EPISODE · Nov 28, 2025 · 11 MIN
🤸🏾 Battle - La Rényon
from JOMO Podcast · host Chloé Storch
⚠️ Cet article contient des spoilers !Synopsis🎬 Fiche techniqueBattle - La Rényon est une web-série de 8 épisodes de 10 à 13 minutes chacun, ancrée dans l’univers du hip-hop et du breakdance. Elle est disponible à partir du lundi 10 novembre 2025 sur arte.tv (et plate-formes partenaires) jusqu’au 06/04/2028.* Production : Maxine Films (Lucie Portehaut et Sophie Flament) & Lanbéli en coproduction avec ARTE France.* Création / Réalisation : Romuald Beugnon.* Scénario : Romuald Beugnon & Hélène Abram.🎭 Avec : Karla Rousselot (Karla), Lucas Bataille (Lu-K), Lorna Basque (Lorna), Ali Facar El Hadad (Ali), Mohamed Layad (Layad), Willy Jean-Bart (Willyjb), Ophélie Galant (Ophélie), Bboy Joyeux (Joyeux), Erwann Grondin.📍 Tournage : L’île de La Réunion. Eté 2024 en 8 semaines avec 3-4 semaines de répétitions.📈 Accueil critique : La série a remporté le prix du jury jeune du festival de la fiction de La Rochelle💡 Anecdote : Karla, la danseuse qui interprète le rôle principal portant son nom, est l’une des meilleures b-girls de La Réunion : elle a été vice-championne de France à 16 ans.🔎 AnalyseArèneIntégration des codes du breakdance : battles, entraînements, hiérarchie des crews, respect, technique, culture du cercle. La langue créole et les sous-titres participent à une immersion culturelle forte.Moteur sérielLa vraie question qui traverse la série est : va-t-elle tenir le coup ou rechuter ? La série avance en jouant sur cette double dynamique : l’arène du break comme moteur visible, et la santé mentale de Karla comme moteur imprévisible.ObjectifsNon pas un, mais deux objectifs qui cohabitent, diluant un peu le message de fin.Axe 1 : La santé mentale* Objectif conscient (désir) : redevenir la championne qu’elle était.* Objectif inconscient (besoin) associé : retrouver un cadre stable, du soutien, une sécurité affective (sa mère, son crew).Axe 2 : Le regard des autres* Objectif conscient (désir) : renouer avec son père et obtenir sa reconnaissance.* Objectif inconscient (besoin) associé : arrêter de se définir à travers le regard du père (et des autres), se réapproprier sa valeur.La thématiqueVoici la thématique que j’ai décelée pour cette série : Comment se reconstruire, transformer ses fragilités en force, et trouver sa propre voix dans un monde où l’on cherche sans cesse à être validé ?—> Qui ressemble à celle de la série Apple TV Stick.La série navigue entre deux lignes fortes : préserver sa santé mentale et apprendre à exister pour soi plutôt qu’à travers le regard d’un parent… et choisit de les faire coexister plutôt que de trancher.Autres thématiques abordées* Le handicap : le handicap physique visible du coach vs. le handicap psychique invisible de Karla.* Comment la santé mentale se régule par le corps, notamment grâce aux exercices de respiration.* L’homophobie : abordée à travers le danseur gay, son rejet et la manière dont sa différence devient une force dans le crew.* La violence : montrée comme une impasse, utilisée comme un moyen de régler les conflits autrement. —> thématique évoquée dans le court-métrage Par souci pédagogique dont je parle dans l’épisode consacré au Festival Off-Courts Trouville.La place des femmes dans la sérieUn personnage principal féminin, dans un milieu majoritairement masculin, et représentée sans sexualisation : une rareté bienvenue !Par contre la réplique de Lorna : “C’est scientifique : les femmes n’ont pas la même puissance que les garçons. Il faut qu’elles exploitent leur féminité.” Est-ce un choix d’écriture ou une impro ? Et surtout, est-ce vraiment le message à adresser à de jeunes spectatrices ? Je reste mitigée.Dans une interview accordée à U2R, Hélène Abram et Romuald Beugnon expliquent que le jeu de séduction pour le couple Karla/Marco n’a pas été davantage développé, notamment parce que l’écriture et le casting se déroulaient en parallèle. Les comédiens avaient une certaine pudeur, ce qui a orienté la dynamique du couple. Par ailleurs, la chaîne n’était pas entièrement convaincue par l’idée d’un arc romantique prédominant, estimant, à juste titre, qu’on pouvait raconter l’histoire d’une jeune fille sans faire de la romance un enjeu central 🙌. Il s’agit d’ailleurs de sujets qui me tiennent à coeur et que j’évoque dans les épisodes sur French Lover et Los Anos Nuevos !Le rythme* Un début très réussi : les enjeux, l’histoire et la personnalité de Karla sont immédiatement lisibles ; la mise en place est fluide et efficace.* La crise avancée : dans l’interview U2R, les auteur.ices expliquent que la crise initialement prévue en épisode 5 a été déplacée en épisode 3, car son intensité nécessitait plus de temps de récupération dramatique. Dommage, car cela atténue la montée en puissance selon moi.* La révélation au coach : Karla assume son handicap mental dès l’épisode 4, ce qui me paraît un peu tôt alors que la scène aurait sans doute dû arriver en épisode 6 (après la crise). C’est un choix assumé, qui installe sa vulnérabilité en amont dans la série, mais qui aurait pu être plus progressif pour gagner en crédibilité.Ses limites* Un format court qui réduit les possibilités d’approfondir la dramaturgie. La série s’en sort bien, mais aborde peut-être un peu trop de thématiques à la fois.* Certains choix de dialogues interrogent (“t’en as pas marre d’être traité d’homosexuel ? vs. sous-titré : “t’en as pas marre d’être insulté parce que tu es homosexuel ?”) entre maladresse et volonté de réalisme ?* Le père dans le jury : un conflit d’intérêt évident, qui crée une tension narrative mais peut sembler peu crédible.* La victoire “morale” plutôt que technique : la série valorise la cohésion et l’éthique plutôt que la performance, ce qui est cohérent thématiquement. Mais en privant Ultimatum d’une victoire pleinement “propre”, elle laisse une légère impression d’inachevé.* Timing manqué avec les JO 2024 : alors que le breakdance a été introduit pour la première fois aux Jeux Olympiques en 2024, la série aurait bénéficié d’être diffusée à ce moment-là pour accompagner l’élan médiatique (mais impossible de refaire le monde n’est-ce pas…).Ses réussites* Le breakdance comme langage non-violent : la danse devient un vrai outil de communication et de résolution de conflits.* Des chorégraphies superbes : moments de danse intenses et inventifs.* Une immersion authentique dans la culture réunionnaise : musique, danse, nourriture, langue, combat de coqs… La série alterne français et créole, un choix important pour respecter l’identité locale sans exclure le public.* Un casting de danseurs non-professionnels très convaincants* Une réalisation inventive et libre : caméra pro + iPhone + drones.* Une lumière magnifique et des paysages valorisés : des décors naturels (plage, skatepark, forêt, centres culturels).ConclusionAu-delà de ses quelques limites structurelles, Battle – La Rényon réussit pleinement ce qu’elle entreprend : raconter l’histoire d’une jeune fille qui se reconstruit en dansant, tout en offrant un regard rare sur le break réunionnais et sur une génération qui cherche d’autres façons de s’exprimer. Grâce à sa mise en scène inventive, à la sincérité de ses interprètes et à l’énergie lumineuse de l’île, la série trouve une identité forte et profondément touchante. Une série courte mais vibrante, qui rappelle que la vulnérabilité peut aussi être une force, surtout quand elle se danse.Regardez-la ICI. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit jomopodcast.substack.com
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