EPISODE · Jun 15, 2026 · 58 MIN
1776, l’indépendance de treize États unis : 1776, les États-Unis poussent un grand cri d’indépendance
Une date a été retenue : le 4 juillet 1776, quand le Congrès continental adopte la déclaration d’indépendance à Philadelphie, en Pennsylvanie, aux États-Unis. Ce n’est pourtant pas le premier Congrès continental et la rupture avec la Grande-Bretagne couvre plusieurs années. Regards pluriels sur cet évènement depuis Philadelphie, où est signée la déclaration d'indépendance, mais aussi depuis la Grande-Bretagne et la France, sans oublier le regard des populations esclavisées et autochtones, les exclues de la liberté américaine. C'est une histoire d'un jour, le 4 juillet, d'une année, 1776, de sept ans en réalité, la durée de la guerre d’indépendance, et de bien plus longtemps encore : la longue histoire coloniale des Britanniques en Amérique et celle de la construction d’une nation. Treize colonies Douze colonies britanniques sont fondées en Amérique du Nord entre 1607 et 1681. La treizième, la Géorgie, est créée en 1732. Elles dépendent pour l’essentiel de la couronne britannique, mais leur organisation comporte une forme d’autonomie qui s’exprime notamment dans des institutions politiques (assemblée, conseil, gouverneur). On distingue généralement trois groupes de colonies : celles de Nouvelle-Angleterre (New Hampshire, Massachusetts, Connecticut, Rhode Island), les colonies médianes (New York, New Jersey, Pennsylvanie, Delaware), et le Sud (Virginie, Maryland, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Géorgie). Les populations qui vivent sur ces territoires ne sont pas "indépendantistes en 1773, mais il y a des gens qui veulent défendre coûte que coûte les droits de l'Amérique", explique Bertrand Van Ruymbeke, historien et auteur de 1776. L’année américaine (Tallandier et Ministère des Armées, 2026). "Il y a ceux qui essaient de vivre malgré la crise. Au début, c'est juste Boston qui est affecté, donc dans les autres colonies, la vie suit son cours. Vous avez des populations britanniques non anglaises : écossaises, irlandaises, nord-irlandaises ; mais aussi beaucoup d'Allemands. En Pennsylvanie, un tiers de la population est allemande. D'ailleurs, la Déclaration d'indépendance est tout de suite traduite en allemand, pour qu'elle puisse être lue par ces colons en Pennsylvanie. Vous avez une population très diversifiée, et là je ne parle que de la population blanche protestante. Il y a aussi les autochtones, qui ne sont pas que dans les Appalaches, des autochtones vivent dans les villes et les établissements d'Amérique du Nord, et la population esclavisée, principalement dans le Sud. Donc il y a ce mélange de populations. Une partie revendique des droits pour l'Amérique et petit à petit veut asseoir son autonomie. On passe de l'autonomie à l'indépendance [car] puisque les Anglais refusent l'autonomie, on va jusqu'à l'indépendance." Les treize colonies diffèrent par leur géographie, leurs activités économiques et les origines de leur peuplement. Tout au long de leur histoire, elles entrent en rivalité et en conflit pour des questions à la fois économiques et territoriales. Il ne va donc pas de soi qu’elles parviennent à s’unir, dans les années 1760-1770, pour mener une lutte acharnée contre leur métropole. 1773, Boston Tea Party À l’issue de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la Grande-Bretagne est victorieuse mais lourdement endettée. Pour résorber sa dette, elle entend mettre à contribution ses prospères colonies d’Amérique du Nord en instaurant une série de taxes et de droits de douane. Ces mesures sont très mal reçues par les colons, qui réclament une représentation politique auprès du Parlement de Londres, à la hauteur de leur imposition. Cette revendication est résumée par le slogan “No taxation without representation”. En 1773, l’épisode de la Boston Tea Party cristallise le mécontentement des colons. Des cargaisons de thé sont jetées dans le port de Boston, pour protester contre les taxes sur le thé et une situation de monopole octroyée à la Compagnie britannique des Indes orientales. "Cette vente de thé est imposée, parce qu'à l'origine de la crise, le gouvernement à Londres a donné le monopole du marché américain à la East India Company, la Compagnie des Indes orientales, pour vendre son thé", souligne Bertrand Van Ruymbeke. "Les Américains sont de grands buveurs de thé. Il y a aussi un côté social à boire du thé, à avoir un service à thé. Toutes les couches de la société boivent du thé, mais du thé de contrebande, qu'on appelle 'Dutch Tea', du thé hollandais, parce qu'il transite par des îles hollandaises des Antilles, même si le thé, à l'origine, vient d'un peu partout. Les colons ne supportent pas qu'on leur impose un monopole." Dès 1774, Londres réplique et réprime Boston. Du premier au deuxième Congrès continental Un premier Congrès continental, qui réunit des représentants de douze colonies, se tient à Philadelphie du 5 septembre au 26 octobre 1774. Des dissensions apparaissent entre les colons, loyalistes, modérés ou patriotes, qui sont plus ou moins attachés au lien avec la métropole britannique. Néanmoins, le premier Congrès continental confirme la colère d’une grande majorité de colons, qui ne cherchent plus la conciliation avec la Grande-Bretagne. Ce n'est cependant pas la première fois dans l'histoire de ces colonies qu'un congrès se forme, "le terme 'congrès', 'congress' en anglais, veut dire, dans les dictionnaires de l'époque, un congrès d'ambassadeurs", précise Bertrand Van Ruymbeke. "Ce sont des députés, des délégués, presque des ambassadeurs, des colonies qui se réunissent en 1774, d'abord pendant un mois. C'est pas la première fois qu'il y a un congrès, il y a eu un congrès en 1765 contre le Stamp Act, une tentative des Britanniques de lever un impôt dans les colonies. Il y a même eu un [congrès] en 1754, pendant la guerre de Sept Ans, pour s'unir contre les Français. Donc ce n'est pas la première fois en 1774, mais cette fois-ci, c'est pour réclamer quelque chose vis-à-vis de la métropole. Ça, c'est nouveau. Ils ne sont que douze, la Géorgie n'a pas le temps d'envoyer un délégué. [...] Ce sont des planteurs, des marchands, des avocats, c'est l'élite des colonies, qui sont envoyés au Congrès avec des instructions spécifiques. Ils ont très peu de manœuvre politique." Dans la foulée, le 19 avril 1775, des affrontements armés ont lieu à Lexington et Concord entre troupes britanniques et milice du Massachusetts. Le second Congrès continental, qui se tient à Philadelphie du 10 mai 1775 au 1ᵉʳ mars 1781 et qui réunit cette fois les treize colonies au complet, nomme en juin 1775 George Washington commandant en chef de l'armée continentale, la toute nouvelle armée américaine. 1776, la déclaration d'indépendance En décembre 1775, l'American Prohibitory Act interdit le commerce aux colons et lance une guerre de course. Cette décision lourde de conséquences, et reçue comme une humiliation, précipite les événements. En juin 1776, le Congrès charge un comité de cinq délégués, Thomas Jefferson, Benjamin Franklin, John Adams, Roger Sherman, Robert Livingston, de rédiger une déclaration d'indépendance. Après des débats au sein du Congrès, la Déclaration d'indépendance des États unis d’Amérique est adoptée et publiée le 4 juillet 1776. Pour en savoir plus Bertrand Van Ruymbeke est historien et angliciste, professeur de civilisation et d'histoire des États-Unis à l'Université de Paris 8 Vincennes - Saint-Denis. Ses publications : 1776. L’année américaine, Tallandier et Ministère des Armées, 2026. (avec Carine Lounissi et Eric Schnakenbourg) Révolution américaine et naissance des États-Unis 1763-1800, Armand Colin, 2026. Histoire des États-Unis. 1492-1919 (tome I), Tallandier, 2021. Histoire des États-Unis. De 1919 à nos jours (tome II), Tallandier, 2021. Histoire des États-Unis de 1492 à nos jours, Tallandier, 2018 L'Amérique avant les États-Unis. Une histoire de l'Amérique anglaise. 1497-1776, Flammarion, 2013. Références sonores de l’émission : Extrait du film Independence Day, réalisé par Roland Emmerich, sorti en 1996. Extrait d'un discours radiodiffusé du président des États-Unis Dwight D. Eisenhower, 4 juillet 1959 L'écrivain Pierre Minet à propos de Thomas Paine et son pamphlet Common Sense, RTF, 21 août 1961. Évocation scénarisée de l'histoire de la vie de Benjamin Franklin, RTF, 1962. « The Sound of the Liberty Bell », enregistrement du son de la Liberty Bell. Extrait d'une lecture scénarisée de la déclaration d’indépendance des États-Unis, 4 juillet 1776, France Inter, 24 avril 1976. Lin-Manuel Miranda, "Farmer Refuted", Hamilton : An American Musical, Original Broadway Cast Recording, 2015. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.
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