EPISODE · Oct 6, 2023 · 4 MIN
Les sciences face au changement climatique 1/5 : Pourquoi la science et la technique ne suffiront-elles pas à faire face à la crise écologique ?
from Le Pourquoi du comment : économie et social
Interrogeons-nous sur la capacité des différentes sciences – naturelles, humaines et sociales – à faire face au changement climatique. Ici, tentons de comprendre pourquoi certains auteurs pensent que la solution à la crise écologique ne passe pas par une plus forte mobilisation des sciences. Selon Lynn White, "en dehors de l’homme, aucune créature n’a jamais souillé son habitat avec autant de rapidité" Nous avons déjà parlé dans ces chroniques de Lynn White, un historien américain spécialiste du Moyen-Âge, qui publie en 1967 un article intitulé "Les racines historiques de notre crise écologique". Le texte s’ouvre par un rappel du fait que l’espèce humaine a toujours modifié son milieu, mais l’auteur soutient que : "en dehors de l’homme, aucune créature n’a jamais souillé son habitat avec autant de rapidité". Pourquoi ? L’historien semble d’abord proposer une explication technique : au IXe siècle de notre ère, indique-t-il, une charrue d’un type nouveau, permettant un labour beaucoup plus efficace qu’auparavant a introduit un changement majeur dans les rapports entre humains et nature : "auparavant, l’homme faisait partie de la Nature", écrit-il ; "désormais il l’exploitait". Mais cette invention technique n’est ni due au hasard, ni la cause première du bouleversement auquel White s’intéresse. Car, écrit-il, "ces innovations semblent correspondre à des mouvements de pensée plus vastes. Ce que les gens font de leur milieu écologique dépend de la façon dont ils perçoivent leur relation aux choses qui les entourent. L’écologie humaine est largement conditionnée par des croyances relatives à notre nature et à notre destinée – c’est-à-dire par la religion". Si une telle invention technique a pu exister, c’est qu’un nouveau cadre de représentation du monde s’est imposé. Ce cadre, pour White, c’est la religion judéo-chrétienne et plus particulièrement la Genèse - le récit de la création du monde qui figure dans l’Ancien Testament - qui l’a instauré. Notre science et notre technique sont nées d’une attitude chrétienne concernant les relations de l’homme et de la Nature Dans ce texte, le monde est créé par Dieu, l’homme est fait à l’image de Dieu (il est 'imago Dei') et il a vocation à régner sur la nature. Dieu lui enjoint en effet "de dominer sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre", ainsi que de "remplir et assujettir la terre". Raison pour laquelle, selon White, "le christianisme est la religion la plus anthropocentrique que le monde ait jamais connue". Le texte biblique contient selon lui les composants fondamentaux d’une vision du monde en rupture complète avec le paganisme : alors que dans l'Antiquité, chaque arbre, chaque source, chaque colline avait son propre génie protecteur, le judéo-christianisme aurait désacralisé le monde et permis l'exploitation de la nature. Selon White, la science occidentale a profondément partie liée avec cette représentation du monde : comme Dieu a créé la Nature, celle-ci doit témoigner de l’intellect divin. Dès lors, il était légitime de développer l’étude de la nature sous le prétexte de mieux comprendre Dieu. Puisque notre science et notre technique sont nées d’une attitude chrétienne concernant les relations de l’homme et de la Nature qui est désormais universellement répandue et qu’en vertu de celle-ci, "nous nous sentons supérieurs à la nature, nous la méprisons, nous voulons l’utiliser pour satisfaire le moindre de nos caprices", ce n’est donc pas en recourant à toujours plus de science et de technique que nous nous en sortirons. Comment rompre avec cette représentation du monde où l’humain est supérieur à la nature ? C’est à nouveau à la religion que White considère qu’incombe cette mission. L’article se termine par une apologie de François d’Assise, ce religieux qui prônait l’égalité de toutes les créatures. White conclut ainsi son article : "Je propose de faire de François d’Assise le saint patron des écologistes". En 2015, dans son Encyclique Laudato Si, sur la sauvegarde de la maison commune, le pape ne dira pas autre chose. La chronique est à écouter dans son intégralité en cliquant sur le haut de la page. Histoire, économie, philosophie >>> Écoutez et abonnez-vous à la collection de podcasts "Le Pourquoi du comment" ; les meilleurs experts répondent à toutes les questions que vous n'osez poser. A écouter aussi dans Entendez-vous l'éco ?
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