EPISODE · May 14, 2016 · 3 MIN
4 – LA FOURCHETTE
from L'ODEUR DU SEXE TIÈDE APRÈS L'AMOUR SUR LES SIÈGES DE MA VOITURE · host Jean-Louis Milesi
dessin du chapitre : Aurel http://www.lesitedaurel.com/ Quand mon mari est mort, j’étais au parking. Le mec travaille dans la même rue, de temps en temps on s’appelle. Il y a des mecs, c’est comme le café, on en boit plus par habitude que par goût. Mais c’est jamais vraiment ça. Ils sont de moins en moins […]
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dessin du chapitre : Aurel http://www.lesitedaurel.com/ Quand mon mari est mort, j’étais au parking. Le mec travaille dans la même rue, de temps en temps on s’appelle. Il y a des mecs, c’est comme le café, on en boit plus par habitude que par goût. Mais c’est jamais vraiment ça. Ils sont de moins en moins bons, les cafés. Mais c’est plutôt l’idée d’en boire un, le geste, l’habitude, le moment dans sa tête où on se dit : je me boirais bien un petit café. Je suis plutôt expresso. On en salive d’avance. Pareil avec les mecs. C’est plus souvent l’idée qu’on s’en fait qui est agréable, que le résultat. Le résultat, c’est un peu toujours le même, pas souvent de surprise. Et comme un café, ça laisse un goût amer dans la bouche, dans la bouche et ailleurs. Ce jour-là, honnêtement, je me souviens plus trop comment ça s’est passé avec ce mec qui travaille dans la même rue. Comme d’habitude, j’imagine. Si on devait se souvenir de tous les cafés qu’on s’est bus ! Mais là, j’ai une excuse : la mort de mon mari. Sa mort au moment exact où je jouissais. Je dis au moment exact mais c’est pas tout à fait vrai. La mort de mon mari, c’est pas aussi précis que ça, il y a une fourchette. C’est drôle de se dire que son mari est mort noyé dans une fourchette. À force, je suis pas devenue mauvaise dans l’art de trouver mon plaisir. Et lui, mon amant de la rue, je le pratiquais depuis suffisamment longtemps pour savoir m’en servir. Je l’avais trouvé à peine cinq minutes avant la reprise de mon boulot. Mon plaisir. C’est assez précis. Mais de là à certifier que c’était au moment exact où mon mari mourrait, ce serait mentir. Parce que lui, on sait pas exactement quand il est mort, à cause de la fourchette. Et puis j’étais pas là, j’étais dans ma voiture, dans le parking, et lui à des dizaines de kilomètres, dans une baignoire. La fourchette de mon mari, on m’a dit qu’elle faisait dix-minutes-un-quart-d’heure. C’est la police qui dit ça. Dix-minutes-un-quart-d’heure, pour un orgasme, c’est long. Peut-être effectivement qu’il est mort au moment précis où je trouvais mon plaisir. Mais peut-être aussi au moment où le type me quittait. Oh oh je lui dis, oublie pas ton truc là ! Y’en a toujours qu’ont tendance à oublier leur sachet de latex là où il faut pas. En l’occurrence entre mes cuisses. Le premier qui l’a oublié je lui ai demandé : t’attends que ça infuse ? Il comprenait pas. Oui, peut-être qu’il est mort à cet instant, quand l’autre est sorti de ma voiture. J’ai repéré une place super pratique, dans le parking de l’immeuble où je travaille, à l’écart, un recoin que même la lumière électrique boude. J’y ai collé un panneau emplacement réservé. C’est pas faux, je me le réserve exprès pour ça. Mon mari m’avait demandé pourquoi je voulais à tout prix des vitres teintées, j’allais pas lui dire. *** © 2016, Jean-Louis Milesi . tous droit réservés dépôt légal SACD – ISBN 978-2-9539370-
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4 – LA FOURCHETTE
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