PODCAST · arts
100 % création
by RFI
Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles.
-
24
Kiru’Mono de Jeanne Messi Fouda: un kimono inclusif et audacieux
Entre Japon et Afrique, entre exigence couture et joie inclusive, Jeanne Messi Fouda réinvente le kimono à Paris. Avec sa marque artisanale, elle démocratise ce vêtement millénaire, le colore de motifs africains, l’accompagne de bijoux et bientôt de maroquinerie, tout en transmettant son savoir-faire aux jeunes générations. Un univers où la mode est à la fois audacieuse, éthique et profondément humaine. Kiru’Mono de Jeanne Messi Fouda s’inspire de l’élégance japonaise pour créer une mode universelle, inclusive et joyeuse. Née au Cameroun, dans une famille où « la mode est une passion », elle raconte : « Mon papa est féru de mode, ma grand-mère également et j’aime le travail qui est bien fait. » Installée à Paris, elle propose des mini-séries et des pièces uniques, faites main, fabriquées localement. Son ambition : démocratiser le kimono en y apportant « une touche africaine et moderne » et en l’accompagnant d’accessoires et de bijoux pour compléter la silhouette. Le déclic d’un voyage, la naissance d’une marque C’est un voyage en Guadeloupe qui déclenche l’aventure. Pour l’occasion, Jeanne fait confectionner un kimono pour elle. « Devant la réaction des gens de l’aéroport d’Orly jusqu’en Guadeloupe, je me suis dit que je tenais quelque chose ». De retour à Paris, elle trouve un atelier, dessine les patrons, organise un premier shooting au Palais Vivienne, puis lance sa marque fin 2019. Elle refuse la facilité : « Je voulais vraiment créer quelque chose qui me ressemble. » Le kimono, pièce codifiée depuis le XIIᵉ siècle, devient entre ses mains un objet plus fun, mais toujours respectueux des traditions : « Pour le kimono, ce n’est pas anodin. Vous nouez la ceinture, avez un sens qui signifie le deuil et un sens qui signifie la vie. » Matières nobles et pièces rares Jeanne commence chaque création par le dessin, puis par le choix des tissus : soie, suédine, coton. « Choisir, c’est un peu compliqué parce que tous les tissus que j’utilise, je les aime. Si vraiment il fallait que j'en choisisse un, ce serait la soie, parce que c’est un tissu qui bouge avec le vêtement, qui est vivant. » Loin de la fast fashion, elle revendique la rareté : « Si je fais plusieurs kimonos, il va y en avoir trois ou quatre, pas plus. » Elle collabore avec un Meilleur Ouvrier de France à Lyon pour des doublures monogrammées, symbole de son exigence. Ses clients vont du chanteur Meiway au rappeur La Fouine, mais elle veille à garder une offre accessible : crop tops, pantalons, bijoux permettent à chacun d’entrer dans l’univers de Kiru’Mono. Créer, transmettre et élargir l’univers Jeanne Messi Fouda dit créer « pour les gens qui veulent s’amuser en s’habillant, qui aiment prendre des risques ». Mais son engagement dépasse la mode. Avec des ONG comme Solidarité Laïque, elle anime des formations en artisanat créatif en Côte d’Ivoire : « On peut très bien créer sans pour autant avoir d’argent. Il suffit de travailler, d’avoir une méthodologie. » La transmission est essentielle : « On n’a pas besoin d’être connu, d’être arrivé au sommet pour pouvoir redonner. » Aujourd’hui, elle développe une gamme complète. Ses bijoux en argent incarnent son style élégant et simple, à la portée de tous. Prochaine étape : la maroquinerie, sacs et sandales en cuir, en collaboration avec des artisans sénégalais reconnus. Une manière de prolonger son credo : faire vivre une mode audacieuse, qualitative et profondément connectée aux cultures qui l’inspirent. À lire aussiHors-studio avec Élodie et Rebecca: du déchet au design climatique d’exception Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
23
Nadeen Mateky, orfèvre du cheveu afro par 100% Création-le Mag
Cheveux lisses, frisés, crépus, dociles ou rebelles. La coiffure n’est pas un simple élément esthétique, c’est beaucoup plus… une véritable forme d'expression artistique. Rencontre avec Nadeen Mateky, un nom incontournable du cheveu afro. Se faire coiffer par Nadeen Mateky tient de la leçon de style mais également de l’échange et du dialogue. Pour chaque coiffe, cette artiste du cheveu laisse libre cours à sa créativité : « J’observe, je coupe, je tresse, je sculpte en fonction de l'histoire de ma cliente. Un coiffeur, c’est comme un psy à qui on se dévoile. » Native du Congo, son art capillaire lui a été transmis par sa grand-mère très coquette qui l’a initiée à la mise en beauté du cheveu : « J’ai grandi à Moungali, un quartier de Brazzaville où les femmes portaient des coiffes qui avaient toutes une signification. Pour un deuil, la femme avait des tresses en arrière, ce qu'on appelle des "syndulla" au Congo, ou alors elle se rasait la tête. Les cheveux attachés envoient un message de femme mariée, détachés, c’est celui d’une femme libre ». D’une passion, Nadeen Mateky a décidé d’en faire son métier. De la coiffure à la sculpture Ses coiffes sont de véritables sculptures capillaires, dont Nadeen Mateky tient à garder les secrets : « J’utilise beaucoup de matières premières, de la laine, du carton, du bambou, du raphia, j’y ajoute aussi un cocktail de pierres précieuses et des coquillages ». Nadeen Mateky est une visagiste. Elle a construit sa renommée auprès de têtes célèbres comme Alicia Keys, Lenny Kravitz, Fadily Camara ou Claudia Tagbo. Sa signature : revisiter les coiffes africaines traditionnelles en leur apportant une touche moderne, comme elle le rappelle : « Cela exige beaucoup de travail et des recherches pour retrouver les coiffures somptueuses des reines d’Afrique ou de France. Le cheveu est une matière vivante. Je travaille différemment s’il s’agit de shootings de presse, pour le Festival de Cannes, de la Fashion Week ou pour un film. » Son objectif est de réconcilier toutes les femmes africaines avec leurs cheveux naturels. Et d’expliquer : « Le cheveu afro est magnifique, il défie la loi de la gravité. On peut faire tout ce que l’on veut avec : le lisser, le boucler, mais sa texture demande beaucoup d’hydratation et de soins. C’est pour cela qu’il est important de trouver la bonne coiffeuse qui saura le travailler sans l’abimer ou le tirer sur la racine, au risque de provoquer des tensions sur le cuir chevelu ou des alopécies. Un défi de taille. » Abonnez-vous à « 100% création » « 100% création » est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcasts, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook.
-
22
Hors-studio avec Élodie et Rebecca: du déchet au design climatique d’exception
Nées à Tours, Élodie Michaud et Rebecca Fezard inventent chez hors-studio des biomatériaux à partir de déchets sans filière de recyclage. Entre geste textile, tradition artisanale et innovation, elles transforment rebuts marins, cuir recyclé et matières oubliées en surfaces sensibles qui racontent une autre histoire du design et de la responsabilité. En 2016, Élodie Michaud et Rebecca Fezard fondent hors-studio, un atelier de recherche et de narration autour de la matière. Elles explorent, expérimentent les potentiels cachés des déchets et imaginent de nouveaux gestes, usages et imaginaires pour l’architecture et le décor. Leur rencontre a lieu au FabLab de Tours, en 2016. Élodie Michaud travaille sur son projet de fin d’études, Rebecca Fezard expérimente des matériaux avec les machines à commande numérique. « C’était une super belle rencontre, on s’est rendu compte qu’on avait un peu une même approche créative sur la question de la matérialité », se souvient Rebecca. Élodie propose de monter un studio. En quelques mois, le duo installe un espace de coworking, enchaîne les premiers projets et hors-studio naît « assez instinctivement ». De la crise de sens à la responsabilité des designers Le basculement vers les déchets ne relève pas d’un simple effet de mode. Au FabLab, elles réalisent que la majorité des matériaux qu’elles manipulent sont issus de la pétrochimie. Une visite de recyclerie agit comme déclencheur : « On s’est rendu compte de la déperdition de matières premières, de matières qui partaient à l’enfouissement alors qu’elles étaient encore complètement viables », raconte Rebecca Fezard. Élodie parle d’une vraie crise de sens : « Si c’est juste ennoblir des matériaux existants qui vont partir à l’enfouissement, ça ne nous intéresse pas. Quand on est designer, on a vraiment une responsabilité. » Leur réponse : créer leurs propres biomatériaux, à partir de déchets sans filière de valorisation, et inventer un savoir-faire qui allie tradition artisanale et innovation. Leur premier terrain de jeu : les coquilles de moules, d’huîtres, de Saint‑Jacques, récupérées dans les restaurants. L’expérience ouvre une méthode : partir de poudres, travailler des liants naturels (algues, colles animales, liants issus de la cuisine), croiser recettes open source (via la plateforme Matériuum), grimoires d’artisans d’art, techniques de staff et de stuc. « C’est toutes ces combinaisons qui deviennent notre savoir‑faire et qui nous permettent de créer des recettes sur mesure », poursuit Rebecca. Designers matière, entre recherche, narration et biomatériaux Hors-studio ne fabrique pas des matériaux « au mètre carré », insiste Rebecca : « Notre plus‑value, c’est de pouvoir, quand on crée un matériau, lui donner une démarche créative dans l’application derrière. » Leur process : créer une œuvre artistique qui raconte une histoire et montre les potentialités de la matière, pour inspirer architectes et décorateurs. Une pensée, deux têtes, quatre mains, le duo décrit un ping‑pong permanent, une « télépathie » nourrie par une communication constante : idées, stratégie, finances, matière, tout se discute. « Il n’y a rien qui est décidé l’une sans l’autre. C’est un respect absolu, être sûr en permanence que ça soit OK », insistent-elles. Ce métier exige « du courage et de la ténacité », souligne Rebecca. Inventer un métier et un savoir‑faire implique de « déplacer des montagnes », de convaincre, de prouver la fiabilité de ces biomatériaux. Élodie ajoute : « Il faut être hyper centré, croire en ses convictions, garder l’instinct créatif. » Parmi leurs matériaux, deux les fascinent particulièrement. Le byssus, la fibre produite par la moule pour s’accrocher au rocher, « une des fibres les plus puissantes au monde, capable de suivre les mouvements de l’océan, longtemps appelée soie de la mer . Le déchet, quand on le récupère, ça ne ressemble à rien et il y a cet enjeu de l’ennoblissement », explique Rebecca Fezard. Récompensées par le Prix Dialogue 2025 Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la main, pour leur matériau Leatherstone. Elles ont créé ce matériau à base de cuir recyclé, proche du plâtre dans ses sensations de mise en œuvre : « Il passe par plein d’états, il est chaud, il y a une pâte. » Structurel, imprimable en 3D, doté de propriétés thermiques et acoustiques, il synthétise leur approche : transformer un déchet massif et problématique en matière sensible et durable. « C’est ça qui est formidable », conclut Élodie Michaud. Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
21
Des souliers sur mesure avec Philippe Zorzetto par 100% Création-le Mag
Bottines, mocassins ou derbies, escarpins, baskets… Des chaussures uniques à la mode réalisées de manière artisanale et ultra confortables, c’est ce que propose le maître chausseur Philippe Zorzetto avec ses modèles sur mesure et ses collections. Philippe Zorzetto est le chausseur d’artistes comme Jean Dujardin, John Malkovich, M, Matthieu Chedid, Jane Birkin et bien d'autres. Ses clients sont des hommes et des femmes célèbres mais également des anonymes. Comment devient-on créateur de chaussures ? Éléments de réponse avec Philippe Zorzetto ; « Au départ, j'ai fait des études de droit et sciences politiques. Je n'étais pas programmé pour créer une marque de chaussures et pourtant je l'ai fait. C’est lié à mon histoire familiale, des artisans de père en fils. Mon grand-père fabriquait des souliers en bois dans des ateliers en Italie avant la guerre. Et quand j’ai décidé de me lancer, je me suis rendu compte que j’avais déjà tout en moi ». Un chausseur musicien Pour Philippe Zorzetto, produire une bonne paire de chaussures demande trois choses : un savoir-faire extraordinaire, le sens de la mode, et l’artisanat. « J’ai d’abord cherché en France, en Italie et en Espagne les meilleurs ateliers pour proposer des modèles de qualité », explique-t-il. « Ensuite, j’ajoute des références culturelles, la musique est ma première source d’inspiration ; enfin je propose des modèles dans l'air du temps. » Son objectif : créer des chaussures à la fois utilitaires et artistiques. Des modèles assez simples, mais en réalité très complexes à fabriquer et qui demandent beaucoup d’expertise, comme il le rappelle : « Il faut près de 150 pièces pour créer un modèle Zorzetto. Je travaille uniquement avec des constructions cousues, ce qu'on appelle le cousu Blake, c'est-à-dire que les semelles ne sont pas collées, mais cousues à la main ». Souplesse et légèreté du cuir Philippe Zorzetto est très attentif à la souplesse du cuir. Il sélectionne toujours des peaux de belle qualité et durables, et pour cela il faut y mettre le prix. Outre les souliers sur mesure, il sort également des collections, il en a notamment créé deux avec la collaboration du chanteur Louis Chedid : « Fabriquer une seule paire revient extrêmement cher, car cela nécessite beaucoup de main-d’œuvre. Donc pour avoir un prix raisonnable, il faut produire du volume et une collection permet ainsi de faire baisser les coûts et d’avoir un prix attractif ». Cette année, la marque bouclera sa 36ᵉ collection et fêtera ses 18 ans d’existence.
-
20
Lucas Huillet, un designer et un céramiste à la liberté engagée
Lucas Huillet, designer et céramiste, incarne une vision sensible et engagée de l’artisanat contemporain. Son travail, résolument transdisciplinaire, mêle matériaux bruts et textures contrastées pour nous inviter à repenser la création comme un véritable dialogue entre héritage, matière, émotion et engagement. En privilégiant une fabrication artisanale, il fait de chaque objet bien plus qu’une simple pièce : une intention, une vision du monde à laquelle nous sommes invités à prendre part. « Je viens du sud de la France, j’ai grandi à Cerbère. Depuis tout petit, j’ai toujours ce rapport à des choses très créatives. » Pour ce designer et céramiste, la création s’enracine dans une histoire familiale faite de migration et de savoir-faire. Ses grands-parents italiens, arrivés en France dans les années 60, ont multiplié les métiers avant que son grand-père ne s’installe comme tailleur, puis ne tienne un magasin de retouches et de réparation de machines à coudre. « J’ai eu mes premiers rapports à l’artisanat via ça. Depuis tout petit, j’ai toujours gravité autour des métiers de la main. » La céramique arrive ensuite, comme une évidence. Il apprend dans son village, « en faisant, en faisant, en faisant », bien avant l’école. À Paris, l’École Camondo, entre architecture intérieure et design, lui permet d’articuler objet et espace. Une année chez Chanel en architecture intérieure achève de le former, tandis qu’il monte son studio de céramique et achète son premier four : « Ça a vraiment donné une liberté dans ce que je faisais, pouvoir explorer plein de choses. » La créativité comme travail et dialogue des matières Pour lui, le design n’est pas qu’une idée abstraite, mais un aller-retour constant entre conception et fabrication : « Le designer, il va concevoir et remettre la fabrication à un artisan compétent. Moi, c’est plus venu d’une appétence personnelle. » Il revendique ce double ancrage, théorique et manuel, nourri par les métiers de la main et par une méthode rigoureuse. Surtout, il refuse l’idée d’un don créatif : « La créativité, ce n’est pas un don, c’est quelque chose qui se travaille. On écrit, on réécrit, on réécrit. » La céramique impose sa temporalité : la terre sèche, il faut anticiper, respecter les étapes, du modelage aux cuissons successives. « C’est une course contre la montre pour ne pas gâcher de la matière. » Son geste, il le travaille jusqu’à ce qu’il devienne fluide : « Faut que ça devienne totalement fluide, qu’on n'y réfléchisse quasiment pas et qu’on soit concentré sur ce qu’on voit, sur l’objet qu’on a dans les mains. » Le dessin et l’écriture structurent ce processus : d’abord le récit, l’intention, puis la forme. « Écrire une histoire, c’est très important pour moi. Le trait concrétise beaucoup les choses, alors que le mot laisse encore tout un champ de possibles. » Dans ses pièces, il privilégie la matérialité plutôt que l’ornement pur : « J’aime bien travailler la matière pour ce qu’elle est. L’émail va être un décor qui va redonner une matière, une vibration, par petites touches, en contraste avec une matière plus brute. » Faire des ponts entre disciplines et proposer des récits Ce qui caractérise le plus son travail, c’est cette curiosité transdisciplinaire : « J’ai cet appétit pour aller voir ailleurs, toujours. Voir comment je peux faire des ponts avec le design et d’autres disciplines. » Avec Alexandre Helwani, historien du parfum et parfumeur, il conçoit des installations où céramique, textile et olfactif dialoguent. Leur projet sur la santé mentale à la Paris Design Week s’est construit comme un véritable récit à plusieurs voix : « On écrit d’abord une histoire, ce qu’on veut raconter, et le dessin, le parfum viennent se mélanger petit à petit. » Le message n’est jamais prescriptif : « C’est transmettre un message, mais au-delà de ça, c’est simplement faire une proposition. Après, c’est au public de voir comment il le ressent. » Dans un monde saturé d’images et de contraintes, il interroge la posture du créateur : « On se pose beaucoup de questions sur est-ce que ce que je vais faire est pertinent, soutenable, est-ce que ça a déjà été fait. Pour être créatif, il faut plus avoir un certain optimisme dans des temps qui sont assez durs, pour justement voir de nouvelles perspectives. » La création, dans sa vie, est un fil rouge discret mais tenace : « On ne va pas être tout le temps dans des phases créatives. C’est ce fil rouge qui nous amène d’un projet à l’autre et d’une idée à l’autre. » Entre Cerbère, Kyoto et Paris, elle continue de tisser des ponts, des gestes et des histoires. Abonnez-vous à 100% création : 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
-
19
Hawa Sangaré, glamour, mode et mission sociale par 100% Création-le Mag
Quand la mode devient un support d'activités pour permettre à des femmes de s'insérer par l'emploi. C’est que propose Hawa Sangaré qui a lancé un atelier d'insertion à Paris et la marque « Hawa Paris » qui incarne une vision de la mode durable, éthique et inclusive. Après des études en psychologie clinique, la Franco-malienne Hawa Sangaré se voit proposer un poste pour accompagner des personnes en difficulté. Elle va ainsi travailler pendant une douzaine d’années dans ce milieu de l'insertion sociale, pour soutenir des hommes, des femmes, des jeunes en difficulté et des anciens prisonniers. Au fil de son expérience professionnelle, Hawa Sangaré note que de nombreuses femmes restent sur le carreau, éloignées de l'emploi, isolées socialement, des réfugiées souvent des mamans solo : « J'ai eu envie de donner des clés d'émancipation à ces femmes-là. Quand je suis tombée sur un article sur la loi anti-gaspillage vestimentaire qui visait à empêcher les marques de luxe de brûler leurs fins de stocks. Je me suis dit, la mode va être le support d’activité qui va me permettre d'accompagner ces femmes ». Du travail pour se réparer C’est en 2021 qu’est lancé « Hawa au féminin », un atelier textile d’insertion qui s’inscrit dans une démarche de mode solidaire et éco-responsable. Quel est le processus de formation pour ceux ou celles qui viennent dans son atelier ? Les explications d’Hawa Sangaré : « Elles sont envoyées par des structures comme France Travail, des centres d’hébergement, ou bien encore des associations. Quand elles arrivent chez moi, elles ont besoin de se poser. Et le lieu de travail leur offre un cadre bienveillant qui va les aider à se restructurer, avec des chefs d'atelier qui vont transmettre tout leur savoir-faire ». Pour le matériel, Hawa Sangaré demande à des grandes maisons de couture de lui confier ses fins de stocks. La Maison Balmain fait partie des premiers à lui faire confiance et à comprendre sa démarche. Balmain adhère au projet et lui envoie des stocks de tissus pour réaliser sa première collection pour la marque « Hawa Paris ». En plus des collections, l’atelier propose aussi des services confection et broderie. Pour Hawa Sangaré, le vêtement est un outil de communication, car il permet de reprendre confiance en soi. Le travail va permettre à ces femmes d’accéder à l'autonomie. Et Hawa Sangaré de rappeler : « Le parcours d'insertion dure de 6 à 24 mois, même si de nombreuses difficultés persistent. Ces femmes aiment venir travailler. Le fait main artisanal permet vraiment de se réparer. Et puis qui dit travail, dit salaire et donc la possibilité de se loger. » Même si Hawa est la créatrice de la marque, c’est en réalité une marque collective. Si la clientèle vient au départ, par curiosité. Elle revient pour la qualité de la confection, la qualité des tissus et pour l'identité très forte du projet. Les premiers défilés ont eu lieu à Paris, et puis en Afrique du Sud ou bien encore en Chine. Pour en savoir plus : Atelier textile d’insertion.
-
18
Manuel Mathieu, l’artiste pluridisciplinaire qui édite le parfum
Peintre, sculpteur, poète et créateur de parfum né en Haïti, Manuel Mathieu fait de l’art un espace d’équilibre, de paix intérieure et de dialogue entre visible et invisible. Son œuvre, véritable voyage intérieur, invite à ressentir, réfléchir et partager. Tel un chaman moderne, il crée des formes qui touchent l’âme tout en laissant à chacun la liberté de leur interprétation. Installé à Montréal après une enfance en Haïti, Manuel Mathieu refuse les étiquettes trop étroites. Il peint, sculpte, réalise des films et crée aussi des parfums. Mais là encore, il nuance : « J’ai de la difficulté à me présenter comme parfumeur. Je pense que je suis plus quelqu’un qui édite le parfum ». Pour lui, le parfum n’est pas un simple produit de cosmétique, mais un prolongement naturel de sa démarche artistique. « J’ai ajouté le parfum, c’est particulier quand même », affirme-t-il. Particulier, parce que le parfum, comme l’abstraction en peinture, agit dans un registre invisible : « Je pense que la peinture et l’abstraction opèrent dans l’invisible parce qu’elles opèrent à l’intérieur de nous. Ce que l’œuvre nous fait, c’est quelque chose de très invisible », ajoute-t-il. Le parfum, une émotion démocratique Ce lien entre art et parfum n’est pas qu’une intuition poétique. Manuel Mathieu en fait un véritable manifeste. Il voit dans l’olfactif une forme de justice sensible : « Je me suis aussi intéressé à la parfumerie parce que c’est très démocratique : on ne peut pas convaincre quelqu’un d’aimer une odeur ». Là où une œuvre d’art peut être prise dans un discours, une hiérarchie de savoirs, le parfum court-circuite l’intellect : « Ce que je trouve dommage d’ailleurs dans l’intellectualisation du milieu de l’art, parce que ça crée une forme de hiérarchie inutile. Tandis que je pense qu’une œuvre nous parle ou elle ne nous parle pas », déclare à ce propos Manuel Mathieu. Le rapport à l’odeur reste radicalement intime, irréductible à l’argumentation, poursuit-il : « On est vraiment dans un rapport très intime, très honnête aussi. Et ça, ça me parle beaucoup ». Pour Manuel Mathieu, la parfumerie est ainsi un terrain idéal pour explorer ce « monde qui est très personnel et qu’on ne voit pas, mais qu’on ressent beaucoup », le même monde que l’art abstrait. En travaillant avec le nez qui traduit ses idées en compositions olfactives, il revendique une position d’éditeur plutôt que de technicien, un rôle de passeur de sens. Une pratique conceptuelle habitée par l’équilibre Si Manuel Mathieu multiplie les médiums - peinture, sculpture, vidéo, cinéma, parfum -, c’est par nécessité conceptuelle. Celui-ci se définit volontiers comme « un artiste plus conceptuel qu’expressionniste », que ce soit lorsqu’il travaille sur l’histoire, notamment la dictature en Haïti, sur la spiritualité, ou sur son propre accident. Chaque projet devient une recherche sur la manière dont les images, les formes et les sensations apparaissent et s’organisent. Le cœur de son métier, affirme-t-il, n’est pas l’exécution matérielle : « Ce qui est le plus important dans mon travail, c’est de réfléchir, d’avoir de bonnes idées, je pense que c’est un exercice beaucoup plus épuisant et exigeant que de peindre ». Les œuvres ne sont alors qu’« un résidu de ma pensée. Créer un objet qui a une valeur spirituelle, qui existe à l’extérieur de nous et qui est capable de survivre sans nous ». Cet exigeant travail intérieur lui apporte pourtant une forme de sérénité : « Je pense que le travail d’artiste que je fais m’amène un certain équilibre, une certaine paix. Je n’ai pas trouvé autre chose dans ma vie qui me permettait de l’atteindre ». L’art, pour Manuel Mathieu, est tout simplement « une manière d’exister ». À travers la peinture comme à travers le parfum, il cherche à étendre notre capacité à ressentir, à penser et à partager ce monde invisible qui nous relie. Abonnez-vous à « 100% création » « 100% création » est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI.
-
17
Imane Ayissi, la Grande couture africaine par 100% Création-le Mag
Qui dit Mode… dit élégance, passion, collections, Fashion Week et haute couture parisienne, la mode est intemporelle et n’a pas de de frontières. De Yaoundé à Paris, rencontre avec Imane Ayissi, un grand couturier au parcours atypique. Danseur, mannequin, écrivain, designer… Originaire du Cameroun, Imane Ayssi a intégré la culture africaine dans ses collections dès ses débuts à Paris. Sa marque de fabrique, ce sont les tissus africains traditionnels : les cotons, que ce soit le kenté du Ghana, les boubous anciens du Cameroun ou du Niger, le kita ivoirien, ou bien encore le Faso Danfani du Burkina Faso. Mais pas seulement, Imane Ayissi utilise également d’autres matières, comme le coton japonais, les soies italiennes ou bien encore les dentelles de Calais. Danse et mode Une passion pour la mode qui lui vient de ses racines familiales, sa mère notamment une ancienne miss Cameroun, mais également de la danse comme il l’aime à le rappeler : « la danse et la mode vont de pair parce que la danse c’est le mouvement. Le corps a besoin d'être enveloppé avec de l'étoffe. Les formes, les couleurs, les volumes, les longueurs, et quand on a compris comment le vêtement fonctionne avec le corps, tout prend sens ». Pour cet autodidacte, il n’a pas été facile de s’intégrer dans l’industrie de la mode. Et pourtant, aujourd’hui, Imane Ayissi est le premier créateur de mode d'Afrique subsaharienne à avoir intégré le calendrier officiel de la haute couture parisienne en 2020. La richesse créative de l’Afrique Les collections d’Imane Ayissi font, désormais, partie de l'histoire mondiale de la mode. Il a été notamment célébré dans la remarquable exposition « Africa Fashion », qui s’est tenue cette année au musée des Arts Premiers au Quai Branly à Paris. Une exposition qui a mis en lumière la richesse, la diversité et la puissance créative du continent africain. Déjà en 2025, les collections d’Imane Ayissi ont été sélectionnées pour une exposition solo baptisée « From Africa to the World » et organisée à l'Université Scad Fash d'Atlanta aux États-Unis. La preuve que la mode d’Imane Ayissi a désormais toute sa place sur la scène mondiale.
-
16
Ana Silva, artiste angolaise, brode les fragilités du monde avec les rebuts
Entre le Portugal et l’Angola, Ana Silva invente un langage où se croisent peinture, sculpture, installation et broderie. Nourrie par ses allers-retours entre l’Afrique et l’Europe, elle transforme textiles usagés et sacs plastiques en œuvres poétiques qui dénoncent la pollution textile et interrogent nos modes de vie. Elle place la broderie au cœur d’un récit puissant sur la mémoire, l’identité et la voix des femmes africaines, faisant de chaque pièce un geste d’engagement et d’espoir. Je ne me vois pas faire autre chose. C’est vraiment une passion. Pour cette artiste angolaise, la création n’est ni un métier ni un choix rationnel, mais une nécessité vitale. Longtemps installée au Portugal, elle revient en Angola après une maternité « très, très compliquée » et une période de perte de repères : « Entre la naissance de ma fille et mon travail, j’étais complètement perdue. Je ne savais pas qui j’étais comme artiste. » C’est en arpentant les marchés africains qu’elle retrouve son chemin. Les étals de fripes, les couleurs, mais aussi la violence sociale et écologique des vêtements usés envoyés par l’Occident deviennent le point de départ d’une œuvre engagée. « La majorité de ces habits qu’on vend en Afrique, c’est la poubelle », constate-t-elle, dénonçant une pollution textile qui touche « la mer, le sol », mais aussi l’économie locale, empêchée de développer sa propre industrie. Transformer les déchets textiles en art Face à ces montagnes de tissus inutilisés, l’artiste décide de « récupérer des pièces pour créer des œuvres ». Nappes, petits objets de cuisine, tissus improbables : tout ce qui n’a plus de valeur marchande devient matière première artistique. Ses installations monumentales, conçues à partir de ces rebuts, renvoient en Europe une image forte des circuits de consommation et de leurs conséquences en Afrique. Très tôt fascinée par le textile, elle commence à travailler des sacs plastiques tissés, colorés, omniprésents sur les marchés. La peinture n’adhérant pas sur cette matière, elle invente un langage textile : « J’ai décidé de broder, d’abord dessiner avec la machine et broder dessus. » Sa première pièce brodée date de 2021, réalisée à partir de ces sacs « en plastique tissé ». La broderie, elle l’a d’abord apprise avec sa grand-mère, dans une tradition plutôt d’influence portugaise, faite de dentelle et de crochet. Mais son geste s’affirme surtout à la machine, une technique majoritairement masculine en Afrique : « Ce sont surtout les hommes qui travaillent avec la machine, ils font des boubous. Ce n’était pas normal pour eux que je travaille avec cette machine. » Aujourd’hui, elle collabore avec plusieurs brodeurs, venus « en majorité du Congo », qui lui ont « appris énormément ». Une voix de femme africaine entre société et poésie Si son travail part de l’intime, il est profondément social : « C’est ma vie, c’est moi et mes émotions que je passe à travers mon travail », dit-elle, tout en racontant « des situations qui sont choquantes » autour d’elle. Ses œuvres naissent de photos prises au téléphone dans les marchés, les rues, les scènes ordinaires : « Toutes mes œuvres, c’est des photos que je fais. (…) Après, je raconte une histoire. » Elle imprime, peint, coud, brode, et laisse volontairement du vide dans ses grands formats pour offrir « de la respiration » au regard. Son engagement est aussi féministe. Elle insiste sur la fragilité de la place des femmes en Angola : « La femme est mise dans une position qui n'est pas importante. (…) C’est un élément très fragile dans la société. » Pourtant, ce sont elles qui « tiennent la famille et les enfants ». En tant que femme africaine artiste, elle revendique une position de modèle : « C’est très important comme femme africaine d’être là où je suis maintenant, surtout dans une position où je peux montrer qu’on est capables de le faire. » Reconnu d’abord à l’étranger, son travail commence seulement à être compris dans son propre pays : « En Angola, ils ne comprennent pas trop mon travail. Quand tu sors de la peinture classique, les gens ont du mal. » Entre Lisbonne et l’Angola, entre marchés populaires et galeries parisiennes ou brésiliennes, elle continue de vivre, selon ses mots, « dans une boule créative en permanence », créant « pour moi surtout », mais aussi « pour envoyer un message » : un message de beauté, de vigilance et de solidarité envers celles et ceux que la société ne voit pas. À lire aussiComment le soulier devient un bijou de résilience par Abdel Louaguef d'Adiviar Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
15
Comment Alexandre Helwani recrée les odeurs du passé par 100% Création-le Mag
Un voyage au cœur de la mémoire olfactive, c’est ce que nous propose Alexandre Helwani, un spécialiste de l’histoire du parfum qui ressuscite les odeurs du passé et les réinvente. Né à Orléans, le Franco-Syrien Alexandre Helwani a grandi entre la France et Dubaï. Après des études de théâtre, un passage à La Sorbonne et un apprentissage auprès de parfumeurs orientaux, il approfondit son intérêt pour les fragrances lors de nombreux voyages à l’étranger, ainsi qu’à travers ses rencontres avec des artisans. Mieux qu’une image ou un son, l’odeur peut nous donner accès au passé. Il se met, alors, au défi de retrouver des recettes anciennes, souvent oubliées ou méconnues, ayant traversé les siècles. Sur les traces d’Ulysse Avec patience et rigueur, Alexandre Helwani va explorer traités, livres anciens, manuscrits et archives pour identifier à quoi ressemblaient les odeurs de nos ancêtres. Il est aujourd’hui en mesure de ressusciter des odeurs historiques comme le parfum de l’Odyssée ou celui du Cantique des Cantiques. «Un groupe d’artistes a refait le voyage d'Ulysse, le héros de l'Odyssée d'Homère. Sur chaque lieu, ils ont récolté les graines des plantes qui sont mentionnées dans l'Odyssée », explique Alexandre Helwani. « Ils sont venus me voir et m’ont demandé de faire un bouquet de senteurs avec les 44 plantes de l'Odyssée. » Un lien entre passé et présent Il a, ensuite, élaboré un nouveau parfum à partir des 22 plantes du jardin des Cantiques des Cantiques. Ce poème nuptial de la Bible datant de 3 000 ans, et attribué au roi Salomon qui fait dialoguer deux fiancés, dans un jardin de fleurs et de fruits. Pour Alexandre Helwani, reconstituer ces odeurs du passé s’inscrit dans une démarche artistique et spirituelle : Et d’expliquer : « Le parfum est une porte vers l’invisible, un langage symbolique capable de transmettre des émotions, voire une expérience sensorielle reliant passé et présent ».
-
14
Comment le soulier devient un bijou de résilience par Abdel Louaguef d'Adiviar
Aujourd’hui, résilience, passion et créativité avec Abdel Louaguef, fondateur de la maison Adiviar, une marque de souliers ornés d'or pur 24 carats, fabriqués artisanalement en Italie et inspirés par l'élégance française. Abdel Louaguef est un créateur de souliers qui rend hommage à la force de sa mère face à la maladie et à toutes les femmes qui ont traversé les mêmes épreuves de vie. Il sait transformer les blessures en souliers bijoux disponibles exclusivement à Paris. Vous savez, quand on aime quelque chose, on l’aime toute sa vie. Une passion, on ne peut pas la choisir. Pour Abdel Louaguef, créateur de la maison Adiviar, cette passion est née loin des écoles de mode et au cœur des grands magasins parisiens. Sans moyens pour intégrer une grande école, il se forme sur le terrain : hôtellerie, restauration, puis conseil de vente. À 21 ans, il entre comme intérimaire aux Galeries Lafayette Haussmann et découvre l’univers du luxe. « Quand on rentre dans un grand magasin, on est submergé par l’histoire du monument, par les clients internationaux, par les maisons de haute couture. » Chez Versace Couture, puis Dolce & Gabbana, il apprend les codes de la mode et affine son regard. Huit années chez Christian Dior, comme ambassadeur du soulier, forgent définitivement son goût du détail et du service sur mesure : « Le soulier, c’est un bijou. C’est un accessoire qui accompagne la femme. » Une marque née d’un combat : rendre hommage à sa mère Derrière Adiviar, il y a une histoire profondément intime. Abdel Louaguef crée sa maison pour honorer sa mère, qui a traversé l’abandon, le divorce, la maladie et un cancer du sein particulièrement violent. « C’est là que je me suis rendu compte, beaucoup plus rapidement que prévu, que rien n’est acquis dans la vie. » Il vit les allers-retours à l’hôpital Tenon, arrête de travailler, puis se reconstruit après son décès. Les mots de sa mère deviennent son moteur : « Tu vas continuer, tu vas te battre. Ce n’est que le début. » Adiviar porte ce combat : « La création d’Adiviar, c’est vraiment pour toutes ces femmes qui ont la même histoire, qui traversent la même histoire, qui ont une histoire personnelle aussi. » Ses souliers‑bijoux sont pensés pour la résilience des femmes : « Je fais des souliers pour que les femmes se réapproprient leur histoire et soient fières de leur combat. » De l’or des monuments parisiens aux pieds des femmes Chaque modèle puise dans l’imaginaire parisien. L’or des monuments, Opéra, pont Alexandre III, Bastille, devient une matière à porter. « Je me suis dit : tu as toujours eu un rêve de faire porter de l’or aux pieds de ta maman pour tout ce qu’elle a subi. L’or, c’est un héritage qui se transmet. » Abdel Louaguef élève le soulier au rang de joaillerie grâce à un travail artisanal : feuilles d’or 24 carats posées à la main, comme sur les monuments, pour laisser apparaître les imperfections de la matière. Il associe cuir de veau grainé, dentelle de Calais, « une seconde peau, de la sensualité », et des symboles forts comme la fleur de lys ou la pièce de Napoléon. Les couleurs portent, elles aussi, un sens : « Le noir avec la dentelle pour faire ressortir la peau de la femme, la sensualité, l’élégance ; le doré, le champagne pour la douceur ; le vert, la couleur de la renaissance. » Une exclusivité responsable La production se fait en Italie, « berceau du soulier », dans une manufacture familiale, en petites séries et sur mesure du 35 au 42, pour toucher le plus de femmes possible tout en préservant l’exclusivité. « Ce que je voulais, c’est créer de l’intemporalité, des pièces que l’on peut garder, préserver et porter à nouveau. » L’engagement est aussi écologique : packaging italien 100 % écologique, process contrôlés dans l’Union européenne et une attention portée aux matières nobles. Abonnez-vous à « 100% création » 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook.
-
13
La mode et les voyages inspirés de Léna Torino chez Fragonard [4/4]
Notre série estivale consacrée à la maison Fragonard, qui fête ses 100 ans, prend fin avec Léna Torino, responsable du pôle mode. Si la maison est célèbre pour ses parfums, elle rayonne aussi dans la mode et la décoration intérieure. Créative et engagée, Léna Torino raconte sa vision du prêt-à-porter et ses voyages à la recherche d'artisans, de motifs et d'inspirations. Née à Grasse et élevée à Vence, dans le sud de la France, Léna Torino grandit dans l'ombre parfumée de Fragonard. Grâce à Hélène Costa, tante de son père, elle découvre très tôt l'artisanat de la maison : « Fragonard, je l'ai découvert à travers ses yeux. » Entre savons, bijoux et sa première blouse indienne en broderie chicane, l'univers de la marque s'installe durablement dans son imaginaire d'enfant. Un séjour à Paris chez Agnès Webster, à 14 ans, marque un tournant. La capitale est « une vraie révélation, un vrai coup de cœur » et la complicité avec Agnès est immédiate : « Déjà, à ce moment-là, toutes les deux, on a compris qu'on s'entendait bien. » Le véritable basculement vers Fragonard survient lors de son année de césure, dans les bureaux de création à Paris, aux côtés d'Agnès et du directeur artistique Jean Huègues, à la tête de la création de Fragonard. C'est à ce moment-là qu'elle réalise « qu'on avait une alchimie incroyable tous les trois », raconte-t-elle. Le trio fonctionne immédiatement : « Mon œil se portait sur les mêmes choses, je prenais énormément de plaisir à graviter autour des deux et à les voir escalader tous les deux avec une idée qui naissait et une espèce d'effet ping-pong. » Malgré sa jeunesse, elle trouve naturellement sa place dans ces échanges créatifs : « Je n'avais aucun mal à prendre part à la conversation du haut de mes 20 ans... Je me sentais très à l'aise. » Elle parle d'une « évidence, un coup de cœur professionnel, c'est-à-dire du travail et des personnes ». Voyager, collecter, créer : un studio nourri par le monde Aujourd'hui, Léna Torino pilote la création maison et prêt-à-porter autour de thèmes annuels, souvent inspirés d'un voyage : « En général, on se fixe des thèmes par an, un thème d'inspiration qui, en général, naît d'un voyage. » De ces périples naissent tableaux d'inspiration, collections et histoires visuelles. Souvent, l'idée de départ vient d'Agnès : « Elle a un flair incroyable. Elle va nous parler de voyages qui, avant, n'intéressaient personne, de pays, de cultures diverses, et la plupart du temps, on est complètement conquis par son idée. » Une équipe de cinq graphistes-illustratrices travaille alors à partir de planches d'inspiration, dans une première phase de carte blanche : « Cela va être de la création pure, principalement à la main, des idées lancées sur le papier. » L'Inde tient une place particulière : « On voyage en Inde deux fois par an, avec Agnès, à la recherche de nouvelles matières, de nouvelles techniques, de nouveaux terrains de jeu. » Elle y admire notamment « une technique indienne incroyable, on sait qu'il y a une patte particulière », et les sérigraphies à la main, où « une couleur va un petit peu déborder sur une autre ». Tradition, fantaisie et transmission Pour Léna Torino, la création est devenue centrale dans sa vie : « Maintenant, ça représente mon travail. J'ai l'impression de passer toutes mes journées à créer. » Hypersensible, très visuelle, tactile, elle dit que sa sensibilité « passe dans la création, les objets, les belles choses, les textures, les matières ». Son travail s'inscrit dans une histoire forte : « La famille est inscrite dans l'ADN de l'entreprise. On est tous très émotifs comme on peut l'être dans une famille. » Elle veut contribuer à faire connaître Fragonard « sans la dénaturer, sans l'abîmer », persuadée que les valeurs patrimoniales, familiales et ancrées dans le sud de la France ont aujourd'hui « une carte à jouer ». « On est très libre dans notre création et à la sortie, ça se ressent », insiste-t-elle. Ce sont des produits quasiment uniques, avec du savoir-faire. Pour elle, Fragonard, c'est avant tout « de la fantaisie et du bonheur, une marque qui transmet des bonnes ondes ». Entre voyages, artisanat, engagements caritatifs en Inde et attachement aux racines familiales, Léna Torino incarne ainsi une nouvelle génération Fragonard : libre, sensible, et résolument tournée vers une création toujours en mouvement. Abonnez-vous à 100% création : 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
-
12
Fragonard, 100 ans de parfum: le regard d'Agnès Webster [3/4]
100% Création poursuit sa série estivale avec la Maison Fragonard, qui fête son centenaire en 2026. Toujours familiale, la maison est aujourd'hui portée par la quatrième génération. Dans cet épisode, nous avons rendez-vous avec Agnès Webster, présidente de Fragonard. Elle fait dialoguer patrimoine et innovation et incarne une maison où modernité, passion et créativité se mêlent à chaque instant. Mon grand challenge est que cette marque ne ressemble à aucune autre. Faire de Fragonard une maison à part entière, habitée par une histoire familiale, portée par des équipes soudées, nourrie de collections culturelles et d'un féminisme assumé. Une maison de parfum qui devient art de vivre, création permanente et récit intime ouvert sur le monde. C'est mon moteur. Présidente de la Maison Fragonard, Agnès Webster revendique une identité multiple, à la croisée de l'histoire familiale et de son rôle de dirigeante. Née à Cannes et bercée dès l'enfance par l'univers de Fragonard, elle ne se destinait pas à rejoindre l'entreprise familiale. Après des études de droit et de philosophie, elle débute sa carrière à Paris, dans une agence de publicité. C'est son père, troisième génération à la tête de la maison, qui vient la chercher : « Tu sais, tu travailles pour quelqu'un d'autre. Cette maison Fragonard, c'est quand même une affaire de famille. » Partie pour « un an à Grasse », elle y restera finalement... toute une vie professionnelle. De l'obligation familiale au moteur créatif d'une maison Longtemps, Agnès Webster se donne des « périodes de test » pour vérifier qu'elle est à sa place : « Je ne me sentais pas le courage d'abandonner une aussi belle entreprise alors qu'il y avait tellement de potentiel et de choses à faire. » Elle traverse des années d'apprentissage exigeantes dans un univers encore peu ouvert aux femmes. « C'était une époque où c'était moins facile pour une femme de faire sa place dans l'entreprise. Les hommes qui dirigeaient autour de mon père ne m'attendaient pas, voire n'avaient aucune envie de me voir arriver », confie-t-elle. Cette persévérance la conduit à construire, avec sa sœur Françoise, un modèle singulier. « Je me vis comme le chef d'orchestre », dit-elle. Son rôle : la création et la communication. « Fragonard est une marque que l'on a envie d'avoir chez nous, dans nos maisons, et qu'on l'ait dans toutes les pièces de la maison : dans la salle de bain avec la parfumerie, dans la cuisine avec les assiettes, dans le salon avec des coussins, sur le lit avec des oreillers, et ça a fini dans le placard avec des vêtements. Tout ça étant un style de vie, un art de vivre. » Création permanente et dialogue avec le patrimoine Chez Agnès Webster, la création est omniprésente : « Je dirais qu'elle est immense, parce que moi, je ne vis que pour cela. J'ai sans arrêt le cerveau qui réfléchit à ce dont j'ai envie de nouveau, de différent, de créatif. » Ses nuits écourtées deviennent un laboratoire d'idées : « La nuit, je pense beaucoup, je lis beaucoup, je scrolle... Je me raconte des histoires que j'écris de façon à revenir le lendemain matin sans les avoir oubliées. » Pour la parfumerie, tout commence par les mots : « Mes idées partent principalement des mots, donc des noms. C'est assez rarement une fragrance, c'est toujours une histoire. » La création chez Fragonard est indissociable du patrimoine : musées, collections de flacons, de tableaux, de costumes provençaux. « Cette création se nourrit des collections », résume-t-elle. Avec sa mère et ses sœurs, elle a bâti un ensemble culturel unique : « C'est cet équilibre entre collections que nous vendons et collections que nous montrons qui fait une vraie particularité de la maison Fragonard. » Une maison de parfum portée par les équipes Si Agnès Webster revendique une direction « au feeling », sans business plan, elle souligne que la force de Fragonard repose avant tout sur les personnes qui y travaillent : « Une entreprise familiale comme la nôtre se construit principalement sur des hommes et des femmes. Nous avons des équipes très soudées, très formidables et qui nous suivent, que ce soit dans les musées, dans les usines... Tous les gens qui travaillent chez Fragonard sont les maillons de cette histoire familiale. » Entre fidélité à la tradition, féminisme assumé, goût des voyages et passion pour la culture, Agnès Webster trace ainsi une ligne singulière, celle d'une maison de parfum qui est aussi une maison de création, profondément personnelle et résolument ouverte sur le monde. Abonnez-vous à 100% création : 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
-
11
Fragonard, de la matière première au parfum avec Céline Principiano [2/4]
Notre série estivale consacrée à la maison Fragonard se poursuit avec Céline Principiano. Dans cet épisode, elle nous ouvre les portes de l’usine de Grasse, où elle pilote un service clé, de l’achat des matières premières à la livraison en boutique. Son rôle, à la fois stratégique et opérationnel, repose sur l’écoute et l’accompagnement de ses équipes. Attachée aux valeurs familiales, elle fait vivre un héritage où se mêlent créativité et innovation. Céline Principiano est une enfant de la région. « Je suis née à Cannes, j’ai grandi à Cannes, j’ai étudié à Cannes et mes études supérieures ont été faites à Nice », explique-t-elle. Scientifique de formation, elle suit une classe préparatoire vétérinaire, puis se spécialise en pharmacologie et biochimie. « Je m’orientais vers les affaires réglementaires dans le domaine des médicaments », notamment sur les autorisations de mise sur le marché. Son arrivée chez Fragonard, en 2006, relève du hasard. Elle y rejoint d’abord le pôle réglementaire. Vingt ans plus tard, cette « belle maison » est devenue son terrain de jeu professionnel. Depuis huit ans, elle dirige un service clé, les achats, la production, la logistique et la qualité réglementaire. « Je gère l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de l’achat des matières premières aux articles de conditionnement… Et une fois qu’on a produit, on met dans le service logistique qui va envoyer à tous nos points de vente les articles que nous aurions produits dans nos unités. » Grasse, de la plante à l’émotion Attachée à son territoire, Céline Principiano voit dans Grasse un atout unique : « Nous avons à la fois des matières premières puisqu’il y a des cultures de plantes à parfum pour faire des huiles essentielles, des absolus, toutes ces matières premières merveilleuses. » Le rôle de Fragonard est alors d’assembler : « Nous, on est juste le chef d’orchestre… Notre travail, c’est de faire en sorte qu’on va transformer une matière en une émotion. » Pour le centenaire de la maison, ce lien entre terroir et création s’incarne dans le parfum L’Air de Grasse, bouquet de fleurs emblématiques, créé pour les 100 ans de Fragonard avec la rose centifolia des jardins de la maison : « Ça a été vraiment de la plante au parfum et on a trouvé ça exceptionnel de pouvoir le faire. On a tenu à utiliser la rose de mai, la rose centifolia, la rose qui pousse à Grasse. » Elle raconte une expérience marquante : « Une partie des salariés est allée cueillir la rose, puis on l’a amenée chez le transformateur et on a vu cette matière se transformer pour revenir en quelques gouttes… un petit flacon d’absolu, avec cet élixir merveilleux. C’est juste incroyable que ces quelques gouttes apportent un tel parfum. » Valeurs familiales, écoresponsabilité et transmission Céline Principiano revendique son attachement à Fragonard : « C’est une très belle maison, une maison très traditionnelle, très familiale, qui est pleine de valeurs. » Elle souligne la dynamique quotidienne : « Les journées se suivent mais ne se ressemblent pas, on a toujours des challenges, de très jolis projets, des créations qui sont tellement belles qu’on a envie de les accompagner. » Son parcours illustre la promotion interne chère à la maison : « En grandissant avec la maison, j’ai pu apprendre aux côtés et grandir en même temps que la maison. » Chez Fragonard, beaucoup de salariés ont « 20 ans, 30 ans, 40 ans de boîte, signe d’une maison sereine ». Sur le plan écoresponsable, elle rappelle que les bidons recharge existent « depuis pratiquement le début de la maison Fragonard », bien avant que la pratique ne devienne tendance : « Ça a un avantage écologique et économique. » Elle mentionne aussi les panneaux solaires – « la moitié de notre électricité est produite via les panneaux solaires » –, le verre avec une partie de matière recyclée, les étuis en papier FSC, et surtout la production à flux tendu. « On ne commande pas pour commander, on commande parce qu’on en a le besoin… on ne produit que notre besoin. » Céline Principiano reconnaît que travailler dans un univers qui crée lui est devenu indispensable : « J’aime que ça bouge. Ce serait difficile pour moi de ne pas travailler dans un univers qui crée. » À lire aussiFragonard: une maison familiale et un siècle de parfums à Grasse [1/4] Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
10
Fragonard: une maison familiale et un siècle de parfums à Grasse [1/4]
En 2026, la maison Fragonard célèbre son centenaire. Elle est aujourd’hui dirigée par la quatrième génération, Anne, Agnès et Françoise Costa. Fidèles à l’esprit de ses fondateurs, elles innovent pour préserver leur patrimoine. Accompagnées d’Éric Fabre, responsable du développement et de la culture des plantes à parfum, nous vous invitons à un voyage olfactif et patrimonial au cœur de cette entreprise emblématique de Grasse, capitale mondiale du parfum. « On est évidemment très fier d'être une entreprise familiale appartenant à la même famille à 100 % » souligne Éric Fabre, responsable du développement et de la culture des plantes à parfum. Sous l’impulsion de ses dirigeantes, Fragonard a changé de dimension. « La grande chance de ces 20 dernières années, c'est que Fragonard a été dirigé par des femmes (…) qui nous ont fait passer de la fabrique de parfums à une marque de parfum, et on ne peut que les féliciter », poursuit‑il. La cinquième génération, qui se prépare à prendre le relais, aura à cœur de continuer cette métamorphose tout en préservant l’âme familiale de la maison. Éric Fabre, du rêve d’agriculture au parfum Né à Marseille, Éric Fabre suit des études en sciences économiques à Aix‑en‑Provence. Il se voit alors agriculteur ou diplomate, mais trouve finalement sa voie chez Fragonard, où il s’investit dans le développement de l’entreprise. Il épouse Françoise Costa, l’une des trois héritières de la maison, et conjugue compétences en sciences économiques avec « passion pour la nature et le savoir‑faire artisanal ». Loin de se définir comme un créatif, il affirme pourtant : « Je n'ai pas le sens de la création artistique. En revanche, j'adore faire des choses nouvelles. Et vraiment, l'agriculture et les choses de la terre me plaisent énormément parce que c'est l'essence même de la vie. » Pour lui, partager ces habitudes et savoir‑faire avec le plus grand nombre est « une manière de faire découvrir le parfum dans sa totalité ». Faire renaître les plantes à parfum à Grasse Pendant le Covid, poussé par le temps libre et par l’inscription des savoir‑faire liés au parfum au patrimoine immatériel de l’Unesco, Éric Fabre relance un vieux projet : cultiver des plantes à parfum sur une propriété familiale. « Pendant le Covid, comme je m'ennuyais un peu, j'ai décidé de me lancer dans la production de plantes à parfum, qui est un métier qui se perd parce que l'agriculture, c'est un métier compliqué. » Accompagné d’un agriculteur de Montauroux, issu d’une lignée de planteurs, il plante sur un hectare les trois fleurs emblématiques de Grasse : la rose centifolia, le jasmin grandiflorum et la tubéreuse. « On a planté ici un petit hectare de plantes à parfum, c'est magnifique. » Au‑delà des fleurs, il veut recréer des gestes ancestraux comme la greffe : « Ce sont des choses pas très compliquées, mais des gestes qui se transmettent par l'artisanat, ça ne s'apprend pas à l'école, ça s'apprend sur le terrain. » Ce travail demande du temps et de la patience : « Dans l'agriculture, il faut savoir attendre. Tu ne peux pas aller plus vite que la nature. Tu attends un an, tu attends deux ans, tu attends trois ans. » Après plusieurs récoltes modestes, les roses sont traitées chez Robertet et Fragonard récupère un absolu désormais présent dans certaines compositions maison. Son ambition : « Tout refaire sur place à Grasse, comme ça pouvait l'être au XIXᵉ siècle. » L’émotion du parfum et un territoire uni Pour Éric Fabre, l’essence du parfum reste profondément humaine. « Le monde du parfum, c'est un monde merveilleux qui fait rêver le monde entier. Pourquoi ? Parce que c'est l'émotion. On transmet une émotion incroyable qui ne peut pas passer par internet, qui force le contact humain et qui permet de renforcer les liens. » Dans un marché devenu grand public, il insiste sur « la qualité et l'authenticité du produit » et sur « l'histoire qu'on raconte autour du produit », au cœur de la démarche de Fragonard. Son engagement dépasse l’entreprise. Membre actif du Club des entrepreneurs de Grasse, il participe à la création de la marque collective Grasse Expertise pour faire connaître à l’étranger la richesse du territoire et soutenir les petites structures. « On a un métier, un terroir et des collaborateurs qui adorent ce métier-là. Quand on est unis, on est plus forts. » Ainsi, entre champs de roses, ateliers de parfums et initiatives collectives, Éric Fabre contribue à faire de Fragonard bien plus qu’une marque : un écosystème vivant, où se mêlent transmission, terroir et émotion. À lire aussiGrasse, capitale du parfum: au cœur de la rose centifolia avec Pierre Chiarla Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
9
La joaillerie spirituelle de Surya Mathew, héritier des maîtres indiens
Entre Paris et le sud de l'Inde, Surya Matthew, maître joaillier et lauréat des Talents du luxe et de la création 2026, transforme l’or et les pierres rares en talismans contemporains. Héritier de techniques ancestrales et habité par une vision profondément spirituelle du bijou, le jeune de 26 ans défend un art sacré, entièrement façonné à la main. « On apprend constamment et on redécouvre chaque jour ce qu’est notre métier », confie Surya Mathew. Un enseignement transmis par son maître en Inde : « À partir du premier jour où tu vas commencer dans ce métier, tu apprendras jusqu’à ta mort. Et une vie ne suffit pas pour apprendre ce qu’on fait ». Pour lui, la joaillerie est avant tout un métier d’émotions, de transmission et de respect du savoir-faire ancestral. Né à Bordeaux, ayant grandi entre la France et le sud de l'Inde, il porte en lui cette double culture qui imprègne sa création. Dans l’atelier de sa mère, dédié au textile et à l’entraide des femmes en difficulté, il découvre très tôt la couture, le dessin, la couleur. Il parle avec gratitude de cette enfance créative : « J’adorais composer, créer avec la couleur et les textures ». Une initiation sacrée, de l’enfance à la lignée À 9 ans, Surya se passionne déjà pour le métal et les pierres. À dix ans, il rencontre son premier maître, Nadesan, qui lui ouvre les portes d’un univers sacré. « La joaillerie est un métier sacré en Inde, ce n’est pas seulement un métier matériel », explique-t-il. L’apprentissage y commence très tôt : « Il faut faire travailler nos mains le plus tôt possible ». À 13 ans, une nouvelle rencontre change sa vie : un second maître, Dhanapalan, dont le nom signifie « gardien du trésor », sans successeur. Contre les usages, ce dernier accepte de le faire entrer dans sa lignée, normalement réservée au même sang et à la caste des brahmanes (regroupant, selon la tradition hindoue, les prêtres, les sacrificateurs, les professeurs, les intellectuels et les législateurs - NDLR). Après consultation du calendrier astrologique, il le choisit comme héritier de ces techniques anciennes. Surya Mathew mesure l’enjeu : faire perdurer ces savoirs menacés de disparition. À 17 ans, il quitte l’Inde pour Paris. Il se forme à la Haute École de Joaillerie, puis au sein des maisons prestigieuses de la place Vendôme. Il veut : « créer un pont entre l’Inde et la France », remettre au travail des joailliers indiens fragilisés par l’industrialisation et redonner envie aux jeunes générations de s’orienter vers les métiers d’art. Des talismans de lumière, façonnés sur mesure Dans son atelier parisien, Surya Mathew travaille tous types de métaux, mais l’or jaune s’impose comme sa signature. « On utilise beaucoup d'or jaune parce que ça symbolise la lumière et que c’est un métal très réconfortant pour les personnes qui portent des talismans ou des choses très importantes », dit-il. Cet or « éclaire, illumine », et apporte « cette chaleur dans quelque chose de précieux ». Les pierres, soigneusement choisies, viennent du monde entier : tourmalines, saphirs, diamants de couleur. Leur rareté et leurs dégradés permettent de créer des pièces uniques, reflets de la personne qui les portera. Car tout commence par une rencontre : « Je fonctionne beaucoup par vision. C’est quand je vois la personne que je vais ressentir ce qu’elle va devoir porter ». En écoutant son histoire, le dessin se compose mentalement, avant de se poser sur le papier. Pour Surya Mathew, un bijou est bien plus qu’un bel objet : « C’est un bijou qui doit permettre d’être une boussole. C’est un bijou qui doit aussi protéger la personne qui le porte ». Lors de successions familiales, il aime « garder une étincelle de vie de cette personne dans un bijou ». Rien que cela, dit-il, « c’est déjà un talisman ». Sauvegarder les gestes anciens, inventer des parures d’avenir À seulement 26 ans, Surya Mathew transmet déjà à son tour. Il enseigne à la Haute École de Joaillerie à Paris et forme de jeunes artisans d’art. En Inde, il mène des projets pour sauvegarder des techniques ancestrales menacées par les machines et le manque de commandes. Il récupère d’anciens moules gravés en négatif, autrefois utilisés pour les parures de Maharajahs, les restaure et les réutilise. Ces moules, en alliage d’or, d’argent et de cuivre, permettent d’obtenir une ciselure d’une extrême finesse. En les combinant à des approches européennes contemporaines, Surya Mathew imagine de nouvelles parures : « On reprend vraiment des symboles, des motifs très anciens, mais une fois composés dans un ensemble beaucoup plus moderne, ça apporte quelque chose de nouveau et d’assez original ». Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
8
Sylvette Lepers ou l'audace qui fait dialoguer mode et création à La Redoute
Sylvette Lepers, responsable partenariats créateurs et image à La Redoute, a un métier hors du commun, dans la mode : elle valorise la jeune création et accompagne de nombreux créateurs, qu'ils soient débutants ou établis. Co-commissaire de l'exposition La Redoute, un temps d'avance – Mode, Design, publicité au musée La Piscine à Roubaix, Sylvette Lepers nous raconte la success story de la Redoute et son aventure créative avec des collaborations au croisement de la mode et du design. Responsable partenariats créateurs et image à La Redoute, Sylvette Lepers occupe un poste singulier dans l'univers de la mode. Entre détection de talents, collaborations avec des créateurs de renom et transmission auprès du grand public, elle incarne une vision exigeante et profondément humaine de la création. « On ne quitte jamais la création, ici ou ailleurs… La création est inscrite en moi », confie-t-elle. Née à Roubaix, Sylvette Lepers grandit dans un environnement où l'artisanat est omniprésent. Très tôt, sa mère lui transmet l'amour du travail manuel et du vêtement bien fait. Plus que la mode ou les tendances, c'est la qualité qui la marque : « Ce qui m'est resté, c'est la beauté d'un vêtement, plus que la mode ou les tendances. » Adolescente, elle accompagne sa mère dans les boutiques : celle-ci observe, s'inspire, puis crée ses propres pièces. Ce rapport au vêtement, comme objet de beauté et de savoir-faire, ne la quittera plus. « Cet amour de la création m'a été transmis par ma mère », raconte-t-elle. Curiosité insatiable et rencontres décisives Au cœur de son métier, une qualité s'impose : la curiosité. « J'aime être étonnée, affirme-t-elle. Quand je vois des jeunes qui viennent d'univers différents, qui abordent les choses différemment, je suis toujours étonnée. Je pense que quand on n'est plus étonné, c'est une forme d'être blasé. Et ça, il faut bien s'en garder. » Pour nourrir cette curiosité, elle lit, visite des expositions, assiste à des défilés, siège dans des jurys d'écoles de mode, fréquente les fédérations de la haute couture et du prêt-à-porter. De ces rencontres naissent des collaborations avec des créateurs débutants ou confirmés, dans un esprit de sincérité partagée. « Les choses qui sont faites avec sincérité de part et d'autre, ce sont les choses les plus réussies », insiste-t-elle. Des collaborations « à six mains » au service d'un style accessible Depuis 1969, La Redoute soutient la jeune création en invitant des créateurs à exprimer leur univers. Sylvette Lepers veille à leur offrir une vraie liberté artistique : « Si j'ai envie de donner de la visibilité à un créateur, je souhaite le laisser libre. Je dis ce que nous ne pourrons pas faire. À La Redoute, on ne fera pas de fourrure. » Pour le reste, pas de cahier des charges figé : l'univers du créateur prime. Les collections se construisent « à six mains » : le créateur, la modéliste et elle. « Nous avons encore ce savoir-faire de modéliste à La Redoute. On lui présente les matières, les tissus, les moindres détails : c'est lui qui choisit. » Prototype, toiles, essayages, choix du photographe et du casting : pendant cinq à six mois, la collaboration se tisse dans la durée, avec une grande attention au deadstock et à la qualité. « L'exigence est le maître mot », résume-t-elle. Un temps d'avance et une vision engagée de la mode Co-commissaire de l'exposition La Redoute, un temps d'avance – Mode, Design, publicité , au musée La Piscine de Roubaix, Sylvette Lepers plonge dans 189 ans d'archives pour montrer une marque audacieuse et précurseur. « On ne parcourt pas 189 ans d'existence sans avoir toujours fait preuve d'audace », souligne-t-elle. Démocratiser le style, rendre les pièces de créateurs accessibles, innover dans la relation au public : La Redoute entretient un lien particulier avec ses clients et ses collaborateurs. Attachée à une approche fondée sur la confiance et la transparence, elle se voit comme un relais entre la marque et les créateurs émergents, qui viennent désormais souvent à elle. Aux jeunes talents, elle distille un conseil simple et puissant : « De l'audace. Écoutez les conseils, mais soyez le seul à prendre la décision. Si vous réussissez, vous serez extrêmement fier. Si vous tombez, vous vous relèverez, vous n'en serez que plus fiers. Et surtout, vous pouvez dire oui, mais il faut savoir dire non. Ne dites pas oui à tout. » Abonnez-vous à «100% création« «100% création« est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
7
Le design devenu mémoire, refuge et acte de liberté par Elizabeth Garouste
À travers son exposition Âmes vagabondes, Elizabeth Garouste affirme la singularité d’un univers à la croisée de l’art, du design et de l’artisanat. Figure majeure du décoratif, cette artiste-designer parisienne crée des œuvres entre sculpture et mobilier. Fauteuils, lampes, vases ou tables dépassent leur fonction : objets incarnés où geste créatif et savoir-faire artisanal engendrent des pièces habitées de présence, de poésie et d’émotion. La création, c’est la liberté Née à Paris juste après la guerre, dans une famille juive originaire de l’Est, Elizabeth Garouste grandit dans une atmosphère marquée par l’absence et la mémoire. « La moitié de la famille était déportée », raconte-t‑elle. Tous les dimanches, chez sa grand-mère à Ménilmontant, on se réunissait : « On se remémorait toujours les gens qui avaient disparu. » Ses parents s’installent boulevard Montparnasse. Elizabeth a « la chance » d’étudier à l'école Alsacienne. Là, pas de simples professeurs de dessin, mais « des vrais artistes » qui leur apprennent à faire « une pose en cinq minutes », à explorer le graffiti, à recomposer des scènes imaginaires. En parallèle, elle fréquente, avec son frère, les cours du musée des Arts décoratifs, flânant des journées entières dans ce musée à l'époque « un peu vieillot », fascinée par les maisons de poupées et les sous-sols mystérieux. Le design comme réponse à la peur Le basculement vers le design est intimement lié à son histoire personnelle et à la guerre. Enfant, Elizabeth est traumatisée : « Je pensais que la nuit, tous les meubles étaient devenus vivants. » Elle imagine un grenier qui s’ouvre, des objets menaçants. « Je dormais tout le temps assise et je mettais un maximum d’objets dans mon lit pour les protéger. » Elle confie d’ailleurs : « Je n’ai jamais bien dormi. » Plus tard, le design devient une manière de dompter cette angoisse : « C’est une manière d’apprivoiser les meubles. » Son parcours scolaire est marqué par un échec au bac et un passage dans une « boîte à bac » où elle rencontre Gérard Garouste. Elle suit deux ans à l’école Camondo, « pour pouvoir travailler », puis entre dans le bouillonnement des années Palace. Gérard décorant ce lieu mythique de la fin des années 1970-début 1980, elle réalise avec lui des masques en terre pour des luminaires. Cette expérience la met « tout de suite le pied à l’étrier ». Elle s’associe ensuite à Mattia Bonetti : ensemble, sous la signature Garouste & Bonetti, ils réhabilitent un art décoratif narratif et baroque dans un paysage alors « très rigoureux, très minimaliste ». Des meubles comme récits et comme rêveries Aujourd’hui encore, chaque pièce créée par Elizabeth Garouste est d’abord une histoire. « C’est une histoire que je me raconte », explique-t‑elle. Elle cite « La Chaise », en paille et bois ramassé en forêt : « C’était l’idée de la chaise du fils de Napoléon III qui faisait la guerre contre les Zoulous. » Un meuble en porcelaine de Sèvres lui évoque Marie‑Antoinette faisant venir des porcelaines de Chine pour les enchâsser dans ses meubles. Les matériaux : bois, bronze, céramique, fer forgé, se croisent comme autant de chapitres d’un récit. Son exposition Âmes vagabondes s’inscrit dans un fil conducteur constant : la nature. « Chaque meuble, chaque objet a le nom d’une plante ou d’une fleur », dit-elle. Elle parle d'une sorte « de rêverie et de vagabondage » à travers ce qu’elle peut imaginer et retranscrire de la nature. Le design est pour elle un équilibre délicat : « Il faut à la fois rêver, mais à la fois être fonctionnel. Impossible de concevoir une table où vous ne pouvez pas poser une assiette ou un buffet dans lequel vous ne pouvez rien mettre. » Ses pièces, souvent en édition limitée, échappent délibérément à la logique industrielle. Liberté, artisanat d’art et désir de dessin Au cœur de sa démarche, l’apprentissage permanent des techniques : verre soufflé ou collé, tapis tissé à la main, bronze, céramique… « C’est très enrichissant de savoir de quelle façon on peut travailler l’objet », souligne-t‑elle. Elle revendique son lien étroit avec les artisans d’art. À partir d’un croquis, elle redessine avec des cotes précises, choisit les matières, puis confie chaque partie à l’artisan adéquat, en orchestrant les allers-retours entre bronze, bois et céramique. Cette relation repose sur la confiance : « Il faut qu’ils sentent ce que je souhaite et que je sente ce qu’ils peuvent réaliser. C’est un échange. » À l’approche de ses 80 ans, elle aspire à se rapprocher encore davantage du dessin, de la peinture, des sculptures. « C’est dans cette direction que j’aimerais continuer. Plus le dessin et les gouaches… moins de fonctionnel, plus de création. » Abonnez-vous à 100% création : 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast, Castbox, Deezer, Google Podcast, Podcast Addict, Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
-
6
Alphadi, sa mode pour la dignité et la paix, au musée du Quai Branly à Paris
Figure majeure de la mode africaine, Alphadi, « Magicien du désert », fait depuis plus de quarante ans de la création un outil d’émancipation et de valorisation du patrimoine textile africain. « La culture et la mode peuvent aller plus loin que l’uranium du Niger », affirme l’ambassadeur de l’Unesco pour la paix, l’innovation et la création, célébré à l’exposition Africa Fashion au musée du Quai Branly – Jacques-Chirac. Pour Alphadi, la mode n’est pas un simple exercice esthétique : c’est un acte politique. Il appelle les Africains à porter l’Afrique, à se réapproprier leurs textiles, leurs coupes, leurs parfums, leurs accessoires. « Les Africains doivent porter africain. Les Européens doivent porter africain. Les Américains doivent porter africain », insiste-t-il. Pourquoi, interroge-t-il, les Africains achèteraient-ils les grands costumes et parfums européens sans que l’inverse ne se produise ? À travers ce renversement du regard, il milite pour un changement de mentalité, fondé sur la fierté, la dignité et l’amour de soi. Son engagement est aussi un plaidoyer pour la paix. Face aux guerres, aux coups d’État et aux divisions internes, le créateur affirme sa croyance dans la beauté, l’amour et la culture comme forces capables de transformer le continent. « Pour moi, la paix, la beauté, l’amour peuvent nous amener très loin », confie-t-il. La mode devient alors un langage universel, un moyen de rassembler les peuples et de faire entendre une autre image de l’Afrique : forte, créative, capable. Un parcours pionnier et un combat économique Né au Niger, Alphadi débute sa carrière au début des années 1980. Très vite, il démontre que l’Afrique possède un patrimoine textile d’une richesse exceptionnelle. Depuis plus de quatre décennies, il revisite les vêtements traditionnels en modernisant les coupes et les silhouettes, sans trahir l’âme des tissus et des savoir-faire. Il n’a de cesse de répéter que « l’Afrique aussi peut le faire » et va jusqu’à affirmer que la culture et la mode peuvent rapporter davantage que l’uranium de son pays, pourvu que les décideurs y croient. Son combat est aussi économique et entrepreneurial : prouver que la mode peut devenir une véritable industrie sur le continent. « Le continent peut faire de la mode une économie mondiale », affirme-t-il. À travers ses boutiques implantées dans plusieurs pays africains, il montre qu’on peut créer, produire et vendre en Afrique, pour l’Afrique mais aussi pour l’Europe et l’Amérique. Il encourage les politiques et les financiers à investir dans les créateurs, dans les cosmétiques, les parfums, les textiles africains, afin de bâtir une économie de la mode à l’échelle mondiale. « Il faut que les politiciens et les financiers mettent aussi de l’argent sur les créatifs pour les accompagner dans leur combat », plaide-t-il. Transmission, grandes rencontres et Festival de la mode africaine Le parcours d’Alphadi est jalonné de rencontres décisives avec de grands noms de la mode mondiale, comme Yves Saint Laurent ou Christian Lacroix, qui ont reconnu la force de sa démarche et la modernité de la création africaine. « Yves Saint Laurent s’est approché de moi, il a voulu comprendre ma manière de travailler, mon combat », raconte-t-il. Ces échanges ont nourri son travail et renforcé sa légitimité sur les scènes parisienne et internationale. Souhaitant transmettre cette expérience, il fonde l’Académie Alphadi, une école supérieure de mode et d’arts. Au Niger, environ 250 jeunes filles y apprennent la couture, le stylisme et les métiers de la création. « Leur esprit, c’est d’être comme Alphadi, c’est d’être comme les grands créateurs de demain », dit-il avec fierté. Elles s’inspirent de son parcours et des grands créateurs qui l’ont accompagné, pour devenir à leur tour les talents de demain. En 1998, Alphadi crée le Festival international de la mode africaine (Fima), vitrine majeure de la création du continent. Au fil des éditions, le festival a accueilli les plus grandes signatures de la mode mondiale et rendu hommage à la beauté africaine dans des cadres d’exception, notamment au Maroc. Pour son promoteur, le Fima est un combat essentiel : il met en avant le textile comme produit stratégique, lie mode, tourisme, climat, éducation et image du continent, et contribue à imposer l’idée que « l’Afrique est à la mode. Le combat du Fima, c’est montrer le textile comme produit essentiel et rendre hommage à la beauté africaine », résume-t-il. L’Afrique dans les musées du monde La présence d’Alphadi à l’exposition Africa Fashion au Quai Branly s’inscrit dans cette même volonté de reconnaissance. Conçue par le Victoria and Albert Museum, cette exposition montre la diversité des textiles africains, la richesse des bijoux et des archives photographiques, tout en tissant un dialogue entre passé et présent. Pour le créateur, voir l’Afrique accueillie dans un grand musée, face à un public jeune, étudiant, venu du monde entier, est un symbole fort : « Montrer que ce musée accueille l’Afrique aujourd’hui, que les jeunes viennent visiter l’Afrique et voir que l’Afrique est capable », insiste-t-il. L’Afrique est belle, elle est capable, et elle a une histoire de mode à raconter. Alphadi appelle à multiplier ce type d’événements dans d’autres villes françaises et dans les musées africains, à Abidjan, au Niger et ailleurs. « Le combat est vu en Europe, il n’est pas encore assez vu sur le continent, et ça doit changer », alerte-t-il. Car, rappelle-t-il, si le combat pour la mode africaine est visible en Europe depuis quarante ans, il doit désormais être pleinement reconnu sur le continent lui-même. En tant qu’ambassadeur de l’Unesco pour la paix, l’innovation et la création, il poursuit ce même objectif : faire de la mode un vecteur de fraternité, de dignité et de respect pour l’Afrique, sur toutes les scènes du monde. « L’Afrique aussi peut le faire, pour l’Unesco, pour les Nations unies et pour le monde », conclut-il. Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
5
Nilau, la marque de maroquinerie responsable en cuir d'autruche de Marie Veyron
Nilau, la maison de maroquinerie fondée par Marie Veyron, transforme un matériau rare et méconnu, le cuir d’autruche français, en pièces de haute maroquinerie, traçables et écoresponsables. Née dans une ferme où on élève des autruches, Marie Veyron avec Nilau raconte une histoire de traçabilité, de savoir-faire artisanal et d’engagement écologique. Sacs, petite maroquinerie ou bijoux, avec Nilau, l’artisanat d’exception se met au service de l’innovation responsable. « J’avais vraiment en tête de créer tout un univers autour de la matière qu’on pouvait revaloriser de notre ferme », explique Marie Veyron. Le projet Nilau s’enracine dans une histoire familiale. Dans cette ferme « pas comme les autres », l’élevage d’autruches, autorisé en France seulement depuis les années 1990, devient le point de départ d’une filière encore confidentielle. « On est une trentaine d’éleveurs en France, avec une capacité d’environ 80 à 100 peaux par an chacun. Ça reste un marché très restreint, mais aujourd’hui il n’est pas totalement utilisé, donc autant valoriser au maximum cette matière », souligne-t-elle. Pour Marie Veyron, la création n’est pas un simple geste technique, mais un véritable temps de ressourcement : « C’est vraiment un temps off pour moi. Je prends un carnet, je me dis : je vais créer. Ça fait une bulle dans toute l’activité de l’entreprise, je me recentre et je remets à plat tout ce qui se passe. » Nilau, un nom léger pour un cuir précieux Derrière le nom Nilau se cache un clin d’œil poétique à ses matières de prédilection. « C’est un jeu de mots avec le mot "lin" à l’envers et le début d'"autruche". L’idée était d’associer le lin à l’autruche pour rendre ce cuir léger et portable au quotidien. Le nom devait lui aussi être léger. Nilau sonnait printanier. C’est léger, simple et pur. » La créatrice s’est formée au plus près des ateliers : fabricants, fournisseurs, sous-traitants de grandes maisons. Pendant ses études, une expérience de huit mois en bureau d’études lui permet de suivre toutes les étapes, « du dessin au produit fini ». « Le premier sac qu’on a sorti, l’atelier m’a dit : "C’est fou, c’est le même que sur votre dessin !” En réalité, j’étais arrivée avec une maquette déjà faite en papier de tapisserie, un papier qui se tient et permet de voir le modèle en 3D. » Un cuir rare, durable et terriblement tactile Souple, résistant et immédiatement reconnaissable, le cuir d’autruche est au cœur de la démarche de Nilau, aux côtés du lin et de peaux de saumon issues de déchets de l’industrie alimentaire. « C’est un cuir qu’on reconnaît directement grâce à ses picots, ces petits reliefs qui marquent l’emplacement des plumes. Il y a un côté très esthétique et très sensible : on le ressent au toucher. » Cette matière rare exige un travail minutieux, en tannerie comme en atelier, pour conserver les fameux picots. Elle se prête à de nombreux usages : maroquinerie, chaussures, décoration, et se distingue par son vieillissement. « C’est un cuir qui se patine beaucoup avec le temps, il ne viendra pas se craqueler ». Marie Veyron joue aussi avec les différentes parties de la peau : la couronne de picots sur le dos, les zones plus lisses sur les côtés. Chaque design naît d’un dialogue entre la matière, la demande et l’usage final. Une filière écoresponsable et un écosystème créatif Au-delà de la création de sa propre marque, Marie Veyron a imaginé un véritable écosystème autour du cuir d’autruche français : collections Nilau, pièces sur mesure pour particuliers, collaborations avec d’autres marques, projets de décoration et d’architecture. « Si un architecte veut inclure du cuir d’autruche dans son projet, on discute ensemble de la finalité du produit, puis je travaille avec des artisans capables de l’incruster sur le meuble. C’est tout un écosystème autour de cette filière ». L’engagement écologique guide chaque choix : matières issues de co-produits, optimisation des peaux, circuits courts. « Le but, c’est d’utiliser toute la peau, de ne pas laisser de chutes et d’éco-concevoir le produit. L’artisan doit être dans le même état d’esprit : optimiser la matière, bien placer les pièces, réutiliser ce qui reste ». Nilau est autant une aventure humaine qu’un projet créatif. « Peut-être que, en tant que créatrice, j’avais besoin de dire : c’est ma ligne. Ma marque permet aussi de montrer tout ce qu’il est possible de faire avec le cuir d’autruche ». Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
4
La mode sur la scène abidjanaise avec le Zaady Fashion Day de Fabrice Zaady
Le Zaady Fashion Day, organisé par le créateur ivoirien Guy Fabrice Mahi, dit Fabrice Zaady, se tient à Abidjan samedi 30 mai 2026. Cette journée dédiée à la créativité de la mode africaine rassemble de jeunes talents venus de tout le continent. Installé à Paris, Fabrice Zaady met sa notoriété au service de cet événement qu’il décrit comme « une journée d'inspiration, de partage et de fierté culturelle ». Nous l'avons rencontré dans son atelier parisien, avant son départ pour la Côte d'Ivoire. Pour Fabrice Zaady, la mode est intimement liée à la culture et à l'histoire de son pays. « La mode pour nous a commencé avec les rois. Les rois, ce sont des gens qui étaient majestueux, beaux », raconte-t-il. En Côte d'Ivoire, chaque grande étape de la vie, mariage, naissance, est une occasion de s'habiller avec soin : « On est tout le temps bien habillé, dans notre culture, la mode a vraiment sa place ». Son propre prénom de créateur est un héritage familial. « Zaady, c'est d'abord mon nom d'enfance. C'est mon nom du village, Zaady, qui signifie ''victoire'' », explique-t-il. Ce nom, transmis par l'oncle de sa mère, s'impose naturellement comme celui de sa marque. Dès l'enfance, il baigne dans les ateliers de couture tenus par sa mère et sa grand-mère : « Pour me punir le week-end, je devais aller surveiller les artisans. Ils me disaient : ''viens faire ça, faut faire les épaulettes, faire le fond.'' Donc j'ai commencé à toucher tout doucement. » Il se souvient aussi de ses premiers gestes de styliste sur sa grand-mère : « Toutes les mamans avaient un foulard. Ma grand-mère, je lui en mettais deux, donc il y avait un en dessous, l'autre au-dessus. » Une audace qui impressionne déjà l'entourage et fait naître sa passion pour la mode. L'Afrique comme base, Paris comme tremplin Cet héritage affectif et esthétique reste son socle. « C'est ma base aujourd'hui parce que c'est un environnement où j'étais vraiment chouchouté, j'étais aimé », confie-t-il avec émotion. Si ses vêtements parlent à un public international, il revendique une source d'inspiration profondément africaine : « Je puise vraiment essentiellement mon inspiration de l'Afrique. Par exemple, cette robe avec des manches bouffantes, ce sont essentiellement des femmes africaines qui adorent avoir des manches bouffantes. » Autodidacte, il ne suit pas de cursus traditionnel en école de mode. Il apprend la couture, le design et le stylisme grâce aux ressources numériques. Sa rigueur finit par payer : son atelier obtient le label « Fabriqué à Paris ». « C'est important, dans le sens où ça amène une valeur ajoutée à ce que je fais, souligne-t-il. Ce label atteste d'une mode » référencée et surveillée, dans un contexte où « il y a beaucoup de contrefaçons. Les équipes du label sont venues sur place, ont observé le travail, une reconnaissance qui lui montre qu'il y a un chemin encore à parcourir. » Une collection révélatrice et des artistes de premier plan Un moment décisif de sa carrière reste la collection créée avec sa mère, disparue en 2017. En 2018, il est invité à défiler en Italie : « La collection que j'ai faite avec elle, ça reste la collection qui m'a révélé. » Parti seul avec cinq valises de tenues et d'accessoires, oublié des heures à la gare par l'organisateur, il vit un défilé sous tension. Il ignore même qu'il s'agit d'un concours. Jusqu'au moment où tout bascule : « On me dit que tu as gagné quelque chose. Fébrile comme je suis, je me suis mis à pleurer. » La collection rafle trois prix, dont celui de designer international. Une victoire qu'il vit comme un hommage à sa mère, alors qu'il avait songé à tout arrêter. Aujourd'hui, ses coupes modernes et ses lignes structurées séduisent bien au-delà des frontières françaises. Ses créations habillent notamment Anne Sila, Black M ou Fally Ipupa. Les collaborations passent d'abord par les stylistes : « C'est lui, après plusieurs essais, qui dit à son artiste : ''Je veux que tu viennes parce que la personne est de confiance." » L'invitation de Fally Ipupa, qu'il admire de longue date, reste marquante : « Un jour, je reçois un message sur Instagram : ''J'aime vos vêtements, j'aimerais venir voir comment on pourrait collaborer.'' » Le Zaady Fashion Day : un concours pour toute l'Afrique Avec le Zaady Fashion Day, Fabrice Zaady veut à son tour soutenir les jeunes créateurs africains. Il part d'un constat simple : « Certains jeunes créateurs me sollicitent pour acheter des tissus, des machines, des matières premières parce qu'ils veulent participer à des concours. Je recevais beaucoup de demandes. » Il imagine alors un concours qui permette de les accompagner concrètement. « C'est un concours, tout le monde est lauréat, mais à la fin, il y a une personne qui est dénommée meilleur créateur », explique-t-il. Le gagnant reçoit 3 000 euros pour acheter des matières, louer un atelier ou développer sa communication. L'ambition est panafricaine : « Aujourd'hui, en Afrique, les concours se font par pays ou par langue. Nous, on a voulu regrouper vraiment toute l'Afrique, un peu comme la CAN. » Au-delà du soutien financier, il défend une vision sans frontières de la création : « Quand on dit ''mode africaine'', pour moi, on met des limites, on met des barrières à la mode. La mode, c'est la mode. Pour moi, il y a des créateurs africains, mais il y a une mode universelle. » Une mode où l'Afrique, portée par des voix comme la sienne, entend bien prendre toute sa place. Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
3
Claire Briant, une céramiste d'art à l'écoute de la terre et du feu
Claire Briant, artiste céramiste, entretient une profonde connexion avec la nature, la matière et l’émotion. La terre est son langage, sa façon d’être au monde. Pratiquant la cuisson au feu de bois pour sa dimension vivante et collective, elle crée des pièces uniques, reflets d’un voyage intérieur et d’un dialogue avec le monde, chaque cuisson marquant une étape vers une compréhension plus intime d’elle-même et des autres. La création, c’est une voie, ce n’est pas autre chose. Nantaise d’origine, d’abord conteuse et guide-conférencière, Claire Briant découvre la céramique en 2005 lors d’un séjour aux États-Unis. Cette rencontre est un choc : elle y voit un véritable appel auquel elle ne peut que répondre. « On me demande souvent comment j’ai choisi cette voie, et je réponds toujours que c’était vraiment un appel. Je n’ai pas d’autre choix que d’y répondre ». Autodidacte, elle ouvre son atelier en 2010 et s’engage dans une pratique intuitive, organique, respectueuse de la matière. Pour elle, la céramique devient une façon entière de conduire son existence. Du matin au soir, tout ce qu’elle voit se relie à son travail : ce qui l’émerveille comme ce qui la révolte nourrit son inspiration. « C’est une sublimation du quotidien tout le temps. » L’atelier, lieu d’introspection, l’oblige à se confronter à elle-même pour mieux rejoindre l’universel : « Ce moment où moi, je disparais, pour appartenir à tous. » Marcher, collecter, révéler la matière Le geste créatif commence dehors. Claire Briant arpente forêts, rivières et montagnes, sac et petite pelle à la main. Elle collecte des argiles et minéraux invisibles, enfouis sous nos pieds. Pour comprendre cette matière, elle s’est formée à la géologie et à la flore, apprenant à « lire le paysage ». Elle aime l’idée que nous sommes tous des « produits de la géographie » et travaille sur cette tension entre nature et culture. « Aller chercher dans l’invisible, aller chercher ce qui n’existe pas, c’est ce qui me motive », confie-t-elle. Ses récoltes donnent naissance à des mélanges uniques, non reproductibles, où se rencontrent des terres qui ne se croiseraient jamais dans la nature. Sur le tour, ces argiles lui racontent les lieux d’où elles viennent et la manière dont les humains y vivent. La disparition d’un filon d’argile en Brocéliande, emporté par un orage, lui rappelle que tout reste soumis au mouvement du vivant. La magie du feu de bois Au-delà du façonnage, la cuisson est un moment clé de sa démarche. Les cuissons au gaz, trop contrôlées et froides, la laissaient insatisfaite : son corps, pourtant au cœur de tout le processus, n’avait plus sa place. « C’était extrêmement frustrant que mon corps ne serve à rien, alors que pendant tout le reste du processus, le corps est extrêmement impliqué. » La rencontre avec un potier travaillant au bois est décisive. En découvrant la cuisson au feu de bois, elle sent son corps redevenir vivant, engagé dans la chaleur, l’écoute du feu et de ses besoins : « Comprendre le feu, comprendre ce dont il a besoin, l’écouter… ça a été une révélation. » Elle construit d’abord un four expérimental chez elle, puis, après plusieurs années de cuissons en solitaire, cherche une dimension plus collective. Entre 2017 et 2018, elle rencontre le céramiste Cyril Dennery, avec qui elle bâtit un four à bois. Le binôme, aux parcours opposés mais aux sensibilités convergentes, mène des cuissons à deux, choisissant essences de bois et protocoles en fonction des effets recherchés. « Il ne s’agit pas de faire du feu, il s’agit de cuire des poteries », insiste-t-elle. Une philosophie de la vulnérabilité et du vivant Au-delà de l’objet, la céramique de Claire Briant est une réflexion sur la vulnérabilité et la transformation. La terre fraîche, malléable, accueille empreintes, énergies et émotions. « Elle prend toutes les empreintes, elle prend toutes les énergies, elle prend tout. » Le passage au feu fige ces traces et rend visible un récit intime et collectif. Dans ses pièces, les failles deviennent force, les accidents participent du sens. « J’essaie d’aller dans les failles, d’aller chercher la vulnérabilité, ce moment où les faiblesses deviennent des forces. » Chaque cuisson, chaque pièce est ainsi un moment de résonance : une pause dans le flux du monde, qui offre au regard un fragment d’immobile pour mieux ouvrir des portes vers l’invisible. À lire aussiGrasse, capitale du parfum: au cœur de la rose centifolia avec Pierre Chiarla Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
2
Grasse, capitale du parfum: au cœur de la rose centifolia avec Pierre Chiarla
En mai, Grasse, capitale mondiale du parfum, célèbre la rose centifolia. Cultivée depuis le XVIIIᵉ siècle, cette fleur au velouté unique symbolise le luxe et le savoir-faire, inspirant des maisons comme Chanel et Dior. Menacée de disparition dans les années 1950, elle a été sauvée par des passionnés, dont Pierre Chiarla, préservant ainsi ce patrimoine économique et culturel. Pierre Chiarla est né et a grandi à Grasse. Représentant une nouvelle génération de producteurs de plantes à parfum, il a d’abord suivi des études d’ingénieur en électronique et mécanique avant de se former à l’aménagement paysager. En 2018, il reprend l’exploitation familiale, alors dédiée au maraîchage, pour y relancer la culture de la rose centifolia, du jasmin et de la tubéreuse, des fleurs que sa grand-mère cueillait déjà dans les années 1940. Installé sur des terres cultivées par sa famille depuis près d’un siècle, Pierre Chiarla est le gardien d’un savoir-faire empirique et oral, transmis par ses grands-parents. « C’est un mélange de techniques concrètes, comme la taille des rosiers, et de ressenti lié à la météo, explique-t-il. Mes grands-parents savaient, par exemple, qu’un hiver court pouvait avancer la floraison. Aujourd’hui, avec les aléas climatiques, c’est plus difficile à prévoir, mais ces connaissances restent précieuses. » Une agriculture bio et une passion sans compromis Sur ses 2,5 hectares, Pierre Chiarla cultive ses fleurs sans aucun traitement chimique, en agriculture biologique. « Dès qu’on commence la récolte, on ne traite plus, même avec des produits autorisés en bio, car on met les mains dans les fleurs », précise-t-il. Pour lui, cette approche est bien plus qu’une méthode : c’est un engagement. « C’est un métier passion, mais aussi un métier de défis. On ne compte pas ses heures et la météo reste notre plus grand ennemi. Il y a trois ans, un orage de grêle a détruit deux mois de récolte en quinze minutes. On ne peut rien y faire, si ce n’est accepter et continuer. » Son bureau ? Un champ de 2 000 rosiers en fleurs au mois de mai. « Peu de gens peuvent dire qu’ils travaillent au milieu d’un tel paysage, imprégné de parfums. C’est un privilège, même si c’est exigeant. » Transmission et innovation : l’avenir des plantes à parfum Autrefois, les producteurs de Grasse gardaient jalousement leurs techniques. « Les agriculteurs étaient cachottiers, ils ne partageaient rien », raconte Pierre Chiarla. Aujourd’hui, grâce à des associations comme Les Fleurs d’exception, les choses ont changé. « On échange nos méthodes, nos réussites et nos échecs. Si un producteur découvre une technique efficace contre un ravageur, il la partage. Moi-même, j’ai adopté des pratiques inspirées par d’autres, comme le palissage du jasmin. » Cette collaboration est essentielle pour faire face aux défis modernes, notamment climatiques. « On apprend en observant la nature : certaines plantes sauvages aèrent le sol, d’autres attirent des insectes utiles pour lutter contre les ravageurs. C’est un équilibre fragile, mais passionnant. » Grasse et ses chemins parfumés Classée au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, Grasse a un devoir de transmission. Pour cela, la ville a relancé les « chemins parfumés », des visites qui permettent au public de découvrir les champs de roses et de jasmin, comme ceux de Pierre Chiarla. « Les visiteurs sortent transformés, confie-t-il. L’odeur des fleurs, l’immersion dans les champs… Beaucoup décrivent une expérience presque méditative. Pendant une heure ou deux, ils oublient leurs soucis et se reconnectent à la nature. » Une façon de partager cette passion tout en perpétuant un héritage unique au monde. Car à Grasse, la rose n’est pas qu’une fleur : c’est une histoire, un art de vivre, et l’âme d’une région. À lire aussiComment l'art de la broderie devient un langage poétique avec Belinda Pollard Abonnez-vous à 100% création 100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
-
1
Comment l'art de la broderie devient un langage poétique avec Belinda Pollard
Belinda Pollard est une artiste brodeuse dont le travail, à la croisée de la tradition et de l'expérimentation, transforme le fil en un véritable langage. Ses créations, mêlant broderie d'or, soie et matières insolites, évoquent des paysages, des souvenirs et des émotions avec une profondeur poétique. Rencontre avec une artiste qui a fait de la broderie un art à part entière, entre héritage et innovation. Née à Angers, Belinda Pollard baigne dans l'univers de la création dès son plus jeune âge. À dix ans, elle coud déjà des vêtements, fabrique des décors et suit des cours de dessin et de peinture. Son amour pour l'image la conduit naturellement vers des études d'arts plastiques, suivies d'un master à Bruxelles. Mais c'est à la prestigieuse école de cinéma La Fémis, à Paris, qu'elle se forme ensuite à la production cinématographique. Pourtant, malgré sa passion pour le cinéma, un art qu'elle qualifie de « très complet », Belinda ressent un manque : « Je sentais que ce n'était pas ma place. Il me manquait quelque chose : mes mains, la matière. » Après des années dans la production cinématographique, elle décide de faire une pause pour trouver son médium. C'est ainsi qu'en 2016, elle se tourne vers la broderie, un art qu'elle explore d'abord en autodidacte avant d'obtenir un CAP en broderie d'art et de se former aux techniques du crochet de Lunéville et de la broderie d'or. La broderie comme terrain d'expérimentation et de poésie Belinda Pollard ne se contente pas de reproduire des techniques traditionnelles : elle les réinvente. Son travail se distingue par un mélange audacieux de matières et de textures, où l'or côtoie la soie, le cuir exotique (comme celui de Hermès, avec qui elle collabore depuis trois ans) et des matériaux plus inattendus, comme les vieux draps de sa grand-mère ou l'organza de soie, qu'elle affectionne pour sa transparence. « Quand j'ai découvert la broderie d'or, ça a été un coup de foudre », confie-t-elle. Cette technique, qui consiste à broder avec des fils métalliques comme la cannetille, demande une précision extrême : « Le métal ne pardonne pas. Si on le déforme, il faut tout recommencer. » Pourtant, une fois maîtrisée, elle devient « magique », permettant de créer des œuvres en relief où la lumière danse sur les fils dorés. Ses tableaux ou installations en mouvement s'apparentent à des strates de mémoire. « Je travaille beaucoup sur les cartes, les trajectoires de vie, les superpositions qui créent des mini-mondes », explique-t-elle. Ses œuvres, souvent abstraites, laissent une large place à l'interprétation : « L'idée n'est pas de guider l'émotion, mais de voir ce que cela produit. Et souvent, cela résonne avec des souvenirs ou des paysages personnels chez ceux qui les regardent. » Un processus créatif, intuitif et organique Pour Belinda Pollard, la création est un voyage sans carte précise. Son processus repose sur l'intuition, l'expérimentation et une relation presque charnelle avec la matière : « La recherche, parfois, c'est une émulation folle, parfois, c'est un parcours en dents de scie parce que la matière ne veut pas aller dans le sens où on va. » Elle cite en exemple un paysage brodé qu'elle a mis deux mois à élaborer, cherchant inlassablement le bon reflet d'eau, la bonne superposition d'organza : « Je ne me dis jamais à l'avance : ''je vais travailler sur tel sujet.'' C'est en faisant que les choses adviennent. » Son cahier de dessin est rempli d'idées, de croquis et d'échantillons : « Je dessine, je teste, je rate, je recommence. Parfois, il faut laisser reposer un projet parce que la matière résiste. Mais c'est comme cela que naissent les petites magies. » Son approche rappelle une gymnastique artistique, où chaque œuvre en appelle une autre, comme si ses créations dialoguaient entre elles à travers le temps : « Quand je regarde mes premières œuvres, je vois des éléments qui réapparaissent aujourd'hui dans des pièces plus abouties. C'est un déploiement constant. » Transmettre pour perpétuer et innover Engagée dans la transmission, Belinda Pollard imagine des résidences d'artistes pour partager son savoir-faire tout en s'enrichissant des techniques des autres : « J'ai accueilli une brodeuse d'Aix-en-Provence pendant une semaine. Au final, elle a travaillé sur un de mes projets, mais l'échange était là. C'est ça qui m'intéresse : créer des dispositifs où chacun apprend de l'autre. » Pour elle, la transmission est une façon de perpétuer un héritage tout en le faisant évoluer : « Je réfléchis à accueillir un apprenti, mais il faut qu'il y ait une rencontre, une alchimie. La broderie, c'est un langage, et il faut que ce langage résonne des deux côtés. » Abonnez-vous à «100% création« 100% création est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS. Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté. Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
We're indexing this podcast's transcripts for the first time — this can take a minute or two. We'll show results as soon as they're ready.
No matches for "" in this podcast's transcripts.
No topics indexed yet for this podcast.
Loading reviews...
ABOUT THIS SHOW
Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles.
HOSTED BY
RFI
CATEGORIES
Loading similar podcasts...