EPISODE · Jan 26, 2026 · 19 MIN
Festival Viva Cinéma à Valence –Ciné concert ou comment redonner vie à Chaplin en musique
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À la sortie de la projection, les sourires étaient encore accrochés aux visages — sur scène comme dans le public. Au Festival Viva Cinéma, les étudiants du Conservatoire de Valence en classe de musique à l'image présentaient leur ciné-concert sur Charlot à la plage. Un court-métrage muet de Chaplin, revisité en direct, avec une bande-son entièrement composée et interprétée par ces jeunes musiciens.Et visiblement, la magie a opéré.« Dès les premiers rires des enfants, on a su que c'était bon », raconte Thomas Dupont, en troisième année de composition pour l'image. « Ça donne une énergie énorme. On a fait deux ou trois micro-erreurs, mais franchement on est très contents de la performance. »Tenir 20 minutes : un vrai défi musicalContrairement à leurs exercices habituels, souvent sur des formats très courts, les étudiants devaient ici construire une narration musicale sur près de vingt minutes. « L'enjeu, c'était de développer les thèmes dans la durée », explique Tanguy. « On en a créé plusieurs qu'on fait revenir tout au long du film. C'est plus riche, mais ça demande une vraie réflexion sur l'évolution. »Et puis il y avait Chaplin. Le burlesque. Les chutes. Les glissades. « On a travaillé avec du Mickey Mousing — souligner les gestes à l'image », précise Thomas en mimant une glissade sonore. « Mais il faut trouver l'équilibre. Si on souligne tout, ça devient lourd. Il faut laisser respirer aussi. »Bruitage, musique, humour : la frontière est fine, et c'est justement ce dosage qui les a occupés pendant des semaines.Entre héritage du muet… et sons d'aujourd'huiFace à un film de 1915, le piège était évident : tomber dans le pastiche. « On pense tout de suite piano ragtime », sourit Melchior, diplômé l'an dernier et aujourd'hui en perfectionnement. « C'est une base, oui. Mais on ne voulait pas faire que ça. »Leur formation instrumentale reflète cette envie de modernité : mandoline, xylophone, percussions, clarinette… « On fait un clin d'œil à l'histoire du cinéma muet, mais on ramène aussi notre époque, nos couleurs sonores », ajoute Thomas. « On utilise aussi des techniques de composition qu'on apprend aujourd'hui. »Comment naît une musique de film ?Composer pour l'image, ce n'est pas “juste” écrire une jolie mélodie. « On regarde d'abord le film sans musique », explique Tanguy. « On se demande : qu'est-ce que la musique va raconter ? Est-ce qu'elle soutient l'émotion, ou est-ce qu'elle crée un décalage ? Dans le burlesque, le décalage peut être très drôle. »Le film est découpé, puis redécoupé. Les thèmes apparaissent, disparaissent, se transforment. « C'est un travail de tuilage », décrit Melchior. « Comment tout s'enchaîne sans que le public sente les coutures. »Dans le cas du muet, une pression supplémentaire s'ajoute : « On doit être plus “bavards” musicalement », reconnaît Thomas. « La musique aide à comprendre l'histoire. La première question, c'est même : quand est-ce qu'on commence à jouer ? Pas forcément dès la première image. »Changer la musique, changer le filmTous rêveraient de recomposer la bande-son d'un film existant. Mais avec un but précis. « Si c'est pour refaire pareil, ça n'a pas d'intérêt », estime Tanguy. « Par contre, prendre le contre-pied total d'un film très connu, ça peut être passionnant. »Thomas confirme : « On sous-estime l'impact de la musique. Avec les mêmes images, deux musiques différentes racontent deux histoires différentes. On le voit tout le temps en cours : on essaye plusieurs pistes, et l'ambiance change complètement. »La déformation professionnelleRegardent-ils encore les films “normalement” ? « Moins qu'avant », avoue Melchior en riant. « On analyse beaucoup. » Thomas nuance : « Parfois je décortique tout… et parfois, heureusement, je me laisse emporter et j'oublie complètement la musique. Là, c'est magique. »Ils parlent aussi de l'usage de chansons connues au cinéma, puissant mais risqué : « Ça apporte plein de références, d'émotions… mais ça peut aussi devenir décoratif si c'est mal utilisé. »Un appel aux jeunes réalisateursAvant de partir ranger leurs instruments, Thomas lance presque un message : « Les réalisateurs qui débutent, avec peu de budget, n'hésitez pas à faire appel à nous. Travailler avec des humains, construire ensemble, c'est ça qui est beau. »radioducinema.com Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
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