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Roule Galette

Partez à la découverte ou redécouverte d'un album favori des membres de Saravadio .

  1. 37

    Roule galette #37 - ARESKI BELKACEM & BRIGITTE FONTAINE - vous et nous ( 1977 Saravah)

    Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose un détour par l'un des objets les plus singuliers de la chanson française : Vous et nous de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem. Le choix de ce disque est aussi une manière de rendre hommage à Areski Belkacem, dont la disparition récente m’a particulièrement attristé . Avec Brigitte Fontaine, il aura construit l'une des œuvres les plus libres et les plus inclassables de la musique française. J'ai découvert Vous et nous à la fin des années 70 , début 1980, alors que j'avais une douzaine d’années, et il est resté mon disque préféré du duo. A cette époque, je percevais surtout l'étrangeté des textes. Il y avait quelque chose de comique, parfois absurde, mais aussi beaucoup de tristesse et de mélancolie. J'en comprenais l'essentiel , sans forcément en percevoir l’aspect politique , tant cette manière d'écrire me semblait poétique et singulière. C'est beaucoup plus tard que j'ai pris conscience de la singularité musicale du disque. Avec le recul, je me suis aperçu à quel point Vous et nous était hors format. Mélange de chanson, de folk, d'influences kabyles, d'expérimentations sonores et d'électronique artisanale, l'album dénotait dans un paysage musical déjà très formaté. À sa sortie en 1977 chez Saravah, le disque existe sous plusieurs formes : une version simple et une version double, plus développée, qui accentue encore son caractère foisonnant et difficile à cadrer. Dans sa fabrication même, le disque échappe aussi aux schémas habituels. On raconte qu’il devait à l’origine être un projet porté principalement par Areski Belkacem, avant que Brigitte Fontaine n’intervienne progressivement, ajoutant textes, voix et fragments d’idées, parfois dans des sessions tardives. Le disque se construit alors par couches successives , voire comme un ping pong , plutôt que comme une œuvre figée dès le départ. Cette idée de dualité , est omniprésente dans la discographie d’Areski - Fontaine . Un autre élément frappe immédiatement à l’écoute : les durées. Le disque alterne entre des morceaux de quelques secondes et des titres beaucoup plus développés. Cette coexistence de miniatures et de chansons plus longues casse complètement les formats habituels de la chanson, et contribue à donner au disque son aspect fragmenté, presque kaléidoscopique. Ce qui est étonnant , c’est qu’on constate qu’avec le temps , leur discographie des années 70 garde toujours sa singularité et son côté ovniesque .En dehors du temps , en dehors des modes . Je ne comprenais pas trop pourquoi on n’entendait pas ces artistes sur les radios comme RTL ou Europe 1 , naïf que j’étais . Il est d'ailleurs assez amusant de se souvenir qu'au cours des années 1980, pendant la longue traversée du désert de Brigitte Fontaine, l’évocation du duo était devenu presque hors sujet. Avant sa remise en selle par Higelin de la fin des années 1990, Brigitte Fontaine appartenait surtout au domaine des souvenirs et des disques que l'on se transmettait entre passionnés. C'est aussi un disque qui a traversé le temps alors que je ne l’ai pas possédé pendant très longtemps. Je l'avais d'abord emprunté au foyer Laïque pour l'enregistrer sur cassette. Cette copie m'a accompagné pendant plus de 15 ans , avant que je ne finisse enfin par acheter le CD au moment de sa sortie. Et ce n'est que depuis une dizaine d'années que je possède un pressage vinyle d'origine offert par un client du magasin qui connaîssais mon amour pour Areski -Fontaine . Je viens d'ailleurs de commander la réédition de Kythibong qui corrige quelques coquilles du pressage original avec une nouvelle pochette très minimale. J'en avais vendu un certain nombre au magasin, sans jamais m'autoriser à en mettre un de côté pour moi-même. Près de cinquante ans après sa sortie, Vous et nous conserve toujours la même liberté et la même étrangeté. Patriarcat est sans doute le morceau le plus remarquable de Vous et nous. Aujourd'hui encore, on retient souvent sa phrase épitaphe : « Il n'y a pas d'homme de gauche quand il s'agit des femmes, il n’y a que des hommes de droite ». Mais le texte de Brigitte Fontaine va bien au-delà de cette formule. Par collages successifs, elle mêle slogan publicitaire, commentaires sportifs, poésie, langage politique et images du quotidien dans une sorte de grand flux de paroles où l'humour côtoie la colère.Ce qui frappe aussi, c'est que ce texte de dénonciation n'oppose jamais simplement les uns aux autres. « Geôlier tu es prisonnier aussi », dit-elle à un moment, dénonçant le patriarcat comme une prison pour tout le monde.Enfant, j'étais surtout sensible aux paroles. Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai pris conscience de la modernité de la musique d'Areski. Derrière ce texte foisonnant, il choisit une trame électronique minimaliste avec un Moog et une boîte à rythmes dont l'audace me frappe peut-être encore davantage aujourd'hui qu'à l'époque. Vent d’automne d’Areski Belkacem est l’un des morceaux qui résume le plus directement la manière dont Vous et nous semble s’être construit.La chanson repose sur une écriture mélancolique très simple. Quelques phrases reviennent comme un refrain intérieur : « Ce n’est rien », « À quoi bon », « Il paraît ». Une forme de résignation douce traverse le morceau, sans véritable résolution.Mais surtout, les interventions de Brigitte Fontaine viennent se greffer sur cette base comme une seconde strate. Elle ne s’installe pas à distance : elle semble enregistrer par dessus le morceau , réagissant à la chanson en train de se faire. Elle commente, propose des violons, juge le musicien, suggère des directions, comme une fausse écoute critique intégrée au morceau lui-même.Ce dispositif produit un effet très particulier. D’un côté, il rend audible le processus de fabrication ; de l’autre, il brouille complètement la place du commentaire. La “critique” est absorbée dans la musique, rejouée de l’intérieur, jusqu’à perdre toute position d’autorité. Il y a là quelque chose qui relève presque du détournement, voire d’un geste de moquerie à l’égard des discours extérieurs qui viendraient expliquer ou juger la chanson.En ce sens, Vent d’automne est à la fois une chanson, une séance d’enregistrement et une mise en scène du regard critique lui-même. Finalement, quelque chose de très punk , sans doute bien plus que l’artificiel défilé de mode qui sévissait à l’époque. Dans ma rue d’Areski Belkacem est un texte qui parle du vivre-ensemble, et de ce qu’il implique concrètement : la tolérance, la place de l’autre, et la façon dont une société réagit à ce qui la dérange.Le point de départ est simple : un oiseau qui chante, entendu depuis un immeuble. À partir de là, la chanson met en scène plusieurs réactions de voisins, tous gênés par ce bruit dans leur quotidien.Ce qui apparaît progressivement, c’est une forme de violence très ordinaire : celle qui consiste à rejeter ce qui n’entre pas dans le cadre, ce qui perturbe le confort ou les habitudes. Derrière cette suite de réactions, on peut lire une forme de rapport de force implicite entre l’humain et le vivant, comme si l’un se donnait naturellement le droit de faire disparaître ce qui le dérange.Le basculement vers l’enfant qui pleure rend cette logique encore plus inquiétante. Un soleil est sans conteste l’une de mes chansons favorites d’Areski Belkacem, pour sa simplicité, son minimalisme et sa poésie.Le morceau repose sur une orchestration réduite à l’essentiel : une guitare acoustique et une voix, très proche, presque directe. Cette proximité du chant donne l’impression d’une chanson naturelle, comme si elle avait été enregistrée dans un cadre intime, autour d’un feu.Le texte lui-même est construit sur des images simples et des phrases courtes, sans recherche de démonstration. Quelques mots suffisent : « embrasse le vent », « écoute-toi bien », « il ne faut rien ».Dans cette économie générale, la chanson semble porter une forme de refus du “toujours plus”, et affirme au contraire une simplicité assumée, à la fois musicale et poétique. Ce n'est pas un ennemi est sans doute l'un des textes les plus simples et les plus bouleversants d'Areski Belkacem.En quelques phrases très courtes, il invite à dépasser la peur et la méfiance pour regarder l'autre autrement. « Regarde bien ses yeux sourient », « il a deux mains », « à voir ses pieds il vient de loin » : quelques mots suffisent pour rappeler ce qui rapproche davantage que ce qui sépare.Près de cinquante ans après sa parution, cette chanson résonne avec une force particulière dans une époque où la peur de l'autre et les discours de division occupent une place grandissante. Sans jamais donner de leçon, Areski propose au contraire un geste d'accueil et de confiance.On pourrait presque y voir un programme politique, ou même spirituel, tant le morceau ramène tout à une évidence élémentaire : avant d'être une menace, l'autre est d'abord un être humain.

  2. 36

    Roule galette #36 - LOVE AND ROCKETS , seventh dream of teenage heaven (198)

    En 1983, après cinq années qui auront profondément marqué le post-punk britannique, Bauhaus se sépare. Le groupe laisse derrière lui quelques-uns des disques les plus singuliers de son époque et une influence considérable sur ce que l'on appellera plus tard le rock gothique. Mais plutôt que de chercher à prolonger cette formule, trois de ses membres – Daniel Ash, David J et Kevin Haskins – choisissent rapidement d'emprunter un autre chemin sous un nouveau nom : Love and Rockets. Daniel Ash et Kevin Haskins avaient déjà commencé à explorer une autre direction avec Tones on Tail, projet fondé dès 1982 avec Glenn Campling alors même que Bauhaus existait encore . Tones on Tail est en quelque sorte le véritable laboratoire de ce qui deviendra Love and Rockets : une musique moins austère, plus joueuse, davantage tournée vers les textures, les rythmes et les expérimentations de studio. Publié en 1985, Seventh Dream of Teenage Heaven est leur premier véritable album ; paru après la sortie du cover des temptations Ball of confusion  , première sortie du groupe . Dès les premières minutes, il apparaît clairement que l'objectif n'est pas de refaire Bauhaus. Les tensions et les atmosphères qui caractérisaient leur ancien groupe sont encore présentes, mais elles sont désormais intégrées dans un univers beaucoup plus ouvert, où le psychédélisme occupe une place centrale. Car si Love and Rockets est souvent rattaché à la famille post-punk, ce disque regarde tout autant vers la fin des années 60. On y retrouve le goût des textures sonores, des climats flottants, des effets de studio, des répétitions hypnotiques et de cette idée très psychédélique selon laquelle une chanson peut devenir un espace à explorer plutôt qu'un simple véhicule mélodique. Le titre de l'album résume assez bien cette démarche. Seventh Dream of Teenage Heaven évoque moins une narration précise qu'un état de conscience particulier, quelque part entre le rêve, le souvenir et l'illusion. Cette sensation traverse l'ensemble du disque. Les morceaux semblent souvent avancer par vagues successives, privilégiant l'atmosphère à la démonstration et la suggestion à l'évidence. Les guitares se couvrent de réverbération et d'échos, les lignes de basse dessinent des trajectoires circulaires, tandis que les rythmes installent une forme de mouvement continu. L'ensemble produit une musique qui paraît à la fois familière et étrange, accessible mais constamment traversée par des éléments plus insaisissables. Ce qui frappe également, c'est la liberté avec laquelle le groupe puise dans différentes traditions musicales. On y entend aussi bien l'héritage du post-punk que des influences psychédéliques, des échos du dub jamaïcain ou encore certaines approches plus expérimentales du rock. Pourtant, le disque ne donne jamais l'impression d'un assemblage disparate. Toutes ces influences convergent vers une même recherche : créer des paysages sonores immersifs, capables d'envelopper l'auditeur plutôt que de simplement attirer son attention. Avec le recul, Seventh Dream of Teenage Heaven apparaît comme l'un des albums qui ont accompagné la transformation du rock indépendant britannique au milieu des années 80. Moins anguleux que le post-punk des débuts, moins formaté que la pop qui s'impose alors dans les classements, il occupe une position intermédiaire particulièrement féconde. Une œuvre de transition, mais aussi un disque qui conserve aujourd'hui encore une identité singulière. A Private Future est le premier titre que nous écoutons. Avec sa guitare 12 cordes, Daniel Ash renvoie ici à Slice of Life de Bauhaus ou à Real Life de Tones on Tail. Un morceau solaire, largement porté par la réverbération, qui installe une forme de rêverie. Les paroles évoquent un rapport au temps, au destin personnel, avec cette idée centrale : “your life is just a game”. La fin du morceau ouvre sur une montée plus dramatique avant de s’apaiser. Le titre se conclut sur une forme de recommandation : “live the life you love, use the god you trust and don’t take it all too seriously”. The Dog-End of a Day Gone By Très centré sur la batterie, surtout les toms, avec un jeu tribal noyé dans la réverbération. La guitare tourne en boucle, et les chœurs donnent une couleur psychédélique. Le morceau est assez solaire dans le son, avec des claviers après le refrain, type Farfisa, qui renforcent un côté presque sixties. Les paroles décrivent une ville sans âme et une forme de lassitude du quotidien, avec cette idée de “stub out the dog-end of a day gone by” : éteindre la journée comme un mégot. The Game Les paroles décrivent un jeu sans issue claire, où l’on continue à jouer même en perdant, avec l’idée que gagner et perdre s’inversent en permanence (“to win is to lose, to lose is to win”). On peut l’entendre comme un jeu de foire : on continue à participer, sans vraie sortie possible, dans un mouvement qui alterne entre gain et perte. La guitare prend une couleur de comptine ancienne, et les claviers de fin renforcent cette impression de foire, presque décalée. Seventh Dream of a Teenage Heaven Le morceau s’ouvre sur une logique très physique, presque viscérale, autour de la chimie, de la chaleur et du rythme (“chemistry”, “heat”, “beat”), avec une idée de pulsion qui traverse tout le texte. On passe ensuite à une ambiance de nuit urbaine, entre magie et quelque chose de plus trouble, avec des images à la fois lumineuses et légèrement inquiétantes (“magic in the air on a Saturday night”, “tragic on the street”). Le texte évoque aussi une forme de bascule, de sortie des cadres établis, avec des éléments de rupture sociale et de découverte de l’étrange (“old school tie”, “fascination found in strangeness”). La fin revient sur l’idée centrale du morceau, répétée comme une incantation : “It’s the seventh dream of teenage heaven”, qui donne au tout une dimension de boucle mentale, entre exaltation et flottement. Haunted When the Minutes Drag Le texte repose sur une obsession simple autour du mot “haunted”, répété comme une présence persistante liée aux souvenirs et aux traces laissées par l’autre. Musicalement, la basse est particulièrement inventive et mise en avant, portée par une guitare 12 cordes très solaire et des chœurs dreamy qui donnent une couleur assez psychédélique au morceau. Cette idée de présence absente, très concrète ici, s’inscrit aussi dans un fil plus large du disque : une forme de “fantôme” récurrent, moins inquiétant que mélancolique, presque aimable, qui traverse les morceaux sans jamais les alourdir complètement. Le disque se termine d’ailleurs sur le mélancolique et instrumental saudade que nous vous laisserons découvrir par vous même … 

  3. 35

    Roule galette #35 - Various ROUGH TRADE POST PUNK , volume 01 (2003 , rough trade shops)

    Cette semaine dans roule galette , je vous propose  un détour par une compilation : Post Punk Volume 01, publiée par Rough Trade . Les compilations de ce type occupent une place un peu particulière dans les milieux musicaux. Elles sont souvent regardées avec méfiance par les puristes, qui leur reprochent de simplifier des scènes complexes, de transformer des contextes historiques en simple esthétique ou en musique d’ambiance, voire de fabriquer des récits un peu artificiels. Pourtant, ce sont aussi souvent ces compilations qui permettent réellement à la musique de circuler, de passer d’une génération à une autre, et parfois même d’ouvrir des portes vers des groupes ou des labels qu’on n’aurait jamais découverts autrement. Par ailleurs , cette compilation est réalisée par un label dont on ne met plus en doute les capacités à repérer les artistes et chansons importantes . Les magasins Rough trade de Londres, de Tokyo ou à une époque révolue de Paris,  restent ou restaient  des passages obligés pour tous fans de musiques indépendantes . J’ai pu subrepticement , prendre des photos de Paul Weller au rough trade Portobello , voire des showcases au rough trade east ou encore croiser un jeune Ivan Smagghe derrière le comptoir rue de Charonne .  Dans le cas de Post Punk Volume 01, l’intérêt est justement de ne pas réduire le post-punk à quelques clichés : la noirceur, les guitares froides ou l’héritage direct de Joy Division. Ici, le post-punk apparaît surtout comme une zone de frottement entre plusieurs musiques : le funk, le dub, le disco mutant, les percussions africaines, l’expérimentation électronique ou encore certaines formes très minimales de musique de danse. On y retrouve évidemment des groupes historiques comme Liquid Liquid, The Pop Group, A Certain Ratio ou ESG, mais aussi des groupes beaucoup plus récents pour l’époque, comme The Rapture, The Futureheads, Gramme ou Les Georges Leningrad. Et finalement, cette cohabitation fonctionne assez naturellement. Elle montre surtout que le post-punk n’a jamais complètement disparu. Ses formes rythmiques, son goût pour les lignes de basse répétitives, les tensions dissonantes, les grooves bancals ou les structures déconstruites ont continué à réapparaître régulièrement sous d’autres formes. Il paraît d’ailleurs difficile de nier à quel point le paysage rock actuel reste marqué par cet héritage, parfois jusqu’à transformer certains de ses codes en véritable formule. Depuis une bonne dizaine d’années, toute une partie de la scène indépendante continue de réactiver cet héritage, de Fontaines D.C. à Viagra Boys, en passant par Black midi ,  qui reprennent cette idée d’une musique à la fois tendue, physique, répétitive et volontairement instable. Plus qu’un simple style identifiable, le post-punk apparaît alors peut-être comme une méthode : prendre les structures du rock, les ouvrir aux rythmes, au dub, à la danse, au bruit, à la répétition, et faire cohabiter tout cela dans quelque chose qui reste volontairement déséquilibré. C’est cette circulation-là que propose finalement cette compilation : non pas une archive figée du début des années 80, mais une cartographie beaucoup plus mouvante, où différentes générations continuent de dialoguer entre elles. On commence avec Delta 5 – Mind Your Own Business, qui cristallise une dimension essentielle du post-punk : l’émergence de groupes où les femmes occupent une place centrale, non seulement comme présence mais comme prise de parole directe. Le morceau fonctionne à la fois comme geste musical sec et comme déclaration, avec une dimension féministe explicite portée par le texte et l’attitude . On poursuit avec les Georges Leningrad , et leur imparable George 5 . Groupe montréalais du début des années 2000 , , le groupe proposait des performances hilarantes ou l’absurde se mêlait à une énergie sauvage , bien avant que l’imagerie ne soit reprise par les très hype  Angine de poitrine .  Avec Public Image Ltd – Careering, on est dans une logique différente : chaque élément suit sa propre trajectoire. La basse, la batterie, la voix et les guitares ne cherchent pas à fusionner mais à coexister dans un système fragmenté, typique de cet album imparable qu’est le monstrueux METAL BOX ,  où la tension vient justement de la séparation des éléments. The Rapture – Out of the Races and Onto the Tracks marque ensuite la réactivation du post-punk au début des années 2000 dans sa dimension la plus physique et dansante. L’énergie est frontale, immédiate, construite sur une logique de tension rythmique et de répétition directement héritée des formes post punk initiales Enfin, Scritti Politti – Skank Bloc Bologna renvoie à une période encore expérimentale du groupe, très éloignée de leur évolution ultérieure. Ici, la structure reste éclatée, dub, et volontairement instable, loin de toute forme pop stabilisée.

  4. 34

    Roule galette #34 - A CERTAIN RATIO, Sextet (1982, FACTORY)

    Après le ralentissement et les textures dilatées de Kruder & Dorfmeister, je vous propose cette semaine un retour à quelque chose de beaucoup plus sec, plus instable, presque rugueux : Sextet d’A Certain Ratio. Au début des années 80, A Certain Ratio évolue dans l’orbite de Factory Records à Manchester, au même moment que Joy Division et toute une scène post-punk en mutation. Mais très vite, le groupe prend une direction différente : moins tournée vers la noirceur et la frontalité, beaucoup plus attirée par le rythme, le corps et la danse. Avec A Certain Ratio, on est finalement bien plus proche des expérimentations de 23 Skidoo, du funk tendu de Gang of Four, des explorations rythmiques de Liquid Liquid, ou encore du mutant disco de l’écurie ZE Records. Publié en 1982, Sextet prolonge une transition déjà amorcée sur To Each..., album enregistré dans le New Jersey et lié, au moins symboliquement, à l’ouverture du groupe vers la scène new-yorkaise. Mais là où To Each... restait encore relativement peu marqué par cette expérience, Sextet semble cette fois en avoir pleinement absorbé les influences. Pour ce disque, Simon Topping abandonne en grande partie le chant au profit de Martha Tilson, rencontrée à New York et qui donnera son nom à l’album. Le groupe poursuit également sa route sans Martin Hannett à la production, estimant qu’il les faisait encore trop sonner comme Joy Division. À première écoute, on pourrait presque parler de funk ou de musique de club : basse très en avant, percussions, cuivres, groove omniprésent. Les influences jazz et afro-cubaines s’affirment davantage. Mais, comme souvent chez A Certain Ratio à cette période, quelque chose résiste. Le point central du disque tient dans cette contradiction permanente : tout semble vouloir fonctionner comme une musique de danse, mais rien ne se met réellement en place de façon confortable. Les grooves sont serrés, précis, mais constamment perturbés par des éléments dissonants, des interventions imprévues, des décalages entre les instruments. La basse joue un rôle structurant, mais elle ne crée pas de stabilité. Les percussions invitent au mouvement, mais dans un cadre instable. Les voix apparaissent souvent distantes, fragmentées, presque fantomatiques, comme si elles refusaient de s’intégrer pleinement au flux rythmique. Ce qui en ressort n’est pas une fusion entre funk et post-punk, mais plutôt une friction constante entre ces deux logiques. Le funk apporte le corps, le post-punk impose la contrainte. Et entre les deux, aucune résolution. Même dans ses moments les plus “dansants”, Sextet ne produit jamais de relâchement. Le disque maintient une forme de tension continue, où le mouvement existe sans jamais devenir fluide. C’est sans doute ce qui le rend encore aujourd’hui difficile à classer : une musique qui emprunte au dancefloor ses outils, mais en refuse systématiquement la détente. On ouvre avec Lucinda, qui pose d’emblée presque tous les éléments du disque : basse très en avant, groove sec, tension permanente, et la voix de Martha Tilson, à la fois distante et presque désincarnée. Une excellente entrée en matière pour comprendre comment A Certain Ratio fait glisser le funk vers quelque chose de beaucoup plus étrange. Sur Knife Slits Water, ce qui frappe surtout, c’est cette impression de forces contraires. La basse semble pousser le morceau vers l’avant, avec quelque chose d’assez rapide et mobile, tandis que la batterie, portée par un delay très présent, agit presque comme un frein, en étirant constamment le rythme. C’est sans doute ce qui donne au morceau son caractère aussi hypnotique et instable. Day One apporte une respiration relative dans le disque. Son plus clair, piano plus présent, guitare funk légèrement psychédélique, percussions scintillantes : on entend déjà apparaître une couleur plus jazz et plus ouverte. Les cuivres n’arrivent que plus tard, presque comme une perturbation, pour venir troubler cet équilibre avec quelque chose de beaucoup plus étonnant . Avec Rialto, l’album bascule vers une zone plus flottante et plus sombre. Le groove se relâche légèrement, les textures deviennent plus étirées, et on entend apparaître une influence dub plus marquée, dans la manière de traiter l’espace et les résonances. C’estun morceau  plus diffus, presque en suspension.  Ce type de traitement annonce le maxi suivant qui sortira sur le nom de Sir Horatio 1 mois plus tard .  Below the Canal termine le disque dans quelque chose de beaucoup plus vaporeux. La basse se dénude, la batterie s’allège, et l’ensemble perd en tension pour devenir plus diffus. Les cuivres et la voix traitée participent à une impression plus urbaine et déformée, comme un paysage sonore de ville perçu à distance, entre sirènes et circulation lointaine.

  5. 33

    Roule galette #33 - KRUDER & DORFMEISTER , the K& D sessions (1998, !K7)

    À la fin des années 90, Kruder & Dorfmeister sont déjà un cas étrange dans la musique électronique. Ils n’ont toujours pas d’album au sens classique du terme, mais leur nom circule depuis plusieurs années dans toute une partie de la scène européenne. Leur apparition s’est faite par étapes : d’abord des productions locales à Vienne, puis l’EP G-Stoned en 1993, qui attire l’attention avec une esthétique déjà très identifiable, jusque dans son détournement de la pochette de Bookends de Simon & Garfunkel. Ensuite viennent les mixes, dont leur passage remarqué dans la série DJ-Kicks en 1996, qui élargit encore leur audience. Mais c’est en 1998 que leur trajectoire se cristallise avec The K&D Sessions. Officiellement, il s’agit d’une compilation de remixes réalisés sur plusieurs années. En réalité, le disque va rapidement dépasser ce statut administratif pour devenir un objet autonome, identifié comme une œuvre à part entière. Et c’est là que se joue une ambiguïté centrale dans leur travail : ils ne produisent pas des morceaux originaux au sens traditionnel, mais ils finissent par produire quelque chose qui est perçu comme un album. Leur méthode est assez caractéristique. Dans la plupart des cas, ils partent de morceaux existants — issus de scènes très différentes, allant du hip-hop au drum’n’bass en passant par la pop ou la musique électronique — et ils les déconstruisent radicalement. Le principe n’est pas d’ajouter des éléments, mais de retirer, d’isoler, de recomposer. Dans certains cas, ils ne conservent qu’une voix ou un fragment mélodique, autour duquel ils reconstruisent entièrement la structure sonore. Le résultat est reconnaissable : des morceaux ralentis, épaissis, souvent débarrassés de leur tension initiale, avec un travail important sur les basses, les résonances, et les espaces laissés entre les éléments. Une forme de musique qui n’est ni vraiment ambient, ni vraiment dub, ni vraiment trip-hop, mais qui emprunte à chacun de ces territoires sans s’y fixer. Ce positionnement devient d’autant plus visible dans le contexte de la fin des années 90. La musique électronique est alors fragmentée : la techno continue de se durcir ou de se fonctionnaliser, la french touch domine une partie du paysage club, et le trip-hop a déjà installé ses codes plus sombres et cinématographiques. Kruder & Dorfmeister se situent à côté de ces dynamiques. Ils ne cherchent ni la tension maximale, ni le choc, ni même la construction de morceaux au sens classique. The K&D Sessions va pourtant rencontrer un succès important. Le disque circule largement en dehors des circuits strictement club : cafés, bars, appartements, espaces d’écoute domestiques. Il devient rapidement associé à des contextes très précis, souvent liés à la fin d’activité plutôt qu’à son déclenchement. Une musique que l’on met quand les choses ralentissent déjà. Ce glissement va aussi produire une lecture dominante du disque. Très vite, il est rangé dans une catégorie floue — downtempo, lounge, chill-out — qui tend à lisser la nature réelle du travail effectué. Car si l’écoute peut donner une impression de continuité fluide, presque décorative, la construction interne est beaucoup plus précise. Chaque remix repose sur des choix de réduction et de recomposition très contrôlés, où l’espace sonore est travaillé autant que les éléments eux-mêmes. Avec le temps, cette tension entre sophistication de production et usage “d’arrière-plan” va définir la réception du disque. Il est à la fois très reconnu et souvent sous-écouté dans ses détails. C’est probablement ce qui explique sa persistance. The K&D Sessions n’est pas un disque qui impose une trajectoire d’écoute stricte. Il s’inscrit dans des situations. Il accompagne des états déjà amorcés : une journée qui se termine, un déplacement qui s’arrête, une activité qui se relâche. Le disque a souvent été rangé dans la catégorie des musiques d’ambiance, utilisées dans les cafés ou les après-midis sans urgence. Mais cette fonction d’arrière-plan rejoint, d’une certaine manière, une idée plus ancienne de la musique comme environnement — celle que Brian Eno formulait déjà avec Music for Airports : une musique qui ne demande pas d’attention frontale, mais qui modifie la perception du lieu où elle se trouve. Je vous propose une formule un peu différente cette semaine , avec d’abord, l’écoute du morceau original , puis la version remixée de Kruger & Dorfmeister , bien plus parlant pour comprendre le travail des autrichiens .  On démarre avec Roni Size Reprazent et son classique drum and bass heroes  revisité ensuite en version Long Loose bossa par les autrichiens  on écoute spechless du duo autrichien Count basics , extrait de leur deuxième album moving in the right direction , puis la version Drum and Bass de Kruder & Dorfmeister le titre Going Under des anglais de Birmingham rockers hi fi , extrait de leur second album Miss mash , puis la version remixé , le main mix , du duo autrichien le très énergique  Bug powder dust de Bomb the bass, qui apparaît sur le 3 eme album du projet de TOm Simenon , Clear, puis la version totalement revisité de Kruger & Drofmeister Pour cloturer cette semaine , le Rollin On Chrome d’aphrodelics . Groupe de hip hop autrichien . Ici , on part dans une mise en abîme complète puisque le titre d’aphrodelics est déjà un remix de Being boiled de Human League , dont Kruder & drofmeister on complètement enlevé toute référence dans leur wild motherfucker dub . 

  6. 32

    Roule galette #32 - KINGS OF CONVENIENCE , s/t (2000 , Kindercore)

    Cette semaine , dans roule galette , je vous propose un disque pour rouler vers le soleil. Je sais, ça peut sembler un peu paradoxal quand le prix de l’essence atteint des sommets que nous n’aurions jamais imaginé dans nos pires cauchemars, et que le groupe vient de Norvège, pas exactement le pays le plus connu pour ses plages tropicales. Mais peu importe, Kings of convenience des Kings of Convenience , vous apportera forcément un sentiment de bien être et rendra votre trajet si agréable que vous en oublierez les embouteillages, les kékés se prenant pour K 2000 dans leur golf Bon Jovi  , vous pourriez même sourire en allant à la pompe à essence . Pour un peu , cette experience pourrait être utilisée pour relancer les ventes de véhicules .  Ce disque regroupe en réalité une série de titres issus de leurs premiers 45 tours norvégiens. Des morceaux enregistrés à la fin des années 90, diffusés de manière assez confidentielle, puis rassemblés ici dans une forme d’album de transition. Certains de ces titres réapparaîtront ensuite, légèrement retravaillés, sur Quiet Is the New Loud, qui les fera connaître internationalement l’année suivante. À l’époque, cette compilation sort notamment via des circuits indépendants, avec une circulation assez fragmentée selon les territoires. Ces versions originales restent aujourd’hui INTROUVABLES en streaming, et les premières éditions physiques se vendent à prix d’or .  Kings of Convenience est un duo formé à Bergen par Eirik Glambek Bøe et Erlend Øye. Tous deux chantent et jouent de la guitare, même si la plupart des morceaux sont portés par la voix d’Eirik. Ils se connaissent depuis longtemps, ayant joué ensemble dans des groupes plus électriques, avant de réduire progressivement leur musique à l’essentiel : deux guitares, deux voix, presque rien d’autre. Cette évolution se fait lentement, par étapes, jusqu’à cette esthétique entièrement acoustique, fondée sur l’épure  et l’équilibre. Tout repose sur la respiration entre les voix, sur la précision des accords, sur une forme de fragilité assumée. Le disque s’inscrit dans une idée simple mais radicale : faire de la sobriété un choix esthétique total. À contre-courant de beaucoup de productions de l’époque, il installe un calme durable comme position musicale. Dans cet univers, les influences affleurent sans être mimées : on pense parfois à Simon & Garfunkel, parfois à certaines formes de folk britannique, notamment à Belle & Sebastian  mais sans jamais que cela devienne une imitation. C’est une musique qui regarde ailleurs, mais qui avance à très petite vitesse , parfait pour partir vers le soleil et économiser en carburant .  Kings of convenience, la compilation éponyme paru chez Kindercore, c’est le disque de la semaine dans roule galette .  Pour démarrer cette semaine , je vous propose Failure, un titre sorti en single . Faiseur apparait ici , donc dans une version amputée de trompettes ou de violoncelle comme sur les versions ultérieures . Il n’en garde pas moins son efficacité , avec cette batterie assez rare chez les Norvégiens . Un titre presque épitaphe, l’échec est toujours la meilleure façon d’apprendre , gardons cela en tête , pour des lendemains qui chantent.  Aujourd’hui, Brave New World, un titre qui n’apparaît pas sur Quiet Is the New Loud. On est sur quelque chose de plus frontal que d’habitude. Le duo joue sur une séparation des voix : l’une porte le récit, l’autre incarne une forme de voix intérieure. Et cette voix intérieure est dure, elle attaque : menteur, lâche, incapable de saisir ce qui est là. Le “brave new world” n’a rien d’utopique ici. C’est plutôt une ironie froide : le monde est présent, mais inaccessible. Trop de vitesse, trop de brouillard mental pour y entrer vraiment. I Don’t Know What I Can Save You From revient dans une autre version. Ici, tout est dans l’arrivée de quelqu’un après des années de silence. Pas de grande reconstruction narrative : juste une porte qu’on ouvre, et une proximité qui réapparaît sans explication.Ce qui domine, c’est l’incapacité à se positionner : pas de rôle clair, pas de solution. Juste une présence. Et cette phrase simple, presque neutre, qui dit l’essentiel : aucune idée de ce qu’il est possible de réparer ou d’aider. English House est un morceau à part, presque hors du temps dans l’ensemble. On y entend une écriture plus proche de Simon & Garfunkel dans l’esprit, notamment dans certains passages a cappella. L’image est simple : une maison anglaise froide, traversée par l’hiver, où le dedans ne protège jamais complètement du dehors.Le regard reste fixé sur l’extérieur : oiseaux, avions, sons du soir. Tout passe, tout circule, et le narrateur reste dans cet entre-deux, attiré par ce qui est dehors sans jamais vraiment en sortir. Enfin, Parallel Lines clôt la semaine. Une version épurée, sans les éléments de piano présents sur la version album. Il reste une structure très légère, portée par les voix et une mélancolie stable. Une cymbale vient ponctuer l’ensemble, sans jamais le rompre.

  7. 31

    Roule galette #31- THE DURUTTI COLUMN , lc (1981, Factory)

    Comme une grande partie de mes découvertes musicales, j’ai connu The Durutti Column par l’intermédiaire du Hit du Snob, cette émission présentée par Patrick Félix sur RVN, Radio Voix du Nord, vers 1985. Je dis “vers”, car j’ai de plus en plus de difficulté à dater précisément ces moments d’écoute, l’oreille collée au transistor pour ne pas faire trop de bruit. Si les souvenirs deviennent plus flous, l’impact de Durutti Column, lui, est resté intact. Chaque jour, du lundi au vendredi, Patrick Félix égrainait l’actualité musicale en provenance d’Angleterre, de Belgique ou des États-Unis, pour un classement bien plus proche de ceux de John Peel que de ceux de Marc Toesca. Aucun risque d’y entendre Peter et Sloane ou Jean-Jacques Goldman. Un véritable havre de paix. Un refuge anti -beauf .  Je découvre donc, par cet intermédiaire, l’EP Tomorrow, sorti début 1986. À l’époque, j’ai peu d’argent : les disques sont comptés, pesés, mesurés, avec parfois quelques écarts dus à l’impulsivité. Mais pour Durutti Column, je suis sûr de mon coup. J’avais déjà entendu ce morceau dans l’émission et j’en appréciais la mélancolie, ce chant fragile, presque susurré. Une nuit, alors que je m’étais endormi, comme souvent, la radio allumée — ce qui impliquait un achat régulier de piles — je fus réveillé par cette chanson. Pas brutalement, mais comme par une présence singulière et douce. Une sensation étrange, entre présence et absence, une forme de saudade, entre rêve et réalité, qui s’est installée en moi toute la journée suivante, malgré un ciel D’hiver parfaitement radieux. Quelques jours plus tard, j’allais acheter le disque à la Boucherie Moderne.Un disque que j’ai épuisé, sans jamais parvenir à l’écœurement. Bien avant les mails, j’avais même écrit à Patrick Félix pour obtenir des informations sur la discographie. Il me répondit quelques semaines plus tard en me citant The Return of the Durutti Column, LC, Another Setting et Without Mercy. Parmi ceux-ci, le premier sur lequel je suis tombé fut LC. LC reste, sans conteste, mon album préféré du groupe. Le premier album, souvent cité, notamment pour sa pochette en papier de verre et la production de Martin Hannett, trouve moins grâce à mes yeux. J’apprendrai beaucoup plus tard que LC figure parmi les albums favoris de Brian Eno. ce qui , en soi-même est un argument bien plus convaincant qu’une tentative de chronique balbutiante  d’un adulescent attardé.  Pour cet album, Vini Reilly s’éloigne volontairement  de la production de Hannett . C’est aussi le premier disque sur lequel il  travaille avec celui qui deviendra son acolyte pour le restant de sa carrière, le batteur Bruce Mitchell , issue du jazz . La pochette est réalisée par l’épouse de celui-ci ,  Jackie Mitchell. La majorité des titres sont issus d’ une cassette enregistrée sur un 4 pistes , dans la chambre de Vini Reilly, une nuit où il se sentait inspiré , en une prise, solo . Le lendemain , l’inénarrable Tony Wilson , boss de Factory , écoute cette cassette et ne veut pas la rendre à son auteur , il juge qu’il faut en faire un album . L’album est enregistré en 2 jours et demi , mixage compris . Bruce Mitchell dit qu’il s’agit généralement des secondes prises , la première servant à une courte répétition . Viny Reilly y voit principalement les défauts, notamment le souffle du  Roland space echo . Bien que l’album soit en grande partie instrumental , ce qui était plutôt inhabituel pour moi à l’époque , il s’est subtilement installé  dans mon imaginaire musical , façonnant mes écoutes ultérieures , comme une espèce de mètre étalon . Ce n’est évidemment pas quelque chose que j’ai conscientisé immédiatement , mais bien plus tard, quand j’ai été capable d’y voir des réminiscences de son jeu de guitare si particulier , chez des groupes de post rock , ou quand encore plus tard, dans mon magasin de disques on me demandait de faire découvrir un disque , il n’était pas rare que je propose ce LC de Durutti Column .  Je n’ai rien à vendre aujourd’hui , je garde précieusement les différentes versions de cet album qui a été réédité , agrémentés de nombreux titres bonus , j’ai juste à vous partager un de mes disques favoris , dans Roule Galette  LC par the Durutti Column .  Pour démarrer, je vous propose Sketch for dawn version 1 , nous écouterons la version II demain .  Le titre ouvre l’album et permet immédiatement de se familiariser avec le jeu de batterie de Bruce Mitchell et les guitares cristallines Vini Reilly . Il fait partie des rares titres chantés de sa discographie , Tony Wilson de Factory ayant deux objectifs , persuader Simon Topping d’A certain ratio de reprendre le chant  avec son groupe , et inversement , demander à Vini Reilly d’arrêter de le faire . Sa voix , pourtant noyée dans le mix , fait partie intégrante de la fragilité du tire , même si celui-ci représente l’un des morceaux les plus uptempo de l’album .  L’autre version de Sketch for dawn , bien plus sombre et introspective que celle d’ouverture . L’ensemble est assez étouffé, le piano électrique, venant  toutefois contrebalancer la mélancolie inhérente à  la basse .  Nous poursuivons avec Jaqueline , morceau instrumental  dédié à l’épouse de Bruce Mitchell , peintre , qui a réalisé la pochette de l’album , et celle du ep Deux triangles . Sorti à la même période .  Aujourd’hui, Never known , un de mes titres favoris , celui qui, avec Tomorrow a déclenché mon amour pour Durutti Column , celui-là même que je jouais aux clients qui me demandaient d’écouter l’album . Un titre à écouter en roulant , lunettes de soleil , pour se protéger à la fois des rayons du soleil et des larmes qui pourraient révéler  l’ irrépressible mélancolie qui s’emparera  de vous à l’écoute de celui-ci .  Pour terminer , l’impeccable The missing boy , un des classiques de The durutti Column . Avec lips that would kiss et sleep will come il s’agit du troisième titre de Vini Reilly dédié à Ian Curtis , le chanteur de Joy Division , dont on dit que Vini Reilly serait l’une des dernières personnes à l’avoir vu avant son suicide . 

  8. 30

    Roule galette #30 - ISIS, Panopticon (2004, Ipecac)

    Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir l’album Panopticon d’Isis.On change légèrement de terrain, un peu plus musclé que d’habitude. Rien ne me prédestinait à écouter Isis un jour. En ce qui concerne l’évolution des goûts musicaux, plusieurs écoles existent. Il y a bien sûr une écoute qui reste ancrée dans des repères de genre, qui fait que l’on revient souvent aux mêmes territoires, avec le risque de tourner un peu en rond, de reproduire une certaine habitude d’écoute. Il y a aussi l’école des tendances, celle où l’on suit ce qui émerge au fil des médias, qu’ils soient mainstream ou plus indépendants, avec leurs “next big thing” qui passent et s’oublient parfois assez vite. Étant relativement peu sensible aux critiques musicales, j’ai longtemps fonctionné par l’école label, celle qui fait que l’on creuse un sillon proposé par une maison de disque une fois avoir repéré un ou deux disques intéressants : ça a longtemps été le cas avec des labels comme Factory, 4AD, Beggars Banquet, Domino, Thrill Jockey, Sarah Records dont nous parlions récemment, Ché, Rocket Girl, Creation, Warp, Arbouse, Particule system   , Prohibited, Lithium… Je pourrais en citer des dizaines. Sans être un complétiste, l’entrée dans la découverte musicale s’est souvent faite par cet intermédiaire, ce qui permettait d’élargir peu à peu son univers musical. Puis il y a les recommandations, qu’elles viennent d’ami-es ou de lectures d’interviews, car les artistes citent régulièrement leurs influences. À force, quelques noms finissent par s’installer dans votre lexique mental musical, et vous êtes alors plus disposé à tenter l’écoute d’un groupe sur lequel vous n’auriez pas misé un kopeck quelques semaines plus tôt. Et puis il y a ces disques qui vous sortent un peu de votre zone de confort, sans doute parce que vous en avez découvert d’autres auparavant, et qui vous ont permis d’être plus ouvert. Des disques passerelles, qui font le lien entre genres, qui balaient les a priori et bousculent vos certitudes. Panopticon d’Isis est définitivement de ce dernier type. En 2004, on peut dire globalement, sans trop mentir, que j’ai un peu le sentiment d’avoir fait le tour du post-rock, que le énième renouveau du post-punk (celui du début des années 2000, avec Interpol, The Rapture…) me donne plus envie d’aller piocher chez les fondateurs, et que le trip-hop est devenu source de disques de plus en plus formatés. J’en ai fini avec la pop, je n’ai pas encore redécouvert la chanson française, je ne suis pas encore mûr pour le jazz, ni pour les musiques groove… Je commence un peu à m’ennuyer dans les quelques milliers de disques à la maison. Je reçois, un peu par hasard, via Southern Records, ce disque d’Isis, dont j’avais lu quelques fois le nom dans des interviews du groupe Aereogramme, qui le citait régulièrement. Une bonne recommandation, en quelque sorte. Un peu rassuré , je décide donc d’y jeter une oreille,  qui saigne très vite lorsque j’entends le chant hurlé, assez rédhibitoire à la première écoute , moi qui  viens de l’école fluette Sarah, des vocalises de Morrissey ou des lamentations de Robert Smith. Heureusement, Aaron Turner se calme assez vite, et surtout,  les plages instrumentales sont bien plus importantes que les moments chantés . Je trouve  même un titre totalement instrumental que je pourrais diffuser dans l’indie sociable… Ce morceau, “ALTERED COURSE ”, a été ma porte d’entrée dans Isis, Panopticon. Un titre incroyablement évocateur, un voyage à lui seul, qui me transporte toujours autant plus de 20 ans après son écoute. Au fur et à mesure des écoutes, la voix apparaît nettement moins gênante, et à y écouter de plus près, le côté guttural est peu présent sur le disque, comparativement aux précédents albums que j’ai découverts à reculons.  Le titre de l’album n’est pas anodin .  Il renvoie directement au concept de panoptique, théorisé  par Michel Foucault : une structure où tout peut être observé en permanence. Et c’est intéressant parce que ça colle assez bien à l’expérience d’écoute. On est à la fois dedans — pris dans les masses sonores — et en train de regarder comment tout ça s’organise, comment ça se construit. C’est peut-être ça, un des point clés de ce disque : il arrive à être à la fois immersif et analytique. On peut s’y perdre, ou au contraire suivre très précisément ce qui se passe. Ce qui frappe, assez rapidement, c’est la manière dont le groupe construit ses morceaux. Pas logique couplet / refrain , la construction est beaucoup plus progressive,  presque architecturale, rapprochant cela du post-rock de Godspeed You! Black Emperor, Mono ou Mogwai. Les morceaux avancent par blocs, par strates, avec des montées, des plateaux, des effondrements. Et surtout, rien n’est là par hasard : chaque partie prépare la suivante. Il y a aussi cette idée de tension permanente. Une tension qui ne passe pas uniquement par la saturation ou la puissance, mais aussi par l’attente, par les silences, par les moments plus calmes. Par moments, on est presque du côté de Pink Floyd dans la manière de faire durer une ambiance, de laisser un motif s’installer. Mais en même temps ( n’y voyez aucune référence à Macron ) ça reste un disque très physique. Il y a du poids , de la matière. Mais ce qui est intéressant, c’est que cette lourdeur n’écrase jamais tout. Elle est toujours contrebalancée par autre chose : une nappe de claviers , des guitares ambiantes , une respiration, un détail qui vient déplacer l’écoute . La production joue un rôle énorme là-dedans — le travail de Matt Bayles notamment. Le son est à la fois massif et très lisible. On peut entendre chaque couche même dans les moments les plus denses. Et ça donne une impression assez particulière : à la fois quelque chose de très large, presque comme une vue  aérienne , et en même temps quelque chose de proche, finalement assez  intime. Dans la discographie du groupe, Panopticon arrive après Oceanic, qui avait déjà posé beaucoup de bases. Ici, cependant ,  tout est un peu plus maîtrisé, un peu plus précis, au regret des fans des premières heures . Les angles sont moins bruts, les transitions plus fluides. On a vraiment l’impression d’un groupe qui affine son langage On peut entendre des rapprochements avec des approches plus post-rock dans la gestion des montées et des crescendos. Mais là où certains groupes s’arrêtent à une formule simple — montée lente puis explosion — ici les morceaux prennent des directions plus complexes, avec des ruptures, des détours, des changements de climat Un disque passerelle, donc, entre le post-rock que je connaissais bien , mais aussi le post punk de Cure (la référence à Disintegration est flagrante )  et le post-metal que j’ai découvert par la suite avec Cult of Luna, Neurosis ou Amenra. Pour démarrer , je vous propose ALTERED COURSE , donc , cet instrumental qui pourra vous permettre de découvrir ce groupe , si ce n’est déjà fait, sans avoir à se confronter au chant guttural .  Un titre comme une traversée aérienne , sous orage , qui nous oblige à changer de cap . Le groupe  pilote dans un ouragan avant de rentrer en douceur soutenu par une batterie magistrale , ossature de cette pièce incontournable du disque . De la furie au désespoir d’avoir survécu .  So did we, démarre l’album  . Le texte parle d’un cycle assez simple : affaiblissement / mise à nu perte de sens / déshumanisation , vision mécanique de la vie  chute dans une forme d’innocence ou de liberté usure par le temps puis résistance C’est un texte plus existentiel , qui indique une forme de résistance après s’être endormi dans un système  qui nous dépasse .  In fiction , est sans doute le titre qui fait le plus ouvertement penser à The Cure pour la basse très proche de celle de Désintégration . Un morceau plus ambient , qui se durcit au fur et à mesure de son évolution . Le titre   évoque  la manière dont on se raconte des histoires pour se projeter, mais où ces histoires finissent toujours par révéler ce qu’on est vraiment. Syndic calls , est un morceau totalement porté par une batterie à nouveau incroyable , intro très space  poursuite de wills dissolve, cela montre comment il est difficile d’extraire des titres isolés tant cet album est pensé comme un tout   .Syndic calls évoque un monde plus si dystopique que cela . On est clairement dans la logique  du panoptique de Foucault , le syndic appelle ton nom …  surveillance intériorisation du contrôle impossibilité d’échapper au regard ou à la contrainte Un break déchirant  à la guitare de michael Gallagher , vers 4 MINUTES 15 , puis la batterie reprend les reines de cette traversée dans un monde paranoïaque , les guitares ambiantes de MichaeL GALLAGHER rappellent son travail sous le pseudo MGR ( mustard gas and roses ) . IS it the last day ?   Un morceau qui décrit un monde déjà sous pression, presque après la catastrophe, où une forme d’autorité vous appelle, vous expose, et finit par s’installer en vous. On ne subit plus seulement le contrôle : on le porte. Grinning mouth qui cloture cet album viendra clôturer notre écoute du disque   Le texte parle d’un système où : le pouvoir fabrique ou exploite la peur les individus sont intégrés dans cette mécanique la réalité devient floue le discours dominant sature l’espace, mais la vérité circule autrement On est dans une ambiance de : contrôle par la peur désinformation ou saturation de l’information perte de repères entre vrai et faux . Toute ressemblance avec la période actuelle ne serait que purement fortuite . 

  9. 29

    Roule galette #29 - ADORABLE , against perfection (1993, Creation)

    Cette semaine, dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir l’album Against Perfection d’Adorable. C’est la première fois dans l’histoire de Roule Galette que je profite de cette émission à des fins promotionnelles, puisque nous recevrons en concert privé le chanteur d’Adorable le 19 avril. L’occasion était trop belle de se replonger dans cette madeleine de Proust que représente cet album. Démarrer son premier concert le jour de la guerre du Golfe, dans un pub nommé Tic Toc : vu comme ça, 35 ans plus tard, on peut se dire que la carrière d’Adorable sentait la scoumoune à plein nez. Pourtant, les débuts discographiques du groupe avec le single Sunshine Smile démarrent sous les meilleurs auspices. Après une signature chez Creation Records, le single se retrouve propulsé “Single of the Week” dans le NME, journal faiseur et dé- faiseur de gloires à l’époque. S’ensuit un second single moins concluant (de l’aveu même du chanteur et guitariste Piotr Fijalkowski), qui contribue à écorner l’image du groupe, décrit comme arrogant. Un troisième single, devenu un classique du groupe, Homeboy (qui ressortira d’ailleurs cette année dans le cadre du Record Store Day), n’attire que peu l’attention des médias. Le quatrième single, Sistine Chapel Ceiling, est lui aussi classé “Single of the Week” au début de l’année 1993, juste avant la sortie de leur premier album, Against Perfection. Bien que les singles se classent tous dans le top 5 des charts indie, les ventes ne décollent pas. Les relations avec la presse se compliquent, en partie à cause de l’attitude du groupe en interview. À l’époque, de nombreux groupes critiquaient ouvertement la musique du moment et en ressortaient comme des anti-héros admirables. Adorable, eux, passaient pour des crétins, des gosses de riches parlant de cinéma français et de Proust tout en méprisant leurs pairs. Lors de leur première interview pour le NME, ils furent qualifiés de « groupe pop le plus arrogant » et de « profiteurs prétentieux, individualistes et imbus d’eux-mêmes ». Le Melody Maker ne leur accorde aucune interview et les chroniques sont désastreuses. Si la presse détestait leur attitude, Alan McGee, lui, l’adorait et s’efforçait de promouvoir le groupe sous cet angle, produisant des photos promotionnelles où figurait un panneau “Arrogant”. Un t-shirt “Adorable Arrogant, le groupe que vous adorez détester” est même proposé. Pour parachever ce malentendu, le groupe est rapidement consterné lorsqu’il arrive aux États-Unis pour promouvoir l’album. Cette publicité a traversé la Manche, et ils doivent arracher des affiches pour la promotion de leur tournée, eux qui pensaient arriver là en redémarrant sur de nouvelles bases. Par ailleurs, le distributeur américain est en désaccord avec Creation, qui a signé dans leur dos un deal avec Sony, et le groupe est utilisé comme souffre-douleur dans leurs règlements de comptes. Bref, on fait difficilement pire comme contexte pour promouvoir un album. Par ailleurs, le groupe arrive à une période de fin de règne du shoegaze et avant l’apogée de la Britpop, ne rentrant pas véritablement dans les cases que les journalistes aiment utiliser pour décrire un artiste. Musicalement, le groupe revendique plutôt un héritage d’Echo & the Bunnymen, des Psychedelic Furs ou encore de The Jesus and Mary Chain, des références nettement plus eighties. Against Perfection, à la base intitulé Against Nature, puis Against Creation, a pourtant tout d’un disque qu’on ne saurait réduire à ce que la presse en a fait. Il présente un excellent équilibre entre chansons tendues, hits en puissance et morceaux plus introspectifs. Le groupe sort dans la précipitation en 1994 un second album, Fake, toujours très intéressant mais moins immédiat. Ils sont virés malhonnêtement de Creation, ce qui amènera Noel Gallagher à confier à Alan McGee que renvoyer Adorable avait été l’une de ses plus grosses erreurs, tandis que d’autres artistes, comme Ash, Slowdive et Brian Jonestown Massacre, ont tous exprimé leur admiration pour le groupe. L’album gagnera, bien après la séparation du groupe, en reconnaissance. Le groupe s’est reformé pendant une semaine en 2019 pour une série de concerts uniques qui ont affiché complet en un temps record, se produisant dans des salles plus grandes qu’à leur apogée pour clore proprement le chapitre Adorable. Si les trois membres du groupe ont poursuivi d’autres carrières, Pete Fij a continué dans la musique avec son frère Krystof, ex-Bardots, au sein du projet polak chez One Little Indian, avant de mettre sa carrière en pause. Il revient des années plus tard pour deux magnifiques albums en collaboration avec Terry Bickers, ex-House of Love. En 2026, il annonce un nouvel album solo pour juillet et passera par chez nous pour une date unique en France le 19 avril. Vous pouvez nous contacter pour plus d’informations via notre site internet. Pour démarrer cette semaine, je vous propose d’écouter A to Fade In. Un morceau devenu emblématique d’Adorable, qui porte en lui quelque chose de très simple et très fort à la fois. Il y a dans ce titre une forme de nostalgie immédiate et  instinctive. Et c’est exactement ce que ce morceau m’évoque, parce qu’il me renvoie à la première fois où j’ai vu le groupe, à Paris, au Rex. Une nuit qui s’est terminée bien après le concert, à attendre le premier train vers 6 heures du matin, à moitié affalés dans les sofas de cette boîte , épuisés, avec juste une bière à 30 francs pour faire durer la nuit. Au-delà de cette image, le morceau parle de mémoire, de ce qui s’efface, de la peur de disparaître, et de cette envie très simple, presque enfantine, de continuer à exister, de rester visible. Un titre profondément triste qui a clôturé tous les rappels lors de la reformation du groupe en 2019 .  Sistine Chapel Ceiling est le quatrième single d’Adorable. Il a été élu “single of the week” et sort juste avant l’album, contribuant en partie à sa reconnaissance. Le morceau démarre sur une basse très marquée, assez eighties, qui peut rappeler Echo & the Bunnymen, puis une batterie plus nerveuse, très typée début des années 90. C’est un titre énergique,  qui porte aussi une idée simple : celle de vouloir s’extraire du réel, de prendre de la hauteur, de se décaler de ce qui nous entoure. Cut #2 est un titre qu’Alan McGee aurait voulu sortir en single, sans que cela ne se fasse finalement. Le morceau parle de mots qui dépassent la pensée et qui blessent profondément. Des phrases dites sans réfléchir, mais qui marquent durablement. Dans le contexte du groupe, on peut aussi y voir une forme de réponse indirecte à la presse, notamment au Melody Maker, même si le morceau reste avant tout universel dans son propos. Musicalement, c’est un titre assez tendu, qui monte en intensité jusqu’à des guitares plus apocalyptiques, avec cet effet de sirène qui renforce ce sentiment d’urgence  émotionnelle. Breathless clôture l’album Against Perfection. Un morceau plus intime, presque épique, avec une dimension très romantique. Peu joué en concert à l’époque, il a pourtant trouvé une nouvelle place lors des concerts de reformation de 2019, où il a servi de titre de clôture. C’est un morceau qui a progressivement gagné le statut de favori auprès des fans, et qui est aujourd’hui souvent cité parmi les meilleurs titres du groupe. Il a cette qualité rare des grands morceaux de fin d’album : celle de donner immédiatement envie de réécouter l’ensemble, comme une boucle naturelle. Et les concerts de 2019 ont justement provoqué ce même effet : l’envie immédiate de se replonger dans la discographie courte mais dense du groupe. Nous clôturons cette semaine avec l’immense “Homeboy”, leur tube qui ne fut pourtant jamais un tube, laissant le groupe dans une totale incompréhension. Le morceau est porté par une rythmique tribale et une basse énorme, avec ce refrain à hurler : “You’re so beautiful”. Un titre qui me ramène inévitablement à leur dernier concert en 1994 à Bruxelles, puisqu’ils l’avaient joué deux fois. Une virée mémorable, pour notre premier trajet en voiture hors frontière, sans GPS ni carte routière. Deux heures à tourner avant de finalement trouver le VK. C’est là, avant le concert, qu’un fan nous apprend qu’il s’agirait du dernier concert du groupe. Étonnés, soulagés — nous devions les voir le lendemain à Paris — et profondément déçus, la rumeur se confirme dès l’entrée sur scène. Piotr, d’un français approximatif, annonce alors : “Ce soir, Adorable n’existe plus.” Une dure réalité, celle d’un groupe rattrapé par des ventes médiocres. Je me souviens d’ailleurs avoir rencontré Robert, le guitariste, à l’issue du concert. Il nous confiait avoir été viré de Creation, que le label se concentrait désormais sur Oasis, qu’il trouvait excellent… et que, finalement, c’était sans doute mieux ainsi. Nous n’aurons pas eu à subir des albums décevants au fil des années. Adorable, le groupe qu’on aurait adoré aimer pour longtemps, s’efface le 11 novembre 1994, jour de l’armistice. Si ce n’est pas la scoumoune, ça…

  10. 28

    Roule galette #28 - HIGELIN , bbh75 ( 1974, Emi)

    Cette semaine dans Roule Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir , l’album BBH 75 , de Jacques Higelin .  Oui , je sais , les disques des séventies ne sont pas tous sortis en 1975 ! C’est vrai qu’après Julos Beaucarne, Vassiliu et Neu ! , on pourrait se poser la question ? Pourquoi donc, il ne propose que des disques sortis en 75 ! Pas la peine d’appeler ma psy, Je vous rassure, je ne fais pas une fixette sur cette année . D’ailleurs, ce disque d’Higelin , bien que nommé BBH 75 est sorti en 1974  , il existe même quelques exemplaires promos avec le titre BBH 74 .  Faire une chronique sur Higelin  sur Saravadio  me parait tellement évident que je me demande comment je n’en ai pas encore fait auparavant . Higelin représente pour moi  une sorte de Sainte trinité : le père, le frère et l’esprit libre .  Le père , d’abord, car je l’ai découvert au moment du décès du mien . Le frère , ensuite, car c’est mon grand frère disparu trop tôt , qui me l’a fait découvrir  , et pour  l’esprit libre , ça se passe de commentaires .  Commençons déjà par lui rendre hommage pour le nom de cette webradio : sans l’écoute de tiens , j’ai dit tiens , un soir de 1979 , je n’aurais jamais pensé à m’intéresser à la musique , au label Saravah , à Brigitte Fontaine et Areski , à l’écoute tardive de radios fm,  l’oreille collée au transistor .  Ensuite , les rares lectures de biographies d’artistes que j’aime se concentrent principalement autour de lui . C’est un être qui a forgé ma pensée , mes idées , mes idéaux , mon rapport aux gens , au travail , à la politique .  Higelin m’a accompagné une grande partie de ma vie , et même si je l’écoute beaucoup moins qu’auparavant , je ne boude pas une réécoute de ses disques Saravah , de Aï , de champagne, Caviar, No man’s land , alertez les bébés ou Higelin 82 .  Mais revenons à BBH . Si l’on se réfère à sa discographie , son dernier album date de 1971 :  le magnifique , bien que bancal , crabouif . Entre 71 et 73, , Higelin s’installe en communauté à St Ouen avec Catherine le Forestier, puis dans les Alpes de Haute Provence à Noyers sur Jabron près de Sisteron . Là , par l’intermédiaire de Valérie Lagrange , il fait la rencontre de Simon Boissezon , guitariste taciturne et incroyablement doué qui a notamment joué dans docdaïl avec Ticky Holgado .  A l’époque, la dernière apparition scénique d’Higelin a été une catastrophe . C’était en ouverture de Sly and the Family Stone , à l’Olympia en juillet 73 . Débarquant avec son accordéon , il est rapidement hué par le public . Vexé, Higelin quitte la scène en leur disant : je reviendrai, mais pas tout seul  . Le lendemain , il file aux puces de Saint -Ouen , s’achète un jean et un blouson de cuir   ,se rase les sourcils . Exit  la barbe de 3 jours, les chansons  folk expé période Saravah : place à l’urgence rock et au combat .  Avec Boissezon aux guitares et basses et Charles Benarroch à la  batterie et percussions , ils fondent BBH pour les initiales des 3 musiciens .  A celles et ceux qui s’étonnaient de cette mue  de 74 , Higelin a plus tard reconnu qu’il écoutait déjà pas mal de rock à l’époque et que le changement n’était pas si étonnant que cela . Il évoque les Stones, les Beatles, Bowie, Marc Bolan … Higelin, qui n’a plus de contrat avec une maison de disques depuis 71 , cherche une nouvelle écurie et trouve le soutien du directeur artistique Claude Dejacques , dont nous avons déjà parlé sur le roule galette consacré au percussions de Gainsbourg, pour une signature chez EMI .  Musicalement, BBH 75 est un mélange d’énergie rock et de poésie libérée. On y retrouve des riffs percutants, une base rythmique qui frappe sans cesse et une série de chansons où la voix d’Higelin n’hésite jamais à aller vers une expression brute. Ce n’est ni de la chanson traditionnelle, ni du rock progressif. On est dans quelque chose de beaucoup plus brut, proche de l’électricité des Stooges ou du MC5, une forme de proto-punk avant l’heure , voire de la folie psychédélique de Funkadelic .  L’album vend relativement peu ,8 000 EXEMPLAIRES, mais il marque terriblement les esprits . Il est souvent considéré comme l’un des premiers disques réellement rock en France , il a  été classé dans les 100 meilleurs albums français par les inrockuptibles !!! Même la girouette  Manoeuvre le classe finalement  parmi les disques Français importants . Plus sérieusement , on peut considérer que ce disque a ouvert la voix à la scène rock française de la fin des années 70 avec des groupes comme Téléphone, Starshooter, ou encore Bijou . L’album a par ailleurs souvent été cité comme fondateur par des gens aussi divers que Gérard Blanchard, Cali , Rodolphe Burger ou encore Charlélie Couture . On a commencé avec “Paris-New York, New York-Paris”, une entrée en matière trompeuse : une attente presque tranquille à Orly qui bascule progressivement vers quelque chose de plus dur, plus urbain, jusqu’à l’explosion finale. Un morceau qui résume à lui seul la tension du disque, entre récit, ironie et décharge électrique. On a ensuite traversé “Œsophage Boogie, Cardiac Blues”, avec ce son de guitares volontairement crado, presque sale, qui vous saute à la figure. Là, plus de doute possible : Higelin est en train de faire un vrai disque de rock, porté par l’énergie brute du trio. Puis “Chaud Bizness Chaud”, où il démonte sans détour le monde du show-biz. Un thème très présent à l’époque — on pense à Jean Yanne — mais ici porté par un son énorme, grâce notamment au travail de Roger Ducourtieux, avec ce jeu de panoramique qui donne l’impression d’un chaos parfaitement maîtrisé. Avec “Est-ce que ma guitare est un fusil”, on est au cœur du personnage Higelin : une écriture organique, presque physique, et un groove impressionnant, construit avec peu de moyens mais une intensité maximale. Un classique, tout simplement. Et puis on a terminé avec “Une mouche sur la bouche”, respiration acoustique dans un disque tendu et urbain. Un moment suspendu, presque paresseux, qui montre déjà son goût pour capter le réel, le vivant, jusque dans les sons extérieurs.

  11. 27

    Roule galette #27 - VARIOUS SARAH RECORDS , temple clouds (1990, SARAH records)

    Cette semaine dans roule galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir la compilation temple cloud , du label Sarah records . Lors d’un récent épisode de roule galette sur les Peel sessions de movietone , nous avons eu l’occasion de parler de Bristol , et c’est sans doute cela,  qui m’a donné envie de réécouter cette madeleine de Proust que représente le label Sarah records . Un label extrêmement important pour moi , qui a marqué une certaine forme d’affranchissement d’avec les courants musicaux que j’écoutais jusque là , pour faire vite disons  le post punk  ou la new wave ,  pour partir vers des contrées plus pop … L’évolution de la musique dans la seconde moitié des années 80 ne me correspondait plus vraiment , j’étais hermétique  au virage de plus en plus musclé de l’EBM , les prémices de la scène ACID me laissait de marbre,l’indus ne me parlait pas plus que çaet l’évolution du rock gothique comme les sisters  of Mercy était d’un kitchissime ridicule . En dehors des legendary pink dots , Il n’y avait guère que les Jesus and mary chain et toute la scène naissante C86 qui m’intéressait … c’est à peu près à cette époque que date mon divorce d’avec le mouvement cold wave/gothique/post punk corbeau) .  Les années Sarah , correspondent à mon arrivée à l’université , un début d’émancipation qui  permettait d’accepter une sensibilité plus affirmée , moins dictée par le besoin d’être ou de paraitre normal . Sarah records, avec ses chansons acnéiques post pubères , a été un compagnon de chemin pendant toutes ces années post lycée .  Pour comprendre cette compilation, il faut remonter à 1987 à Bristol, quand deux passionnés de musique créent un label indépendant appelé Sarah Records. Ses fondateurs, Matt Haynes et Clare Wadd, sont eux‑mêmes issus de la scène fanzine anglaise de la fin des années 80 : avant Sarah Records, ils animaient des fanzines comme Are You Scared To Get Happy? et Kvatch, supports critiques et passionnés qui étaient accompagnés parfois de flexidiscs.  Ce contexte explique d’emblée ce que ce label défendait : pas de stratégie commerciale, plutôt  une culture de la musique indépendante pensée par et pour les fans, avec une communication personnelle, un souci de cohérence et une proximité forte avec les artistes. Sarah Records s’inscrit dans une époque où l’indie britannique se redéfinit. Quelques années avant, en 1986, la compilation C86 publiée par NME avait contribué à définir une esthétique indie jangly et guitaristique, que beaucoup de groupes de la fin des années 80 prolongeront.  Le label se réclame également de la jeunesse écossaise « the sound of Young Scotland » , référence aux labels fast , ou encore Postcard , le label d’Orange Juice.  Le label de Bristol prolonge et enrichit cette esthétique avec une éthique DIY inspirée du punk rock , un sens de la débouille clairement assumé , des puristes pop , sans aucun besoin d’artifices , ni volonté d’apparaitre cool ou hype . Par ailleurs , choisir un prénom de fille comme nom de label était un acte assez rare dans un univers dominé par les hommes . Sans être ouvertement féministe, Sarah records a toujours eu en son sein un nombre important de femmes musiciennes , chanteuses à une époque où cela restait encore rare .  Musicalement, Sarah Records publie des groupes et des projets qui seront emblématiques de l’indie pop britannique : The Field Mice, The Orchids, Another Sunny Day, Heavenly, Blueboy, The Wake, Brighter ou encore St. Christopher. Ce sont des artistes qui, souvent en 7 pouces , explorent des mélodies sensibles, des guitares claires et des voix expressives, avec une touche d’émotion qui échappe à une simple étiquette de pop « mignonne ». Le terme “twee pop”, souvent collé à ce son, a été explicitement rejeté par les fondateurs du label, car il sous‑estimait leur démarche artistique et pouvait porter une connotation péjorative. En 1990, Sarah Records publie Temple Cloud: A Sarah Compilation. Il ne s’agit pas d’un classique best‑of retrospectif sorti bien après coup, mais d’une compilation officielle conçue par le label lui‑même, qui rassemble des titres jusqu’alors dispersés sur des singles 7 pouces, ou 45 tours si vous préférez . Ces titres n’avaient pas été intégrés dans les rares albums originaux des artistes concernés, et les regrouper permettait de les faire mieux connaître à un public plus large. La compilation elle‑même comprend 16 morceaux représentatifs de la première période du label compris entre les références 13 et 28 du label. Elle fait suite a shadow factory , la première compilation du label s’occupant des 12 premières références .  Le titre Temple Cloud fait référence à un village près de Bristol, rendu familier pour beaucoup par le trajet du bus 376 qui reliait Bristol à Wells et passait par cet endroit. C’est une image simple, proche, presque quotidienne, qui correspond bien à l’esprit du label : une pop pensée pour l’écoute au quotidien, pour les trajets, les moments de réflexion et de découverte personnelle. En ce qui me concerne , elle correspondait plutôt à mes trajets Lille -Lens en autobus . Pour une fois , la France ne fut pas en retard sur la reconnaissance du label , aidé en cela par la distribution des disques par Danceteria , créé par les fondateurs de la boucherie moderne à Lille. Les Field Mice ou Blueboy ont joué leurs plus gros concerts en France .  Sarah Records poursuivra son projet jusqu’en 1995, date à laquelle il cesse volontairement ses activités après la sortie de sa centième référence. Cette fin n’est pas le résultat d’une faillite ou d’un désintérêt : les fondateurs ont décidé de mettre un terme au projet plutôt que de le laisser dériver vers une dynamique commerciale ou administrative qu’ils jugeaient incompatible avec leurs principes. Aujourd’hui encore, Sarah Records est cité comme une référence majeure dans l’histoire de la pop indépendante britannique, non seulement pour sa musique, mais pour sa manière d’être — un projet artistique cohérent, une résistance à la marchandisation et une attention particulière à l’égalité créative. Deux livres (popkiss et these things happen ont été publié , et un documentaire vidéo my secret world est également disponible . Les références se revendant à prix indécent sur discogs, heureusement des labels comme LTM , Cherry red ou colourful Storm ont réédité quelques un de leur disques , ce qui n’a pas pour autant fait baisser la côte des premières références .  Pour démarrer la découverte ou redécouverte de cette compilation , je vous propose un titre de the wake , Carbrain .  Ce titre est intéressant à plusieurs points , car the Wake est le premier groupe signé chez SARAH qui a déjà sorti des disques sur un gros label . The wake  était membres de l’écurie Factory , label de Joy division new order , durutti Column ou Section 25   . A l’époque le groupe était accusé de suivre un peu trop l’évolution Joy division/new order , sans développer leur propre  identité . Après un hiatus de quelques années ils réapparaissent sur Sarah et peuvent en cela être emblématique de l’évoultion du post punk vers des terrains plus pop  , plus indie , quand une autre partie de la scène a suivi un courant plus indus , ou alors a suivi le courant house …  On les retrouve ici avec le titre Carbrain , face B du 45 tours crush the Flowers .  Aujourd’hui , song Six des Field Mice . Les Field mice, sont incontestablement le groupe le plus connu de l’écurie Sarah records . Ils ont été soutenus par Bernard Lenoir qui leur a consacré une white session et par les inrockuptibles avec le titre sensitive, leur Hit, qui a été placé dans une compilation  . Le morceau song six, est loin d’être le plus connu du groupe, il figure, sur la la face B des 45 tours the Autumn store . On ne le retrouve ni sur la compilation du groupe parue chez SARAH  ni sur celle parue chez Shinkansen ( le label post Sarah de Matt Haynes ) . Il s’agit pourtant d’une chanson intéressante et qui garde toute sa pertinence actuellement , face à une vague affligeante de masculinistes . La chanson critique le comportement sexiste et agressif de certains hommes. Elle parle des hommes qui harcèlent les femmes, qui confondent domination et autorité, ou qui sont insensibles et cruels. L’auteur exprime à la fois du dégoût et de la honte pour le genre masculin, en se distanciant de ces comportements et en soulignant le contraste avec ce qu’est un homme respectueux et doux.  Aujourd’hui , un autre classique du label , you should all be murdered de another Sunny Day , le projet d’Harvey Williams , musicien qu’on retrouvera dans plusieurs formations du label ( Field mice, blueboy ) ou sous son propre nom . La compilation London weekend d’Another Sunny Day peut se targuer d’être le disque le plus recherché de ma discothèque avec des tarifs absolument démentiels , alors qu’une version cd est sortie , agrémentée de Bonus tracks pour 10 fois moins cher . La folie du capitalisme que dénonçaient les fondateurs du label , les prend à leur propre piège . You should all be murdered  exprime une haine intense et violente envers certaines personnes , notamment celles qui parlent trop , alors autant se taire et écouter you saoul all be murdered .  Une autre chanson emblématique du label , St Chistopher, avec all of a tremble . St. Christopher est un groupe d’indie pop britannique formé à York en 1984. Le groupe s’articule principalement autour du chanteur et compositeur Glenn Melia, qui en restera le seul membre constant pendant toute son histoire . Ils publieront quatre singles un mini-album 10 pouces intitulé Bacharach (1990)n  mais sortiront de nombreux autres disques sur des labels comme Vinyl Japan  , slumberland , parasol ou élefant …  All of a tremble fut asussi beaucoup diffusé par l’intermédiaire des inrocks et de Bernard Lenoir .  C’est un groupe cité à plusieurs reprises par Dominique A  , à ses débuts . Certains commentateurs ont comparé certaines intonations vocales de Melia à Scott Walker, notamment dans la dimension dramatique de son chant. Pour finir , Noah’s ark de brighter , chanson qui clôture cette compilation . Ce trio de Worthing a publié quelques-uns de ses singles les plus délicats entre 1989 et 1992 : around the world in 80 days , Noah’s Ark, et aussi un mini album Laurel .  On retrouve ici cette signature claire et sensible du label : guitares cristallines, voix mélancoliques, mélodies directes post pubères dans leur sincérité. Bien sûr le choix, comme toujours fut difficile , et ne saurait représenter , n’en déplaise aux détracteurs du label , la diversité des approches S’il ya indéniablement un unité Sarah records dans la discographie du label , il y également différents styles qui n’ont pas été diffusés … du shoegaze de Secret chine ou éternel à. La pop groovy des Sugargliders en passant par le punk de Boyracer ou l’élégance de the Orchids … l’occasion de revenir sur ce label lors d ‘un autre épisode de roule galette 

  12. 26

    Roule galette #26 - NEU! 75 ( 1975, Brain)

    Au début des années 70, l’Allemagne de l’Ouest voit apparaître une scène musicale très particulière que la presse britannique appellera plus tard le krautrock. Ce terme est d’ailleurs plutôt réducteur, parce que les groupes concernés n’avaient pas forcément l’impression de faire partie d’un même mouvement. Mais ils partageaient une idée : rompre avec le rock anglo-américain traditionnel, avec ses structures blues, ses formats classiques, et inventer une musique plus libre, plus expérimentale, plus ancrée dans le présent. Parmi ces groupes, on trouve par exemple Can, Faust, Cluster, ou encore Amon Düül II. Mais l’un des projets les plus radicaux et les plus influents reste Neu!. Neu! est fondé en 1971 à Düsseldorf par deux musiciens : Klaus Dinger et Michael Rother. Tous les deux ont brièvement fait partie de Kraftwerk à ses débuts. À l’époque, Kraftwerk n’est pas encore le groupe électronique que l’on connaît aujourd’hui ; c’est plutôt un laboratoire sonore où se rencontrent rock expérimental, improvisation et musique contemporaine. Dinger et Rother quittent rapidement Kraftwerk pour développer leur propre vision. Leur idée est assez simple mais très radicale : créer une musique basée sur la répétition, sur le mouvement continu, presque comme une route qui défile sans fin. Klaus Dinger développe alors ce qui deviendra l’un des éléments les plus célèbres du groupe : le rythme motorik. C’est un battement très régulier, très droit, souvent joué à tempo moyen, qui donne une sensation d’élan permanent. Ce n’est ni vraiment du rock, ni vraiment de l’électronique, mais une sorte de pulsation mécanique et hypnotique. Après leur premier album en 1972, Neu! enregistre très rapidement un second disque : Neu! 2, qui sort en 1973. Ce deuxième album est devenu presque aussi célèbre que le premier, mais pour une raison assez particulière. La moitié du disque contient de nouveaux morceaux dans la continuité du style du groupe : longues pièces répétitives, guitares planantes de Michael Rother, et le fameux rythme motorik de Klaus Dinger. Mais le groupe se retrouve alors face à un problème très concret : les nouvelles idées ne viennent pas immédiatement , le budget du label est épuisé et ils n’ont plus assez d’argent pour enregistrer de nouveaux titres pour la seconde face. Plutôt que d’abandonner le projet, ils prennent une décision assez radicale : remplir la face B en manipulant les morceaux de la face A. Ils passent certains titres en vitesse accélérée, d’autres au ralenti, certains sont passés à l’envers ou transformés par le montage. À l’époque, ce genre d’idée est assez inédit dans le rock. Ce qui était au départ une contrainte financière devient finalement une expérimentation sonore très audacieuse. Mais après ce disque, la situation devient compliquée pour le groupe. Les ventes restent modestes et les tensions artistiques entre Dinger et Rother commencent à apparaître.Ils tentent une tournée en incluant Moebius et rodelius de cluster mais ça ne fonctionne pas .  Les deux musiciens prennent alors des chemins un peu différents. Michael Rother se consacre à son autre projet, Harmonia, qu’il forme avec Cluster, et commence aussi à travailler sur sa carrière solo. De son côté, Klaus Dinger développe des idées plus directes, plus énergiques, qui annoncent déjà l’esthétique qu’il explorera plus tard avec son groupe La Düsseldorf. Pendant presque deux ans, Neu! reste donc en sommeil. Ce n’est qu’en 1975 que les deux musiciens se retrouvent pour enregistrer ce qui deviendra leur troisième album, Neu! '75. Et cette période de séparation se ressent clairement dans le disque. Plus que les précédents, il donne l’impression de rassembler deux visions musicales différentes.  La première moitié de l’album correspond plutôt à l’univers de Michael Rother : une musique atmosphérique, planante, presque contemplative, où les guitares se déploient lentement sur des rythmes souples. C’est une musique très ouverte, presque cinématographique, qui influencera beaucoup de musiques ambient et post-rock des décennies suivantes. La seconde moitié de l’album est beaucoup plus brutale et directe. Là, on entend surtout l’influence de Klaus Dinger. Les morceaux deviennent plus nerveux, plus électriques, presque agressifs. Le titre “Hero”, par exemple, est souvent considéré comme une sorte de préfiguration du punk, deux ans avant l’explosion du mouvement en Angleterre. Cette opposition entre les deux faces du disque donne à Neu! ’75 un caractère très particulier : c’est à la fois un album contemplatif et un album presque proto-punk. Deux visions différentes de ce que peut être le rock expérimental des années 70. Même si Neu! n’a jamais connu un grand succès commercial, leur influence est immense. Leur manière d’utiliser la répétition et la pulsation a marqué des artistes très différents : David Bowie et Brian Eno pendant la période berlinoise, mais aussi plus tard des groupes comme Stereolab, Sonic Youth ou toute une partie de la scène indie et électronique. Aujourd’hui, Neu! ’75 reste l’un des disques essentiels pour comprendre comment, au milieu des années 70, certains musiciens européens ont commencé à imaginer une autre façon de faire du rock : moins centrée sur la virtuosité, plus basée sur le rythme, la texture et l’hypnose sonore. Nous allons démarré cette semaine , non pas avec ISI , qui ouvre l’album , mais par  le premier morceau de Neu ! que j’ai entendu : seeland . C’était chez un chez un disquaire Londonien , le fameux Selectadisc, remplacé depuis par Sister Ray  , dans Berwick street à Londres, et immortalisé sur la pochette du deuxième album d’Oasis , what’s the story morning glory .   C’était lors d’une de  ces journées marathon à Londres .  Lever 5 heures pour rejoindre le port de calais , prise d’un billet piéton à l’arrache pour 5 francs .traversée maritime où l’on ne pouvait s’empécher de faire une référence à la croisière s’amuse .  Arrivée à la gare de Douvres pour prendre un fameux English breakfast en attendant le train qui nous amenait à Londres . Une fois sur place, achat de la one Day travel card , puis le circuit commençait , principalement autour de Berwick  et Oxford street, même si on aimait bien démarrer à Marble arch , car ça me rappelait une chanson de Blueboy , que j’adorais . Selectadisc n’était pas forcément le disquaire où l’on passait le plus de temps , on cherchait plus les disques de secondes mains , type Mister  CD , bien plus intéressants financièrement , le marché de la seconde main étant nettement plus important en Angleterre qu’en France . Chez Selectadisc , c’était plus pour combler la liste de disques neufs que l’on avait remplie en feuilletant Magic, les Inrocks , l’indic … ou le NME acheté à Douvres . On regardait assez peu les disques autres  , freiné par notre budget déjà bien trop conséquent au regard de notre salaire . Mais comme ces disquaires étaient nettement mieux rangés que les capharnaüm de master cd , on y restait quand. Même un peu histoire de  se reposer mentalement … Je me souviens notamment avoir découvert là -bas l’album de radar Bros sur lequel on reviendra un de  ces jours  dans roule galette . Mais revenons , à ce NEU !  75 . Je regarde les bacs, quand ma tête se laisse emportée par ce SEELAND , douceur hypnotique  suffisamment marquante  pour que je calme un peu ma frénésie de recherches dans les bacs à cd ( oui  , nous étions vers 1996 ou 97  et le vinyle n’était pas redevenu la nouvelle poule aux oeufs d’or de l’industrie musicale) . Je garde ça en tête ,en me disant que je demanderais bien ce qui passe en ce moment au vendeur , mais partagé entre timidité et faiblesse linguistique,  je préfère attendre un peu .  Toujours en direct de  Selectadisc, je trippe comme un malade sur le nouveau tire que je découvre , Leb Whol .  titre  Est ce parce que  je suis  heureux de retrouver un peu de repos en pensant à tout le reste des disquaires qu’il nous reste à faire ? Aurons nous assez de temps pour aller à Camden ? Il ne faut pas oublier de passer chez Reckless ,…  Ah , et j’aimerais bien voir le fameux cheapo cheapo records évoqué dans the gift #2 sur the last supper des bollock Brothers … je sais que c’est dans soho , mais je ne sais pas où exactement … Ces notes de pianos sur fond de métronome réverbéré  me font complètement oublié où je suis . Pour un peu , j’irai m’asseoir sur le trottoir d’à côté comme Souchon , à contempler la folie autour de moi . La mer arrive et m’emporte, je ne suis plus là . Leb Wohl , Neu! , c’est extrait du disque de la semaine dans roule galette .  Une guitare  vient  me réveiller de ma douce torpeur . C’est signe qu’il faut repartir , je finalise mes achats , un dernier tour du côté des Virgin prunes ou de Bauhaus , quelquefois que je trouverais une bizarrerie que je n’ai pas . Ce nouveau  morceau me fait  aussi carrément trippé … ça me fait penser à Stereolab ou aux faith’healers … Je vais aller chercher aussi par là avant de passer en caisse . Mon anglais ne s’étant toujours pas amélioré depuis 1/4 d’heure, je vais devoir affronter le vendeur pour lui demander ce qui est en train de passer … je lui donne mes pochettes vides pour qu’il aille chercher les références tout en buvant son mug de thé ( il était quasi impossible de voir un disquaire sans un mug de thé ! ) et je me lance … euh … could you show me the sleeve of what we are listening to ? , ce à quoi il se marre en me disant : you won’t see a lot  ! Effectivement, une pochette noire avec ces 3 lettres NEU et ce point d’exclamation , en blanc , comme un tag . Ah mais c’est ça NEU ! Je l’avais tellement de fois lu dans des interviews sans savoir ce dont il s’agissait  ! J’apprends par la même occasion que ça se prononce Noï et pas neu comme NEUNEU  , bien que c’est vraiment l’impression que j’ai de moi en découvrant ce groupe aussi fondamental  dans ces circonstances … Il me demande You take it ? Et de lui de répondre oh Yes, of course ! . Hero , c’est le titre qu’on écoute aujourd’hui .  On poursuit l’écoute du disque de la semaine NEU!75 avec ISI . Changement de lieu , changement de temp et d’espace , nous somme  de retour à Calais , le moment favori où l’on peut enfin commencer à écouter tout ce qu’on a glané dans cette journée marathon . Il est pas loin de minuit, on récupère la voiture sur le parking du port et je fouille dans mes sacs  pour chercher ce disque de NEU ! qui me fait bien plus envie que tout les autres disques que j’ai achetés ce jour là .  C’est ainsi que j’expérimente sur l’A26 le fameux trip autoroutier en écoutant du krautrock .  A moins d’aller en Allemagne, l’A26 est incontestablement , la meilleure autoroute du secteur pour écouter NEU !  Oubliez l’A1 qui bouchonne toutes les 2 kilomètres  . Il n’ya pas mieux que l’A26 vers minuit - 1 heure du matin pour découvrir ISI de NEU ! . Les synthès et piano sont apaisants et vous donneraient presque envie de saluer les deux voitures que vous doublez . La batterie métronomique joue le rôle de régulateur de vitesse absent de la voiture , c’est régulier et on avale les kilomètres dans une sorte de béatitude insouciante . On en oublierait presque la fatigue et le trou dans le budget que cette journée vient de créer …  NEU! ISI , c’est extrait du disque de la semaine dans roule galette .  Pour finir cette semaine , arrive le choix crucial de choisir entre E-Musik et After eight  les deux morceaux restants sur l’album de NEU! 75.  On choisira after eight , car c’est lors de ce trip anglais que j’ai découvert NEU ! After eight , ça fait tellement plus anglais, on se retrouverait presque dans une  tea room , mais en fait , pas du tout ,  … Il est pas loin de deux heures du matin , nous sommes rentrés à bon port, le temps de s’affaler sur le clic clac  pour regarder tous ces disques achetés  en dégustant un Dillon Ananas sur glace  , on retourne sur ce disque de NEU ! Qui finalement reste le seul dont je me souvienne parmi tous . Comme une impression que ce disque m’accompagnera , longtemps , avec toujours la même incrédulité devant l’énergie , l’inventivité , la paix et la fureur qui ressortent de cette écoute .  On découvrira les autres disques de Neu! au hasard des brocantes où je trouverais coup sur coup le premier NEU ! Et l’incendie de Brigitte Fontaine et Areski chez Byg  , mais ça , c’est une autre histoire qu’on écoutera peut être une fois prochaine dans roule galette . 

  13. 25

    Roule Galette #25 - MOVIETONE, peel sessions (2022, Textile)

    Cette semaine dans Roule Galette, Je vous propose un album un peu plus récent que d’habitude puisque sorti en 2022 .  Oui , nous ne sommes pas que des passéistes , adeptes du c’était  mieux avant , il nous arrive encore d’acheter ou d’écouter des disques récents , même si , nous devons bien l’avouer, l’actualité a une sérieuse tendance à  un formatage qui nous laisse globalement indifférent .Appelez cela le syndrome du vieux con si  vous le souhaitez, peu importe .  Nous voici donc avec un disque sorti en 2022 chez textile records mais qui s’occupe d’une période qu’on chérit particulièrement , celles des années 90  avec les Peels sessions de Movietione .  Vous pensiez bien qu’il y aurait un piège !!!  Au milieu des années 1990, alors que la Grande-Bretagne est dominée par l’exubérance médiatique de la Britpop, une poignée de groupes de Bristol développe à l’écart une scène musicale radicalement différente. Discrète, expérimentale et profondément indépendante, elle repose moins sur un style commun que sur une sensibilité partagée, nourrie par des liens d’amitié, une géographie commune et une approche intuitive de la création. Au centre de ce réseau se trouvent plusieurs formations étroitement liées — Movietone, Flying Saucer Attack, Crescent ou encore The Third Eye Foundation — qui formeront l’un des noyaux les plus singuliers du DIY britannique des années 1990. L’histoire commence à Bristol, autour de Kate Wright, Rachel Coe et Matt Elliott, qui se rencontrent au Cotham Grammar School. Très vite, les répétitions improvisées dans un cabanon de jardin donnent naissance à leurs premiers projets musicaux. Dans cet environnement où personne ou presque ne lit la musique, les morceaux se construisent de manière intuitive, à partir d’images, d’atmosphères ou de sensations évoquées par Wright pour orienter les arrangements. Les références sont multiples — folk anglais, jazz, expérimentations sonores, poésie beat — mais la démarche reste instinctive et collective. Formé au milieu de cette constellation d’amis musiciens, Movietone développe un langage musical très personnel : une musique lente et atmosphérique où les guitares fragiles, les cordes, la clarinette ou les textures improvisées se mêlent à la voix délicate et énigmatique de Kate Wright. Les influences peuvent rappeler par moments la lenteur mélancolique de Galaxie 500, la retenue du troisième album de The Velvet Underground ou certaines formes de folk minimaliste, mais le groupe reste difficile à situer dans un courant précis. Autour d’eux gravite toute une communauté créative. David Pearce fonde Flying Saucer Attack, projet mêlant folk pastoral et guitares saturées enregistrées sur quatre pistes, tandis que Crescent, mené notamment par Matt Jones, développe un rock expérimental austère  qu’on espère vous faire découvrir à l’occasion d’un autre épisode de roule galette . De son côté, Matt Elliott s’oriente vers des paysages sonores plus sombres avec The Third Eye Foundation, influencés par le dub, le trip-hop et la drum & bass qui imprègnent la ville de Bristol. Dans ce contexte foisonnant, Movietone enregistre plusieurs sessions pour l’émission radio de John Peel sur BBC Radio 1 entre 1994 et 1997. Ces enregistrements capturent le groupe à un moment charnière de son évolution : une formation encore proche de ses origines DIY, mais déjà engagée dans un processus d’expérimentation sonore qui caractérisera ses albums suivants. Plus largement, l’histoire de Movietone et de leurs contemporains illustre une autre facette de la musique britannique des années 1990 : un réseau souterrain d’artistes travaillant en marge des tendances dominantes, privilégiant l’intuition, les collaborations et des méthodes d’enregistrement souvent rudimentaires. Cette approche — parfois jusqu’à enregistrer en extérieur pour capter les sons de l’environnement — a contribué à produire une œuvre qui, loin des modes de son époque, semble aujourd’hui totalement intemporelle. Cette semaine, nous écoutons les Peel Sessions de Movietone, révélant l’évolution du groupe entre 1994 et 1997. Lundi, « Mono Valley » montre déjà leur esthétique : voix de Kate Wright intégrée, rythmique discrète et superposition instrumentale, avec un geste sonore saisissant, le verre brisé. Mardi, « Stone », plus noise et abrasif, renvoie aux racines lo-fi du groupe, à l’époque de Lynda’s Strange Vacation. Mercredi, « Chocolate Grinder », futur « Night of the Acacias », illustre le style mature de Movietone : tempos hypnotiques, structures ouvertes et influence dub. Jeudi, « The Voice Came Out of the Box and Dropped into the Ocean», futur « Useless Landscape », met en avant leur approche minimale et impressionniste, où instruments et voix circulent librement. Enfin, vendredi, « Hydra», enregistré en 1997 et repris sur The Blossom Filled Streets (2000), montre l’esthétique aboutie : instrumentation aérée, instruments acoustiques et piano, atmosphère contemplative, proche de sa version définitive.

  14. 24

    Roule Galette #24 - The HOUSEMARTINS , Now that's what i call quite good (1988 Go! discs)

    Cette semaine, une fois n’est pas coutume , nous ne célébrons pas un album , mais une compilation . Et qui plus est , une compilation  posthume  : Now, that’s what i call quite good des housemartins .  Les Housemartins s’ils restent relativement peu connus en France est un groupe britannique qui a marqué la seconde moitié des années 80 avec un son unique mêlant pop mélodique, soul et gospel, tout en inscrivant leur musique dans un contexte social très précis.  Formé à Hull en 1983, le groupe est composé de Paul Heaton (chant), Stan Cullimore (guitare), Norman Cook (basse, futur Fatboy Slim) et Hugh Whitaker (batterie). Leur musique reflète  le contexte des années 80 en Angleterre : une société sous Thatcher, marquée par des inégalités et des tensions sociales , notamment la grève des mineurs de 1984  . Musicalement , ils sont des contemporains  des Smiths, avec qui ils sont souvent comparés. Mais là où les  Smiths explorent une mélancolie urbaine et froide, les Housemartins apportent une chaleur et un souffle humain grâce à leur inspiration gospel et soul, créant un contraste étonnant avec leurs paroles parfois sociales ou ironiques. Leur album et singles regorgent de petites merveilles : Think for a Minute, par exemple, n’est pas un morceau énergique mais une réflexion mélancolique sur l’apathie et la déconnexion des gens autour de soi, un appel à s’arrêter, observer et réfléchir qui ne peut faire qu’écho à Saravadio . Les chansons combinent humour, conscience sociale et tendresse, ce qui peut expliquer leur originalité et leur influence durable. Les Housemartins se font surtout connaître grâce à leur troisième single Happy Hour (1986), qui leur donne une visibilité importante dans le circuit pop britannique. Mais c’est avec Caravan of Love (1986), une reprise a cappella des Isley-Jasper-Isley, qu’ils atteignent la consécration : leur unique  numéro un au Royaume-Uni. Ce morceau est entièrement chanté, avec des claquements de doigts pour le rythme et une influence gospel très marquée.  Aucun instrument ne joue ici : c’est la voix qui porte tout le morceau, et l’effet est saisissant, presque intemporel. Caravan of Love est devenu un symbole de fraternité et de solidarité, un hymne simple et direct qui tranche avec le reste de la pop de l’époque. Le groupe se distingue aussi par son engagement politique et social , à l’instar de ses contemporains tels Billy Bragg , Bill Pritchard ou encore les Redskins . Paul Heaton et ses partenaires abordent dans leurs chansons des thèmes comme l’injustice sociale, la pauvreté et la solidarité, tout en gardant un ton accessible et mélodique. Leur discographie est courte mais intense (2 albums et une dizaine de singles)  et même après leur séparation en 1988, Paul Heaton continuera à marquer la scène britannique avec les Beautiful South et ses projets solo. Norman Cook quant à lui deviendra célèbre grâce à Beats international puis sous le pseudo de Fatboy Slim.  Les morceaux que nous allons écouter cette semaine reflètent bien cette double identité : mélodique, réfléchie, parfois humoristique, et toujours empreinte de cette âme gospel/soul qui fait la signature du groupe.  Cette semaine dans Roule Galette, on écoute cinq morceaux des Housemartins, groupe anglais des années 80 à la croisée de la pop et de la soul. On commence avec Happy Hour, qui derrière son rythme joyeux dénonce le harcèlement des femmes et le malaise social dans les pubs britanniques, reflet des observations de Paul Heaton. Flag Day, leur premier single, mêle humour et critique sociale, en montrant la différence entre bonnes intentions et actions concrètes pour aider les autres. Avec Think for a Minute, le groupe observe le déclin de la convivialité et de la solidarité, invitant à s’arrêter pour réfléchir aux transformations de nos relations quotidiennes. He Ain’t Heavy, He’s My Brother, reprise emblématique, célèbre la fraternité et l’entraide, rappelant que porter quelqu’un n’est jamais un véritable fardeau. Enfin, Caravan of Love transforme la reprise des Isley-Jasper-Isley en gospel minimaliste a cappella, où les voix seules transmettent un message d’unité, de solidarité et de critique sociale, évoquant l’Angleterre des années Thatcher. Ces cinq titres montrent la capacité des Housemartins à combiner mélodie, émotion et engagement dans des textes qui restent profondément actuels.

  15. 23

    Roule Galette #23 - PIERRE VASSILIU , voyage ( 1975, Barclay)

    Salut à toutes, et tous . Cette semaine dans roule  Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir l'album voyage de Pierre Vassiliu.  J’ai longtemps hésité pour ce nouveau roule galette :  pas par rapport au disque en lui-même , mais parce que je pensais mettre en avant  une des deux compilations parues chez Born bad à la fin des années 2010 pour évoquer le moustachu et dont les éléments biographiques seront en partie utilisés pour évoquer l’artiste .  C'est également  par l'intermédiaire d’une compilation que j'ai découvert Pierre Vassiliu ,  une compilation en cassette parue chez universal dans la série Master série.  C’était au milieu des années 80. L'artiste n'était plus  trop connu mais quand j'ai découvert cette cassette, je me suis rendu compte que beaucoup de titres m’étaient familiers et que si aucun n’avait  eu le succès de qui c’est celui-là , il restait malgré tout beaucoup de titres connus : amour amitié, j’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport, l’incroyable film , je lui téléphone … On ne  peut pas vraiment parler d’un one hit wonder . Vassiliu a toujours été là , sans l’être, en dilettante, faisant quelques réapparitions à l’occasion de sorties de 45 tours , tentant de relancer une carrière par essence chaotique .  Dans la biographie qui accompagne la sortie chez Born Bad , on parle de malentendu. En ce qui concerne pierre Vassiliu, c'est effectivement bien vu . Sa carrière , a marché , un peu à la manière d’un Jean claude Dusse .  Pierre Vassiliu est généralement connu par beaucoup pour  ce tube de 1973 , la reprise de Chico Buarque . C’est bien évidemment réducteur , d’autant plus quand on sait que cette chanson , à la base , était destinée à être la face B du 45 tours , Film , incroyable déambulation en talk over dans le bois de Boulogne , qui lui vaudrait en 2026 une manif de wokiste, ou pire le soutien des fans de Pascal Praud arborant un T shirt « on ne peut plus rien dire » . Vassiliu a démarré sa carrière aux débuts des années 60 , à contre courant de la vague Yéyé , dans un registre chanteur comique , amoureux des rimes grivoises , amoureux de Brassens et Boby Lapointe .  Au début 70 , il signe chez Barclay son premier album , dans un registre plus personnel , Amour amitié  , principalement à la guitare acoustique , qui l’éloigne de son image de chanteur comique . Un second suit en 72 , Attends , plus varié , avec un titre brésilien qui préfigure la reprise de Chico Buarque . Musicalement , on peut voir des points communs avec William Sheller ou Veronique Sanson , dans les arrangements . L’album ne marche pas plus que le précédent .Barclay  le contraint alors   à sortir des singles . Puis en  73 ,arrive le tube , qui c’est celui là , vendu à plus de 300 000 exemplaires qui le replace à nouveau dans ce registre de chanteur comique   . La maison de disque sort un peu en catastrophe, un album Je suis un pinguouin  , en fait , plutôt une compilation  constituée de 45 tours de l’époque .  Ce succès imprévu , permettra à Vassiliu de continuer à vivre sereinement , comme il avait commencé déjà à le faire, dans sa maison , dans le lubéron , où amis , femmes , gens de passages , musique , alcool  et drogues  ,   forment un quotidien , assez symptomatique des années 70 .  L’album voyage parait en 1975  , après une période gueule de bois qui fait suite au succès imprévu  , avec une pochette de Jean Michel Folon . A l ‘intérieur , on aperçoit Vassiliu , en tenue d’Adam , scrutant l’horizon désertique .  Si les textes peuvent questionner au regard de notre vision de la société et des rapports hommes femmes ,  en 2026  , ils doivent forcément être recontextualiser  dans cette période . Par ailleurs d’autres textes de Vassiliu pourraient totalement servir de contre exemples à ses éventuels détracteurs (comme pourquoi , le vent souffle où il veut et quand il veut , alentours de lune )    L’album est enregistré en avril 75 , au studio B  chez Barclay , en compagnie d’Olivier  Bloch lainé ( déjà repéré chez Brigitte Fontaine ) Patrick Beauvarlet , choriste d’Yves Simon , ici à la batterie et par ailleurs auteur d’un disque très réussi en 1976 intitulé Quelle Belle soirée ( on ne sait pas s’il s’agit d’un hommage à Michou !! ) , Claude Engel et son frère Marcel , Claude a notamment réalisé plusieurs albums avec Gotainer , a joué dans Magma et avec Bernard Lubat , amis aussi dans Rosebud avec Jean Schulteis et Georges Rodi  .Ce meme George rodi qu’on retrouvera plus tard dans Arpadys assure les claviers .  Musicalement , c’est assez varié , allant du funk de Herbie Hancock aux rythmes latins en passant par le magnifique le vent souffle ou il veut et quand il veut au piano ., mais laissons vous découvrir ceci , car comme on l'entend  dans la bande originale du film UNE FILLE ET DES FUSILS : « De toute façon la musique , c’est fait pour être écouté, c’est pas fait pour en parler ...dont acte . On en écoute donc 5 titres .  On démarre la semaine avec le titre d’entrée , Pierre Bats ta femme . En guise d’ouverture d’album , un jingle annonce, un voyage  imprévu avec Pierre Vassiliu .  On peut entrendre le chanteur avec sa troupe dans un train après une nuit qu’on imagine visiblement éthylique et enfumée . Arrive sur cela un des morceaux les plus ouvertement funk de sa discographie , avec un clin d’oeil très appuyé à Herbie Hancock . Le Groove est imparable , Pierre Vassiliu raconte comment  , en rentrant ( tard forcément) chez lui il découvre la maison vide , sa femme l’ayant quitté pour suivre l’huissier , et les choeurs  de répondre, Pierre Bats ta femme , détonnant avec le thème du mari abandonné. Avant tout procès qui pourrait être fait à la radio pour diffusion de ce titre, nous tenons à recontextualiser ce titre pour en saisir le 25ème degré . Il va sans dire que nous ne prônons à aucun moment la violence conjugale , d’ailleurs, tous les titres de l’album de Pierre Vassiliu sont crédités au nom de son épouse de l’époque , Marie .  On poursuit le voyage de Pierre Vassiliu avec ce Monsieur j vous sers quoi , samba halte dans un buffet de la gare où  Vassiliu  joue un serveur nazillard , dépassé par la folie ambiante  de cette tablée joyeusement bordélique .  Puis,   déshabille toi  . « Déshabille-toi » est un exemple du ton décalé et humoristique de Vassiliu dans les années 70. La chanson raconte une rencontre amoureuse, avec des dialogues et situations volontairement exagérés . A celles et ceux qui crieraient à la phallocratie , rappelons que l’album , est entièrement crédité à sa compagne de l’époque,  Marie Vassiliu . Voilà , qui vient un peu complexifier la compréhension du personnage .  Ensuite , seul . balade qui évoque l’incommunicabilité dans le couple ,  comment faire face à  un homme qui s’enferme dans ses pensées et ses actes ,  devant sa compagne impuissante  ,elle ne le comprend plus , un texte qui laisse présager de sa future rupture avec Marie .  Pour finir l’écoute de cette album , le magnifique Le vent souffle ou il veut et quand il veut , magnifique déclaration d’amour . Dans un couple qui vacille ,  Le titre reprend une image célèbre de l’Évangile selon Jean (3:8) : « Le vent souffle où il veut… », symbole de liberté et d’incontrôlable. Pierre Vassiliu l’utilise ici pour évoquer le destin, les forces de la vie et l’imprévisibilité des chemins que nous suivons. Dans la chanson, il s’adresse à Marie, sa compagne à l’époque, et parle de leur vie à deux, de leurs enfants et des moments partagés. Les paroles capturent un instant d’intimité et de tendresse, tout en laissant transparaître la conscience que la relation ne durera pas. C’est une déclaration d’amour poétique et lucide, méditative et poignante, qui combine complicité, mélancolie et acceptation des forces qui dépassent l’homme.

  16. 22

    Roule Galette #22 - THE VELVET UNDERGROUND & NICO (1967 , Verve)

    Voici quelques anecdotes et citations d'un groupe culte que j'adore The Velvet Underground & Nico" Parcourons l'album à travers 5 titres qui m'ont marqué. Jérôme Bailly

  17. 21

    Roule Galette #21 - TEENAGE FANCLUB, bandwagonesque (1991, Creation)

    Je vais finalement finir par appeler cette chronique « j’avais tort Victor » (oui, j’ai beaucoup regardé Les Feux de l’amour !) plutôt que Roule Galette, tant la reconnaissance de mes erreurs passées sert d’intro à beaucoup de mes présentations. Roule Galette, cette semaine, est consacré aux Teenage Fanclub et à leur magnifique Bandwagonesque de 1991. Quand je dis « erreur passée », n’allez pas croire par-là que je détestais ce disque à sa sortie, loin de là !!! C’est même un disque que j’ai énormément écouté à l’époque, à tel point que j’avais plusieurs T-shirts du groupe, et que l’un d’eux a même fini sur les épaules d’un de mes anciens élèves dans le cadre d’une série de romans-photos que nous avions créée ensemble à l’époque ; ce qui a toujours tendance à me faire sourire. J’espère que ça a poussé certains à écouter le groupe ! Il faut dire qu’il n’était pas rare que, pendant la récréation, je parle à mes élèves en leur demandant ce qu’ils pensaient du dernier album de Labradford ou de Teenage Fanclub. Ça avait toujours quelque chose de drôle de voir leur réaction face à un adulte supposé être un référent et qui agissait comme une espèce d’adolescent attardé. Je les ai quand même bien bassiné avec mon space rock, Mogwai, les Cranes ou autre Placebo. Peut-être était-elle là, cette erreur passée… Avec le recul, je ne le pense pas. Dussé-je être mis au pilori de « bien-pensants zemmourristes » qui crieraient au scandale de grand remplacement variétoche par une musique décadente, même pas française. Si c’est ça, c’est décidément pas une erreur !!! Non, si j’évoquais l’erreur, c’est celle qui m’a tenu éloigné de la ressortie des Teenage Fanclub en vinyle lorsque je tenais mon magasin. Bien évidemment, je n’avais pas raté les sorties des premiers albums, mais je regardais ça avec une certaine incompréhension : racheter un disque en vinyle alors que je l’avais déjà en CD… J’ai laissé cela aux quelques clients intéressés et ai récupéré une partie de ces disques au moment de la fin du magasin et, bien évidemment, Bandwagonesque ne figurait pas dans les reliquats. Je persiste toujours à croire que c’est le cas, mais, quand même, je ne boude pas mon plaisir lorsque je mets un disque sur la platine le dimanche matin… Et là, tout récemment, je me disais que Bandwagonesque, j’aimerais bien l’écouter en vinyle, tout en continuant à bosser sur d’autres trucs. Et j’ai justement trouvé une copie neuve encore moins chère que ce que je payais à Sony à l’époque pour le magasin. Le résultat ??? Reçu ce matin, écouté 4 fois, 2 raquettes de badminton pétées en air guitar, des courbatures de partout, mais une BANANE que je n’avais pas eue depuis bien longtemps ! Quel disque ! Seul December me paraît légèrement en dessous du reste, mais chaque morceau est prétexte à une nouvelle frénésie d’air guitar prépubère… J’ai trouvé un remède contre mon arthrose et ma neurasthénie. Écouter Bandwagonesque et se rêver à croire qu’on a encore 23 ans ! Certes, c’est de courte durée, mais, bon, étant donné le peu de sources de contentement en ce moment, je dois bien avouer que je PRENDS ! Et que je vous les prescris, par là même, pour cette semaine de Roule Galette ! Teenage Fanclub est un groupe écossais formé à Glasgow en 1989 par Norman Blake, Raymond McGinley et Gerard Love. Dès le départ, ils se sont fait remarquer pour leur son mélodique, mélange d’indie pop à la C86, de pop lumineuse, parfois de noisy pop, avec des guitares claires et des harmonies vocales directement inspirées de Big Star et des Beach Boys. Leur troisième album, Bandwagonesque, est sorti en novembre 1991 sur Creation Records au Royaume-Uni, et sur Geffen aux États-Unis. Il a été enregistré à Liverpool avec le producteur Don Fleming, et représente un tournant dans leur son : chaque titre combine mélodie, énergie et texture sonore, donnant un ensemble cohérent et captivant, à la fois léger et puissant. À sa sortie, l’album a été salué par la critique. La revue Spin l’a même élu Album of the Year 1991, devant Nirvana et R.E.M., soulignant l’impact qu’il a eu sur la scène indie et alternative. L’album a ouvert au groupe une audience internationale, notamment aux États-Unis, où des singles comme Star Sign, What You Do to Me ou The Concept ont largement tourné sur les radios alternatives. Aujourd’hui encore, Bandwagonesque est considéré comme un classique de la pop alternative des années 90, mêlant énergie indie et harmonies soignées, et reste une référence pour de nombreux artistes à venir. Cette semaine, dans Roule Galette, on a parcouru Bandwagonesque de Teenage Fanclub à travers cinq titres. On a démarré avec Pet Rock, évidence immédiate, riff frontal, énergie brute, le disque qui s’ouvre sans demander la permission. On a continué avec I Don’t Know, le seul titre signé Raymond McGinley, plus long, plus étiré, où le doute et l’hésitation s’installent sans jamais casser l’élan mélodique. Puis Star Sign, sorti en single, morceau faussement léger, qui joue avec les signes, les superstitions et le quotidien, tout en laissant le temps faire son travail. Ensuite Alcoholiday, écrit par Norman Blake, où l’incertitude sentimentale, la confusion et le flou intérieur s’expriment dans une forme plus introspective, sans perdre la tension ni la mélodie. Et pour finir, Is This Music?, instrumental ironique et presque héroïque, qui referme l’album sur une question simple, mais définitive.

  18. 20

    Roule Galette #20 - CHRISTOPHE , les vestiges du chaos ( 2016 , Capitol)

    Cette semaine, dans Roule Galette, je vous propose un disque un peu plus moderne que mes recommandations habituelles :Christophe — Les Vestiges du chaos. Oui, je vous vois déjà vous marrer.Christophe ? Ce mec qui cartonnait alors que j’étais même pas né.Tu parles d’une modernité incarnée !Et comme souvent, vous auriez tort, Victor.Pas parce que j’ai toujours raison — quoique — mais parce que vous n’avez sans doute jamais écouté ce disque. Quand on est ado, on a tendance à maudire son époque. Pas par simple dégoût de sa génération comme tout bon ou toute bonne acnéique que l’on fût, ni par fascination d’un temps révolu… non, c’est bien plus prosaïque que ça. Avoir 13 ou 14 ans, au début des années 80, en province, c’est devoir se farcir des boums et leurs interminables séries de slows, tous plus nazes les uns que les autres — joli pléonasme.Et parmi eux, il y en avait un qui me mettait particulièrement mal à l’aise : succès fou de Christophe.Outre le fait que je le trouvais ringard, les paroles étaient à des années-lumière de ma réalité, ce qui me le rendait encore plus antipathique.Moralité : rejet total de l’artiste pendant une bonne partie de ma vie. Je l’ai rangé dans la case des ex-gloires des sixties, celles que je ne voulais ni connaître ni comprendre.Il faut dire que les come-back de la fin des années 70 et du début des années 80 sentaient souvent la naphtaline industrielle :les maisons de disques qui essoraient les artistes comme des wassingues — oui, je suis du Pas-de-Calais — pour les faire rentrer à tout prix dans l’époque.Sheila en hard rock, Dalida en disco, Françoise Hardy funky, Ange qui lâche le prog pour le hard FM…Le relooking années 80 a fait des dégâts. Alors même quand Christophe a été réhabilité plus tard, je n’ai pas voulu entendre.Même Bevilacqua, même l’adoubement Inrocks, même cette volonté évidente de ne pas recycler son patrimoine comme tant d’autres. Même Bashung reprenant Christophe, même Christophe reprenant Bashung, le vernis craquelait un peu… Mais  rien n’arrivait à faire vaciller Force Rose en un claquement de doigts ! Oui, dans BioMarc, j’étais Force Rose. Christophe est longtemps resté un chanteur pas pour moi.Je pouvais admettre aimer Les Paradis perdus.Pas plus. Et puis il y a eu sa mort, pendant le Covid.Et ce live sur Arte, à la Villa Medici à Rome — Villa Aperta.Des versions qu’on retrouve, presque à l’identique, sur l’indispensable album Intime. J’ai d’ailleurs longtemps hésité à choisir Intime pour Roule Galette.Mais une réécoute récente de Les Vestiges du chaos a tout changé.Christophe est un artiste que je découvre à rebours, alors autant commencer par son dernier album.Et comme souvent dans ces cas-là, je comprends trop tard comment je suis passé à côté. En exergue de l’intégrale parue en 2021, quelques mois après sa disparition, on peut lire :« On sait qu’on peut être plus satisfait et être mieux,qu’il y a toujours mieux.Alors je cherche toujours. » C’est un extrait de Je cherche toujours, le morceau qui clôt Bevilacqua, son disque de retour.Et rétrospectivement, ça ressemble presque à une épitaphe, une fois qu’on a enfin accepté de bousculer tous ses a priori. Les Vestiges du chaos, paru en 2016, est le dernier album studio original de Christophe.Il ne s’agit pas d’un retour sur ses succès des années 60 ou 70, ni d’une réinterprétation de son travail précédent.C’est un disque long à venir, mûri pendant presque sept ans, construit par fragments, textures et atmosphères, plutôt que par un récit linéaire ou un tube attendu. L’album mêle électronique, rock, nappes synthétiques, guitares et cordes, avec la voix de Christophe qui peut être fragile, distante ou simplement instrumentale parmi d’autres sons.Chaque morceau possède sa couleur propre : certains s’étirent, d’autres passent furtivement, aucun ne prétend être le centre de l’album. Christophe a collaboré avec des figures anciennes et nouvelles : Jean‑Michel Jarre co-écrit le morceau-titre, Alan Vega apparaît sur Tangerine, et l’ombre de Lou Reed plane sur Lou. Il y a bien sûr Christophe Van Huffel, ex-Tanger, à la production, avec qui il avait commencé à travailler sur l’album Aimer ce que nous sommes.Mais pour autant, l’album n’est pas un disque d’hommages : ce sont des vestiges, des traces, des présences suggérées dans le texte et le son. Les textes explorent l’amour, le désir, la solitude, la mémoire, les nuits blanches, toujours sous forme d’images ou de fragments, jamais de récits explicites.Pris morceau par morceau, l’album peut sembler éclaté ; pris dans son ensemble, il déploie un arc discret, un fil qui relie les fragments sans les hiérarchiser. En fin de compte, Les Vestiges du chaos est un disque de fin de parcours, respectueux de son temps, mais hors mode, qui avance malgré tout, sans bilan, sans nostalgie, sans conclusion définitive. Cette semaine, nous avons exploré Les Vestiges du chaos de Christophe, à travers cinq morceaux : Définitivement, qui ouvre l’album avec son univers trip hop sensualo-dark, synthé basse et vocoder, déclaration d’intention intime et expansive. Stella Botox, coécrite avec Laurie Darmon et produite par Botox, oscille entre séduction et distance, tension et délicatesse, énergie et subtilité. Tangerine, duo avec Alan Vega, contraste par sa couleur vocale et s’inscrit dans l’univers texturé et moderne de l’album. Les Vestiges du Chaos, le morceau-titre coécrit avec Jean-Michel Jarre, fait converger chaos intérieur, souvenirs et traces du temps, dans une esthétique électro-dark hypnotique. E Justo, qui clôt l’album sur une note introspective, avec la voix parlée d’Anna Mouglalis et un récit intime d’initiation, offrant un épilogue poétique et personnel. On se retrouve très vite pour un nouvel album à découvrir ou redécouvrir dans Roule Galette.

  19. 19

    Roule Galette #19 : THE FOR CARNATION , s/t (2000 , Domino)

    Comment continuer après Spiderland sans s’y dissoudre ? Toute l’histoire de The For Carnation part de cette impasse. Après la fin de Slint en 1991, Brian McMahan s’éloigne durablement de la musique, marqué par l’intensité du disque et par sa réception tardive mais écrasante. Il faudra des années, des collaborations ponctuelles — notamment avec Will Oldham — et deux disques encore fragmentaires (Fight Songs en 1995, Marshmallows en 1996, réunis ensuite sur Promised Works) avant que le projet ne trouve une forme stable. Paru en 2000 sur Domino, The For Carnation est le premier et unique véritable album studio long format du groupe. Six morceaux seulement, tous longs, tous bâtis sur une extrême retenue. McMahan s’entoure enfin d’un groupe fixe et prend le temps : près de trois ans pour assembler ces compositions, largement façonnées par l’improvisation en studio. Rien ici ne cherche la démonstration. Une idée par morceau , explorée jusqu’à épuisement. Comparer l’album à Spiderland est inévitable, mais largement stérile. Là où Slint jouait sur la rupture et la violence contenue, The For Carnation travaille l’effacement. Les tempos sont médiums, les guitares minimales, la voix presque murmurée, traitée comme un instrument parmi d’autres. Le silence n’est plus une tension annonciatrice, mais une matière première. On pense à Talk Talk période Laughing Stock, à Bark Psychosis, à Labradford , ( c’est d’ailleurs lors du concert de Labradford à Reims que j’ai entendu la première fois cet album)  voire à la rigueur métronomique de Shellac, débarrassée de toute agressivité. Enregistré à Los Angeles mais traversé par un froid presque abstrait, l’album appartient pleinement à cette fin des années 90 où le post-rock ralentit le binaire jusqu’à l’asphyxie. Un disque sans singles, sans relief immédiat, qui se refuse à toute séduction. Il demande du temps, de la patience, une écoute nocturne et solitaire. Plus qu’un retour, The For Carnation ressemble à une acceptation : celle d’un héritage impossible à dépasser, mais aussi d’une autre manière d’exister musicalement. Un disque de retrait, de doute et de maturité, dont la discrétion même explique sans doute la persistance. Après Spiderland, la voie la plus “logique” aurait été soit la répétition, soit la surenchère, soit la fuite dans autre chose. McMahan ne fait rien de tout cela. Il revient, lentement, presque à reculons, et ce qu’il produit avec The For Carnation n’est pas un dépassement, ni une réponse, ni une réconciliation. C’est un constat. L’album ne cherche jamais à sublimer la douleur. Il ne transforme pas la tristesse en beauté rédemptrice, ni la résignation en sagesse. Il s’installe dans un état intermédiaire, extrêmement inconfortable : celui où l’on continue à vivre, à penser, à ressentir, sans croire que cela mène quelque part. C’est là que la dépression devient presque ontologique. Pas spectaculaire, ni romantique. Une fatigue profonde, lucide, tenue. Et avoir la force de faire cela après Spiderland demande paradoxalement une énergie considérable : accepter de ne plus être “central”, de ne plus être violent, de ne plus être décisif. Puis s’effacer n’est pas un échec ici. C’est presque la dernière cohérence possible. Continuer aurait signifié trahir cet état, ou le recycler. Se taire, c’est prolonger le geste. C’est pour ça que le disque est si dur à encaisser :il ne promet rien, ne console pas, ne prépare aucune sortie.Il dit simplement : voilà ce qui reste quand on a tout compris mais rien résolu. Emp Man’s BluesLe disque s’ouvre sur une évidence sonore : la basse. Répétitive, ancrée, elle structure tout le morceau et impose un poids presque physique. Autour d’elle, voix et arrangements avancent par retrait. Les cordes, tardives, n’apportent ni apaisement ni élévation, mais étirent l’espace, comme un décor vidé de toute narration. Un morceau d’acceptation sombre, où la perte devient un état durable. SnootherSnoother explore la distance consentie. Le lien existe encore, mais sous conditions, dans un équilibre fragile où le silence devient une forme de soin. La musique épouse cette retenue avec douceur, et la voix féminine introduit une intimité supplémentaire sans rompre la tension. L’amour n’est pas effacé, simplement maintenu à distance pour ne pas être abîmé. A Tribute ToIci, la dynamique change. La batterie installe une pulsation nette, régulière, presque hypnotique. Ce n’est ni lent ni contemplatif, mais une transe rythmique contenue. La dramaturgie naît de la répétition et de la retenue : rien n’explose, tout est sous pression. Le texte, fragmentaire, évoque l’exil et la menace diffuse. Une marche intérieure, tendue, sans résolution. Tales from the CryptLe morceau s’ouvre sur une promesse rassurante aussitôt vidée de son pouvoir. Lorsque McMahan prend la parole, il ne s’agit plus de croyance, mais de fatigue et de besoin de proximité. Tenir, être tenu, retarder la chute. Le texte évoque une compassion épuisée pour ceux qui continuent malgré tout. Aucun salut, seulement des gestes minimaux pour rester debout. MoonbeamsMoonbeams s’attarde sur les traces laissées par des violences anciennes. Enfances brisées, rôles imposés, mémoire inscrite dans le corps. Les gestes de survie persistent, même quand les causes se sont effacées. La question centrale ne cherche pas de coupable : elle constate le dommage. Le morceau décrit un état d’après, sans réparation possible, seulement la tentative de comprendre où l’on se tient désormais. Dans leur ensemble, ces cinq pièces dessinent une œuvre de tension contenue et de tristesse profonde, sans catharsis ni résolution, mais tenue par une force discrète et constante.

  20. 18

    Roule Galette #18 - ECHO & THE BUNNYMEN , ocean rain (1984, Korova)

    Sorti en 1984, Ocean Rain est le quatrième album d’Echo & The Bunnymen.Il arrive après Porcupine, à un moment où le groupe de Liverpool a déjà trouvé son identité, son public, et une reconnaissance critique solide. Mais plutôt que de capitaliser sur l’énergie tendue et parfois abrasive de ses disques précédents, Echo & The Bunnymen choisissent ici une autre voie : celle de l’ampleur, de la gravité et d’une forme de romantisme assumé. L’enregistrement de Ocean Rain se déroule en partie au Studio des Dames, à Paris. C’est un choix important, presque symbolique. Le groupe souhaite s’extraire de son environnement habituel et travailler dans un cadre plus ouvert, plus cinématographique. Pour la première fois, ils intègrent un orchestre à grande échelle — une trentaine de musiciens — avec des arrangements de cordes signés Adam Peters. Will Sergeant expliquera que l’objectif n’était pas d’ajouter des cordes pour faire “joli”, mais de les intégrer comme un élément central du son, au même titre que la guitare ou la section rythmique. À cette époque, Ian McCulloch affirme vouloir chanter autrement. Il prend davantage soin de sa voix, retravaille certaines prises après les sessions parisiennes, et adopte un registre plus posé, plus solennel. Les textes s’éloignent du quotidien pour explorer des thèmes plus larges : l’amour, la foi, la fatalité, la nuit, la perte. Il n’y a pas de narration continue, mais une forte unité d’atmosphère, presque liturgique par moments. Ocean Rain n’est pas un album de rupture brutale, plutôt  un disque de bascule. Il ralentit le tempo, épaissit les textures, élargit le cadre. À sa sortie, certains y voient un excès de sérieux, d’autres un sommet de maturité précoce. Avec le temps, l’album s’impose comme l’un des grands disques du groupe, et comme une œuvre majeure de la pop britannique des années 80 — dense, sombre, romantique, et profondément cohérente. Le groupe sort ensuite un album éponyme en 1987  , qui deviendra leur meilleure vente bien que l’inspiration n’y est plus .  Cette semaine, Ocean Rain s’est déployé comme un disque de clair-obscur, où le romantisme n’exclut jamais la lucidité. On a ouvert avec The Killing Moon, premier single annonciateur de l’album et morceau emblématique du groupe. Une porte d’entrée idéale : tension nocturne, fatalité assumée, orchestration élégante. Tout y est déjà, et tout y restera. Avec Thorn of Crowns, Echo & The Bunnymen brouillent volontairement les pistes. Derrière son apparente gravité se cache un jeu ironique sur l’image de McCulloch, un pied de nez aux lectures trop sérieuses et à la posture du poète maudit qu’on voulait lui assigner. Nocturnal Me ramène ensuite la nuit au centre du disque : un espace d’introspection et de fusion, fait d’images paradoxales et d’incantations plus sensorielles que narratives. Un romantisme épique, détaché du réel, qui a trouvé une seconde vie bien au-delà de l’album. Avec Angels and Devils, le groupe s’écarte franchement du climat d’Ocean Rain. Influences Velvet Underground assumées, approche plus sèche, presque conceptuelle : un contrepoint brut, référencé, qui éclaire en creux le raffinement orchestral du reste du disque. Enfin, Ocean Rain referme la semaine sur une forme d’abandon conscient. Un morceau où l’échec n’est plus combattu mais reconnu, où la tempête est intérieure, récurrente, inévitable. Une conclusion apaisée, résignée, à la hauteur de l’élégance sombre de l’album. Un disque cohérent, tendu entre lyrisme, distance ironique et lucidité émotionnelle, qui continue de s’imposer comme l’un des sommets du groupe.

  21. 17

    Roule Galette #17 - FUMACA PRETA , fumaca preta (2014, Soundway)

    Dans mon passé de disquaire, il y a finalement peu de disques que je vendais bien . Même quand celui -ci marchait , si j’arrivais à en vendre 5 exemplaires , c’était déjà une réussite. Les conditions de vente étaient tellement compliquées , qu’il fallait trouver un équilibre difficile à tenir entre audace et rengaine . Au final , quand j’y repense ,  peu ont passé la barre des dix .Parmi ceux ci , un me revient facilement à l’esprit : Le premier album de Fumaca Preta , paru chez soundway en 2014 . Un disque en qui je croyais et que je suis parvenu à placer à l’usure … tant et si bien qu’on venait ensuite me le demander alors qu’il n’était plus disponible en vinyle . Le label soundway était déjà , à la base, gage de qualité . Du moins à cette époque …Petit à petit , les productions se sont espacées, les sorties se sont concentrées sur les maxis et la qualité , en dehors du mauskovic dance band  m’ont moins intéressé . Leurs fabuleuses compilations , après avoir fait la part belle au Funk heavy des années 70 , ont classiquement parcouru les années 80 et ont perdu de leur intérêt à mes yeux .  Mais revenons à Fuma preta …  Leur premier album , que j’écoute toujours avec autant de plaisir apparait comme sorti de nulle part ou presque . La formation est déjà en elle -même complètement improbable , Alex Figueira , un  batteur portugo vénézuélien exilé en Hollande , deux   membres de the Grits (Stuart carter à la guitare et James Porch à la basse ) , the gris est une formation funk de Brighton  et auteurs de deux albums qui donneraient la danse de Saint Guy à tous les neurasthéniques et enfin Joel Stones, disquaire et digger spécialisé dans la musique brésilienne psychédélique , qui ne restera que le temps de cet album , même s’il revendique l’origine du nom du groupe , chante et écrit sur tout celui - ci  .  Comme ça , je fais genre, je sais , mais je dois bien avouer que , quand l’album a débarqué dans les bacs en 2014, aucun de ces zigs ne m’étaient familier , pas plus que leur musique d’ailleurs . Il faut dire que niveau musique , nous ne sommes plus dans le melting pot , mais dans un joyeux bordel foutraque .  A l’intérieur d’un même morceau on peut passer de Pierre Henry à Black Sabbath en passant par Os Mutantes . On saute aisément de rythme tropicalia à un rythme binaire punk … autant dire qu’il y a autant de barrières dans ce disque que de cheveux sur la tête à Kojak . (Pour celles et ceux qui ne seraient pas âgés et qui n’auraient pas eu l’immense joie de connaitre la série Kojak , je vous spoile vos recherches google , il est chauve ! ) .  Ce joyeux foutoir n’a pourtant rien d’un accident. Fumaça Preta ne donne jamais l’impression de chercher l’effet ou la provocation gratuite. Le disque peut paraitre   excessif, parfois épuisant, souvent jubilatoire, mais  il est  toujours tenu par une énergie commune : celle du corps. Leur concert à la péniche de Lille me le rappelle . Il  est la seule et unique fois de ma vie où j’ai dansé le Pogo ! A plus de 50 ans ! Je crois que ça se passe de tout autre explication .  Leur musique est faite pour être vécue physiquement, dans la sueur, dans la répétition, dans la saturation. On est loin de toute idée de folklore, de carte postale ou de “mélange des cultures” bien propre sur lui. Rien n’est poli, rien n’est mis à distance , à moins de fuir le concert .  Dix ans après sa sortie, ce disque n’a rien perdu de sa force. Il n’a pas été digéré, ni récupéré, ni rangé dans une époque. Il garde ce côté indomptable, presque ingérable, qui fait qu’on y revient sans jamais avoir l’impression d’en avoir fait le tour. Encore une fois , il sera bien difficile d’établir une sélection représentative du disque , mais ça devient une habitude que vous commencez à supporter . On espère qu’elle vous pousse à aller plus loin dans la découverte ou redécouverte du disque . Fumaca Preta  , album du même nom est le disque de la semaine dans roule galette ! Todo Pessoa.Je vous propose de démarrer la semaine à bord de l’embarcation TODO PESOA . Vous allez embarquer  dans une croisière chacha psychédélique.Un truc qui avance tranquille sur un fleuve, mais un fleuve peuplé de dinosaures. Des dinosaures cools, hein… mais évidemment sous substances. On part dans un Groove un peu bancal . On se doute que la croisière risque d’être bizarre . Ça chaloupe, ça ondule, ça te berce et ça te désoriente en même temps. On est clairement dans une ambiance tropicalia, mais passée à travers un filtre psyché, comme si le décor fondait doucement autour de soi. Heureusement , des chants féminins rassurants nous accompagnent . On a l’impression qu’un animal joue du saxophone saturé. Alors pas la grenouille de Love Is All — même si l’image n’est pas loin — plutôt un animal de la jungle. Un truc tropical, poilu, vaguement inquiétant, mais sympa quand même.  Todo Pessoa, c’est un morceau qui ne va nulle part, mais qui vous emmène loin.Une dérive sous acide, version carte postale d’un  ami dont vous n’aviez plus de nouvelles depuis 3 décennies  , il est devenu le  Indiana Jones  déguisé en Servietsky  .  Eu Era Um Cão démarre comme une ballade sur le Nil.Un motif très arabisant, lancinant, presque incantatoire. Évidemment sous substance.Ça ondule, ça serpente profondément psyché. Puis rupture.Un riff killer surgit, quelque part entre Black Sabbath et un heavy funk bien épais. Le fleuve disparaît d’un coup. On débarque à terre.Des cocktails magiques bouillonnent de partout ,  un vaudou nous souhaite la bienvenue .Tout le monde fait la fête sur une plage étrange. Mi Ibiza, mi Bal des Vampires.Festif, foutraque  et un peu inquiétant.Le genre de soirée où tu te réveilles le lendemain en te demandant qui est ton voisine et pourquoi tu portes ce manteau de fourrure …  Sur Tire Sua Máscara, changement de substance. Le groupe a dû tomber sur un stock d’ecsta en plein milieu de ses périples. Ils mettent la main sur une TB-303, et là, ils partent dans un jam improbable, quelque part entre Lords of Acid et Tom Zé, comme si tout ce beau monde finissait par croiser Lee “Scratch” Perry en fin de soirée , pour redescendre en douceur …  avec Amor Tece Dor. , ça démarre comme  premier baiser , mais plus proche de la version de testikul atrophy que celle d’hélène et les garçons …Imaginez un peu la scène , Cricri a été drogué à son insu , se prend pour  Alain Deloin dans Paroles, paroles , sauf qu’on ne comprend pas les paroles  !  Il est devenu  le fils caché de Santana et Jimi Hendrix . Les filles le consolent et le cajolent pendant que José expérimente ses nouveaux sons sur son Synthé spatial … On termine la semaine avec le morceau emblématique de Fumaca Preta  , celui qui donne son nom à l’album et au groupe …Dès les premières secondes, on pense immédiatement à Black Sabbath. Un riff lourd, poisseux, menaçant, qui semble annoncer quelque chose de frontal et massif. Et puis, très vite, tout se dérègle. Le riff s’arrête net, comme coupé au couteau, pour laisser place à un maelström électronique presque pierre-henryesque. Des sons trafiqués, distordus, des voix passées à la moulinette, qui donnent l’impression de sortir d’un monstre cybernétique sous substances, quelque part entre laboratoire expérimental et cauchemar industriel. Et là-dessus déboule un type qui hurle comme un forcené, porté par une rythmique basique, quasi punk, primitive, sans nuance. Ça cogne, ça crie, ça sature. Puis, sans prévenir, tout s’arrête de nouveau. Retour au riff d’ouverture, ce riff killer, imparable, comme si rien ne s’était passé.Un cri surgit alors — FUMACA PREEEEETTAAAAAAAA — repris par des chœurs féminins, presque voluptueux, presque sensuels, en total contrepoint de la violence précédente. Tout est là.Les ruptures, les collisions, l’absence totale de logique apparente Joyeux merdier ! 

  22. 16

    Roule Galette #16 - JULOS BEAUCARNE, chandeleur septante cinq (1975, Libellule)

    Cette semaine  dans roule galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir Chandeleur septante cinq de Julos Beaucarne .  A dire vrai, découverte ou redécouverte, peu importe, ce roule galette, prenez le comme  un voeu en ce début d’année qui démarre déjà tellement mal .  Une découverte qui ne pourra que, je l’espère,  vous bouleverser, si toutefois , vous possédez encore un lopin d’âme à reboiser . Un message qui peut paraître  bien utopiste , voire révolutionnaire  face à la barbarie, la cruauté , la folie des hommes , le cynisme , les certitudes , le pouvoir, les chiffres, le calcul ,les bénéfices ,la rentabilité ,  le consumérisme , l’oubli , le déni climatique, que sais-je encore , remplissez vous même cet édito par tous les mots noirs qui défilent quotidiennement sous nos yeux et nos oreilles sans que cela nous émeuvent plus que cela  :  il reste tant à combattre pour que l’amour prenne racine .  Pour ma part, j’ai découvert , très tardivement Julos Beaucarne . Il représentait le chanteur de médiathèque , que j’ai longtemps ignoré , par paresse intellectuelle , celle qui consiste à catégoriser sans savoir.  Un moyen de défense   tellement courant de nos jours . Cette découverte tardive n’en a été que plus bouleversante .  Certains disques naissent d’un élan , d’autres d’un effondrement. Chandeleur septante-cinq est de ces derniers . C’est un  album bien éloigné de  toute volonté de projet , c’est un disque  comme une nécessité. Quelque chose qu’il a fallu faire pour  continuer à  respirer, à parler, à rester vivant. LE 2 février 1975 , Julos Beaucarne perd brutalement sa compagne, Louise, assassinée.  Le choc est immense, irréparable. Chandeleur septante-cinq, porte cette absence en lui .  Pas sous la forme d’un journal de deuil explicite, plutôt comme une vibration permanente, une fragilité assumée qui traverse tout le disque. La Chandeleur n’est pas une fête triomphale. Elle annonce une lumière encore faible, hésitante, une promesse fragile de jours qui rallongent sans garantir quoi que ce soit.  Il ne s’agit pas de renaissance spectaculaire, plutôt d’un retour possible, lent, presque incrédule, vers quelque chose qui ressemble à la vie. Musicalement, tout est dépouillé. Acoustique, sobre, sans effets. La voix ne cherche pas à dominer, elle se tient à hauteur d’homme. Les chansons avancent avec précaution, comme si chaque mot devait être pesé, vérifié, mérité. Il n’y a ni plainte appuyée, ni colère explosive. La douleur est là, mais tenue, contenue, transmutée en attention au monde. Ce disque ne raconte pas la tragédie, il en est traversé. On sent que quelque chose s’est brisé, mais aussi qu’il reste une volonté obstinée de ne pas sombrer dans le cynisme, ni dans le renoncement.  La douceur qui s’en dégage n’est jamais une fuite. Elle agit comme une forme de résistance intime et  morale : continuer à aimer à tort et à travers , à regarder, à dire, malgré tout. Dans un paysage musical des années 70 souvent dominé par les postures, les certitudes et les récits héroïques, Chandeleur septante-cinq occupe une place à part.  Ni variété, ni rock, ni chanson à message , si ce n’est celui de l’amour. Un disque qui ne cherche pas à expliquer le monde, mais à y rester relié. Ce n’est pas un album qui console au sens facile du terme. Il accompagne. Il rappelle que la lumière n’efface pas la nuit, mais qu’elle permet parfois de ne pas s’y perdre complètement.  Un disque de maintien, de persistance, de résilience — qui continue de parler longtemps après, précisément parce qu’il ne cherche jamais à imposer son sens.

  23. 15

    Roule Galette #15 - LOW, Christmas (1999, Tugboat)

    Pour clôturer cette année sur une note de saison , nous ne résistons pas à l’envie de vous partager cet album qui accompagne cette période  depuis plus de 25 ans maintenant  : Low Christmas .  Autant dire que les fêtes de fin d’année, pas plus que les autres jours de l’année , d’ailleurs ,  ont un parfum de gaudriole à la maison !   Je suis autant fan de Low que je ne le suis pas de Noël  , des injonctions à l’achat , au bonheur feint et à la célébration religieuse .  Mais je ne suis pas à une contradiction près .  ll y a des gens pour qui Noël déclenche un compte à rebours vers la joie. Et puis il y a les autres. Ceux pour qui décembre arrive comme une vague froide, avec son lot de bilans bancals, de fatigue accumulée et cette étrange mélancolie qui s’invite sans prévenir. Qu’on le veuille ou non, les lumières, les vitrines, les “tu fais quoi pour les fêtes ?” réveillent quelque chose — un mélange de nostalgie et de solitude qu’on préfèrerait  ne pas subir .  C’est peut-être pour ça que certains disques collent mieux que d’autres à cette période. Pas les machins scintillants ni les clochettes hystériques, mais ces albums qui prennent Noël comme il est vraiment : un moment où tout ralentit, où les souvenirs grattent un peu, où le silence pèse plus que d’habitude. Un Noël à hauteur d’humain, vulnérable, parfois triste, mais profondément  honnête. Christmas est un Mini album paru en 1999 chez Tugboat, une sous division de Rough trade . A l’époque, le duo à la scène comme à la ville Alan Sparhawk et Mimi Parker , est accompagné par le bassiste emblématique, Zak Sally .  A l’époque, le groupe commence à se créer une communauté de fan à travers l’Europe et les États Unis , avec leurs concerts lents et quasi cérémoniaux, qui clouent le bec à celles et ceux qui confondent concerts et fête de la bière en Bavière . Quiconque a pu voir le groupe en concert à cette époque en ressort forcément enthousiaste , retourné , avec une foi en l’être humain , qu’on croyait avoir oublié à jamais . Le groupe  privilégie la lenteur, la sobriété et la tension intérieure sur l’agressivité ou l’exubérance, et le groupe a su intégrer sa foi mormone sans en faire un argument musical ostentatoire. L’album est né d’une approche simple et sincère : cinq compositions originales et trois reprises emblématiques de Noël, enregistrées de manière dépouillée, avec des voix claires et des guitares et percussions minimalistes. Ces choix reflètent non seulement l’identité artistique du groupe, mais aussi leur volonté de proposer un moment de calme et d’introspection au milieu de la frénésie de décembre. Les morceaux étaient ensuite joués sur scène dans le cadre de petites tournées américaines et européennes, renforçant leur réputation de groupe capable de créer une atmosphère contemplative et introspective , même en concert .  Lundi – Just Like ChristmasLe coup d’envoi est léger et tendre. Les guitares minimalistes, la voix douce et les clochettes subtiles installent immédiatement l’esprit de l’album : Noël vu sans artifices, simple et sincère. Mardi – Long Way Around the SeaLow ralentit le tempo pour une balade introspective. Voix posée, instruments réduits à l’essentiel, le morceau évoque un voyage intérieur et une contemplation calme, presque méditative. Mercredi – Silent NightUne reprise dépouillée, où Mimi Parker chante accompagnée uniquement d’une guitare. La pureté de la mélodie et la sobriété des arrangements créent un moment suspendu, profond et émouvant. Jeudi – Little Drummer BoyLa chanson traditionnelle se transforme en rêverie sombre et lente. Le tambour est discret, la guitare flottante, et les voix enveloppantes, offrant une atmosphère introspective et poignante, loin des versions festives classiques. Vendredi – One Special GiftOn termine sur ce titre original, doux et presque chuchoté. La simplicité des arrangements et la voix posée donnent une sensation de calme et de vulnérabilité, concluant l’album sur une note intimiste et sincère.

  24. 14

    Roule Galette #14 - THE BOO RADLEYS , giant steps (1993, Creation)

    Sorti en 1993, Giant Steps des Boo Radleys est le troisième album du groupe , un album qui échappe à toute classification rapide.  Originaire de Liverpool, Le groupe, s’y affranchit totalement des codes du shoegaze et de la pop indépendante pour livrer un objet Musical DIFFICILEMENT IDENTIFIABLE :  dense, mouvant, changeant, parfois déroutant, mais toujours pertinent. La première impression à l’écoute du disque est la variété des textures :  guitares saturées mouvantes un peu à la my bloody valentine , comme sur leur album précédent ( everything’s alright forever) , mais jamais figées dans le mur de son ; la basse est  profonde, souvent teintée de dub ; on y entend aussi des cuivres qui surgissent comme dans une fanfare psychédélique ; de la flûte, des bois, des chœurs, et des effets de studio qui éclatent de partout.  On peut entendre dans ce disque autant un héritage Beatles ouvertement cités dans the white noise revisited  — pour le goût des formes éclatées, des ruptures et des harmonies — qu’un amour assumé pour le reggae, la pop orchestrale,  même des clins d’oeil à Morricone . L’audace du groupe réside dans cette manière de mélanger les genres sans jamais perdre son fil. Les morceaux changent de direction, se stoppent net, repartent ailleurs, glissent d’un univers à l'autre sans prévenir. On passe du calme absolu à la saturation la plus folle, d’un couplet à la Carpenters à une tempête noise, d’une ballade acoustique à un passage de dub brumeux ou à des envolées de cuivres dignes d’un générique de western psychédélique. Malgré cette complexité, la voix de Sice reste claire et distincte dans le mix, ce qui fait déjà une différence avec beaucoup de groupes de la même époque. On comprend les mots, on entendl’intention, on repère les mélodies — même quand tout autour explose ou se déforme. L’album accueille également plusieurs invités, venus de formations voisines de la scène indé : chanteuses, musiciens de cuivres, collaborateurs qui donnent encore plus d’ampleur au projet. À sa sortie, Giant Steps a été salué comme un choc. Select l’a élu album de l’année. NME et Melody Maker l’ont classé parmi les grandes réussites de 1993. Pourtant, sa reconnaissance est restée essentiellement critique : c’est un disque culte, un disque respecté, un disque consulté, mais pas un disque « populaire » au sens grand public. Et c’est peut-être mieux ainsi : il garde ce statut d’ovni, de laboratoire pop parfaitement assumé. Son titre renvoie à Coltrane — pas pour copier le jazz, mais pour signaler la démarche : repousser les limites, ne rien s’interdire, construire un album comme une aventure. Giant Steps n’est pas un disque à écouter d’une oreille distraite : c’est un album à plonger dedans pour découvrir quelque chose qui nous aurait échappé . Trois décennies plus tard, il reste fascinant. Non seulement il n’a pas vieilli, mais certains passages semblent presque annoncer des directions que prendra la pop expérimentale bien après lui. Le groupe se sépare en 1999 , avant de refaire surface en 2022 sans la présence de martin Carr , guitariste et songwriter du groupe . Ils étaient récemment en tournée  qui est passée par Tourcoing . Ils passeront en février 2026 au Poche à Béthune . 

  25. 13

    Roule Galette #13 - VARIOUS , bambara mystic soul (2011 analog africa)

    Cette semaine DANS  Roule Galette, je vous propose  la compilation Bambara Mystic Soul, une sélection de morceaux enregistrés au Burkina Faso dans les années 70, à l’époque de l’ancienne Haute-Volta. Une compilation qui a joué un rôle de détonateur et m’a permis de m’ouvrir à tout un pan de musique que je ne connaissais  pas ou plutôt que je ne cherchais pas à connaître , bien ancré dans mes rassurantes certitudes . Avant ce disque  , j’écoutais du rock indépendant sous toutes ses formes , de la chanson française, de la folk , des musiques électroniques  et une dose importante d’ambient . Les grooves africains, la soul et le funk, je n’y prêtais pas vraiment attention.  Cette compilation a été mon premier vrai contact délibéré  avec ces sons : elle m’a ouvert les oreilles à des univers sinon étonnants , du  moins nouveaux pour moi  , et qui pouvaient être à la fois hypnotiques, dansants et profondément addictifs. Ce disque m’a permis de découvrir une musique  dans ce qu’elle a de plus riche et de plus diversifié. On y retrouve des influences mandingues, des rythmes afro-latins, des touches psychédéliques, de la funk et de la soul, le tout dans un son brut, presque “raw”, qui restitue l’énergie et la vitalité de cette scène musicale. Les imperfections de l’enregistrement, les cassures de bande ou les voix un peu détachées, loin d’être un défaut, renforcent ce sentiment d’authenticité et de proximité. Avec cette compilation qui a ouvert la voie pour moi  à tant d’autres , je comprends que je ne peux pas réduire cette musique à ces termes réducteurs de  “musique africaine” ou “world music”. Chaque morceau a sa propre couleur, son propre groove, et raconte une histoire qui lui est propre, ancrée dans un contexte social, culturel et  politique. C’est aussi une compilation qui témoigne du travail remarquable d’un label : Analog Africa. Pendant longtemps, j’avais une idée plutôt négative des compilations :synonymes de recyclages, de fonds de tiroirs , à visée purement mercantiles , elles évoquaient pour moi les pitoyables publicités pour la plus grande discothèque du monde . Autant dire, qu’une fois encore , j’avais tort , Michel . Ses compilations m’ont permis de faire la distinction entre la sélection et le DJ set , entre deux objectifs différents mais pas forcément incompatibles .  La sélectionna été minutieusement pensée , remis en contexte, souvent accompagné d’un livret riche de 30 à 40 pages qui explique l’histoire de l’artiste, de la scène locale, des conditions d’enregistrement et des influences musicales. C’est une  plongée dans l’histoire de la musique burkinabè des années 70, avec toutes ses tensions, ses innovations et ses expérimentations. Pour moi, cette compilation a été un pont entre mes anciennes écoutes et une ouverture nouvelle. J’ai commencé à écouter des choses que je n’aurais jamais imaginé aimer : du heavy funk, de la soul psychédélique, des grooves hypnotiques et des percussions traditionnelles revisitées. Et petit à petit, j’ai compris que cette musique racontait des histoires, portait des émotions et des témoignages que je n’avais jamais rencontrés auparavant. Quand j’ai ouvert mon magasin de disques, je me suis naturellement tourné vers ce type de labels — Analog Africa, Soundway, Soul Jazz — pour proposer à d’autres ces compilations. Parce que, sans ce travail de réédition et de mise en lumière, ces artistes seraient restés quasiment invisibles, et leur musique perdue. Cette semaine,JE VOUS PROPOSE BAMBARA MYSTIC SOUL   entre tradition et modernité, entre énergie brute et finesse mélodique, qui témoigne d’une scène rare et fascinante. Cette semaine, on s’est plongé dans la compilation Bambara Mystic Soul du Burkina Faso, et on a traversé cinq titres qui montrent vraiment toute la richesse de cette scène. Lundi, on a commencé avec “Bar Konou Mousso” d’Amadou Ballaké & l’Orchestre Super Volta. Un morceau qui raconte la vie nocturne, les bars, les rencontres, avec ce groove cru et vivant typique de Ballaké. Mardi, on a écouté “Kodjougou” d’Abdoulaye Cissé. Là, on est dans quelque chose de plus tendu, plus nerveux, porté par un riff de guitare qui frappe comme un appel. Un morceau qui dégage une vraie urgence. Mercredi, c’était “Dambakalé” de Compaoré Issouf. Plus sensuel, plus dansant, presque charmeur. Un titre qui fonctionne par son swing et son ambiance enveloppante. Jeudi, on a retrouvé Amadou Ballaké avec “Renouveau”, un morceau marqué par son mélange d’influences — afro-latin, mandingue, funk — et ce côté un peu hanté lié aux imperfections de la bande d’origine. Et vendredi, on a terminé avec “Katougou” de Richard Seydou Traoré & Les Vadou du Flamboyant. Un morceau festif, riche en percussions et en énergie, qui montre l’ampleur rythmique de la scène burkinabè.

  26. 12

    Roule Galette #12 - EDEN AHBEZ , eden's island (1960, Del Fi)

    Si rien ne va, comme le suggère Billy Nancioli dans sa chanson avec Baden powell , faites comme moi : Wouah !  Cette semaine  DANS ROULE GALETTE , je vous propose un disque pour faire wouah , avec  Eden Ahbez et son disque eden’s island paru en 1960 .  Je ne pourrais donc vous dire que je l’ai acheté à sa sortie  puisque je n’étais pas né .Eden Ahbez est ce compositeur plutôt  mystique qui vivait  pieds nus   dehors en Californie, dont le mode de vie aurait influencé le mouvement Hippie .  On lui doit « Nature Boy », le standard chanté par Nat King Cole qui lui a permis d’être à l’abri financier , bien qu’il dut partager avec Herman Yablokoff , qui revendiquait  être  l’auteur  de cette chanson .  Peu importe, de toute façon, puisque Eden ahbez prétendait pouvoir vivre avec 3 dollars par jours .  Un remède claque ton bec aux adeptes des mêmes  couperets : on n’est pas chez les bisounours ou autre marmotte ... qui profusent sur les réseaux sociaux lorsque des décérébrés sont à cours d’argument dans notre course contre le consumérisme .  L’album eden’s island mélange spoken word, exotica, jazz très feutré, percussions primitives, chants presque murmurés et sons naturels. Ahbez y construit une sorte de fable douce sur un retour à la nature, une vie simple, presque ascétique. On est entre disque concept, manifeste pacifiste et rêve éveillé.Il y parle d’harmonie, de solitude choisie, de paix, de beauté, avec une naïveté qui devient sa force. Musicalement, c’est un mélange de mélodies minimalistes, de percussions légères, de flûtes, guitares tranquilles, et de textes parlés d’un calme presque hypnotique. Le disque flotte quelque part entre exotica classique (Martin Denny), proto-ambient, et poésie beat. C’est un album qui n’appartient à aucun style, mais qui a influencé plein de musiciens des décennies plus tard. C’est aussi une curiosité : un disque totalement hors du monde, hors du temps, et qui reste étrangement moderne dans sa manière de mêler atmosphère et narration. Lundi – Eden’s IslandEntrée en matière calme et dépouillée : voix chuchotée, percussions légères et flûtes. Ahbez nous fait visiter son île intérieure, un lieu de paix et de simplicité, presque manifeste pacifiste. Mardi – The WandererPortrait d’un vagabond volontaire, libre et observateur. Quelques percussions et flûtes accompagnent sa voix tranquille qui raconte sa philosophie nomade. Mercredi – Full MoonMéditatif et contemplatif, le morceau évoque la lune comme guide naturel. Les instruments doux posent une atmosphère de calme et d’observation. Jeudi – Banana BoyPlus léger et joueur, Ahbez y décrit la vie simple d’un garçon vivant de fruits et de soleil. La voix souriante reflète la douceur et l’insouciance du disque. Vendredi – La MarClôture de la semaine avec cette odyssée métaphorique : un petit bateau emporté par la tempête, vertige et chaos avant l’apaisement. La musique reflète le mouvement des vagues et du vent, un moment contemplatif et aventureux qui résume l’esprit d’Eden’s Island.

  27. 11

    Roule Galette #11 - BASHUNG, play blessures (1982, Barclay)

    Aujourd’hui, dans Roule Galette, je vous propose de découvrir — ou redécouvrir — l'album d'Alain Bashung Play blessures, paru en 1982. Ce n’est pas facile de parler de cet album à plusieurs égards. D’abord, parce que Bashung est Bashung : un artiste qui plaît à beaucoup de monde, des plus béotiens aux plus spécialistes. Comme on ne sait jamais à qui s’adresse une chronique, et étant donné les chiffres d’écoute stratosphériques de cette webradio, il faut penser stratégique pour trouver l’angle d’attaque — super coupant. Ensuite, parce qu’il a beaucoup été cité par des artistes comme étant un album phare du rock français : on ne voit pas trop ce qu’on pourrait dire de plus.Par ailleurs, c’est un album qui positionne tout de suite la personne qui le revendique comme étant un « spécialiste », ce que je ne suis pas, ou un exigeant, ce que je ne suis pas beaucoup plus. Il existe un fan de Bashung pour chaque album… Le fan de Play blessures est un fan de cold wave, ce à quoi je ne peux me résumer. Et puis, il y a cette querelle interne qui mine la direction de Saravadio à l’évocation d’un album de Bashung à chroniquer pour Roule Galette…Ricky le Cosmonaute ne jure que par Novices, quand Hala Hata claironne que Fantaisie militaire est indépassable, là où Christophe pense que L’Imprudence est ce qu’il a fait de mieux.En tant que grand dictateur de notre webradio, j’ai donc, en accord avec moi-même, tranché dans le vif : ce sera Play blessures. Quitte à provoquer la rupture. Ça tombe bien, Play blessures est un disque de rupture. Pour Bashung, d’abord, en plein doute après le succès tardif qui lui tombe sur la gueule.Après quatorze années de galère, et alors qu'il s'apprêtait à rendre les armes, le succès de Gaby oh Gaby et de Vertige de l'amour lui fait craindre d’être enfermé dans le star-system, à enchaîner les tournées et les plateaux télé.Le succès ne l’apaise pas : il le bouscule. Il se sent piégé, paniqué. Alors il casse tout. Il veut passer à autre chose pour rester libre. Play blessures est un disque de groupe — peut-être le premier de sa discographie.Avec KGDD, ils ont commencé à écumer les salles et à travailler ensemble sur Pizza, avant que Gaby n’explose, offrant finalement deux tubes coup sur coup : Gaby et Vertige de l’amour.Fin 81, il est au fond du trou. La musique du film Le Cimetière des voitures d’Arrabal sert de terrain d’expérimentation, qui sera les prémices de Play blessures.En studio, il faut désapprendre et travailler sur les ambiances, les improvisations.Pour les textes, après une phase "yaourt", Bashung les coécrit avec Gainsbourg — lui aussi au fond du trou après sa rupture avec Jane Birkin — dans une ambiance de travail éthylique, avec pour QG la cour d’un bistrot à proximité de la régie Renault. L’album qui en ressort est un disque sombre, expérimental, qui divise et fait perdre une partie de son public.On s’éloigne très fortement du côté américain pour plonger dans la cold wave anglaise du début de la décennie.Sur la pochette, on y voit Bashung dans une ambiance exotica, taper sur des congas — en référence au titre original de l’album, Apocalypso, abandonné car déjà pris par The Motels sur leur album All Four One — au profit de Play blessures, extrait des paroles de Lavabo. Disque de rupture, donc. Pour Bashung, mais aussi pour moi.Ce disque marque mon affranchissement d’avec mon frère. Il symbolise la période où je deviens new wave, après avoir découvert quelques mois auparavant The Cure, B-52’s, Talking Heads, Depeche Mode, Grace Jones…Bashung, que mon frère pouvait encore supporter du temps de Gaby ou Vertige, devient infréquentable : il joue un personnage qu’il n’est pas, sa voix est trop forcée, on n’y croit pas.Qu’importe, je me plonge dans Play blessures pour voler de mes propres ailes. Et disque de rupture pour Saravadio, puisque trois animateurs tambourinent à la porte pour réclamer leur quinzaine !

  28. 10

    Roule Galette #10 - KURT VILE , B'lieve, i'm going down ( 2015 , Matador)

    Believe I’m Goin Down... (2015) marque un tournant tranquille dans la carrière de Kurt Vile. L’Américain, ancien membre de The War on Drugs, y délaisse les guitares abrasives de ses débuts pour un ton plus posé, intime, presque domestique. C’est un disque d’introspection, entre folk cotonneux et rock nonchalant, porté par une écriture à la fois lucide et paresseuse — dans le bon sens du terme. L’album avance à pas lents, dans un équilibre subtil entre mélancolie et détachement. Vile y parle de fatigue, de doutes, du besoin de ralentir, souvent avec humour et autodérision. Les arrangements restent simples — guitare acoustique, batterie feutrée, touches d’orgue ou de slide — mais forment un univers très cohérent, à la fois flou et précis, comme un après-midi trop long. Un disque de retrait plutôt que de conquête, qui capture l’art de ne rien forcer — ce qui, chez Kurt Vile, devient presque une philosophie. Cette semaine, nous avons suivi Kurt Vile dans son univers folk-rock intimiste et légèrement décalé. De l’errance désabusée de I'm an Outlaw à la contemplation des petites choses du quotidien dans Dust Bunnies, chaque morceau explore des états d’esprit flottants, mélancoliques ou rêveurs. Les titres comme That's Life, Tho et Wild Imagination nous emmènent dans des réflexions sur la résilience, l’onirisme et la vie intérieure, tandis que All in a Daze Work laisse l’impression d’un flottement, suspendu entre confusion et introspection. Au final, l’album trace un chemin tranquille mais intense, où le temps semble s’étirer et où la musique devient un miroir des pensées et des souvenirs.

  29. 9

    Roule Galette #09 - TANK , bedtime for Rio (2000 , Earworm/Alice in wonder)

    Tank , Bedtime for Rio Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir — ou de redécouvrir — Bedtime for Rio de Tank. Tank est le projet du bassiste brestois Christophe Mével. Bedtime for Rio est le troisième album du groupe, après 66° Nord, paru en K7 chez Diesel Combustible, et Upwards at 66°N, sorti en CD chez Earworm. Ce disque a d’ailleurs bénéficié d’une double sortie : en vinyle chez Earworm et en CD chez Alice in Wonder, avec des pochettes différentes mais une tracklist identique. C’est pour moi un de ces disques passerelles — ceux qui m’ont permis de m’ouvrir à d’autres styles que je ne connaissais pas à l’époque. Il est en ce sens particulièrement symptomatique du post-rock, dans sa capacité à fusionner des genres.On pense évidemment au krautrock pour le côté motorique et kosmische, à l’ambient de Brian Eno ou David Sylvian, mais aussi à Ganger pour la basse omniprésente , voire au Simple Minds de Empires and Dance , influence avouée de Christophe Mevel .  C’est un disque dont je n’ai cessé de vanter les mérites, aussi bien dans mes émissions de radio qu’en tant que disquaire, lorsqu’il m’arrivait d’en croiser un exemplaire d’occasion — que je mettais aussitôt de côté pour quelques clients privilégiés. Bedtime for Rio , en plus d’être excellent de bout en bout a deux autres avantages :il n’est pas disponible sur les plateformes de streaming (ou presque, à part sur Bandcamp),et il ne comporte que cinq titres  : Nous allons donc l’écouter tout au long de la semaine, un titre par jour, pour prendre le temps de s’imprégner de cette atmosphère singulière — froide mais apaisante , planante mais trippante .  Pour démarrer la semaine, nous écoutons  Rose de Basalte, premier titre de Bedtime for Rio. À la première écoute, j’y ai entendu un mélange entre Jean-Michel Jarre et le générique de Temps X : électronique froide, planante, hypnotique. Un rythme obsédant qui pose immédiatement l’univers post-rock et kosmische de Tank, parfait pour se laisser transporter. Gulfoss est un titre motorik, dans la lignée du maxi Gunnar Alternative sorti quelques mois plus tôt chez Earworm. Répétitif à souhait, avec une basse obsédante qui déraille et des synthés spatiaux, il nous embarque dans un road trip façon Space Invaders, rythmé par une pulsation à la Klaus Dinger. 13 minutes de transe space motorik. Nord Nord-Ouest  intrigue avec  ses synthés rappelant  des cris de mouettes, sa rythmique  en contretemps, et des accélérations qui font sauter le morceau dans tous les sens . Trompettes et samples s’invitent dans la fête, et tout s’élance dans une descente tourbillonnante. Ishellir est le seul titre joué en groupe. On y entend des samples d’un pilote d’avion survolant un paysage. Guitares comme si Labradford passait ses guitares dans un filtre  hawaïen  , batterie aux balais jazzy, cuivres free et synthé . aérien .   Pour finir , Troll  ,  un morceau motorik à la Neu!  . 9 minutes  de  transe hypnotique . Imparable . 

  30. 8

    Roule Galette #08 - PORTRAIT OF DAVID , These days are hard to ignore (2001 Racing Junior)

    PORTRAIT OF DAVID : these days are hard to ignore , 2001 Racing Junior /Glitterhouse/Talitres Cette semaine dans Roule Galette, je vous emmène en Norvège avec Olaf Fløttum, alias Portrait of David, et son unique album These Days Are Hard to Ignore, sorti en 2001 chez Racing Junior et distribué plus tard en France via Glitterhouse/Talitres. Olaf Flottum est un musicien qu’on a pu voir derrière le projet krautrock Salvatore mais aussi dans le très mélancolique the white birch . Depuis quelques années , il s’est concentré sur la bande originale de film notamment dans les films de Joachim Trier , sous son propre nom C’est  après le récent visionnage d’Oslo 31 Août , que son disque sous le pseudo Portrait of david , s’est rappelé à moi .  C’est un disque profondément intimiste, enregistré avec des moyens réduits, dans la salle à manger de Fløttum lui-même, avec l’aide d’amis proches dont Helge Sten de Motorpsycho pour la production. On y retrouve le souci du détail et de l’orchestration : piano, quelques cordes et petites touches discrètes créent un univers feutré, fragile et pourtant plein de présence. On imagine aisément la neige dehors, la lueur du jour disparaissant lentement, le craquement d’une cheminée, et les discussions tardives qui ont façonné ces morceaux. These Days Are Hard to Ignore est un disque de repli sur soi, de contemplation et d’introspection. Les paysages scandinaves, la solitude et la mélancolie s’y mêlent, évoquant des moments suspendus, comme ceux que j’ai vécus moi-même sur un lit d’hôpital, après une opération, écoutant ces chansons au crépuscule en regardant la campagne et le ciel tomber. C’est un album qui installe une atmosphère douce-amère, à la fois apaisante et pénétrante, où l’ écoute devient un voyage intérieur. Musicalement, on peut  penser à The White Birch l’autre projet d’Olaf Flotum , à Sylvain Chauveau dans ses moments les plus intimistes, ou encore  à Max Richter . Mais au-delà de ces références, c’est surtout la sensibilité de Fløttum et son approche minimaliste qui marquent l’album, et qui le rendent unique.  These days are hard to ignore est le disque de la semaine dans roule galette .  Nine Day Wonders démarre sur  un brouillard sonore où émerge un piano lent, minimal et répétitif. La voix, lente et fatiguée, presque parlée, rappelle certains morceaux introspectifs de Perry Blake ou de Vincent Gallo, et renforce la dimension intime du morceau. Le violon et le violoncelle d’Ole Henrik Moen accompagne cette atmosphère subtile, ajoutant des nuances délicates et un sentiment de flottement. Le morceau se divise en deux parties : la première, avec  ce climat suspendu, et la deuxième introduit un sifflement étrange, indéfinissable, qui accentue  la mélancolie de la pièce. Nine Day Wonders parle d’enfance et de souvenirs perdus, avec une mélancolie diffuse et contemplative.  Beautiful Flimsy Kite glisse doucement comme un balancement doux en rocking-chair chair , guitare et percussions minimalistes, synthé mélancolique et piano viennent souligner cette rêverie suspendue. La slide guitar ajoute une touche presqu’aquatique et dépressive, tandis que les paroles racontent la perte d’un objet précieux, métaphore de souvenirs fragiles et flottants. Constant Flow s’écoule en toute simplicité, synthé lointain, guitare acoustique et voix presque instrumentale, toutes enveloppées de reverb et d’écho. La mélodie minimaliste et flottante rappelle Sigur Rós, mais avec une retenue subtile et intime, comme un murmure qui glisse au fil du temps. Sweet Thief nous plonge à nouveau dans l’atmosphère du rocking chair. Piano et guitare se mêlent comme un très lointain blues scandinave, éclairé à la bougie, intimiste et fragile. La voix, douce et posée, accompagne les images de solitude contemplative du texte : observer le monde évoluer depuis une chaise, laisser filer le temps, et rêver qu’un « sweet thief » vienne subtiliser ces instants. Un morceau absolument magnifique, suspendu entre mélancolie et poésie tranquille. David’s portrait clôture parfaitement  la semaine .  On retrouve cette guitare folk  minimaliste et les sons de synthé légèrement  présents  comme une brise. La voix se pose comme un souffle sur les souvenirs de l’enfance : « I slept like a child in the arms of the horseman… ». On a l’impression d’être dans un conte raconté doucement, avec des bruits de vent et un souffle d’air qui traverse l’espace musical. La dimension introspective et méditative de l’album atteint ici son apogée, laissant l’auditeur suspendu entre nostalgie et émerveillement.

  31. 7

    Roule Galette #07 - SIMPLE MINDS , Empires & dance (1980 , Arista)

    Cette semaine dans Roule Galette, on revient à une époque où Simple Minds n’avait rien de FM, ni d’arène rock, ni de tubes radiophoniques. Empires and Dance est leur troisième album, sorti en 1980 sur Arista, et c’est probablement le plus froid, le plus radical et le plus européen de leur discographie.C’est un disque qui sent encore la sueur des clubs post-punk, mais qui regarde déjà vers la sophistication électronique et les paysages industriels d’une Europe en mutation. Un disque qui aurait pu sortir sur Factory ou sur Mute, tant il évoque à la fois Joy Division, Magazine, Ultravox période John Foxx, et le krautrock motorik de Neu!. Jim Kerr et ses compagnons y jouent une musique de transe urbaine : section rythmique exceptionnellement inventive , guitares tranchantes, synthés menaçants, voix sombre   à moitié halluciné. Tout y semble à la fois dansant et désincarné, obsédé par la répétition, la vitesse, la tension.C’est l’un de ces albums-ponts entre le rock et l’électronique, entre le charnel et le mécanique. Enregistré en une dizaine de jours dans un studio gallois, produit par John Leckie (Radiohead, Marc Seberg), Empires and Dance est aussi le disque où Simple Minds trouve vraiment sa personnalité — celle d’un groupe européen, plus influencé par Berlin que par Londres. Si vous pensiez encore que simple minds ne se résumait qu’à un titre, le discutable Don’t you , il est grand temps pour vous d’écouter ce roule galette consacré à leur album de 1980 , empires and dance .  Nous démarrons cette semaine avec le glacé et  sombre today i died again : Jim Kerr parle ici de l’aliénation individuelle, de la perte de mémoire et d’identité,et de la chute des systèmes (politiques, sociaux, moraux).C’est une chanson froide, presque dystopique. Simple Minds y dépeint un monde vidé de sens, où mourir chaque jour est devenu normal.C’est à la fois poétique, triste, et d’une lucidité glaçante et surtout terriblement d’actualité .  “Celebrate” parle d’un monde déshumanisé, où :l’amour est rare, les gens vivent comme des soldats ou des automates,la société célèbre la surface plutôt que le sens, et la seule chose qu’il reste à “célébrer”, c’est la survie elle-même.C’est une critique à la fois politique et existentielle : Simple Minds montre ici une humanité moderne prise entre le confort matériel et le vide spirituel. Capital City décrit la vie urbaine comme un organisme vivant et impitoyable, où les habitants suivent un rythme mécanique, parfois violent, et où l’identité individuelle se fond dans la pulsation de la ville.C’est un portrait abstrait et sensoriel de la métropole moderne, à la fois fascinante et oppressante. Thirty Frames a Second est une méditation sur la régression, la perte d’identité et la désorientation dans le monde moderne. Le narrateur voit sa vie et la société revenir en arrière comme un film inversé, confronté à l’angoisse, au chaos et à la fragilité de l’existence. “This Fear of Gods” plonge dans l’angoisse et l’aliénation de l’homme face au divin. La peur des dieux n’est pas seulement celle du jugement, mais la désillusion éprouvée lorsqu’on attend un dieu qui ne se manifeste pas comme espéré. Les images de violence, de luxure et de souffrance reflètent alors les conséquences de la condition humaine sous le regard d’un sacré absent ou inattendu. La répétition des voix, des cris et des visions traduit cette angoisse intime et universelle, rappelant que l’homme porte seul la responsabilité de ses illusions et de ses actes.

  32. 6

    Roule Galette #06 - DO MAKE SAY THINK , S/T (1998 , Constellation)

    Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir le premier album des Canadiens de DO MAKE SAY THINK  sorti en 1998. C’est un disque qui marque le début d’un parcours instrumental fascinant, entre post-rock et jazz contemporain, avec des touches électroniques et des arrangements très ouverts. D’abord paru en autoproduction, il bénéficie rapidement d’une ressortie sur le label montréalais Constellation. Pas forcément l’album le plus connu du groupe, il fait partie des premières références du label , relativement peu connu à l’époque. Si le second album, Goodbye Enemy Airship the Landlord Is Dead, a marqué les esprits et fait désormais partie des classiques du label, le premier mérite pourtant que l’on s’y replonge. Ce disque pose déjà les bases du son du groupe :  les compositions sont longues, souvent construites en crescendo, et donnent l’impression que chaque instrument est à la fois libre et parfaitement en dialogue avec les autres on note une capacité à créer des atmosphères où chaque écoute peut révéler de nouveaux détails, même après de nombreuses écoutes..  La batterie  est complexe et fluide, les entêtantes lignes de basse  s’entrelacent avec des guitares et des claviers très spatiaux, Moins immédiat, il reste pourtant fascinant et varié. Du dub au jazz en passant par le post-rock, c’est surtout le travail sur l’espace sonore qui est absolument époustouflant. Un disque qu’on ne saurait vous conseiller d’écouter sur un système sonore digne de ce nom, et certainement pas sur une simple enceinte Bluetooth. C’est d’ailleurs à l’occasion d’un changement de configuration hi-fi que je réécoute souvent cet album, comme étalon de mon système audio. La profondeur dans le placement des différents instruments fait que chaque écoute est nouvelle. Oscillant entre subtilité et intensité, l’album se construit titre par titre, tout en créant un univers cohérent et immersif. Avec le temps, il est devenu mon album préféré du groupe. Pourtant, les premières écoutes ne laissaient pas présager que je le réécouterais 25 ans plus tard. Sans doute trop jazz, trop éloigné du son de Godspeed que je recherchais à l’époque, c’est un disque que j’ai depuis souvent fait découvrir. Par essence, il s’agit du disque que je mets dans le lecteur CD et laisse défiler. Il est impossible qu’on ne vienne pas me demander ce qui est en train de passer.Vus à de nombreuses reprises en concert — qui peuvent varier d’ennuyeux à inoubliables — j’ai le souvenir d’une prestation au festival de Dour, en tout début d’après-midi, absolument solaire et intense. Un shoot de bonheur, de luminosité et de groove. Pour démarrer , le somptueux Disco and Haze , qu’on imagine , ils ont du consommer à profusion pendant l’enregistrement .  Le titre démarre sur ces bidouillages rappelant les pales d’un hélicoptère avant que des grincements de guitares inquiétants ne viennent créer ce maelström épais et assourdissant , avant q’une guitare wah wah , toute sage ne vienne nous soulager . Relayée par une autre guitare aérienne , puis par une basse répétitive , elle repart progressivement en tension  dans une explosion  free jazz/post rock  démentielle .  A écouter fort , très fort .  Aujourd’hui , je vous propose le’espalace , mélange d’espace et de palace , un titre qui pourrait évoquer spacemen 3 dans l’utilisation des synthès farfisa , les guitares  convient hendrix sous spacecake  et michael  gottsching sous acide , le tout accompagné de percussions tribales , le’espalace est ma foi , un endroit  bien fréquentable . L’antithèse de Claude Challe .  Aujourd’hui , prenons l’autouroute 420 , bien plus sinueuse que l’autoroute de l’enfer du célèbre australien en culotte courte .  Highway 420 , on se l’imagine relativement vide , vers 5 heures du matin , quand la rosée , laisse peu à peu apparaitre un magnifique ciel , et une circulation qui s’intensifie au fur et à mesure qu’on approche une ville  . On respire à nouveau une fois ce chancre citadin . On peut alors , attaquer des reliefs qui s’étirent . Incroyable basse  élastique , réverb de guitare très fifties , cuivres et claviers discrets nous amènent à bon port , même si les conducteurs sont sous substances . Dr Hooch est le morceau du jour . Nous ne savons pas qui est ce Dr Hooch , ni ce qu’il prescrit  comme  breuvage   , mais on rêverait de le rencontrer  . Basse omniprésente à faire pâlir n’importe quel groupe de dub , batteur inventif … A prendre 3 fois par jour pendant un mois .  Pour clôturer la semaine , the Fare to get there , le prix pour y parvenir , long titre de plus de 19 minutes , qui nous rappelle que le disque est avant conçu comme un trip , dans tous les sens du terme . Laissez vous guider dans ce long dub  spatial  répétitif et sinueux. 

  33. 5

    Roule Galette #05 - POLAR, bipolar (1998 , How I feel records)

    Cette semaine dans Roule Galette, nous partons à l’écoute du second album de Polar, projet de l’Irlandais-suisse Eric Linder. Sorti en mai 1998 sur son propre label How I Feel Records, il connaîtra ensuite une diffusion plus large, enrichie d’un titre remixé par Kid Loco, via East West. Polar débarque sur la scène française grâce à Miossec, dont il assure la première partie pendant la tournée de Baiser. On le retrouve logiquement à l’Aéronef, où il distribue tranquillement un CD 3 pouces inédit à la sortie du concert. Il n’a alors à son actif qu’un seul disque, sobrement intitulé 1, mais déjà très prometteur. En 1998, il revient avec Bipolar, un album plus produit, enregistré dans un chalet suisse perdu dans la montagne. Le son, plus ample, bénéficie du travail de l’ingénieur Nicolas Sandoz. Parmi les musiciens : Bernard Trontin à la batterie, Jean-Luc Riesen à la basse, Olivier Mellano à la guitare, Jean-Pierre Mercier… Dans une interview accordée à Jean-Philippe Bernard pour Le Temps, Eric Linder raconte : « J'enregistrais tard et ensuite, avant de dormir quelques heures, j'écrivais les paroles et peaufinais les mélodies des titres que nous allions coucher sur bande le lendemain. Ce chalet est l'endroit idéal pour fonctionner de la sorte. Impossible d'imaginer la même liberté dans un studio d'enregistrement traditionnel. Ici, seul le disque comptait. On a travaillé jusqu'à l'épuisement. En janvier, lorsqu'il a neigé sans discontinuité durant 48 heures, on ne pouvait même plus atteindre la voiture à 20 mètres de là. C'était essentiel pour moi de rester loin des rumeurs du monde. Un soir, nous avons décidé de faire l'unique break du séjour en allant manger une pizza à Verbier. Quand je me suis retrouvé au milieu des rues, dans la foule, je me suis senti complètement perdu… » Ces mots traduisent bien la relation intime que l’on peut avoir avec ce disque, même si le propos est moins brut que sur le premier album, enregistré dans la cuisine de son appartement. On retrouve toutefois cette recherche d’isolement pour mieux créer une proximité avec l’auditeur. Comme son prédécesseur, Bipolar est un album captivant. Nous avions eu l’occasion d’interviewer Polar à l’époque lors de sa venue au Grand Mix, moment marquant le début de relations compliquées avec cette salle, dans un contexte un peu surréaliste : la chargée de com avait tenu à assister à l’entretien — par manque de confiance ? par intérêt ? pour justifier ses heures ? Mystère. Polar y évoquait ses relations difficiles avec son père, mais aussi sa volonté de se défaire de l’étiquette “folkeux” héritée du premier album, et de donner à ce disque une dimension plus pop. Objectif atteint : Bipolar est imparable de bout en bout, au point qu’il est difficile de choisir 5 morceaux pour illustrer ces propos. Le plus simple pour vous restant de vous procurer l’album sur des plateformes dédiées , car en plus , il a la très bonne idée de ne pas être disponible en streaming . Je vous rassure , il ne coûte presque rien , preuve en est que la qualité ne se mesure pas à son prix , loin de toutes les spéculations exécrables des « fameux » diggers plus intéressés par la valeur marchande d’un disque que par sa qualité intrinsèque . Cette semaine, on s’est plongés dans Bipolar, le deuxième album de Polar, projet d’Eric Linder.On a ouvert avec Bipolar Dream, morceau imparable, hymne fragile et lumineux, qui aurait mérité de devenir un classique.Puis Song for F.A, tout en délicatesse, avec ses balais, son xylophone et ce motif entêtant à la guitare acoustique, comme suspendu entre veille et sommeil.City Angst a marqué la volonté de quitter le folk intime pour explorer d’autres textures : boîte à rythme Casio, Rhodes, basse obsédante, batterie aux balais, un pas de côté qui élargit l’horizon sonore.Avec The Man Who Never Was, Polar livre une pop song parfaite, sans surcharge ni artifice, simplement évidente.Enfin, Leave Me Alone clôt la sélection sur une tension sourde, une montée qui dérange autant qu’elle captive. Un disque de 1998 qui garde toute sa force et qu’on ne se lasse pas de redécouvrir.

  34. 4

    Roule Galette #04 - SERGE GAINSBOURG , percussions (1964, Philips)

    Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose Percussions de Serge Gainsbourg. C’est un disque que j’ai découvert très tardivement, parce qu’il était cité par Jean-Michel Pires, le batteur de Mendelson, à l’époque du premier album de Bruit Noir.  Pourtant, je le possédais depuis longtemps déjà, rangé dans le coffret de la première intégrale CD de Gainsbourg — celui avec son ombre de profil sur fond bleu ciel, et l’éternelle gitane à la main. Les intégrales, qui n’en sont souvent pas vraiment, permettent certes de se plonger dans une discographie, mais elles peuvent aussi être imbuvables avalées cul sec. D’autant qu’au format CD, on se retrouvait avec plusieurs albums compilés sur une seule galette, mélangeant les ambiances et diluant l’unité des disques originaux. Mon véritable point d’entrée dans Gainsbourg, ce fut donc plus tard : la période anglaise, Bardot/Birkin, et surtout le monumental Melody Nelson. Pour les premiers disques plus jazzy, je me contentais de piocher quelques titres connus, sans oser l’écoute complète. Il aura fallu le conseil de quelqu’un que je respectais pour que je franchisse enfin le pas vers ses œuvres plus anciennes. Percussions sort fin 1964. C’est le sixième album de Gainsbourg, quelques mois avant qu’il n’éclate en composant Poupée de cire, poupée de son pour France Gall, gagnante de l’Eurovision 1965 à Rome. Comme les précédents, l’album ne trouvera pas son public. À l’époque, il bénéficie surtout d’un succès d’estime grâce au Poinçonneur des Lilas, à La Javanaise ou à La chanson de Prévert, mais reste catalogué cabaret rive gauche.  Il commence à écrire pour France Gall avec Laisse tomber les filles ou N’écoute pas les idoles. Claude Dejacques, producteur du disque, évoque au dos de la pochette “un rythme de doigts sur le bord d’une table de bois empire”.  Plus prosaïquement, Guy Béart — jamais très tendre avec Gainsbourg — rappellera qu’il avait prêté à Dejacques Drums of Passion de Babatunde Olatunji, dont Gainsbourg a pompé plusieurs titres sans créditer l’auteur.  En 1986, un procès l’y contraindra. Ce disque est resté longtemps un peu dans l’ombre car il est difficile à classer.  Il est audacieux, presque expérimental pour l’époque : beaucoup de percussions (comme le titre l’indique), des guitares minimales, des chœurs féminins, des textes qui oscillent entre sensualité et provocation. L’album est parfois considéré comme le premier disque français de “world music”, ou comme un disque d’exotica. Mais dès son deuxième album, Gainsbourg avait déjà tenté quelques pas dans ce sens (Mambo miam miam, Cha cha cha du loup). Percussions marque aussi la fin de sa collaboration avec Alain Goraguer, qui en gardera pourtant un souvenir joyeux : « Nous nous sommes amusés comme des fous, surtout quand on montrait aux choristes françaises comment prendre des voix de négresses un peu aiguës. En dehors d’un sax et d’une guitare rythmique, sur certains morceaux, ce ne sont que des percussions… » À titre personnel, je ne pense pas que j’aurais pu entrer dans ce disque si je n’avais pas déjà écouté d’autres albums, pourtant éloignés stylistiquement, mais qui partagent un même minimalisme : Flowers of Romance de PiL, les disques de Bruit Noir, ou encore Guem et Zaka Percussions. Historiquement, Percussions marque un tournant : Gainsbourg commence à sortir du rôle de chanteur rive gauche pour devenir un vrai touche-à-tout, prêt à explorer d’autres univers musicaux, ce qui annonce la suite de sa carrière. Pauvre Lola : titre volé à Myriam Makeba, avec les rires inimitables de France Gall. La guitare et les percussions sculptent l’espace sonore, et ces rires préfigurent ceux de Jane Birkin dans En Melody. Machin Chose : un retour subtil aux ambiances rive gauche, moins percussif mais tout aussi captivant. Une chanson qui se vit plus qu’elle ne s’explique. New York USA : classique de l’album, dérobé à Olatunji, uniquement basé sur percussions et chœurs féminins, un exemple parfait de l’audace sonore de Gainsbourg. Les Ambassadeurs : toujours percussif, mais cette fois avec un clin d’œil à la samba et à l’arrivée de la musique brésilienne en France, quelques années après The Girl From Ipanema. Ces Petits Riens : morceau repris par Don Nino, dont le batteur n’est autre que Jean-Michel Pires, bouclant ainsi le cercle de mes découvertes musicales. Avec ces 5 titres, vous avez un bel aperçu de l’inventivité et de l’audace de Percussions ! Et on se retrouve la semaine prochaine pour une autre galette sur votre radio favorite.

  35. 3

    Roule Galette #03 - LAND OF KUSH , sand enigma ( 2019 , Constellation)

    Cette semaine dans Roule Galette, nous vous proposons Sand Enigma, un album de Land of Kush paru en 2019 chez Constellation. Land of Kush est l’un des nombreux projets de Sam Shalabi, reconnu comme l’un des musiciens les plus singuliers et prolifiques de Montréal depuis plus de vingt ans. Guitariste électrique et joueur d’oud, Shalabi se produit régulièrement dans divers ensembles de jazz et d’improvisation libre. Le projet Land of Kush est l’un des plus ambitieux de Shalabi : plus de 20 musiciens et une vingtaine d’instruments se côtoient, mêlant cordes, cuivres, bois, basse, guitare, piano, santur, darbouka, oud, électronique, synthétiseurs, ainsi que plusieurs chanteurs et percussionnistes. Après une pause de cinq ans passée au Caire, le groupe est invité au Musée Aga Khan de Toronto en mars 2018, ce qui a mené à la création et à l’enregistrement de Sand Enigma, leur quatrième album sorti en novembre 2019. C’est un disque exigeant, où les ambiances et styles se succèdent, parfois même au sein d’un même morceau. La musique orientale se confronte au free jazz dans un mélange de recueillement et de psychédélisme. J’ai souvent écouté cet album dans mon magasin et je m’y suis perdu à plusieurs reprises, fasciné par ses univers contrastés.  L’album a des allures de labyrinthes emplis de kaléidoscopes . Malgré sa difficulté, il s’est étonnamment bien vendu, et les clients qui l’ont découvert en sont souvent revenus enthousiasmés. Continuons donc notre rôle de missionnaire et tentons de vous faire apprécier ce quatrième album de Land of Kush, Sand Enigma.

  36. 2

    Roule Galette #02 - SWEETMOUTH , goodbye to songtown (1991, RCA)

    Sweetmouth : goodbye to songtown Aimer un disque c’est d’abord s’autoriser à l’aimer … se départir de son groupe , des stéréotypes de celui-ci , des guerres de chapelles ,   pour ne plus penser qu’au rapport personnel qu’on entretien à l’écoute de celui-ci .  L’unique album de sweetmouth  sorti en 1991 , pourrait être un parfait exemple de cette assertion.  Sweetmouth est le projet post fairground attraction de Marc E Nevin . Fairground attraction est groupe écossais de la seconde partie des années 80 , qui a connu un grand succès au Royaume Uni avec leur premier single perfect tiré de leur premier album first of a million kisses . La chanteuse Eddie reader quittera fairground attraction après la sortie de ce premier album multi récompensé .  On ne peut pas vraiment dire que j’étais particulièrement fan de Fairground attraction , j’ai d’ailleurs revendu récemment  ce premier album que je n’écoutais jamais . Il se trouve que ce matin , je retombe par hasard sur un titre de celui-ci et trouve ça très réussi . Comme quoi , je devrais réfléchir plus longtemps avant de revendre un disque … tant pis , je serai condamné à l’écouter en streaming désormais .  Fouillant un peu dans mes souvenirs pour tenter de me rappeler comment j’avais fait l’acquisition  de cet album , qui ne correspondait pas vraiment au style de musique que le monomaniaque que j’étais à l’époque avait tendance à écouter ( comprenez par là , bien trop soul , trop jazz , trop smooth  pour l’ex corbeau que j’étais) . Le point d’entrée dans la discographie de Marc Nevin n’est autre que Morrissey , fraichement évadé des Smiths , qui a déjà , à l’époque sorti un premier album Viva Hate , avec le vénéré Viny Reilly de Durutti Column .  Sur son second album , Kill uncle , sorti en 1991, il s’associe à Mark Nevin . Kill uncle bien qu’irrégulier reste encore un disque fréquentable de Morrissey , notamment sur sa seconde face hormis l’ignoble found found found , complétement râté .  L’intéret que je porte à cet album , me fait me pencher sur la discographie de Mark Nevin . La même année que Kill uncle, sort justement Sweetmouth , collaboration entre Mark E Nevin et Brian Kennedy , chanteur irlandais qui a tourné avec Fairground attraction à l’époque et qu’on  retrouvera quelques années plus tard sur les plateaux de l’eurovision pour un titre sirupeux à souhait, every song is a cry for love que je vous épargne .  l’ unique album  de sweetmouth goodbye to songtown, est composé de titres prévus pour le second album de faiground attraction qui ne verra jamais le jour  En 1991, je suis encore étudiant , on ne peut pas dire que je roule sur l’or ( encore moins que maintenant , c’est pour dire ! ) , et chaque achat d’album doit être pesé , pensé , accepté par mon banquier interne ( qui reste bien plus cool que mon banquier réel )mais qui fait que quand Meme  chaque achat   ne saurait céder à l’impulsivité (ou du moins, pas trop) .  Après une ferme négociation , j’achète quasiment simultanément le premier fairground attraction pour une poignée d’euros et le sweetmouth au prix fort .  Lorsque j’achète un disque  à l’époque , il me faut , pour calmer mon banquier interne , le rentabiliser par un certain nombre d’écoutes .  La première écoute de Sweethmouth n’est pas vraiment convaincante , malheureusement . Le duo Nevin / Kennedy est bien trop éloigné de celui de Nevin /morrissey Mais il faut calmer Frankie mon banquier interne qui enrage de me voir jeter le peu d’argent que j’ai par les fenêtres . Alors, on y replonge , une fois, puis deux , puis trois … Et petit à petit , on commence à apprécier des arpèges de guitares , une rythmique jazzy , même certains titres presque flamenco , un reggae acoustico jazz et même cette voix qui rappelle étrangement George Michael …  Devrais je remercier mon banquier interne de m’avoir ouvert les oreilles et de m’être affranchi de mes aprioris . Bien évidemment , car c’est bien connu , votre banquier est votre meilleur ami .  Cette semaine, on a redécouvert le seul et unique album de Sweetmouth.On a commencé par Dangerous, morceau fragile où la métaphore du trapéziste raconte la peur et le soulagement d’aimer, porté par des cordes qui réchauffent la voix de Brian Kennedy.Puis Home to Heartache, entre flamenco feutré et écho d’Elvis, une chanson qui refuse de s’enfermer dans un foyer devenu source de douleur.Avec I Know Why the Willow Weeps, le ton devient plus grave : un rocksteady acoustique où le saule pleureur observe l’indifférence humaine face à la souffrance du monde.Forgiveness a ensuite apporté une respiration, sur guitare acoustique, orgue Hammond et cordes, pour dire l’importance du pardon et du mot qui apaise.Enfin, A Prayer to Saint Valentine a refermé l’album sur une prière inquiète, où l’harmonium sonne comme une fanfare triste, témoin d’un amour qui vacille et que l’on voudrait retenir. Un disque singulier, à la fois discret et profondément touchant, qui reste comme une parenthèse rare dans la fin des années 90.

  37. 1

    Roule Galette #01 - MENDELSON, Quelque part (2000 , Lithium)

    Mendelson était un groupe français fondé autour de Pascal Bouaziz  et d’Olivier Fejoz .  Quelque part est leur second disque sorti fin 2000 .  Il est paru , comme leur premier album l’avenir est devant sur le label lithium label qui nous fait découvrir des artistes tels que Dominique A ou  encore dIabologum .  Ce second album marque une réelle rupture avec le premier , mais on s’apercevra par la suite qu’aucun album de Mendelson ne ressemble à son prédécesseur .  A l’époque de ce deuxième album , le groupe s’est fortement enrichi passant du duo à un quintet . Le propos s’est électrifié , et la tournée Lithium qui a suivi le premier album , en compagnie de Françoize Breut et Bertrand Betsch a poussé le groupe a retravailler pour la scène les morceaux du premier album .  Par ailleurs, Mendelson rencontre Noël Akchoté et Joelle Leandre , qui donnent une coloration nettement plus free jazz à ce disque que son prédécesseur .  L’ambiance y est  pesante , Bouaziz narre un quotidien en se l’imaginant , à partir d’images fugaces et de détails qu’on imagine chopés dans un train de banlieue .  Beaucoup parmi ceux qui ont écouté les disques de Mendelson leur reprochait une facile tendance à la tristesse , là où les adeptes y verront au contraire une incroyable lucidité . D’ailleurs, comme le disait Bouaziz , il n’y a bien qu’en France qu’on demande à la chanson d’être joyeuse ou festive . Le blues ou la country sont autant de genres  populaires , qui  racontent pourtant des histoires particulièrement dures à entendre .  L’album quelque part est mixé par Michel Cloup , de Diabologum , une collaboration qui durera dans le temps puisque les deux hommes enregistreront bien plus tard un album mettant en musique le roman de Joseph Ponthus : à la ligne .  Parmi les milliers de disques dont je dispose ici , Quelque Part est indéniablement un disque important . Tellement important que j’ai décidé de choisir ce nom d’album comme nom pour le  magasin de disques que j’ai tenu pendant 6 ans à Lille .  Je me souviens parfaitement du jour où je l’ai acheté   parmi tant d’autres lors d’une virée à Paris , dans un magasin d’occasion O’CD alors que l’album venait de sortir , ce qui m’a valu de ne pas avoir avec moi l’inlay comportant  les paroles des chansons .  Est-ce pour cela , que j’ai tendu l’oreille plus finement pour comprendre les textes ? Je ne sais pas , Peut-être … Je me rappelle aussi l’incroyable claque que j’avais prise lors d’un concert en première partie de Jay Jay Johanson à Saint Quentin , et de notre rencontre pour une interview, le lendemain à l’escapade d’Hénin Beaumont , du temps où cette salle existait encore , avant de se transformer en une salle de divertissement  années 80’s pour flatter l’électorat du RN .  C’était à l’époque  charnière entre le premier et second album et j’avais été particulièrement marqué  par l’humour désespéré de Bouaziz .  Je vous propose  donc un disque  qui doute , d’hésitation , de questionnement , d’errance .   Un disque tellement loin loin loin loin loin des poses et des hypes , des discours formatés , des certitudes qu’il ne peut que rester intemporel , pour le peu que l’on ose regarder la réalité en face.  voici les 5 morceaux choisis qui en capturent l’essence : Pinto : un classique du groupe et mon premier coup de cœur. La phrase « je ne sais pas » m’a bouleversé – entendre cette hésitation sincère, c’est réconfortant, presque salvateur. Monsieur : électrique et furieux, un concentré de guitares enragées et de sax déchaîné. La phrase qui claque : « Mais monsieur sait très bien que c’est pas ça le problème, le problème, il sait que c’est lui… » Katherine Hepburn : mon morceau préféré. Un dialogue intime avec soi-même, sur les choix et les regrets, cette tension fragile entre ce qui a été et ce qui aurait pu être. Quelque part : le morceau fleuve, point de départ du monumental Les Heures. L’errance, la descente aux enfers, le retour à une vie sans espoir, un voyage intense et hypnotique. Où est passé le week-end : un morceau sombre et essentiel, qui exprime cette impression de temps qui s’échappe, la fin du week-end et le poids de la routine, sans concession ni fard.

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