Religion, histoire et société dans le monde grec antique - Vinciane Pirenne-Delforge

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Religion, histoire et société dans le monde grec antique - Vinciane Pirenne-Delforge

Depuis 2017, Vinciane Pirenne-Delforge est titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique. Les différents termes de cet intitulé désignent les éléments constitutifs de l'enseignement de la chaire et des recherches qui le fondent. Ainsi, le recours aux méthodes éprouvées de la démarche historico-philologique et la mise à profit des apports de l'anthropologie historique permettent d'appréhender l'étroite imbrication de ce que nous appelons « religion » dans les différents aspects de la vie sociale, politique, culturelle, voire économique, du monde grec. Ce dernier est envisagé au sens large de tous les lieux où les Grecs se sont établis, par la fondation de cités.La religion grecque est un polythéisme, ce qui évoque d'emblée une multiplicité de figures divines. Mais la pluralité qu'exprime le terme ne concerne pas seulement les entités suprahumaines auxquelles les Grecs ont rendu hommage pendant presque un millénaire. Toutes les composant

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    11 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202611 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante

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    10 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante (10)

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202610 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante (10)

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    Séminaire - Vincent Goossaert & Sylvie Peperstraete : Sacrifices d'animaux, entre Mésoamérique et Chine

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Vincent GoossaertEPHESylvie PeperstraeteULB / EPHESéminaire - Vincent Goossaert & Sylvie Peperstraete : Sacrifices d'animaux, entre Mésoamérique et ChineVincent Goossaert (EPHE) : Les animaux sacrificiels en Chine, XVIe-XXe siècles : lesquels, et pour qui ?Sylvie Peperstraete (ULB / EPHE) : « Celui qui allait baigner deux esclaves tuait deux cailles » : pratiques et acteurs du sacrifice animal en Mésoamérique

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    09 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : de l'Iliade à l'Athènes classique

    Vinciane Pirenne-DelforgeChaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202609 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : de l'Iliade à l'Athènes classiqueRésuméTous les serments ne requièrent pas la mise en scène d'une immolation animale, ainsi que l'atteste déjà le chant I de l'Iliade : Achille y brandit le sceptre qu'il tient à la main pour prendre la parole à l'assemblée des guerriers et fait de l'objet « le grand serment » de son retrait du champ de bataille. Ce type d'équivalence conduit à rappeler les interprétations du nom même d'horkos, entendu soit comme l'objet que l'on saisit quand on jure (Benveniste), soit comme une variation morphologique du terme herkos, la « barrière », l'« enclos » (Bollack), formant dès lors le cadre que le jureur ne pourra transgresser. Sans trancher entre ces perspectives que les linguistes laissent ouvertes, on souligne leur intérêt respectif pour la compréhension des représentations véhiculées par le terme pour les anciens.Revenant ensuite dans l'Athènes classique, il s'agit de préciser la relation entre le sacrifice animal attesté lors de la présentation des enfants au sein des phratries et les serments qui sont prononcés à cette occasion. Rien ne permet d'affirmer que les jureurs s'engageaient sur les parts d'un animal distinct de celui que fournissait l'introducteur de l'enfant : un serment de ce type peut dès lors être associé à la combustion de la part divine lors d'un rituel de type thusia.

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    08 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : la matrice épique

    Vinciane Pirenne-DelforgeChaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202608 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : la matrice épiqueRésuméL'introduction du cours fait un bref retour sur la question des prétendues 'abstractions divinisées' qui peuplent les listes généalogiques de la Théogonie pour souligner l'anachronisme d'une telle étiquette. On ne peut réduire des puissances divines conçues comme agissant dans le monde au statut d'allégories sans se priver d'une juste compréhension de la poésie archaïque. Cette mise au point entend rendre à la descendance de Nuit – dont horkos, le serment, fait partie – toute sa puissance d'évocation dans la perspective d'un poème entendu comme lecture du monde et de la société. La leçon s'attache ensuite à l'analyse des scènes juratoires des chants III et XIX de l'Iliade. La première met en scène les armées grecque et troyenne posant les armes au profit d'un combat singulier entre Pâris et Ménélas, et s'engageant à respecter le résultat de l'affrontement. La seconde voit Agamemnon accepter de rendre sa captive à Achille, avec maints cadeaux de compensation, mais aussi de jurer qu'il ne l'a pas touchée. Le lexique et le dispositif rituel de chacune des scènes sont comparés aux éléments constitutifs des scènes sacrificielles étudiées l'an dernier.

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    Séminaire - Jake Morton : Kill, Butcher, Feast: understanding and recreating Greek animal sacrifice

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Jake MortonCarlton CollegeSéminaire - Jake Morton : Kill, Butcher, Feast: understanding and recreating Greek animal sacrificeJake Morton (Carlton College) : "Everything but the Bones: Slaughter, Butchery, and Cooking in Greek Sacrifice"

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    07 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (2)

    Vinciane Pirenne-DelforgeChaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202607 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (2)RésuméLa Théogonie hésiodique fait d'Horkos, 'Serment', le fils d'Éris, 'Lutte', et le qualifie de 'fléau pour les humains de la terre'. Mais le serment n'est pas qu'une puissance à l'œuvre dans la société des hommes : il apparaît également dans celle des dieux. Il prend cette fois les traits de la déesse de Styx, dont est analysée la place dans le vaste ensemble des Océanines, à savoir les milliers de filles d'Okéanos et de Téthys, le couple qui a également engendré les Fleuves. D'ascendance aquatique, Styx est une eau glacée, souterraine, qui forme un dixième des eaux de son père, ce qui en fait la plus importante des Océanines. Elle les surpasse aussi en raison des honneurs que Zeus lui confère quand elle se place à ses côtés en vue de la Titanomachie. Le ralliement de Styx et de ses quatre enfants – Zèlos, 'Zèle/Empressement', Nikè, 'Victoire', Kratos, 'Pouvoir', Biè, 'Force' – est indispensable à la victoire du dieu et en crée les conditions : les compétences de Kratos et Biè sont essentielles, mais le fait que Zèlos et Nikè soient étroitement appariées signifie que la seule force ne peut prévaloir : le zēlos, l''empressement' de tous les dieux à répondre à l'appel de Zeus est fondé sur sa promesse de donner à chacun les honneurs qui lui revient, et la négociation qui la sous-tend. Quant à Styx, elle est placée en clé de voûte du pouvoir de Zeus puisqu'elle sera désormais 'le grand serment des dieux', déracinant les conflits, les dissensions et les mensonges dès qu'ils surgissent parmi les dieux. Deux serments par Styx aux chants XIV et XV de l'Iliade referment cette leçon.

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    06 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (1)

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202606 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (1)Résumé« Le serment est ce qui maintient la démocratie », déclare l'orateur et homme politique athénien Lycurgue au IVe siècle avant notre ère. Une fois remise en contexte, cette affirmation fait émerger les dieux auxquels le parjure ne peut se dérober, fût-ce par le biais de sa descendance. L'enjeu des leçons sur ce thème est de comprendre à quelle position se trouvaient les divinités dans le processus et comment le sacrifice participait de sa construction. Un premier pas dans cette direction consiste à relire les vers des anciens poètes qui parlent de serment. Cette ouverture poétique s'attache tout d'abord à analyser un fragment de la Titanomachie mettant en scène le Centaure Chiron qui met les humains sur la voie de la justice en leur révélant « les serments, les sacrifices, les signes de l'Olympe ». L'articulation de ces trois éléments fait ressortir le caractère relationnel de ces dons aux hommes. Une comparaison est effectuée avec les traditions qui érigent le Titan Prométhée en bienfaiteur de l'humanité et qui associent la justice aux dons de Zeus lui-même. C'est ensuite l'œuvre d'Hésiode qui alimente la réflexion de cette ouverture, en associant le serment, Horkos en tant que puissance divine, à une généalogie de la Théogonie qui le fait naître d'Éris, la Lutte, elle-même fille de Nyx, la Nuit. Les implications de cette généalogie sur la représentation qu'Hésiode donne du serment sont analysées, en évoquant également les différents passages qui en parlent dans Les Travaux et les Jours.

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    Séminaire - Hocine Benkheira : Étapes de la vie et pratiques sacrificielles : approche comparée entre Islam et sources cunéiformes

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Hocine BenkheiraEPHESéminaire - Hocine Benkheira : Étapes de la vie et pratiques sacrificielles : approche comparée entre Islam et sources cunéiformes

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    Séminaire - Anne-Caroline Rendu-Loisel : Étapes de la vie et pratiques sacrificielles : approche comparée entre Islam et sources cunéiformes

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Anne-Caroline Rendu-LoiselUniversité de StrasbourgSéminaire - Anne-Caroline Rendu-Loisel : Étapes de la vie et pratiques sacrificielles : approche comparée entre Islam et sources cunéiformes

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    05 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifices au féminin

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202605 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifices au fémininRésuméLa position des femmes dans le processus sacrificiel grec s'inscrit sur l'arrière-plan des mesures d'inclusion et d'exclusion de telle ou telle catégorie de participant en contexte rituel. L'exclusion absolue des sanctuaires pour quiconque est une mesure exceptionnelle. Toutefois, si l'accessibilité est le constat par défaut, l'accès peut être conditionné par les caractéristiques propres à certaines célébrations. Quand exclusion il y a, elle est surtout fondée sur l'origine des participants (le cas des étrangers) ou leur genre. L'exclusion des femmes a alimenté le questionnement sur leur rapport au sacrifice dont on a évoqué précédemment quelques moments historiographiques importants. Or, la mise à l'écart supposée des femmes par rapport à l'autel contredit le fait que le prêtre est habilité à déposer la part de la divinité sur l'autel enflammé puisque rien dans notre documentation ne permet de prétendre que les desservantes n'accomplissaient pas la même tâche que leurs homologues masculins. En revanche, l'égorgement de l'animal n'était sans doute pas de leur fait, mais il s'agit moins d'un interdit absolu de faire couler le sang que du résultat d'une répartition genrée des tâches. En outre, les prêtres eux-mêmes ne procédaient pas nécessairement à la mise à mort des animaux sacrificiels. Quant à la consommation de viande liée à la participation aux sacrifices, on reprend le dossier des inscriptions qui sont systématiquement appelées à la barre pour la contester ou la confirmer. Le constat que les mêmes pièces à conviction épigraphiques peuvent être sollicitées dans un sens ou dans l'autre invite à reconsidérer minutieusement le contexte de leur production. C'est notamment le cas d'une norme rituelle thasienne mise au jour dans le Thesmophorion de la cité et qui autorise l'accès des femmes au partage sacrificiel lors d'une fête de l'Athéna ancestrale. Une telle norme ne se comprend qu'en regard des cultes familiaux attestés au même endroit et qui concernaient les divisions civiques du même type que les phratries athéniennes.

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    04 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et citoyenneté des Athéniennes

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202604 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et citoyenneté des AthéniennesRésuméDeux raisons justifient de mettre en regard sacrifice et citoyenneté à l'épreuve des femmes (surtout athéniennes). La première tient à la discussion toujours en cours, parmi les historiens de la Grèce, sur la citoyenneté féminine. Pour le dire brièvement et sous une forme interrogative : peut-on parler de « citoyennes », en Grèce ancienne, ou bien faut-il se limiter à dire qu'elles sont « femmes ou filles ou mères de citoyens » ? Dans ce débat, les questions religieuses et sacrificielles sont un enjeu important. Les définitions en clé institutionnelle proposées par Aristote satisfont aux approches par la politique, qui excluent les femmes de la citoyenneté. Les approches qui privilégient le politique en tant que mode de vie civique trouvent chez les orateurs des raisons d'élargir la focale en faisant entrer les femmes dans la citoyenneté : les termes politis, astē, voire l'adjectif toponymique Athēnaia, l'attestent déjà à eux seul, mais l'importance des « affaires sacrées » (hiera) dans les implications de la citoyenneté viennent étayer ce constat. La seconde raison relève de l'implication des femmes à chaque étape du processus sacrificiel, qui ne posait pas vraiment problème aux chercheurs modernes avant que Marcel Detienne, dans La Cuisine du sacrifice en pays grec (1979), ne conclue à leur mise à l'écart « des autels, de la viande et du sang ». On présente brièvement l'historiographie du thème depuis ce tournant de la fin des années soixante-dix.

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    Séminaire - Danouta Liberski-Bagnoud : Humaniser la Terre, socialiser les lignées : le double motif de la toile sacrificielle tissée dans l'ombre des sanctuaires boisés kasena (Burkina Faso)

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Danouta Liberski-BagnoudCNRSSéminaire - Danouta Liberski-Bagnoud : Humaniser la Terre, socialiser les lignées : le double motif de la toile sacrificielle tissée dans l'ombre des sanctuaires boisés kasena (Burkina Faso)

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    Séminaire - Perig Pitrou : Sacrifices et dépôts cérémoniels amérindiens (Andes et Mésoamérique). Comment établir une co-activité avec des métapersonnes disposant du pouvoir de faire vivre ?

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Perig PitrouDirecteur de recherche, CNRS et Collège de FranceSéminaire - Perig Pitrou : Sacrifices et dépôts cérémoniels amérindiens (Andes et Mésoamérique). Comment établir une co-activité avec des métapersonnes disposant du pouvoir de faire vivre ?

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    03 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et citoyenneté des Athéniens

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202603 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et citoyenneté des AthéniensRésuméLe cœur du statut de citoyen en Grèce est l'appartenance à une polis, une cité, et le nom du citoyen en dérive : il est un politēs. Être un politēs implique à la fois des conditions qui rendent ce statut possible et les obligations et avantages qu'il implique. La présente leçon s'attache surtout au premier volet, à savoir la question de l'appartenance à la communauté des politai telle qu'on la trouve invoquée dans les cas de contestation d'héritage plaidés en justice. En effet, la fabrication du citoyen est un processus de longue haleine, ponctué de sacrifices accompagnant la reconnaissance de la légitimité d'un fils, que ce soit au sein des phratries, des genē ou des dèmes, et l'inscription sur leurs registres. Dans les phratries, la configuration divine de cette reconnaissance passe par Zeus Phratrios et Athéna Phratria qui patronnent la légitimité et la maturité civique des jeunes gens, tandis que les divinités courotrophes, auxquelles sont destinés leurs cheveux coupés, sanctionnent leur maturité physiologique. Même si l'animal offert aux divinités Phratrioi s'appelle koureion, « l'animal de la tonte », il semble bien que ce n'était pas à elles qu'était offerte la chevelure des futurs phratères, mais bien à des divinités comme Apollon, Artémis, ou le dieu-fleuve attique qu'était le Céphise.

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    02 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Tradition et piété à l'épreuve des événements : Athènes 415 et 403

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202602 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Tradition et piété à l'épreuve des événements : Athènes 415 et 403RésuméL'ouverture sur la Rhétorique d'Alexandre a montré l'importance de la référence à la tradition, à la piété et à l'économie dans la gestion des cultes et des sacrifices qui en sont une composante essentielle. Il s'agit cette fois de l'éprouver non plus seulement dans le registre de la rhétorique, mais dans le cadre concret de la vie athénienne. Pour ce faire, la leçon parcourt la période qui va de 415 à 403, à savoir la dernière étape de la guerre du Péloponnèse, avec des crises successives qui aboutissent à la mise en place de régimes oligarchiques en 411 et en 404. Deux dossiers sont choisis comme pierres de touche pour l'analyse : la mutilation de dizaines de piliers hermaïques, une nuit du printemps 415, peu avant le départ de la très controversée expédition de Sicile, et la codification des lois de la cité qui s'étire de 411 à 399. Le premier épisode est relu à l'aune des compétences du dieu Hermès en termes de communication et de passage, notamment dans le cadre du processus sacrificiel. Quant à la codification associée au nom de Nikomachos, l'un des transcripteurs des lois qui fut traîné en justice à l'issue de sa mission, elle concerne notamment le calendrier sacrificiel de la cité et témoigne du fait que le bon ordre sacrificiel faisait partie des objectifs à atteindre pour réparer le tissu déchiré de la cité.

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    Séminaire - Pierluigi Lanfranchi : Le sacrifice animal chrétien : histoire et anthropologie d'un rituel méconnu

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Pierluigi LanfranchiUniversité d'Aix-MarseilleSéminaire - Pierluigi Lanfranchi : Le sacrifice animal chrétien : histoire et anthropologie d'un rituel méconnu

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    Séminaire - Marie Lecomte-Tiloine : Sacrifices de masse, pouvoir royal et organisation sociale au Népal

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-2026Marie Lecomte-TiloineCNRSSéminaire - Marie Lecomte-Tiloine : Sacrifices de masse, pouvoir royal et organisation sociale au Népal

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    01 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifier dans les cités : ouverture

    Vinciane Pirenne-DelforgeReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueCollège de FranceAnnée 2025-202601 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifier dans les cités : ouvertureRésuméCette leçon d'ouverture s'appuie sur un traité intitulé la Rhétorique à Alexandre, daté entre 340 et 300. De ce texte peu exploité par les historiens de la Grèce, Pierre Chiron a livré une édition de référence aux Belles Lettres en 2002. Le traité se penche sur les discours délibératifs que l'on produit au conseil ou à l'assemblée, qui sont les organes essentiels de la vie politique d'une cité grecque, dont Athènes où s'ancre le texte. L'ordre du jour de ces instances comporte divers points, dont le premier est celui qui touche aux hiera, aux « affaires sacrées », c'est-à-dire à ce qui concerne les dieux. Il apparaît d'emblée que ces « affaires » tournent essentiellement autour de la célébration des sacrifices et de la manière dont la cité légifère à leur propos, avec toute la rigoureuse souplesse requise par un système traditionnel non dogmatique. L'analyse de cette argumentation offre l'opportunité rare de saisir la pragmatique des sacrifices dans la réflexion officielle des organes politiques. La leçon met également ces arguments en regard de témoignages variés par leur chronologie, leur genre et leurs objectifs. Ce type de croisement documentaire atteste la pertinence de parler de Grèce sacrifiante : il s'agit d'une compétence culturelle qui traverse les siècles.

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    11 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifices tragiques (2)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante11 - Sacrifices tragiques (2)RésuméAprès une incursion dans les tragédies qui évoquent des sacrifices humains, ce sont les sacrifices animaux qui sont analysés dans trois tragédies : l'Agamemnon d'Eschyle, l'Électre d'Euripide et l'Antigone de Sophocle. L'Agamemnon, où était décrit le sacrifice humain d'Iphigénie jusqu'au moment de la porter au-dessus de l'autel, évoque également des sacrifices d'animaux qui sont autant de dispositifs sociaux aisément reconnaissables sous la forme d'actions de grâce aux dieux de la cité ou de la maisonnée. Mais là encore, la perversion du processus est la clé de leur place dans l'intrigue et ces opérations sont analysées, que ce soient les offrandes de Clytemnestre à tous les dieux de la cité à l'annonce du retour d'Agamemnon, ou le sacrifice de bienvenue au roi et d'intégration de Cassandre à l'autel de Zeus Ktèsios, qui se transforme en double meurtre. Dans l'Électre d'Euripide, deux sacrifices aboutissent également à des meurtres : celui d'Égisthe aux Nymphes est interrompu quand Oreste le met à mort au-dessus du jeune bovin immolé pour les déesses, et celui de Clytemnestre s'inscrit dans le cadre trompeur d'un sacrifice de bonne naissance qui se solde par la chute du corps de la reine sur le cadavre de son amant. Enfin, dans l'Antigone, le devin Tirésias, très inquiet des mauvais présages qui lui arrivent par le biais des oiseaux, entame un sacrifice divinatoire qui tourne très mal : la part des dieux refuse de brûler et c'est la traduction concrète, effrayante, de la rupture de communication entre la cité et ses divinités.

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    10 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifices tragiques (1)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante10 - Sacrifices tragiques (1)RésuméDans le cadre de l'exploration du matériau poétique grec pour étudier la part des dieux en contexte sacrificiel, la tragédie est une pièce de choix. En effet, l'association entre tragédie et sacrifice est l'une des plus historiographiquement chargées qui soient, pour deux raisons au moins. Tout d'abord, la question des origines du sacrifice, qui a hanté la recherche sur le rituel depuis le milieu du XIXe siècle, a puisé à la tragédie grecque une partie de ses arguments. Puisque le mot tragédie signifie en grec « le chant du bouc », le genre tout entier a pu être articulé au cadre rituel de la mise à mort d'un animal. Ensuite, la perversion et le détournement des sacrifices tragiques qui conduit à mettre des humains à mort ont nourri l'intérêt, voire la fascination, des chercheurs modernes pour le sacrifice humain. S'il est bien une perversion de l'offrande sacrificielle, c'est celle-là, dont la présente leçon se saisit. La mise à mort rituelle d'Iphigénie, rappelée par le chœur de l'Agamemnon d'Eschyle, est l'exemple le plus célèbre de ce que nous avons pris l'habitude d'appeler un sacrifice humain. Au supplice d'Iphigénie requis par Artémis vient s'ajouter celui de Polyxène, réclamée par l'ombre d'Achille, dans l'Hécube d'Euripide. Ce ne sont pas les seules figures tragiques à s'inscrire dans un tel cadre, mais il faut reconnaître qu'elles sont paradigmatiques dans toute la tradition grecque elle-même, et dans l'historiographie ensuite. La pertinence de les considérer comme des « sacrifices humains » est analysée. Quant à la jeune fille anonyme mise à mort dans les Héraclides d'Euripide et le fils de Créon, Ménécée, qui se suicide dans les Phéniciennes, leur sort est scellé par d'antiques prophéties qui font respectivement de Perséphone et de la Terre les destinataires de leur sang pour sauver Athènes, dans le premier cas, et Thèbes, dans le second. Le lexique de ces différentes mises à mort, plus ou moins ritualisées selon les contextes, est analysé.

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    09 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante : Tuer un bœuf : étiologie des Bouphonies

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante09 - Tuer un bœuf : étiologie des BouphoniesRésuméLe terme de Bouphonia désigne un sacrifice qu'accomplissaient les Athéniens lors des Dipolia ou Dipoleia, à savoir la fête de Zeus Polieus célébrée sur l'Acropole d'Athènes au début du mois de juillet. Sur le plan lexical, le nom du rituel associe un bovin (bous) et une mise à mort progressivement conçue comme un 'meurtre' (phonos). Le verbe bouphonein est attesté une fois dans l'Iliade (VII, 466) sans qu'une telle connotation morale ne soit perceptible, pas plus qu'elle ne l'est dans les quelques emplois de l'adjectif bouphonos dans la poésie archaïque et classique. Un mois Bouphoniōn apparaît dans le calendrier de certaines îles ioniennes, ce qui implique la célébration de Bouphonies en ces lieux à des périodes anciennes, mais indéterminées. Par ailleurs, le mois Boukatios et la fête des Boukatia sont documentés en Grèce centrale et renvoient également au fait de tuer (kainein) un bovin. Il est intéressant de constater que le bovin est le seul animal sacrificiel dont le nom entre en composition avec le lexique de la mise à mort, alors que d'autres espèces sont bien plus souvent impliquées dans ce type d'abattage rituel. Il faut dire que le sacrifice d'un bovin est prestigieux, coûteux, voire spectaculaire. Mais ce n'est pas la seule raison de cette mise en évidence lexicale. Pour approfondir ce point, on se penche sur le sacrifice athénien pour Zeus Polieus. Il présentait en effet des traits remarquables qui en ont fait un objet de curiosité et d'interprétation dès l'Antiquité. Le dossier complexe qui en résulte mêle des évocations du rituel lui-même, avec un procès condamnant l'outil de la mise à mort, et une étiologie qui traduit les liens étroits entre labour et sacrifice. Car le bœuf, au-delà de son coût, n'est pas un animal sacrificiel comme les autres : il est l'auxiliaire potentiel de l'homme dans ses travaux des champs ou de transport de charges. C'est la construction rituelle de cette contradiction dont témoigne l'étiologie des Bouphonies, au sein des Dipolies qui rappellent aussi les principes constitutifs de la vie civilisée : les communautés humaines travaillent la terre pour se nourrir, honorent les dieux, font société au sein de l'entité que les Grecs appellent polis et dont, à Athènes en tout cas, Zeus Polieus assure la souveraineté aux côtés de sa fille divine sur l'Acropole.

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    08 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante : La colère de Déméter et les orges du sacrifice

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante08 - La colère de Déméter et les orges du sacrificeRésuméL'Hymne homérique à Déméter met en scène la colère de la déesse face à l'enlèvement de sa fille par Hadès, avec le consentement de Zeus. Le poème s'inscrit de plain-pied dans le thème de la culture sacrifiante : la grève qu'entame Déméter retirée dans son temple à Éleusis menace les humains de disparition puisque les céréales ne poussent plus, mais aussi les dieux qui seront alors privés 'du glorieux privilège des offrandes et des sacrifices'. C'est sur cet arrière-plan qu'il convient d'interpréter l'épithète Timaochos dont se pare Déméter quand elle révèle sa divinité à la reine d'Éleusis. L'attribut onomastique, que l'on retrouve pour Hestia dans l'Hymne homérique à Aphrodite, désigne la déesse qui le porte comme 'gardienne de la timē (des dieux)', à savoir la protectrice du sacrifice en tant qu'honneur divin : avec Déméter, par la croissance des céréales qui soutiennent la chaîne alimentaire sur terre et permet que les humains immolent des animaux pour les dieux ; avec Hestia, par le feu du foyer qui permet à la graisse de la part des dieux de s'élever vers ses destinataires. L'orge pâle qui ne croît plus quand Déméter arrête d'exercer sa puissance est un élément central de l'alimentation dans le monde grec antique, tant des hommes que de leur bétail. Cette évidence que l'hymne rappelle avec force pourrait constituer l'arrière-plan du lancer de grains d'orge qui ouvre les sacrifices de l'épopée sous le terme d'oulochutai. Le bios des humains, à savoir les ressources qui les font vivre, et le dispositif sacrificiel sont indissolublement liés et c'est une telle articulation, selon des modalités spécifiques qui échappaient déjà aux acteurs eux-mêmes, que met en œuvre l'ouverture par le rite des orges. Les grains lancés – partiellement sur l'autel, partiellement sur l'animal – installent le dispositif rituel qu'est l'opération sacrificielle dans la culture céréalière, c'est-à-dire celle des hommes mangeurs de pain qui élèvent des animaux domestiques mangeurs de grain.

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    Séminaire - Emmanual Dupraz & Gunnel Ekroth : 1/ Déplacements à différentes échelles dans les rituels des Tables Eugubines ombriennes. 2/ A table for two? Food consumption, the use of space and divine-human interaction in the temenos

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025Sacrifices en comparaisonSéminaire - Emmanual Dupraz & Gunnel Ekroth : 1/ Déplacements à différentes échelles dans les rituels des Tables Eugubines ombriennes. 2/ A table for two? Food consumption, the use of space and divine-human interaction in the temenosEmmanual Dupraz : « Déplacements à différentes échelles dans les rituels des Tables Eugubines ombriennes »Gunnel Ekroth : « A table for two? Food consumption, the use of space and divine-human interaction in the temenos »

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    07 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante : La colère de Déméter et les orges du sacrifice

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante07 - La colère de Déméter et les orges du sacrificeRésuméL'Hymne homérique à Déméter met en scène la colère de la déesse face à l'enlèvement de sa fille par Hadès, avec le consentement de Zeus. Le poème s'inscrit de plain-pied dans le thème de la culture sacrifiante : la grève qu'entame Déméter retirée dans son temple à Éleusis menace les humains de disparition puisque les céréales ne poussent plus, mais aussi les dieux qui seront alors privés 'du glorieux privilège des offrandes et des sacrifices'. C'est sur cet arrière-plan qu'il convient d'interpréter l'épithète Timaochos dont se pare Déméter quand elle révèle sa divinité à la reine d'Éleusis. L'attribut onomastique, que l'on retrouve pour Hestia dans l'Hymne homérique à Aphrodite, désigne la déesse qui le porte comme 'gardienne de la timē (des dieux)', à savoir la protectrice du sacrifice en tant qu'honneur divin : avec Déméter, par la croissance des céréales qui soutiennent la chaîne alimentaire sur terre et permet que les humains immolent des animaux pour les dieux ; avec Hestia, par le feu du foyer qui permet à la graisse de la part des dieux de s'élever vers ses destinataires. L'orge pâle qui ne croît plus quand Déméter arrête d'exercer sa puissance est un élément central de l'alimentation dans le monde grec antique, tant des hommes que de leur bétail. Cette évidence que l'hymne rappelle avec force pourrait constituer l'arrière-plan du lancer de grains d'orge qui ouvre les sacrifices de l'épopée sous le terme d'oulochutai. Le bios des humains, à savoir les ressources qui les font vivre, et le dispositif sacrificiel sont indissolublement liés et c'est une telle articulation, selon des modalités spécifiques qui échappaient déjà aux acteurs eux-mêmes, que met en œuvre l'ouverture par le rite des orges. Les grains lancés – partiellement sur l'autel, partiellement sur l'animal – installent le dispositif rituel qu'est l'opération sacrificielle dans la culture céréalière, c'est-à-dire celle des hommes mangeurs de pain qui élèvent des animaux domestiques mangeurs de grain.

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    Séminaire - Alice Mouton & Francesca Prescendi : Gestes sacrificiels et parts des dieux en Anatolie hittite et dans le monde romain

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025Sacrifices en comparaisonSéminaire - Alice Mouton & Francesca Prescendi : Gestes sacrificiels et parts des dieux en Anatolie hittite et dans le monde romainAlice MoutonDirectrice de recherche au CNRSFrancesca PrescendiDirectrice d'études à l'EPHE

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    06 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - La ruse de Prométhée : ceci n'est pas un sacrifice

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante06 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - La ruse de Prométhée : ceci n'est pas un sacrificeRésuméLe partage inégal du grand bœuf découpé par Prométhée a ouvert une crise en trois temps qui forment autant d'étapes vers la définition de la condition humaine. La première se rapporte directement à la répartition des parts animales puisque cette dernière forme explicitement l'étiologie des sacrifices que les humains auront à accomplir pour les dieux dont ils seront désormais séparés. Les autels odorants et la combustion des os blancs que dessine l'étiologie est une transition adéquate vers la référence au feu ardent que Zeus décide de soustraire aux humains pour compenser l'inégale répartition du bœuf. Dès lors, en dérobant le feu et en le donnant aux humains, Prométhée réintroduit un déséquilibre que Zeus compense en faisant fabriquer un prototype féminin par Héphaïstos. Conçu comme « un beau mal en contrepartie d'un bien », cette « semblance de fille à marier respectable » est un modèle qui crée les conditions de la distinction sexuée au sein de l'humanité, mais aussi d'une société fondée sur les règles matrimoniales et le renouvellement des générations. Replaçant ensuite l'un en face de l'autre l'hymne à Hécate et le récit de la crise prométhéenne, situés symétriquement autour de la naissance de Zeus et de son combat contre son père, on perçoit de multiples résonances entre les passages, qui sont systématiquement analysées. Une incursion dans le poème hésiodique des Travaux referme la leçon puisqu'il fait également droit au récit de la fabrication du prototype féminin qui porte cette fois le nom de Pandora. Les formules récurrentes d'un poème à l'autre sont mises en évidence en tant que points saillants et particulièrement signifiants de cette « fabrication ».

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    Séminaire - Laurent Coulon & Stéphan Dugast : 1/ Le procès du sacrifice en Égypte ancienne. 2/ Le parcours d'un devin chez les Bwaba du Burkina Faso : métamorphose de l'autel et transformation initiatique de son détenteur

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025Sacrifices en comparaisonSéminaire - Laurent Coulon & Stéphan Dugast : 1/ Le procès du sacrifice en Égypte ancienne. 2/ Le parcours d'un devin chez les Bwaba du Burkina Faso : métamorphose de l'autel et transformation initiatique de son détenteurLaurent CoulonProfesseur du Collège de FranceStéphan DugastChargé de recherche à l'Institut de recherche pour le développementLaurent Coulon : « Le procès du sacrifice en Égypte ancienne »Stephan Dugast : « Le parcours d'un devin chez les Bwaba du Burkina Faso : métamorphose de l'autel et transformation initiatique de son détenteur »

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    05 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - Le bon vouloir d'Hécate et la ruse de Prométhée

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante05 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - Le bon vouloir d'Hécate et la ruse de ProméthéeRésuméDans la Théogonie d'Hésiode, l'expression « hiera erdein », « faire des parts sacrées », apparaît une seule fois, dans l'introduction du long passage que les modernes ont pris l'habitude d'appeler l'« hymne à Hécate ». Les quelque quarante vers (411-452) consacrés à cette déesse interrompent le déroulé de la généalogie des enfants d'Ouranos et de Gaia, et de leur progéniture. La longue digression sur les honneurs accordés à Hécate par Zeus – qui n'est pas encore né à ce stade de la théogonie – forme dès lors une anticipation où toute une série d'activités humaines sont décrites, sous le regard des dieux et d'Hécate en particulier. Le passage est saturé par deux types de champs lexicaux : celui des honneurs que Zeus et les dieux de toutes les sphères du cosmos confèrent à la déesse, et celui de son bon vouloir à elle dans l'attention divine aux activités humaines. Ces deux dimensions sont étudiées et attestent que c'est décidément parmi les hommes que la timē des dieux trouve à s'activer, au travers du contact sacrificiel. Ledit « hymne à Hécate » souligne aussi fortement le coefficient d'incertitude qui grève la vie des humains, suspendue à ce que les dieux leur réservent. Juste après cet « hymne » s'ouvre l'évocation de la descendance de Kronos et Rhéa, avec la naissance de Zeus et ses péripéties, suivies de la victoire du fils sur le père qui anticipe l'épisode de la Titanomachie et sa conquête de la souveraineté sur le cosmos. Mais avant d'aborder le combat contre les Titans, le poète referme l'énumération des enfants nés de cette génération par la descendance de Japet et Klyménè qui compte notamment la figure Prométhée. Intervient à nouveau un long passage qui suspend le fil généalogique de l'intrigue pour décrire le conflit des volontés respectives de Prométhée et de Zeus qui aboutira à la définition du statut des humains. Réunis à Mékonè autour d'un grand bœuf mis à la découpe, hommes et dieux vont se séparer. La présente analyse s'empare des premiers éléments de la « crise prométhéenne » dont l'une des composantes est l'instauration du sacrifice.

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    04 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - Variations épiques sur l'abattage rituel (2)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante04 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - Variations épiques sur l'abattage rituel (2)RésuméOutre les sacrifices offerts à Pylos par Nestor et les ripailles des prétendants, l'Odyssée fait également droit à des repas plus modestes, dont celui que le porcher Eumée offre à son maître qu'il n'a pas encore reconnu (chant XIV). Ici encore, c'est le verbe hiereuein qui est utilisé pour désigner ce qui est fait du porc gras prélevé du troupeau pour la circonstance. Son abattage et le traitement de sa carcasse jusqu'à la distribution des parts aux commensaux font apparaître toute une série de gestes rituels qui ne correspondent pas à ce que l'on identifie lors des sacrifices explicitement destinés à entrer en contact avec une divinité. Est-ce l'espèce animale qui justifie ces écarts ? Est-ce la portée prioritairement alimentaire de l'opération ? Ou encore les besoins d'une intrigue qui crée ainsi un contraste saisissant entre la piété de l'humble porcher et la démesure arrogante de la jeunesse dorée d'Ithaque ? La réponse à ces questions reste incertaine, mais l'usage du verbe hiereuein pointe vers la notion d'« immolation » qui permet, quand l'alimentation est mise en exergue au terme de l'abattage, de conserver la tonalité rituelle que l'origine latine du mot continue de lui associer. Hiereuein pointe alors vers un abattage ritualisé, fût-ce minimalement. Mais le vocabulaire homérique du sacrifice et de l'immolation qui met l'accent sur les hiera, les « parts sacrées », est progressivement remplacé par le champ lexical de la thusia, qui signifie la combustion et la fumigation. Quelques occurrences de termes de cette famille de mots – sauf thusia – sont déjà attestés dans l'épopée homérique et étudiés ici.

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    Séminaire - Lionel Marti & Christophe Nihan : Pouvoir royal et sacrifice dans la Syrie du 2e millénaire av.n.è. : Mari et Ougarit

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025Sacrifices en comparaisonSéminaire - Lionel Marti & Christophe Nihan : Pouvoir royal et sacrifice dans la Syrie du 2e millénaire av.n.è. : Mari et OugaritChristophe NihanProfesseur à l'université de MünsterLionel MartiChargé de recherche au CNRS

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    03 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - Variations épiques sur l'abattage rituel (1)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante03 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - Variations épiques sur l'abattage rituel (1)RésuméDans les vers homériques, la part des dieux est génériquement désignée par le neutre pluriel hiera, « parts sacrées ». Sur cet arrière-plan, le hiereus, que l'on traduit généralement par « prêtre », désigne littéralement « celui qui fait les hiera » et donc celui qui prend en charge la part des dieux. Quant au verbe hiereuein, il devrait signifier « agir en tant que hiereus ». Mais le fait qu'il soit toujours utilisé de façon transitive, avec l'accusatif du nom d'un animal, invalide cette interprétation. Une analyse attentive des usages du verbe doit permettre de mieux saisir l'articulation entre égorgement d'un animal, démarche sacrificielle et alimentation. Cette analyse est donc le premier volet d'une interrogation sur l'abattage rituel en contexte homérique.Si la traduction par « sacrifier » s'impose pour un certain nombre d'occurrences du verbe hiereuein, notamment dans l'Iliade, l'intrigue de l'Odyssée et les banquets dysfonctionnels des prétendants qu'elle met en scène permettent d'affiner cette interprétation. Car, en dépit d'une référence partagée à l'adjectif hieros, le verbe hiereuein n'est pas simplement synonyme de l'expression générique du sacrifice homérique qu'est hiera rhezein/erdein, « faire des hiera ». C'est ce point dont la leçon suivante prolongera l'analyse.

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    02 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - La part des dieux en contexte homérique

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante02 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante : La part des dieux en contexte homériqueRésuméL'épopée homérique est riche de rituels sacrificiels accomplis par les protagonistes des intrigues qu'elle déploie. La question du statut de l'évocation poétique de gestes rituels est complexe. En effet, les intentions du poète ne sont pas documentaires et, quand bien même l'interprète choisit une lecture partiellement référentielle des données, leur ancrage chronologique est incertain. Toutefois, le monde de l'épopée n'est pas celui, désincarné, du conte (« il était une fois »). La poésie homérique – et surtout l'Iliade – mêle les représentations d'un passé fantasmé, mais concevable pour son public, et les représentations du monde dans lequel vit ce public. Les évocations sacrificielles devaient faire sens, au moins partiellement, pour les auditeurs du poème tout au long de sa transmission. À l'instar des figures divines en action dans l'Iliade, dont le nom résonne avec les dieux des cultes, les pratiques rituelles poétisées devaient entrer en résonance avec les gestes effectués dans le cadre des sanctuaires fréquentés par les auditeurs du poème. C'est pourquoi il est intéressant d'analyser les différents aspects de l'offrande sacrificielle mise en scène par l'épopée, et notamment l'identité, concrète (des cuisses animales entourées de graisse) et symbolique (des hiera, « parts sacrées »), de ce qui est mis à la flamme de l'autel en l'honneur d'une divinité destinataire de l'opération.

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    Séminaire - Renaud Gagné & Philippe Swennen : Le vers comme offrande sacrificielle en Grèce et en Inde védique : approches comparées

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025Sacrifices en comparaisonSéminaire - Renaud Gagné & Philippe Swennen : Le vers comme offrande sacrificielle en Grèce et en Inde védique : approches comparéesRenaud GagnéProfesseur à l'université de CambridgePhilippe SwennenProfesseur à l'université de Liège

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    01 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante - Dieux et cité : commencer avec Eschyle

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2024-2025 La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante01 - La part des dieux : la Grèce comme culture sacrifiante : Dieux et cité : commencer avec EschyleRésuméComme l'affirmait l'helléniste Jean-Louis Durand (1939-2016), la Grèce antique est une « culture sacrifiante », au sens où y sont accomplis de manière régulière des rituels que nous appelons « sacrifices ». En introduction générale à l'enseignement de cette année, on a proposé un embryon de définition du terme en tant que « rituel mettant en contact des humains et des puissances suprahumaines par la mise à mort d'un animal domestique ». Par rituel, on désigne à la fois un dispositif social et un artéfact culturel. En tant que pratique sociale, le sacrifice a des effets au sein des communautés qui l'accomplissent : c'est la dimension horizontale de l'opération. En tant qu'élaboration culturelle, le sacrifice inscrit ses acteurs humains dans la perspective verticale d'un contact avec des divinités partenaires. Cette double perspective est essentielle à la compréhension du rituel sacrificiel dans le monde grec antique. Après avoir refermé cette introduction générale sur un bref aperçu historiographique, c'est le statut de « divinités partenaires » de la cité qui a été analysé dans la tragédie d'Eschyle Les Sept contre Thèbes où ce thème est omniprésent et chevillé à celui des sacrifices.

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    11 - Déméter Thesmophoros : La Thesmophoros, entre global et local

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-202311 - Déméter Thesmophoros : La Thesmophoros, entre global et localLe titre choisi pour cette dernière leçon fait écho aux raisons pour lesquelles l'étude des représentations et des pratiques autour de Déméter Thesmophoros a été privilégiée cette année : la première raison est la spécificité du titre cultuel pour la déesse, ce qui est une pierre de touche intéressante pour saisir un profil divin ; la deuxième raison est la présence de cette dénomination dans l'ensemble du monde grec. La spécificité de l'attribut onomastique et l'extension du culte sous ce nom devaient permettre de cerner le profil de la déesse dans l'ensemble polythéiste auquel elle appartenait. Il s'agissait également de saisir l'articulation entre niveau partagé des représentations et des pratiques, et déclinaisons locales, quand celles-ci affleuraient assez clairement de notre documentation. Une telle tension entre le général et le particulier se retrouve sur plusieurs plans, dont trois sont ici abordés. Premièrement, on analyse l'identité du dieu qui vient se greffer aux deux déesses thesmophores et dont le nom varie d'un endroit à l'autre, entre Zeus Bouleus, Zeus Eubouleus, Ploutôn, Klymenos, voire Zeus Chthonios si l'on intègre au dossier la prière de l'agriculteur d'Hésiode à la veille des semailles. Si toutes ces figures pointent vers l'époux de Perséphone, le choix du nom de Zeus et l'appariement ponctuel à la seule Déméter invitent à nuancer le caractère strictement infernal de la figure masculine du trio. Deuxièmement, c'est la récurrence d'un « paysage thesmophorique » qui retient l'attention. Depuis la Sicile jusqu'à l'Asie mineure, en passant par Cyrène en Afrique du Nord, nombre de sanctuaires voués à Déméter et à sa fille présentent une structure en terrasses, plus ou moins marquées, sur les pentes d'une éminence rocheuse, voire d'une acropole en bonne et due forme, à une distance plus ou moins importante du cœur de la ville. Troisièmement, et en forme de perspectives conclusives, c'est le profil spécifique de Déméter Thesmophoros qui est déployé, en repartant des éléments saillants qu'a mis au jour l'analyse de l'Hymne homérique à la déesse : l'omniprésence de l'élément féminin ; l'indissoluble relation entre la croissance des céréales et la trophie des enfants ; la compétence de Déméter sur tous les aspects de la chthōn, la terre des céréales et celle des morts, par l'intermédiaire de sa fille.

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    10 - Déméter Thesmophoros : Sacrifier au Thesmophorion

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-202310 - Déméter Thesmophoros : Sacrifier au ThesmophorionAprès une mise au point sur les différents sacrifices prévus au Thesmophorion de Délos, c'est la prédilection manifeste de Déméter pour les porcins qui est analysée, notamment mais pas seulement, quand elle est Thesmophoros. Que ce soit dans les données littéraires, épigraphiques, zooarchéologiques ou coroplastiques, l'association avec cette espèce animale, si elle n'est pas exclusive, est massivement représentée. En outre, si Déméter et sa fille ne sont pas, loin s'en faut, les seules divinités à recevoir ce type d'animal en offrande, leurs rituels et sanctuaires sont assurément en première ligne pour les sacrifices de ce type, à toutes les étapes du développement de l'espèce et, pour les femelles vouées à Déméter, quand elles sont pleines également. Lors des Thesmophories, des sacrifices de type thusia, suivis d'un banquet festif, impliquaient l'immolation de porcins. L'un ou l'autre holocauste pouvait également être accompli. Quant à la précipitation de porcelets dans les cavités appelées megara, en l'état actuel de notre documentation, il est particulièrement délicat de généraliser la pratique décrite par le texte de la scholie à Lucien et d'en saisir le détail (les porcelets étaient-ils toujours vivants ?) Les variations locales sont rarement apparentes, même si l'on sait, par exemple, que le deuxième jour des Thesmophories athéniennes s'appelait Nesteia (« le jeûne »), tandis que le jour correspondant à Thasos s'appelait Prostropè (« la supplication »). Les distinctions étaient sans doute plus importantes que ne le laissent paraître les fragments d'information dont nous disposons. Toutefois, partout où elle était honorée, la déesse Thesmophoros détenait quelques clés essentielles du devenir de la polis : l'obtention de la nourriture céréalière pour la communauté et la fécondité de ses citoyennes, deux éléments indispensables à sa continuité.

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    09 - Déméter Thesmophoros : Megaron et porcelets

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter Thesmophoros

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    08 - Déméter Thesmophoros : Thesmophories athéniennes

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter ThesmophorosUne scholie aux Dialogues des courtisanes du satiriste Lucien de Samosate décrit avec un degré de détail inusité des manipulations rituelles accomplies pendant les Thesmophories. Cette glose byzantine est probablement fondée sur un texte d'érudit de la période hellénistique, qui a également inspiré, dans le Protreptique, Clément d'Alexandrie et ses diatribes contre les mystères païens. Elle décrit la précipitation de porcelet dans des cavités appelées megara, avec des branches de pin et des symboles sexuels en pâte à pain, que des « puiseuses » remontent quand le tout s'est décomposé. Ce compost est ensuite sacralisé sur des autels et mélangé aux semences de l'année pour l'obtention de bonnes récoltes. Toute l'opération est vue comme « symbole de la naissance des fruits de la terre et de celle des humains, en action de grâce pour Déméter ». L'analyse de cette réflexion érudite atteste l'origine probablement athénienne de la description et pose le problème du dévoilement du secret féminin normalement indicible.Dans un autre registre documentaire, c'est aussi la question de l'entre-soi féminin du rituel qui est exploitée par la comédie d'Aristophane intitulée Femmes aux Thesmophories. Les indices proprement rituels qui traversent la pièce font surgir l'usage de torches allumées, la mise en place d'abris provisoires pour accueillir les femmes par petits groupes, l'offrande sacrificielle de gâteaux et de pains, des prières dont les destinataires divins dessinent la portée de la fête, le dévoilement de rites secrets successifs, jusqu'à l'épiphanie attendue des deux déesses Thesmophores. Quant aux participantes responsables de la fête, d'autres volets de la documentation attique – décret d'un dème et discours d'orateurs – atteste qu'au IVe siècle avant notre ère deux femmes par dème étaient responsables de la célébration au titre d'archousai, avec la prêtresse, et que les maris nantis étaient supposés, à cette occasion, régaler les participantes au nom de leur femme légitime. Des bonnes récoltes aux beaux enfants, en passant par l'affirmation du statut des épouses de citoyens, on voit se dessiner autant d'éléments constitutifs des Thesmophories athéniennes.

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    07 - Déméter Thesmophoros : Les erga de Déméter

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter ThesmophorosLes erga de DéméterAu fil des cours précédents s'est affirmée toujours davantage la relation entre l'action de Déméter parmi les humains et la croissance des céréales. En conséquence, il est de bonne méthode de poser, au moins à titre d'hypothèse préliminaire, que les fêtes célébrées en son honneur ont un lien avec cette action spécifique de la déesse dans le monde, même si la compréhension des rituels qui scandent le cycle agraire ne peut que s'enrichir de l'intégration d'autres dimensions, qu'elles soient anthropologiques, sociologiques, politiques.Les karpoi de Déméter sont avant tout les fruits « secs » de la production agricole, à savoir les céréales et les légumineuses. Entre la culture des semis et celle des plantations qui caractérisent l'agriculture grecque, c'est la première que Déméter prend en charge, quand Dionysos est davantage concerné par la seconde. L'« usage des champs » dont témoignent Les Travaux et les Jours d'Hésiode est centré sur les erga de Déméter à accomplir au fil des saisons. Mais à ce cycle des travaux – qui est de la responsabilité des hommes sous l'égide de Déméter – s'ajoute le cycle végétatif lui-même – dont les dieux ont la maîtrise. L'ambivalence de l'expression Δημήτερος ἔργα réside dans la double portée du génitif : il s'agit à la fois des travaux agricoles, mais aussi des actions de la déesse elle-même sur la vie végétale. C'est dès lors le cercle vertueux de l'échange entre hommes et dieux que dessinent les fêtes liées à la terre des semences. Sont ici analysées les données issues de documents attiques, brièvement comparées au calendrier des fêtes agraires de l'île de Mykonos.

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    06 - Déméter Thesmophoros : Que signifie Thesmophoros ?

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter ThesmophorosQue signifie Thesmophoros ?Les composés en –phoros sont nombreux dans la langue grecque et renvoient au fait de « porter » ou d'« apporter » quelque chose. Dans le cadre des cultes, des titres sacerdotaux ou de desservants sur ce thème sont légion : porteurs de rameaux, porteurs de paniers, etc. Les dieux ne sont pas en reste : Apollon est Daphnēphoros en Eubée, Dionysos est Thyllophoros à Cos, Athéna est Nikēphoros à Pergame, et Déméter est Thesmophoros partout dans le monde grec.À partir de la période classique, le mot thesmos est surtout compris en tant qu'« institution », « règle », « loi ». Et c'est en ce sens que Callimaque, au IIIe siècle avant notre ère, définit l'épiclèse divine de Déméter dans l'hymne qu'il lui consacre : elle aurait apporté aux hommes les principes de la culture des céréales. Cette vision civilisatrice de la déesse remonte au moins au Ve siècle, dans la vision athénocentrée de son action, par l'enseignement de l'agriculture et des mystères aux mortels. Les interprètes modernes se sont divisés sur le sens à donner à l'épiclèse de Déméter, les uns adoptant la vision antique de « pourvoyeuse de lois », les autres considérant que les thesmoi étaient les restes putréfiés de porcelets que, lors de la fête, des « puiseuses » remontaient des fosses où ils avaient été précipités. Mais ce sont les desservantes du culte dont cette interprétation fait des thesmophoroi, et non la déesse elle-même.Pour tenter d'éclaircir ce point discuté depuis plus d'un siècle, ce sont les usages les plus anciens du terme thesmos qui sont envisagés. La portée concrète du mot transparaît dans les (rares) usages dont témoigne la poésie archaïque, mais il ne s'agit pas de « ce qui est déposé ». Le terme semble bien désigner un artéfact soigneusement assemblé et conservant quelque chose de précieux. Il est dès lors probable qu'aux périodes les plus anciennes, la Thesmophoros n'est ni « celle qui apporte les lois », ni « celle qui apporte "ce qui est déposé" », mais bien celle qui a confié aux femmes le contenant sécurisé abritant ses orgia.

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    05 - Déméter Thesmophoros : Déméter Thesmophoros (5)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter ThesmophorosDéméter Thesmophoros (5)L'Hymne « homérique » à Déméter a été conservé au sein d'un recueil de trente-trois pièces hymniques en l'honneur de toute une série de divinités, que leur forme hexamétrique a associées au nom d'Homère. Tant la date que la longueur respective de ces poèmes sont variables. Le plus long des deux hymnes à Déméter, daté à l'entour de 600 avant notre ère, se situe dans la même veine que les hymnes à Apollon, à Hermès et à Aphrodite, qui comptent eux aussi une pars epica étendue, entre l'évocation préliminaire et la prière finale. Il s'agit à chaque fois d'inscrire l'hommage à la divinité chantée sur l'arrière-plan de la stabilisation du cosmos par Zeus et de la définition ou la redéfinition des honneurs divins qui l'accompagne. Dans le poème pour Déméter, l'enlèvement de sa fille par Hadès, avec la complicité de Zeus, et la crise cosmique qui en résulte sont au centre de l'intrigue. Une fois rappelées les étapes du récit, deux points sont analysés : la détermination des honneurs alloués respectivement à Hadès et à Perséphone par le biais de leur statut de couple souverain des enfers, et la redéfinition des honneurs de Déméter qui s'était mise en grève de ses prérogatives céréalières et menaçait tant la survie de l'humanité que la divinité des dieux privés de leurs offrandes. La colère de Déméter et ses effets sur le cosmos organisé par Zeus est comparée à la colère d'Héra à l'égard de son époux telle que l'évoque une digression de l'Hymne homérique à Apollon sur l'engendrement de Typhon par la déesse.

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    04 - Déméter Thesmophoros : Déméter Thesmophoros (4)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter ThesmophorosDéméter Thesmophoros (4)L'Hymne « homérique » à Déméter a été conservé au sein d'un recueil de trente-trois pièces hymniques en l'honneur de toute une série de divinités, que leur forme hexamétrique a associées au nom d'Homère. Tant la date que la longueur respective de ces poèmes sont variables. Le plus long des deux hymnes à Déméter, daté à l'entour de 600 avant notre ère, se situe dans la même veine que les hymnes à Apollon, à Hermès et à Aphrodite, qui comptent eux aussi une pars epica étendue, entre l'évocation préliminaire et la prière finale. Il s'agit à chaque fois d'inscrire l'hommage à la divinité chantée sur l'arrière-plan de la stabilisation du cosmos par Zeus et de la définition ou la redéfinition des honneurs divins qui l'accompagne. Dans le poème pour Déméter, l'enlèvement de sa fille par Hadès, avec la complicité de Zeus, et la crise cosmique qui en résulte sont au centre de l'intrigue. Une fois rappelées les étapes du récit, deux points sont analysés : la détermination des honneurs alloués respectivement à Hadès et à Perséphone par le biais de leur statut de couple souverain des enfers, et la redéfinition des honneurs de Déméter qui s'était mise en grève de ses prérogatives céréalières et menaçait tant la survie de l'humanité que la divinité des dieux privés de leurs offrandes. La colère de Déméter et ses effets sur le cosmos organisé par Zeus est comparée à la colère d'Héra à l'égard de son époux telle que l'évoque une digression de l'Hymne homérique à Apollon sur l'engendrement de Typhon par la déesse.

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    03 - Déméter Thesmophoros : Chanter Déméter : l'Hymne homérique (1)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter ThesmophorosChanter Déméter : l'Hymne homérique (1)L'Hymne « homérique » à Déméter a été conservé au sein d'un recueil de trente-trois pièces hymniques en l'honneur de toute une série de divinités, que leur forme hexamétrique a associées au nom d'Homère. Tant la date que la longueur respective de ces poèmes sont variables. Le plus long des deux hymnes à Déméter, daté à l'entour de 600 avant notre ère, se situe dans la même veine que les hymnes à Apollon, à Hermès et à Aphrodite, qui comptent eux aussi une pars epica étendue, entre l'évocation préliminaire et la prière finale. Il s'agit à chaque fois d'inscrire l'hommage à la divinité chantée sur l'arrière-plan de la stabilisation du cosmos par Zeus et de la définition ou la redéfinition des honneurs divins qui l'accompagne. Dans le poème pour Déméter, l'enlèvement de sa fille par Hadès, avec la complicité de Zeus, et la crise cosmique qui en résulte sont au centre de l'intrigue. Une fois rappelées les étapes du récit, deux points sont analysés : la détermination des honneurs alloués respectivement à Hadès et à Perséphone par le biais de leur statut de couple souverain des enfers, et la redéfinition des honneurs de Déméter qui s'était mise en grève de ses prérogatives céréalières et menaçait tant la survie de l'humanité que la divinité des dieux privés de leurs offrandes. La colère de Déméter et ses effets sur le cosmos organisé par Zeus est comparée à la colère d'Héra à l'égard de son époux telle que l'évoque une digression de l'Hymne homérique à Apollon sur l'engendrement de Typhon par la déesse.

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    02 - Déméter Thesmophoros : Généalogies hésiodiques

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter ThesmophorosGénéalogies hésiodiquesDans la Théogonie d'Hésiode, Déméter est une déesse de la génération de Zeus : elle est fille de Rhéa et de Kronos, petite-fille de Gaia et d'Ouranos. Selon le principe des énoncés généalogiques qui veut que les enfants divins spécialisent les fonctions de leurs parents, les six enfants du couple formé par Kronos et Rhéa vont en quelque sorte « réaliser » certaines des potentialités de leurs géniteurs. Après l'analyse des implications de ce principe pour Zeus, Poséidon et Hadès, Hestia et Héra, le cas de Déméter est interrogé par le biais des enfants que lui attribue la Théogonie, à savoir Perséphone, née de Zeus, enlevée à sa mère pour être donnée à Hadès, roi des morts, et Ploutos, né de l'union de la déesse avec le héros Iasion dans un champ au repos, trois fois labouré. Le sort de Perséphone, qui devient reine du monde souterrain, fait de Déméter un vecteur de souveraineté : elle est, avec Zeus, une courroie de transmission généalogique des compétences de ses parents qui règnent sur le cosmos. Quant à Ploutos, il est le fruit de la première union du catalogue qui referme la Théogonie, quand les Muses sont invitées à chanter « les déesses, les immortelles, entrées au lit d'hommes mortels, qui leur ont engendré des enfants pareils aux dieux » (v. 965-968). Cependant, le statut de Ploutos est singulier au sein d'une liste qui produit des héros épiques comme Achille, Énée, Géryon, Memnon, ou des héroïnes comme Inô et Sémélè. Il est à rapprocher de la figure de Phaéthon, né de l'union de la déesse Éos et du mortel Képhalos, puis enlevé par Aphrodite pour en faire un daimōn divin dans ses temples. Ploutos est un être « daïmonique » de ce type. Là où Phaéthon manifeste la puissance divine d'Aphrodite, Ploutos est la manifestation spécifique de celle de Déméter.

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    01 - Déméter Thesmophoros : Son nom est Déméter

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2022-2023Déméter ThesmophorosSon nom est DéméterAprès un rappel des principes méthodologiques de l'étude des dieux grecs, entre traditions et narratives et pratiques cultuelles, le nom de la déesse Déméter est interrogé. En effet, le mot mētēr, « mère », entre dans la composition du théonyme, tandis que le préfixe dē reste à ce jour inexpliqué. Le nom de Déméter se situe dès lors à mi-chemin entre la transparence des théonymes immédiatement signifiants pour une oreille grecque, comme Dikè, « Justice », ou Peitho, « Persuasion », et l'opacité d'autres noms divins, parmi lesquels ceux des Olympiens comme Aphrodite, Héra, Hermès ou Artémis. Si son nom fait de Déméter une mère, l'opacité du préfixe empêche de savoir à quel type de mère le théonyme faisait référence. Les Anciens se posaient déjà la question, et nombre de spéculations plus ou moins érudites, associaient dē à gē, et donc à la terre. Mais la figure globalisante – et souvent considérée comme « originelle » – d'une « Terre-mère » ou d'une « Déesse-mère », susceptible de ressortir de ces réflexions anciennes, reste vague. Un tel constat n'aide guère à comprendre les relations qui se nouent au sein du monde des dieux à la période historique, car d'autres déesses sont des « mères » ou sont rapprochées de la terre. Il convient dès lors d'affiner les outils d'analyse. Pour ce faire, une première approche de la figure de Déméter en explore les manifestations dans l'épopée homérique. Dans les interstices des intrigues de l'Iliade et de l'Odyssée dont, pas plus que Dionysos, elle n'est une protagoniste notable, Déméter affleure comme déesse de la terre cultivée, la terre des labours. On constate l'étroite relation qui s'opère entre l'action de la déesse, le travail accompli par les hommes au fil des saisons et l'alimentation spécifique qu'ils en obtiennent, à savoir le grain qui fait d'eux des mangeurs de pain.

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    11 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2021-2022Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)Depuis la publication des Leges graecorum sacrae de H. von Prott et L. Ziehen à l'entame du XXe siècle, les textes épigraphiques prescriptifs portant sur les affaires des dieux ont été qualifiés de « lois sacrées ». En ce début du XXIe siècle, une telle catégorie documentaire a été largement questionnée, remise en cause, et le projet de Collection of Greek Ritual Norms a proposé de lui substituer la notion moins problématique de « normes rituelles ». Mais de quels types de normes s'agit-il, en regard de ce que l'on a perçu jusqu'ici de la norme religieuse en pays grec ? Une inscription concernant la pureté du sanctuaire d'Alektrona à Ialysos sur l'île de Rhodes est convoquée pour affronter ce questionnement (CGRN 90). En effet, elle constitue un bel exemple de hiérarchie des normes en matière cultuelle et la difficulté de déterminer avec certitude ce que recouvre le terme nomos dans ses différentes occurrences. S'agit-il de la législation officielle de la cité, consignée par écrit ? S'agit-il de normes coutumières conservées oralement ? La référence aux patria, les « coutumes ancestrales » du groupe concerné atteste l'inscription – réelle ou fantasmée – de ces prescriptions dans la longueur du temps. Mais ce patrimoine n'était pas incompatible avec la nouveauté, qui était construite sur cet arrière-plan et en fonction de lui. Enfin, la notion de hieros nomos, qui semble valider le label de « loi sacrée », est examinée en quelques-unes de ses occurrences, qui s'avèrent tout aussi plurielles et tout aussi peu rigides que le système global dans lequel elles s'inscrivent.

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    10 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2021-2022Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)Depuis la publication des Leges graecorum sacrae de H. von Prott et L. Ziehen à l'entame du XXe siècle, les textes épigraphiques prescriptifs portant sur les affaires des dieux ont été qualifiés de « lois sacrées ». En ce début du XXIe siècle, une telle catégorie documentaire a été largement questionnée, remise en cause, et le projet de Collection of Greek Ritual Norms a proposé de lui substituer la notion moins problématique de « normes rituelles ». Mais de quels types de normes s'agit-il, en regard de ce que l'on a perçu jusqu'ici de la norme religieuse en pays grec ? Une inscription concernant la pureté du sanctuaire d'Alektrona à Ialysos sur l'île de Rhodes est convoquée pour affronter ce questionnement (CGRN 90). En effet, elle constitue un bel exemple de hiérarchie des normes en matière cultuelle et la difficulté de déterminer avec certitude ce que recouvre le terme nomos dans ses différentes occurrences. S'agit-il de la législation officielle de la cité, consignée par écrit ? S'agit-il de normes coutumières conservées oralement ? La référence aux patria, les « coutumes ancestrales » du groupe concerné atteste l'inscription – réelle ou fantasmée – de ces prescriptions dans la longueur du temps. Mais ce patrimoine n'était pas incompatible avec la nouveauté, qui était construite sur cet arrière-plan et en fonction de lui. Enfin, la notion de hieros nomos, qui semble valider le label de « loi sacrée », est examinée en quelques-unes de ses occurrences, qui s'avèrent tout aussi plurielles et tout aussi peu rigides que le système global dans lequel elles s'inscrivent.

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    09 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2021-2022Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)La formule hiera kai hosia est surtout attestée dans la documentation officielle athénienne et participe aussi de la définition de la citoyenneté : être citoyen, c'est notamment « avoir part aux hiera et aux hosia ». Une telle formule a pu être interprétée comme l'expression de la dichotomie « sacré/profane ». Et, de fait, des documents crétois offrent l'exemple d'une conjonction comparable en plaçant en regard les « choses divines » (theia) et les « choses humaines » (anthrōpina). Toutefois, l'analyse du champ sémantique de l'hosion menée lors du cours précédent laisse entendre que cette famille de mots n'a pas grand-chose à voir avec ce que nous qualifions de profane. En outre, rabattre les « choses humaines » sur ce qui serait « profane » est assurément réducteur. Dès lors, en s'appuyant sur les usages de l'adjectif hosios par l'historien Thucydide, la présente leçon circonscrit d'une manière plus précise encore la dimension régulatrice des comportements ainsi qualifiés, leur insertion dans un cadre normatif conçu comme divin et, en conséquence, leur étroite relation à la notion de piété. Ce que désigne la formule hiera kai hosia recouvre au sein de la collectivité une dimension que nous divisons, nous modernes, en conscience sociale, morale, religieuse, voire politique, mais qui, dans les cités grecques, est un tout indissociable ou, à tout le moins, fait l'objet d'intersections rendant invalide toute dichotomie stricte de type « sacré/profane ».

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    08 - Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)

    Vinciane Pirenne-DelforgeCollège de FranceReligion, histoire et société dans le monde grec antiqueAnnée 2021-2022Norme religieuse et questions d'autorité dans le monde grec (2)Dans le registre de la piété en tant que norme, la famille de hosiē, hosios, hosiotēs occupe une place importante. Les diverses occurrences du substantif hosiē dans l'Odyssée et les Hymnes homériquessont intimement liées aux honneurs que les hommes doivent rendre au monde supra-humain. Le terme désigne également les attitudes adéquates à l'égard d'autres humains, sous le regard des dieux qui sanctionnent ces gestes et ces paroles. L'expression négative ouk hosiē est de ce point de vue très proche de l'expression ou themis dans sa portée régulatrice. Mais si themis est un vaste filet régulateur qui englobe l'ordre du monde dont Zeus est le garant, la portée de l'hosiē se limite aux normes de comportement qui forment les obligations des hommes à l'égard des dieux. Après la fin de la période archaïque, le substantif n'est plus guère en usage, mais l'adjectif hosios prend le relais pour désigner ce type de norme, au même moment où le substantif eusebeia et les mots de sa famille se développent eux aussi. Le Socrate de Platon, dans l'Euthyphron, usera de l'une et l'autre famille de mots de façon interchangeable et précisera en outre que l'hosion est une partie du dikaion, et donc inséparable de la justice. En conséquence, l'eusebeia est la piété vue sous l'angle du respect scrupuleux suscité par les dieux, tandis que l'hosion est la piété vue sous l'angle de la norme que ces derniers produisent. Ces deux regards sur la piété les incluent l'une et l'autre dans le registre de ce qui est juste.

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Depuis 2017, Vinciane Pirenne-Delforge est titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique. Les différents termes de cet intitulé désignent les éléments constitutifs de l'enseignement de la chaire et des recherches qui le fondent. Ainsi, le recours aux méthodes éprouvées de la démarche historico-philologique et la mise à profit des apports de l'anthropologie historique permettent d'appréhender l'étroite imbrication de ce que nous appelons « religion » dans les différents aspects de la vie sociale, politique, culturelle, voire économique, du monde grec. Ce dernier est envisagé au sens large de tous les lieux où les Grecs se sont établis, par la fondation de cités.La religion grecque est un polythéisme, ce qui évoque d'emblée une multiplicité de figures divines. Mais la pluralité qu'exprime le terme ne concerne pas seulement les entités suprahumaines auxquelles les Grecs ont rendu hommage pendant presque un millénaire. Toutes les composant

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