Alice Zeniter : « Demain, on fera le tri de toutes nos peurs » episode artwork

EPISODE · Mar 22, 2021 · 5 MIN

Alice Zeniter : « Demain, on fera le tri de toutes nos peurs »

from L'Arche de Nova · host Radio Nova

Dans les Côtes d’Armor, l’autrice de « L’Art de perdre » nous incite à mettre au compost nos trouilles et nos angoisses en remontant jusqu’aux plus « sédimentées », pour pouvoir se poser la seule question qui tienne : « Qu’est-ce qu’on veut, c’est quoi qui nous brûle ? »Quelles sont les peurs d’Alice Zeniter ? À la lecture de son bref essai féministe de « narratologie » intitulé Je suis une fille sans histoire publié en mars aux éditions de L’Arche (oui), on peut en citer au moins une. Celle de ne pas être sûre « de savoir quoi raconter » après avoir constaté, dans le sillon tracé par la géante écrivaine américaine de science-fiction Ursula K. Le Guin (1929-2018), qu’on n’en peut plus, non, stop, alerte générale, des « récits de chasseurs, des récits d’hommes remarquables qui font des trucs, des récits répétés en boucle des dominants, des récits qui invisibilisent… »« … Mais je ne sais pas bien ce qui reste à écrire », s’inquiète soudain l’autrice de L’Art de perdre (Goncourt des lycéens, 2017), roman pour lequel elle sut précisément conter une histoire mal connue, vraie, partiellement inspirée de celle de sa famille, en sortant du silence les harkis de la guerre d’Algérie. Faut-il alors, pour tordre le cou à l’omniprésence de l’homme et de la violence dans nos imaginaires, se mettre à imaginer des histoires de « cohabitation diplomatique » avec les animaux, tel que le préconise le philosophe Baptiste Morizot ? « Raconter la vie d’une meute de loups » avec les outils de Shakespeare quand il déployait celle de Richard I, II, III ? Peut-être. « Plus j’y pense et moins les récits me viennent. Tout ce qui arrive, c’est un sentiment d’angoisse qui menace de dégénérer en panique. » Puis l’écrivaine, traductrice et metteure en scène, qui adapta elle-même ces saines réflexions sur la scène de la Comédie de Valence, commence à se rassurer, en actionnant les rouages de « l’autre Histoire », inspirée par les travaux de Maya Angelou, Monique Wittig, Sarah Kane ou Chimamanda Ngozie Adichie.Depuis son village des côtes d’Armor, pour fêter le premier anniversaire de L’Arche de Nova, Alice Zeniter nous incite à faire « le tri de nos peurs, en ne gardant que celles qui nous permettent de survivre ». Les autres seront mises au compost ou « crachées dans un hoquet », en remontant jusqu’aux plus « sédimentées », pour pouvoir se poser la seule question qui tienne, et qui anime aussi ce podcast depuis sa création : « Qu’est-ce qu’on veut, c’est quoi qui nous brûle ? »Pour voir la bande-annonce du spectacle Je suis une fille sans histoire, c’est là : https://www.theatre-contemporain.net/video/tmpurl_kbG854jPPour écouter Alice Zeniter évoquer sur Nova le spleen de ceux qui ont marché sur la lune, c’est ici : https://www.nova.fr/news/vous-ne-comprenez-rien-la-lune-par-alice-zeniter-32244-25-06-2019/Image : Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma (2019).

Dans les Côtes d’Armor, l’autrice de « L’Art de perdre » nous incite à mettre au compost nos trouilles et nos angoisses en remontant jusqu’aux plus « sédimentées », pour pouvoir se poser la seule question qui tienne : « Qu’est-ce qu’on veut, c’est quoi qui nous brûle ? » Quelles sont les peurs d’Alice Zeniter ? À la lecture de son bref essai féministe de « narratologie » intitulé Je suis une fille sans histoire publié en mars aux éditions de L’Arche (oui), on peut en citer au moins une. Celle de ne pas être sûre « de savoir quoi raconter » après avoir constaté, dans le sillon tracé par la géante écrivaine américaine de science-fiction Ursula K. Le Guin (1929-2018), qu’on n’en peut plus, non, stop, alerte générale, des « récits de chasseurs, des récits d’hommes remarquables qui font des trucs, des récits répétés en boucle des dominants, des récits qui invisibilisent… » « … Mais je ne sais pas bien ce qui reste à écrire », s’inquiète soudain l’autrice de L’Art de perdre (Goncourt des lycéens, 2017), roman pour lequel elle sut précisément conter une histoire mal connue, vraie, partiellement inspirée de celle de sa famille, en sortant du silence les harkis de la guerre d’Algérie. Faut-il alors, pour tordre le cou à l’omniprésence de l’homme et de la violence dans nos imaginaires, se mettre à imaginer des histoires de « cohabitation diplomatique » avec les animaux, tel que le préconise le philosophe Baptiste Morizot ? « Raconter la vie d’une meute de loups » avec les outils de Shakespeare quand il déployait celle de Richard I, II, III ? Peut-être. « Plus j’y pense et moins les récits me viennent. Tout ce qui arrive, c’est un sentiment d’angoisse qui menace de dégénérer en panique. » Puis l’écrivaine, traductrice et metteure en scène, qui adapta elle-même ces saines réflexions sur la scène de la Comédie de Valence, commence à se rassurer, en actionnant les rouages de « l’autre Histoire », inspirée par les travaux de Maya Angelou, Monique Wittig, Sarah Kane ou Chimamanda Ngozie Adichie. Depuis son village des côtes d’Armor, pour fêter le premier anniversaire de L’Arche de Nova, Alice Zeniter nous incite à faire « le tri de nos peurs, en ne gardant que celles qui nous permettent de survivre ». Les autres seront mises au compost ou « crachées dans un hoquet », en remontant jusqu’aux plus « sédimentées », pour pouvoir se poser la seule question qui tienne, et qui anime aussi ce podcast depuis sa création : « Qu’est-ce qu’on veut, c’est quoi qui nous brûle ? » Pour voir la bande-annonce du spectacle Je suis une fille sans histoire, c’est là : https://www.theatre-contemporain.net/video/tmpurl_kbG854jP Pour écouter Alice Zeniter évoquer sur Nova le spleen de ceux qui ont marché sur la lune, c’est ici : https://www.nova.fr/news/vous-ne-comprenez-rien-la-lune-par-alice-zeniter-32244-25-06-2019/ Image : Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma (2019).

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