua à exploiter ce vaste pays jusqu’à son indépendance en 1960. Enfin une réaction « officielle » Quand on connaît la mainmise de la royauté en Belgique, remettre en cause ce roi (tout comme la monarchie, d’ailleurs) tient de la gageure. Cependant, après l’action éparse de citoyens qui, par exemple, scièrent les mains de Congolais d’une statue sur la digue ostendaise saluant l’œuvre de Léopold II, avoir renversé son buste dans un parc bruxellois ou badigeonné de rouge une autre statue au cœur de la capitale de l’Europe, voici enfin une réaction officielle émanant de la direction du Musée ROYAL de l’Afrique centrale qui placera sous peu un panneau avec un texte particulièrement critique à l’égard du roi Léopold II près du monument « The Congo, I presume ? » (photos P.Gf). À savoir, une sculpture de Tom Frantzen inaugurée en 1997 dans le parc de Tervuren adjacent audit musée, cela dans le cadre du centenaire de l’exposition coloniale ! Si, personnellement, j’étais toujours choqué de voir ce monument grandiose, aujourd’hui, je ne le suis plus du tout. Que du contraire ! En voici la raison et l’objet de ce reportage sur place pour Fréquence Terre : « Le panneau indiquera que les trois guerriers africains sans pieds sont « exposés tels trois trophées personnels du roi » et que ce monument « de commémoration satirique » constitue « le seul ensemble de statues anticoloniales » de Belgique, que l’éléphant détourne son regard du buste et « prend ses distances, de manière symbolique, du pillage de l’ivoire grâce auquel Léopold II s’est enrichi éhontément ». Le paon fait lui référence « à la vanité, la mégalomanie et l’orgueil de l’homme. » Est-ce enfin le réel départ d’une prise de conscience que le « bon temps des colonies » n’a été qu’un vaste crime contre l’humanité de la part de ce roi, de ses semblables et des sbires à leurs bottes ? [1] Je sais que des réflexions en ce sens ont lieu dans l’Hexagone et que, peut-être, au moment de réaliser la présente chronique les choses ont évolué… Musique : Michaël Mathy. Photos : Fréquence Terre.
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Étape-clé dans le cheminement du Compagnon d’Olivier Pouclet (MdV Éditeur)
Une question fondamentale prévaut dans l’essai « Le cheminement du Compagnon franc-maçon » d’Olivier Pouclet publié chez MdV Éditeur : est-ce que le Compagnon est toujours conscient des aspects initiatiques de son grade ? Dans ce livre, l’auteur, psychiatre, étudie non seulement ce sens initiatique en détail, mais aussi l’aspect psychologique et, en cela, il sort de l’ordinaire, selon moi. Les titres des sept grands chapitres donnent déjà une idée de ce développement d’aspects, tels Les aspects magiques du grade, Chemin de sagesse et nombre cinq, Vénus, symbole du grade de Compagnon sans compter quelques illustrations de sculptures de la cathédrale de Bourges, l’église Notre-Dame de Vouvant, celles d’Angles, de Bram-sur-Mer, dont un delta qui représente la progression du parcours spirituel de l’homme et de la femme (photo ci-contre). Pour l’auteur, le grade de Compagnon est une étape-clé de la construction de l’initié et , pour l’expliquer, il s’attarde, entre autres, sur la réalité qui existe entre la Maçonnerie contemporaine, dite spéculative, et les Bâtisseurs du Moyen Âge, autrement dits les opératifs. Selon lui, la continuité historique est difficile à prouver, mais la filiation en esprit ne fait pas le moindre doute. Ce sujet est, donc, « au coeur du grade de Compagnon, moment où l’initié affirme sa personnalité et se forge une conscience, deux éléments indispensables à la poursuite de sa quête et à l’accession au grade de Maître », quand bien même, selon une citation récurrente, on « reste Apprenti toute son existence », signifiant par là, que l’apprentissage reste d’actualité à chaque phase de sa vie. Musique : http://www.michaelmathy.be/#music https://frequenceterre.com/wp-content/mp3/chronique-2018-11-14-09-00-00-pierre-Cheminement-du-Compagnon.mp3
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« Les chants mêlés de la Terre et de l’Humanité » de Jean Claude Ameisen (L’Aube)
https://frequenceterre.com/wp-content/mp3/chronique-2018-08-22-09-00-00-pierre-Chants.mp3 Jean Claude Ameisen, médecin, président du Comité consultatif national d’éthique et chroniqueur à France Inter, n’hésite pas à déclarer que « l’écologie politique n’est souvent qu’un théâtre de luttes de places microscopiques et la politique écologique des gouvernements des alliances de circonstances » et il en appelle vivement à ne pas se focaliser sur ce seul double aspect. D’où, Les chants mêlés de la Terre et de l’Humanité paru aux Éditions de L’Aube, où il déclare : « La nature nous a donné naissance, nous en faisons partie, nous y vivons et nous en vivons. Et en détruisant les composantes de la nature qui sont essentielles à notre existence, c’est à l’humanité que nous faisons du mal. Nous devrions remettre le bien-être de l’humanité au centre de nos réflexions sur la nature. » Il explique la genèse de son engagement : « Ma conscience de la nature a émergé de ce mélange d’émerveillement devant la présence étrange et familière de la réalité et de plongées dans les livres… Nous sommes les cousins des oiseaux et des fleurs. Et des étoiles. Nous faisons partie du même récit. (…) Il y a une dimension préventive et thérapeutique dans notre relation à la nature, et quand nous parlons de la nature, nous parlons de nous. » Sa conclusion est emplie de sagesse très concrète : « La question principale ne me semble pas être de se demander si les avancées scientifiques et techniques apportent des bénéfices – elles en apportent toujours -, mais si la manière dont nous les utilisons se fait au profit d’une partie de l’humanité et aux dépens d’une autre. (…) Protéger d’abord ceux qui sont les plus démunis est le seul moyen de construire un avenir véritablement commun pour l’humanité – et de créer les conditions qui nous permettront de nous protéger, tous. »
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Nous sommes tous citoyens : « Au progrès de l’humanité » par José Perez
Beaucoup trop de gens établissent des amalgames éhontés, profèrent des sous-entendus malveillants, émettent des « vérités » qui ne sont que rumeurs, ragots ou mensonges. Certaines personnes connaissent parfaitement bien ce processus qui consiste à les dénigrer, salir ou atteindre dans leur dignité, voire intégrité. Ainsi, il en va de « Ce sont des arnaqueurs, des corrompus…», « Ce ne sont que des affairistes, des gauchistes, des anticléricaux… », « Il ou elle doit être fils ou fille de riche, de parvenu, de pistonné… » sans parler de fameux complots mondiaux, le judéo-maçonnique est récurrent en la matière. Dans pareil contexte en cette période où les relents de la peste brune se font à nouveau sentir, je conseille vivement la lecture de l’essai de José Perez, Inventeurs et créateurs francs-maçons paru, en 2018, aux Éditions EME. On y lit près d’une centaine de portraits « de femmes et d’hommes qui ont inventé, créé, fondé, été les premiers à faire ce qu’ils ont fait. Ils ont écrit, pensé, agi. Tous ont un point commun : la Franc-Maçonnerie. Et tous ont contribué au progrès de l’humanité », souligne l’auteur. José Perez. Dans ce vivier, j’ai spécialement repéré des personnes qui, par leur cheminement professionnel, sont la démonstration irréfutable que l’on peut être issu d’un milieu social modeste, d’un monde où règne la précarité, être enfant de la classe ouvrière ou paysanne, sans obligatoirement avoir fait des études dans des établissements scolaires réputés et fréquentés par la prétendue future intelligentsia, et avoir marqué de son empreinte la Société. Certes, pour ce faire, ils ont eu le courage et la détermination de travailler, la volonté d’entreprendre chevillée au corps et, surtout, des principes moraux, humanistes, fraternels, pas nécessairement portés comme des étendards. Ainsi, William Frederik Cody (1846-1917), cavalier né dans l’Iowa, développa une sorte de malle postale, puis devint le réputé showman « Buffalo Bill ». Clara Campoamor (1888-1972), orpheline de père dès l’âge de 12 ans, couturière qui, toute sa vie, mena un combat pour le droit des femmes. « C’est à elle que nous devons le suffrage universel, la réflexion sur la dépénalisation de l’avortement en… 1936 ! » souligne José Perez. Walter Chrysler (1875-1940), fils de migrants, passionné de mécanique, mécano aux Chemins de fer, devint le fondateur de la Chrysler Motors Compagny tutoyant les prestigieuses Cadillac, Packard et Lincoln. Et, que dire de Jean-Baptiste Clément (1836-1903) qui, adolescent, quitta sa famille et fit de petits boulots tout en exerçant sa passion, la poésie ? Si, à Paris, il vit des travailleurs trimer, de retour d’exil en Belgique, il aperçut dans un village des cerisiers et cela l’inspira, d’où la fameuse chanson saluant l’harmonie originelle entre l’homme et la nature, Le temps des cerises. Bien avant lui, un fils d’agriculteur, féru de mathématiques, Pierre-Simon Laplace (1749-1827), devint un scientifique renommé pour, entre autres, son Traité de Mécanique céleste. Puis, voici, Alexander, un Écossais d’une famille recomposée, septième d’une fratrie de huit sœurs et frères. Très tôt orphelin de père, il s’accrocha au travail, observa la nature et devint Nobel de Médecine, car Alexander Fleming (1881-1955) découvrit la pénicilline et sauva plus de 200 millions d’êtres humains ! Enfin, pêle-mêle, j’ai encore relevé un imprimeur, éditeur et écrivain autodidacte, Benjamin Franklin, inventeur du paratonnerre ; une orpheline qui se débrouilla toute seule et créa la première école laïque pour filles de Belgique, Isabelle Gatti de Gamond ; un fils de cocher né au cœur de Paris où le prolétariat survivait à peine à la faim et à la soif, Jean Macé devint pédagogue et créa la Ligue de l’Enseignement, inspirant l’école gratuite, obligatoire et laïque en République française ; un imprimeur, Jacques-Étienne Montgolfier, qui, avec son frère, inventa l’aérostat ; un recalé de l’Académie des Beaux-Arts, Alfons Mucha, cité parmi les plus géniaux artistes de l’Art nouveau ; un garçon vivant une prime enfance besogneuse dans les Vosges, apprenti coiffeur, qui créa la Société Protectrice des Animaux (SPA) ; un autre gamin à l’enfance difficile, orphelin de père, arrêté par les nazis avec sa mère, Hugo Praet, devenu un exceptionnel auteur de BD ; un autre écorché par la vie, né de mère inconnue, adopté à un mois, David Thomas, fit fortune avec ses hamburgers (Burger Wendy’s), sans oublier de créer une fondation pour l’adoption des enfants abandonnés… Musique : quelques notes du « Temps des Cerises » (Youtube) et Michaël Mathy : http://www.michaelmathy.be/#music
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« Histoire sacrée du monde » : Qui sont ces fameuses « Initiatrices » ? (1/6)
Imaginez un prêtre, un imam, un pasteur ou un rabbin, qui prie pour avoir la foi, qui est sincère au plus profond de son cœur et appliqué dans sa pratique, mais qui n’a jamais vécu d’expérience mystique, alors qu’à quelques kilomètres de chez lui, une jeune paysanne ou ouvrière quasiment illettrée vit régulièrement et naturellement ce moment exceptionnel que certains intitulent un « instant d’or pur » ou la « Grande Vérité », voire la « Sagesse suprême ». La base de l’imposant essai du théologue et cosmologue Jonathan Black « L’histoire sacrée du monde » (J’ai Lu), tient, selon moi, en cette question qui peut paraître anodine ou dérisoire : « Comment défendre avec assurance les dogmes d’une religion quand on suspecte que d’autres personnes font profondément et directement l’expérience de réalités qu’on ne connaît qu’en théorie ? » À présent, entrons dans le vif du sujet ! Toutes les grandes discordes de l’Histoire, les inquisitions, les persécutions, les emprisonnements, les tortures, les exécutions, les guerres, découlent d’un seul point de désaccord originel, selon l’auteur : les scientifiques disent qu’au commencement de l’Univers il y avait le néant et les croyants soutiennent qu’il est l’œuvre de l’esprit fécond de Dieu. Autre point fondamental présenté par Jonathan Black : « Oui ou non, y a-t-il une interaction entre l’esprit et la matière ? » Ici, Big Bang, mythologie de la création, pensées religieuses et spirituelles, surnaturel… entrent en jeu. Les mythes de la création du monde entier, poursuit-il, racontent la manière dont Saturne, l’un des noms de Satan, avait opprimé la Terre-Mère et que le dieu Soleil finit par vaincre ce monstre. On est donc dans le concept qui veut que la Lumière finisse toujours par vaincre les ténèbres, en somme. Le vieux tyran Saturne passa à la postérité pour avoir dévoré ses propres enfants et ce mythe souligne encore une chose, ce qui est le but du livre : « Ce qui vient à exister peut aussi cesser d’exister » car c’est le propre d’une création que d’être limitée. Ne dit-on pas que les cimetières sont emplis de personnes qui se croyaient irremplaçables, voire immortelles ? « De tout temps, partout dans le monde, des gens ont rencontré des êtres désincarnés auxquels ils donnaient le nom de dieux, d’anges ou d’esprits. La perception qu’ils en ont est teintée de la culture dans laquelle ils ont été élevés. Évidemment, du point de vue scientifique, ces récits ne peuvent être que de simples délires. Mais si ce n’était pas le cas ? Et s’ils relataient des rencontres avec des êtres réels ? » questionne l’auteur. De fait, il y a beau y avoir conflit – contradiction même – entre les religions au niveau de la doctrine et du dogme, les récits et les expériences, eux, paraissent très similaires, constate Jonathan Black, qui poursuit : « Sous le nom d’Initiatrice et sous différentes formes, on retrouve dans maintes mythologies une femme dotée de pouvoirs surnaturels pour combattre les forces obscures. De la sorte, elle joue un rôle capital dans l’histoire du monde et, ‘connaître les mythes, c’est apprendre le secret de l’origine des choses’ confirma Mircea Eliade. » Les mythes, selon les matérialistes, seraient des éléments de l’inconscient à tel point que Freud évoqua des souvenirs de notre petite enfance pour les dieux qui ne sont rien d’autres que nos parents affublés de costumes, dit-il. Les idéalistes, eux, considèrent que les mythes relatent la conscience humaine. Ainsi, mythes, légendes du monde entier, cultures différentes, racontent des histoires identiques sur le fond, différentes sur la forme. Alors, vérités psychologiques ou historiques ? Pour l’auteur, il s’agirait peut-être des épreuves que tout être humain, homme comme femme, traverse dans la vie et font partie de son développement. Ce qui rend ridicule l’interdiction faite aux femmes en Anjou, il y a quelques décennies, de descendre dans les caves, les vignerons ayant peur qu’elles fassent tourner le vin avec leurs règles ! Le même motif étant encore invoqué, sous cape, dans certaines Obédiences maçonniques. La lecture de « Histoire sacrée du monde » met implicitement ce genre de poncif en évidence et ce n’est pas négligeable. Musique : http://www.michaelmathy.be/#music Histoire sacrée du monde : mythologie et science sont-elles contradictoires ? (2/6)
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Résister, c’est se libérer !
Decroly. Un nom qui résonne chez des centaines de milliers de personnes, toutes générations, classes sociales, philosophies et religions confondues, tant ce pédagogue éclairé marque encore les esprits et comportements de citoyens. Comme l’explique Jean Lemaître dans son ouvrage « Le jour où tout bascula » paru aux Éditions de la Mémoire (MeMograMes), « la pédagogie humaniste du neuropsychiatre Ovide Decroly (1871-1932), a essaimé à travers le monde et ne perd rien de sa pertinence ». Cet humaniste disait que c’est dans la préparation des jeunes à laquelle tout adulte doit participer, que se trouve le gage, le seul, d’un avenir où la justice et le droit dans le travail solidaire l’emporteront sur la force aveugle et l’iniquité. Et, l’auteur, avant d’entamer son récit, de clamer que les propos de Decroly relevaient bien « d’une prophétie, plus que jamais d’actualité ». Ce récit est celui d’une situation réelle avec en bruit de fond celui des bottes gestapistes et la poignante histoire contée force à une double réflexion majeure : a-t-on vraiment compris les leçons laissées par le nazisme et tout autre régime totalitaire du même acabit et aurons-nous le courage de relever le défi lancé par des résistants à toute forme de dictature sous le cri d’espoir : « Plus jamais ça ! » ? Certains s’y attèlent et le livre de Jean Lemaître, sans être un essai spécifique sur la désobéissance civile, la résistance citoyenne ou autre mouvement pacifiste actif contre l’oppression et l’injustice, se fait, par son histoire en forme de reportage, l’écho d’un engagement actif (et pas seulement de belles théories) pour la liberté. Un récit historique poignant Jean Lemaître. Paul, avocat, fervent catholique, et Hélène, modeste vendeuse, étaient les heureux parents de Claude. Ce père attentionné, dont la foi n’empêchait nullement le libre arbitre, décida d’inscrire leur unique enfant à l’École Decroly, établissement considéré avant la Seconde Guerre mondiale comme, je cite, « un nid de libéraux et de socialistes anticléricaux où l’on pratiquait une pédagogie sulfureuse, axée sur l’expérimentation et le libre examen. » Claude s’y épanouit, se fit des amis, alors que Madame Libois, leur enseignante, leur apprenait à « respecter les faits et à suspecter les interprétations », les éveillait à l’esprit critique, développait leurs capacités de raisonnement, de jugement et d’intuition. Dans la nuit du 10 au 11 mai 1940, Claude fut réveillé en sursaut. Comme des millions de gens, d’ailleurs. Les nazis commençaient à déferler par vagues successives sur l’Europe. Alors, au fil du temps, l’École Decroly accueillit de jeunes réfugiés, des juifs, de faux étudiants pour échapper au Travail obligatoire en Allemagne. Abraham, le pote de Claude, dut porter l’étoile jaune, l’aviateur anglais caché chez Paul et Hélène échappa de peu aux gestapistes, mais la famille fut dénoncée, arrêtée, incarcérée. Claude fut libéré quelques mois plus tard, ses parents menacés de mort. Durant cette période, le réseau de l’École Decroly joua son rôle clandestin, une véritable armée de l’ombre de toutes les composantes de l’établissement qui, de la sorte, faisait honneur aux principes fraternels d’Ovide Decroly. Hélène fit la folle et expédiée dans un asile allemand, son cher Paul fut déporté, Claude trouva refuge en province grâce audit réseau. Un mot d’ordre émanait de celui-ci, malgré la faim, les trahisons, les tortures, les arrestations, les exécutions : « Résister, c’est se libérer ! » Le dernier ouvrage de Jean Lemaître paru chez le même éditeur : « Signé Zarco ! », ou le Christophe Colomb portugais. Si les derniers chapitres sont touchants, grâce soit rendue à l’auteur de ne pas tomber dans le pathos : on y apprend qui livra la famille de Claude à la Gestapo, le sort d’Hélène et de Paul, celui de rescapés qui, vaille que vaille, tentèrent de se reconstruire malgré des existences parfois tourmentées, et, aussi, ce qui traduit bien la philosophie « decrolienne » : « Partir d’une feuille blanche, rabibocher les pays entredéchirés pour rebâtir une Europe unie ». Hélas, le bruit des bottes se fait à nouveau entendre au loin, comme si l’adage « L’Histoire est un éternel recommencement » était inscrit dans les gênes des humains. D’où, me semble-t-il, de lire ou de relire cet ouvrage pour tenter de contredire cette hypothèse. Musique : extraits de Concerto pour flûte R433 de Vivaldi par Ensemble Baroque (Youtube)
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L’amour peut-il effacer les cicatrices ?
Avec « La délivrance d’Ella Soler » de François Fourrier paru chez Albin Michel, il s’agit d’un roman initiatique qui évoque d’inqualifiables tortures, viols et autres violences faites aux femmes, parfois même à de très jeunes filles. Cet ouvrage est, selon l’auteur, le « récit mythique d’une vocation » et il évoque le jour de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1962, des représailles aux drames de la guerre et une impossible résilience. L’éditeur précise encore : « Dans le sillage des grands écrivains médecins, François Fourrier nous entraîne, des contrées lointaines du Hoggar aux rives du lac Léman, au cœur de la vérité des êtres. » Marie-Paule, collaboratrice à « Fréquence Terre » et lectrice attentive. Collaboratrice à « Fréquence Terre », Marie-Paule a lu ce roman et nous livre son avis : « Je ne savais pas que la violence faite aux femmes décrite par l’auteur, pouvait être aussi marquante. Hélas, elle semble se retrouver dans toutes les guerres… François Fourrier raconte l’impossible résilience d’Ella, le personnage principal qui n’accède pas au bonheur, tel qu’on le conçoit aujourd’hui dans la société. Cependant, elle poursuit sa vie malgré les tortures endurées, alors qu’elle aurait pu mettre fin à son existence. Donc, selon moi, il y eut quand même résilience… »
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Noire ou bleue ? d’Isabelle Fable (Audace)
De « La vie en rose » d’Edith Piaf à « Noire ou bleue » d’Isabelle Fable (Éditions Audace), d’une chanson mythique à un recueil de nouvelles qui « secouent », il y a une sensibilité, une écoute et une observation de l’âme humaine à fleur de peau, tant chez l’interprète que chez l’auteure. Dans le premier texte d’Isabelle Fable, l’évocation d’une explosion dans une galerie minière à huit cents mètres de profondeur, donne au lecteur des frissons d’angoisse quand elle nous livre celle de Pierrot, un jeune d’une vingtaine d’années, qui rêvait de devenir jardinier et qui est coincé dans un boyau qui peut devenir, d’un instant à l’autre, celui de sa mort. Il a beau clamer qu’il voulait mourir au soleil, ses compagnons de détresse et lui ne remonteront peut-être plus jamais à l’air libre. À ses côtés, dans la poussière, le noir, les halètements, la terreur, il y a Hubert, le grand Jean et le petit Pol. Le premier allait devenir son beau-père. Du moins, il l’espérait. Mathilda et Pierrot avaient le projet de s’unir et de voir la vie en rose sous un ciel tout bleu. Et puis, dans le boyau, voici un cheval, momentanément rescapé. Cela fait un bail qu’il y tire les wagonnets et le charbon venu des entrailles de la terre. Douze ans, précisa Hubert à ses jeunes collègues. L’animal cherche aussi la sortie. Sa « Mathilda » l’attend peut-être dans un pré verdoyant près de l’arbre où siffle un oiseau bleu. Isabelle Fable. Ainsi, le petit ouvrage de 80 pages d’Isabelle Fable rassemble cinq nouvelles, touchantes, émouvantes, parfois teintées d’un brin d’humour : « Les oiseaux ont toujours occupé une place de choix dans la famille Pinson », des nouvelles principalement couronnées de prix décernés lors de concours littéraires. Des lauriers bien mérités.
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L’homme-joie de Christian Bobin (Folio)
Invité de choix à La Grande Librairie (France 5), Christian Bobin creva le petit écran par des propos que l’on retrouve, entre autres, dans L’homme-joie (Folio) : Écrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir. Alors, on a écouté et lu : Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d’eau – ça oui, c’était important. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. La guerre n’a rien d’énigmatique – mais l’oiseau que j’ai vu s’enfuir dans le sous-bois volant entre les troncs serrés, m’a ébloui. J’essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant. N’ayez aucune crainte, Christian Bobin, vos paroles sont tellement vraies et précieuses qu’elles ne peuvent faire aucun mal. Sauf, peut-être à ceux que la conscience est aussi noire que les cavaliers-guerriers ! a-t-il été ajouté. Profitons-en encore pour découvrir quatre citations, reflets d’une profonde sagesse : Le miracle arrive quand s’éveille ce qui dormait sous nos yeux et les remplace par des yeux d’or. Ils s’ouvrent et d’un seul rayon brûlent les apparences de la vie comme celles de la mort. Enfin, on voit, enfin on sait même s’il est très difficile de dire ce que l’on sait, ce que l’on voit… Quand ils voient un miracle la plupart des gens ferment les yeux. Il n’y a jamais eu d’autre énigme que celle du surgissement d’un humain dans sa voix, dans ses mots, dans l’incendie d’un silence. Le silence, ce cadeau des anges dont nous ne voulons plus, que nous ne cherchons plus à ouvrir. J’ai fait la course sur la terrasse avec une fourmi et j’ai été battu. Alors je me suis assis au soleil et j’ai pensé aux esclaves milliardaires de Wall Street.
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Un steak à la place du missel !
Elle vit dans le tri des médocs. Par kilos elle en avale. Buffets, placards, de pleines étagères, à ras bord. Il n’y a guère que les plaques de rue, le nom des gens sur les plaques, pour l’éloigner de son pilulier. Elle, c’est Inès, la grand-mère nourricière, la dame de cœur du narrateur qui consigne tout dans un carnet. Et cela donne le roman Si je sors, je me perds de Jean-Claude Renard édité à l’Iconoclaste. Inès me fait un peu penser à la vieille dame de Jean-Jacques Goldman qui nourrit les oiseaux sur son balcon dans La vie par procuration, sauf qu’elle a un petit-fils qui la questionne et qu’elle lui répond abondamment. Il lui fait raconter son existence, passablement mouvementée, avant que tout ne bascule, dit-il. C’est-à-dire que sa grand-mère ne perde la mémoire à tout jamais. T’arrête pas ! lui répète-t-il sans cesse. Et tant pis pour le désordre. On verra bien. Inès, c’est son héroïne et il la ménage au point de lui lire les effets indésirables des notices de médicaments, mais il choisit les paragraphes pour ne pas la perturber. Elle n’est pas dupe et si elle pouvait encore lire, elle ne lirait pas la même que son petit-fils ! Alors, il lui reste à raconter ses histoires, d’autres qui s’ajoutent, qui vont, déboulent, repartent ailleurs, quelque part dans un coin de sa tête. Et, durant 185 pages, l’auteur raconte l’émouvante histoire d’une mémoire en fuite. Un récit souvent primesautier, parfois touchant et interpellant. Ainsi, quand, à la messe, elle trouve dans son sac à main son steak du repas de midi bien emballé à la place du missel, eh bien, elle ne fit ni une ni deux, elle rentra dare-dare à la maison et fit cuire le bout de viande pour le déguster. Le ventre l’avait emporté sur le Saint-Esprit !
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Les Chemins de garance et Le châle rouge d’Angéline de Françoise Bourdon (Les Presses de la Cité)
Voici quelque 350 pages qui raviront les amoureux de la littérature de terroir, voire de nouvelles. Effectivement, les Presses de la Cité ont eu l’excellente initiative de rééditer le roman Les Chemins de garance, mais suivi d’une nouvelle Le châle rouge d’Angéline qui, de la sorte, apporte une suite au roman et, assurément, un plus à cet ouvrage de Françoise Bourdon, auteure à succès dont il a déjà été question en cette chronique. Les Chemins de garance, tout d’abord. Début du XIXe siècle, du côté du Mont Ventoux, d’Avignon, de Carpentras. La très jeune Camille vivait au mas de la Buissonne où son grand-père Augustin Vidal, fortuné et pingre, lui faisait subir mille tourments. Sa petite-fille, orpheline de père et de mère (?), subissait et s’arc-boutait à sa passion pour cette plante. Elle chercha à savoir ce qui était arrivé à ses parents et pourquoi son grand-père lui vouait une haine féroce en l’insultant de bâtarde. Un vieil ami de la famille lui avait confié : Dans la vie, petite, on se bat de la naissance à la mort, mais il faut composer avec le destin. Elle tomba follement amoureuse de Félix, fils de bonne famille mais qui était un pleutre au point qu’il acceptait les remontrances de son père : L’amour et le mariage ne font pas souvent bon ménage. L’auteure précise : Leurs mains s’étaient frôlées. L’espace d’un instant, Camille avait observé le contraste frappant entre ses doigts hâlés et les longues mains blanches de Félix. Toute la différence était là, avait-elle songé, le coeur lourd. Le temps passa et Camille rencontra Fabien, fils d’un industriel. L’un et l’autre n’avaient pas perdu leurs idéaux de jeunesse et ils n’étaient pas du tout considérés comme des bourgeois, mais comme des travailleurs ayant gravi les échelons. Félix se maria avec Hortense, Camille avec Fabien… et les deux couples eurent des enfants dont certains poursuivirent cette profonde saga malgré les balles tirées par les sbires de Louis Napoléon sur les vrais républicains… Dans ce roman, Françoise Bourdon a pu allier de manière poignante des faits historiques aux notions de terroir dans une région, le Comtat Venaissin, qui n’en manquaient pas. Le châle rouge d’Angéline, ensuite. Garance, déprimée, séparée de son mari qui l’avait rejetée alors qu’elle souffrait d’un cancer au sein, rendit visite à Apolline, 80 ans, la cheville ouvrière et l’âme depuis des décennies à la Buissonne, le mas familial. Garance venait y recharger ses accus et trouver le clame intérieur, tout en questionnant Apolline qui était la véritable mémoire encore vivante de la saga racontée dans le roman. Elle revenait aux racines de son existence, en somme. Ah ! Ces beignets d’acacia, la table de bois patiné de la cuisine, le marché de Carpentras, les tonnes de poudre de garance et les choses de la vie racontées par l’octogénaire… De quoi voir se profiler une nouvelle existence pour la jeune femme !
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Robert Doisneau : Et si l’on tentait le bonheur ?
La visite de la remarquable exposition « Robert Doisneau » au Musée d’Ixelles (Bruxelles), qui se tiendra jusqu’au 4 février 2018, a permis de découvrir ou de revoir quelque 160 photos, principalement en noir et blanc, de ce Paris et de sa banlieue « populaires » d’il y a six à huit décennies, bien loin du Paris « bling-bling » : des concierges, une famille du blanchisseur, une aimable vendeuse, une usine à Montrouge, la mariée de chez Gégène à Joinville-le-Pont, le célèbre baiser de l’Hôtel de Ville, des ateliers de peintres et de sculpteurs, une dernière valse un 14 juillet, un lavoir, des bouchers à l’écoute d’une accordéoniste, des écoliers… et, la toute première photo proposée s’intitule : « Les Pavés » qui date de 1929. Un clin d’œil à « Mai 68 » ? Robert Doisneau, qui vécut de 1912 à 1994, c’est soixante années de photographie et quelque 450.000 négatifs pour ce « pêcheur d’images » ! Sur place, son œuvre est expliquée : « En regardant le déroulé de l’exposition, un monde se dessine, qui n’a plus rien à voir avec le réel. Un mystère s’installe alors, infiniment plus intéressant. » De quel mystère s’agit-il derrière toutes ces facettes d’une époque, d’une société et de ses acteurs ? « Tous les personnages présents sur les photos et que certains nous connaissons bien, s’en sont échappés avec leur poétique bien particulière, pour rejoindre un monde totalement imaginaire. Acceptons de quitter les rives de la réalité pour dériver, comme Robert Doisneau semble l’avoir fait lui-même, vers un univers de fiction. Proposition d’une divagation plus universelle, au cours de laquelle chacun est libre d’apporter son histoire. Il ne s’agit sûrement pas de s’abandonner à la réalité d’un quotidien grisâtre mais faire œuvre de résistance en tentant, malgré tout, le bonheur. » Et, justement, un petit moment de bonheur est la visite de cette exposition. Crédit photos : affiche et dépliants de l’exposition.
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Artisans, techniciens, ouvriers spécialisés… : la société en manque tellement !
Le phénomène n’est pas nouveau : l’enseignement technique, technologique et professionnel est considéré comme un parent pauvre par les « têtes pensantes » de l’Éducation et des « spécialistes » ès pédagogie, depuis des décennies. Il est souvent regardé de haut et il est conseillé aux étudiants que ces penseurs considèrent comme « inaptes » à entreprendre des études supérieures débouchant souvent, les statistiques le prouvent, sur des culs-de-sac appelés désillusions et chômage, alors que des métiers ont un besoin urgent de personnel. Compagnons du travail (Document Internet) Pour rappel : on distingue le métier de la profession en associant les activités dites manuelles aux métiers et les activités dites intellectuelles aux professions. Tout est dit dans cette définition ! Comme si un métier ne relevait pas d’une certaine intelligence, en somme ! Pourtant, comme le soulignent les brillants Compagnons du Travail qui, depuis des siècles, érigent des bâtiments et infrastructures exceptionnels, « la main est la prolongation de l’esprit » ! Il ne faut pas donc pas nier que chirurgien, juge, interniste, avocat, notaire, professeur d’université, dentiste, pharmacien…, sont davantage conseillés que bronzier, charpentier de marine, dessinateur industriel, ingénieur aéronautique, maroquinier, tailleur de pierre, verrier… Récemment[1] un reportage à Amiens sur l’école des Jésuites « La Providence » fréquentée par le président de l’État français, Emmanuel Macron, et François Ruffin, membre de la « France insoumise » dit le « Robin des bois » par comparaison au « président des riches », attira mon attention : – « La Providence », c’était et ça reste une école de gens aisés. Une école de classes. Depuis qu’une filière professionnelle a été intégrée, la mixité a été encouragée. Mais ça ne veut pas dire le brassage. Les classes populaires continuent de fréquenter davantage l’école technique, expliquait un ancien professeur. Deux France, deux mondes se croisent déjà ici, concluait le reportage. Cours d’ajustage. En Belgique, même constat. Il y a quelques années encore, un très important institut d’enseignement technique et professionnel situé dans la capitale de l’Europe, comptait plusieurs écoles en son sein : Mécanique et Électricité, Industrie graphique, Industrie du Bois et de la Peinture, Bijouterie et Joaillerie, Prothèse dentaire…, en cours du jour et du soir, avec des dizaines de spécialisations, soit 5.000 étudiants pour une six écoles distinctes, chacune ayant une direction autonome, le tout chapeauté par une direction générale. Sur l’ensemble directeurs/trices, un seul était issu de l’industrie, les autres étaient des professeurs de langues, de mathématiques, de cours généraux. Dès lors, les rapports étroits avec les industriels et les décisions à prendre quant aux commandes de matériel et à l’orientation vers de nouvelles sections, reposaient, tant bien que mal, sur des sous-directeurs et chefs d’ateliers, tous, bien entendu, issus de l’industrie mais aux pouvoirs administratifs et décisionnels plus que limités. Minuterie de caméra astronomique fabriquée par des étudiants de l’enseignement technique. Le résultat ne s’est pas fait attendre des décennies : cette école technique prestigieuse a périclité en quelques années et il ne restait que 800 étudiants en tout et pour tout en 2016 ! Une récente étude au niveau francophone belge sur l’état de l’enseignement est catastrophique : un jeune bruxellois entre 18 et 24 ans sur cinq et un jeune wallon de la même tranche d’âge sur six n’est ni à l’école ni au travail ni stagiaire ! Une des causes avancées par le sondage est le taux élevé de jeunes qui quittent le secondaire sans qualification valorisable, une autre dans le commentaire suivant : « Les Pouvoirs Organisateurs, vu que les redoublements coûtent cher, demandent que l’élève passe à tout prix. C’est ainsi que nous avons des troupeaux serrés d’analphabètes qui sont titulaires d’un diplôme ne valant rien de plus qu’un « chiffon de papier ». C’est l’échec de l’école de la réussite. Un diplôme poubelle à tout le monde comme cadeau électoral. Bientôt il faudra deux diplômes universitaires pour être crédible ». Si ceci ma paraît excessif, le suite nous ramène directement avec notre sujet, avec cette proposition : « Le problème vient du fait que de plus en plus de jeunes sont diplômés et se désintéressent du travail manuel, alors qu’il manque des bouchers, des mécaniciens, des boulangers, des soudeurs. Je pense particulièrement aux établissements techniques et professionnels. Un enseignement en prise directe avec le monde du travail serait plus motivant pour les jeunes. L’école devrait s’adapter au monde du travail, en allongeant notamment les périodes de stage, souvent trop courtes actuellement. » Larbi Adouane. Et, il ne faut surtout pas croire que le Vieux Continent a le monopole du dénigrement de l’enseignement technique et professionnel, la lecture attentive de l’ouvrage consacré à ce sujet par l’auteur algérien Larbi Adouane[2], ancien proviseur d’un Collège technique est éclairante à plus d’un titre ! « Les anciens élèves et professeurs des technicums, de Béjaia (importante ville de Kabylie) en particulier, tout citoyen soucieux de l’état de déliquescence de notre système éducatif sont invités à prendre connaissance et à ouvrir un débat. Le système éducatif en vigueur est en violation du projet de la commission Benzaghou où l’enseignement technique avait toute sa place. Il devait être réformé mais pas supprimé et les filières « Traitements numériques » actuelles ne peuvent se substituer à l’enseignement technique. » Tout est dit ! [1] « Le Soir », octobre 2017. [2] » L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE, CE MAL AIME », EDILIVRE, 2017.
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Une société pacifiée est-elle encore possible ?
Pierre Guelff, journaliste, auteur et chroniqueur, a publié un essai aux Éditions Jourdan « Rencontres fraternelles avec Matthieu Ricard et le Dalaï-Lama ». L’intérêt de cet ouvrage est de découvrir deux philosophies qui, à première vue, semblent aux antipodes, et, pourtant, elles se rejoignent pour proposer une société pacifiée et respectueuse de l’être et de l’environnement. Tout d’abord, l’auteur présente les raisons qui l’ont poussé à écrire cet essai. J’ai la faiblesse de croire que dans la société actuelle où la peur et le rejet de l’autre dominent, où les conflits guerriers restent par trop nombreux, où la violence au quotidien s’érige dans les habitudes au point que les autorités, impuissantes à la juguler, nous demandent de vivre avec l’idée d’un potentiel acte terroriste ou une agression en rue, dans le métro, à la poste, à la terrasse d’un bistrot, au stade…, l’hypothèse d’une société basée sur les préceptes de la Franc-Maçonnerie et du Bouddhisme était à envisager en urgence, et de l’exposer, comme j’ai tenté de le faire dans mon ouvrage. Rencontre du Dalaï-Lama et de Pierre Guelff. Pourquoi la Franc-Maçonnerie et le Bouddhisme ? – Parce que ce sont deux philosophies non dogmatiques. C’est essentiel comme postulat et, en définitive, un double exemple concret de solution pour une humanité en péril. Ce qui me désole dans ce contexte, d’où certaines parties de mon ouvrage, c’est l’amalgame fait entre Franc-Maçonnerie et « complotisme », Bouddhisme et drames humains en Birmanie, par exemple. Sans nier des dérives fâcheuses, comme dans toute société humaine, j’ai la conviction que les préceptes prônés par la Franc-Maçonnerie depuis des siècles continueront de traverser le temps et l’espace, comme l’explique l’auteur Philippe du Bouleau : « La Franc-Maçonnerie est un courant d’idées que l’on peut appeler « humaniste » parce qu’il prend l’homme et le bonheur de tous comme une fin en soi et la tolérance comme premier moyen de perfectionnement individuel ». Quant aux actions violentes de certains bouddhistes relevées ces derniers temps, elles vont à l’encontre de tout ce que j’ai entendu et lu du Dalaï-Lama et de Matthieu Ricard qui ne cessent de clamer la compassion et la non-violence. Interview de Matthieu Ricard, dont « Fréquence Terre » fit écho. Comment expliquer ces actions ? Je relis les « Carnets » d’Albert Camus écrits de 1935 à sa mort, en 1960, et y ai trouvé une explication : « Le Bouddha prêcha une sagesse sans dieux et quelques siècles plus tard on le met sur un autel. » Mon livre n’a aucune vocation philosophique ou religieuse, mais il se veut le reflet de préceptes qui sont semblables, voire similaires, d’où la nécessité, pour moi, d’approfondir cette voie-là et de l’exposer. D’ailleurs, le Bouddhisme est de plus en plus analysé dans les loges et il y a mêmes des Sœurs ou des Frères y appartenant ou fréquentant, par exemple, une fraternelle les réunissant. Philippe Liénard, auteur et Haut Grade en Maçonnerie, interviewé par Pierre Guelff. L’un des récents ouvrages de Philippe Liénard a défrayé la chronique et suscité maints dialogues. Philippe Liénard, Haut Grade en Maçonnerie, qui a écrit la remarquable préface de mon essai, précise : « Il me plaît de rappeler que ni l’une ni l’autre de ces mouvances ne sont des sectes, des religions ou des mouvements politiques. L’une et l’autre sont ouvertes, respectueuses, pacifiques et privilégient la liberté de pensée au « prêt-à-penser », dans un souci bienveillant d’épanouissement des êtres… » Pouvez-vous nous citer quelques similitudes que vous avez relevées entre ces deux philosophies non dogmatiques ? Une précision avant de vous proposer des similitudes entre Franc-Maçonnerie et Bouddhisme : le terme « fraternelles » du titre de mon essai est à comprendre dans le sens de contacts professionnels effectués avec un esprit d’ouverture et de quête, et pas du tout de relations privilégiées avec le Dalaï-Lama ou Matthieu Ricard, quand bien même je mesure l’importance de les avoir rencontrés. J’en viens à trois ou quatre citations maçonniques comparées à quelques-unes que j’ai enregistrées lors de mes rencontres avec le Dalaï-Lama. Ceci me paraît assez explicite pour corroborer l’hypothèse qui fait l’objet de mon essai. Préceptes maçonniques : « Ne fais point le mal, fais le bien. », « Réjouis-toi dans la justice ; courrouce-toi contre l’injustice… », « Pense que pour bien juger les hommes, il faut sonder les cœurs et scruter les intentions. » et « Obéis toujours à la raison. » Paroles du Dalaï-Lama : « La compassion n’est pas de l’indifférence, c’est s’engager au bien de tous les êtres. », « Face à la souffrance (des violences, guerres, différences majeures entre les riches et les pauvres…), il faut un changement qui ait un effet sur la société grâce à une collaboration entre le pouvoir et la bienveillance. », « Il faut aller au fond de nous, reconnaître que nous sommes des êtres humains identiques aux autres, se dire que l’humanité est commune et que l’on peut agir dans le monde si on s’ouvre à tous. » enfin « Fonder son chemin spirituel sur la raison me paraît aussi un bon cheminement. »
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Almanach 2018 des Terres de France (Presses de la Cité et France Bleu)
Voici, à la fois, un remarquable allié de notre quotidien, un confident de nos rendez-vous et notations personnelles, un repère dans le temps et l’espace avec ses éphémérides et une fantastique source au niveau du patrimoine, de légendes, de traditions, de gastronomie, d’environnement, de généalogie, du terroir…, vous l’aurez compris, « L’Almanach 2018 des Terres de France » publié par les « Presses de la Cité » conjointement avec « France Bleu », est disponible. Cette 11e édition en 320 pages, outre la particularité d’être abondamment illustrée et accompagnée de conseils pratiques, publie, chaque week-end, un extrait de livres de la collection « Terres de France » et dont, souvent, il est question dans la présente chronique. Ainsi, aux 23 et 24 juin, on lit une page de Gilles Laporte et de son splendide roman « Parfum de fleur d’oranger » : « Tu verras le plaisir que procure le travail de la pierre. Aussi intense que celui que tu pourras prendre avec une femme. D’abord, elle te résiste, puis elle te cède. Enfin, elle s’offre à toi en libérant ses parfums secrets… » Les 17 et 18 novembre, c’est au tour de Paul Couturiau et de « Ses silences de Margaret » de plonger le lecteur dans un roman de terroir touchant : « J’avais été sur le point de m’exclamer : « Quelle maison ? » Sans pépère, l’appartement des grands-parents ne serait plus qu’une coquille sans âme… » Il y a aussi, pour le plus grand bonheur des amateurs du genre, des extraits de Jean-Paul Malaval, Annie Degroote, Frédérique Volot, Jacques Béal, Françoise Bourdon, Gilles Bordes, Sylvie Anne, Jean Anglade…, soit un gratin de terroir de cette collection mythique.
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Nous sommes tous citoyens ! : « Les manigances « éthiques » de banques »
« Nous sommes tous citoyens ! » est une chronique de Pierre Guelff, en partenariat avec le magazine POUR (« Écrire la liberté »). Le magazine « Financité » (www.financité.be) vient de lancer un fameux pavé dans la mare aux crabes banquiers et financiers. Plutôt que de longs discours, quelques exemples concrets suffisent à prouver le leurre qui se cache derrière de prétendus « investissements socialement responsables » censés garantir des préoccupations sociales, éthiques et environnementales. « Shell, l’une des entreprises les plus polluantes au monde, responsable de la catastrophe du Delta du Niger, se retrouve dans des fonds « éthiques », selon « Financité Magazine » de juin 2017. Ainsi, BNP Paribas Fortis et son fonds Portfolio FOF- Stability Sri, c’est un portefeuille de bons de trésor du Panama, paradis fiscal, des actions Nestlé qui piétine allègrement les droits des travailleurs, également des actifs Airbus, grand vendeur d’armes qui participe à la fabrication de missiles nucléaires, selon « Financité ». Pour résumer, souligne le magazine, lorsque votre banquier vous vend un produit « éthique » vous financez en réalité… des armes nucléaires ! « Financité Magazine ». En conclusion, sans faire pour autant d’amalgames et de généralités, selon « Financité » : « Alors que de plus en plus de citoyens cherchent à donner du sens à leur argent, il serait temps que leurs banques fassent preuve de transparence quant à leurs investissements. »
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Nous sommes tous citoyens ! : « Un petit geste n’est jamais rien… »
« Nous sommes tous citoyens ! » est une chronique de Pierre Guelff. Bien sûr, par rapport aux machines à broyer l’individu et l’environnement au nom d’un mercantilisme sans foi ni loi, que sont les multinationales et divers secteurs de l’industrie, de la grande distribution, de la presse…, de « petites » initiatives citoyennes, des circuits et réseaux alternatifs, des associations locales communautaires, d’habitats groupés, de coopératives, de filières éthiques, de « communs » matériels et culturels, de partage des ressources, d’engagement et de bénévolat…, peuvent paraître une goutte d’eau dans l’océan. Pourtant, n’est-il pas question des prémices d’une véritable « révolution » planétaire en marche vers une société où la solidarité et la fraternité sont les moteurs, et non plus le seul aspect économique, le capitalisme ? Pour ce faire, ce mouvement citoyen d’amplitude de plus en plus mondiale, a besoin de supports, voire d’incitateurs, médiatiques, tels « Fréquence Terre » (réseau d’information sur l’environnement dont la devise est « Nous sommes vos porte-parole, vous êtes les acteurs ») et « POUR » (coopérative dont le concept est du même acabit : « Pour écrire la liberté, comme un cœur qui bat au rythme de la société en ébullition »), deux médias, donc, totalement indépendants par rapport aux lobbys chers aux multinationales et aux politiques qui leur emboîtent le pas. Il s’agit, donc, d’une information également à visage humain, en somme. Et, comme les petits ruisseaux font les grandes rivières qui vont se jeter dans les mers et les océans (tant que le réchauffement climatique ne supplantera pas totalement la Nature), eh bien, notre hypothèse de la goutte dans l’océan… tombe à l’eau ! Oh ! Pas besoin, ici, de grandes théories, mais un « petit » exemple concret suffit à le montrer et à le démontrer. « Parkôlégum », potager partagé dans la capitale de l’Europe, est une initiative citoyenne, à présent quelque peu reconnue et soutenue par sa Commune. Comment et sur quel principe débuta ce projet ? Comment est-il accueilli dans la population ? Comment évolue-t-il ? Marie-Paule, l’une des quatre bénévoles de cette action citoyenne, répond aux questions de « Fréquence Terre » (la totalité de l’interview de trois minutes, environ, est à écouter sur notre podcast repris ci-dessous). Nous résumons : un terrain communal, situé dans un quartier, était devenu un dépotoir. En deux années, il a été transformé par ces bénévoles en un potager collectif où légumes et plantes médicinales font bon ménage. Le tout, sous le regard bienveillant des habitants. La conclusion de Marie-Paule : « Nous espérons que ce projet continuera à essaimer, à proliférer, toujours avec le but de faire les choses de façon collective. Donc, de partager les compétences et… les récoltes ! » Quand on vous disait qu’une goutte d’eau dans l’océan n’était pas inutile car, en somme, c’est aussi l’histoire amérindienne du colibri chère à Pierre Rabhi, essayiste et agriculteur bio : « Un incendie ravageait la forêt et les animaux, impassibles, regardaient les flammes la dévorer. Sauf un ! Un colibri qui apportait goutte d’eau après goutte d’eau au-dessus du brasier. Sous les railleries des autres animaux qui lui faisaient remarquer que son geste était totalement inutile, le colibri répliqua : « C’est probable, mais moi, au moins, je tente quelque chose ! ». Conclusion : un beau (même petit) geste n’est jamais rien !
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Pour que vivent nos libertés
Il y a quelques mois, « Fréquence Terre » fit état de la (re)naissance du magazine « POUR » dont le slogan est « Pour écrire la liberté » (concept des années ’70). Après une longue réflexion de citoyens-militants mobilisés contre les traités internationaux, tels les TTIP, TAFTA, CETA…, « POUR » a créé un site web, organisé des conférences et des débats sur les composantes de ces traités qui, souvenons-nous en, ne trouvaient guère d’écho dans la presse traditionnelle. On sait que, depuis lors, la Commission européenne a été obligée de revoir sa copie, ou recomposer avec ses interlocuteurs, principalement des politiques sous la manifeste emprise de lobbys de multinationales. À présent, « POUR » vient de passer à une étape supérieure dans son projet et qui se résume en neuf points : Pour un média indépendant, c’est-à-dire uniquement dépendant de ses coopérateurs et lecteurs. Pour le développement d’une société libre, juste et solidaire. Pour l’opportunité donnée à chacun d’être un acteur de changement dans sa vie quotidienne. Pour un souffle démocratique qui réconcilie action politique et expression citoyenne. Pour la résistance à la pensée unique, au modèle dominant, au leitmotiv du « il n’y a pas d’alternative ». Pour la mise en valeur de toutes les réflexions et actions signifiant qu’un autre avenir est possible. Pour le choix d’une société qui ne soit pas asservie à la religion du marché, la croissance, la compétitivité et au profit. Pour une Europe autre, qui donne vie à un idéal européen renouvelé. Pour que le développement des débats citoyens nous permette de construire, ensemble, une société dans laquelle il fait bon vivre. Il reste, à présent, de tenter de mettre toutes ces idées, principalement issues de réflexions parmi des chercheurs, universitaires, intellectuels…, en pratique, dans les usines et les ateliers, sur les chantiers, parmi le personnel soignant, dans l’enseignement technique et professionnel tellement oublié et qui est une filière aussi « noble » que d’autres, si pas davantage « pourvoyeur » d’emplois et de ne pas oublier que « la main est le prolongement de l’esprit », maxime chère au Compagnonnage. Pour davantage de précisions, voir le site web www.POUR.Press qui donne le ton : « Comme un cœur qui bat au rythme de la société en ébullition. »
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Un concept « particulier » pour l’Art
Carine Joiris : « Le retour des anges » Le concept d’ « Artwing » (artwing.be) est de proposer des artistes via une galerie virtuelle et/ou d’être exposés dans des établissements (une école, par exemple), voire chez des particuliers qui les accueillent chez eux. Areti : jubilation poétique du dessin. Skaii de Vega : soigner par l’art. Pierre Coubeau alias FSTN : le roi et le bouffon. « Fréquence Terre » a préféré visiter une école de la capitale européenne (avec sa centaine de milliers de Français, pour 250 000 dans le pays) et voir sur place ce concept « particulier » qui propose des œuvres méritant, parfois, de se retrouver aux cimaises de galeries prestigieuses, comme on peut le découvrir sur le site de la radio. Ange Bruneel : dessin « automatique ». Bénédicte Gastout : un univers parallèle. Les artistes présentés étaient sept. Pour chacun, des œuvres, bien entendu, agrémentées de présentation dont j’ai extrait quelques éléments : « Ode à la liberté hypnotique de l’écriture automatique », « L’amour du trait est roi et le politiquement correct son bouffon », « Soigner par l’art », « Une artiste animée d’une jubilation poétique du dessin », « Un univers parallèle », « Les événements de la vie quotidienne fournissent son inspiration »… Sandrine Bouleau : Force, Ténacité, Courage. Sans conteste, ces artistes méritent votre attention…
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Art brut et solidarité
« Art et Marges » est un musée bruxellois qui devrait intéresser les nombreux Français de passage dans la capitale de l’Europe ou qui y résident. En effet, la philosophie de ce musée m’est apparue remarquable : c’est celle de tendre la main vers « l’autre », c’est-à-dire celui qui est quelque peu « ghettoïsé » ou fragilisé. Il s’agit, donc, d’une philosophie humaniste en forme d’ouverture fraternelle envers des gens qui ne s’inscrivent pas obligatoirement dans le circuit culturel « classique ». Ce Musée de l’art brut (312 rue Haute à Bruxelles), propose des expositions temporaires et une collection permanente d’art outsider : « Art en dehors des circuits habituels, avec des créations comme une nécessité vitale pour des personnes fragilisées (mentalement, par exemple) avec une expression originale, ou pour des autodidactes », m’expliqua Sarah Kokot, cheville ouvrière, parmi d’autres, de cette heureuse initiative d’organiser trois expositions temporaires annuellement en plus d’étonnantes collections permanentes. Prenons l’exemple de Gustave Mesmer (1903-1994). Il fut enfermé – durant des décennies, à vrai dire les deux tiers de son existence -, interné par sa famille car il avait « blasphémé » dans une église. Son rêve était de voler dans les airs et de créer un vélo-volant : « C’était un peu un Léonard de Vinci dans son genre, très créatif, il élaborait même ses propres outils à partir de matériaux de récupération ». Il rêvait de liberté toute sa vie, alors qu’il était enfermé pour une « schizophrénie lente », selon les médecins. Et pourtant, une Fondation Mesmer se créa et il fut exposé en tant qu’artiste à l’Exposition universelle de Séville ! Le musée montre aussi des œuvres d’autodidactes. Oeuvres parfois issues d’ateliers créatifs et réalisées avec des stylos à bille sur du papier, des textiles, de la toile de jute, de la céramique… Prenons ce deuxième exemple : celui d’un carrousel fabriqué par un boulanger qui dut arrêter son métier pour maladie. Pas question, ici, d’handicap mental, mais, aussi, de la concrétisation d’un rêve : celui de réaliser un manège posé sur un tourne-disque car, enfant, il ne pouvait pas aller sur les chevaux de bois ! Assurément, ce musée relève bien d’une philosophie humaniste qui, en ces périodes troublées que nous vivons, est une réelle bouffée d’oxygène sociétale. Infos : les photos montrent le vélo-volant de Mesmer et d’autres oeuvres d’autodidactes ou personnes dites « fragilisées ». Site : artetmarges.be
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La Beauté du Diable
Jean de Boschère (1878-1953), imagier rebelle des années vingt, c’est « l’histoire littéraire qui n’aime guère les figures inclassables ». Autoportrait de Jean de Boschère, imagier rebelle des années vingt. Écrivain, illustrateur, peintre, sculpteur, naturaliste, farouche provocateur et nomade, hanté par le suicide de sa sœur, défigurée par un bec-de-lièvre, s’est fait imagier pour opposer à la laideur des « identités meurtrières » la beauté de formes hybrides inédites. Inutile de dire que l’exposition « La Beauté du Diable » qui se tient, jusqu’au 28 mai 2017, à la Bibliotheca Wittockiana à Bruxelles, ne pourra qu’intéresser les centaines de milliers de Français qui résident en Belgique ou qui la visitent. Une exposition qui, au-delà de correspondances, d’extraits de livres et d’ouvrages souvent illustrés et dont les titres corroborent le thème générique, tels « Derniers poèmes de l’obscur », « Dolorine et les ombres », « Satan l’obscur », on découvre des peintures avec, par exemple, cet autoportrait de Jean de Boschère qui rappelle quelque peu l’ambiance énigmatique du « Nom de la Rose », des gravures, des dessins, des photos, des sculptures, telle celle, étrange, qui illustre la citation extraite du « Journal d’un Rebelle solitaire » : « La liberté est dans l’affirmation que le oui contient le non ». Entre les derniers avatars du symbolisme et les audaces surréalistes, cette exposition propose « un véritable chaînon manquant de l’histoire du livre illustré ».
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Le Petit Livre du Bonheur de Véronique Barrau (Éd. du Chêne)
Quel fameux défi que celui lancé par les Éditions du Chêne avec ce « Petit Livre du Bonheur » écrit par Véronique Barrau ! En effet, dans la sympathique collection du « Petit Livre de… », aborder le concept du bonheur, « une histoire intemporelle », selon l’auteure, en 80 objets sur 170 petites pages, les unes de textes courts et les autres d’images d’antan, relevait d’un art de résumer et d’illustrer une symbolique tellement importante pour tout être humain. De l’agate à la turquoise en passant par l’araignée (qui assainit l’air et écarte les maléfices), le bossu (dont la vision favoriserait les amours), au chat (caresser un chat noir ferait gagner au jeu), à la corde d’un pendu (qui porterait chance), à l’étoile filante (qui, tombée sur notre planète, apporterait une âme aux nouveaux-nés), au célèbre muguet du 1er mai, à la patte de lapin (utilisée comme mascotte porte-bonheur), au trèfle à quatre feuilles (une « erreur » de la nature devenue un illustre grigri), et l’incontournable nombre 13, ce petit livre se lit, tout simplement, avec bonheur !
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L’homme révolté (3) : Faire surgir la suprême dignité de la suprême humiliation.
Dans le monde entier, on évoque de plus en plus, la désobéissance civile, l’insoumission, l’anarchie pacifiste chère à Georges Brassens et, comme un retour aux sources, « L’homme révolté », l’essai d’Albert Camus qui, tout au début des années ’50, suscita maints débats et polémiques. Cependant, avec le recul on peut dire qu’Albert Camus avec été un visionnaire avec son gigantesque travail qui, plus d’un demi siècle plus tard, est, effectivement, d’une brûlante actualité. Analysant et commentant les Rousseau, Bakounine, Hegel, Descartes, Nietzsche, Marx, Proust et tant d’autres, Albert Camus y apporte aussi sa propre vision. Voici, la troisième des trois chroniques que je consacre à ce sujet par des citations sélectionnées dans cet ouvrage de près de 400 pages. Une sorte d’hommage à cet auteur qui a marqué toute mon existence par son discours humaniste. « La mission du prolétariat est de faire surgir la suprême dignité de la suprême humiliation. » « Il est difficile de revenir sur les lieux du bonheur et de la jeunesse. » « La révolte n’est pas en elle-même un élément de civilisation. Mais elle est préalable à toute civilisation. » « La révolte n’est-elle pas devenue l’alibi de nouveaux tyrans ? » « La révolte est source de vraie vie, elle nous tient toujours debout dans le mouvement informe et furieux de l’histoire. » « L’enfer n’a qu’un temps, la vie recommence un jour. L’histoire a peut-être une fin, notre tâche pourtant n’est pas de la terminer, mais de la créer, à l’image de ce que désormais nous savons vrai. » « L’art, du moins, nous apprend que l’homme ne se résume pas seulement à l’histoire et qu’il trouve une raison d’être dans l’ordre de la nature. »
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L’homme révolté (2) : Le jour de la révolution.
Dans le monde entier, on évoque de plus en plus, la désobéissance civile, l’insoumission, l’anarchie pacifiste chère à Georges Brassens et, comme un retour aux sources, « L’homme révolté », l’essai d’Albert Camus qui, tout au début des années ’50, suscita maints débats et polémiques. Cependant, avec le recul on peut dire qu’Albert Camus avec été un visionnaire avec son gigantesque travail qui, plus d’un demi siècle plus tard, est, effectivement, d’une brûlante actualité. Analysant et commentant les Rousseau, Bakounine, Hegel, Descartes, Nietzsche, Marx, Proust et tant d’autres, Albert Camus y apporte aussi sa propre vision. Voici, la deuxième des trois chroniques que je consacre à ce sujet par des citations sélectionnées dans cet ouvrage de près de 400 pages. Une sorte d’hommage à cet auteur qui a marqué toute mon existence par son discours humaniste. « La loi peut régner, en effet, tant qu’elle est la loi de la Raison universelle. » « Pour tous les opprimés, la révolution est la fête, au sens sacré du terme. » « Deux races d’hommes. L’un tue une seule fois et paie de sa vie. L’autre justifie des milliers de crimes et accepte de se payer d’honneur. » « La loi militaire punit de mort la désobéissance et son honneur est servitude. Quand tout le monde est militaire, le crime est de ne pas tuer si l’ordre exige. L’ordre, par malheur, exige rarement de faire le bien. » « Il est frappant de noter que les atrocités qui ont été commises aux colonies par des nations européennes qui obéissaient en réalité au même préjugé irrationnel de supériorité raciale. » « Le capital ne se concentre plus qu’aux mains de quelques maîtres dont la puissance croissante est basée sur le vol. Un jour vient, fatalement, où une immense armée d’esclaves opprimés se trouve en présence d’une poignée de maîtres indignes. Ce jour est celui de la révolution. »
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L’homme révolté (1) : « Se révolter contre la nature revient à se révolter contre soi-même. »
Dans le monde entier, on évoque de plus en plus, la désobéissance civile, l’insoumission, l’anarchie pacifiste chère à Georges Brassens et, comme un retour aux sources, « L’homme révolté », l’essai d’Albert Camus qui, tout au début des années ’50, suscita maints débats et polémiques. Cependant, avec le recul on peut dire qu’Albert Camus a été un visionnaire avec son gigantesque travail qui, plus d’un demi siècle plus tard, est, effectivement, d’une brûlante actualité. Analysant et commentant les Rousseau, Bakounine, Hegel, Descartes, Nietzsche, Marx, Proust et tant d’autres, Albert Camus y apporte aussi sa propre vision. Voici, la première des trois chroniques que je consacre à ce sujet par des citations sélectionnées dans cet ouvrage de près de 400 pages. Une sorte d’hommage à cet auteur qui a marqué toute mon existence par son discours humaniste. « Parler, répare. » « Se taire, c’est laisser croire qu’on ne juge et ne désire rien, et, dans certains cas, c’est ne désirer rien en effet. » « La conscience vient au jour avec la révolte. Plutôt mourir debout que de vivre à genoux. » « Peut-on, loin du sacré et de ses valeurs absolues, trouver la règle d’une conduite ? telle est la question posée par la révolte. » « Se révolter contre la nature revient à se révolter contre soi-même. » « Tuer des hommes ne mène à rien qu’à en tuer plus encore. » « La morale, quand elle est formelle, dévore. »
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Quand la nuit porte conseil : Quelle « joie post-traumatique » ?
« Quand la nuit porte conseil » : citations, proverbes, paroles de vie, coutumes, légendes, croyances populaires du monde entier, débats sociétaux… proposés par Pierre Guelff. Dans « Littérature sans Frontières » du 13 mars 2016, j’avais présenté l’ouvrage « Chouette, un conflit ! » de Nathalie Legros, livre illustré et comportant de nombreuses citations paru aux Éditions Chronique Sociale. Outre les auditeurs, la consultation du podcast à près de 2 000 reprises prouve l’intérêt pour cette approche qui se voulait un « changement de perspective et une transformation ». Parallèlement à son métier d’ingénieure en aérospatiale, l’auteure est médiatrice et elle vient d’écrire un texte poignant d’une douzaine de pages sous le titre « Joie Post-Traumatique » : « L’histoire est celle d’une maman et de trois enfants, projetés dans un inconnu menaçant, dans le hurlement de la tôle froissée et la douleur du silence. Trois tout jeunes enfants débordant d’énergie. Une maman sous pression. L’histoire d’un accident. De l’illusion du contrôle perdue sur la route turbulente de la vie. Explosion d’une bombe à fragmentation. Vies cassées en mille morceaux. Fragments de vie, d’amour, de peur éparpillés à tout vent. Peu à peu, courageusement, les rassembler et reconstituer le puzzle. Patiemment. Prendre du fil et une aiguille et recoudre, reconstituer l’ensemble. Découvrir que l’image qui prend forme est plus nuancée, complète, colorée et vivante. Découvrir qu’au-delà de la douleur et de la peur, il y a quelque chose de joyeux. Cheminer à la rencontre de la confusion et de la violence, de la paix et de la mort, du silence et de l’espace, de la douceur et de la joie. Pas à pas. » Pas à pas. Ce texte bouleverse et, en exclusivité, les auditeurs de « Fréquence Terre » et de ses radios partenaires peuvent le découvrir sur le site www.frequenceterre.com au bas de la présente chronique. Certes, de multiples questions se posent sur cette « joie post-traumatique » annoncée, mais, personne, selon moi, ne reste indifférent face à pareille lecture. À vous de juger. Nathalie Legros Joie Post-Traumatique par Nathalie Legros Prologue Boucler la boucle. La naissance et la mort sont deux extrémités d’une boucle. La fin est le début et le début la fin. Le trait encercle le mystère de la vie, précieux, gourmand, farceur. Dans ce cercle, rechercher le centre. Cet endroit à partir duquel je rayonne. Le centre à l’intérieur. Dans mon intérieur vivant, de chaire et d’os, d’esprit et d’espoir, de joie et de colère. L’histoire est celle d’une maman et de trois enfants, projetés dans un inconnu menaçant, dans le hurlement de la tôle froissée et la douleur du silence. Trois tout jeunes enfants débordant d’énergie. Une maman sous pression. L’histoire d’un accident. De l’illusion du contrôle perdue sur la route turbulente de la vie. Explosion d’une bombe à fragmentation. Vies cassées en mille morceaux. Fragments de vie, d’amour, de peur éparpillés à tout vent. Peu à peu, courageusement, les rassembler et reconstituer le puzzle. Patiemment. Prendre du fil et une aiguille et recoudre, reconstituer l’ensemble. Découvrir que l’image qui prend forme est plus nuancée, complète, colorée et vivante. Découvrir qu’au-delà de la douleur et de la peur, il y a quelque chose de joyeux. Cheminer à la rencontre de la confusion et de la violence, de la paix et de la mort, du silence et de l’espace, de la douceur et de la joie. Pas à pas. A chaque instant, avancer dans la simplicité naturelle de ce qui se présente. Se laisser bousculer, tout en dessinant patiemment la trame de la vie qui se déroule. La tisser des fils colorés de la confiance et du doute, des fils doux de simples gestes quotidiens, des fils rugueux des crises et traumatismes. Prendre de la hauteur et contempler la création. Sourire et remercier. CONFUSION Il m’a fallu des années pour trouver mon centre. Ce point fulgurant, d’énergie et de force, de clairvoyance et de douceur, de foi et de détermination, de pleurs et de rires, de vie et de mort. Intégrée. Me voilà intégrée. Prête à mourir. Prête à écrire. A rire et à danser. A tout perdre et en perdant tout, à tout gagner. Ce jour-là, je suis aspirée dans un tourbillon étoilé d’étincelles, trempée de lumière. Littéralement aspirée vers le haut. Pas comme un ascenseur, rien à voir. L’ascenseur est une boîte qui monte et qui descend. Je parle d’une autre dimension verticale : plutôt celle de la croix ou du tronc de l’arbre. Quelque chose de très organique, qui relie le ciel et la terre, avec naturel et fluidité. Un déchirement se produit, comme si ce monde était une scène de théâtre, et soudain un acteur traverse la toile de fond et se retrouve de l’autre côté du décor. La mort n’est pas un précipice. Une disparition soudaine, inexpliquée, une rupture totale, une absence terrible. Notez que ça, ça arrive même sans la mort. Parfois, quelqu’un part, et ne revient plus jamais. Ou cette personne est là, mais elle cesse de vous parler. Ou elle vous parle, mais son cœur n’y est plus. Je rêvais d’être pasteur. Celui qui transmet la bonne nouvelle, qui prononce les bonnes paroles. ‘Bonnes’ parce qu’elles sentent bon, sonnent juste et qu’elles élèvent les coeurs et les esprits. Je suis devenue ingénieur, celui qui fabrique et fait fonctionner les fusées, les navettes spatiales, les avions. Le point commun ? L’exploration de l’espace. Le pasteur explore l’espace intérieur. L’ingénieur s’occupe de l’espace extérieur. Grande confusion dans ma vie. Chaos même. Que je vais tenter de vous raconter : plonger puis sortir du chaos, pour y retourner de plus belle, et ainsi de suite. Jusqu’à trouver le centre, le rythme. Les moments sont précieux dans la vie où le regard bascule. Les choses vous apparaissaient sous un certain jour, habituel et prévisible, et soudain, la lumière change, un élément de la situation disparait, quelqu’un se déplace. Une autre réalité apparaît. La même et une autre. Simultanément. Un jour, une psychanalyste m’invite à me coucher sur le divan plutôt qu’à m’assoir dans le fauteuil comme d’habitude. Une fraction de seconde et un minuscule changement de position. TOUT se transforme. Parler à un être humain devient parler au plafond, c’est-à-dire à personne. Sans regard bienveillant pour me rassurer et me renvoyer un écho épuré de mes paroles. Je sème les mots, je les projette vers le haut, et les regarde retomber ça et là. Au fil des séances, j’en viens à me parler à moi-même. Parler, m’écouter, me répondre. Une sorte de dialogue s’installe, entre moi et moi, entre moi et l’univers. Peu à peu, la limite entre moi qui parle, moi qui écoute et moi qui me répond s’estompe. Je deviens la même personne. Je m’intègre, en cercles successifs. Le bleu du ciel. Implacable. La chaleur dorée. L’agitation désordonnée. Le tourbillon ascendant des pensées. Les cellules s’orientent vers le décrochage. Elles se déforment et se tendent. Jusqu’à l’inévitable rupture Au déchirement dans un vacarme Un bruit de maux couverts De demi-maux mal reconnus Des fleurs de maux VIOLENCE Une histoire. Raconter une histoire, qui a un fil. Sinon, ça ne fera qu’ajouter du chaos à la vie. Pourtant c’était bel et bien la confusion qui régnait. Si je le dissimule sous un semblant d’ordre, je vous trompe, je vous berne, je vous conforte dans une illusion d’harmonie ou de contrôle. Volcan au bord de l’éruption. Toute cette lave à l’intérieur, qui vient de très loin, des tréfonds sombres de la terre, qui s’accumule et fait pression. Un jour, l’éruption est là. Elle peut se produire à tout moment, en toute circonstance, même au volant d’une voiture, roulant sur l’autoroute à vive allure. J’ai envie de dire : ‘attention, elle est là, cette violence, juste sous la surface. Mieux vaut la voir, la regarder les yeux dans les yeux, faire connaissance, se relier à elle, l’approcher, l’apprivoiser. En dehors d’une crise.’ Raconter ‘ce jour-là’. Celui de l’accident. Ce qui se passe dans la voiture ce jour-là, c’est un accès de violence. Disons les choses comme elles sont. Un geste brutal pour faire obéir les enfants, tous les trois assis sur la banquette arrière. Des enfants forcément pleins de vie, débordants d’énergie, à l’étroit dans l’espace intérieur de la voiture. Un geste qui m’échappe. Quelque chose me traverse. Une force m’intime de me tourner vers l’arrière. Je lui obéis. Immédiatement. Sans réfléchir. Brutalement. Dramatiquement. Le volant suit docilement mon mouvement. Il entraine la voiture, qui dévie de sa trajectoire. C’est une période de ma vie où je n’ai pas encore appris à reconnaître, à accueillir, et à apprécier la réalité telle qu’elle est. De sorte que je vis constamment en porte-à-faux, entre cette réalité réelle et le fantasme d’une réalité imaginaire, désirée ou redoutée. La réalité réelle, à ce moment-là, c’est trois enfants en besoin de grand air et d’espace dans une voiture roulant sur une autoroute et une maman au volant fatiguée, agitée par de multiples questions existentielles et conflits intérieurs. Par un geste incongru, je mets en danger la vie de mes enfants et la mienne. Jeter par terre un vase en Crystal et le voir exploser en mille morceaux. Un pavé dans la marre. Comme si un geste pouvait ramener les choses à un cours plus favorable. Comme si je contrôlais la trajectoire de la réalité, à la façon de celle d’une fusée. Version mécaniste du monde : une action par ici, parole ou geste, et je dévie le système par là. Mécaniste et déterministe. Mon geste est mu par le besoin viscéral de rétablir le calme. Il s’impose dans la voiture pendant quelques secondes. Le temps de voir la route se mettre à danser. Sous nos yeux. De ressentir le poids de la voiture passer de gauche à droite et de droite à gauche, à la façon d’un patineur. Dans un mouvement de plus en plus ample. Le temps de comprendre le drame qui se rapproche. Incrédulité et terreur. Quelques secondes de silence radical, et une fulgurante leçon de vie : ‘ne cherche pas à manipuler la réalité, ou c’est elle qui te manipulera’. Il n’y a plus qu’à prier. Se relier à l’univers. Abandonner l’idée d’influencer le cours des choses. Accepter de me sentir engloutie dans un mouvement qui me dépasse. Quelque chose de terrible est sur le point de se produire : la chose ne s’est pas encore produite, mais déjà, elle s’inscrit dans ma conscience, dans mon corps. Permettez que j’avance à petits pas dans cette histoire. Avant. Après. La limite est franchie Avant, la proximité de la vie Après, la proximité de la mort Deux faces d’une réalité. Insaisissable. Avant, volonté de forcer les idées, la vie Après, ouverture au cours des choses Qui s’imposent à l’ombre de la mort Maîtrise et contrôle n’ont plus cours A la merci de l’histoire. De la vie Totalement vulnérable PAIX La paix est une pratique. On fait la paix. Comme on fait l’amour. D’une certaine façon, la paix, tout comme l’amour, est reçue à la naissance. Elle fait partie de notre équipement d’être humain. C’est le potentiel qui nous est donné, comme si on disposait d’un petit sac de graines de paix et d’amour. A nous de trouver un sol accueillant et fertile où les semer, de porter ensuite attention aux tiges fines et fragiles sortant de terre, de les nourrir et de les protéger du soleil. La paix et l’amour se cultivent. Puisse chacun trouver sa pratique de paix, et s’y engager joyeusement. Peut-être n’est-il pas nécessaire de souffrir, de mettre sa vie en jeu, ni celle de ses enfants, pour en découvrir l’importance. J’ai grandi en partie dans la maison de mes grands-parents, dans la campagne Ardennaise, là où les collines sont couvertes de bois et les pâtures occupées par les vaches laitières. Située sur le trajet de la dernière offensive allemande de l’hiver 1944. Mon arrière-grand-mère nous interdisait de jouer dans la cabane au fond du jardin, redoutant la présence de grenades non explosées. Un grand-oncle, arrêté pour résistance, est mort dans un camp de détention allemand. ‘Seigneur, fais de moi l’instrument de ta paix.’ Saint François d’Assise En décembre 1944, la maison est habitée par une jeune femme nommée Rose. L’hiver est rude et la neige recouvre le pays. Une colonne de blindés allemands traverse les Ardennes, passant à quelques mètres de la maison, en contrebas. Personne ne s’attendait à une offensive allemande. La confusion domine, renforcée par le brouillard et le froid glacial. Les bois alentours pullulent de résistants belges, de soldats américains ou anglais, et de tout jeunes soldats allemands. Rose est seule dans la maison, à la tombée de la nuit, la veille de Noël, quand deux soldats y trouvent refuge. L’un, blessé, est soutenu par l’autre. Tous les deux sont épuisés et transis de froid. Le brouillard a l’avantage de diluer les frontières, d’estomper les différences, de dissoudre les camps. Parfois, le brouillard est une bénédiction, un épais rideau qui amorti le bruit, ralenti le mental, dépouille de tout point de repère. Rose s’occupe de ces deux hommes. Elle les introduit dans la maison. Ils s’asseyent autour du poêle dans la cuisine. Elle les nourri et leur prodigue les soins nécessaires. Tout se passe en silence, dans une sorte d’appréciation de la réalité, sans jugement, sans colère ni peur. En paix. Après quelques heures, ils quittent la maison. L’histoire dit que l’un est un jeune allemand, et que l’autre, blessé, est un vieil officier anglais. A l’image d’un père et son fils, reliés et séparés. Deux êtres humains, de part et d’autre de la ligne de front. Ils sont en paix, tous les trois, pendant ce moment, dans la cuisine chauffée par le poêle à bois, dans la maison isolée à la lisière de la forêt noyée dans le brouillard, recouverte de neige. Souvent, paix est opposé à guerre. Chercher la paix revient alors à éviter le conflit, ou à le résoudre s’il est présent. Et si la réalité était plus nuancée et subtil e? Et si nous portions chacun cette possibilité de paix au plus profond de nos êtres en toute circonstance, même au coeur du conflit? Et si nous pouvions l’activer à tout moment ? Ils sont en paix tous les trois, malgré la guerre, car à ce moment précis, ils se sentent libres d’agir comme des êtres humains, d’éprouver de la gratitude l’un envers l’autre. Ils vibrent sur la même fréquence, alignés avec les lois humaines, dans le respect de la vie. » Ce à quoi l’on résiste persiste, et ce que l’on embrasse s’efface » Carl Jung Ce jour-là, sur l’autoroute, je porte en moi de nombreux conflits. Entre mon coeur et ma tête. Entre l’ingénieur et le pasteur. Entre la mère et la femme. Entre le monde et moi. Entre moi et les femmes des générations passées. Vision divisée et fragmentée du monde. Les uns contre les autres. Moi, seule, au milieu, tiraillée, bousculée dans les remous de ces courants divergents d’émotions, de pensées, d’envies, de besoins. Pourtant je résiste, refusant de voir, de sentir, de toucher ces conflits. Je me projette dans une réalité harmonieuse imaginaire. Avec détermination et conviction, je joue le jeu de la paix, comme Polyanna joue le jeu du contentement. En prétendant être en paix, je crois l’être réellement, renvoyant dans l’ombre toute une partie de mon univers. Dans cette réalité idéale harmonieuse et logique, un geste posé pour ramener l’ordre rétablit l’ordre. Un moment en dehors du temps où tout n’est plus qu’obscurité, secousses violentes, bruit fracassant, et sombre odeur de mazout. Quelques secondes qui pourraient être une vie entière : suspendues hors du temps habituel. Dans un temps résolument vertical. Un puissant ‘ici et maintenant’. Totale présence requise. Un appel impérieux à n’être nulle part ailleurs. La voiture immobilisée, j’ouvre les yeux. Désolation. Je me retourne : où sont les enfants ? Quelques secondes plus tôt, ils étaient tous les trois sur la banquette arrière, gigotant, discutaillant, rigolant et échangeant leurs jouets. Ils n’y sont plus. Je ne ressens les émotions qu’à travers une sorte de brume « amortissante ». Je ne suis pas frappée de plein fouet par l’angoisse, la panique, la colère contre moi-même. Au contraire, dans une clarté limpide, je vois comment j’en suis arrivée là, et quoi faire maintenant que j’en suis là. Une clairvoyance fulgurante, doublée d’un profond détachement : peu importe les résultats de mes gestes, l’important est de les poser, précisément et au plus vite. En l’occurrence, chercher les enfants, les mettre à l’abri, les soigner et les rassurer. L’être humain est équipé pour ce genre de situations. C’est une découverte que j’aime partager. Dans ce moment de désolation, je découvre des ressources que je ne soupçonne pas. Courage. Capacité d’agir malgré la détresse et la douleur physique. Gentillesse et chaleur des gestes et des paroles d’automobilistes inconnus. Permettez-moi de le répéter : nous sommes équipés pour cette vie. Et d’en faire une invitation à la confiance et au courage d’être soi-même. Je trouve d’abord Julien, le plus jeune. Il est encore dans son siège d’enfant, qui lui-même a basculé dans le vide de la voiture renversée. En le libérant de sa ceinture, je croise son regard flou et perdu. Mon Dieu, pourvu qu’il ne devienne pas fou… Il est vivant. Un peu de sang coule sur son visage. Je le prends tout contre moi et le serre très fort. ‘Viens, on va chercher les filles’. La carcasse de voiture est immobilisée sur la bande d’arrêt d’urgence. Où sont les filles ? A quelques dizaines de mètres, je distingue une petite silhouette étendue sur le tarmac brûlant. On accoure. Sophie est inconsciente. Je m’agenouille auprès d’elle, Julien dans les bras. Elle reprend connaissance, éclate en sanglots et du haut de ses quatre ans, nous regarde dans un nuage de terreur. Je la caresse et lui parle doucement : ‘Sophie, c’est juste un accident, ne t’en fais pas, on va tous se retrouver à l’hôpital’. Tous ? Le soleil brule, haut dans un ciel parfaitement bleu de la mi-août. La chaleur venue du ciel entre en collision avec la surface noire et goudronneuse de la route, alourdie plus encore par une odeur âcre de mazout. Les voitures continuent à défiler le long de l’autoroute. Certaines se sont arrêtées pour nous porter secours. Les ambulances commencent à arriver. Je crie : ‘il manque un enfant, il faut trouver Mia’. Les mots ne sont rien Que sont-ils dans cette immensité de larmes ? MORT Ce matin-là, celui de l’accident, je suis plongée dans un cours d’Histoire de la Philosophie. Nous habitons la campagne et j’étudie sous le toit, dans la tranquillité d’un petit village vivant au rythme des travaux des champs. A quelques kilomètres, les enfants s’amusent avec d’autres enfants, à dessiner et à peindre, à explorer et à représenter leurs perceptions du monde. Ce matin-là, j’arrive au chapitre de la mort. Mentale exploration de la sagesse des anciens. Platon : « [La mort], est-ce autre chose que la séparation de l’âme d’avec le corps ? On est mort, quand le corps, séparé de l’âme, reste seul, à part, avec lui-même, et quand l’âme, séparée du corps, reste seule, à part, avec elle-même. » Jouissance dans la manipulation des idées. Intellectuelle ivresse. Kierkegaard : ‘ … à l’homme animé de sérieux, la pensée de la mort donne l’exacte vitesse à observer dans la vie, elle lui indique le but où diriger sa course’. Jouer avec le concept de mort. Jongler avec ses représentations. Je m’envole, nourris intensément la pensée. Perds pied. Sensation désagréable à l’intérieur : quelque chose m’échappe. Vers midi, je me détourne de mes cours et m’en vais chercher les enfants. Quelques heures plus tard, la théorie fait place à l’expérience. Travaux pratiques. Comme par hasard. Les deux petits sont vivants. Je les touche, les caresse et les rassure. Je ne dirais pas qu’ils sont sains et saufs tant leurs corps sont meurtris et leurs regards absents ou désespérés. Déjà, les secouristes sont à leurs chevets. Je confie Julien à une ambulancière et Sophie au soin des secouristes, qui l’installent sur une civière. On cherche Mia. Quelqu’un découvre enfin son petit corps projeté sur le talus dans les broussailles. Mon Dieu, merci de l’avoir protégée ! Lorsque j’arrive, quelqu’un me dit ‘ne vous en faites pas, elle est vivante, croyez-moi, son cœur bat’. Pourtant, ce que je vois c’est surtout une immobilité totale et un profond silence : signes de l’absence de vie. Une jolie petite fille toute blonde, six ans de vie, étendue sur le dos dans l’herbe, comme si elle contemplait tranquillement les nuages. Les médecins-urgentistes arrivent, s’activent auprès d’elle. Immédiatement, ils l’intubent, et l’embarquent vers l’hôpital le plus proche. Les petits sont emmenés ailleurs, dans une autre clinique, pour mobiliser le plus de ressources possible autour de notre sauvetage. Au bord de l’autoroute, dans la fournaise de l’été, il ne reste plus que moi. Je suis seule avec quelques policiers, ambulanciers et curieux. Je cours sans plus savoir où aller, quoi faire, ni qui réconforter. Quelqu’un m’arrête et verse un liquide froid sur ma main explosée. C’est là que le choc se produit. Dans une fraction de seconde, je perçois l’étendue des dégâts. De plein fouet je suis frappée par la douleur et le désespoir. Je sens mon corps qui lâche. Immobile. Ma vie en mille morceaux. Debout. Sans plus rien à faire. Menace d’être engloutie par une gigantesque vague de souffrance et de douleur physique. Elle est là, sur le point d’éclater. Je ne sais pas nager dans cet océan de désespoir. Personne ne m’a appris à surfer. Je suis petite, exposée, sans défense. Minuscule. Je voudrais disparaître. Ce n’est pas une vague, c’est le monde qui s’écroule, se condense, se ramasse en un point. Tout s’obscurcit. Le bruit de l’autoroute s’estompe. De même que l’odeur de mazout. De même que la chaleur brulante. L’espace devient silencieux. Une couverture de silence, comme une couche épaisse de neige amortissant le bruit. Je m’élève au-dessus du bruit. Quelque chose se passe dans une dimension verticale, dans l’immobilité et le silence. Je perds pied, je perds le contact avec la terre. Je me sens soulevée et propulsée vers le haut. Les émotions disparaissent, de même que l’odeur. Tunnel sombre, puis de plus en plus lumineux et coloré. Passage éclatant. Le mouvement vers le haut s’accélère, la lumière blanche se transforme en pluie d’étincelles multicolores. Je me sens aspirée. Soudain freinée : quelque chose intervient et contrarie le mouvement ascendant. Je ne peux le décrire que comme deux mains qui s’emparent de mes deux pieds. Quelque chose, peut-être une voix, me dit : ‘non, pas là-haut, tu restes ici ’. Alors, j’ouvre les yeux. Je vois, je sens et j’entends. Le talus, la crasse noire partout, l’odeur de mazout, la morsure du soleil. Je vois et me dis : ‘non, pas ça, pas là’. Cette pensée me libère de la contrainte de mon poids d’être humain retenu par la gravité. Je m’élève à nouveau dans le tunnel de lumière. A nouveau ma course est freinée par deux mains qui saisissent mes pieds. Impérativement. ‘Tu restes là’. J’ignore combien d’allers retours se produisent. Finalement, je lâche, j’abandonne la résistance. J’ouvre les yeux : je suis allongée dans une ambulance, un masque à oxygène me couvre le visage. Il empêche mes larmes de couler. ‘Les épis de blé, au moment où ils subissent la tempête, s’inclinent ; mais ils ne sont pas brisés. Après la tempête, ils relèvent la tête’ (Éphrem le Syriaque, patron des Églises orientales) Lucidité du corps qui se relâche Au paroxysme de tension L’arc tendu libère sa flèche Tout se relâche. Tout s’apaise La peur fige l’ensemble Prend place et s’installe En même temps que la certitude De la vie suspendue. De la violence. Du mystère. De l’ignorance totale De la beauté. De la nécessité du choc ESPACE Au fil de la vie, j’avance dans mon exploration de l’espace. Enfant, j’entre souvent en contemplation du ciel nocturne parsemé de points lumineux. Intriguée surtout par le noir profond entre les étoiles. Touchée. Je me sens petite devant un mystère si grand. Toute petite. Troublée aussi : je ne suis rien en regard de cet espace immense, pourtant, la moindre chose m’arrive et mon univers entier en est bouleversé. Étrange cohabitation de deux extrêmes en moi. Je réfléchis intensément, lis avec ferveur, cherche des réponses chez les philosophes, dans les églises, auprès des poètes. Parfois je croise un regard, inconnu mais profond, bon et lumineux. C’est là que je trouve un écho à la minuscule immensité mystérieuse qui m’habite. L’espace devient un espace de relations plutôt que de choses, d’idées ou de gens. Je pense à ce moment, juste avant de mourir, qui arrivera avec certitude. Qu’est-ce qui restera de ma vie ? Dans mon esprit d’enfant, une réponse s’impose : les relations, nouées avec les autres. Et au sein des relations, les échanges et les partages. L’impression laissée sur les autres. Rien d’autre. Juste de l’invisible, de l’intangible. Rien du tout. Le monde est un espace de relations. Ce jour-là, celui de l’accident, mon espace se rétrécit brutalement. Il se contracte jusqu’à ne constituer qu’une zone étroite autour de moi, laissant entrer peu d’oxygène. Je retiens ma respiration. Je vis en apnée. Pendant des mois, des années peut-être, je survis. Mon univers est sombre, humide et froid. Il est si contracté que toute relation, inévitablement, dépérit. La honte et la peur de provoquer la souffrance m’isolent. Pour brouiller les cartes, je m’applique à sourire. En jouant au jeu du contentement et de la paix, je me mens à moi-même et je trompe les autres. Je gagne du temps, mais la joie et l’amour s’amenuisent et disparaissent. Le respect déserte. Chaque matin, je me réveille en hurlant silencieusement ‘au secours’, me sentant emportée dans les tourbillons noirs d’une eau glacée. Me laisser aller, comme une grosse pierre. Tomber jusqu’au plus profond. M’abandonner au poids de la culpabilité, à la lourdeur de mon cœur, aux blessures de mon corps, à la gravité de la situation. Accepter de sombrer, jusqu’à toucher le fond. Et en touchant le fond, sentir un regain d’énergie, comme une lumière vacillante au fond d’un long tunnel noir. Maintenir l’attention sur cette petite lumière, la suivre comme l’étoile polaire. Peu à peu, la voir grossir. En la voyant grossir, sentir l’espace qui reprend son mouvement d’expansion. Dans l’espace grandissant, multiplier et nourrir les relations. Sentir l’espace qui se réchauffe. Et les sourires qui redeviennent des sourires francs et vrais, sur lesquels je peux compter. Depuis, mon espace ne cesse de s’ouvrir et de s’élargir. Vers le haut, le bas, à gauche, à droite, dans le troisième ou la quatrième dimension. Jouer avec le concept, la texture, le goût, la qualité énergétique de l’espace. L’ouvrir. Le fermer. Le tenir. Individuel ou collectif. A l’intérieur ou à l’extérieur. L’espace de ce qui se passe entre nous. L’espace de nos cœurs, de nos corps, de nos âmes. Le rideau tombe. Noir. Fracassant Les corps légers sont emportés Dans une danse aveugle folle, impitoyable Le bruit rempli tout l’espace Sature les corps livrés au mouvement La lumière déchire le noir Silence. Que signifie le silence ? SILENCE Sophie et Julien sortent de l’hôpital, tandis que Mia y reste. Un enfant dans le coma, c’est un enfant résolument silencieux. Seuls les médecins parlent, font grises mines et prononcent des paroles du type : ‘peut-être vaut-il mieux qu’elle n’en sorte pas…’. Ces paroles glissent sur le bouclier protégeant une flamme d’espoir alimentée avec ferveur. Trouver une porte et pénétrer le silence. Dans le silence, trouver les mots, les gestes, les caresses, les regards qui touchent, font écho et résonnent. Se rejoindre, chacun dans sa solitude silencieuse. Les cœurs, les âmes. Au son des pompes, des fluides dans les tuyaux, des écrans et des ordinateurs, des alarmes, des commentaires des infirmières attentives et des médecins inquiets. Ces bruits-là ne comptent pas. Seul compte l’infini silence. Qui mène à un autre niveau de conscience. Il me faut des années, dix peut-être, pour accueillir et apprécier le silence. Le regarder comme un lieu de profonde respiration, de découverte et de paix. Une parenthèse dans l’agitation du monde. Traverser la cacophonie des voix à l’intérieur qui se répondent, se renvoient la balle, se félicitent ou s’accusent mutuellement. Passer à travers l’agitation des pensées. Leur donner libre cours sans les amplifier. Les observer, en découvrir la couleur et la texture avec curiosité. Les regarder peu à peu s’annuler l’une l’autre, perdre de leur superbe et de leur certitude. Sans leur prêter d’attention particulière. Avec patience et une lueur d’amusement, donner tout le temps nécessaire aux pensées pour qu’elles retombent, comme des soufflés sortis du four. Écouter à travers les voix, et audelà, entendre le vrai silence. Le silence fertile et nourricier. Le battement de mon coeur au rythme du battement de la Terre. A l’unisson. Entendre la musique fluide et naturelle de mon corps qui vibre dans chaque cellule. Regarder intensément. Tout cela est très physique, très concret. Au bureau, les collègues me consultent. Je n’ai ni position, ni pouvoir particulier. Simplement, je suis une personne de confiance. Un rôle que mon employeur m’a confié. Chacun peut entrer, s’asseoir et parler ouvertement, en confidentialité. La société a organisé cette possibilité pour prévenir le manque de respect, les atteintes à la dignité, et le harcèlement dans le contexte professionnel. Une façon d’offrir du silence aux employés qui en ont besoin. Possibilité de ralentir, de laisser décanter les émotions et les pensées se bousculant dans un bruit de fond épuisant. Cessez de les agiter et de les nourrir, et elles se posent, doucement. La clarté revient. La clarté de la décision à prendre et de la parole à prononcer. Le rideau se lève Sur un monde de désolation La matière des corps Nous y sommes. Au cœur Où est la vie dans ce sang ? Dans ces corps disloqués et meurtris Les pleurs des uns. Le silence des autres La conscience qui revient. La douleur La conscience évadée. Où ? Évidence des gestes et des paroles Évidence de la vie qui continue DOUCEUR Cet été là, dans le service des soins intensifs, la chambre est froide, contrastant avec les températures extérieures. On refuse le silence artificiel. Les enfants sont réunis. Julien et Sophie arborent leurs pansements et plâtres avec fierté et humour, ils sourient dans une tentative de détendre l’atmosphère. Mia est étendue sur un lit, reliée aux médecins par toutes sortes de fils et de tuyaux, imperturbablement immobile et silencieuse. On a placé un attrape-cauchemar au-dessus du lit. Un clin d’œil, une invitation à la vie, en réponse à la gravité du diagnostic de traumatisme crânien. Longtemps après l’accident, je découvre le Bhoutan. Entrer dans son espace aérien est une expérience magique. Les larmes coulent sur les visages. Juste des larmes. A la vue des vallées vertes et boisées de l’Himalaya émergeant des nuages. Pénétrer un espace d’une autre qualité, d’une autre texture. Une expérience très personnelle. Nous parcourrons le pays d’ouest en est, découvrant vallée après vallée, temple après temple. Au péril de nos vies. Car chaque jour, je crois mourir. Sur les routes caillouteuse, étroites et sinueuses, à flanc de montagnes vertigineuses. Premiers jours en pourparlers avec mon angoisse du vide, cette peur viscérale de tomber, de mourir, de perdre pied, d’être engloutie dans les précipices profonds. Une terreur qui me momifie soudain sur le bord d’un sentier ou me pousse à me terrer dans le coin obscur d’un temple. Mon corps refuse obstinément d’avancer ou de reculer. Je VOIS la chute dans ce vide minéral et hostile. Je SENS le courant d’air et le rocher rugueux. Je RESSENS le choc fatal au fond du précipice. Si je continue à respirer, c’est grâce à la présence patiente et attentive des mes compagnons de route. Ils m’attendent, me parlent doucement ou impérieusement, me tiennent la main, me racontent des histoires ou m’intiment d’avancer. Au fil du temps, quelque chose se dissout en moi. Les pourparlers entre le vide et moi se poursuivent, dans une atmosphère plus détendue. Bientôt, je suis capable de faire un pas vers le vide, et le vide fait un geste vers moi. Nous commençons à nous connaître et à nous respecter. Non que les choses deviennent faciles et agréables, mais l’alignement, l’écoute mutuelle, le respect amènent un peu de légèreté et d’humour. Bientôt, je suis capable de me tenir debout près d’un Stupa suspendu dans le vide, de grand ouvrir les bras pour embrasser l’espace. Puis de sourire, et de rire de soulagement. Alors, je deviens capable de voir au-delà du vide et de m’intéresser à ce qui occupe l’espace. En guise de bienvenue, un gouverneur de province nous parle : ‘l’essentiel dans la vie, c’est d’être heureux et de rendre les autres heureux’ et il continue : ‘nous sommes tous d’accord là-dessus’ Belle hypothèse pour le fonctionnement de la société. Sommes-nous vraiment tous d’accord, surtout en ce qui concerne le bonheur des autres et notre contribution au bonheur des autres? Ce discours m’intrigue. Aussi, je redouble d’attention et j’observe : les gens, les bâtiments, la nature, les routes, les animaux. Dans ce pays, la conscience est systématiquement et minutieusement cultivée : conscience de soi-même, de l’autre, de la nature, des traditions. La conscience semble engendrer le respect. Des drapeaux de prière colorés flottent au vent, partout, jusque dans les endroits les plus improbables et reculés. Des drapeaux diffusant des vœux de bonheur et de paix. Le pays baigne dans ces vœux et chaque habitant en bénéficie chaque jour. Serait-ce le secret de la qualité particulière de l’espace ? ‘Véritablement humain sera le jour où chacun pourra dire je en pensant nous’ Aminata Traoré Au fond d’une vallée retirée, apparaît un temple. Dessiné sur un mur, une immense représentation du mandala cosmique. Dans le brouillard humide du début de l’automne, le centre bleu azur est un refuge pour mon esprit turbulent. Les cerceaux concentriques de quatre couleurs, aux quatre points cardinaux invitent au mouvement. Danse paisible et légèrement euphorisante. Résonnance : l’univers en moi, moi dans l’univers. Je suis captivée. Plus tard, nous nous arrêtons dans une auberge pour déjeuner. Sur la terrasse, Lama Karta est seul. Je le rejoins et l’interroge : ‘Lama, que signifie le mandala cosmique ?’ Lentement, il tourne son regard vers moi. Le temps est suspendu, les bruits s’estompent, je suis aspirée par sa présence. Il désigne la tasse que je tiens à la main et dit : ‘Ajoute du lait et du sucre dans ton thé’. Son regard est droit, clair, pénétrant. Le ton déterminé et doux. Une gifle en même temps qu’une caresse. Ralentissement. L a vibration change, le silence s’approfondit, les montagnes s’immobilisent. Je me sens humble, reconnaissante et complètement désorientée. Propulsée dans une autre dimension. Réduite au silence. Je reçois une leçon. Les mots sont comme des graines semées au vent. Je les vois s’envoler des mains de Lama Karta, planer, atterrir doucement en moi, et pénétrer le terreau de mon inconscient. Ca dépasse mon entendement. Je salue Lama Karta en signe de remerciement. ‘A toute question, cherche la réponse dans l’expérience directe et immédiate. Surtout si la question te passionne. Tempère ta réflexion. Assouplit ton activité mentale. Si la réalité a la forme d’un liquide brûlant, fort et noir, adouci-le en ajoutant un nuage de lait et quelques cristaux de sucre. Toute réalité peut être vécue avec douceur, nuances et gentillesse.’ Tentation de rejoindre Un ailleurs coloré, lumineux Attraction de la vie qui refuse la possibilité du choix Ramène la conscience dans un geste abrupt Dures réalités. Dures incertitudes Énergie puisée au plus profond Abandon à la compétence des hommes Abandon à la chaleur de gestes anodins Partage de la douleur. Partage de la peur Abandon total. JOIE Sortir du coma, c’est renaître. Pas d’un coup, comme lors de la mise au monde d’un nouveau né. Ni comme le paralytique qui se lève et marche. D’abord, le corps se réchauffe, il reprend des couleurs, d’une façon presque imperceptible. Plus tard, une paupière se met à trembler. Mouvement, premier signe de vie annonçant la possibilité d’une renaissance. Après trois semaines d’immobilité totale, on s’extasie, se félicite, se sourit, se congratule. A ce stade, tout n’est encore que potentialité. Croiser les doigts. Être présent. Succession d’instants magiques à chaque nouveau signe de vie. Rester dans chacun de ces instants. S’y enraciner. Sans basculer dans le suivant, un mouvement qui amène inévitablement les questions, le doute, l’inquiétude. Balancier, depuis l’espoir jusque l’angoisse, et retour à l’espoir. Voir la motricité du corps réapparaître timidement, sans s’interroger sur les capacités respiratoires. Remarquer la main droite bouger légèrement. S’en réjouir. Remercier. Sans se demander pourquoi la main gauche reste immobile. Accueillir la conscience qui revient peu à peu. Un jour, Mia se remet à parler. A cet instant précis, je suis seule à ses côtés dans la chambre du service pédiatrique où les médecins l’ont transférée. Ce ne sont pas des balbutiements mais un déversement cohérent de mots. Elle raconte tout ce qui s’est passé, exactement un mois auparavant, comme si ça venait d’arriver : la voiture, l’autoroute, l’accident, le ciel, les secouristes. Je suis surprise d’entendre son récit qui ne s’arrête pas au choc, au basculement dans le coma. Non, son histoire continue, au-delà. Elle la raconte d’une traite, dans un long monologue inspiré, le regard dans le vide. Puis elle se tait. Plus jamais Mia n’évoquera ces souvenirs, comme s’ils étaient évacués, dissolus ou enfouis à jamais dans son inconscient d’enfant. Accueillir la vie, là où elle survient, quand elle survient. Sans porter attention aux endroits où l’élan vital est encore absent. Donner à Mia le temps de faire chaque pas dans la confiance. Apprécier ce qui est donné aujourd’hui, sans s’interroger sur ce que demain nous réserve. Un chemin long de deux années, de petites victoires et de grandes avancées, de frustrations et de moments de soulagement. Un travail de chaque jour. Patient et déterminé. Chaque jour, joie et désespoir se côtoient. Chaque jour, une nouvelle découverte. Les enfants sont adultes aujourd’hui. Tout ça est loin, de l’histoire ancienne. De même que de l’histoire actuelle, qui nous constitue, ici et maintenant. De l’histoire présente, nourrissant nos âmes et nos chemins. Je les regarde avec émerveillement, tous les trois, et une reconnaissance infinie. D’où tiennent-ils cette patience vis-à-vis des jeunes enfants, ce désir de prendre soin des autres, ce goût du simple et du beau, cette passion pour une vie juste ? ‘Je préfère une sagesse de la joie qui assume toutes les peines de l’existence. Qui es embrasse pour mieux les transfigurer… une sagesse fondée sur la puissance du désir et sur un consentement à la vie, à toute la vie…’ Frédéric Lenoir Joie post-traumatique. Au-delà du stress. Lorsque le traumatisme dynamite les portes verrouillées, ouvre les horizons et dissous les frontières. Lorsqu’il envoie aux oubliettes tout ce qui est MOI : MA culpabilité, MES espoirs, MA colère et MA peur. Et qu’une énergie circule et me relie au monde, aux enfants et au-delà d’eux, à tous les autres êtres. Alors, il s’agit de NOUS. Et dans cette perception du NOUS, il y a une JOIE immense. Un éclair est tombé Est-il tombé du ciel ? Ou monté de mon être ? Le monde s’illumine Déchiré par une intense lumière Dans le fracas d’une onde de choc Mouvement de tout le corps D’un tout dans le corps Instantanéité fulgurante
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Rumeurs et amalgames qui « tuent »
« Quand la nuit porte conseil » : citations, proverbes, paroles de vie, coutumes, légendes, croyances populaires du monde entier, débats sociétaux… proposés par Pierre Guelff. C’est avec émotion que je dédie cette chronique à Franz Bridoux, qui, jeune résistant emprisonné en camp de concentration par les nazis, avait assisté à la création de la loge clandestine « Liberté Chérie » dans un baraquement de la mort, s’en échappa et plaça tout le restant de sa vie sous le signe du militantisme. Il m’avait également confié cette parole empreinte d’une grande sagesse : « Nous ne combattions pas les Allemands, mais les nazis ». Je lui avais confié le projet de la dite chronique et il l’approuvait sans la moindre réserve. Franz Bridoux (93 ans) a rejoint l’Orient Éternel en cette mi-janvier 2017. Rumeurs et amalgames qui « tuent » Au nom d’un certain populisme[1], la franc-maçonnerie est (re)devenue une cible préférée des propagateurs de la théorie du « complot mondial », d’amalgames mensongers ou farfelus, de rumeurs virulentes, d’insinuations fanatiques émanant principalement de groupes fascistes ou de gens qui, dans le fond, véhiculent des propos non objectivés comme autant de fantasmes, d’a priori ou de préjugés. Sans nier des dérives fâcheuses (comme dans toute société humaine) au sein de cette organisation initiatique universelle, la menace à l’encontre de francs-maçons[2] est réelle, d’aucuns prônant l’abolition de la franc-maçonnerie, publiant des listes de francs-maçons désignés comme « pourris », préconisant même leur « extermination » par les armes ! Comme un devoir de Mémoire, il est utile, en ces temps cruciaux pour la démocratie, de rappeler que de nombreux francs-maçons (comme tant d’autres démocrates) furent pourchassés, emprisonnés, torturés, voire exécutés sous des dictatures, bien souvent avec la complicité de partisans à leur solde. Utile, aussi, d’informer de manière (très exhaustive, je le conçois) ce qu’est la franc-maçonnerie, comme j’ai tenté de le faire à plusieurs reprises sur les antennes ou dans divers ouvrages.[3] Bâtisseurs sculptés au pied de la cathédrale d’Anvers. – Quel est ce fameux « secret maçonnique » qui fait couler tellement d’encre ? – C’est un ressenti absolument personnel vécu au moment de votre initiation, d’un rite, telle la Chaîne d’Union, etc. En franc-maçonnerie, il y a un ensemble fraternel et un égrégore remarquables. C’est ça, et uniquement ça, selon moi, le « secret maçonnique ». De plus, il ne faut pas confondre « secret » et « discrétion », celle de ne pas révéler l’identité de sœurs et de frères, par exemple, car cela relève de la sphère privée. Pour ma part, dès mon initiation, je me suis « dévoilé » en tant que franc-maçon. – Pourtant, ce n’est guère l’habitude… – Je fais miennes ces deux déclarations pour expliquer ma position : « Nous avons trop cultivé une espèce de goût du secret mal gardé. Et nous avons laissé se développer des légendes qui finalement nous desservent. » (Jacques Lafouge, Grand Maître du Grand Orient de France) et « Il ne s’agit pas de banaliser la franc-maçonnerie mais de lui donner plus de visibilité. Quand elle est acceptée pleinement par la démocratie, elle se doit d’être claire sur ses mobiles. » (Henri Bartholomeeusen, Grand Maître du Grand Orient de Belgique ») – Est-il vrai que « spiritualité » est un mot banni en franc-maçonnerie ? Outils représentés symboliquement dans le sol de la cathédrale de Bruxelles. – Que du contraire ! Il ne faut pas mélanger spiritualité (« esprit ») et religion. Participant à un même reportage[4], Baudouin Decharneux, maître de recherches du FRS-FNRS, y spécifia que la « franc-maçonnerie est une institution philanthropique et initiatique, une école de sagesse. Les francs-maçons défendent la liberté de pensée, la liberté de conscience et le droit de s’éclairer individuellement. » Pour ma part, la franc-maçonnerie développe, depuis des siècles, un humanisme spirituel avec ses concepts, immuables, de fraternité et de tolérance. Elle est l’héritière d’antiques traditions initiatiques, telle celle des gens du Métier, les « Bâtisseurs » pratiquants de l’« Art Royal » (les « opératifs ») et, au fil du temps, est devenue « spéculative » avec, selon les loges, une pratique plus ou moins intense du symbolisme (équerre, compas…). Celui-ci est concomitant aux thèmes (philosophiques, sociétaux, historiques, éthiques…) abordés lors des tenues (assemblées de francs-maçons ou séances rituelles). – Ce n’est donc pas une secte réservée à une élite ? – « Maçon libre dans une Loge libre », n’est pas une vaine citation en franc-maçonnerie. Celle-ci est une association d’hommes et de femmes libres, au puissant idéal de fraternité, respectueux des « différences », ayant pour but essentiel le progrès individuel et collectif et refusant tout dogme comme vérité fondamentale. On est donc loin, très loin même, d’un quelconque « complot » ! [1] Mouvement prétendument démocratique, péjorativement détourné dans le sens de flatterie à l’égard du peuple, synonyme de démagogie. À ne pas confondre avec le nationalisme. [2] Dans le présent article, terme générique indiquant des sœurs et frères, toutes obédiences confondues ou membres de loges dites souveraines et indépendantes. [3] La Première et VivaCité pour mes ouvrages « Petit Livre de la Sagesse et de l’Esprit maçonniques » et « Sur les pas des Francs-Maçons » aux Éditions Jourdan, Télétourisme (« Bruxelles maçonnique »)… [4] « Secret de Loges », TeleMB.
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Monsanto et Cie dans les cordes ?
Contrairement à ce que clament encore certains, la Wallonie, et par corollaire la Belgique, n’a pas baissé pavillon dans son bras de fer avec le Canada et l’Europe au sujet du traité CETA. Que les négociateurs du TTIP se le disent ! En effet, j’ai, sous les yeux (photo ci-contre, document disponible sur le site de « La Libre Belgique »), la déclaration officielle belge quant aux conditions à la signature de ce traité avec le Canada. J’y lis : « Les autorités concernées procéderont, chacune pour ce qui les concerne, à intervalles réguliers à une évaluation des effets socio-économiques et environnementaux de l’application provisoire du CETA. » Il est bien spécifié « provisoire ». Autre point délicat, celui touchant plus particulièrement les fameux tribunaux privés qui devaient être quelque peu chapeautés par des multinationales, la déclaration est claire et nette : « …l’application provisoire ne s’étend pas à diverses dispositions du CETA, notamment en matière de protection d’investissement et de règlement des différends (ICS)… et la Belgique demandera un avis à la Cour Européenne de Justice concernant la compatibilité de l’ICS avec les traités européens… » Comme pour mieux couper l’herbe sous les pieds lobbyistes et des politiques qui leur semblent scotchés, la déclaration poursuit au sujet des autorités belges « qui entendent soumettre toute coopération en matière de réglementation à l’accord préalable de leur Parlement et d’informer sur toute décision réglementaire qui en découlerait. » Sur un plan écologique, la précision est aussi extrêmement importante : « La Belgique réaffirme que le CETA n’affectera pas la législation de l’Union européenne concernant l’autorisation, la mise sur le marché, la croissance et l’étiquetage des OGM et des produits obtenus par les nouvelles technologies de reproduction, et en particulier la possibilité des États membres de restreindre ou d’interdire la culture d’OGM sur leur territoire. » On est donc loin d’une capitulation de la Belgique. Mieux, comme le déclara, Jean-Pierre Elkabbach dans sa chronique politique d’Europe1 : « David a fait trembler et plier Goliath ! » Le ministre-président de Wallonie, qui était à son micro, commenta de manière catégorique : « Le TTIP, le traité avec les Américains, est mort et enterré ! » Un silence assourdissant semble avoir accueilli cette déclaration dans tous les autres pays d’Europe…
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« Non au CETA » confirmé : au grand dam des eurocrates, des lobbys et de leurs amis politiques !
Malgré les scandaleuses pressions d’autorités européennes et canadiennes (« des comportements de délinquant politique », a déclaré le président du parti des humanistes belges francophones), le parlement wallon n’a donc pas cédé et le traité CETA ne peut pas être signé en cette fin d’octobre 2016. Avec l’immense soutien citoyen sur les réseaux sociaux, mais, surtout, de groupes d’agriculteurs, d’artisans, d’organisations écologistes et de consommateurs, ce traité entre l’Union européenne et le Canada ne sera pas ratifié au grand dam des technocrates européens et des multinationales, ainsi que de lobbyistes, auxquels sont scotchés maints politiques. Le parlement wallon (sans les libéraux) a pleinement joué son rôle de lanceur d’alerte et, subitement, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, même au Québec, des voix s’élèvent pour saluer cette initiative face au diktat Union européenne-Canada. Cet accord commercial pourra éventuellement se réaliser s’il est expurgé des notions de tribunaux « privés » chapeautés par les multinationales et leurs acolytes, ne plus favoriser le secteur pharmaceutique au détriment de la santé publique, arrêter l’étouffement des économies locales, voire la disparition des petits paysans, préconiser la gestion écologique de l’Environnement et non plus tabler sur un capitalisme tous azimuts… Cette victoire de la Démocratie sur la technocratie insidieuse des multinationales, laisse peut-être présager une nouvelle vision du traité entre les États-Unis et l’Europe, le fameux et déjà très controversé TTIP qui se négocie pour le moment. Dernière minute (mardi 25 octobre, 16 heures 50) : selon RTL, le bureau du Premier ministre canadien aurait annoncé que, malgré le veto wallon, le traité CETA serait quand même signé le jeudi 27 octobre 2016… Info ou passage en force antidémocratique ou quatrième ultimatum au parlement wallon ou intox ?
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La ronron thérapie : du sérieux ou un canular ?
C’est grâce à Bernard Werber qui, page307 de son ouvrage « Demain les chats » (édité chez Albin Michel), dont il est question dans « Littérature sans Frontières », que je me suis intéressé à la « Ronron thérapie » du vétérinaire Jean-Yves Gauchet et que, vraiment, j’ai réalisé le reportage le plus cool de toute ma longue carrière ! Pourquoi cette thérapie ? Parce que, selon lui, le chat émet des vibrations sonores bienfaisantes, anti-stressantes et anti-anxieuses. Le ronron félin agirait même comme un médicament sans effet secondaire. Ainsi, les basses fréquences atteignent notre cerveau et, du coup, débute la production de sérotonine, c’est-à-dire d’hormone du bonheur. Le ronron régulerait la tension artérielle, boosterait les défenses immunitaires et, ô miracle, aiderait la cicatrisation osseuse. La ronron thérapie a de nombreux adeptes en Asie au point que des « bars à chats » y font recette. La mode semble même s étendre dans d’autres continents. Pour terminer cette chronique, voici quelques ronrons en espérant, bien sûr, qu’ils n’endormiront pas nos auditeurs et qu’ils poursuivront l’écoute des programmes de « Fréquence Terre »…
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Émission spéciale : Le message le plus important du Dalaï-Lama
Durant quatre jours, à la fin de l’été 2016, le Dalaï-Lama était en visite dans la capitale de l’Europe et « Fréquence Terre – RFI » avait été convié à partager plusieurs de ces moments importants dans la vie citoyenne et politique, a fortiori qu’il devait être question d’environnement et de relations humaines. Pierre Guelff en compagnie de lamas tibétains pour ce rendez-vous avec le Dalaï-Lama. Une bonne occasion de le rencontrer pour la troisième fois en vingt ans et de vérifier si les propos de ce personnage marquant de la non-violence et de la compassion restaient compatibles avec les concepts de fraternité et de tolérance qu’il n’avait cessé de prodiguer ces dernières années, alors que déferlait un flot de critiques négatives sur le fait qu’il ait fêté son 80e anniversaire avec l’ancien président américain George Bush, voire ne s’était guère épanché sur la candidature de Donald Trump à la Maison Blanche. La réponse est sans la moindre équivoque possible : le Dalaï-Lama reste bien une véritable conscience planétaire ! Nouveau monde et révolution silencieuse Photo Olivier Adam Mind & Life Europe Pour ce faire, ma première démarche a été d’en discuter avec Frans Goetghebeur, enseignant, auteur et ancien président de l’Union Bouddhique Européenne, après lui avoir lu la déclaration[1] du Dalaï-Lama qui venait de rencontrer quelque 250 délégués de Comités de soutien au Tibet représentants de cinquante pays, en présence de l’acteur Richard Geere, lors de leur 7e Conférence internationale organisée également à Bruxelles : « Je regrette l’usage de la violence lorsqu’il s’agit de régler des conflits et, bien sûr, je continue à préconiser la culture de la paix, la compassion et la non-violence. L’humanité doit entreprendre des efforts dans ce sens et il y a lieu, justement, que l’on encourage la pratique de l’amour, de la tolérance et du pardon. Je reste intimement persuadé que le pouvoir de la pensée est plus fort que celui des armes. Je respecte toutes les croyances et, au sujet du Tibet, je sais que beaucoup de Chinois ne sont pas insensibles à ce qui s’y passe. » . Frans Goethgebeur : – Je pense que l’Occident s’est habitué à la présence du Bouddhisme. On le voit avec « Power & Care » où le top des scientifiques des universités européennes se réunit autour du Dalaï-Lama pour parler d’un point qui est capital pour la survie, pour la préparation d’un nouveau monde. C’est-à-dire, est-ce que notre nature est coopérative ou sommes-nous des animaux frustrés, agressifs et dangereux ? Frans Goethgebeur au micro de « Fréquence Terre » C’est une question importante parce que de la réponse découle toute une série d’habitudes que l’on prendra et, éventuellement, de choix nouveaux comme cela se fait dans les disciplines qui sont représentées à « Power & Care » (recherche en psychologie, neurosciences, psychiatrie…) où l’on ne va plus étudier l’homme malade mais celui qui est sain d’esprit ! C’est une grande victoire sur une culture restée très pessimiste, mécaniste, un peu bornée, grâce à la présence du Bouddhisme et du courage de ces scientifiques qui ont senti « quelque chose ». On est en présence d’une révolution silencieuse qui, à mon avis, prépare de très belles découvertes. – N’est-on pas également en présence de discours élitistes, alors qu’il y aurait lieu de les vulgariser ? – Il y a de plus en plus d’initiatives locales organisées par de simples citoyens, comme vous et moi, et pas par des VIP. Partout, en Europe, on utilise des idées développées dans ce congrès, même dans des mouvances politiques qui ne veulent plus adopter la stratégie de partis politiques traditionnels et cela dans des choix économiques et financiers qui partent d’une autonomie, telles des monnaies locales, des coopératives… Donc, il se passe beaucoup de choses et je ne suis pas d’avis quand on dit que cela reste confiné à une élite. – Et comment évolue la situation au Tibet, que vous connaissez depuis plus de trois décennies ? – Elle est pire qu’avant ! Tous les yeux sont braqués sur les pays arabes et les Chinois font n’importe quoi. J’ai été très proche de la pression que les organisateurs de « Power & Care » ont rencontrée pour la présente visite du Dalaï-Lama. Je peux dire que la carte de la Belgique commence à prendre la couleur « jaune » depuis quelques années. Il faudrait quand même se poser quelques questions à ce sujet. Dès lors, on peut très bien s’imaginer ce qui se passe au Tibet… en silence. Désastre et changement Deuxième démarche : relever des propos tenus par le Dalaï-Lama à l’occasion de son séjour dans la capitale de l’Europe. Certes, sa déambulation est devenue hésitante, mais l’esprit reste toujours aussi vif, parfois un rien ironique, souvent grave. Il reste à l’écoute des autres et ses répliques sont mesurées, pondérées, immensément porteuses sur le plan éthique. Pourtant, le sujet était extrêmement complexe, comme l’annonça Matthieu Ricard : – Nous allons explorer la relation entre force et bienveillance. Pour ce faire, on a besoin de la voix de tous. Des voix politiques, économiques, scientifiques, philosophiques, industrielles, éducatives, des femmes… Le Dalaï-Lama monta au créneau : – Le réchauffement climatique est un désastre ! Nous devons réaliser un effort pour changer cette situation. Nous sommes sept milliards sur la planète et chacun de nous doit développer davantage de compassion. Ainsi, il y aura une influence sur les autres et le monde pourra changer. – Comment opérer ? – Vous, les Européens, vous avez déjà beaucoup souffert. Votre continent a été impliqué dans énormément de violences, de guerres… Alors, pour réaliser l’effort de changement, nous devons, tous, avoir une image claire de la réalité. Pour cela, il faut qu’il y ait un effet sur la société grâce à une collaboration entre le pouvoir et la bienveillance. Le XXIe siècle devrait être celui de la compassion à travers l’éducation. C’est ça le message le plus important pour moi ! [1] Agence Reuters. Tous mes remerciements à M-P P., N.G., Mme X (journaliste) et M.A. pour leur aide précieuse (traductions, quelques propos…)
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Dossier spécial « Fréquence Terre » : Mourir, puis donner la vie
Il n’est jamais trop tard, tant qu’on est conscient, de formuler officiellement ses dernières volontés en vue de son inévitable décès et de la destination de ses restes. Une fois n’est pas coutume, afin d’illustrer de manière concrète la présente rubrique, je vais vous entretenir de mes démarches en ce sens et démontrer qu’il n’est pas toujours aisé de faire admettre son choix, surtout dans la toute dernière étape de sa mort. Ainsi, de manière officielle tant auprès de mes proches, que des services communaux, de mon médecin traitant, d’un laboratoire d’anatomie universitaire, de la Fondation Métamorphose[1] (dont il sera question ci-après, justement, dans la difficulté de dernière étape)…, j’ai fourni les documents en bonne et due forme afin de signifier, dans l’ordre : mon refus d’acharnement thérapeutique, mon souhait d’euthanasie selon la loi belge dont je dépends (mais pas encore en vigueur en France), du don de mon corps à la science et, au terme de tout ceci, de l’humusation[2]. Humusation ? Si tout un chacun connaît les termes inhumation, crémation, dispersion des cendres, columbarium…, celui d’humusation est inconnu de la quasi-totalité de la population. J’en ai fait l’expérience auprès de médecins et d’autorités, pas du tout au courant de la signification de ce terme. Alors, grâce à l’aimable autorisation des animateurs de la Fondation Métamorphose, plutôt que de longs discours, voici un questions-réponses pour éclairer notre lanterne… même celle des morts, si je puis me permettre cette petite diversion dans un sujet aussi sérieux. Bien que… En effet, une lanterne des morts est une tour maçonnée comportant des ouvertures vers son sommet où, au crépuscule, l’on hissait une lampe allumée supposée servir de guide aux défunts. Celle que j’ai vue à Sarlat, dans le Périgord, date du XIIe siècle et est classée comme monument historique. Et, dans la problématique de l’humusation, croyez-moi, on a bien besoin d’être guidé ! La lanterne des morts de Sarlat (Photo Père Igor, CC-BY-SA)– Quel est le principe de base qui guide les partisans de l’humusation ? – Protéger la terre coûte que coûte. Aujourd’hui, même si on a été écologique toute sa vie, d’office on pollue la terre lorsqu’on la quitte. Car les deux pratiques funéraires autorisées chez nous, c’est-à-dire en Belgique et en France, l’inhumation et la crémation, sont deux procédés extrêmement polluants. Les pratiques d’ensevelissement actuelles abîment la terre. Et beaucoup de personnes l’ignorent. C’est pour cela que nous avons créé la Fondation Métamorphose. Afin de rendre légale une pratique pour une après mort 100% écologique: l’humusation, ou le retour à la Mère Nature. Nous proposons une nouvelle option pour prendre soin de nos défunts dans le plus grand respect des êtres vivants et de la terre. Parce que nous pensons aussi aux générations futures. Parce que nous avons la volonté de rester écologiques après notre passage sur terre. Parce que les cycles de la nature nous montrent comment renaître. Parce que nos corps sont un potentiel de vie et de fertilité extraordinaires. – Vous évoquez un enjeu crucial, quel est-il ? – L’enjeu climatique est crucial pour l’avenir de l’humanité tout entière, on le sait. Si nous n’agissons pas, la terre va devenir une planète morte. Suicidaire pour l’avenir des êtres humains mais aussi catastrophique pour la vie sur la Terre. Il est fondamental pour évoluer et survivre à la crise en tous sens qui agite notre planète, de changer notre façon d’agir et de voir le monde. Et la vie et sa fin en font partie. – Comment, selon la « Fondation Métamorphose » ? – Au-delà de la vision habituelle de l’écologie qui vise à réduire l’impact de notre empreinte négative sur l’environnement. Dans l’esprit C2C, ce qui signifie « du berceau au berceau », en augmentant notre empreinte positive sur l’environnement, pas seulement en termes d’écologie, mais du point de vue sociétal en entier. Au rythme actuel d’émissions de gaz à effet de serre, le dérèglement climatique est susceptible de provoquer le déclin de l’humanité, d’ici quelques décennies. La protection de l’environnement demeure la meilleure arme pour lutter contre les gaz à effet de serre, pour protéger la biodiversité, et améliorer la qualité des sols et des océans. Réduire son empreinte écologique, c’est ce que permet, entre-autres, cette nouvelle pratique funéraire, l’humusation, basée sur la permaculture. Pour un départ vers une nouvelle vie. – Votre analyse de la situation écologique de la planète est juste et, depuis une douzaine d’années, « Fréquence Terre » et ses radios partenaires, soit un potentiel de quelque 500 000 auditeurs, œuvrent pour informer et conscientiser au maximum les citoyens face à ce défi planétaire. Ceci étant précisé, venons-en à l’humusation et à votre projet de Jardin-Forêt. – La pratique de l’humusation comprend aussi un espace de mémoire et de recueillement, appelé le Jardin-Forêt, dans lequel les amis et la famille du défunt pourront le saluer, selon le rite qui leur conviendra. Le Jardin-Forêt c’est le lieu ou le défunt va reposer, un lieu de recueillement fleuri et boisé. Le jour de la cérémonie, un hommage pourra avoir lieu et être rendu là, en présence de sa famille et de ses amis et connaissances. Un retour à la nature comme ultime volonté. – Vous évoquez la pratique de l’humusation, concrètement en quoi cela consiste-t-il ? – Le corps du défunt sera placé au milieu d’un compost d’environ 3 m³ dans lequel il sera transformé en humus sain et vivant. Selon les croyances et traditions du défunt et de sa famille, une croix ou une stèle en bois sera implantée pendant cette phase capitale de transformation. Bien entendu, ce seront des fleurs naturelles, que l’on trouvera lors des cérémonies, et au Jardin-Forêt, pas des fleurs en plastique ou couvertes de pesticides ou d’insecticides. La permaculture permet tout cela très facilement, avec une profusion de fleurs été comme hiver. Il s’agit d’un processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats de bois d’élagage, qui transforme, en 12 mois, les dépouilles mortelles en Humus sain et fertile. La transformation se fera hors sol, le corps étant déposé dans un compost et recouvert d’une couche de matières végétales broyées que les Humusateurs ajusteront pour en faire une sorte de « monument vivant« . En une année, l’humusation du défunt, réalisée sur un terrain réservé et sécurisé qui aura pour nom “Jardin-Forêt de la Métamorphose”, produira +/- 1,5 m³ de « super-compost ». – S’il fallait résumer l’humusation, comment l’évoqueriez-vous ? – L’humusation, contrairement à l’enterrement ne nécessite: Pas de cercueil. Pas de frais de concession dans un cimetière pendant 5, 10, ou 25 ans. Pas de frais de pierre tombale, ni de caveau. Pas de frais d’embaumement, ni l’ajout de produits chimiques nocifs. Pas de charge d’entretien régulier de la tombe pour les proches. Et ne provoque pas de pollution des nappes phréatiques par la cadavérine, la putrescine, les résidus de médicaments, les pesticides, les perturbateurs endocriniens…. L’humusation, contrairement à l’incinération ne génère: Pas de rejets toxiques dans l’atmosphère, ni dans les égouts. Pas de consommation déraisonnée d’énergie fossile (+/- 200 l d’équivalent mazout/personne). Pas de location de columbarium. Pas de détérioration des couches fertiles du sol lors la dispersion des cendres. Au contraire, l’humusation crée un humus riche, utilisable pour améliorer les terres. Un processus de remise à la terre doux, respectueux de la personne et durable. Un geste écologique extraordinaire après sa mort : participer à l’éclosion de la nature (Photo : Fondation Métamorphose) – Hélas, trois fois hélas, il y a un problème majeur ! – L’obstacle à lever, c’est la loi. Sans modification de la loi, seules l’inhumation et l’incinération sont autorisées. – Il faudrait, donc, une mobilisation citoyenne pour faire modifier cette loi et la « Fondation Métamorphose » s’y emploie. Ça, c’est pour la Belgique. Et en France ? La problématique est la même, selon Alexandre Vella, dans un article paru il y a quelques mois sous le titre « Comment mourir en France sans pourrir la planète »[3] : « Les deux seules pratiques autorisées en France à ce jour sont l’inhumation et la crémation. » Et de préciser que l’Association Française d’Information Funéraire (AFIF) a calculé qu’une crémation rejette environ 160 kg de gaz à effet de serre, 39 kg pour une inhumation, mais qu’au bout d’une cinquantaine d’années ce chiffre passe à 170 kg. Une autre catastrophe écologique, est le nombre important de problèmes de santé relevés aux abords des 150 crématoriums français. Donc, la décision en faveur d’une législation de l’humusation est entre les mains des politiques. Pour ma part, j’ai reçu des autorités communales de mon domicile la réponse suivante : « La problématique que vous soulevez relève d’une compétence régionale. » Et de spécifier qu’il avait été demandé au chef du département de la Population-État civil de tenter, j’ai bien dit tenter, de prendre des renseignements auprès de l’Association des Villes et Communes de la Région de Bruxelles-Capitale. Il va de soi que, si ma lanterne devait être éclairée en ce domaine, les auditeurs de « Fréquence Terre » et de nos radios partenaires seraient mis au courant. C’est le cas de le dire. Néanmoins, il faut qu’ils sachent qu’il y a dix-neuf maires pour Bruxelles et une soixantaine de ministres et de secrétaires d’État fédéraux, régionaux, communautaires en Belgique, ce qui laisse deviner des décisions s’apparentant à ce que l’on nomme souvent un « train de sénateur ». Quant à la France, toujours en rade au niveau de la législation sur l’euthanasie, par exemple, je pense que, vue depuis Bruxelles, le monde politique de l’Hexagone est surtout braqué sur les élections présidentielles de l’an prochain. Mais, grâce à l’inlassable travail d’organisations prônant l’humusation et à diverses pétitions, restons optimistes. Ne dit-on pas que « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » ? [1] Fondation Métamorphose : metamorphoseproject.wordpress.com et sur Facebook. [2] www.humusation.org [3] www.vice.com
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Quand la nuit porte conseil (61) : Quelle soif de Connaissance !
« Quand la nuit porte conseil » : citations, proverbes, paroles de vie, coutumes, légendes, croyances populaires du monde entier… proposés par Pierre Guelff. La soif de Connaissance ne semble pas diminuer dans notre société hyper-matérialiste et la source d’ouvrages traitant du sujet n’est pas tarie. Loin de là. Et, ce qui ne fait que renforcer ce sentiment, c’est le nombre croissant de titres dévolus à la gent féminine, trop souvent, par le passé, laissée de côté. À l’image de l’égyptologue Champollion, certains avaient cependant compris la force et la nécessité de cette connaissance « au féminin » : « On peut apprécier le degré de civilisation des peuples d’après l’état plus ou moins supportable des femmes dans l’organisation sociale. » Dans le même ordre d’idée, Mozart avait l’intention de fonder un nouvel ordre initiatique constitué de femmes et d’hommes. Hélas, il décéda avant de le créer. La Connaissance initiatique gagne, donc, à être partagée et transmise autant chez les hommes que chez les femmes, tous gardant leurs éventuelles spécificités, bien entendu, voire être associées, ce qui serait mieux, selon mains auteurs que MdV Éditeur publie et qui, ces derniers temps, vient de sortir quatre ouvrages assez explicites sur la question. (*) (*) « Le cheminement de l’apprenti franc-maçon – Interprétation psychologique et symbolique» d’Olivier Pouclet. « Le tableau de loge féminin » de Mathilde Fontaine. « Les lieux initiatiques de la maîtrise » de Percy John Harvey. « L’initiation des femmes » de Lucie Leforestier. Musique de Michaël Mathy https://www.facebook.com/michael.mathy?fref=ts Sources : « France, Belgique, Ardennes Mystérieuses », « Mémoires d’un journaliste révolté »… de Pierre Guelff aux Éditions Jourdan. http://www.editionsjourdan.com/index.php
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Quand la nuit porte conseil (58) : Superbes actions citoyennes !
« Quand la nuit porte conseil » : citations, proverbes, paroles de vie, coutumes, légendes, croyances populaires du monde entier… proposés par Pierre Guelff. Non ! Ce n’est pas une mode, c’est un choix de société, un choix de vie, voire de survie, en somme. Ainsi, de plus en plus de citoyens décident de ne plus plier l’échine devant des lobbys qui leur imposent des aliments et des moyens pour les produire ou cultiver absolument incompatibles avec un environnement naturel, sain, en d’autres termes écologiques ! Non, ici, il n’est pas question de récupération politique ou autre dans cette démarche citoyenne, il s’agit de respecter la Nature et, disons-le, de sauver ce qui peut encore l’être, dont sa santé ! Ce dessein est important et vaste, mais, de petites initiatives prennent de l’ampleur et se répandent dans de nombreuses régions de nos contrées occidentales. En France et en Belgique, ces mouvements citoyens sont cousins dans leurs concepts, et j’ai choisi de vous en présenter deux. Dans la capitale de l’Europe, à l’ombre du beffroi de la mairie de Woluwe-Saint-Pierre, à l’arrière d’un îlot de maisons et de commerces, un bout de terrain coincé entre garages et petits jardins (photos ci-contre), accueille une initiative citoyenne, quelque peu soutenue par les autorités communales de l’Environnement. À des horaires décidés en commun, plusieurs habitants bêchent, binent, sèment, compostent, sarclent… en vue de produire ce qui deviendra d’ici quelques semaines un « potager urbain et citoyen », tout biologique comme il se doit. C’est un exemple parmi des dizaines et des dizaines et cela crée ou renforce aussi un lien social bienvenu par les temps difficiles que les populations vivent. À quelques dizaines de kilomètres de là, dans une cité du Brabant Wallon, là où résident aussi pas mal de Français, c’est un projet pédagogique qui attire l’attention. Sous le titre générique « L’école se met au vert », les idées ont germé, c’est le cas de le dire, à l’école Sainte-Agnès de Rixensart : compost pour un futur potager réalisé par les sections maternelles, grand nettoyage de printemps et tri des déchets par les premières années primaires, activités autour de l’eau pour ceux de 2ème année, construction d’un hôtel à insectes en 3ème. Le mot d’ordre à l’école Sainte-Agnès de Rixensart : « Pensons à notre planète » Ensuite, leurs aînés de 4ème après avoir collecté des objets destinés à la poubelle, leur donnent une deuxième vie sous forme de jouets pour l’extérieur. La 5ème primaire s’érige en salle de rédaction pour élaborer un support médiatique relatant pareille initiative écologique de l’école, les deux classes de 6ème primaire, elles, se transforment en bureaux d’études économiques pour faire baisser la consommation d’énergie, donc la facture, et proposer des changements aux habitudes, parfois séculaires ! Les parents, quant à eux, ils collectent piles, bouchons en plastique, bouchons en liège… pour le recyclage. On me dit que le pouvoir organisateur de cette école est ravi de pareil projet : le contraire aurait été étonnant ! Musique de Michaël Mathy https://www.facebook.com/michael.mathy?fref=ts Sources : « France, Belgique, Ardennes Mystérieuses », « Mémoires d’un journaliste révolté »… de Pierre Guelff aux Éditions Jourdan. http://www.editionsjourdan.com/index.php
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Quand la nuit porte conseil (57) : Agir tous pour la dignité
« Quand la nuit porte conseil » : citations, proverbes, paroles de vie, coutumes, légendes, croyances populaires du monde entier… proposés par Pierre Guelff. La présente rubrique n’aborde pas la notion de philanthropie, qui est le soutien financier à des projets sociaux et sociétaux (quelque 1 500 milliards d’euros en Europe et aux États-Unis en 2013), mais celle du bénévolat. En France, on estime qu’il y a entre 12 et 14 millions de bénévoles (un Français sur quatre, donc) pour plus d’un million d’associations comptant près de 22 millions d’adhérents permanents ou occasionnels. En Belgique, ils seraient entre 1 et 1,4 million, le volume moyen de prestations étant situé entre 4 et 5 heures par semaine. Les motivations sont principalement l’entraide et l’égalité pour tous, qui peut se résumer par « offrir une plus-value importante pour la société », une offre porteuse de sens à destination d’autrui. Dans une émission économique, RTL, la 1ère radio de France, annonça que des centaines de milliers d’associations palliaient les carences de l’État. Cela semble excessif, car, selon moi, beaucoup d’associations viennent, justement, en soutien à des initiatives officielles. Mais, peu importe, dans le fond, ce qui est primordial c’est de développer une solidarité au-delà de toutes considérations politiques, philosophiques, religieuses, voire raciales. C’est de permettre, aussi, un dialogue à l’égard de ceux, de plus en plus nombreux, hélas, qui vivent dans la précarité, les affres d’un handicap ou autres circonstances malheureuses ou dramatiques. Les exemples de ces associations citoyennes de bénévoles ne manquent pas et, récemment, il m’a été donné de découvrir les remarquables actions de l’une d’entre elles : « Un Toit Un Cœur », un centre d’accueil de jour pour personnes à la rue ou en situation de précarité, situé dans la ville universitaire de Louvain-la-Neuve, là où se côtoient des dizaines de milliers d’étudiants et d’enseignants du monde entier. « Un Toit Un Cœur » est un espace-refuge, un lieu d’écoute et de solidarité, une sorte de « passerelle » entre le monde marginalisé et les citoyens de cette ville étudiante en plein essor. » Particularité qu’il me plaît de souligner, ce sont des jeunes – bien vite associés à des habitants – qui lancèrent cette initiative, il y a huit ans. Leurs buts sont nobles : accueil inconditionnel, rencontres par les activités et les organisations et prévention en matière de santé. Lors d’une marche ou allure libre organisée par « Un Toit Un Cœur » pour récolter des fonds, j’ai relevé ce « slogan » qui, je n’en doute pas, anime tous les bénévoles de toutes les associations : « Là où les hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré » (J. Wresinski, fondateur de ATD Quart Monde-Agir tous pour la dignité). Musique de Michaël Mathy https://www.facebook.com/michael.mathy?fref=ts Sources : « France, Belgique, Ardennes Mystérieuses », « Mémoires d’un journaliste révolté »… de Pierre Guelff aux Éditions Jourdan. http://www.editionsjourdan.com/index.php Info : www.UTUC.be
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Émission spéciale « Quand la nuit porte conseil » : Le mystérieux Bois Bleu
« Quand la nuit porte conseil » : citations, proverbes, paroles de vie, coutumes, légendes, croyances populaires du monde entier… proposés par Pierre Guelff. À l’entrée de Bruxelles, plus particulièrement à Halle, en venant par l’autoroute de Paris, non loin de Waterloo se situe une merveille de la nature : le Bois de Halle, un lieu issu de l’antique forêt charbonnière qui recouvrait tout le nord de la France et l’ouest de la Belgique. Au fil des siècles, le Bois de Halle est devenu un espace de 550 hectares et de 7 km de sentiers balisés, le tout tapissé de millions de jacinthes sauvages qui refleurissent chaque année, entre avril et mai, et cela depuis près d’un siècle. Ce phénomène naturel exceptionnel attire des amoureux de la nature et des curieux des quatre coins de la planète. « Fréquence Terre » au cœur d’une merveille naturelle unique en Europe. « Fréquence Terre » est, justement, au cœur de ce bois et vous en trouverez des photos ci-contre. En d’autres termes, une atmosphère énigmatique et sereine plane dans cet océan bleu, parfois parsemé de jonquilles et d’anémones. De cet océan se dégage également un parfum puissant, symbole de bienveillance et d’amitié. Quoi qu’il en soit, ce coin de terroir protégé démontre que la symbiose entre la Nature et l’Homme peut être une réalité concrète. Et, par les temps difficiles que nous vivons, c’est réconfortant ! Une excellente occasion de demander à un promeneur ce qu’il ressent face à cette merveille : – C’est juste magique ! Je ne viens pas tous les ans, mais quand même assez souvent. J’essaie aussi de donner l’information à des amis en leur disant « Il faut aller voir ça, ce n’est pas loin de Bruxelles. C’est une merveille. » Ça ne dure pas très longtemps et comme il n’y a pas toujours du soleil, il faut profiter des bons moments. (…) On entend les oiseaux, je ne dis pas qu’on entend les fleurs, mais pas loin quand même… « Un lieu magique », pour ce promeneur au micro de Pierre Guelff. Je ne sais pas si c’est un endroit unique en Europe, mais je n’en connais pas d’autre. C’est quelque chose qu’on entend de temps en temps ou qu’on dit, raison de plus pour que les Bruxellois ou d’autres qui habitent à 10, 15, 20, 50 kilomètres viennent ici… parce qu’il paraît qu’il y a des Chinois ou des Japonais qui y viennent… alors, ça vaudrait la peine de venir…, selon Dominique Vercruysse. Ce bois se situe à quelques kilomètres du centre de la cité de Halle (Hal), qui compte en ses murs un chef-d’œuvre de l’art gothique : la Basilique Saint-Martin datant du XIVe siècle. La Basilique de Halle. Cet édifice est considéré comme un « lieu fort », car également placé sur un axe de géographie sacrée. On y découvre et admire une symbolique exceptionnelle, dont, pour le profane, un énigmatique écoinçon, ce qui est une petite statue de coin, représentant un évêque aux longues oreilles d’âne. L’évêque aux oreilles d’âne. Pour les auditeurs, je lève le voile jeté sur cette étrangeté… Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cet évêque n’était pas stupide mais quelqu’un empli de sagesse. Effectivement, en symbolique animalière, l’âne représente la Connaissance, ce que les Bâtisseurs du Moyen Âge ont donc représenté en parfait accord avec les autorités ecclésiastiques. La Vierge Noire allaitant l’Enfant. À la Basilique de Halle, il y a aussi une statue remarquable, celle d’une « Vierge Noire allaitant l’Enfant » avec son haut degré de représentation de la Terre-Mère. Elle reçoit la visite de nombreux pèlerins et, naguère, fut priée par des ducs de Bourgogne, le dauphin de France, Louis XI, les empereurs Maximilien Ier et Charles Quint, le roi d’Angleterre Henry VIII… Différence notoire avec le « Mystérieux Bois Bleu », si la magie de celui-ci ne dure qu’un mois par an, la Basilique moyenâgeuse, elle, est accessible douze mois sur douze ! Musique de Michaël Mathy : https://www.facebook.com/michael.mathy?fref=ts Sources : Documentation sur les sites internet consacrés au Bois de Halle ou Hallebos, « France, Belgique, Ardennes Mystérieuses », « Mémoires d’un journaliste révolté »… de Pierre Guelff aux Éditions Jourdan, http://www.editionsjourdan.com/index.php Photos : M-P, N. et P.Gf.
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