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PODCAST · music

La Story de Nostalgie+

Brice Depasse revient sur des artistes ou des évènements qui ont marqué l'histoire de la musique, dans les années 60 et 70.

  1. 7

    Miles Davis : Sang sur Broadway et l'éclat brisé du génie noir américain

    New York, 1959, c’est l’été sur Broadway. Les enseignes clignotent dans la chaleur de la nuit qui peut être très lourde en cette saison. À quelques rues de Times Square, le club de jazz Birdland fait le plein comme tous les soirs.Le jazz est alors la musique populaire par excellence. Les grands musiciens passent à la radio, remplissent les salles, posent pour les magazines. On vient au Birdland comme on irait aujourd’hui voir un chanteur français au Cirque Royal. Et ce soir-là, la vedette, c’est Miles Davis.À 33 ans, il vient de faire son retour au sommet. Quelques jours plus tôt, en effet, est sorti Kind of Blue, un album qui reste l’un des plus célèbres de toute l’histoire de la musique américaine. Oui, la chose est suffisamment rare pour être soulignée, Miles plaît autant au public noir que blanc. Mais on a beau être au Birdland, à New York, et la ségrégation y être illégale, le racisme est partout dans les regards et les habitudes.Ce soir-là, Miles sort prendre l’air entre deux sets. Il discute avec une femme blanche devant le club, ou fume une cigarette, ou les deux, selon les récits, quand un policier blanc s’approche et lui demande de circuler.Miles répond calmement qu’il travaille ici. Il montre son nom sur l’affiche du club : vous voyez, c’est moi. Mais le policier insiste. Miles, logiquement persiste et le ton monte très vite, menace d’arrestation mais Miles ne bouge pas.Et soudain, tout bascule. Un autre policier arrive par derrière et le frappe à la tête avec une matraque. Miles n’a pas vu le coup venir. Le sang coule sur sa belle veste. Des passants s’arrêtent. Des clients du Birdland sortent du club. Rendez-vous compte, c’est terrible : sur scène, quelques minutes plus tôt, des centaines de personnes applaudissaient son génie, mais là, dehors, dans la rue, sa célébrité ne le protège plus de rien car il a la peau noire.Au poste, Miles reste sur une chaise métallique, enfermé dans une pièce éclairée au néon, avec la coupure suintant au-dessus de l’œil. On prend son identité, on le photographie, on le traite comme un type arrêté après une bagarre ordinaire. Plus tard dans la nuit, on l’emmène à l’hôpital. Les médecins lui posent dix points de suture. Le lendemain matin, les journaux publient les photos : Miles Davis en costume taché de sang, arrêté devant le club où son nom était pourtant à l’affiche.Des années plus tard, Miles dira que cette nuit lui avait rappelé brutalement une chose : aux États-Unis, même quand on enregistre le disque le plus admiré du pays, on peut encore finir contre une voiture de police simplement parce qu’on est un homme noir debout sur un trottoir. Miles Davis aurait eu cent ans ce 26 mai 2026, et cet été 1959 sera pour lui le début d’une vie de superstar.

  2. 6

    Miles Davis : Le souffle de la liberté, de Saint-Louis aux quais de Seine

    Miles Davis aurait fêté son centenaire, ce 26 mai 2026, et ça nous aurait fait du bien de le savoir encore avec nous. Pas seulement parce que les jazzmen stars, ceux dont on connaît le nom sans même les avoir entendus, se comptent sur les doigts d’une main, non, mais surtout parce qu’il aurait continué à nous faire profiter de son génie, à nous surprendre aussi.Et puis parce qu’il serait un témoin privilégié d’une époque, d’une Amérique qu’on croyait oubliée mais qui s’est récemment, dangereusement réveillée. Car non, le croirez-vous, Miles Davis n’est pas de ces gamins noirs qui ont grandi dans la misère. Il est né dans une famille aisée du nord des Etats-Unis. Mais même ça, ne l’a pas protégé du racisme ordinaire.Alors, quand à l’âge de 23 ans, lui, le jeune jazzman qui a commencé à jouer pendant ses études, sept ans plus tôt, débarque à Paris, il découvre un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence.En 1949, Paris sort lentement de sa traumatisante occupation. Les façades sont encore grises et sales pour un bon bout de temps, certaines rues portent toujours les traces de la guerre, mais la nuit parisienne, elle, recommence à grouiller de vie. Dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, en effet, on écoute du jazz jusqu’au matin. Des étudiants, des poètes, des filles en pantalon noir se serrent comme des sardines autour de petites tables pendant que les musiciens jouent dans une atmosphère étouffante.Mais c’est autre chose qui le frappe. Dans les rues, les gens ne le regardent pas comme chez lui, aux États-Unis. À New York ou Saint-Louis, il connaît les hôtels qui refusent les Noirs, les restaurants où il faut manger dans une salle annexe, et puis le regard de certains policiers. Alors qu’ici, les gens lui parlent normalement. On lui serre la main sans hésiter. Des femmes blanches lui sourient dans les cafés. Comme cette jeune femme de 22 ans, à la voix grave et aux yeux immenses. Juliette Gréco, c’est son nom, fréquente les existentialistes de Camus et Sartre, elle vit exclusivement la nuit ou presque, dort peu et parle beaucoup. À Saint-Germain, quand elle entre quelque part, tout le monde la regarde. Alors, Miles tombe instantanément sous le charme.Ils passent leurs nuits ensemble à flâner sur les quais de Seine jusqu’à la fermeture des cafés, au petit matin. Elle lui fait découvrir les caves, les artistes. Lui parle peu, comme toujours, mais avec elle, il rit.Et puis ici, il peut aimer cette femme au grand jour. Aux États-Unis, un couple noir-blanc provoque un scandale, à Paris, les gens les regardent à peine.Juliette Gréco et Miles Davis ne sont déjà plus assez candides pour rêver d’un amour éternel, alors sachant les heures comptées, ils vivent vite … dans une ville  qui a le don de faire croire que le monde pourrait être différent.Quand Miles repart finalement aux États-Unis, il quitte la France le cœur gros mais gardera toujours Paris en lui. Ce n’est pas un hasard si, quelques années plus tard, quand il enregistre la musique d’Ascenseur pour l'échafaud, sa trompette donne exactement l’impression de quelqu’un qui marche seul dans Paris, la nuit, en pensant à l’amour qu’il a laissé derrière lui. Le souvenir d’une ville où l’automne venu, les souvenirs se ramassent à la pelle, qu’on soit poète ou musicien.

  3. 5

    Miles Davis : La trompette de l'ombre qui a sculpté le Paris de la Nouvelle Vague

    Paris, décembre 1957. Il fait un de ces froids humides qui colle aux trottoirs des Champs-Élysées, reflétant la silhouette sombre des noctambules sous les lampadaires. De l’autre côté de la Seine, dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés, on parle fort : d’amour libre, de politique autour de Jean-Paul Sartre ou de jazz américain avec Boris Vian. Depuis quelques années, c’est là, dans des caves, que Paris vit désormais la nuit. Et cette nuit-là, un jeune réalisateur de 25 ans est venu tenter quelque chose qu’on n’a encore jamais fait dans le cinéma français.Ce réalisateur, c’est Louis Malle. Et le film qu’il vient de tourner, s’appelle Ascenseur pour l'échafaud. Un film noir avec des amants criminels, un meurtre raté et une femme qui erre dans Paris jusqu’au matin. Cette femme, c’est Jeanne Moreau, avec un trench clair et un regard perdu qui vont devenir mythiques. Mais voilà, si les images sont belles, elles sont trop silencieuses.Un silence que pourrait habiller un Miles Davis, de retour à Paris, huit ans après y avoir débarqué pour la première fois, quand il était un jeune et méconnu trompettiste américain. Paris qui allait le bouleverser, avec ses terrasses, ses intellectuels, ses nuits sans fin, et surtout Juliette Gréco. Elle lui a fait découvrir les cafés qui ferment à l’aube, les poètes, les existentialistes. Mais lui, avait découvert quelque chose d’impensable pour un homme noir américain : qu’une femme blanche puisse lui prendre le bras dans la rue sans provoquer un scandale. Oui, pour la première fois de sa vie, Miles s’était senti traité comme un homme normal.Alors ce soir, Louis Malle vient le trouver après sa prestation et lui propose de regarder quelques images de ce qui est aujourd’hui considéré comme le début de la Nouvelle Vague : Vous voudriez essayer quelque chose pour mon film ? Miles accepte. Et le 4 décembre 1957, tout le monde se retrouve dans un studio d’enregistrement, près des Champs. Il est très tard. Miles demande qu’on baisse les lumières, ne donne que quelques indications aux musiciens, on va improviser sur les images.Alors apparaît Jeanne Moreau, qui avance sur l’avenue des Champs-Élysées. Les vitrines brillent dans la nuit. Les voitures passent lentement sur le bitume mouillé. Elle cherche l’homme qu’elle aime, un Maurice Ronet qui incarne déjà la gueule d’amour ténébreuse du Français moderne. Jeanne marche vite, puis ralentit, regarde. Elle entre dans un café, en ressort aussitôt. Et Miles commence à jouer…Beaucoup diront que cette nuit-là, Miles Davis a changé la manière de filmer la nuit au cinéma. Avant lui, Paris était souvent mis en scène comme une carte postale qui donne envie d’y aller en vacances. Mais là, Paris est mélancolique, solitaire. Une ville de néons, de pluie et d’insomnies.Et depuis cette nuit de décembre 1957, chaque fois qu’un réalisateur filme Paris sous la pluie, on entend résonner la trompette de Miles Davis, qui aurait fêté ses cent ans en 2026. Oui, malgré les années, les décennies, et un Paris qui ne ressemble plus du tout à celui-là, les notes fragiles égrenées par sa trompette cool continuent d’interpeller tous ceux qui les entendent. Un miracle qui explique sans doute pourquoi, outre une biographie aux allures de scénario, Miles Davis fut une des rares stars du jazz de son vivant et dont l’aura demeure intacte, un siècle plus tard.

  4. 4

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  5. 3

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  6. 2

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  7. 1

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