EPISODE · Sep 7, 2026
L'île Maurice mise sur de nouveaux investissements pour relancer sa filière thé
from Afrique économie · host RFI
À Maurice, la filière thé cherche un nouveau modèle pour rester compétitive et répondre aux habitudes de consommation locales. Après des décennies de recul face à la canne à sucre et une diminution du nombre de planteurs, de nouveaux acteurs veulent relancer la production grâce à la mécanisation, de nouvelles techniques de culture et une meilleure valorisation du thé mauricien. Avec notre correspondant à Port-Louis, Patrick Hilbert C’est du jamais vu à Maurice. Le conglomérat ER investit 3 millions d’euros sur six ans dans une nouvelle plantation de thé à Valetta, dans la région de Moka, au centre de l’île. L’objectif est ambitieux : étendre progressivement les plantations sur 500 arpents, soit 210 hectares, au cours des cinq prochaines années. ER veut notamment réduire la dépendance de l’île aux importations. Olivier Baissac, directeur général d’ER Agri Ltd., explique les ambitions du groupe : « Cela fait 40 ans qu'aucun investissement d'envergure n'a été fait dans le thé à Maurice. Si ER relance cette filière, c'est parce qu'elle a du sens au niveau agronomique et économique. Il faut savoir qu'aujourd'hui près de 30 % du thé consommé à Maurice est importé et notre ambition est de réduire cette dépendance et d’apporter de la valeur à nos terres agricoles. À ce jour, nous avons importé plus d’un million de boutures de cultivars kényans. Une trentaine d'hectares ont déjà été plantés. Les premiers théiers montrent une croissance très encourageante et notre première récolteuse arrivera en septembre avec une première récolte attendue début 2027 ». Miser sur les terres moins adaptées à la canne À Valetta, ER mise sur les caractéristiques du terrain. Les sols acides et le climat humide de la région sont moins favorables à la canne à sucre, mais particulièrement adaptés à la culture du thé. Le groupe ne souhaite toutefois pas développer uniquement ses propres plantations. Il prévoit également d’accompagner les petits planteurs : formation aux nouvelles méthodes de culture, fourniture de plants, aménagement des parcelles et accès aux machines de récolte. Cette offensive intervient dans un secteur où les investissements privés d’envergure sont devenus rares. Une situation qui contraste avec l’histoire de Bois Chéri, acteur historique de la filière depuis la fin du XIXᵉ siècle. Pour Charles Guimbeau, directeur général du Groupe Saint-Aubin, propriétaire de Bois Chéri, le potentiel du secteur reste réel. « À Bois Chéri, nous croyons profondément à l'avenir du thé mauricien. C'est une filière qui est historique dans le pays et qui fait partie de notre patrimoine. Mais il est vrai que le secteur aujourd'hui fait face à pas mal de défis, notamment le manque de main-d'œuvre qui devient de plus en plus important dans les champs, avec une population vieillissante notamment au niveau des planteurs », regrette-t-il. Moderniser et monter en gamme Pour Bois Chéri, l’enjeu est donc également de moderniser la production. Mécanisation des plantations et des usines, nouveaux équipements, mais aussi montée en gamme : les acteurs historiques cherchent désormais à mieux valoriser le thé produit à Maurice assure Charles Guimbeau. « Nous souhaitons aussi produire un thé de meilleure qualité, qui valorise notre terroir, et nous souhaitons développer des thés à plus forte valeur ajoutée. D'ailleurs, à Bois Chéri, nous utilisons le thé aussi pour produire du iced tea, des biscuits, du satini », explique-t-il. Pour ER comme pour Bois Chéri, le pari est donc le même : transformer une filière vieillissante en une activité agricole plus moderne, mécanisée et rentable. Reste à savoir si l’arrivée d’un nouvel investisseur de cette envergure permettra de créer un véritable écosystème autour du thé à Maurice, et surtout de relancer durablement une production qui ne couvre plus l’ensemble de la consommation locale. À lire aussiMaurice veut diversifier l’usage de la canne à sucre
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