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EPISODE · May 24, 2024 · 4 MIN

Pourquoi les États-providence sont-ils en crise ? 4/9 : Pourquoi la critique de l’État-providence a-t-elle persisté au 20e siècle ?

from Le Pourquoi du comment : économie et social

Nous avons vu les semaines précédentes qu’à la fin du 19e siècle, républicains, libéraux et conservateurs avaient critiqué l’État-providence, coupable selon eux d’exonérer les citoyens de tout effort pour prendre leur vie en main. Au milieu du XXe siècle, paradoxalement, cette critique va reprendre de plus belle. Conflit d'idéologies : Beveridge vs Hayek sur l'État-providence Le fameux rapport de William Beveridge intitulé "Report on Social Insurance and Allied Services" ("Rapport sur l'assurance sociale et les services connexes"), publié en 1942, marque durablement les opinions publiques. Il prône la mise en place d’un système complet de sécurité sociale administré par l’État comportant une protection contre le chômage, la maladie et la retraite. Ce système sera mis en place au Royaume-Uni à la sortie de la guerre après la victoire des travaillistes aux élections et inspirera la plupart des pays européens, même si de multiples variantes ont été développées. Pourtant, deux années plus tard, en 1944, le philosophe et économiste Friedrich Hayek, réfugié en Angleterre depuis l’Anschluss et professeur à la London School of Economics, fait paraître La Route de la servitude ('The Road to Serfdom'), un ouvrage qui met le rapport Beveridge au centre de ses critiques. Les premières pages s’ouvrent sur un cri d’alarme : "nous sommes, écrit Hayek, en danger de connaître le sort de l’Allemagne". Continuant ainsi : "Ce n’est pas à l’Allemagne de Hitler, à l’Allemagne de la guerre actuelle que notre pays (l’Angleterre) ressemble. Mais les gens qui étudient les courants d’idées ne peuvent guère manquer de constater qu’il existe plus qu’une ressemblance superficielle entre les tendances de l’Allemagne au cours de la guerre précédente et après elle et les courants d’idées qui règnent aujourd’hui dans notre pays". De quoi peut-il donc bien s’agir ? Quelle peut être la ressemblance entre l’Angleterre qui s’est farouchement battue contre l’Allemagne pendant toute la guerre et cette dernière ? C’est précisément le rapport Beveridge, et plus généralement, le keynésianisme, le planisme, le socialisme, cet ensemble d’idées soutenant que l’intervention de l’État importe, notamment pour organiser la vie économique et sociale et la protection de tous les citoyens. Hayek et la critique du socialisme : un avertissement contre le totalitarisme Nous devons cesser de croire que les Allemands sont foncièrement mauvais, explique Hayek, pour comprendre que ce sont leurs idées qui les ont rendus tels, des idées que les Anglais et des pays de plus en plus nombreux partagent désormais. Que s’est -il passé ? "Depuis plus de vingt-cinq ans, écrit Hayek, nous nous sommes progressivement écartés des idéaux essentiels sur lesquels la civilisation européenne est fondée (…) Nous avons peu à peu abandonné cette liberté économique sans laquelle la liberté personnelle et politique n’a jamais existé. Nous n’avons jamais cessé d’aller vers le socialisme alors que la tendance moderne vers le socialisme constitue une rupture brutale non seulement avec le passé récent, mais avec toute l’évolution de la société occidentale". En résumé, l’Allemagne est devenue nazie non pas malgré le socialisme, mais à cause de lui : le socialisme porte en lui le totalitarisme comme la nuée porte l’orage. L’interventionnisme de l’État déployé pendant la guerre - qui semble devoir être prolongé voire étendu et systématisé après celle-ci - produira nécessairement un nouveau totalitarisme. Les idées qui seront développées plus tard par Hayek, notamment dans son ouvrage Droit, législation, liberté, consistant à opposer deux types d’ordre, Kosmos, l’ordre spontané de la société, et Taxis, l’ordre délibérément construit d’une organisation, sont déjà présentes. À l’époque ces idées sont peu audibles. En 1947, Hayek invite une trentaine de personnalités à participer à une conférence en Suisse et crée à cette occasion la fameuse société du Mont-Pèlerin. Organisées de façon régulière, ces rencontres vont contribuer à diffuser les idées libérales, critiques du planisme, du keynésianisme et de l’intervention de l’État. Elles vont trouver une audience renouvelée à la fin des années 1960 aux États-Unis puis se répandre à des rythmes différents dans les pays européens durant les décennies suivantes. La chronique est à écouter dans son intégralité en cliquant sur le haut de la page. Histoire, économie, philosophie >>> Écoutez et abonnez-vous à la collection de podcasts "Le Pourquoi du comment" ; les meilleurs experts répondent à toutes les questions que vous n'osez poser. À écouter aussi dans Entendez-vous l'éco ?

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