EPISODE · Feb 16, 2026 · 14 MIN
🇩🇰 The Danish Woman (Arte)
from JOMO Podcast · host Chloé Storch
⚠️ Cet article contient des spoilers !SynopsisLorsque Ditte Jensen se retire avec les honneurs des services secrets danois, elle emménage dans un immeuble de Reykjavik (Islande) où elle va pouvoir cultiver son jardin et vivre sa vie dans l’anonymat. Mais Ditte ne peut cesser d’être qui elle est. Un soldat d’élite et une guerrière. Et bientôt l’immeuble se transforme en champ de bataille pour un monde meilleur. Avec son sens profond de la justice, elle décèle les problèmes de ses voisins et se sent obligée de les aider, qu’ils le veuillent ou non. Et dans son monde la fin justifie les moyens.🎬 Fiche techniqueThe Danish Woman est une comédie dramatique de 6x47’ diffusée dès le 29 janvier 2026 sur Arte et en intégralité sur Arte.TV.* Production : SLOT MACHINE, Gullslottid, Zik Zak Filmworks.* Création : Benedikt Erlingsson* Scénario : Benedikt Erlingsson, Ólafur Egill Egilsson.* Réalisation : Benedikt Erlingsson.🎭 Avec : Trine Dyrholm (Ditte Jensen), Hilmar Guðjónsson (Þórir), Kristín Þóra Haraldsdóttir (Gulla), Natalía Kristín Karlsdóttir (Maríanna), Baldur Björn Arnarsson (Kári), Hrafn Alexis Elíasson Blöndal (Finnur), Halldóra Geirharðsdóttir (Soffía), Hjálmar Hjálmarsson (Kristinn), Edda Guðnadóttir (Björk), Björn Thors (Magnús), Kolbrún Helga Fridriksdóttir (Maja), Halla Vilhjálmsdóttir (Ástríður), Atli Rafn Sigurðsson (Skarphéðinn), Raffaella Brizuela Sigurdardóttir (Salima), Juan Camilo Román Estrada (Juan Camillo), Jens Albinus (Jens Jørgensen), Thorvaldur Strømberg (Ingmar Strömberg), Besir Zeciri (Kasper), Siff Vintersol (Mille), Andreas Jebro (Ole), Sebastian Alstrup (Joakim), Marina Bouras (l’ambassadrice danoise), Benedikt Erlingsson (Balding thug), Ólafur Egill Egilsson (Leather Óli).📍 Tournage : La série a été filmée en Islande, avec des décors majoritairement à Reykjavik et alentours, pendant 54 jours.📈 Accueil & audiences : La série a été présentée en avant-première au festival Séries Mania en mars 2025 et a reçu des critiques élogieuses de la part des médias internationaux, notamment Variety, Le Monde et Le Figaro.Des audiences assez faibles, probablement dues à une forte concurrence (tournoi de rugby et JO), à la barrière de la langue, la série étant en anglais, en danois et en islandais, ainsi qu’à la caractérisation du personnage principal.🔎 AnalyseRésumé des arches narrativesPrincipale : Ditte et ses voisinsDitte s’immisce dans la vie des habitants de l’immeuble au nom de l’ordre et de la responsabilité collective. Si elle prétend aider, surtout les femmes, ses méthodes sont intrusives et radicales.* Sabotage d’un voisin au nom de l’écologie (destruction de biens, perte d’emploi).* Piège tendu à un voisin dealer (simulant une tentative de suicide afin de le faire interner) qui fait trop de bruit dans l’immeuble en organisant des soirées, déclenchant l’intervention d’un mafieux suédois.* Humiliation d’un ado coupable de chantage sexuel auprès de son ex-copine, voisine de l’immeuble, puis posture maternelle ambiguë de Ditte envers l’ex-copine.* Intervention brutale auprès d’une mère débordée par ses enfants constamment les yeux rivés sur les écrans, Ditte entre par effraction chez elle pour détruire tous les écrans en les plongeant dans l’eau puis en les séchant.* Empoisonnement d’agents pour empêcher l’expulsion d’une voisine sans-papiers enceinte.* Meurtre d’un mari violent, maquillé en accident.Ditte apparaît comme une justicière privée, elle protège autant qu’elle détruit.Secondaire : Ditte et la couronne danoiseBien qu’à la retraite et aspirant à une vie paisible, Ditte est rappelée par la couronne pour une mission d’espionnage aux enjeux politiques et géopolitiques.* Retour forcé au service de l’État.* Mission d’espionnage liée à des luttes de pouvoir internationales.* Tension entre désir de retrait et obligation nationale.Tertiaire : Ditte et son PTSDAncienne tireuse d’élite, Ditte est hantée par une mission passée.* Flashbacks fragmentés d’une opération dans un pays musulman.* Promesse faite à deux jeunes filles chargées de déposer une bombe.* Explosion prématurée décidée par les Américains, malgré les consignes danoises.* Mort des deux filles et de leur père.* Culpabilité persistante et haine envers les États-Unis.Chute finale : la perte de contrôleDitte, jusque-là convaincue de maîtriser la situation, voit tout lui échapper.* Ses actions causent des dommages collatéraux dans l’immeuble.* L’enfant du mafieux suédois la piège en cachant arme et drogue chez elle.* Intervention policière massive.* Elle se défend violemment, tue plusieurs agents, puis est arrêtée sous les yeux de ses voisins.==> Ditte est contrainte d’affronter les conséquences de ses actes et la responsabilité qu’elle revendiquait imposer aux autres.Thématique(s)La thématique centrale est celle de la responsabilité individuelle et de ses conséquences. Elle peut se formuler ainsi : comment faire prendre conscience à chacun de sa responsabilité sans sombrer dans le contrôle ou la violence ? Ou encore : peut-on imposer la responsabilité aux autres sans devenir soi-même coupable ?La logique de Ditte est celle de la vengeance et se résume par : « œil pour œil, dent pour dent ».D’autres thématiques sont évoquées et liées à la thématique centrale, on retrouve :* La géopolitique nordique et l’impérialisme américain.* L’écologie radicale.* Le féminisme (sexualité, maternité, avortement…).Moteur sérielLa série est character driven : tout part de Ditte, de sa vision du monde et de sa faille morale. Ditte mène une double vie, ancienne espionne au service de la couronne danoise, elle tente de se fondre dans le quotidien banal d’une voisine ordinaire en Islande. La série reste character driven, centrée sur Ditte, mais adopte à plusieurs reprises un aspect choral : chaque épisode explore un cas de voisinage spécifique, permettant de voir Ditte à travers le regard des habitants.Le moteur repose sur quatre dynamiques complémentaires :* Double identité de Ditte : espionne à la retraite / voisine ordinaire. Son passé refait surface par fragments à travers des flashbacks liés à son PTSD.* Ingérence morale : Ditte pousse ses voisins à affronter leurs responsabilités, créant dilemmes moraux et dommages collatéraux.* Perspective chorale : le spectateur découvre son influence indirecte et ses méthodes controversées via les expériences et les réactions des voisins.* Suspense et tension : sa vie passée menace toujours de se révéler, et chaque intervention soulève la question de ses limites éthiques.Point de vueMajoritairement de Ditte, mais la série tend vers une dimension chorale, avec chaque épisode focalisé plus précisément sur un des habitants de l’immeuble.Rythme* Épisodes 1,2–début 3 : immersion dans l’immeuble, les voisins et le PTSD.* Fin épisode 3 : bascule avec l’arrivée de la couronne danoise.* Épisodes 4–6 : intrigue politique dominante, tandis que Ditte devient plus dure, cynique et manipulatrice. L’arc de Ditte est clairement descendant.Personnage principalDitte est une anti-héroïne :* Elle vise le bien mais emploie des moyens moralement condamnables.* Elle se croit moralement supérieure.* Elle manque d’empathie véritable, même lorsqu’elle aide ses voisins.* Elle se remet peu en question et ne reconnaît jamais ses fautes.Les sentiments du spectateur à son égard sont ambivalents. Personnage qui paraît antipathique dès les premières minutes de la série : * Elle tue le chat des voisins.* Elle a toujours raison et a un côté moralisateur la rendant très agaçante.* Elle montre peu de compassion.* Le spectateur reste majoritairement à l’extérieur des sentiments de Ditte.La série joue sur notre empathie pour Ditte : on comprend ses actions souvent seulement a posteriori, ce qui crée un décalage avec notre jugement moral immédiat.Comment faire adhérer le spectateur à une anti-héroïne moralisatrice ?* Montrer que son moralisme est une stratégie de survie, née d’une blessure profonde, d’un traumatisme ou d’un sentiment d’injustice.* Elle doit parfois avoir raison : dénoncer une hypocrisie ou un système corrompu, ce qui rend son radicalisme presque légitime.* Elle doit avoir des failles et ses vulnérabilités affectives. Elle doute, échoue, se contredit, ou aime sincèrement quelqu’un ou une cause, ce qui tempère sa rigidité morale. L’humour, même noir, peut la rendre plus pardonnable et proche du spectateur.Ici, Ditte possède une blessure profonde liée à la guerre et à la mort des jeunes filles qu’elle devait protéger, mais cette culpabilité n’est révélée que dans l’épisode 3, ce qui limite l’attachement initial du spectateur. Son sens moral est légitime et cohérent, mais ses failles sont trop peu visibles, et le monde autour d’elle n’est pas présenté comme assez brutal et corrompu, ce qui réduit l’impact de son radicalisme. Pour la rendre vraiment attachante, il faudrait révéler sa blessure plus tôt, montrer davantage sa vulnérabilité et souligner la dureté de l’environnement qui justifie ses actions.Autres personnagesLa série compte de nombreux personnages, ce qui peut dérouter au début, mais chacun devient identifiable. Les comédiens sont excellents, qu’il s’agisse des jeunes filles, des adolescents ou des adultes, qu’ils incarnent des personnages naïfs, désagréables ou comiques.FéminismeLa série assume clairement une perspective féministe.De nombreux hommes y apparaissent soit comme maladroits, violents, ou faibles, et leurs egos sont souvent ridiculisés. Exemple mémorable : le personnage de PET humilié publiquement devant la couronne que Ditte oblige à s’étouffer en mangeant une pomme de terre afin de faire diversion, alors qu’elle a déjà réussi sa mission, un moment brillant qui renverse les codes du pouvoir masculin.Ce qui fonctionne* Le traitement du féminisme et de l’entraide entre femmes.* La confrontation des cultures nordiques.* Le discours frontal anti-américain (rare dans les fictions !).* L’écologie radicale.* L’interprétation exceptionnelle de Trine Dyrholm : magnifique rôle pour cette femme. Enfin un rôle intéressant pour une femme plus de + 40 ans, qui se bat, fait des cascades, danse, peut être violente, se met complètement nue…* L’utilisation des chansons et danses.* Le motif visuel des plantes qui pourrissent quand Ditte s’enfonce moralement.Ce qui fonctionne moins* L’absence de traduction des chansons.* Certains excès narratifs (multiplication des situations extrêmes).* Le discours brutal de Ditte face à la dépression, qui peut sembler problématique.* La fin très sombre et frustrante.ConclusionThe Danish Woman est une série dérangeante et politique, qui interroge la notion même de justice. En plaçant une anti-héroïne radicale au centre du récit, elle montre comment la certitude morale peut devenir une forme de violence, et comment vouloir réparer le monde sans écouter les autres mène à l’isolement et à la chute. Ni aimable ni rassurante, la série bouscule le spectateur, le force à se positionner, et laisse volontairement un goût amer : celui d’un monde où avoir raison ne suffit pas à faire le bien.Regardez-la ICI This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit jomopodcast.substack.com
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