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Destins d’émigrées : de la Tchécoslovaquie communiste vers la France
by Radio Prague International
Hommes ou femmes, de nombreux citoyens tchécoslovaques ont fait le choix, à un moment donné de leur vie, de fuir leur pays pour s’installer en France. Mariées dans leur pays d’adoption, parties seules de leur propre initiative ou encore issues de familles franco-tchèques séparées par le rideau de fer, comment les femmes en particulier ont-elles vécu cette émigration ? Quels souvenirs en gardent-elles ? Et que sont-elles devenues ?
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Jiřina Rodolphe : « Quand j’ai appris comment fonctionnait l’État, je me suis enfin sentie comme une Française »
Originaire de České Budějovice, Jiřina Rodolphe vit à Paris depuis soixante ans. Elle a rencontré son futur mari français lorsque, jeune fille, elle travaillait comme guide touristique au château de Hluboká nad Vltavou. Tout en restant très attachée à sa famille, à sa ville natale et à son pays, Jiřina est partie à l’aventure peu avant l’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968. Sans parler un mot de français (qu’elle a d’abord appris seule puis avec ses enfants), elle a alors rejoint son mari en France. Après la chute du régime communiste en 1989, Jiřina Rodolphe est devenue l’une des interprètes les plus demandées par les délégations politiques tchèques lors de leurs visites en France.
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Noemi Prečanová : « En juillet 1976, le régime nous a autorisés à partir à l’Ouest, habillés en vêtements d’hiver »
Fille de l’éminent historien tchèque Vilém Prečan, âgé aujourd’hui de 93 ans, Noemi Prečanová est née en 1958 en Slovaquie, pays d’origine de sa mère, mais elle a vécu, avec ses parents, son frère et sa sœur, à Prague. Subissant le harcèlement perpétuel de la police d’État, la famille est contrainte à l’exil et, au milieu des années 1970, quitte la Tchécoslovaquie avec l’accord des autorités communistes. Les Prečan s’installent alors près de Hanovre, en RFA et, quelques années plus tard, Noemi obtient son diplôme de sociologie à Francfort. Ce n’est toutefois pas l’Allemagne, mais la France qui devient sa seconde patrie. Après avoir passé de nombreuses années à Paris, Noemi Prečanová vit aujourd’hui de nouveau à Prague et affirme son identité tchécoslovaque. Témoignage poignant à écouter !
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Helena Barbot : « Ma fille avait la phobie des chiens à cause des contrôles à la frontière tchécoslovaque »
Originaire de Domažlice et installée depuis de longues années à Pyla-sur-Mer, dans le bassin d’Arcachon, la jeune enseignante Helena Barbot avait son premier rendez-vous avec son futur mari français sur la place de la Vieille-Ville à Prague, précisément le 21 août 1968… Le couple s’est marié en Tchécoslovaquie, car Helena ne voulait pas rompre définitivement avec son pays d’origine ni abandonner ses parents, déjà tombés en disgrâce auprès du régime communiste. Installée en France, la famille pouvait donc voyager régulièrement en Tchécoslovaquie, tout en subissant des brimades à la frontière. Plus tard, avec ses enfants alors adolescents, Helena a été témoin d’un autre tournant de l’histoire tchécoslovaque : la révolution de Velours.
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Ivana Jirovec : « En dix jours, une vie peut basculer pour toujours »
Originaires de Poděbrady, les sœurs Ivana et Dana Jirovec (Jírovcovy en tchèque) sont parties, en août 1968, pour un simple voyage de vacances en auto-stop à travers la Suisse, en direction de la Scandinavie. Ce qui devait être une aventure est devenu un tournant. Après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, leur voyage se transforme en exil. Elles s’installent finalement en France et doivent réinventer leur vie. Ivana entreprend des études théâtrales, obtient un poste à Radio France Internationale et, mère célibataire, élève sa fille, avec le soutien de sa sœur Dana.
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Jiřina Bystrická : « Condamnés en Tchécoslovaquie, nous avons évité tout contact avec l’ambassade à Paris »
Née en 1936, Jiřina Bystrická a passé son enfance et sa jeunesse à Poděbrady, où elle a fréquenté le même lycée que Miloš Forman et Václav Havel. Diplômée de l’Université Charles de Prague (langues russe et bulgare) Jiřina a d’abord travaillé comme interprète et guide touristique, avant de vivre, pendant trois ans, dans la ville scientifique de Dubna (ex-URSS), avec son mari Jiří Bystrický, mathématicien et physicien nucléaire. En 1969, lorsque Jiří obtient un poste au CNRS, le couple décide de rester en France, ce qui lui vaut une condamnation à une peine de prison en Tchécoslovaquie. Ce n’est qu’à Noël 1989 que les Bystrický ont enfin pu se rendre dans leur patrie. Bibliothécaire et mère de trois enfants, Jiřina a été très active au sein du Sokol de Paris, de même que son mari, devenu président de cette organisation sportive, culturelle et patriotique dans la capitale française. Dans les années 1980, le couple a séjourné quelque temps au Canada et aux États-Unis. Il vit aujourd’hui à Gif-sur-Yvette, près de Paris.
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Marcela Maftoul : « Il n’y avait pas de quoi respirer dans la Tchécoslovaquie des années 1970 »
Née en 1947 de parents juifs rescapés de la Shoah, Marcela Maftoul a toujours eu le goût de l’exploration. Traductrice et interprète, elle est partie en 1978 à Paris, où son mari a obtenu un poste à l’université. Dans la capitale française, Marcela a collaboré avec les revues d’exil « Svědectví » (Témoignage), « 150 000 mots » et « Lettre Internationale ». À Grenoble, où la famille a déménagé, elle s’est consacrée à l’informatique, avant de découvrir la magie de l’hypnose. Aujourd’hui, elle la partage entre les deux pays, la France et la Tchéquie.
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Vlasta Voskovec : « J’ai profité de mes voyages entre Prague et Paris pour transmettre des lettes aux dissidents »
Née en 1950 dans la région de Vysočina, Vlasta Voskovec (Voskovcová) a passé son enfance et adolescence à Třebíč. Elle a quitté une première fois la Tchécoslovaquie après l’arrivée des chars russes en 1968 et s’est installée dans la capitale française où elle a étudié aux Beaux-Arts jusqu’en 1974.
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Florianna Kudrnová : « À quatorze ans, je savais déjà que je ne pourrais pas vivre en Tchécoslovaquie »
« À l’école, certains garçons me traitaient de pute française. J’avais huit ans et c’était en pleine guerre d’Algérie. Quand j’avais quatorze ans, la jeunesse communiste de ma ville me demandait d’accompagner des délégations françaises qui venaient en Tchécoslovaquie », se souvient Florianna Kudrnová, fille d’une mère franco-polonaise et d’un père tchèque qui dirigeait la Chambre de commerce de Plzeň, jusqu’à sa fermeture en 1950. Comme ses parents, Florianna a subi la pression du régime communiste. À treize ans, elle voyage seule en France pour rendre visite à sa famille. Deux ans plus tard, en septembre 1965, alors qu’elle se trouve de nouveau à Paris, la jeune fille décide de ne plus retourner en Tchécoslovaquie. Elle sera rejointe par sa mère quelque temps plus tard.
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Alena Parthonnaud Krutová : « Dans le train Prague-Paris, je cachais mon passeport français dans mon chignon »
« Je n’oublierai jamais les contrôles douaniers lors du trajet en train entre Prague et Paris », confie la musicologue Alena Parthonnaud Krutová dans le podcast Destins d’émigrées. Elle est issue d’une famille franco-tchèque : son père était Vladislav Kruta, éminent physiologiste tchèque persécuté pour avoir signé, en 1968, le fameux manifeste des Deux mille mots. Depuis 1957, sa mère française l’emmenait régulièrement en vacances chez sa grand-mère à Saumur. Alena est née à Prague, mais elle a passé toute sa jeunesse à Brno, où elle a également étudié la musicologie. En 1978, un séjour d’études lui permet finalement de s’installer à Paris, à l’instar de son frère aîné Venceslas Kruta, archéologue et grand spécialiste des Celtes , tandis que leurs parents restent en Tchécoslovaquie. Alena Parthonnaud Krutová se souvient de ses débuts en France, où malgré ses origines françaises, elle se sentait comme une émigrée. Tout a changé pour Alena dans les années 1980, lorsqu’elle s’est épanouie professionnellement au sein de la Médiathèque musicale Mahler.
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Olga Moris : « J’adorais danser en costume morave aux bals du Sokol de Paris »
Originaire d’Olomouc, Olga Moris vit en France depuis la fin des années 1960, mais la Moravie, sa région natale, lui reste chère. Elle est issue de la famille de l’architecte fonctionnaliste Lubomír Šlapeta, connu comme l’auteur de nombreux bâtiments et de maisons familiales en Moravie centrale. Le frère jumeau d’Olga Moris, Vladimír Šlapeta, est également architecte, tandis que le son frère aîné, Ivan, est caméraman. Olga a quitté la Tchécoslovaquie à peine deux mois après l’invasion d’août 1968, pour épouser son petit ami Jacques quelques mois plus tard, à l’Église Saint-Séverin. Dans ce podcast, Olga se souvient de ses premières semaines de vie à Paris, du travail de jeune fille au-pair dans des familles où elle ne se sentait pas « à sa place » et des nuits passées dans une chambre de bonne. « Malgré les difficultés, je n’ai jamais songé au retour », confie cette mère de quatre enfants et ancienne professeur de musique qui dit avoir « tchéquisé » toute sa famille, y compris son mari.
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Věra Fichant : « Dans le sud de la France, je me suis enfin sentie accueillie »
Née à Litomyšl d’un père pasteur proche, dans sa jeunesse, du président T. G. Masaryk, Věra Fichant n’avait pas le profil politique qui plaisait aux communistes. Refusée dans une école d’art, elle travaille comme couturière pour se réorienter enfin vers la géophysique. Sa jeunesse a été jalonnée de nombreux bouleversements. Après l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, Věra sombre dans la dépression et ses parents l’envoient en France, avant que les frontières ne se referment définitivement. À Paris, elle rencontre son futur mari, mais décide d’abord de rentrer dans son pays natal avant de prendre la décision finale de déménager en France. C’est dans la petite ville provençale de Meyrargues que Věra Fichant a trouvé sa mission : servir de lien entre Tchèques et Français, entre les deux pays et les deux cultures. Présidente de l’Association Amitié Franco-Tchèque, elle rassemble ses compatriotes autour de la « školička » (ou « petite école »), et d’autres activités créatives. Věra Fichant a par ailleurs fondé, il y a plus de trente ans, le Théâtre Divadlo , spécialisé dans les marionnettes et devenu un lieu incontournable de la vie culturelle marseillaise.
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Lenka Boková : « Mon goût pour la diversité du monde s’est épanoui en France »
« Je suis arrivée en France le 15 mai 1975, en stop, depuis la Belgique », se souvient Lenka Boková, l’invitée de notre nouveau podcast « Destins d’émigrées ». Femme d’aventure, curieuse, engagée et libre d’esprit, la jeune femme de 20 ans rejoint d’abord les cercles de gauche de l’Université de Vincennes. Elle étudie l’histoire et l’arabe et, naturalisée française, obtient un poste à la direction de la Bibliothèque nationale de France. En 2011, changement de décor : elle pose ses valises à Avignon où elle devient conservatrice de la bibliothèque de la Maison Jean Vilar et spécialiste des archives du Festival d’Avignon. Lenka parle tchèque, français, polonais, russe, arabe et même chinois. Elle a fait découvrir aux Français l’œuvre du grand poète tchèque Vladimír Holan. Tout en devenant, au fil des années, l’une des figures majeures de la vie sociale et culturelle d’Avignon.
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