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EPISODE · Dec 29, 2023 · 4 MIN

Pourquoi la jeunesse n'est qu'un mot ? 3/5 : Pourquoi la jeunesse n'est-elle qu'un mot ?

from Le Pourquoi du comment : économie et social

Dans cet entretien réédité en 1980 dans Questions de sociologie, Pierre Bourdieu explique que c’est par un abus de langage formidable que l’on englobe sous un même concept des univers sociaux qui n’ont pratiquement rien de commun. Il faudrait au moins, soutient-il, analyser les différences entre les jeunesses ou pour aller vite, entre deux jeunesses, c’est-à dire entre les héritiers et les jeunes sans avenir. Il souligne combien la prolongation du temps scolaire pour l’ensemble des jeunes a brouillé les frontières entre les deux jeunesses en laissant espérer aux familles des classes populaires qu’elles pourraient accéder elles aussi aux emplois jusque-là réservés de fait aux plus aisés. « En mettant dans la situation du lycéen, même au rabais, des enfants appartenant à des classes pour qui l’enseignement secondaire était autrefois absolument inaccessible, le système actuel encourage des enfants et leur famille à attendre ce que le système scolaire assurait aux élèves des Lycées au temps où ils n’avaient pas accès à ces institutions, écrit-il ». La massification scolaire, porteuse de promesses non tenues ? Dans ce sillage, le sociologue Stéphane Beaud a montré dans plusieurs de ses ouvrages, en particulier dans 80% au bac…et après ?, combien l’espoir de promotion scolaire et professionnelle suscité chez les classes populaires grâce à l’ouverture de l’horizon scolaire a été déçu. Les données les plus récentes, rappelées lors des rencontres de l’INJEP du mois de novembre, et appuyées sur les résultats des dernières enquêtes du CEREQ ou du CREDOC, le confirment. La massification scolaire était porteuse de promesses qui n’ont pas été tenues. Le taux de chômage des jeunes continue d’être deux fois et demi plus élevé que le taux de chômage de l’ensemble de la population active (17,6% contre 7,4%). Il varie en fait très fortement selon le niveau de diplôme, atteignant plus de 45% pour ceux qui sont sans diplôme, près de 20% pour les niveaux Cap, Bep, Bac contre 9,8% pour les diplômés du supérieur. Plus de la moitié des jeunes salariés de 15 à 24 ans sont en contrat à durée déterminée, intérim, contrat aidé ou d’apprentissage. Persistance des inégalités sociales et scolaires La massification scolaire ne s’est donc pas traduite par une démocratisation scolaire. Les inégalités d’emploi en fonction du milieu d’origine restent très marquées en France comme le met en évidence la dernière enquête Génération du CEREQ qui a interrogé sur leur parcours scolaire et leurs trois premières années de vie active en 2020/21 plus de 25 000 jeunes sortis de formation initiale en 2017. A l’issue du parcours scolaire, les écarts en matière de diplôme sont conséquents. La part des diplômés du supérieur long diminue lorsque l’on descend l’échelle sociale et se stabilise autour de 10% pour les jeunes issus des ménages les plus modestes. Les enfants issus de ménages à dominante ouvrière comme l’ensemble des enfants des ménages les plus modestes n’accèdent quasiment pas aux filières les plus prestigieuses et les plus sélectives du supérieur long (grandes écoles et doctorats). Le sociologue François Dubet pouvait ainsi écrire en 2016 : « la promesse scolaire n’était plus seulement celle de l’instruction commune, elle est devenue celle de l’égalité des chances méritocratique, celle d’une école capable d’abolir les obstacles économiques et sociaux à la réussite scolaire. Depuis cette période, qui a duré une vingtaine d’années, l’égalité des chances est devenue la figure centrale et indiscutée de la justice scolaire. Comparée à des pays comparables, l’école française devrait assurer mieux que d’autres une certaine égalité des chances. Or, il n’en n’est rien et la France est le pays de la reproduction des inégalités sociales et scolaires ». La chronique est à écouter dans son intégralité en cliquant sur le haut de la page. Histoire, économie, philosophie >>> Écoutez et abonnez-vous à la collection de podcasts "Le Pourquoi du comment" ; les meilleurs experts répondent à toutes les questions que vous n'osez poser. À écouter aussi dans Entendez-vous l'éco ?

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