EPISODE · Dec 19, 2023 · 58 MIN
#90 Alexandre Born et Sébastien de Hulster · Bellevilles, foncière solidaire
from Transitions Urbaines · host Transitions Urbaines
Si vous ne l’aviez pas encore remarqué, c’est la crise. L’immobilier neuf s’effondre, l’accès au logement se complique, la construction patine, les bailleurs sociaux sont à la peine, les aménageurs ont du mal à commercialiser et les collectivités commencent à encaisser le choc. Les observateurs bien informés pronostiquent une crise « plus dure que la dernière fois » et se risquent à annoncer une date de sortie plus ou moins lointaine. Alors les plus libéraux membres de la profession qui appelaient il y a peu à l’allègement des contraintes administratives demandent à une action résolue de l’État, et vont sans doute bientôt exiger la collectivisation des terres.Mais il y a une erreur sur le diagnostic, car ceci n’est pas une crise. Une crise a un début et une fin, mais il n’y aura pas de sortie cette fois-ci. L’industrie immobilière se confronte aux limites planétaires. Il n’y aura pas de fin, car ceci n’est pas une crise, un mauvais moment à passer ou l’ouverture d’une parenthèse. C’est la fermeture d’une longue parenthèse pendant laquelle le béton a coulé à flots, les ressources étaient illimitées. C’est la fin brutale de la ville facile, et le début d’un nécessaire changement de cap. Les difficultés de financement, la hausse des prix des matériaux et le manque de terrains ont trop longtemps masqué un enjeu plus fondamental : la spéculation foncière. Pourtant, le foncier urbain, par nature limité et non renouvelable, ne peut être traité comme un bien ordinaire. Le marché seul est incapable de produire du logement abordable dans les territoires attractifs, de recycler des friches, de maintenir les commerces de centre-ville, d’éviter que la production ne soit évincée des métropoles, et il ne saura pas encaisser les pertes de valeur liées aux nouveaux risques. Nous sommes arrivés au bout d’un système où la propriété du sol est associée à une spéculation sur des temps de plus en plus courts. Nous devons inventer autre chose. Par exemple, la foncière de Bellevilles travaille sur le temps long de la ville en investissant dans des projets d’intérêt collectif là où c’est nécessaire : villes moyennes, villages, banlieues, zones périurbaines. Elle intervient sur le financement, mais aussi sur le montage et la gestion des projets liés à l’économie sociale et solidaire, l’inclusion sociale ou les transitions avec une double exigence : l’équilibre économique et le partage de la valeur, en assumant la recherche d’une rentabilité limitée. C'est une équipe de plus d’une vingtaine de personnes qui mène des projets très concrets partout en France dont certains déjà livrés, et qui vient de faire une levée de fonds de 4 millions d’euros. Est-ce que cela change le système ? Non, pas encore, et Bellevilles n’a pas l’ambition d’être partout. Mais le modèle peut essaimer en inspirant d’autres acteurs, et il démontre surtout qu’une autre façon de faire la ville est possible.Pour aller plus loin :Le site web de BellevillesBellevilles clôture une levée de fonds de 4M€La ville solidaire de Bellevilles, podcast Cause Commune, décembre 2022Un podcast qui bénéficie du soutien de l'ADEME.
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#90 Alexandre Born et Sébastien de Hulster · Bellevilles, foncière solidaire
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