EPISODE · Aug 31, 2026
À la Une: retour sur le coup de force au Niger
from Revue de presse Afrique · host RFI
« La capitale nigérienne, Niamey, a connu vendredi une nuit de forte tension, relève le Journal du Niger. Des échanges de tirs et plusieurs détonations ont retenti pendant plusieurs heures autour de sites stratégiques, notamment la base militaire 101, l’aéroport international Diori Hamani et les abords du palais présidentiel. Les autorités militaires affirment désormais avoir circonscrit le mouvement. Le ministère nigérien de la Défense a attribué les violences à un “mouvement d’humeur" impliquant des soldats en rupture avec le règlement militaire ». « Les tirs nourris entendus dans la nuit de vendredi à samedi à Niamey ont suscité inquiétude et spéculations, au Niger et à l’étranger, pointe pour sa part Tam-Tam info, autre site nigérien. Comme à l’accoutumée, les ennemis de notre souveraineté retrouvée et de notre cohésion sociale ont vite saisi la balle au bond pour distiller des rumeurs les plus fantaisistes les unes que les autres. Mais, en réalité, affirme Tam-Tam Info, les FDS, les Forces de défense et de sécurité, ont réagi rapidement et professionnellement pour maîtriser un mouvement d’humeur impliquant des éléments isolés de l’armée ». Voilà pour la version officielle distillée donc par les médias nigériens. Tensions et frustrations au sein de l’armée nigérienne… Analyse diamétralement opposée pour Sahel Horizon, site spécialisé sur les pays de l’AES, tenu par des journalistes en exil : « La crise qui a secoué Niamey trouve son origine directe dans de profondes tensions au sein de l’appareil militaire nigérien. Elle met en lumière des frustrations accumulées autour des conditions de déploiement, de la rotation des personnels et du sentiment d’une inégalité de traitement au sein de la hiérarchie sécuritaire ». Sahel Horizon cite le cas de deux officiers des Forces spéciales, à l’origine de la mutinerie, qui avaient récemment « dénoncé une répartition inégale des contraintes opérationnelles, certaines unités étant maintenues durablement sur le terrain tandis que certains cadres bénéficieraient d’affectations administratives, de promotions ou de missions à l’étranger. (…) La mutinerie de la base 101 révèle (donc), pointe le site, les fractures de l’armée nigérienne et met (aussi) à l’épreuve la crédibilité du pacte de défense de l’AES, dont la Charte prévoit une assistance mutuelle face aux rébellions et menaces contre un État membre ». En effet, précise Sahel Horizon, « si le Burkina Faso et le Mali ont affiché leur solidarité politique, le soutien militaire direct publiquement établi est venu de la Russie. L’épisode révèle ainsi un décalage entre la solidarité politique revendiquée par l’AES et sa capacité opérationnelle effectivement démontrée ». De plus en plus d’attaques djihadistes Pour Ledjely en Guinée, cette victoire des forces loyalistes « ne doit pas faire illusion » : « ce putsch manqué constitue un indicateur supplémentaire de la dégradation de la situation, notamment sécuritaire, depuis le coup d'État de juillet 2023. (…) Ironie du sort, c’est précisément cette même dégradation du climat sécuritaire que l’actuel dirigeant nigérien, Abdourahamane Tiani, avait invoquée pour justifier son propre coup d'État contre Mohamed Bazoum ». Le Monde Afrique à Paris renchérit : « cette mutinerie révèle les faiblesses de la junte du général Tiani, alors que le pays est en proie aux attaques de plusieurs groupes djihadistes. (…) Le 14 mai, rappelle le journal, le GSIM a attaqué un camp militaire à Garbougna, dans la région de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso, tuant 67 personnes, dont des civils. Le 17 juin, 51 soldats étaient à leur tour tués dans un assaut contre la garnison d’Inates, dans la même région. Ces saignées à répétition ont alimenté les frustrations au sein de l’armée ces dernières semaines, pointe encore Le Monde Afrique. Malgré les discours patriotiques triomphants des responsables de la junte à Niamey, certains officiers se sentent démunis sur le terrain. De fait, selon des sources militaires concordantes, les mutins qui ont tenté de renverser le général Tiani étaient menés par de jeunes gradés des forces spéciales pour partie déployés en première ligne dans la région de Tillabéri ». Le Monde Afrique qui note également que « la junte du général Tiani apparaît d’autant plus fragile sur le plan sécuritaire qu’elle n’a pu compter sur ses alliés de l’AES durant cette journée à haut risque ». Une junte qui n’a dû son salut finalement qu’aux forces russes de l’Africa Corps présentes à Niamey. Libération, toujours à Paris s’interroge : « samedi, les mercenaires d’Africa Corps ont montré qu’ils étaient capables de sauver le régime nigérien. Mais pour combien de temps ? Et à quel prix ? ».
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