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PODCAST · society

Cinéma

Chaque semaine, Bill revient avec la critique des films à l'affiche.

  1. 21

    Megalopolis - Coppola

    Cette semaine on va parler d’un film évènement, le dernier Coppola, le film d’une vie, pour ainsi dire, Megalopolis, donc, pari total du réalisateur d’apocalypse now ou de la trilogie le parrain,  pour lequel il a hypothéqué une partie de sa fortune, plus exactement ses vignes, alors on nous présente ça comme un sacrifice et c’en est un si on a des vignes à hypothéquer ,déjà.  Et c’est toujours intéressant de voir ce qu’un réalisateur a à proposer quand il n’est pas bridé par les boites de production.    Et donc que nous propose Coppola pour ce mégalopolis?   Et bien un libre accès sur sa propre mégalomanie peut être? On a le sentiment tout au long du film que le réalisateur est persuadé de proposer ici son chef d’oeuvre, en le soulignant, en le surlignant, en l’encadrant, en d’autres termes, en en faisant des caisses, mais alors vraiment des caisses. je m’égare déjà en jugement avant d’avoir parlé du pitch. Présenté comme un Film sur la décadence et l’urbanisme, et un jeu de conflit l’intérêt et de vision du monde entre César Catilina, interprété par Adam Driver et Franklyn cicéro, dans la ville de new rome, nouveau nom donné à new york    Et ça se passe dans un monde néo-antique    Voilà, un monde néo-antique. Coppola invente le néo-néo-classicisme. Le néo classicisme se présentait comme un retour aux sources de l’art, à la fin du XVIII eme, coppola fait un retour aux sources de retour aus sources, en prenant comme angle d’approche l’allégorie, style considéré à l’époque comme le plus élevé par l’académie. Allégorie qui consiste donc à mettre en image des idées en les incarnant par des figures. Allégorie de la chute d’une civilisation, de la décadence, du pouvoir créatif et du cinéma, allégorie de l’ambition surtout : il y a un peu tout ça dans le projet de mégalopolis   ça fait pas un peu beaucoup?   Si si ça fait beaucoup, beaucoup trop. On pourra pas reprocher Au film de manquer d’humilité. Alors comme allégorie de l’ambition c’est réussi : tout est ici marqué par l’ambition, tout est grandiloquent. Bien sur il y a un travail énorme, chaque plan est ultra léché et a du nécessiter des heures de mise en place, tout est sophistiqué, des mouvements de caméra aux éclairages. Tout est signifiant et fait pour être décortiqué. Comme un film testament qui regorge de ficelles à déméler, qui nécessite une interprétation multicouches, au risque de bloquer un domaine dans lequel Coppola excellait autrefois: la narration   Car tout est ici noyé par les sophistications, pour accoucher d’une esthétique kitsch au possible, et Coppola à arrive  nous perdre totalement dans le propos du film, trop bavard pour qu’on s’y intéresse, trop compliqué pour qu’on soit pris dedans… Comme si, pour son ultime projet, le réalisateur avait combiné tout ce qu’il y a de plus criticable dans son cinéma (au hasard le gout du kitsch érotisant dans dracula, ou l’ambition démesurée du réalisateur déjà palpable dans d’autres films)   Le film a d’ailleurs...

  2. 20

    Le procès du chien

    Cette semaine on va parler du procès du chien, premier long métrage de l’actrice Laetitia  Dosch, avec elle même, François Damiens, Jean Pascal Zadi, Anne Dorval, et le chien Cosmos donc, personnage central du film.  Comme l’indique le titre, il s’agit du procès, véritable et adapté de faits réels en suisse, d’un chien, multi-récidiviste en morsures, (uniquement sur des femmes), mais évidemment adorable 99% du temps.    Un film plutôt pour enfants et ado d’après le pitch non?   C’est ce que la bande annonce laissait penser en effet, donnant l’impression que le film est surtout une comédie familiale. Mais dès l’intro, on sent que le ton est beaucoup plus libre que dans une comédie classique,  le film s’ouvrant par un dialogue assez cru sur les particularités sexuelles des femmes italiennes lors de leurs ébats. j’avoue qu’on s’est dit « merde ça ressemble pas à un film pour les gamins ». Et en fait ça ressemble à aucun genre de film puisque le film est un melting pot de plusieurs registres, de la comédie familale à la fable engagée en passant par le film de procès.     Un film avec un procès et un chien… ça fait penser à Anatomie d’une chute ?    Avec beaucoup plus de second degré, un côté évidemment ubuesque lié à l’absurdité de la situation, puisque c’est le chien qui est invité à comparaitre au tribunal, et la singularité des personnages - Laetitia Dosch qui campe une avocate de seconde zone, et tente de faire de grandes plaidoiries qui se transforment en envolée lyriques, volontairement surjouées et qui ajoutent au ridicule de la situation.  François Damiens est parfait en maitre du chien mi-cas social mi-mal voyant, et jean pascal zadi, qui a quelque chose  du comiqué-né : tout ce qu’il touche devient drôle     Il a pas mal le vent en poupe en ce moment Jean Pascal Zadi   Oui, notamment avec la diffusion de la deuxième saison de sa série Netflix, « en place » :c’est un peu la nouvelle égérie ou coqueluche  de la comédie à la française.  Laetitia Dosch aussi du reste, qu’on a vu, toujours aussi authentique, dans Le roman de Jim, chroniqué ici même il y a quelques semaines. Roman de jim qui a quelques lien avec le procès du chien, de la musique de bertrand belin à son casting, mais aussi par son approche sociale réaliste.  Le procès du chien se veut en effet aussi une fresque sociale, traitant du caractère excessif que prend très vite le débat public, de la polarité des avis, mais aussi de féminisme (pourquoi le chien ne mord que des femmes?), de misère sociale, et évidement de la cause animale, se détournant finalement pas mal de son statut assigné de comédie - comme le casting le laisse entendre - pour devenir une sorte de film ovni   Un film ovni recommandable à nos auditeurs?   Je dirai que le film est singulier et à voir. on est clairement pas sur un chef d’oeuvre, mais sa liberté de ton, son côté hors cases a quand même quelque chose de rafraichissant. Si vous voyez ici le film parcait à voir en famille, vous vous trompez (nos ados ont pas apprécié plus que ça), mais à une heure ou le renouveau français du cinéma passe beaucoup par le film de genre,...

  3. 19

    Beetlejuice Beetlejuice

    Cette semaine on va parler de la sortie évènement du plus grand gothique des cinéastes, Tim Burton. Qui revient donc donner suite, 36 ans plus tard à beetlejuice, avec « beetlejuice beetlejuice ». Quand une suite sort 36 ans après et qu’elle nous ramène à notre enfance, c’est qu’on commence à pas mal vieillir...  Tim Burton sort donc un nouvel épisode à son film le plus emblématique, celui qui a non seulement lancé sa carrière de cinéaste, mais aussi fait découvrir wynona Rider et boosté le parcours prolifique de Michael Keaton.    Et il reprend le même casting pour la suite ?   Oui, en grande partie. Keaton et Rider sont évidemment toujours là, dans les roles de Beetlejuice et Lydia Deetz. La mère de lydia, interprétée par catherine O hara, en artiste contemporaine autocentrée et carrieriste, reste présente dans ce nouvel épisode. Il y a eu des décès dans le synopsis, et on ne dévoilera pas lesquels. Et il y a évidemment des ajouts de rôles, dont les principaux sont ceux de Jenna Ortega, Monica Belluci et Willem Dafoe. Un très gros casting donc.   Ortega c’est bien l’actrice de Mercredi ?    Oui la série récente adaptée de la famille Adams et réalisée entre autres par Tim BurtoN. En la mettant au casting de Beetlejuice, il donne le sentiment de faire une synthèse entre les deux plus gros film gothiques de notre jeunesse (la famille addams et beetlejuice donc). la famille addams, par son esprit a souvent donné la fausse impression d’être liée à Burton des le départ alors que ce n’était pas le cas   le scénario suit le principe du premier épisode ?    Oui dans les grandes lignes, tout l’univers, du scénario au décor, est dans une continuité directe avec le premier épisode. Les effets spéciaux du premier avaient un côté carton pate qui a été bien amélioré, mais qui conserve son caractere artisanal, sans débauche de numérique, et en recourant bien davantage au maquillage qu’aux ordis, que ce soit pour les agraffes de Monica Bellluci ou la cervelle de Willem Defoe. Pour le scénario, on est sur une suite par le biais de la lignée familiale , le pitch étant basé sur la relation mère fille de wynona rider, désormais mère, et de sa fille Ortega, respectivement lydia et astrid deetz, la fille ne croit en rien aux histoires de fantômes, et est saoulée par ce qu’elle considère comme des lubies barges de sa mère. Jusqu’à ce que des évènements la fassent changer d’avis. Le décor est identique, il s’agit de revenir sur les lieux du premier épisode, pour des raisons funestes qu’on ne va pas spoiler.    ça fonctionne ? aussi bien que dans le premier ?    Sur certains points ça fonctionne mieux, sur d’autres moins bien.  Certains aspects du scénario, notamment la rencontre de la fille deetz et de son compagnon, auraient mérité de se voir accorder une plus grande place, tandis que d’autres aspects, présents davantage pour perpétrer l’univers et marquer la fidélité au premier épisode, viennent plutôt amener un peu de confusion à l’ensemble, lui donnant parfois un côté foutrarque qui va certes bien avec les décors et l’atmosphère, mais peut parfois nous détacher un...

  4. 18

    Le Comte de Monte Cristo - Emilia perez

    Cette semaine encore on va parler de deux films, sortis durant l’été mais toujours en salle :  Le comte de Monte Cristo, sorti au début de l’été mais toujours visible dans notre ciné préféré, et Emilia Perez, le dernier film de Jacques Audiard.   On commence par lequel ?   On va commencer par le plus ancien, Monte cristo, du binome Alexandre de la Pattelière et Matthieu Delaporte, un binome auquel on doit notamment le film « le prénom », et auxquels on doit beaucoup de scénario, puisque c’est essentiellement de ce coté là que les deux se sont fait connaitre, ils ont d’ailleurs fait les adaptation en deux volets des trois mousquetaires, eux aussi adaptés de Dumas, mais qu’ils n’avaient pas réalisé.    Et Monte cristo est dans la même veine que les trois mousquetaires?   certains vont diront que oui, parce qu’on est clairement sur des adaptations qui visent des gros scores au box office avec des gros noms au casting et des films à gros budget (plus de 40 millions d’euro pour celui ci (en gros à part les film de besson et les astérix qui sont au dessus on est sur des budget records). Mais perso j’ai vraiment pas aimé les trois mousquetaires et je me suis laissé prendre par le comte de monte cristo   L’argent a été mieux dépensé alors?   Bah c’est assez étrange, parce que les trois mousquetaires, adapté du roman  de  dumas de  700 pages a été adapté en deux longs métrages, alors que Monté cristo; un pavé de 1400 pages a du être adapté en un seul film… mais disons que le casting est un peu le sommet actuel du gros ciné français. Pierre niney reste excellent, Laffite aussi (comme quoi la comédie française a du bon), et Anais demoustier aussi joue très bien. C’est captivant (en même temps on est probablement sur le plus gros roman à cliffhanger de l’histoire de la littérature française), ça marche très bien avec des ados au passage.  Et oui, on peut dire que c’est une bonne adaptation.   Bonne donc, mais pas excellente?   Je crois que pour en faire une adaptation excellente il aurait fallu en faire une série en dix épisodes, le roman est tellement foisonnant d’intrigue et de personnages, d’accroches et de tensions que ça aurait pu faire une série fantastique. là il a fallu évidemment tailler, parfois beaucoup, au point d’inventer des personnages absents du livre pour synthétiser plusieurs intrigues. mais ils s’en sortent bien et c’était loin d’être évident. On peut souligner le,travail des maquillages et effets spéciaux assez dingues pour grimmer pierre Niney en ses multiples identités.    ça reste recommandable ?   oui évidemment, même si je conseillerai de lire le roman avant les adaptations littéraire à gros budgets sont pas toujours réussies, la dernière en date qui m’ait vraiment plu c’était c’était illusions perdues d’après Balzac, et elle avait été massivement récompensé. il y a des chances pour que monte cristo rafle pas mal de césars… À moins que…   À moins que ?    Bah ça nous fait une transition directe avec le second film dont on va parler. À moins que ce soit le Emilia Perez de Jacques Audiard qui rafle tout.    ...

  5. 17

    Rentrée Cinéma 1

    avant de commencer je veux très vite recommander un film qui n’est plus en salle dans la région mais qui est vraiment incroyable, je vais pas faire de chronique dessus mais juste vous inviter à le voir en VOD des que possible, c’est le film Eat the night du duo Caroline pogi et Jonathan vinel , un chef d’œuvre du ciné français indépendant qui traite de la perte de repère entre virtuel et réel, dans un monde partagé entre la drogue et les jeux vidéos, sur fond de romance impossible. Ça ne ressemble à rien de déjà et c’est un portrait de la jeunesse aussi glaçant qu’ incroyable. Voilà pour le voir en salle il faut aller à Paris mais vraiment c’est à voir    Et du coup à voir en salle dans la région il reste quoi ?     Alors pour cette rentrée je vais un peu parler de ce que j’ai pu voir pendant l’été et qui est donc toujours visible en salle, on va faire le grand écart cette semaine en parlant de deux films qui n’ont strictement rien à voir, Alien Romulus, de fede alvarez et le roman de Jim, des frères larrieu.   on va commencer par Alien Romulus, parce que c’est la rentrée et que la rentrée, bah ça fait souvent un peu flipper. C’est le septième opus de la série, après ceux réalisés par ridley scott (3), cameron, fincher et jeunet. La série on le rappelle a été pas mal reboostée ces quinze dernieres années par les deux prequels de Ridley scott: prometheus et alien covenant.    Alien romulus c’est donc un prequel de prequel ?    Non, c’est un intermède, il se situe entre le premier et le second, au niveau chronologique, mais il peut se voir indépendamment, quoiqu’on profite moins des références, et que certains personnages du premier opus se retrouvent par un miracle technologique dans cet épisode. Le pitch n’est pas le plus important donc on va laisser les spectateurs le découvrir de peur de spoiler.   Et ça fonctionne, la série s’épuise pas un peu ?   bah justement non, autant j’étais très réticent sur les alien 3 et 4, mais depuis les prequel de Ridley scott, une nouvelle dynamique a relancé la machine, sans faire dans la redite.  évidemment le cahier des charges est gros, et le principe reste le même: ne pas se faire bouffer par les alien. Mais fede alvarez arrive à donner une dimension 2020 au film, par le casting déjà, ou on retrouve notamment cailee spaeny qu’on avait vu notamment dans Priscilla, mais aussi l’acteur qui campe un androide programmé de multiples fois, ce qui lui fait changer de fonction et de role, David Johnsson. Alvarez et ses acteurs arrivent à se sortir du piège de l’éternelle redite, et puis bon on y va aussi pour flipper et de ce point de vue c’est très réussi. il y a tout un jeu sur la gravité dans le vaisseau qui donne naissance à une scène qu’on peut déjà classer dans les scènes d’ anthologie de film d’épouvante.    Tu recommandes, donc ?    Oui, clairement, et n’attendez pas sa diffusion sur les plateformes : c’est vraiment à voir au cinéma, le plus immersif possible, évidemment pas le type de film qu’on voit dans notre ciné préféré le sémaphore, mais il y a des séances en vost au cgr   Bon et le deuxième film, alors?   ...

  6. 16

    eXistenZ

    Cette semaine, la chronique cinéma se distingue par un format un peu particulier : au lieu de se concentrer sur un seul film, nous aborderons deux œuvres, bien que datant d'époques différentes. Ce choix n'est pas anodin, il s'explique par le cycle de rétrospectives et de ressorties de classiques organisé par le Sémaphore cet été. En ces temps sombres, il est parfois nécessaire de prendre du recul, de se tourner vers le passé pour mieux comprendre le présent et anticiper l'avenir. Ainsi, nous parlerons des "Moissons du ciel" de Terrence Malick et de "eXistenZ" de David Cronenberg.   "Les Moissons du ciel", bien que ne figurant plus à l'affiche du Sémaphore, mérite d'être mentionné. Chef-d'œuvre absolu de 1978, ce film se distingue par une des plus belles photographies de l'histoire du cinéma. Situé dans les vastes espaces américains du début du vingtième siècle, le film de Malick est une parabole sur la manipulation, les mensonges et la trahison. Disponible en VOD, c'est une œuvre incontournable pour tout cinéphile, même si vous avez manqué sa ressortie en salle.   Passons maintenant à "eXistenZ" de David Cronenberg, projeté une fois par jour au Sémaphore pendant quelques semaines. Ce film est emblématique de l'œuvre du réalisateur canadien, abordant des thèmes récurrents comme le corps, les niveaux de réalité, la virtualité et la création. Plongée dans un futur où les consoles de jeu vidéo se connectent directement à la colonne vertébrale et sont constituées de matières organiques, "eXistenZ" propose une réflexion profonde sur le cinéma et ses personnages. Porté par Jude Law et Jennifer Jason Leigh, ce film, bien que datant de 1999, reste d'une étonnante modernité tant sur la forme que sur le fond. À voir absolument.   L'été au Sémaphore est également marqué par diverses rétrospectives et adaptations, notamment des romans de Marcel Pagnol, soulignant l'ancrage régional du cinéma. Une rétrospective d'Akira Kurosawa, avec la ressortie de "Les Sept Samouraïs", côtoie des œuvres de Luchino Visconti et un cycle François Truffaut. Parmi les chefs-d'œuvre projetés cet été, on peut citer "La Garçonnière" de Billy Wilder, "Napoléon" d'Abel Gance ou encore "Paris, Texas" de Wim Wenders.   En parallèle, le festival "Une Salle sous les Étoiles" accueille Michel Hazanavicius en invité d'honneur. Nîmes peut se féliciter de posséder un cinéma d'art et d'essai de cette qualité. À une époque où les pires idées se propagent sur les réseaux sociaux, l'importance de ces lieux culturels est cruciale. Il est impératif de les soutenir, surtout en cette période pré-électorale où la culture, non lucrative et résistante au divertissement facile, est plus menacée que jamais. Aller au cinéma est essentiel, mais voter l'est tout autant pour assurer la pérennité de ces espaces.   Pour conclure, bien que ni Terrence Malick ni David Cronenberg ne soient directement liés, nous écouterons une reprise du magnifique chant de résistance de Leonard Cohen, "The Partisan", interprétée par Electrelane.

  7. 15

    Vice Versa 2

    Cette semaine, nous n'avons pas été au Sémaphore, mais avons opté pour quelque chose de plus mainstream. L'air des vacances arrive, même si on ne le sent pas trop... Bref, nous sommes allés voir Vice-Versa 2, le dernier Pixar. C'est déjà le 28e film du studio, qui avait commencé avec Toy Story en 1995, ce qui ne nous rajeunit pas. Vice-Versa 2 est donc la suite du film de 2015, dans lequel nous suivions, de l'intérieur (c'est-à-dire depuis le cerveau), les diverses émotions de la petite Riley, âgée de 11 ans. Dans ce second volet, Riley a grandi et a maintenant 13 ans...   La crise d'adolescence, donc. Annoncée par une sonnette d'alarme dans le centre de contrôle des émotions, la puberté fait son apparition et adjoint aux quatre émotions du premier volet (à savoir la peur, la joie, la tristesse et le dégoût) son lot de nouveaux sentiments, dominé par l'anxiété, qui tente de remplacer la joie comme émotion principale. Scénaristiquement parlant, ça fonctionne ; difficile de ne pas s'identifier, surtout si vous avez des ados à la maison. À travers la place prépondérante de l'anxiété, toutes les tensions sociales des adolescents apparaissent : l'envie d'être populaire, le rejet des amis... Sans trop dévoiler le scénario, on explore encore les affres du refoulé et des angoisses pour rétablir le très bienveillant (nous sommes chez Pixar) arbre de la confiance en soi.   Le désir, dans ces émotions adolescentes, est le grand absent de cette allégorie des émotions des teenagers. Depuis que Pixar a été racheté par Disney en 2006, il y a eu un certain polissage des scripts, et ici on frôle le puritanisme : le seul désir concerne la place sociale de l'individu dans le groupe. Mais peut-être que Pixar réserve ce sujet pour un éventuel troisième volet. Néanmoins, il y a toujours les éléments absurdes et comiques qui font aussi la pâte du studio, comme la fourchette dans les derniers Toy Story ou le chat-robot dans le récent Buzz l'Éclair. Ici, c'est une boîte à outils hilarante qui permet quelques fous rires pendant le film.   Il est préférable d'avoir vu le premier film pour apprécier le second, car on s'est habitué aux émotions de l'enfance, ce qui rend le contraste avec le second volet plus efficace. Cela apporte une plus grande variété, quelque chose de moins binaire. Vice-Versa avait été un peu trop simplifié comme analyse fondamentale des émotions, par exemple en arts plastiques où il semble acquis que le jaune exprime la joie et le rouge la colère. Donc, qui sait, peut-être que dans quelques années les élèves anxieux adopteront l'orange et les élèves gênés le rose.   Malgré ses bémols, je recommande évidemment ce film. Même si je souligne certains aspects caricaturaux ou manquants, c'est un très bon Pixar, le meilleur depuis quelques années (j'étais resté assez froid devant les derniers). On rit, et certains pleurent même devant le film. Le second niveau de l'allégorie, celle du film et de ses émotions, fonctionne à merveille. On est pris dans le scénario, ses tensions et ses cliffhangers. D'un point de vue esthétique, Pixar casse encore une fois le consensuel en utilisant des registres d'images différents avec la trousse à outils. Ce n'est pas la Confusion des sentiments de Stefan Zweig, mais le film a pour ambition...

  8. 14

    En attendant La Nuit

    Cette semaine, nous allons parler du film "En attendant la nuit" de Céline Rouzet, premier long-métrage de la réalisatrice qui avait jusque-là réalisé un documentaire sur les Papous. Changement de cap donc, avec ce film de genre qui propose au casting Élodie Bouchez, la très en vue Céleste Brunnquell, remarquée depuis 2021 et la série "En thérapie", et Mathias Legout Hammond dans le rôle-titre de Philémon. C'est un film de vampire d’un type assez nouveau, ancré dans le quotidien d’une famille qui doit s’adapter à la condition de Philémon et vivre en marge. Philémon a besoin de sang humain pour survivre. Dès sa naissance, il mord le sein de sa mère... Sa mère lui fait des transfusions quotidiennes, seul moyen pour l’enfant de survivre. En grandissant, Philémon a besoin de plus de sang et sa mère (Élodie Bouchez), qui travaille dans des centres de don du sang, doit voler des poches de sang pour l'alimenter et éviter qu'il ne trépasse. Le film commence par un emménagement dans une nouvelle bourgade pavillonnaire, cernée par les forêts (la Haute-Saône) : nouvel environnement, nouvelle vie et nouvelles rencontres ; autant de points de tension. Par rapport au mythe du vampire, on sait d’emblée qu’on a une adaptation pour le film : c’est uniquement la lumière directe du soleil que doit éviter Philémon, qui porte régulièrement une veste et une casquette pour s'abriter, même en plein été. Le travail sur la lumière et l’image est assez remarquable. Pour le chef opérateur Maxence Lemonnier, c’est aussi un premier long métrage. Le défi du film de vampire tourné essentiellement dans l’obscurité est relevé par des jeux de demi-jours, de tentures, de tissus tendus sur les fenêtres qui apportent une touche colorée. Il y a une grande hype du film de genre depuis quelques années. Loups-garous avec "Teddy", requins récemment avec le nanar de Netflix, invasion de criquets dans "La Nuée", film gore de série B avec "Coupez !" de Michel Hazanavicius, film fantastique avec "Le Règne animal" : le film de genre envahit les salles obscures et amène un vent de renouveau sur le cinéma français. Le film de Céline Rouzet maintient les tensions érotiques caractéristiques du genre, qu’il s’agisse de "Nosferatu" de Murnau, de "Dracula" de Coppola, ou encore de "Only Lovers Left Alive" de Jarmusch, qui semble avoir particulièrement marqué "En attendant la nuit", notamment d’un point de vue sonore. Ici, on est à l’heure des premiers amours et c’est la rencontre de Philémon avec Camila (Céleste Brunnquell) qui va être un des détonateurs de tension, l’autre étant l’approvisionnement en sang de la mère infirmière. "En attendant la nuit" est souvent comparé à "Le Règne animal" en raison de nombreux thèmes communs : le déménagement, le fait de cacher sa singularité, le fantastique qui s’immisce dans les relations familiales et sentimentales, la manière d’intégrer cette thématique à un univers plausible et réaliste. Le traitement du film est en marge de ce que l’on a l’habitude de voir dans le cinéma français ou franco-belge. Les bandes annonces de "Le Règne animal" en plein tournage de "En attendant la nuit" ont...

  9. 13

    La petite Vadrouille

    J’ai changé mes plans par rapport à ce qui était prévu la semaine dernière, donc on ne va pas parler de Christophe Honoré mais de *La Petite Vadrouille*, le dernier film de Bruno Podalydès, avec lui-même, son frère Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain et Daniel Auteuil, nouveau venu dans cette troupe. C’est le troisième film en trois ans pour Podalydès, après le très réussi Les 2 Alfred et Wahouuuu, qui m’avait laissé un souvenir plus mitigé. Il vient de sortir son dernier long-métrage, La Petite Vadrouille.   Le film pourrait être vu comme une comédie populaire, mais plus modeste et plus humble que celles qui dominent souvent le box-office. Il y a une filiation avec le vaudeville du film de Gérard Oury, mais ici l’esthétique est celle du bricolage. Le pitch est le suivant : une bande de bras plus ou moins cassés, tous en difficultés financières, vivote, l’un essayant de créer une base nautique itinérante, un autre étant gardien de musée et tentant d’exposer ses propres toiles, une autre donnant des consultations express d’hypnose en visio. Le burlesque propre à Podalydès est synthétisé dans cette galerie de personnages, accompagnés par le couple Kiberlain-Denis Podalydès, qui bat légèrement de l’aile. Kiberlain incarne une working girl réputée pour ses talents d’organisation. Un PDG millionnaire lui demande d’organiser un week-end romantique pour lui et une femme qu’il convoite, moyennant une somme en cash de 14 000 euros. Toute l’équipe d’amis brinquebalants se voit attribuer des rôles pour organiser cette croisière romantique, tout en tentant de racketter et d’arnaquer le PDG.   Comme souvent chez Podalydès, il y a matière à une série de prétextes pour appuyer sa comédie. Toutefois, il a voulu rajouter un second axe, celui de la jalousie du couple, ce qui l’éloigne peut-être de ce qu’il sait faire de mieux : la critique du monde contemporain par l’absurde. On rigole évidemment, mais davantage au début qu’ensuite, au fur et à mesure que la péniche passe les écluses, le film ayant parfois tendance à se répéter. Tout reste juste et fidèle à son cinéma, avec Bruno Podalydès parfait en capitaine de pénichette qui se prend pour un capitaine de paquebot. Il y a une réflexion sur la fiction et la mise en scène dans ces rôles donnés à chacun, interprétés avec une maladresse parfaitement jouée, qui suffisait largement à faire un bon film sans vouloir rajouter des situations plus communes. Mais c’est aussi là l’humilité de cette Petite Vadrouille :  ne pas chercher à se distinguer à tout prix.   Il y a une patte et une singularité tant du réalisateur que de ses acteurs. On sent l’amitié entre eux, de films en films, les comédiens fidèles restant les mêmes, comme une petite famille ou une petite troupe. Il y a aussi une réflexion sur le cinéma qui est sous-tendue derrière, mais on n'est pas loin du « bon divertissement ». Je recommanderai les Podalydès quoi qu’il arrive, mais c’est un film mineur dans la filmographie du réalisateur.   Pour la musique, il y aurait eu le choix entre plusieurs morceaux interprétés par l’orchestre des bras cassés de cette croisière en péniche, comme une version...

  10. 12

    Riddle Of Fire

    Cette semaine on va parler d’un film qui est sorti déjà depuis un moment, exactement depuis la mi-avril, mais qui reste diffusé dans certaines salles de la région. Initialement présenté au festival de Cannes 2023 ou il était nominé pour la caméra d’or, qui récompense les meilleurs premiers films. Il s’agit de Riddle of fire, en français l’énigme du feu, le premier film de Weston Razooli, qui joue également un second rôle dedans.  C’est Un long métrage familial dans le meilleur sens du terme, parce que on va pas se cacher que derrière le genre « film familial » se cachent souvent des navets de première catégorie. Mais là pas du tout,  et c’est donc hyper bienvenu si vous cherchez une idée de film à aller voir avec vos ados ou préados   J’avoue que ce titre peut faire peur au début, ça sonne héroïc fantasy et même s’il y a des aspects fantastiques dans le films, on est pas ici dans un monde de trolls  L’enigme de départ est toute bête et ô combien classique pour des ados contemporains: il s’agit de craquer le code parental  permettant de dévérouiller la télévision. Pourquoi ? Pour jouer à une nouvelle console de jeu, la bien nommée angel, dérobée dans la réserve du fabricant de jeux vidéos OTOMO par le trio d’ado du film. Tout est fait pour que l’on ait envie de découvrir avec eux le jeu vidéo énigmatique en question. La quête du film sera de parvenir à ce grâal, en soudoyant notamment la maman, grippée, qui accepte de donner le code de la télé en échange d’une tarte aux myrtilles. Une tarte dont la confection deviendra un roman d’aventures,  par une succession d’étapes rendant le chemin du désir plus aventureux et ludique que son objet final. En d’autres termes, la quête pour arriver à dévérouiller la télé est un enchevêtrement de péripéties de plus en plus marquées par le sceau du fantastique et du magique, qui rendent la finalité de la quête; à savoir jouer à ce jeu vidéo, bien morne au regard de ce que va devoir traverser la bande d’adolescents   Le film a été comparé aux Goonies, et  effectivement on est sur une aventure, centré sur des adolescents , centrée également sur un territoire bien américain, le Wyoming.  il y a une idée de quête, de voyage presque initiatique, un caractère fantastique également qui peut nous évoquer par exemple Stranger Things , notamment parce que la bande son est très marquée par les synthés des années 80. Mais ce qui différencie Riddle of fire de ces  gros noms  c’est son esthétique estampillée cinéma indépendant. ça le différencie mais c’est surtout ce qui fait son charme et sa singularité. On est loin des blockbuster du genre. Les effets spéciaux sont fait  maison,et  le film est intégralement tourné en 16mm, un format réputé plus économique.     Ce  format est devenu rare mais il a fait les grandes heures du renouveau du ciné indépendant ou de genre , mais aussi de reportages. Cela donne à l’image une esthétique presque vintage, mais aussi onirique, légèrement flou par moment, ce qui colle avec l’atmosphère  qui traverse le film. En...

  11. 11

    Le Deuxième Acte

    Quentin Dupieux, troisième film déjà sur cette année scolaire, après Yannick et Daaaaali, dont on a parlé ici il y à quoi ? Deux -trois mois maximum. Le bien nommé "deuxième acte", peut-être pour former un pont avec Yannick, qui incarnerait le premier. Ce n'est pas une suite mais il y a quelques motifs, chers à Dupieux, qui se téléscopent d’un film à l’autre. La présence d’un flingue, déjà, la présence de Raphael quenard également, et la mise en abyme, mais ça c’est quasi inhérent à l’ensemble de sa filmographie. Dans Yannick, mise en abyme de l’envers du décor du théatre dans un film de cinéma, et dans le deuxième acte, coulisses d’un tournage sans que l’on sache si cela ressort de la fiction ou de la réalité. Un casting renouvelé pour Dupieux Vincent Lindon, qui selon les degrés de lecture incarne un banquier volubile, un acteur à l’égo démesuré ou un troisième aspect qu’on ne va pas dévoiler ici mais qui est assez inattendu, exceptionnel dans sa faculté d’adaptation au cinéma de Dupieux. Lea Seydoux qui campe ici une actrice assez insupportable, une diva -rôle pour lequelle elle est assez crédible il faut en convenir- aussi détestable que détestée. Louis Garrel enfin, un peu plus en retrait dans le film, soucieux de son image, les dents rayant le parquet. Et Raphael Quenard donc, fantastique. Je pense qu’ils ont trouvé le binôme parfait avec Dupieux, ils sont fait l’un pour l’autre. les dialogues de Dupieux sont hilarants, de bout en bout, la salle était particulièrement hilare et moi le premier. Et puis il faut parler de Manuel Guillot, dans le rôle d’un figurant en surdose de stress, qui perturbe l’ensemble du tournage… C’est le genre de film qu’on a envie de refaire, dont on a envie de commenter les scènes avec des personnes qui l’ont vu, les passages les plus hilarant, mais je n’ai vraiment pas envie de couper le plaisir du spectateur en en dévoilant ne serait ce qu’un peu. Tout est hyper ecrit, les situations, les dialogues, jusqu’au cadrage hasardeux tout au long du film qui trouve sa justification… Disons que Les rares scènes que j’avais pu voir en avant-gout en dévoilaient déjà un peu trop à mon gout, et que à part vous dire d’aller le voir, j’ai du mal à en faire un commentaire. Disons que c’est un film qui se passe d’analyse ou d’explications. Ça ne veut pas dire que c’est un film sans profondeur ou degré de lecture. Au contraire. Mais venir rajouter une quelconque glose qui orienterait l’interprétation ou la lecture n’aurait pas de sens et n’apporterait rien au film. La conférence de l’équipe du film avait quelque chose de lunaire, lors de la présentation à Cannes, au point qu’on peut se demander si elle ne participait pas elle même d’une mise en scène, d’un jeu sur le degré de réalité du film. Mais comme le dit Dupieux qui a l’impression que les gens vont davantage voir ses films s'il en parle moins, j’ai aussi envie d’en dévoiler le minimum pour laisser le spectateur en profiter un maximum Et sans aucune contre indication, courrez voir le film, même si vous avez du mal avec Dupieux. On n'est pas dans un humour aussi décalé que sur certains de ses films les plus barrés, mais on rit du début à la fin, presque sans...

  12. 10

    Le Mal N'Existe Pas

    Le dernier film de Ryusuke Hamaguchi était attendu par la critique, après le très acclamé Drive my car, qui avait eu l’oscar du meilleur film étranger et le prix du scénario à Cannes en 2021.  Son successeur a de ce point de vue comblé les attentes en raflant le prix de la mise en scène à la Mostra de Venise. Initialement, le film devait simplement consister à mettre des images sur la musique de Eiko Ishibashi, compositrice attitrée du réalisateur, qui souhaitait d’une certaine manière illustrer cinématographiquement ses compositions. Et peu à peu cela a donné une trame à cette fiction admirable qu’est le mal n existe pas. Fable écologique? Un peu, mais je crois que c’est beaucoup plus qu’un film à thèse. Le pitch, rapidement : on suit une petite communauté rurale japonaise, en marge du tempo effréné mondialisé, par le biais d’un père veuf, Takumi, et de sa fille, Hana. Takumi est homme à tout faire et aime marcher avec sa fille, en lui apprenant notamment à nommer les végétaux. Ils côtoient également une cantine, restaurant de nouilles udon cuit dans l’eau de source, le tout dans une forme de simplicité telle qu’elle a paradoxalement quelque chose de marginale. Jusqu’au jour ou un projet de glamping, venu de la capitale, et vendu par des communicants vient entraver cette tranquilité quotidienne Le glamping?? C'est un concept de camping-glamour, ou glamour camping donc; de cette famille de projets maquillés en vert, du green washing à la sauce kawaï, qui sous couvert d’offrir une parenthèse déconnectée à des vacanciers, vient détruire tout un écosystème. Sans en dévoiler trop, il est question d’eaux usées qui viennent se repandre dans l’eau de source potable des habitants, celle également dans lesquelles sont cuites les fameuses nouilles Udon de la cantine, et les échanges entre l’abstraction des communicants, et la réalité concrète des habitants sont aussi poignants que merveilleusement interprétés. "Le mal n’existe pas"? C’est toute la force poétique du film : loin d’être comme je le disais un simple film à thèse ou un pamphlet avec d’un côté les gentils ruraux et les méchants citadins, il y a toute une forme de subtilité, mais aussi d’ironie, de retournement de positions, qui en font un film presque choral. Avec un mélange de tendresse et d’ironie, on voit ainsi le communiquant Tokyoïte reconsidérer sa carrière une fois qu’il a coupé une buche, comme si cela faisait de lui un rural. Evidemment, il y a une fable sur le crépuscule écologique que l’on est en train de vivre, et sur l’inconséquence des comportements, mais le mal en tant que tel ne semble pas inhérent aux hommes, si ce n’est par maladresse, comme en témoigne la scène finale, où il est question d’un cerf, puisqu’il s’avère que le lieu d’implantation du fameux glamping est sur le passage des cerfs. Vous pouvez y aller en courant, y compris si vous avez peur des films plutôt lent et contemplatifs. Le générique de début, des arbres en contre plongé avec la musique hypnotique de Ishibashi relève de la magie pure, et nous fait pénétrer lentement dans l’univers du cinéaste, à la manière d’un sas de décompression. Et la manière de mettre en scène les promenades avec...

  13. 9

    Drive Away Dolls

    Drive Away Dolls, le dernier film, ou plus exactement le premier en solo, de Ethan Coen, l’un des deux frères Coen donc, les deux ayant décidé de s’accorder une pose en duo, puisque Joel a sorti l’an dernier son adaptation de Macbeth de shakespeare, qui a eu un gros succès critique. Ethan Coen était de son côté surtout considéré comme un scénariste pour les frères Coen, les deux n’étant crédités comme réalisateurs que depuis Ladykillers, en 2004. Et le solo parapport au duo, ça change pas mal de choses, et sans vouloir trop caricaturer, on pourrait dire que Ethan conserve le côté potache et burlesque du duo, là où Joel, avec son Macbeth, activait plutôt le côté cérébral (en même temps il adaptait Shakespeare). Important à souligner,  Ethan n’a pas travaillé seul, mais avec sa femme, Trishia Cook, productrice et scénariste du film, et auparavant monteuse de nombreux films du duo. L’univers des frères Coen en version queer Il y a un peu de ça, et le réalisateur a été critiqué pour cette transposition facile qui permet selon certains de redorer une réputation un peu trop oldschool et jusqu’à présent trop centrée sur des personnages masculins. Le pitch, pour le résumer, raconte le voyage d’un duo lesbien, l’une extravertie et amatrice de coup d’un soir, qui vient de se faire larguer par son ex policière, l’autre est romantique et grande lectrice, mais aussi beaucoup plus cérébrale. Les deux vont se retrouver, par un quiproquo très "coénien" en possession d’une mallette dont on taira le contenu, mais qui s’avère être très convoitée, par des brigands aussi violents qu’incapables.. Un accueil critique... désagréable! Disons que l’approche du film est pas franchement dogmatique, donc peu étonnant qu’il se prenne un peu un revers critique. Les frères Coen n'ont pas trop la réputation d’écrire leur scénarios avec des sensitives readers (les personnes qui examinent les livres avant publication pour s’assurer qu’elles ne soient ni trop offensantes, ni trop porteuses de stéréotypes). Et oui, il y a des stérotypes dans Drive Away Dolls, presque à l’excès, de l’équipe de soccer féminine intégralement lesbienne, aux conservateurs catholiques de Floride. Certes, l’humour est aussi potache que phallique, mais la force de Ethan Coen est à mon sens de foutre un coup de pied dans les stéréotypes tout en les montrant, d’en rire plutôt que de s’en offusquer. Et je dois dire que ça marche bien, aussi parce que le mec n'en est pas à son premier scénario. Il y a un vrai travail sur les personnages, les brigands imbéciles et presque débiles, la féministe engagée, sa compère plus réservée. Et il y a la présence de Henry James, écrivain américain qui a notamment écrit des autoportraits transposés au féminin, qui vient un peu chapoter le film. A noter qu’au générique de fin Ethan Coen change le titre du film de Drive Away Dolls en Drive Away Dykes (qu’on pourrait traduire par "Gouines en cavale" et qui a été refusé par la prod comme titre) tout en le présentant comme un film… de Henry James. Doublement irrévérencieux donc tant par le langage que culturellement. Mais une irrévérence qui libère un peu quand...

  14. 8

    Pas de Vagues

    Cette semaine, encore un film de collège avec Pas de Vagues, le film de Teddy Lussi Modeste, sorti le 27 mars 2024, avec François Civil dans le premier rôle, celui de Julien, un prof accusé de harcèlement sur une de ses élèves de collège. Quelques semaines après la salle des profs, on est donc encore face à un film avec des tensions vécues à la première personne, encore un film ou le personnage principal est amené à totalement perdre pieds à cause de la quantité de pression subies ET du système qui déraille. Plutôt une bonne chose à mon sens, encore quelques films sur des profs qui pètent les plombs tant ils sont broyés de toute part et on de rait peut être commencer à les prendre en considération De la polémique mais en même temps les films sur les profs font facilement polémiques comme genre, alors un film de collège sur un prof accusé de harcèlement, ça fait double effet. On a reproché, d’un côté de l’échiquier politique, au film de décrédibiliser la paroles des accusatrices à l’ère de metoo, en allant jusqu’à le présenter comme un anti metoo. Et de l’autre côté de l’échiquier politique, disons le côté de beaucaire quoi, on lui a reproché (attendez c’est drole) d’avoir choisi je cite « les seuls élèves blancs du collège dans le rôle des diffamateurs ce qui serait très drôle si le parti qui fait ce genre de critiques faisait moins de voix que le parti animaliste mais ce n’est hélas pas le cas. Que le sujet crée la polémique je ne sais pas si c’est voulu. Le réalisateur, qui vient de la communauté des gens du voyage, dit lui même qu’on l’a accusé à la fois de faire un film woke et anti-woke. Mais je n’ai pas encore détaillé le pitch. Le prof de français, incarné par François Civil, est accusé de harcèlement par une élève, et sa seule faute est d’avoir disons invité ses élèves les plus sérieux et volontaires au kébab. Les accusations sont vites accompagnées de menace de mort et la hierarchie, en l’occurence le proviseur, mais aussi les autres collègues font totalement l’autruche. le fameux « pas de vague de l’administration » Le film est inspiré de faits réels et, gros avantage pour un film sur le collège, Teddy Lussi Modeste a grandi en cité, été enseignant et cela se voit assez vite dans les scènes de classe, vraiment crédibles pour une fois, y compris dans la manière de montrer comment un cours peut partir en sucette. Le  reproche fait à Julien, le professeur de français est double: en plus du harcèlement pour lequel il est incriminé, on lui reproche d’avoir caché son homosexualité à ses collègues. Alors évidemment à de nombreux moments on se dit qu’il y a des failles scénaristiques, la principale de mon point de vue,  c’est que si le type est pas masochiste dans un cas comme ça il se met en arrêt immédiatement, mais après tout, il peut ne pas le souhaiter. Mais l’ensemble est tellement ubuesque que finalement ces points scénaristiques arrivent à passer dans la machine à broyer. Civil joue parfaitement la descente aux enfers vécue par le prof, passant progressivement d’une bienveillance absolue à une...

  15. 7

    Chroniques de Téhéran

    Le nouveau film de Ali Asgari et Alireza Khatami: premier film iranien depuis que j’ai la chance d’animer ces chroniques, mais certainement pas le dernier,  la qualité du cinéma iranien étant particulièrement vive ces dernières années. Que l’on songe à un héros, de Asghar faradi, la loi de téhéran ou leila et ses freres de saheed roustayi ou encore aux nuits de mashad du danois d’origine iranienne Ali abassi, on peut dire que les films marquants venus de cette partie du globe sont nombreux. On aurait aussi pu citer le film précédent du duo Asgari-khatami, juste une nuit, sorte de fiction documentaire nous racontant le quotidien d’une jeune mère iranienne cherchant à cacher son bébé à ses parents. « Chroniques de Téhéran », c’est un portrait de la ville, au travers de ses habitants, qui ont simplement en commun de vivre dans la même mégapole. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un long plan en accéléré du lever du jour sur la capitale iranienne, avant de nous proposer une série de 9 saynètes, qui pourraient faire penser à un documentaire par leur simplicité. Le film est un ciup de point aussi efficace que basique, tourné en sept jours. Chaque saynète est  tournée en plan fixe, caméra braquée sur une seule personne, son interlocuteurs étant en hors champ. Rien ne les relie d’autre que le lieu dans lequel elles sont tournées à savoir téhéran. Ces neuf saynètes prennent sens en les assemblant. Au hasard: Une pré-ado qui danse devant un miroir, casque hello kitty lumineux sur la tête et sweat Mickey Mouse, dans un magasin ou sa mère lui achète la tenue islamique pour son entrée à l’école. cela donne le ton : scène ubuesque, incompréhension de l’enfant. Autre saynète; Un jeune père vient déclarer la naissance de son fils pour  lui donner le nom de David, et on lui en suggère une série d’autre noms…  un homme est prié de montrer ses tatouages et de les expliquer, pour prouver qu’il est sain d’esprit afin qu’on puisse lui délivrer un permis de conduire, un scénariste se voit contraint de reprendre tout son film pour être dans la lignée du coran, mais même une scène adaptée du coran est jugée à reprendre. Je n’en dévoile pas trop  On rit devant de nombreuses séquences, au début  on est horrifié peu a peu, par d’autres d’autre, elles ont toutes en commun un caractère ubuesque, une absurdité des demandes. Et l’ensemble rend la situation carrément oppressante Par l’absurdité qu’elle dégage, c’est une critique de l’administration à la Kafka, mais elle est doublée d’un sacré coup de poing critique adressé aux oppresseurs religieux. Le mélange des deux donne une vision terrible de la situation dans la ville, ce qui en ressort c’est cette double impression d’étau administratif et religieux, mais aussi une forme de peur de la part de ceux qui prennent les décisions peur de la hiérarchie au dessus qui leur fait faire des choses aussi improbables que celles d’interdire les chiens. Le film est assez court, une heure et quart, découpé en neuf saynètes, chacune aussi improbables les unes que les autres, la photo est très belle et le jeu d’acteur très maîtrisé, donc non seulement on ne s’ennuie pas, mais on...

  16. 6

    La Salle Des Profs

    Avec sa « salle des profs », le réalisateur allemand Ilker Katak nous propose un thriller psychologique oppressant, en huis clos intégral - et assez magistral, dans un collège. Un mélange de genre assez rare Oui, et pour en avoir vu beaucoup, par intérêt ou déformation professionnelle, les films sur le collège sont presque devenus un genre à part entière, en tout cas dans le cinéma français récent. Qu’il soient  réussis ou non, et qu’il s’agisse de comédie  comme  « la vie scolaire », de tableau à vocation réaliste vu du côté des profs, avec « un métier sérieux » de Thomas Litli, ou de fresque sociale comme « entre les murs » de Laurent Cantet, palme d’or en 2008 et l’une des inspirations du film de Katak, le film de collège passe rarement inaperçu et semble même devenir bankable pour les productions, puisqu’il en sort encore un nouveau dans deux semaines, dont on reparlera ici: «  pas de vague », avec François Civil. Ici le film de collège n’est pas une fin en soi, c’est un cadre, un espace, qui vient servir de lieu au déroulement d’un scénario aussi réaliste qu’oppressant, tiré au cordeau tout au long de l’ heure quarante de film. c’est un peu comme si on faisait infuser dans le film de collège une haute dose de ce que le ciné allemand ou autrichien a peut être su produire de meilleur,  à savoir des thrillers psychologiques à rester scotché sur son siège. Michael Haneke est passé par là; et de Funny Games à Benny’s video, l’influence du cinéaste autrichien sur celui de katak est évidente. Nulle violence physique, ou très peu, cependant, ici. Tout est affaire de pression psychologique, d’oppression mentale, vécue par la personnage principale, Carla Nowak, interprétée par léonie Benesch, que l’on a pu croiser dans The crown ou encore dans le ruban blanc, de michael haneke justement.  Une oppression progressive qui confine peu à peu à l’irrespirable pour la personnage principale et pour le spectateur également. Au travers du collège et de ses dérèglements, ce sont toutes les failles d’une machine, administrative, étatique, mais surtout humaine, qui sont auscultée ici.  Des failles qui s’immiscent dans les interstices aussi étroit soit il. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une démonstration mathématique, pour savoir s’il existe quelque chose entre un 0,99999 9 et une  et le nombre 1. Clara novak est enseignante de maths et de sport (en allemagne les enseignants font deux matières), et elle incarne cette rigueur mathématique et sportive dans sa droiture. c’est par volonté de justice et bienveillance qu’elle en viendra à se détourner un moment de sa droiture, un écart infinitésimal dont les conséquences la dépasseront. Un espace minuscule qui,laissera pourtant entrer tous les vents et leurs contraires Sans vouloir trop en dévoiler sur le film, disons simplement que ce huis clos dans un collège permet d’en faire une forme de société réduite, avec ses règles, le règlement intérieur propre au collège, ses propres médias avec le journal des élèves, ses conférences de presse avec les réunion parents profs, qui se transforment peu à peu en tribunaux. Ses travers...

  17. 5

    L'Empire par Bruno DUMONT

    Deux ans après son film France, avec Léa Seydoux, qui avait déjà divisé l’opinion, Bruno DUMONT revient avec un long métrage qui parle d’extra-terrestre, tout en étant lui même un objet filmique non identifié… Plus précisément, le film raconte l’affrontement , dans le nord pas de calais, de deux catégories d’extraterrestre, des maléfiques et d’autres plus bienveillants. C’est une sorte de croisement entre un film d’auteur, un film grotesque, et une série-b de science fiction.   Le film a été un peu vendu comme un soap opera, genre « Star Wars chez les Ch’tis ». Et pour cause, il y a beaucoup de références à Star Wars: la forme des vaisseaux, les plans dans l’espace, et évidemment les sabre lasers. Dumont semble avoir découvert les effets spéciaux numériques et s’amuse beaucoup avec… Un peu trop même, probablement…   Côté effets spéciaux donc, et bien disons peut-être du star wars de la première époque, et encore il y avait un côté artisanal qui fonctionnait très bien, alors qu’on est ici dans du 100% numérique, mais sans le budget de LucasFilm ou Disney. Résultat, ça peut parfois être indigeste… même s’ il est évident qu’il s’agit d’une volonté du réalisateur, qui s’amuse de l’abus d’ effets jusqu’au grotesque. L’esthétique, ou même le jeu des acteurs chez Dumont sont de toute façon loin de faire consensus.     Une des marques de fabrique de Dumont, c’est de s’entourer, en partie, d’acteurs non professionels. Et cela marchait très bien dans le passé, avec Ptit quinquin notamment. Mais on est là dans un autre registre, certaines répliques sont bafouillées par les acteurs, qui se coupent parfois dans leur texte sans que ce soit corrigé au montage. Ce qui est génant c’est le contraste avec le jeu des comédiens professionnels, les extraterrestres étant interprétés par Fabrice Luchini, camille Cottin, Lyna Khoudri ou Anamaria Vartolomei. Ce Contraste crée un sentiment de malaise - certes voulu et souligné, mais qui peut empêcher d’être pris par le récit du film. Parce que cette esthétique du burlesque à l’excès, hilarante quand elle souligne l’absurde du quotidien, ne colle pas du tout avec l’univers de science fiction proposé ici.     C’est vrai qu’il y a une grande vague de films de genres qui traverse le cinéma français depuis quelques années, on pense à la nuée, puis acide de just philippot, ou évidemment au règne animal de Thomas Cailley. Et on pouvait espérer voir ce que Dumont donnerait en s’aventurant dans le film de genre. Mais le réalisateur n’est pas du type à aimer les classifications et propose un film totalement hybride, d’une singularité telle qu’il ne ressemble a rien de fait jusqu’à lors. C’est sa principale qualité, surtout si vous cherchez, chez un réalisateur, l’innovation et la manière certaine de se démarquer du tout venant. Mais vous pouvez aussi trouve ça particulièrement long, ou même lourd.   Dans l’ensemble, la déception est grande. Bien sûr, ça fourmille d’idées, d’innovations, les vaisseaux extraterrestre par exemple, entre star wars et...

  18. 4

    Daaaaaalì

    Cette semaine on va parler du dernier film de Quentin Dupieux, Daaaaaali, avec six fois la lettre a, comme le nombre d’interprètes qui jouent le rôle de l’artiste : Édouard Baer, Jonathan Coen, Gilles Lelouche, Pio Marmai, Boris Gillaud et Didier Flamand. Leur temps à l’écran est assez inégal, et c’est surtout Jonathan Coen et Edouard Baer qui se partagent la majorité du rôle. il faut admettre qu’ils sont les deux acteurs les plus convaincants pour incarner, avec leur excentricité naturelle, le rôle de dali.     Un biopic ?   Si vous allez voir le film en souhaitant approfondir votre connaissance de l’oeuvre du peintre, vous risquez d’être déçu. Le film est plutôt un prétexte pour Dupieux, lui permettant de rendre hommage à l’existence excentrique du peintre, plutôt qu’à son oeuvre, mais aussi de souligner sa filiation avec Luis Bunuel, le réalisateur avec lequel Dali a co-réalisé un chien andalou, chef d’oeuvre du cinéma surréaliste.   Il y est question d’une interview, puis d’un film, qu’une jeune journaliste, incarnée par anais demoustier, souhaite faire sur l’artiste espagnol. Les obstacles pour parvenir à la réussite de cette interview sont nombreux, allant de la taille de la caméra au caractère totalement mégalo de Dali. Le scénario est loin d’être linéaire. Dupieux joue avec le comique de répétition, les motifs changent légèrement d’une scène à l’autre, soulignés par la bande originale. Le rêve d’un prêtre, par exemple, permet une mise en abyme comique : on ne sait plus si l’on est encore dans le récit du rêve ou dans un retour à la réalité. L’exploitation de cette frontière entre réel et irréel est une des constantes du cinéma de Quentin Dupieux, dont la filmographie s’agrandit à une vitesse ahurissante.     Une sortie tous les six mois, récemment : Incroyable mais vrai, Fumer fait tousser, Yannick, et donc Daaaaali sont tous sortis ces deux dernières années. Il y a plusieurs registres chez Dupieux, certains spectateurs vont préférer ses films avec un propos discernable, comme Yannick, d’autres préfèreront ses sorties outrageusement ridicules, à se tordre de rire, comme Mandibules  ou Fumer Fait Tousser, (à condition évidemment d’adhérer à l’humour ubuesque du réalisteur ultra-productif).   Et alors est ce que ce Daaaaaali est un bon Dupieux?   On peut dire que c’est un Dupieux plus mainstream, servi par un casting deluxe, le réalisateur semblant donner envie à toutes les plus grosses stars du cinéma français de jouer pour lui. On rigole évidemment en regardant Daaaali, mais on n’atteint ni les sommets comiques et ridicule d’un mandibule, ni la profondeur inquiétante de films comme le daim ou réalité. On est dans un humour qui rend hommage au surréalisme, flirtant parfois avec la citation. Dupieux vise peut-être un surréalisme trop historique, qui nous fait penser au fantome de la liberté de Luis bunuel, mais en moins vindicatif et critique, là ou certains de ses autres films savaient allier l’absurde avec le grotesque, donnant forme à un amas de conneries hilarantes finalement plus authentiques.   Plutôt une déception donc?   Un film de Dupieux, même mineur, fait toujours du...

  19. 3

    La Zone d'Intérêt

    Nouveau film de Jonathan Glazer : « La zone d’intérêt ». 10 ans déjà depuis le dernier film de Jonathan Glazer, qui avait sorti en 2014 « Under the skin », véritable ovni cinématographique quasiment sans dialogue, avec Une scarlett Johansson en extraterrestre masculinicide. Jonathan Glazer qui a un parcours un peu particulier puisqu’il s’est fait connaître en réalisant des clips, et pas des moindres, de Radiohead à Björk en passant par Jamiroquai ou Massive attack.   Son passé de réalisateur de clips présent dans ses films?   Cela a donné des premiers films à la force visuelle très marquée, par exemple « Birth », chef d’œuvre sur le deuil, avec Nicole Kidman. Des films avec une place laissée au son très importante, et un certain goût pour l’utilisation de fréquences basses anxiogènes, notamment.     La zone d’intérêt   Le sujet du film est tel que Jonathan Glazer n’a pas voulu l’esthétiser. Il s’agit de la vie quotidienne d’une famille, la famille de Rudölf Höss, commandant du camp de concentration d’Auschwitz, dont on suit le quotidien, dans leur belle propriété au jardin bucolique et aux pièces multiples, qui jouxte le camp de concentration. Qui le jouxte pour le film mais également dans la réalité puisque la zone d’intérêt, qui a demandé à Glazer dix ans de travail, a été tournée dans la propriété en question. On aperçoit ainsi les miradors et cheminée des camps depuis le jardin. Mais on ne pénètre jamais à l’intérieur des camps dans le film. Les camps sont en hors champ uniquement suggérés par les sons (des fusillades, des bourdonnements, des cris, qui viennent non pas interrompre mais faire un fond sonore au quotidien de la famille), par la présence des murs barbelés qui clôturent le jardin ou par des détails du quotidien (telle la bonne qui nettoie les bottes du commandant, pleines de sang). Et cette suite de détails qui viennent s’amonceler rendent peu à peu le film glaçant. Le caractère insensé de cette famille qui semble ne voir que sa carrière pour l’homme, que son confort pour la femme, occultant absolument et intégralement l’extrême proximité des camps. Pour éviter de donner une quelconque chaleur à ses images, Glazer compose son film de plans uniquement filmés sur pieds, dix caméras étaient présentes dans la maison, et une soixantaine de micros, les équipes techniques réalisateur y compris, se situant à l’extérieur.     Un peu comme une téléréalité   Glazer lui même dit s’être inspiré de ces procédés. La composition des plans est froide, rigoureuse et géométrique, comme pour rendre plus glaçant ce qui est filmé, par exemple: les décisions d’ingénieurs validés par l’administration pour décider du rendement des crémations humaines (parce qu’en effet, ce caractère presque professionnel et trivial de l’organisation de l’atrocité a existé) Une banalité du mal, pour reprendre la formule d’Hannah Arendt.   Mais là ou le film est probablement le plus marquant, c’est dans le jeu de renvoi vers le spectateur. l’aveuglement des protagoniste est tel...

  20. 2

    Poor Things + May December

    Cette semaine on va parler de deux films, May december de Todd Haynes, sorti le 24 Janvier, et Poor Things de Yorgos Lenthimos, en salle depuis le 17 janvier.     Poor Things   Pauvres créatures en français, le Nouveau flm du réalisateur grec Yorgos Lanthimos auquel on doit The Lobster, La Favorite ou encore la mise à mort du cerf sacré.. Des films qui ont un écho et un succès de plus en plus retentissant.   Déjà primé   oui et pas des moindres puisque le film a été récompensé par le Lion d’or, la plus haute distinction, à La mostra de venise, équivalent italien de notre festival de cannes national.   Un genre de Frankenstein au féminin?   Un peu, mais pas seulement. Le film est en fait une adaptation du roman Ecossais d’Alasdair Gray, publié en 1992. Il nous conte l’histoire de Bella, jeune créature, forme, effectivement, de néo-frankenstein mais un frankenstein intemporel, non monstrueux, et surtout féminin, ce qui permet de déplacer le prisme du regard sur le mythe de la créature. Bella c’est d’abord un corps échoué, trouvé, celui d’une femme suicidée et enceinte. Un corps qu’un chirurgien décide de ramener à la vie en lui greffant un cerveau d’enfant.. plus exactement en lui greffant le cerveau du foetus qu’elle avait dans le ventre. Mais attention On est pas dans le film de genre, ou d’épouvante, ici. Tout est campé avec une esthétique à la fois baroque et gothique, et on comprend rapidement l’hommage souligné à Mary Shelley et à son Frankenstein. Mais ici, il y a en fait deux créatures, et visuellement, c’est le créateur, interprété par Willem Defoe, qui nous évoque le monstre couturé du roman gothique. On peut applaudir au passage le travail hallucinant de maquillage sur l’acteur, et les heures représenté par une telle prouesse.. Bella, l’autre créature interprétée par emma stone, n’a pas la moindre cicatrice visible: C’est la créature ou plutôt la création parfaite, tellement parfaite qu’elle est autonome, qu’elle développe sa propre vie, hors de contrôle, forme de paroxysme d’une oeuvre d’art. Et c’est là le sujet du film, un roman d’apprentissage pour une créature Délestée de tout préjugés, de tout précepte moral ou philosophique, guidée par l’expérience et le plaisir, dans un retour total à l’état de nature. Les bonnes manière, la pudeur, la fidélité, l’empathie sont ici progressivement terrassées par le comportement d’une Bella qui porte bien son nom, et dont la beauté la rend particulièrement convoitée. Forme d’ovni entre le film d’apprentissage et le film gothique, mis en scène avec les sophistications propre au réalisateur, Poor Things ne laissera personne indifférent.   Pourquoi est ce qu’il divisera les spectateurs?   Il y a la patte du réalisateur qui peut diviser. L’ esthétisme et les sophistications à outrance ont certes leur détracteurs, mais on peut parfois trouver l’ensemble surfait voire indigeste. Qu’il s’agisse des nombreuses scènes filmées au fish eye, de l’alternance du noir et blanc et de la couleur, des décors dont la visée est nettement plus esthétique que réaliste. ou encore de la bande son expérimentale,...

  21. 1

    Priscilla

    Le Pitch, vous le savez peut être, s’inspire du roman autobiographique de Priscilla Presley. De sa rencontre en allemagne avec la star en garnison militaire, à leur mariage puis divorce. On ne spoile personne je crois en racontant ce parcours. Pour Coppola, c’est surtout un prétexte pour ausculter l’un des mythes populaires américains majeurs avec un nouveau scalpel, ou sous un nouveau prisme, par le biais du Female Gaze, le regard féminin, là où le Biopic de Baz Luhrman, pour ne citer que lui et aussi réussi soit il, se voulait plus frontal et consensuel, consolidant l’ancrage et la stature mythique du king. Mais Coppola est une réalisatrice qui a presque vocation à se concentrer sur les temps morts, les entre deux, une réalisatrice qui aime filmer l’ennui de ses personnages. Ennui déjà central dans Lost in Translation, et évidemment dans Marie Antoinette; ennui cerné par l’aisance ou l’opulence financière. Ennui maintenant dans Priscilla. Filmer ce qui se passe en marge, dans les interstices, pendant que les trépidations se passent hors champ, à l’extérieur du female gaze qui nous raconte le film. Ceux qui espèrent revivre un Biopic d’Elvis seront évidemment déçus. Puisque si Biopic il y a ici c’est celui de sa femme, Priscilla Presley (le film est une adaptation de son auto-biographie). Interprétée par Cailee Spaenny, prix d’interprétation à la Mostra de Venise pour ce rôle, et Jacob Elordi, superbe de désaffectation et de distance. Attention, ce n’est pas parce que le film traite de l’ennui qu’on s’ennuie à le regarder, loin de là. D’autant qu’au début du récit, des trépidations, il y en a, et pas des moindres; la rencontre d’Elvis avec une Priscilla de 14 ans, parfaitement jouée et mise en scène: la proximité grandissante avec le chanteur est filmé comme une ascension romantique. Les parents craintifs de Priscilla sont vus comme autant d’obstacles pour parvenir au fantasme Elvis. Quelque chose de palpitant se dégage de ce début, palpitant parce qu’inconcevable, mais surtout parce que vécu dans le regard d’une ado de 14 ans, qui commence une idylle avec la star N°1 des US, palpitant parce qu’interdit, aussi. Le spectateur suit le regard de Priscilla, happé comme elle, pour probablement vivre ensuiste sa désillusion avec la même force. Priscilla est sous l’emprise d’Elvis et le spectateur est par ce biais sous l’emprise de la cinéaste. Tout cela, c’est au début car, ici, et c’est volontaire, le climax émotionnel arrive tôt, avec le premier voyage de Priscilla aux états unis, pour laisser place, graduellement, aux illusions perdues, à une distance, une désaffectation progressive, rythmé par la consommation d’amphétamines et de somnifères. Une atmosphère presque vaporeuse s’installe, une forme de vie périphérique. C’est un Cinéma de la désaffectation progressive que l’on vit à travers priscilla. Ne pas être jalouse, ne pas travailler, et accepter en silence. L’Amérique revisite ses mythes dans ses marges. Point très positif comme souvent chez Sofia Coppola : La bande son. Pas un titre de l’époque, mais des titres qui même en étant issus d’autres périodes que celle du récit vont réussir à nous y immerger davantage (changement de look sur Dan Deacon) on se laisse d’ailleurs avec 'baby i love you' des Ramones sur la bande originale...

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