EPISODE · Sep 9, 2026
Entre le Nigeria et le Ghana, la «crise de l’oignon» révèle les limites du libre-échange
from Afrique économie · host RFI
Ces derniers mois, plusieurs cargaisons d’oignons nigérians ont été saisies sur des marchés ghanéens par des commerçants locaux. En réponse, les négociants nigérians ont interrompu leurs exportations. En cause : un désaccord sur les règles de distribution sur les marchés ghanéens, avec en toile de fond la question des prix. Le Ghana est un marché crucial pour la filière nigériane : près de 100 000 tonnes d’oignons y sont exportées chaque année. Alors, lorsque des camions sont interceptés et que des centaines de tonnes d'oignons sont saisies sur le marché de Kotoka à Accra, la tension monte rapidement. C’est ce qui s’est produit à plusieurs reprises depuis le mois d’avril. Cela a conduit les acteurs du nord du Nigeria à suspendre les livraisons d’oignons vers le Ghana. Des oignons ghanéens moins compétitifs Car les Nigérians vendent les oignons sur le marché au prix qu’ils ont fixé… et c’est précisément ce qui ne passe pas auprès des commerçants ghanéens, explique David Olujinmi, analyste économique chez SBM Intelligence, basé à Lagos : « Ils estiment que les Nigérians arrivent avec leurs produits et font baisser les prix, parce que les oignons qu’ils vendent sont proposés à un prix bien moins élevé. Les oignons produits au Ghana ne sont donc pas compétitifs par rapport à ceux que les Nigérians apportent sur le marché ghanéen. » Un accord tacite a depuis été trouvé. Le différend est terminé, assure l’Association nigériane des producteurs, transformateurs et distributeurs d’oignons. À lire aussiLe Ghana souhaite industrialiser son agriculture avec l'aide de la Chine Mais pour David Olujinmi, cet épisode soulève des questions plus profondes sur le cadre du libre-échange interafricain : « L’excédent commercial du Nigeria avec l’Afrique de l’Ouest est gigantesque. Le Nigeria n’achète pas énormément aux autres pays, mais il leur vend beaucoup de produits. Notre monnaie est probablement la plus faible de la sous-région, cela rend nos produits plus compétitifs en termes de prix par rapport aux produits fabriqués dans ces pays. Mais le commerce doit fonctionner dans les deux sens, estime l'économiste. Les pays comme le Ghana commencent à subir des pressions politiques pour protéger leurs propres producteurs locaux. Et toutes ces pressions conduisent à certaines des situations que nous avons vues, comme ces restrictions informelles. » « Mieux appliquer les règles du libre-échange » Pour Paul Akande, chargé de programme pour le développement de l'aquaculture à la Commission de la Cédéao, le différend commercial entre le Nigeria et le Ghana ne nécessite pas la mise en place d’un nouvel accord. Les deux pays sont déjà liés par les mécanismes de libre-échange de l’organisation régionale. L’enjeu est plutôt de renforcer l’information auprès des acteurs économiques et de rappeler les règles existantes : « Il faudrait davantage de sensibilisation et d’information : rappeler que nous appartenons au même espace commercial et que nous avons le droit de commercer librement dans le cadre des mécanismes de libre-échange de la Cédéao. » Pour Pau Akande, cette sensibilisation doit concerner l’ensemble des acteurs de la chaîne commerciale. « Il faut que les exportateurs, les importateurs, les acheteurs et les vendeurs comprennent qu’ils doivent faire preuve de souplesse et de compréhension, souligne-t-il, parce que nous appartenons au même espace commercial et sommes liés par les mêmes accords de libre-échange. » Cette question intervient alors que le commerce entre les pays d’Afrique de l’Ouest poursuit sa progression. Selon le dernier rapport de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), la région affichait un « taux d’échange intra-régional élevé de 76,1 % » l’année dernière. La banque souligne notamment le dynamisme de plusieurs corridors commerciaux, parmi lesquels celui reliant la Côte d’Ivoire et le Nigeria. À lire aussiSénégal: le gouvernement lève le gel des importations d’oignons
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