PODCAST · society
Afrique, mémoires d'un continent
by RFI
Afrique, mémoires d'un continent explore l’histoire à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui. Historiens, universitaires et spécialistes expliquent et racontent, sans tabous et à rebours des clichés, comment le passé éclaire le présent. Une émission présentée par Elgas, en collaboration avec Delphine Michaud. Réalisation : Taguy M’Fah Traoré. *** Diffusions vers toutes cibles les dimanches à 08h10 TU et 22h10 TU (Heure de Paris = TU + 2 en été).
-
24
Anjanamasina : une histoire coloniale de la folie à Madagascar
Dans son ouvrage, l’historien Raphaël Gallien revient sur une découverte archivistique majeure effectuée en 2019 : celle des archives et des dossiers relatifs aux personnes internées à Anjanamasina, considéré comme le premier établissement psychiatrique créé par l’administration coloniale française à Madagascar. Cette découverte apporte un éclairage nouveau sur l’histoire de la psychiatrie dans le contexte colonial ainsi que sur les pratiques d’internement mises en place dans l’île Rouge. Avec l’historien Raphaël Gallien, chargé de recherche au CNRS et auteur de À en perdre la raison : Folies et colonisation à Madagascar (éd. La Découverte). Pour aller plus loin Ouvert en 1912, l’asile psychiatrique d’Anjanamasina à Madagascar constitue le premier établissement de ce type dans l’Empire colonial français. L’asile devient un véritable laboratoire des politiques coloniales de santé, marquées par de fortes inégalités sociales et raciales. Son architecture reflète cette hiérarchie : les Européens disposent de pavillons plus confortables, tandis que les Malgaches sont placés dans des bâtiments plus éloignés et souvent surpeuplés. Notre invité l’historien Raphaël Gallien s’appuie sur près de 1 500 dossiers d’internés pour étudier cette histoire. Ces archives, longtemps reléguées dans un pavillon, ont été classées et numérisées afin d’être conservées. Elles permettent de découvrir les parcours individuels, les diagnostics, mais aussi les effets de la colonisation sur les personnes internées. La folie comme expression des tensions sociales et coloniales Les dossiers montrent que les délires des patients sont souvent liés à leur histoire personnelle et aux bouleversements provoqués par la colonisation. Les anciennes hiérarchies malgaches, notamment les lignages et les références à la royauté, restent très présentes dans les discours des internés. Certains utilisent ainsi la folie pour réaffirmer une origine prestigieuse ou contester leur déclassement social. La folie peut aussi parfois constituer une forme de résistance à l’ordre colonial. 1947, la révolte et les traces de la décolonisation La révolte malgache de 1947 constitue un moment essentiel de l’histoire de l’asile et de la colonisation. La répression provoque des milliers de morts, des arrestations, des détentions et des traumatismes durables. Certains internés ont été torturés et arrivent à l’asile profondément détruits psychologiquement. La peur et les rumeurs liées à l’insurrection continuent également à influencer les comportements plusieurs années après les événements. Raphaël Gallien rappelle aussi que la société malgache possédait ses propres manières de comprendre et de prendre en charge la folie avant l’arrivée de la psychiatrie occidentale. La folie pouvait être associée à la religion, à la parenté, aux interdits ou à une forme de malédiction touchant l’ensemble du groupe. Aujourd’hui, l’ancien asile est devenu un hôpital universitaire qui cherche à dépasser son héritage carcéral.
-
23
L'histoire de Boko Haram : racines, expansion et divisions
Né en 2002 dans le nord-est du Nigeria sous l'impulsion de Mohamed Yusuf, Boko Haram s'est développé dans un contexte de profondes inégalités sociales, de fragilité économique et de tensions religieuses. Radicalisé à partir de 2009, le mouvement jihadiste a plongé la région dans une insurrection marquée par des massacres, des attentats et des enlèvements de masse, avec l'objectif d'imposer un État fondé sur une interprétation rigoriste de la charia. Malgré les offensives militaires, les scissions et l'émergence de groupes rivaux, Boko Haram continue de déstabiliser le bassin du lac Tchad. Comment expliquer la résilience de cette organisation plus de vingt ans après sa création ? Avec la participation de Vincent Foucher, historien et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Pour aller plus loin Groupe djihadiste apparu dans le nord-est du Nigeria, l'organisation Boko Haram s’inscrit dans une histoire ancienne marquée par les différences religieuses, politiques et sociales entre les régions du Nigeria.Dans les années 1970 à 1990, les courants salafistes et wahhabites gagnent progressivement en influence et un certainMohamed Yusuf, influencé par le prédicateur salafiste Ja’afar Mahmud Adam, devient un orateur particulièrement populaire. Il critique les élites musulmanes jugées trop proches du pouvoir et développe un mouvement religieux de plus en plus radical. De la radicalisation aux violences de masse Au début des années 2000, Yusuf se rapproche progressivement du djihadisme. En juillet 2009, des affrontements opposent les partisans de Yusuf aux autorités nigérianes, provoquant plusieurs centaines de morts. Mohamed Yusuf est arrêté puis exécuté par la police, ce qui accélère la transformation du mouvement en organisation armée. Abubakar Shekau prend alors la direction du groupe et lance une campagne de vengeance contre les policiers, les responsables locaux et les opposants. Entre 2010 et 2013, Boko Haram développe un terrorisme urbain marqué par les attentats-suicides et les attaques contre les églises.Le groupe s'étend au-delà du Nigeria, notamment au Cameroun, au Niger et au Tchad, grâce aux liens sociaux et commerciaux transfrontaliers.Les combattants associent convictions religieuses, volonté de créer une société jugée plus juste et intérêts matériels liés au pillage et aux extorsions. Les massacres de Baga, Bama et d'autres localités deviennent particulièrement meurtriers en 2013-2015, tandis que l'enlèvement des lycéennes de Chibok en 2014 internationalise le conflit. La scission Une divergence importante apparaît autour du traitement des civils, Shekau considère même certains musulmans comme des « infidèles » lorsqu'ils ne soutiennent pas son mouvement.Cette doctrine provoque des dissidences, notamment la création d'Ansaru, puis rapproche certains dirigeants de Boko Haram de l'État islamique. En 2015, Shekau prête finalement allégeance à l'État islamique, mais refuse ensuite d'appliquer pleinement ses directives. L'année suivante, une faction dirigée notamment par Abou Moussab al-Barnawise sépare et forme l'ISWAP qui privilégie une organisation plus structurée et limite les attaques contre les civils musulmans.Depuis la mort de Shekau en 2021, les deux factions continuent d'exister.
-
22
David Diop : avec son héros Bilal Seck, 3 500 ans d'histoire du Sénégal à l'Égypte antique
Dans Où s'adosse le ciel, l’auteur David Diop ne déroge pas à sa belle tradition de confesser l’histoire. À travers le voyage du griot Bilal Seck, son héros, de retour de La Mecque à la fin du XIXᵉ siècle, le récit fait dialoguer le Sénégal et l'Égypte ancienne. Le roman invité à réfléchir sur la transmission, l’exil et la quête des origines. Avec l’écrivain David Diop, auteur de Où s’adosse le ciel (éd. Julliard) et professeur de littérature à l’université de Pau. Pour aller plus loin Le roman Où s’adosse le ciel ? de David Diop mêle fiction, histoire et mémoire africaine. L’auteur, écrivain franco-sénégalais et professeur de littérature, nourrit son œuvre d’une profonde passion pour l’histoire qui lui vient notamment de son adolescence à Dakar et de son enseignante d’histoire. Il cite également l’influence majeure de Cheikh Anta Diop, dont les travaux ont contribué à réinscrire l’Égypte ancienne dans son contexte africain.David Diop explique qu’il utilise une documentation historique importante, mais qu’il préfère ensuite « oublier » les détails pour laisser place aux émotions des personnages, une méthode qu'il appelle la « mémoire affective » et qui permet de transformer les faits historiques en matière romanesque.Son héros, Bilal Seck, est présenté comme le 72ᵉ passeur d’une mémoire transmise de génération en génération. Le voyage de Bilal Seck L’histoire commence au Sénégal, à la fin du XIXᵉ siècle, dans le contexte de la colonisation française.Bilal Seck appartient à une famille de griots et possède un rôle essentiel de gardien et de transmetteur de la mémoire.Il entreprend un pèlerinage à La Mecque avec Yérim Tchao, un homme issu de la noblesse avec lequel il a grandi.Malgré leur amitié, les différences sociales et les préjugés liés à la « pureté du sang » finissent par provoquer une rupture entre eux.En 1893, une importante épidémie de choléra frappe les pèlerins et fait environ 30 000 victimes en un mois.Abandonné à Djeddah, Bilal doit alors entreprendre seul son retour vers l’Afrique, souvent à pied et en travaillant pour financer son voyage.Son périple le conduit notamment par la péninsule Arabique, l’Égypte et Djenné, avant son retour au Sénégal. L’Égypte, les origines et la transmission En Égypte, Bilal cherche à comprendre les récits qui relient les peuples sénégalais à l’Égypte antique.David Diop s’appuie sur des traditions orales rapportant plusieurs migrations anciennes depuis l’Égypte vers l’Afrique de l’Ouest.Le roman interroge ainsi les liens entre histoire écrite, traditions orales et mythes des origines. La figure du griot y occupe une place centrale. À travers Bilal et ses descendants, la transmission devient un véritable flambeau qui doit passer d’une génération à l’autre.Le roman pose enfin une question politique majeure : comment raconter l’histoire de l’Afrique sans la réduire aux récits construits par la colonisation ?
-
21
Paroles d'aînés: l'Afrique en quatre dates selon Marie-Roger Biloa
Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix du continent reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués, travaillés, inspirés. Avec la journaliste camerounaise Marie-Roger Biloa. Selon la journaliste Marie-Roger Biloa, il est plus que nécessaire de mieux enseigner l’histoire africaine, longtemps occultée ou racontée par d’autres. Elle souligne également le rôle essentiel des femmes dans l’histoire, souvent minimisé malgré leur contribution décisive à la résistance, à la gouvernance et aux luttes pour l’indépendance. Elle cite notamment la reine Nzinga d’Angola, qui résista pendant plus de quarante ans aux Portugais et symbolise le courage, le leadership et la défense de la souveraineté africaine. Marie-Roger Biloa revient aussi sur l’apartheid en Afrique du Sud, qui a profondément marqué sa génération et renforcé le sentiment d’appartenance à une communauté africaine. Elle rappelle la solidarité des États africains contre ce régime et rend hommage aux nombreuses personnalités, parfois oubliées, qui ont participé à cette lutte. Elle aborde également la guerre du Biafra, conflit qui révéla les divisions politiques et ethniques du Nigeria ainsi que les interventions des puissances étrangères. Enfin, quatrième date marquante selon elle, le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Ayant couvert cette période en tant que journaliste, elle estime que le traitement médiatique et politique de ce drame reste sujet à débat.
-
20
Paroles d'aînés : l'Afrique en quatre dates selon Sami Tchak
Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix du continent reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués, travaillés, inspirés. Avec l’écrivain et essayiste Sami Tchak, Prix Cheikh Hamidou Kane pour Mélodie pour une douleur (éd. Continents, Lomé, Togo) Dans cet entretien, l’écrivain togolais Samy Tchak rappelle d’abord que l’histoire doit être enseignée avec esprit critique, en croisant les traditions orales, les savoirs locaux et les recherches historiques. Il insiste sur l’importance des mythes fondateurs et de la transmission familiale, qui permettent de comprendre le monde avant de s’ouvrir à d’autres cultures. Évoquant la mort de Chaka Zoulou en 1828, il refuse une vision idéalisée du personnage. Pour lui, ce grand bâtisseur fut aussi un dirigeant d’une extrême violence, illustrant la complexité des héros historiques. Il invite à analyser les figures du passé avec lucidité. Les défis politiques de l’Afrique contemporaine La deuxième date retenue est le décret ghanéen de 1969 ordonnant l’expulsion des étrangers en situation irrégulière. Samy Tchak explique que cet événement l’a profondément marqué, car il a touché sa propre famille et de nombreux habitants de son village. Il y voit le symbole des tensions liées aux frontières nationales et aux migrations, rappelant que le panafricanisme se heurte aujourd’hui à la réalité des États et des intérêts nationaux. Il craint que ces phénomènes d’exclusion ne se reproduisent à l’avenir. La troisième date, le discours de La Baule prononcé par François Mitterrand en 1990, lui permet de s’interroger sur la démocratisation de l’Afrique. Selon lui, la démocratie ne peut être imposée de l’extérieur ni considérée comme une solution universelle au développement. Il estime que les transitions démocratiques ont parfois conduit à des conflits ou à des désillusions, tout en reconnaissant que les libertés politiques demeurent essentielles. La littérature africaine comme espace d’émulation Enfin, Samy Tchak choisit l’année 2021, marquée par les nombreux prix internationaux remportés par des écrivains africains. Il se réjouit de cette reconnaissance tout en mettant en garde contre une vision qui ferait dépendre la valeur de la littérature africaine du seul regard des institutions occidentales. Selon lui, ces récompenses sont la confirmation d’une richesse déjà ancienne. Il rappelle que plusieurs auteurs africains avaient été distingués bien avant 2021 et souligne que l’essentiel reste la qualité des œuvres, plus que les prix eux-mêmes.
-
19
Paroles d'aînés : l'Afrique en quatre dates selon Véronique Tadjo
Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix du continent reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués, travaillés, inspirés. Avec l’écrivaine franco-ivoirienne Véronique Tadjo, Grand prix d’Afrique noire pour Reine Pokou (éd. Actes Sud). L’écrivaine Véronique Tadjo revient sur quatre événements qui ont profondément marqué sa vision de l’histoire africaine. Forte de son parcours entre la Côte d’Ivoire, le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Europe, elle souligne que l’Afrique est un continent uni par une histoire commune, mais aussi confronté à des divisions contemporaines. Son œuvre, nourrie par les grands auteurs de la négritude et par de nombreux voyages, cherche à transmettre une mémoire vivante et à interroger les grands défis du continent. La première date évoquée est celle de la traite transatlantique, à partir de 1619 avec l’arrivée des premiers esclaves africains en Virginie. Véronique Tadjo insiste sur les conséquences humaines de cet événement, mais aussi sur la capacité des descendants d’esclaves à transformer ce traumatisme en une immense richesse culturelle, notamment à travers les cultures afro-américaines. Elle rappelle que cette mémoire demeure essentielle pour comprendre les discriminations actuelles et l’apport des diasporas africaines au monde. Des moments fondateurs du panafricanisme et du devoir de mémoire La deuxième date est le Premier Festival mondial des Arts nègres, organisé à Dakar en 1966 sous l’impulsion de Léopold Sédar Senghor. Ce rassemblement constitue un tournant majeur en affirmant la place des artistes africains sur la scène internationale et en célébrant les cultures noires. Ce festival symbolise également une Afrique indépendante, créatrice et ouverte sur le monde. La troisième étape est le projet « Rwanda : écrire par devoir de mémoire » lancé en 1998 après le génocide des Tutsi. Avec d’autres écrivains africains, Véronique Tadjo participe à cette initiative pour témoigner de l’horreur et rendre une identité aux victimes. Cette expérience bouleverse profondément son écriture et lui fait prendre conscience de la nécessité d’une solidarité intellectuelle et artistique face aux tragédies du continent. Les défis contemporains : santé, environnement et responsabilité Enfin, Véronique Tadjo évoque l’épidémie d’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. À travers son roman En compagnie des hommes, elle montre que cette crise sanitaire est étroitement liée aux bouleversements environnementaux, notamment à la déforestation qui favorise la transmission du virus entre les animaux et les humains. Elle souligne que cette catastrophe révèle également les faiblesses des systèmes de santé africains et le manque de préparation face aux crises.
-
18
Paroles d'aînés : l'Afrique en quatre dates selon Sophie Bessis
Afrique, mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Ces grandes voix reviennent sur quatre séquences de leur choix, quatre moments cruciaux qui les ont marqués et inspirés. Avec l’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis. Dans cette édition de « Afrique, mémoires d’un continent », notre invitée Sophie Bessis rappelle que l’histoire de l’Afrique a longtemps été racontée à travers un regard colonial. Depuis les indépendances, les historiens africains ont progressivement reconstruit cette histoire grâce à un meilleur accès aux archives. Toutefois, elle souligne que de nombreux États ont également élaboré des « romans nationaux » destinés à renforcer leur identité, parfois au détriment de la vérité historique, d'où la nécessité de distinguer le travail scientifique de l’histoire des récits politiques ou idéologiques. Quatre dates fondatrices de la mémoire du continent Le premier événement retenu est le rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802, qui relance la traite négrière malgré son abolition en 1794. Cette décision conduit à une résistance qui aboutit à l’indépendance d’Haïti en 1804, première République noire de l’histoire. La deuxième date est la conférence de Berlin (1884-1885), où les puissances européennes définissent les règles de la colonisation de l’Afrique. Sophie Bessis explique que les frontières héritées de cette période continuent d’influencer les conflits contemporains et les difficultés de construction des États africains. La troisième date est la promulgation du Code du statut personnel en Tunisie en 1956 sous Habib Bourguiba. Cette réforme marque une avancée majeure pour les droits des femmes avec l’interdiction de la polygamie, la suppression de la répudiation et l’instauration du mariage civil. Pour Sophie Bessis, cette transformation a profondément modernisé la société tunisienne et demeure une référence dans le monde arabe. Patrice Lumumba et les enjeux contemporains Enfin, Sophie Bessis choisit l’assassinat de Patrice Lumumba en 1961, symbole des difficultés rencontrées par les États africains après les indépendances. Elle rappelle que son élimination est liée aux intérêts économiques et géopolitiques autour des immenses richesses minières du Congo. Selon elle, cette tragédie illustre la nécessité pour les pays africains de maîtriser leurs ressources naturelles afin de construire une véritable souveraineté politique et économique. À travers ces quatre dates, l'historienne a souhaité démontrer comment les événements du passé continuent d’éclairer les défis actuels du continent africain.
-
17
Comprendre l’Ivoirité, son héritage et ses controverses
Depuis le milieu des années 1990, l'ivoirité est souvent désignée comme la cause des malheurs ivoiriens. Idée voire idéologie d'une définition d'un « être » ivoirien, son appréciation est conflictuelle. Le terme existe pourtant depuis les années 1970. Il naît dans le champ intellectuel et culturel et charrie alors un imaginaire de libération et de redéfinition de soi. Afrique mémoires d’un continent vous propose l'histoire et la radioscopie, sans tabou, de cinquante années d'un concept qui a évolué au fil des décennies, dans un temps actuel où la Côte d'Ivoire panse difficilement les plaies qu'il a pu nourrir. Avec Jean-Noël Loucou, historien et homme politique ivoirien, secrétaire général de la fondation Félix Houphouët-Boigny.
-
16
Libye : les derniers jours de Mouammar Kadhafi
20 Octobre 2011. Après plus de quarante ans au pouvoir, Mouammar Kadhafi vit ses dernières heures. Traqué, isolé et abandonné par une partie de ses anciens soutiens, celui qui a longtemps dominé la Libye voit son régime s'effondrer. Comment s'est déroulée cette chute spectaculaire ? Quels événements ont conduit à sa capture et à sa mort ? Afrique mémoires d’un continent revient sur les derniers jours de Kadhafi et sur les ultimes moments d'un des dirigeants les plus controversés du monde arabe. ► Pour aller plus loin Le 20 octobre 2011, Mouammar Kadhafi est capturé près de Syrte après plusieurs mois de guerre civile en Libye. La scène de son arrestation, filmée par des téléphones portables, montre un ancien dirigeant humilié, blessé et finalement tué par des combattants. Après 42 ans de pouvoir sans partage, sa mort provoque des scènes de liesse dans le pays, notamment à Tripoli, où beaucoup célèbrent la fin de la dictature. La communauté internationale salue alors la disparition d’un régime considéré comme autoritaire, tandis que des interrogations demeurent sur les circonstances exactes de sa mort. L’identité de celui qui a porté le coup fatal reste encore incertaine. Un dirigeant controversé entre Afrique et Occident Kadhafi a marqué pendant des décennies la scène internationale par son idéologie révolutionnaire, son nationalisme arabe puis son engagement panafricain. Il a longtemps été perçu par certains dirigeants africains comme un défenseur de l’indépendance du continent et un opposant à l’influence occidentale, mais son règne est aussi associé à la répression politique, aux conflits régionaux et à des accusations de soutien au terrorisme international. Dans les années 2000, après avoir renoncé à certains programmes militaires et cherché une réconciliation avec l’Occident, il retrouve une forme de respectabilité : la France, sous Nicolas Sarkozy, comme le Royaume-Uni de Tony Blair, renouent alors des relations diplomatiques avec Tripoli. L’intervention internationale et l’héritage de la guerre libyenne En 2011, les révoltes du « printemps arabe » atteignent la Libye, avec un soulèvement majeur à Benghazi. Face à la répression menée par le régime, la communauté internationale intervient sous mandat de l’ONU. La France, le Royaume-Uni et les États-Unis participent aux frappes aériennes de l’OTAN, officiellement pour protéger les populations civiles. Rapidement, l’objectif évolue vers la chute du régime de Kadhafi qui finit par se réfugier à Syrte avant d’être capturé et tué.
-
15
Les Ivoiriens face à leurs historiens
Quelle est l’origine des Ivoiriens ? Combien d’ethnies sont recensées en Côte d’Ivoire ? Quelle est l’histoire de la reine Pokou ? Afrique mémoires d’un continent pose ce dimanche ses bagages à Abidjan, plus précisément à la fondation Hampâté Bâ, et propose un échange direct entre deux historiens et six intervenants ivoiriens de tous âges et passionnés d’histoire. Avec la participation des historiens ivoiriens Séverin Konin et Chikouna Cissé. Tous nos remerciements à la fondation Hampâté Bâ pour son accueil. ► Pour aller plus loin Les premières questions portent sur les origines des populations ivoiriennes, la reine Pokou, les ethnies et la notion d’autochtonie. Les historiens expliquent que l’histoire du peuplement de la Côte d’Ivoire résulte de migrations successives très anciennes. Il n’existe donc pas une origine unique des Ivoiriens, mais une superposition de populations venues de différentes régions d’Afrique de l’Ouest. La légende de la reine Pokou illustre ces mouvements migratoires qui ont marqué la formation du peuple baoulé. Les intervenants soulignent également la diversité ethnique du pays, composé officiellement de 63 ethnies, auxquelles s’ajoutent de nombreux sous-groupes. Indépendance, crises politiques et rôle de l’historien Les intervenants abordent ensuite la question de l’indépendance de la Côte d’Ivoire et les luttes menées contre la domination coloniale. Ils rappellent que l’indépendance de 1960 résulte à la fois de facteurs internationaux et de mobilisations locales, notamment celles du PDCI-RDA et des femmes de Grand-Bassam. Le débat s’étend également à la crise politico-militaire de 2002-2011. Les participants s’interrogent sur la possibilité d’écrire une histoire objective de cette période encore récente et marquée par de fortes divisions. Les historiens insistent sur la nécessité de prendre du recul et de distinguer le travail scientifique des interprétations politiques. Selon eux, l’histoire doit contribuer à la réconciliation nationale plutôt qu’à l’entretien des clivages. Transmission de la mémoire et valorisation du patrimoine La dernière partie de l’émission porte sur la transmission de la mémoire historique africaine. Plusieurs intervenants regrettent que l’histoire soit souvent perçue comme une simple matière scolaire alors qu’elle constitue un outil essentiel de compréhension de soi et d’émancipation culturelle. Les historiens défendent une histoire accessible au grand public et rappellent l’importance de vulgariser les connaissances produites par l’université. Ils évoquent également les conséquences de la traite négrière, la nécessité de mieux valoriser les sites historiques ivoiriens et le besoin de dépasser certains héritages intellectuels de la colonisation. Enfin, les échanges mettent en lumière le rôle fondamental des traditions orales, de l’archéologie et de la préservation du patrimoine.
-
14
Amérique latine - Afrique : une mémoire partagée
Quels liens unissent l’Amérique latine et l’Afrique ? Des deux côtés de l’océan Atlantique, s’écrit une histoire commune faite de migrations, d’échanges culturels et d’héritages partagés. De l’arrivée des populations africaines en Amérique aux influences qui marquent encore aujourd’hui des arts comme la musique ou la littérature, nous explorons les racines de cette relation singulière. Un voyage entre histoire, mémoire et identité, à la découverte des passerelles qui relient l’Amérique latine au continent africain. Avec la participation de : Sarah Quesada, professeure associée d’études des romances, de genre et de sexualité à l’université de Duke aux États-Unis Estefania Bournot, chercheuse en littérature comparée et spécialiste des circulations culturelles entre l’Afrique et l’Amérique latine Mohamed Mbougar Sarr, écrivain sénégalais, lauréat du prix Goncourt en 2021 Sami Tchak, écrivain togolais. Pour aller plus loin La traite transatlantique a profondément façonné l'Amérique latine et l'Afrique et son histoire continue d’influencer leurs sociétés. Léopold Sédar Senghor est présenté comme une figure majeure de ce rapprochement, notamment grâce à ses voyages en Amérique latine dans les années 1970 et à sa volonté de créer des solidarités entre les peuples issus d’une histoire commune. La présence africaine en Amérique latine reste souvent méconnue. L’exemple de Veracruz, au Mexique, montre pourtant l’importance du rôle des Africains dans la construction du pays. De même, la ville de Yanga rappelle l’héritage des esclaves rebelles et la contribution des populations afro-descendantes à l’histoire mexicaine. Les chercheurs insistent sur la nécessité de dépasser la simple mémoire de l’esclavage pour mettre en valeur les relations vivantes entre l’Afrique et l’Amérique latine. Ils évoquent les réseaux intellectuels, les festivals panafricains, les écrivains, diplomates et artistes qui ont contribué à construire des passerelles entre les deux espaces culturels. L’émission s’interroge enfin sur la réalité contemporaine des relations entre l’Afrique et l’Amérique latine. Malgré l’existence de discriminations raciales et le manque de connaissance mutuelle, plusieurs intervenants observent un regain d’intérêt pour les échanges culturels, universitaires et diplomatiques, notamment au Brésil et en Colombie.
-
13
Lumière sur les «siècles obscurs» : cartographie de l’Afrique médiévale
Le Moyen-Âge africain fascine. Comment vivaient nos ancêtres du VIIè au XVè siècle ? Quel était leur quotidien ? Quelles formations étatiques régissaient les cités avant la colonisation ? Cette période, appelée « siècles obscurs », s’avère être plutôt un âge d’or au sens premier du terme, avec l’essor de royaumes, de génies architecturaux et le commerce du précieux métal. Avec la participation de Bertrand Hirsch, historien, professeur des universités Histoire de l’Éthiopie, Histoire de l’Afrique. Pour aller plus loin L’Afrique médiévale entre le VIIe et le XVe siècle, période longtemps qualifiée de «siècles obscurs », apparaît aujourd’hui comme un âge d’or marqué par l’essor des royaumes, des échanges commerciaux et des réalisations culturelles. L’historien Bertrand Hirsch explique que le terme de « Moyen Âge africain » est une construction historiographique, une expression qui malgré ses limites permet de comparer différentes civilisations et de mieux intégrer l’histoire africaine dans l’histoire mondiale. Les sources disponibles pour étudier cette période sont diverses : récits écrits produits en Nubie ou en Éthiopie, textes arabes de géographes et voyageurs, traditions orales et découvertes archéologiques. Les historiens rappellent cependant que ces sources restent fragmentaires et parfois difficiles à interpréter. L’histoire de nombreuses sociétés rurales demeure encore largement inconnue. L’expansion de l’islam et les échanges commerciaux L’un des phénomènes majeurs du Moyen Âge africain est l’expansion de l’islam à partir du VIIe siècle. Contrairement à certaines idées reçues, cette diffusion s’effectue davantage par les marchands, les savants et les échanges commerciaux que par des conquêtes militaires. Dans plusieurs régions, notamment au Mali, sur la côte swahilie ou en Éthiopie, les élites se convertissent à l’islam afin de faciliter les relations commerciales avec le monde arabe. Toutefois, les populations continuent souvent à pratiquer leurs religions traditionnelles, créant des formes originales de coexistence religieuse. Le commerce joue également un rôle essentiel dans le développement des royaumes africains. L’or devient une richesse stratégique très recherchée par le monde islamique et européen. Le pèlerinage de Mansa Moussa à La Mecque en 1324 symbolise cette puissance économique : sa distribution d’or impressionne durablement le monde méditerranéen. Sur la côte swahilie et au Grand Zimbabwe, les échanges avec l’océan Indien favorisent aussi l’essor de villes commerçantes et d’une architecture sophistiquée. Des royaumes puissants et une histoire encore à écrire Plusieurs grands ensembles politiques africains, comme les royaumes de Nubie, l’Éthiopie chrétienne, l’empire du Mali, le royaume du Congo ou encore le Grand Zimbabwe, possèdent des systèmes politiques complexes, des traditions religieuses variées et parfois des systèmes d’écriture comme le guèze en Éthiopie. L’urbanisation, la construction de mosquées, d’églises ou de cités en pierre témoignent d’un important développement culturel et architectural. Enfin, Bertrand Hirsch souligne que l’histoire de l’Afrique médiévale reste encore largement à explorer. De nombreuses régions et populations demeurent peu connues faute de moyens de recherche et d’études archéologiques suffisantes. Le développement des universités et des recherches en Afrique est donc présenté comme une priorité pour mieux comprendre ce passé riche, complexe et longtemps sous-estimé.
-
12
Des rives de la Méditerranée au Sahara : vérités et tabous des esclavages dans le monde musulman
La mémoire du continent longe ce dimanche les rives de la Méditerranée et descend jusqu'au Sahara pour tenter de cartographier l'esclavage dans les mondes musulmans. L'occasion de revisiter des questions peu discutées, taboues pour certains, dans un dialogue sans langue de bois et sans détours. Avec la participation de M’hamed Oualdi, historien, professeur d'histoire du Maghreb à l’Institut universitaire européen de Florence, auteur de L’esclavage dans les mondes musulmans (éd. Amsterdam). Pour aller plus loin L’historien M'hamed Oualdi présente l’exposition Esclaves en Méditerranée à l’Institut du monde arabe et explique que l’esclavage méditerranéen des XVIIe et XVIIIe siècles reste beaucoup moins connu que la traite transatlantique. Pourtant, la Méditerranée fut pendant des siècles un espace majeur de captivité et de servitude. L’exposition met en lumière les échanges entre l’Europe du Sud, le Maghreb et l’Empire ottoman, notamment à travers des œuvres d’art italiennes et françaises représentant des esclaves de différentes origines. L’historien rappelle que l’esclavage existait déjà dans l’Antiquité grecque et romaine, puis s’est poursuivi à l’époque moderne grâce au système des corsaires. Des navires musulmans comme chrétiens capturaient des passagers et exigeaient des rançons ; ceux qui ne pouvaient payer devenaient esclaves ou serviteurs. Les captifs étaient variés : pêcheurs, pèlerins, marins ou voyageurs. Chrétiens, musulmans et juifs pouvaient être réduits en captivité. La traite transsaharienne et les mondes musulmans M'hamed Oualdi insiste sur le fait qu’il ne faut pas parler d’une seule « traite islamique », mais de plusieurs traites liées aux mondes musulmans. Du VIIIe au XIXe siècle, des routes commerciales traversaient le Sahara, la Méditerranée, le Caucase ou encore l’Afrique de l’Est. Ces traites concernaient des populations très diverses et reposaient sur des réseaux complexes de marchands et de caravanes. L’historien privilégie le terme de « traite transsaharienne », car il désigne un espace géographique plutôt qu’une religion. Il rappelle que l’islam reconnaissait juridiquement l’esclavage, comme les autres religions monothéistes, tout en encourageant l’affranchissement des esclaves. En théorie, un musulman ne devait pas être réduit en esclavage, mais dans les faits cette règle fut souvent contournée. Les estimations du nombre de déportés restent imprécises : les historiens évoquent entre 12 et 17 millions de personnes sur le temps long. Contrairement à la traite transatlantique, les archives sont moins nombreuses et les chiffres plus difficiles à établir. Mémoire, racisme et héritages contemporains L’entretien aborde enfin les mémoires douloureuses laissées par cette histoire. M'hamed Oualdi estime que les sociétés maghrébines parlent encore trop peu de l’esclavage et de la négrophobie. Même si des romans, des recherches et des expositions existent, cette histoire reste peu enseignée au grand public. L’historien critique notamment le livre Le Génocide voilé de Tidiane N'Diaye, qu’il juge insuffisamment fondé scientifiquement et trop simplificateur. Selon lui, il ne faut pas opposer traite transatlantique et traite transsaharienne, mais étudier les deux phénomènes dans toute leur complexité. ************************* L'exposition « Esclaves en Méditerranée, XVIIe-XVIIIe siècles » est à découvrir à l'Institut du monde arabe à Paris jusqu'au 19 juillet 2026. Entrée gratuite.
-
11
Togo : le pays Dyè-Boukombom, neuf siècles d’histoire au cœur du bassin de l’Oti
Au nord du Togo, le bassin de l’Oti conserve les traces d’une histoire ancienne faite de migrations, de cohabitations et de rivalités politiques. Des récits fondateurs du pays Dyè-Boukombom (Ngangam) aux bouleversements des XVIIIe et XIXe siècles, l’émission explore la mémoire longue de cette région au carrefour de plusieurs mondes ouest-africains. Avec la participation de Ilaboti Dipo, historien, enseignant-chercheur à l'Université de Kara au Togo, auteur de L’histoire de ceux qu’on appelle les Ngangam des origines à 1890 (éd. L'Harmattan Togo). Pour aller plus loin Au nord du Togo, le bassin de l’Oti – aussi appelé Penjari – apparaît comme un vaste espace de circulation entre le Ghana, le Bénin et les anciens royaumes de la boucle voltaïque. Entre le Xe et le XIXe siècle, cette région fertile devient une terre de rencontres, d’échanges et de migrations où cohabitent plusieurs peuples de langues gour. Le pays Dyè-Boukombom, également désigné sous le nom de pays Ngangam, se construit progressivement autour de récits fondateurs, de traditions orales et d’une organisation sociale profondément liée au territoire et aux ancêtres. Les vestiges archéologiques, les anciens sites d’habitat et les récits transmis de génération en génération témoignent d’une histoire ancienne et complexe. Certains groupes se revendiquent autochtones et racontent que leurs ancêtres seraient sortis de la terre elle-même, tandis que d’autres sont arrivés au fil des siècles, poussés par les guerres, les sécheresses ou la recherche de terres plus fertiles. Des sociétés organisées autour du lignage et de la terre Dans le pays Dyè-Boukombom, la famille élargie et le lignage constituent les fondements de la vie sociale et politique. Le pouvoir repose sur les anciens et les maîtres de la terre, chargés des rites, des cérémonies et de la protection symbolique du territoire. Malgré la diversité des populations, une coexistence relativement pacifique s’installe durablement entre groupes autochtones et migrants, chacun participant aux activités collectives, aux cultes et aux conseils de la communauté. Le bassin de l’Oti devient ainsi une zone cosmopolite, traversée par des commerçants, des caravanes et des populations venues des régions voisines. Cette dynamique migratoire contribue à façonner les identités locales et les équilibres politiques de la région. L’arrivée des Anufo et les bouleversements du XIXe siècle À la fin du XVIIIe siècle, l’arrivée des Anufo venus de la région de l’Anno, dans l’actuelle Côte d’Ivoire, marque un tournant majeur. Armés de fusils obtenus grâce aux réseaux commerciaux liés à la traite négrière, ils imposent progressivement leur domination sur les populations du bassin de l’Oti. Razzias, tributs et conquêtes militaires transforment en profondeur les rapports de pouvoir dans la région. C’est également dans ce contexte qu’apparaît l’ethnonyme « Ngangam », un terme extérieur aux connotations parfois péjoratives, qui finira néanmoins par s’imposer pour désigner l’ensemble des populations du pays Dyè-Boukombom. Cette histoire de migrations, de domination et de recompositions politiques éclaire autrement le passé du nord du Togo, bien avant l’arrivée de la colonisation européenne à la fin du XIXe siècle.
-
10
Des comptoirs aux urnes, l’histoire politique de la Guinée-Bissau
Au XVe siècle, les navigateurs portugais installent des comptoirs sur la côte de la Guinée-Bissau et intègrent la région aux circuits du commerce transatlantique. Sans cesse contestée par les résistances locales, la présence coloniale tient bon jusque dans les années 1960 et la création du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, mené par Amilcar Cabral et qui engage une guerre de libération organisée. L’indépendance de la Guinée-Bissau est proclamée en 1973. Avec la participation de Ferhat Méchouèk, docteur en ethnologie et en sociologie, auteur du livre Le pouvoir politique en Guinée-Bissau, du XVe au XXIe siècle (éd. Présence africaine). Pour aller plus loin La mémoire d'un continent propose une exploration dans la longue histoire de la Guinée-Bissau, petit État d’Afrique de l’Ouest au carrefour des mondes atlantiques. Depuis l’arrivée des Portugais au XVe siècle jusqu’aux instabilités contemporaines, ce parcours historique retrace les grandes séquences politiques qui ont façonné le pays. Les premiers contacts entre les navigateurs portugais et les sociétés de la côte guinéenne s’inscrivent dans le contexte des explorations atlantiques et de l’essor du commerce esclavagiste. Très tôt liée au Cap-Vert, la Guinée portugaise devient un espace stratégique pour l’Empire portugais, où émergent des comptoirs commerciaux et une élite métissée jouant un rôle central dans les échanges et l’administration coloniale. Comptoirs, commerce et ordre colonial À travers des figures comme Bibiana Vaz de França, se dessinent les trajectoires de certaines élites créoles qui participent à l’essor économique tout en contestant parfois l’autorité portugaise. Le récit éclaire aussi la manière dont se construit progressivement l’État colonial : administration indirecte, recours aux chefs locaux, fiscalité, travail forcé et campagnes militaires dites de « pacification ». Ferhat Méchouèk analyse également les profondes recompositions sociales produites par la colonisation dans un territoire marqué par une grande diversité de groupes sociaux – Balante, Papel, Fula, Manding ou Manjac. La domination coloniale repose autant sur les intérêts commerciaux que sur des stratégies de division et de contrôle du territoire. Le PAIGC et la lutte pour l’indépendance L’émergence d’une conscience anticoloniale prend forme dans les milieux intellectuels capverdiens et bissau-guinéens. Des mouvements culturels aux réseaux étudiants de Lisbonne, une nouvelle génération politisée commence à penser l’émancipation des colonies portugaises. La figure d’Amílcar Cabral occupe une place centrale dans cette histoire. Fondateur du PAIGC, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, il structure la lutte contre le pouvoir colonial portugais et théorise une mobilisation populaire articulée à la lutte armée. Le massacre des dockers de Pidjiguiti en 1959 marque un tournant décisif dans cette trajectoire. Héritages politiques et instabilité contemporaine L’entretien interroge enfin les continuités entre l’histoire coloniale, les fractures issues de la guerre de libération et les crises politiques qui traversent la Guinée-Bissau depuis l’indépendance. Rivalités internes au PAIGC, tensions entre civils et militaires, coups d’État et conflits autour de l’exercice du pouvoir constituent autant d’éléments qui éclairent les fragilités persistantes de l’État bissau-guinéen. Plusieurs siècles d’histoire politique se déploient ainsi entre logiques impériales, dynamiques sociales locales et construction difficile d’un État indépendant.
-
9
Bob Denard et les Affreux : les mercenaires de la Françafrique
Mercenaire français devenu figure emblématique des opérations clandestines en Afrique, Bob Denard a marqué de son empreinte l’histoire politique de l’Afrique postcoloniale en participant à plusieurs coups d’État entre les années 1960 et 1990. Du Congo aux Comores, son parcours s’inscrit dans le contexte des indépendances africaines et des rivalités de la guerre froide. À ses côtés, les « Affreux », ces mercenaires occidentaux engagés dans différents conflits, soldats de l’ombre engagés dans les luttes de pouvoir, ont joué un rôle souvent discret mais déterminant. Qui étaient-ils vraiment ? Qui finançait ces opérations et quels intérêts servaient-elles ?
-
8
Afrique, berceau de l’humanité : sur les traces des premiers hommes
La mémoire d’un continent vous propose ce dimanche un voyage dans le temps, au plus près des découvertes qui ont fait de l’Afrique le berceau de l’humanité. Lucy, Selam, Toumaï, Orrorin Tugenensis… Ces fragments ou bouts de squelettes ont permis à la science tout au long du XXème siècle de préciser qui étaient nos ancêtres, il y a plusieurs millions d’années. Avec la participation de Brigitte Senut, paléoanthropologue et paléoprimatologue, co-auteure de « Lucy retrouvée » (éd. Flammarion). Pour aller plus loin La mémoire d'un continent propose un voyage dans le temps pour comprendre les origines de l’humanité, largement situées en Afrique. Les découvertes paléontologiques, notamment en Afrique de l’Est, ont permis d’identifier des ancêtres célèbres comme Lucy, Selam ou encore Toumaï. Ces fossiles montrent que l’humanité partage une origine africaine, probablement orientale, en raison de la concentration des plus anciens restes dans cette région. Toutefois, les scientifiques restent prudents : si l’Afrique est le principal berceau, certaines hypothèses évoquent aussi des origines plus complexes, incluant des migrations entre l’Afrique et l’Eurasie. Ainsi, la science avance avec des certitudes, mais aussi de nombreuses questions. La vallée du Rift et les grandes découvertes paléontologiques La vallée du Rift joue un rôle central dans ces découvertes. Cette immense fracture géologique, riche en sédiments et en couches volcaniques, a permis la conservation et la datation des fossiles sur plusieurs millions d’années. Grâce à ces conditions exceptionnelles, des espèces anciennes comme les australopithèques ont été mises au jour. La découverte de Lucy en 1974 a marqué un tournant majeur : pour la première fois, un squelette relativement complet permettait de mieux comprendre la morphologie et le mode de vie de nos ancêtres. D’autres fossiles, comme Orrorin Tugenensis ou Selam, ont enrichi cette connaissance, révélant notamment que certains ancêtres combinaient bipédie et aptitude à grimper aux arbres. Une histoire complexe, entre débats et évolutions scientifiques L’évolution humaine apparaît aujourd’hui comme un processus complexe et non linéaire. Des découvertes comme Toumaï ont suscité des controverses, notamment sur sa place dans l’arbre évolutif. Les scientifiques débattent aussi des filiations entre espèces, car les fossiles sont rares et fragmentaires. Les méthodes de datation, comme le carbone 14, permettent d’estimer leur âge, mais comportent des limites. Par ailleurs, la science doit rester indépendante face aux influences politiques ou idéologiques, et se distinguer des croyances. En définitive, l’histoire de l’humanité est encore incomplète : elle continue de s’écrire au fil des découvertes, révélant une origine commune mais un parcours évolutif riche et complexe.
-
7
Pouvoirs et résistances sur la côte swahilie au XIXè siècle : le destin du sultanat de Witu
Ce dimanche, les courants du monde nous portent sur la côte est-africaine où la providence de l’océan Indien y a très tôt fait prospérer le commerce et favorisé les rencontres entre peuples. L’historienne Clélia Coret nous raconte l’histoire de cet ensemble Swahili et en particulier celle de son dernier État, le sultanat de Witu. Avec la participation de Clélia Coret, historienne et auteure de Écrire l’histoire sur la côte est-africaine au XIXème siècle (éd. La Sorbonne). Pour aller plus loin La côte est-africaine, s’étendant du sud de la Somalie au nord du Mozambique, constitue depuis des siècles une interface majeure entre l’Afrique et le monde de l’océan Indien. Grâce aux vents de mousson, elle est intégrée à de vastes réseaux commerciaux reliant l’Arabie, l’Inde et la Chine. Dès le VIIIè siècle, des communautés bantoues y fondent des établissements qui se transforment progressivement en cités-États swahilies, urbanisées et islamisées. Ces sociétés partagent des traits communs, comme l’usage du swahili écrit en caractères arabes et une culture urbaine spécifique, tout en restant politiquement indépendantes. Des villes comme Lamu ou Pate illustrent cet essor, marqué par des échanges culturels et économiques intenses. Cependant, au XIXè siècle, des conflits dynastiques et l’intervention de puissances extérieures fragilisent cet équilibre. Conflits, alliances et recompositions politiques L’expansion du sultanat d’Oman bouleverse profondément la région. Attirés par les richesses comme l’ivoire et les esclaves, les Omanais s’impliquent dans les rivalités locales en soutenant certaines factions. Cela provoque une reconfiguration des pouvoirs au sein des élites swahilies. La bataille de Shela en 1812 marque un tournant : la victoire des alliés omanais entraîne l’exil de certains clans, notamment les Nabahani. La naissance et l’organisation du sultanat de Witu Fondé en 1862 par Ahmed Simba, le sultanat de Witu est le résultat de ce long processus de recomposition. Installé à l’intérieur des terres, il se distingue par son organisation défensive et son adaptation à l’environnement forestier. Bien que modeste en taille, Witu devient un centre politique dynamique, dirigé par les Nabahani mais reposant sur un équilibre entre différentes élites et un conseil politique. La société y est diverse, incluant agriculteurs, éleveurs, commerçants et esclaves, dans un système d’interdépendance. Malgré son caractère rebelle face à la domination omanaise, le sultanat participe pleinement aux logiques économiques de l’époque, y compris l’esclavage. Enfin, l’arrivée des puissances européennes, notamment après la conférence de Berlin de 1885, marque le début de son déclin, transformant Witu en enjeu colonial et mettant fin à son autonomie à la fin du XIXè siècle.
-
6
Chrétiens et musulmans en Éthiopie : 1 000 ans de coexistence (IVe-XVIe siècle)
Afrique, mémoires d’un continent suit l’évolution de la vie religieuse et de la cohabitation entre la Chrétienté et l’Islam en Ethiopie, du 4ème au 16ème siècle. Comment se passe cette cohabitation ? Pacifique ? Paix armée ? Djihad ? Quelle place pour les païens et le judaïsme ? Avec la participation de l’historienne et archéologue Marie-Laure Derat, auteure de L'Éthiopie chrétienne et islamique (VIIè-XVIè siècle). L'Afrique ancienne. De l'Accus au Zimbabwe. 20 000 avant notre ère - XVIIè siècle (éd. Belin). Pour aller plus loin L’émission retrace l’histoire religieuse de l’Éthiopie entre le IVè et le XVIè siècle, en prenant pour point de départ le royaume d’Aksum. Ce royaume antique, situé au nord de l’Éthiopie et relié au port d’Adoulis sur la mer Rouge, est un carrefour commercial majeur en lien avec de grands empires comme Rome. Sa prospérité repose sur le commerce (or, ivoire, esclaves) et sur une élite puissante qui développe une culture monumentale. Le royaume d’Aksum et la christianisation de l’Éthiopie Au IVè siècle, le roi Ezana se convertit au christianisme, marquant un tournant décisif. Cette conversion s’explique en partie par les échanges commerciaux qui favorisent la diffusion des idées religieuses, mais aussi par l’action de missionnaires comme Frumentius. Le christianisme s’implante progressivement grâce aux routes commerciales et à l’existence d’une langue écrite, le guèze, utilisée pour traduire les textes sacrés. Cette nouvelle religion s’inscrit dans un contexte déjà marqué par des croyances polythéistes évoluant vers le monothéisme. Elle donne naissance à de nombreux lieux de culte et à une riche tradition religieuse qui structure durablement la société éthiopienne. L’arrivée de l’islam et une mosaïque religieuse complexe À partir du VIIè siècle, l’islam fait son apparition en Éthiopie, notamment avec l’accueil de compagnons du prophète en fuite. Bien accueillis par le pouvoir aksoumite, ils laissent des traces durables, notamment dans la région de Nagash. L’islam se diffuse ensuite lentement, surtout par les réseaux commerciaux, comme le christianisme auparavant. Cependant, les sources restent limitées, et les traces archéologiques, comme les épitaphes musulmanes, apparaissent surtout entre le Xè et le XIIè siècle. La cohabitation entre christianisme et islam varie selon les périodes : elle peut être pacifique, mais aussi marquée par des tensions ou des destructions, notamment de sites religieux. Parallèlement, d’autres croyances persistent, comme des pratiques dites « païennes » ou encore des formes de judaïsme, souvent liées à des dynamiques de résistance. L’Éthiopie apparaît ainsi comme une véritable mosaïque religieuse où plusieurs traditions coexistent, interagissent et évoluent. Conflits, dynasties et héritages durables Après le déclin d’Aksum au VIIè siècle, de nouvelles dynasties prennent le relais, comme les Zagwé avec le roi Lalibela, célèbre pour ses églises taillées dans la roche, ou les Salomoniens, qui revendiquent une origine biblique. Ces périodes marquent un renouveau du christianisme et un renforcement des liens avec l’Église d’Alexandrie. Toutefois, à partir du XIVè siècle, les tensions s’accentuent. Le roi Amda Seyon mène des campagnes militaires contre musulmans et populations non chrétiennes, inaugurant une phase de conflits plus ouverts. Au XVIè siècle, le djihad mené par l’imam Ahmad bouleverse l’équilibre régional, avant l’intervention des Portugais en faveur du royaume chrétien. Malgré ces affrontements, les sociétés restent interdépendantes, notamment sur le plan économique. Aujourd’hui encore, l’Éthiopie conserve les traces de cette histoire longue, avec une coexistence de plusieurs religions héritée de siècles d’échanges, de rivalités et d’influences croisées.
-
5
Paroles d'aînés : l'Afrique en quatre dates selon Souleymane Bachir Diagne
Afrique mémoires d'un continent donne la parole aux aînés, femmes et hommes, aux savoirs précieux, pour qu'ils nous racontent l'histoire de l'Afrique et le rapport qu'ils entretiennent avec le continent. Chacune de ces grandes voix du continent reviendra sur quatre séquences de son choix, quatre moments cruciaux qui les ont marquées, travaillées, inspirées. Souleymane Bachir Diagne, penseur et philosophe sénégalais, auteur de Comment philosopher en Islam (éd. Philippe Rey) et Universaliser (éd. Albin Michel). Pour aller plus loin L’émission propose une plongée originale dans l’histoire de l’Afrique à travers la parole de grandes figures intellectuelles. L’idée est de donner la voix à des penseurs du continent afin qu’ils racontent leur rapport à l’histoire, en sélectionnant des dates marquantes. Ces moments clés permettent de mieux comprendre non seulement le passé africain, mais aussi les trajectoires personnelles de ceux qui le racontent. Cette démarche met en lumière une histoire dynamique, inscrite dans les circulations du monde. Elle montre que la mémoire africaine ne se limite pas à des événements figés, mais qu’elle est portée par des expériences, des réflexions et des engagements intellectuels. Quatre dates pour comprendre l’Afrique Le philosophe Souleymane Bachir Diagne choisit quatre moments emblématiques. Le premier est le pèlerinage de Mansa Moussa au XIVᵉ siècle. Cet événement révèle une Afrique ouverte, connectée, engagée dans des échanges intellectuels, commerciaux et diplomatiques. Il rappelle que le Sahara était un espace de circulation et non une frontière. La deuxième date, 1830, marque la conquête de l’Algérie par la France. Elle symbolise le début de la colonisation moderne du continent, caractérisée par la violence, la domination et les résistances locales. La troisième date, 1956, correspond au premier congrès des écrivains et artistes noirs à Paris. Ce moment incarne une prise de parole collective des peuples colonisés, affirmant leur place dans l’histoire et revendiquant un universel partagé. Enfin, 1990, avec la libération de Nelson Mandela, représente un tournant majeur. Cet événement incarne l’espoir, la réconciliation et une nouvelle vision politique fondée sur l’humanisme et le concept d’Ubuntu. Entre histoire, identité et universel À travers ces dates, se dessine une réflexion profonde sur l’histoire africaine et son rôle dans le monde. L’Afrique apparaît comme un espace de savoirs, de résistances et de renouveau. Chaque moment choisi éclaire une dimension essentielle : l’ouverture, la domination, l’émancipation et la réconciliation. L’ensemble invite à repenser l’universel comme une construction collective. Cette mémoire plurielle montre que l’histoire du continent africain est indissociable de celle du monde et qu’elle continue d’inspirer les générations présentes et futures. En partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
-
4
Air Afrique : ascension et faillite d’une ambition panafricaine
Dans le souffle et l’élan des indépendances africaines dans les années 1960, un rêve prend forme, donner au panafricanisme quelque chose de concret. Et c’est dans le ciel que ce rêve est ratifié en 1961 avec la naissance de la compagnie Air Afrique. Une fierté, un miroir des ambitions d’un continent qui, après 20 années de trajectoire ascendante, entre dans un tunnel de difficultés internes et doit faire face à des conjonctures internationales délicates. Pour aller plus loin La naissance d’un rêve panafricain En 1961, à Yaoundé, onze États africains fondent Air Afrique, une compagnie aérienne multinationale destinée à relier le continent et à affirmer son autonomie. Ce projet symbolise une volonté politique forte : permettre à l’Afrique de « voler de ses propres ailes ». Soutenue notamment par Air France et d’autres partenaires, la compagnie démarre avec des moyens limités mais une grande ambition. Elle met en place des formations pour africaniser ses cadres et développe progressivement un réseau reliant les capitales africaines et l’Europe. Rapidement, Air Afrique devient un symbole de fierté continentale et d’unité. L’âge d’or et les premières fragilités Entre les années 1960 et 1980, Air Afrique connaît une croissance importante. Elle élargit son réseau, transporte des dirigeants, développe son image de marque et incarne une modernité africaine. Cependant, des fragilités apparaissent : dépendance technique vis-à-vis de la France, centralité de Paris dans son réseau, difficultés à développer les liaisons intra-africaines. Par ailleurs, des tensions émergent entre États membres, certains quittant la compagnie. La gestion devient progressivement plus complexe, marquée par des rivalités politiques, des déséquilibres de pouvoir et des problèmes de gouvernance. Malgré ses succès, la compagnie doit faire face à des défis structurels liés à son modèle multinational. Déclin et disparition d’un symbole À partir des années 1980, les difficultés s’accentuent : dettes importantes, mauvaise gestion, sureffectifs et abus internes fragilisent l’entreprise. Les crises économiques, comme la dévaluation du franc CFA et les chocs pétroliers, aggravent la situation. Les tentatives de redressement se multiplient, avec des réformes et même la nomination de dirigeants étrangers, mais sans succès durable. La concurrence internationale, les tensions politiques entre États et une gouvernance instable accélèrent le déclin. Finalement, au début des années 2000, Air Afrique est liquidée. Son histoire reste toutefois emblématique : celle d’un grand rêve panafricain confronté aux réalités économiques, politiques et structurelles du continent.
-
3
Bénin : sens des biens culturels spoliés et processus de restitution
Afrique, mémoires d’un continent propose ce dimanche un état des lieux de la restitution des biens culturels spoliés, particulièrement ceux du Bénin. Tandis que le processus de retour est enclenché, quels sont les enjeux ? Quelles réticences ? Et que représentent ces objets ? Quel est leur sens et leur genèse ? Avec la participation de : Pr Saskia Cousin-Kouton, professeur de Sociologie et Anthropologie à l'Université de Nanterre, auteure de « Ògún et les matrimoines. Histoires de Porto-Novo, Xọ̀gbónù, Àjàṣẹ » (Presses universitaires de Paris Nanterre) Pr Didier Houénoudé, professeur d’Histoire de l’art à l’Université d’Abomey Calavi et membre du Comité de préfiguration du projet de musée d’art contemporain, auteur de « Quelle mémoire valoriser ? Patrimoine afro-brésilien et tourisme mémoriel au Bénin » (éd. La Sorbonne). Pour aller plus loin L’émission s’ouvre sur une réflexion autour des biens culturels béninois, souvent qualifiés à tort d’« objets d’art ». Les intervenants expliquent que ces éléments relevaient avant tout de fonctions sociales, politiques et spirituelles. Produits dans le royaume du Danhomé depuis le XVIè siècle, ils servaient à incarner le pouvoir, protéger les communautés ou communiquer avec les ancêtres. Ces « choses » étaient intégrées à des systèmes religieux comme le vodou et possédaient une véritable « vie » : elles naissaient, remplissaient une fonction, puis disparaissaient. Leur transformation en œuvres d’art dans les musées occidentaux, notamment au début du XXè siècle, a donc profondément dénaturé leur sens originel en les figeant et en les décontextualisant. Spoliations coloniales et dispersion des biens La rupture intervient avec la colonisation à la fin du XIXè siècle. Les biens culturels sont alors saisis lors de campagnes militaires, notamment dès 1892, dans un contexte de violence extrême. Considérés comme butins de guerre, ils sont ensuite envoyés en Europe pour enrichir les musées, souvent sous couvert de « dons » qui occultent leur origine violente. Aujourd’hui, ces objets sont dispersés dans de nombreux pays : France, Allemagne, États-Unis, entre autres. Leur inventaire reste incomplet, malgré des accords récents. Dès leur spoliation, des demandes de restitution ont émergé, portées par les familles, les diasporas et les intellectuels africains. Cependant, des obstacles juridiques et politiques ont longtemps freiné ces démarches. Restitutions, enjeux actuels et perspectives Depuis les années 2010, la dynamique de restitution s’est accélérée, notamment après le rapport Sarr-Savoy et le discours d’Emmanuel Macron en 2017. Le retour de 26 œuvres au Bénin a constitué un moment symbolique fort, suscitant une grande émotion populaire et une réappropriation culturelle, notamment par les communautés traditionnelles. Ces restitutions participent à une reconstruction identitaire et historique, essentielle pour les jeunes générations. Elles s’inscrivent aussi dans des enjeux diplomatiques et juridiques, comme la récente loi française encadrant ces retours. Enfin, le Bénin développe aujourd’hui une ambitieuse politique muséale (Abomey, Ouidah, Cotonou) pour accueillir ces biens. Au-delà de leur conservation, l’enjeu est de redonner vie à ces « choses », en permettant aux populations de renouer avec leur sens spirituel et culturel.
-
2
Éthiopie : Lalibela, une histoire gravée dans la roche
Au nord de l’Éthiopie, se trouve un joyau archéologique et architectural, façonné dans la roche, le site rupestre sacré de Lalibela. Des églises monolithiques, dans un réseau de galeries souterraines, toutes singulières et héritage d’un roi du même nom, Lalibela, souverain au croisement des 12ème et 13ème siècles. L’ensemble abrite aujourd’hui encore une vitalité religieuse faite d’offices et d’un culte persistant. Avec la participation de : Marie-Laure Derat, historienne et archéologue spécialiste du Moyen-âge éthiopien, directrice de recherche au CNRS Marie Bridonneau, maître de conférences en Géographie à l’Université Paris Nanterre Yvette Jallade-Maestroni, productrice déléguée, documentaire sonore « Préserver Lalibela en temps de crise ». Pour aller plus loin Un site historique et religieux unique Lalibela est un site religieux et architectural exceptionnel datant principalement des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles. Le roi Lalibela aurait fait creuser onze églises directement dans la roche volcanique afin de créer une « Nouvelle Jérusalem », à une époque où les pèlerinages vers Jérusalem étaient devenus difficiles. Ces églises monolithiques, reliées par des galeries et des passages souterrains, constituent une prouesse technique remarquable : elles ont été entièrement sculptées dans la pierre et non construites. Chaque édifice possède un style architectural particulier, inspiré notamment des traditions du royaume antique d’Aksoum. Aujourd’hui encore, le site reste un centre religieux vivant, fréquenté quotidiennement par les fidèles et lors de grands pèlerinages, notamment à Noël, lorsque des milliers de croyants s’y rassemblent. Lalibela incarne ainsi un patrimoine à la fois spirituel, historique et culturel majeur pour l’Éthiopie et pour le monde. Une ville en transformation et confrontée aux crises Autour de ces églises, s’est développée une petite ville d’environ 50 000 habitants. Autrefois simple village, Lalibela s’est progressivement urbanisée grâce à l’activité touristique et à son importance religieuse. Des hôtels, des infrastructures et des services publics ont été créés pour accueillir les visiteurs venus du monde entier. Cependant, la ville traverse aujourd’hui une période difficile. La pandémie de Covid-19 a brutalement interrompu le tourisme, principale source de revenus locaux. À cela, s’ajoutent les conséquences de la guerre dans le nord de l’Éthiopie, notamment le conflit du Tigré et les tensions dans la région Amhara. Ces crises ont fragilisé l’économie locale et provoqué des mouvements de population : certaines élites quittent la ville tandis que des habitants des campagnes s’y réfugient pour plus de sécurité. Malgré ces difficultés, la vie religieuse et communautaire continue d’animer le site. Le projet « Lalibela durable » pour préserver le patrimoine Face aux menaces qui pèsent sur ce patrimoine exceptionnel, un projet international appelé « Lalibela durable » a été lancé afin de protéger et restaurer le site. Ce programme réunit chercheurs, archéologues, géographes, architectes, artisans et acteurs locaux. L’objectif est de mieux comprendre l’histoire et la structure des églises afin de garantir leur conservation, notamment contre l’érosion causée par l’eau et la fragilité de la roche volcanique. Le projet inclut également la formation d’artisans locaux, la restauration des accès aux églises et la création d’équipements culturels comme un musée ethnographique. L’approche privilégie la collaboration avec la population locale et les institutions éthiopiennes afin d’assurer une gestion durable du site. Malgré les crises actuelles, ce projet témoigne de la volonté de préserver l’héritage de Lalibela et de soutenir les communautés qui y vivent.
-
1
Bénin : Solange et Géraldine Faladé, soeurs et pionnières d'un élan féministe
Solange et Géraldine Faladé, deux soeurs issues de l'élite dahoméenne, ont chacune à leur manière participé aux grands combats intellectuels et politiques des années 50 et 60. Entre psychanalyse, militantisme et écriture, elles ont contribué à mettre en lumière les luttes et les figures pionnières des femmes africaines. Pour aller plus loin L’engagement de Solange Faladé L’émission Afrique, mémoires d’un continent retrace le parcours des sœurs Faladé, originaires du Dahomey (actuel Bénin). L’aînée, Solange Faladé, joue un rôle important dans les milieux intellectuels africains des années 1950. Étudiante en médecine à Paris, elle devient la première femme présidente de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France, un mouvement central dans la lutte anticoloniale et le panafricanisme. Malgré un contexte marqué par le sexisme et les tensions politiques, elle dirige l’association avec l’objectif de rassembler les étudiants africains et de préparer l’émancipation du continent. Une pionnière de la psychanalyse africaine Après son engagement politique étudiant, Solange Faladé se consacre à la psychanalyse. Formée auprès de Jacques Lacan et inspirée par les travaux de Sigmund Freud, elle devient l’une des premières psychanalystes africaines. Ses recherches portent notamment sur les troubles mentaux en Afrique et sur le rapport entre racisme, identité et altérité. Elle développe une réflexion originale sur la différence culturelle et cite l’exemple de la réconciliation sud-africaine autour de Nelson Mandela pour illustrer l’importance du dialogue entre les peuples. Géraldine Faladé et la mémoire des femmes africaines La cadette, Géraldine Faladé, choisit le journalisme et l’écriture. Elle travaille notamment dans les médias liés à la radiodiffusion française et couvre les grands bouleversements politiques de l’Afrique des années 1960. Dans son livre Turbulentes, publié chez Présence Africaine, elle rend hommage aux femmes africaines pionnières souvent oubliées de l’histoire. À travers des portraits de militantes, intellectuelles et professionnelles, elle montre que les femmes ont joué un rôle majeur dans les luttes pour l’indépendance et pour les droits des femmes.
We're indexing this podcast's transcripts for the first time — this can take a minute or two. We'll show results as soon as they're ready.
No matches for "" in this podcast's transcripts.
No topics indexed yet for this podcast.
Loading reviews...
ABOUT THIS SHOW
Afrique, mémoires d'un continent explore l’histoire à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui. Historiens, universitaires et spécialistes expliquent et racontent, sans tabous et à rebours des clichés, comment le passé éclaire le présent. Une émission présentée par Elgas, en collaboration avec Delphine Michaud. Réalisation : Taguy M’Fah Traoré. *** Diffusions vers toutes cibles les dimanches à 08h10 TU et 22h10 TU (Heure de Paris = TU + 2 en été).
HOSTED BY
RFI
Loading similar podcasts...