PODCAST · news
Les dessous de l'infox, la chronique
by RFI
Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité d'une déclaration, d'une photo ou d'une vidéo... qui circule sur les réseaux sociaux, joignez-nous sur notre numéro WhatsApp + 33 6 89 07 61 09.
-
24
Yémen: la guerre des récits se renforce après l’intensification des combats
Les combats s’intensifient au Yémen. Cette guerre, longtemps gelée, oppose les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, au gouvernement yéménite internationalement reconnu et soutenu par l’Arabie saoudite. Les Houthis, ciblés par des frappes aériennes de Riyad, ont pris le contrôle de la ville portuaire stratégique de Mokha jeudi 10 septembre. Sur fond d’embrasement régional, cette nouvelle crise s’accompagne d’une intensification de la désinformation sur les réseaux sociaux. Images détournées, contenus générés par intelligence artificielle... Au Yémen, tous les moyens sont bons pour gagner la guerre des récits. C’est le cas de cette vidéo censée documenter les conséquences d’une frappe des rebelles Houthis sur un aéroport saoudien. On y voit des passagers évacuant en urgence un avion en feu, sur une piste de décollage. Les commentaires parlent d’une scène de panique filmée à l’aéroport international du roi Khaled, au nord de Riyad. Vérification faite, ces images sont sorties de leur contexte. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver l’origine précise de cette vidéo. Elle a été filmée aux États-Unis, à l’aéroport de Denver, en juillet 2025. Un Boeing de la compagnie American Airlines avait pris feu durant le décollage. Des frappes et des infox Des comptes pro-rebelles Houthis cherchent ainsi à faire croire à une panique générale dans les aéroports saoudiens visés par des frappes. Autre exemple avec cette vidéo d’un terminal en feu où des passagers courent sur les décombres. La légende évoque une scène de « chaos résultant de l'attaque des Houthis contre l'aéroport international d’Abha ». En réalité, elle montre l’aéroport international du Koweït touché par des drones iraniens en juin 2026. Des rebelles déposent les armes ? Sur l'évolution des combats en cours aussi, tout et son contraire circule sur les réseaux sociaux. Alors que les rebelles Houthis gagnent du terrain sur la côte ouest du pays, une vidéo prétend que certains de ses membres auraient déposé les armes, capturés par les forces gouvernementales. On y voit des hommes, jeunes pour la plupart, filmés un par un, en gros plan, quelque part dans le désert. Dans les faits, ces images ont été publiées sur YouTube par un journaliste yéménite, le 27 février 2021. Désinformation régionale Cette désinformation cible aussi les autres pays de la région, à l’image de la Syrie, où une photo diffusée en ligne prétend montrer, à tort, le recrutement par l’Arabie saoudite de mercenaires syriens pour se battre au Yémen. On y voit un combattant en habits traditionnels yéménites, prendre la pose devant plusieurs soldats. En réalité, cette photo a été manipulée via l’intelligence artificielle. Sur le cliché original, en ligne depuis 2025, l’homme ne porte pas la tenue traditionnelle yéménite. Nous l’avons retrouvé, c’est un instructeur militaire ouzbek pris en photo en Syrie, il y a plus d’un an. Rien n’indique qu’il soit parti au Yémen. Compliquer le travail des analystes Derrière ce flot de fausses informations, on retrouve un mélange de faux comptes, de médias peu fiables et d’influenceurs habitués à diffuser de la propagande. Toutes ces images mensongères rendent très difficile le travail en sources ouvertes et le suivi de l’évolution de la situation sur place. À lire aussiYémen: l’offensive des Houthis se joue aussi sur les réseaux sociaux
-
23
Moyen-Orient: la guerre des images autour des frappes américaines et iraniennes
Après un mois d'accalmie, les frappes américaines sur l’Iran ont repris cette semaine. Les États-Unis affirment avoir détruit des sites de défense aérienne, des systèmes radar et des dispositifs permettant d’installer des mines dans le détroit d'Ormuz. En représailles, les Gardiens de la Révolution ont ciblé des bases américaines aux Émirats arabes unis, au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie. Sur les réseaux sociaux, une guerre des images se joue autour de ce nouvel épisode de tensions. Les vidéos mensongères censées documenter ces bombardements iraniens et américains se multiplient ces derniers jours. L’un des exemples marquants est un clip de dix-neuf secondes filmé de nuit. On y voit une zone industrielle ravagée par les flammes. Les commentaires parlent d’un « bombardement américain sur le port de Bandar Abbas », une ville iranienne stratégique, donnant sur le détroit d’Ormuz. Vérification faite, ces images n’ont rien à voir avec la situation en cours au Moyen-Orient. Cette vidéo a été filmée en Russie, en janvier 2025. Elle montre une raffinerie de pétrole en feu à la suite d’une attaque de drone ukrainienne, dans la région de Nijni Novgorod. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver la trace de ce clip, diffusé dans plusieurs articles de presse. Des explosions ont été signalées à Bandar Abbas ces derniers jours mais sans confirmation visuelle à ce stade. L’IA au service de la propagande Au-delà des vidéos sorties de leur contexte, nous avons également repéré des images générées par intelligence artificielle. C’est le cas de cet extrait prétendument lié à la riposte iranienne. On y voit cinq lanceurs de missiles fixes, alignés quelque part dans le désert. À proximité du pas de tir, plusieurs soldats observent la mise à feu et le décollage des engins. La légende avance que « l'Iran serait capable de répondre aux frappes américaines en moins de 10 minutes grâce à ces lanceurs de missiles ». En réalité, ces images ont été générées par intelligence artificielle. Au début de la vidéo, on compte précisément cinq lanceurs sur le pas de tir. Mais lors de la mise à feu, six missiles montent dans le ciel. En regardant au ralenti, on se rend compte que l’un d’eux apparaît comme par magie. Les détecteurs d’IA que nous avons utilisés confirment que ces images sont synthétiques. Comptes anonymes et président américain Derrière ces vidéos artificielles, on retrouve souvent des comptes anonymes, habitués à diffuser de la désinformation autour de la situation au Moyen-Orient. Ces contenus mensongers ultra-réalistes leur permettent de générer facilement des millions de vues sur les réseaux. Le compte le plus influent qui utilise l’intelligence artificielle pour communiquer sur les frappes en Iran n’est autre que celui du président américain en personne. Donald Trump a notamment diffusé une vidéo artificielle de l’île iranienne de Kharg, en feu, sans préciser l’utilisation de l’IA. Ces images mensongères sèment le trouble et rendent encore plus difficile la distinction entre le vrai et le faux. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: les images artificielles saturent l’espace informationnel
-
22
Syrie: les tensions entre Israël et la Turquie ciblées par les infox
Après des frappes israéliennes sur une base militaire syrienne, près de la frontière turque, les relations se sont encore dégradées ces derniers jours entre Tel-Aviv et Ankara. Dans le cadre d’une enquête sur l’interception de la flottille pour Gaza, la Turquie a émis un mandat d’arrêt international contre Benyamin Netanyahu, qui a lui qualifié Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite ». Cette situation inflammable n’échappe pas à la désinformation. Les fausses informations que nous avons repérées laissent croire à un déploiement militaire massif de la Turquie en Syrie. C’est le cas de cette vidéo censée montrer l’arrivée de 250 véhicules et d’une vingtaine de chars turcs dans le sud-ouest de la Syrie. On y voit des engins de transport de troupes, modèle Kirpi, et des blindés légers, Otokar Cobra, alignés sur une route bitumée. Les commentaires parlent d’un « renforcement militaire récent et massif ». Vérification faite, cette vidéo n'est pas récente. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé sa trace il y a près de neuf ans. Elle a été publiée sur YouTube par la chaîne de télévision turque, TRT, le 1ᵉʳ octobre 2017. La légende évoque un rassemblement de troupes, à la frontière syrienne. Ce déploiement était intervenu quelques jours seulement avant le lancement par Ankara d’une opération militaire contre les jihadistes d'al-Qaïda, dans la région d'Idleb. L’intelligence artificielle s’en mêle Cette fausse information n’est pas un cas isolé, loin de là. Nous en avons repéré plus d’une dizaine ces derniers jours. La dernière en date est une photo du palais présidentiel de Damas. Elle prétend montrer le déploiement sur place d’un système de défense anti-aérien, de fabrication turque. On y voit un radar et des modules d’interception, reconnaissables par leurs tubes de lancement de missiles. La description affirme que « la Turquie aurait déployé son dôme de fer en prévision d'une frappe israélienne ». Dans les faits, cette image n’est pas réelle. Les proportions du radar et des lanceurs de missiles ne sont pas correctes. Les modules font la même taille que des bâtiments hauts de plusieurs étages. D’un point de vue militaire, leur placement, à seulement quelques mètres du palais présidentiel, n’a aucun sens. Ces incohérences montrent que ce cliché a été généré ou modifié par une intelligence artificielle. Les outils de détection que nous avons utilisés le confirment. Marché numérique de la peur Derrière ces infox, on retrouve un mélange de comptes de propagande et de profils bien ancrés sur le marché numérique de la peur. Les premiers cherchent à vanter la puissance militaire turque. Les autres exploitent de façon opportuniste les différentes tensions internationales, ici entre la Turquie et Israël. En agitant le spectre d’une confrontation militaire imminente, ils parviennent à générer de l'audience et à gagner de l’argent. Souvent sensationnalistes, ces contenus sont mis en avant par les algorithmes de recommandation. Cette désinformation pollue l’espace numérique et participe à éclipser les informations fiables et vérifiées.
-
21
Mali: la désinformation s'active autour de la libération des 82 militaires
Au Mali, 82 militaires détenus par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et le Front de libération de l'Azawad (FLA) ont été libérés jeudi 13 août, capturés après des affrontements avec l'armée malienne. Sur les réseaux sociaux, cette libération n’échappe pas à la désinformation, notamment aux fausses déclarations attribuées à des chefs d’État étrangers. À en croire une vidéo diffusée sur TikTok, Vladimir Poutine aurait réagi en personne à cette libération des 82 militaires maliens. À l’image, l’extrait d’une prise de parole officielle du président russe défile. Côté son, une voix de mauvaise qualité, générée par intelligence artificielle, prétend traduire ses propos. On pense alors l’entendre féliciter longuement Assimi Goïta. Le reste de ce prétendu discours fait l’éloge du président de la transition malienne. Faux discours et intelligence artificielle Vérification faite, tout est faux. Sur le fond d’abord, Vladimir Poutine n’a jamais prononcé ces mots. Ni son cabinet, ni les médias russes ou maliens n’ont évoqué une telle déclaration. Le Kremlin et les autorités maliennes ont rapporté mercredi une conversation téléphonique, à l'initiative du Mali, entre le président russe et Assimi Goïta. Aucun des communiqués ne mentionne la libération de ces 82 soldats. Quelqu'un a donc simplement recyclé une vieille vidéo de Vladimir Poutine en y ajoutant un faux discours, lu par une intelligence artificielle. Kim Jong-un ciblé Le président russe n’est pas le seul chef d’État ciblé par ce genre de rumeur. Un discours similaire est aussi attribué au leader nord-coréen Kim Jong-un. Une voix artificielle prétend là encore que le dirigeant nord-coréen aurait longuement félicité Assimi Goïta. Une nouvelle fois, tout est faux. Cette déclaration a été inventée de toutes pièces. Malgré cela, les commentaires montrent que certains se font avoir. Un mode opératoire à la mode Ce n’est pas la première fois que de fausses déclarations de Vladimir Poutine et Kim Jong-un circulent sur les réseaux sociaux. Il s'agit d’un mode opératoire à la mode depuis plusieurs années, particulièrement en Afrique de l’Ouest. De nouveaux cas circulent tous les jours sur TikTok. Nous en avions déjà parlé dans cette chronique, en septembre 2023, avec une fausse vidéo du leader nord-coréen, menaçant de détruire les pays hostiles au Niger. Symboles d’autorité et assez populaires, Kim Jong-un et Vladimir Poutine ne sont pas choisis au hasard. Les mentionner dans un contexte politique local permet de maximiser ses chances de faire de l’audience sur les réseaux sociaux. Occuper l’espace informationnel Derrière ces infox, on retrouve souvent des comptes TikTok anonymes, se présentant, à tort, comme des médias. Certains cumulent des dizaines de milliers d’abonnés et enregistrent des millions de vues. Leur activité se résume à la diffusion d’infox souvent sensationnalistes, en lien avec l’actualité internationale. La majorité de ces contenus sont ouvertement pro-russes. Comme un bruit de fond permanent, cette désinformation sème le trouble et brouille l’espace informationnel.
-
20
Ceuta: comment la désinformation encourage la traversée de la frontière
Les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla vont-elles faire face à une nouvelle crise migratoire, samedi 15 août ? Deux semaines après l’afflux d’au moins 70 000 migrants, de nouveaux appels à la traversée circulent sur les réseaux sociaux. L'enquête menée par RFI montre que ce mouvement numérique est, une nouvelle fois, marqué par la désinformation et amplifié par des faux comptes. À en croire une rumeur insistante sur les réseaux marocains, la frontière espagnole sera exceptionnellement ouverte, samedi 15 août, pour cause de jour férié dans le pays. « C’est le moment ou jamais », commentent certains internautes, dans des publications vues plusieurs millions de fois. En réalité, aucun passage ne sera ouvert, ni côté marocain, ni côté espagnol. Cette fausse information a été montée de toutes pièces, pour piéger les candidats à la migration. Face à la montée en puissance de cette rumeur, les autorités des deux pays ont, au contraire, annoncé le renforcement de leur dispositif sécuritaire sur place. Dans un message publié sur Instagram, la Guardia civil, la police militaire espagnole insiste : « la frontière ne s’ouvrira pas. De nouvelles barrières de sécurité ont été installées. Ne vous laissez pas tromper ». Rappelons que ce n’est pas la première fois que ce type de rumeurs circulent sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées. À cela s'ajoutent différents types d’arnaques avec des fausses promesses de contrats de travail en France, en Italie et ailleurs en Europe. Grâce à l’analyse des schémas de diffusion nous avons documenté plusieurs comportements, factices, inauthentiques. L’enquête est à retrouver en intégralité ici.
-
19
Crise migratoire à Ceuta: attention à la récupération de certaines images par la droite radicale
Les images de l'afflux massif de dizaines de milliers de Marocains dans l’enclave espagnole de Ceuta le 30 juillet dernier ont fait l’objet d’une récupération de la part de la mouvance d’extrême droite européenne. Certaines vidéos impressionnantes ont notamment été détournées pour faire croire à un complot des autorités marocaines et à un déferlement de violences de la part des migrants au cœur de Ceuta. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Des véhicules calcinés sur une route coincée entre la colline et la mer, des restes de motos, un bus incendié dont ne subsiste que la carcasse noircie. Commentaires sur X de la part de comptes francophones de la droite radicale : « Voilà à quoi ressemble Ceuta », la ville espagnole serait : « presque totalement dévastée ». « Il n'a fallu qu'une journée aux migrants pour détruire Ceuta », conclut un contributeur sur le réseau d’Elon Musk. Un visionnage attentif révèle des images de bonne qualité, tournées pour le compte d’une agence de presse ou d'une télévision, mais reprises sans aucune voix off, dans des posts mensongers. Géolocalisations et chronologie des faits Dans le cadre de notre travail de vérification, nous avons tout d’abord cherché à savoir avec précision où ces images avaient été tournées. Sur la vidéo de 45 secondes, une capture a retenu notre attention. À 22 secondes, sur un rond-point tout proche des carcasses, deux panneaux routiers indiquent Ceuta 0,5 km et Tétouan au Maroc, à 32 kilomètres. En utilisant une image satellite issue de Google Earth, disponible gratuitement en ligne, nous avons retrouvé le rond-point : il se situe en territoire marocain et non dans l’enclave espagnole. En utilisant la plateforme Mapillary, qui compile des images de rues prises par des internautes du monde entier, nous avons retrouvé ce lieu, en 2016. On distingue des voitures stationnées sur le bas-côté, exactement au même endroit que celles qui ont été filmées après avoir été incendiées en 2026. Conclusion : les véhicules ont été incendiés devant l’immense poste de douanes qui permet de pénétrer dans l’enclave espagnole, mais côté marocain, sur la route de Fnideq. Ce que confirme notre correspondant au Maroc Matthias Raynal, qui précise que : « ces images ont été prises au niveau de la frontière, du rond-point et sur la route qui mène au poste de douane ». Quelques voitures marocaines brûlées au Maroc Il ne fait aucun doute que Ceuta a dû faire face à des pillages et s’est retrouvée submergée par l’arrivée de ces milliers de jeunes migrants marocains et subsahariens, mais ces images de voitures brûlées n’ont pas été tournées au sein même de la ville, lors de l'arrivée des migrants, contrairement à ce qu’affirment plusieurs post mensongers. L’agence Reuters écrivait enfin le 31 juillet : « Aux portes de Ceuta, les autorités marocaines ont déployé des camions lance-eau et tentaient de repousser la foule. On pouvait apercevoir les carcasses calcinées d'un bus et de sept voitures, stigmates des affrontements de la veille ». Sur certains véhicules, endommagés dans ce secteur, on aperçoit d’ailleurs des plaques d’immatriculation marocaines et non espagnoles. Ces dégâts ont visiblement été causés dans la nuit du 30 au 31. Le 3 août, Madrid annonçait enfin, que la quasi-totalité des migrants marocains ayant franchi la frontière avaient été renvoyés dans leur pays d'origine. Théories bancales sur la complicité des gendarmes marocains L’autre vidéo qui a été vue des milliers de fois sur les réseaux, c’est celle d’un camion benne marocain duquel descendent des dizaines de jeunes migrants sous l’œil d’un gendarme marocain. L’image dénote une certaine passivité des forces de l’ordre face aux évènements, mais certains commentaires vont jusqu’à parler de complicité directe des autorités qui auraient organisé le transport en camion de ces jeunes Marocains jusqu'à Ceuta. Là encore, nous avons cherché à géolocaliser ces images. Dans l’enregistrement, on entend la personne qui filme dire en dialecte marocain, que la scène a été tournée « aux portes de Tétouan ». En nous basant sur ce qu’on voit à l’écran, nous avons donc recherché une route à deux fois deux voies, dans les environs de cette ville du nord du Maroc. En remontant la N2 sur Mapillary, nous avons retrouvé un point de vue identique à celui de la vidéo. La route, le relief, la signalisation concordent. Toutefois, l’endroit est situé à 50 km de Ceuta. Si les jeunes migrants avaient dû continuer leur route à pied, ils auraient dû marcher une dizaine d’heures pour atteindre la frontière espagnole. Des camions bondés filmés à plusieurs reprises On retrouve cette vidéo sur une publication locale sur Facebook. La vidéo a été mise en ligne le 30 juillet à 21h13 dans le journal en ligne Tetouan-Press, alors que les premières arrivées à Ceuta avaient eu lieu le matin même à l’aube. On ignore quand ces images ont été tournées, mais on sait précisément où la scène a été filmée. Compte tenu du contexte, il est vraisemblable que le camion ait été contrôlé avant son arrivée, et que le gendarme ait assisté au débarquement des passagers. Sur les réseaux, de nombreuses vidéos montrent d’ailleurs des véhicules chargés de jeunes marocains circulant sur les routes du royaume avant les évènements de Ceuta. Des signaux d'avertissement À partir du 30 juillet, 50 000 personnes, essentiellement des Marocains, ont rejoint ou tenté de rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta à pied ou à la nage depuis la ville voisine de Fnideq. Le 4 août, un haut responsable marocain a affirmé à l’AFP que « Le Maroc avait prévenu l'Espagne, avant la crise à Ceuta, et dès le 22-23 juillet, quand les réseaux commençaient à parler de la nouvelle décision de justice de la Cour suprême espagnole » permettant aux migrants d’entrer plus facilement à Ceuta par la mer. Pour sa part, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez avait alors estimé que la crise migratoire alors en cours à Ceuta était liée à une rumeur lancée « par les mafias de trafiquants d'êtres humains ».
-
18
Comment l’intelligence artificielle alimente la désinformation historique
Avec le perfectionnement des outils de génération d’images, les vidéos artificielles, censées donner vie à des moments historiques, se multiplient sur les réseaux sociaux. Souvent remplis d’erreurs et d’anachronismes, ces clips alimentent la désinformation historique. Imaginez-vous en train de déambuler dans les rues de Rome durant l’Antiquité, dans une tranchée lors de la Première Guerre mondiale ou dans une forêt à l’époque des dinosaures. Voici le genre de voyage temporel que proposent ces vidéos artificielles diffusées sur les réseaux sociaux. Ce que vous venez d’entendre, c’est Chloé, une jeune femme entièrement générée par IA. On peut la voir assister à différents événements qui ont marqué l’histoire : la Révolution française, le naufrage du Titanic ou encore l'éruption du Vésuve. Aucune période historique n’est épargnée. Les vidéos de ce compte cumulent des dizaines de millions de vues sur les réseaux sociaux. Erreurs et anachronismes Visuellement, l’illusion est presque totale, à tel point que des internautes se demandent en commentaire s’il s’agit d’un clip synthétique ou d’une reconstitution historique réalisée avec de vrais acteurs. La qualité des images, le son et l’esthétique générale donnent l’impression de visionner un contenu pédagogique, pensé pour se documenter sur une période ou un événement de notre histoire. Sauf que, en réalité, c’est tout le contraire. En effet, ces vidéos comportent énormément d’erreurs factuelles et d’anachronismes : un drapeau bleu-blanc-rouge trois cent cinquante ans avant sa création, un Moyen-Âge sinistre, sombre et très sale, la France sacrée lors de la première Coupe du monde en Uruguay, etc. Déformer notre vision du passé Ces vidéos, souvent courtes, enchaînent les infox mais aussi les anachronismes. Basées non pas sur le travail d’historiens reconnus, mais sur un ensemble de sources abstraites, elles véhiculent aussi de nombreux stéréotypes. S’y ajoutent, parfois, des motivations politiques voire une forme de révisionnisme. Résultat, ces clips bouleversent notre vision du passé et participent aussi à invisibiliser les sources fiables et les documents historiques. C’est notamment le cas pour la Shoah avec des vidéos artificielles mettant en scène des victimes de l’Holocauste. À lire aussiLes IA génératives et le risque d'une réécriture de l'histoire de la Shoah La quête du buzz Derrière ces vidéos historiques artificielles, on retrouve une pluralité d’acteurs, allant des passionnés d’histoire peu soucieux de la réalité des faits aux internautes en quête de profit. Ces vidéos, souvent virales sur les réseaux sociaux, peuvent se transformer en une véritable source de revenus. La concurrence grandissante entre les créateurs de vidéos historiques artificielles aboutit à une surenchère, avec des contenus toujours plus sensationnalistes et donc toujours plus mensongers. Souvent présentées comme des contenus synthétiques, ces vidéos ne sont pas supprimées par les plateformes. Au contraire, les algorithmes les mettent en avant. Le phénomène n’est donc probablement pas près de s’arrêter.
-
17
Guerre en Iran: comment l'embargo sur les images satellites US a entravé la vérification des faits
Le bras de fer entre les États-Unis et l'Iran se poursuit avec une reprise le 8 juillet des frappes américaines. À partir de mars, les premières images spatiales de la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis avaient permis d’avoir une idée assez précise des dégâts subis par les belligérants. Elles provenaient principalement d'entreprises américaines. Des clichés récupérés par les propagandistes des deux camps, ce qui a poussé les États-Unis à fermer progressivement le robinet à images. Parmi les entreprises américaines spécialisées dans la diffusion d’images satellites, certaines sont bien connues comme Planet Labs, ou encore Maxar devenu Vantor. Au total, on compte aux États-Unis une dizaine d'entreprises proposant des solutions d'exploitation des données spatiales. Il s’agit de partenaires importants dans le travail d’enquête numérique et de vérification des faits. Planet Labs et Maxar ont toujours fait preuve de transparence avec la presse internationale. Pour autant, ces entreprises commerciales ne sont pas autorisées à mettre tout et n'importe quoi entre les mains du public. Dès 1992, le Congrès avait fait voter une loi suivie deux ans plus tard d’une directive présidentielle, imposant aux opérateurs de satellites commerciaux de restreindre l’accès aux données en temps de guerre. Avant le conflit dans le golfe Persique, ces entreprises avaient une politique de publication assez stricte mais très claire. Par exemple, en juin 2025 (8 mois avant la guerre), RFI avait cherché à se procurer des images satellites de l’île de Diego Garcia dans l’océan Indien : « une île porte-avions », puisqu’une base aérienne américaine est construite sur cet archipel : Réponse de Maxar : « Par principe, nous ne fournissons pas d'images haute résolution des bases militaires américaines ou de la coalition ». Restrictions croissantes Ces derniers mois, on a assisté à une réduction progressive de l’accès à l’imagerie commerciale américaine. En 2026, dans les premiers jours ayant suivi l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, beaucoup d’images ont été diffusées. Planet Labs fournissait même en service de presse (donc gratuitement) des clichés détaillant les sites iraniens visés par les Américains. On pouvait y voir les destructions sur le port militaire de Bandar Abbas, sur la base aérienne de Tabriz, l’aéroport de Mehrabad, ou encore le site nucléaire de Natanz. Quand nous avons travaillé sur le bombardement d’une école située à proximité immédiate de la base des pasdarans de Minab, Planet Labs a fourni des images documentant l’attaque du site, nous permettant dès le 5 mars d’apporter la preuve d’un raid massif mené par les États-Unis, et ayant conduit à une frappe meurtrière sur l’école. Le dossier libre d’accès a été clôturé le 7 mars. Les photos contredisent Trump Les choses se sont compliquées quand les pertes matérielles américaines ont commencé à être évoquées, images à l’appui. Dans un premier temps, les « Osinter » : la communauté qui exploite les données librement accessibles sur internet, les journalistes, les ONG s’en sont saisis, suivis de la propagande iranienne qui désormais fournit des images appuyant son narratif. Parallèlement, on sait que l'Iran dispose d'une capacité d'appréciation de la situation via des satellites d'observation dont on ignore les performances. Sur les réseaux, le voile a commencé alors à se lever, laissant apparaître des frappes significatives contre des bases américaines dans le golfe. Des raids de drones ou de missiles iraniens contre des radars, des drones US sous leurs hangars et d'autres infrastructures. Il ne fait aucun doute que l'Iran a répliqué avec une certaine efficacité et continue de le faire à l'été 2026. Cela va à l’encontre du discours de l’administration Trump qui, dès le début, a tenté de minimiser les pertes, évoquant : « Une réponse très faible de l’Iran (…) l’absence de pertes humaines côté américain (…) une guerre qui devait se terminer rapidement ». Discours qui a ensuite évolué, sur un ton plus menaçant : « Nous allons frapper très fort pour honorer nos soldats tombés ». L’épisode de l’AWACS : un déclencheur ? Le tournant a peut-être été la diffusion des images d’un avion radar américain coupé en deux par un projectile iranien après l’attaque d’une base aérienne saoudienne. C’était la preuve concrète que l’Amérique « prenait des coups » Parallèlement, des soupçons sont apparus concernant l’utilisation d’images satellites commerciales à des fins de ciblage, c’est-à-dire pour permettre à l’armée iranienne de préparer ces actions militaires. Quelques jours après l’affaire de l’AWACS, sans toutefois établir un lien direct, Planet Labs suspend la diffusion de nouvelles images de la région, à la demande du gouvernement américain, afin d’empêcher « leur utilisation comme moyen de pression tactique par des acteurs adverses ». À ce moment, les spécialistes américains commencent à évoquer l’activation du « shutter control » : le contrôle de l’obturateur. En clair, le blocage des images. Embargo sur les images Cette censure progressive prend plusieurs formes. Elle débute par l’allongement du délai de diffusion des images, puis le blocage des données, et enfin la sélection des images commercialisables ou destinées au grand public. Planet Labs, comme d’autres entreprises du secteur, est une société américaine soumise à un régime de licences fédérales. Les autorités américaines disposent de mécanismes permettant de demander une limitation temporaire de la diffusion de certaines données d'observation pour des raisons de « sécurité nationale ». C’est le levier de régulation juridique, mais il y a aussi un levier commercial, car la défense américaine constitue un très gros client de ces sociétés qui fournissent des images spatiales. Dépendance ? Dans le secteur de l’imagerie spatiale, les Européens sont en pointe. Les quelques images d’Airbus Space que nous avons obtenues par le passé sur d’autres sujets sont d’une qualité exceptionnelle. Toutefois, la politique commerciale du groupe impose un cadre précis. Dans les faits, les images des zones de conflit ne sont presque jamais mises à la disposition du public. Airbus a aussi pour client le ministère des Armées en France, et travaille avec de nombreux opérateurs institutionnels dans d’autres États, y compris dans le Golfe. Reste le chinois Mizarvision, dont le rôle ambigu aux côtés des Iraniens a fait couler beaucoup d’encre. Cette start-up chinoise produit des images spatiales en haute définition. Elle suit les mouvements de l’armée américaine, mais ces images ne sont pas certifiées et sont susceptibles d’avoir été améliorées avec l’aide de l’IA, donc altérées. Face aux restrictions, il y a toujours la possibilité d’utiliser des outils moins adaptés, en travaillant sur des images de moins bonne résolution, comme celles du programme européen d’observation de la Terre Copernicus. Ces images sont régulièrement utilisées par la communauté des Osinter en appui d’autres observations, mais ne permettent pas de détecter des objets de petites tailles. Après recoupements, elles révèlent parfois des indices précieux.
-
16
Comment des comptes pro-AES ont tenté de manipuler l’annonce de la mort d’un soldat français?
Au Mali, entre le 4 et le 9 juillet, l’armée malienne, soutenue par des éléments du corps africain russe, a combattu des groupes terroristes dans la localité d’Anéfis. Cette bataille a donné lieu à la diffusion de fausses infos visant l’armée française qui s'est pourtant retirée du Mali en août 2022. Des infox qui ont tenté de laisser croire à l’implication d’un soldat français aux côtés des rebelles du Front de libération de l’Azawad et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans. Avec Léonie Magro Del Baño et Adèle Léron L’infox a commencé à circuler à bas bruit, dès la fin des combats les plus durs à Anéfis. Le 9 juillet, un premier post trompeur a été détecté sur X (anciennement Twitter). Son auteur a cherché à détourner l'information faisant état de la perte d’un militaire français en exercice le 7 juillet. Ce légionnaire d'origine russe a trouvé la mort en service lors de manœuvres dans les Alpes. L’état-major français avait alors rendu hommage au sergent Pena, décédé donc accidentellement. Commentaires des comptes pro-AES : « d’autres hypothèses circulent, notamment une possible mort à Anefis au Mali ». Un membre de Wagner, pas un soldat français La manipulation s'est poursuivie avec la publication le lendemain d'une photo censée illustrer la mort de ce soldat français. On y voit, un soldat blanc gisant dans le sable. À l’image, l’homme présente une certaine ressemblance avec le soldat décédé accidentellement dont le portrait officiel a été publié auparavant par l’armée française. Les manipulateurs ont donc joué sur l'origine russe du légionnaire français, et sur cette ressemblance physique pour tenter de semer le trouble dans l'esprit du public. Quand nous avons montré les photos macabres prises dans le désert aux spécialistes Sahel de RFI et France 24, tous ont évoqué des images tournées après la bataille de Tinzaouatène qui s’est déroulée il y a deux ans dans le nord du pays. Une recherche par image inversée a permis de retrouver la même photo du corps, mais avec une qualité supérieure, montrant le même homme gisant dans le sable. Un individu présenté cette fois-ci comme un mercenaire russe. Impossible à vérifier de source indépendante, car l’image provient d’un forum anonyme où n'importe qui peut publier n’importe quoi sans révéler son identité. Des vidéos tournées en 2024 L’analyse d’une vidéo de propagande de six minutes, publiée en 2025 par le FLA à l’occasion du premier anniversaire de la bataille, a permis de retrouver l’image du corps photographié ce jour-là, aux côtés des dépouilles d’autres combattants russes. Les images sont dures, les captures sont floues, mais la disposition des corps, le schéma du camouflage des treillis des soldats, la forme générale du visage et la coupe de cheveux concordent. Cette infox est donc basée sur une image sortie de son contexte : une photo d’archive montrant des éléments de Wagner tués à Tinzaouatène en 2024 et non pas un Français prétendument retrouvé à Anéfis en 2026. Une infox gênante qui n'a pas convaincu Le narratif consistant à affirmer que les militaires français sont complices des terroristes ne date pas d'hier. Dans le cas présent, on note toutefois que cette infox bancale est restée cantonnée aux comptes habituels diffuseurs de la propagande sahélienne. À ce stade, elle a été peu amplifiée. Dans les commentaires, plusieurs utilisateurs ont dénoncé la tentative de manipulation. Signe peut-être aussi d’un narratif qui trouve ses limites, à force d’être répété en boucle depuis quatre ans. À ce stade, X n’a pas collecté plus de 50 000 vues d’après nos recherches. Toutefois, elle constitue une tentative d’usurpation d’identité d’un militaire français décédé dans l’exercice de son métier, et une atteinte à la mémoire de ce soldat.
-
15
Coupe du monde 2026: Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ciblés par les infox
Après sa victoire 2-0 contre le Maroc jeudi soir à Boston, la France est la première nation qualifiée pour les demi-finales de la Coupe du monde. L’Espagne, la Belgique, la Norvège, l’Angleterre, l’Argentine et la Suisse espèrent rejoindre les Bleus dans le dernier carré. Sur les réseaux sociaux la tension est montée d'un cran, la désinformation aussi. Les infox ciblent notamment les deux légendes du football, Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Vainqueur sur le fil contre l'Égypte dans un match fou (3-2), Lionel Messi est ciblé ces derniers jours par des accusations mensongères de racisme. Tout repose sur une vidéo de 20 secondes. On y voit le capitaine argentin, un trophée dans les mains, en pleine conférence de presse. Le son, de mauvaise qualité, ne permet pas de comprendre exactement ce qu’il dit en espagnol. La traduction qui circule prétend, à tort, que Lionel Messi aurait « insulté les Arabes et les musulmans et promis de faire un don à Israël s’il gagnait la Coupe du monde ». En réalité, Lionel Messi n’a jamais prononcé ces mots. La traduction de ses propos a été inventée de toutes pièces. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé l’origine de ces images. Elles proviennent de la conférence de presse à la fin du match entre l’Argentine et l’Autriche, le 22 juin 2026. La star de l’Albiceleste parle de son penalty manqué et de la performance de son équipe. Il n’évoque à aucun moment Israël ou les musulmans. Cette fausse information est diffusée par des comptes arabophones virulents envers l’Argentine et ses supporters. Rivalité Messi - Ronaldo Au-delà de Lionel Messi, le Portugais Cristiano Ronaldo est aussi ciblé par des infox. La rivalité entre les fans des deux superstars se joue également sur le terrain informationnel. Éliminé après une défaite frustrante face à l’Espagne (0-1), CR7 disputait son sixième et dernier Mondial. Dans ce contexte, une vidéo mensongère est devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle prétend montrer Ronaldo en train de frapper ses coéquipiers et son sélectionneur dans les vestiaires. Ce clip cumule près de 10 millions de vues. Vérification faite, cette vidéo n’est pas réelle. Ces images ultra-réalistes ont été générées par intelligence artificielle. Un petit logo apposé en bas de ce clip le prouve. Nous avons aussi identifié plusieurs incohérences visuelles. D’abord, le short de Cristiano Ronaldo est marqué du numéro 9 et non de son fameux numéro 7. Le maillot porté par le joueur portugais n’est donc pas le bon... De plus, en arrière-plan, on distingue le visage de Diogo Jota. Or le joueur portugais est décédé il y a plus d’un an dans un accident de la route. Ses coéquipiers lui ont rendu hommage après leur victoire en huitième de finale, face à la Croatie. Exploiter la notoriété Ce n’est pas la première fois que l’image des deux superstars du foot est détournée. De par leur notoriété mondiale, ils sont régulièrement ciblés par la désinformation. En novembre 2023, sur fond de guerre entre Israël et le Hamas, nous avions parlé dans cette chronique de deux photos truquées. L’une était censée montrer Ronaldo avec un drapeau palestinien. L’autre Messi avec un drapeau israélien. Ces infox touchent souvent des millions de personnes. À lire aussiIsraël-Hamas: Lionel Messi et Cristiano Ronaldo confrontés à la désinformation
-
14
Burkina Faso: la désinformation s’attaque à la diplomatie française après la rupture des relations
Le Burkina Faso a annoncé, vendredi 26 juin, rompre ses relations diplomatiques avec la France. Ouagadougou dénonce « l'activisme incessant » de Paris, qui dit de son côté regretter une « décision hostile et sans fondement ». Sur les réseaux sociaux, cette mesure suscite beaucoup de désinformation. Des vidéos mensongères et des hypertrucages s’attaquent à la diplomatie française. À en croire plusieurs vidéos mensongères, Emmanuel Macron aurait réagi en personne à cette décision prise par le capitaine Ibrahim Traoré. La plus virale montre le chef de l'État français, assis à côté du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. On pense alors, à tort, l’entendre menacer le pouvoir en place à Ouagadougou. Vérification faite, ce clip vu près d’un million de fois n’est pas réel. Emmanuel Macron n’a jamais prononcé ces mots. Il s’agit d’un deepfake, un hypertrucage sonore généré par intelligence artificielle. Ce type d’outil permet de faire dire n’importe quoi, à n’importe qui, en seulement quelques clics. Dans les faits, c’est Jean-Noël Barrot qui a réagi à cette rupture des relations diplomatiques, et non le chef de l’État. Le ministre a évoqué une « dérive préoccupante des autorités burkinabè », ajoutant que des « mesures de réciprocité sont en cours d'examen ». Détecter un deepfake Le premier élément de vérification est visuel. En effet, le mouvement des lèvres d’Emmanuel Macron ne correspond pas à ce qu’il semble dire. C’est souvent la trace d’un hypertrucage bas de gamme, réalisé avec des outils grand public. Grâce à une recherche par image inversée, nous avons ensuite retrouvé l’origine de ces images. Elles proviennent d’une déclaration du président français à la suite d’une réunion de la Coalition des Volontaires, le 25 novembre 2025. Il y fut question de la guerre en Ukraine, mais pas du Burkina Faso. Une telle déclaration aurait fait couler beaucoup d’encre, bien au-delà de TikTok et Facebook. Une désinformation systémique Cet hypertrucage d’Emmanuel Macron n’est pas un cas isolé. Nous en avons identifié près d’une dizaine, tous à propos du Burkina Faso. Les déclarations mensongères mises dans la bouche d’Emmanuel Macron sont variées et plus ou moins menaçantes. Sur le fond, elles visent toutes à discréditer la diplomatie française. Derrière ces infox, on retrouve un écosystème de comptes principalement actifs sur TikTok. Avec des noms trompeurs, parlant d’international ou de géopolitique, ces profils cherchent à se faire passer pour des sources fiables et à viraliser leur deepfake. Une bagarre au Parlement européen ? Cette désinformation cible aussi plus largement les représentants français dans les institutions européennes. Une vidéo affirme notamment qu’une bagarre générale aurait eu lieu récemment dans les rangs du Parlement européen. La légende affirme que « tous accusent les députés de Macron d'être des traîtres et des incompétents ». Sauf que tout est faux. Cette vidéo a été filmée dans le Parlement géorgien, le 27 juin dernier. Aucun affrontement n’a eu lieu dans le Parlement européen.
-
13
Ukraine: les frappes de drones en Russie au cœur de la guerre informationnelle
Pour étrangler la logistique russe, l’Ukraine multiplie les attaques de drones ces dernières semaines. Kiev cible méthodiquement les infrastructures énergétiques et militaires, notamment en Crimée. En conséquence, des pénuries de carburant et des coupures d’électricité ont été signalées dans plusieurs régions. Ces frappes ukrainiennes n'échappent pas à la guerre informationnelle. Un drone de reconnaissance ukrainien a-t-il survolé durant plusieurs minutes le pont de Kertch ? C’est ce que prétend montrer une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Cet ouvrage, reliant la Crimée annexée à la Russie, est à la fois symbolique et stratégique pour l’armée russe. Attaqué à plusieurs reprises par l’Ukraine depuis le début de la guerre, le pont a sa propre bulle de protection, navale et aérienne. Voir un drone survoler tranquillement la zone, sans être inquiété par la défense antiaérienne, semble donc assez peu crédible. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé sa trace sur YouTube. Ce clip a été publié par un média local le 3 juillet 2021, soit avant le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Cela explique donc pourquoi le drone vole librement et pourquoi on ne voit pas les nombreuses installations de défense navale mises en place par les Russes autour de ce pont routier et ferroviaire. Guerre psychologique L’objectif de cette fausse information consiste à alimenter la peur du côté russe. Cette vidéo s’inscrit dans la guerre psychologique menée par les deux camps sur les réseaux sociaux. Sur le terrain, les Ukrainiens frappent méthodiquement les infrastructures énergétiques et logistiques russes. Sur le front numérique, certains comptes de propagande agitent la menace à coups d’images authentiques mais aussi parfois sorties de leur contexte. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a affirmé mercredi 24 juin que les autorités russes venaient de renforcer leurs défenses anti-aériennes près du pont de Kertch. Sauver la face La Russie n’est pas en reste dans cette guerre des récits, bien au contraire. En réponse à la multiplication des frappes ukrainiennes, la propagande russe s’affaire à détourner l’attention en allumant des contre-feux, souvent à coups d’infox. Dernier exemple en date avec une vidéo montrant une vaste explosion, en pleine ville. La légende parle, à tort, d’une attaque aérienne russe qui aurait possiblement causé la mort du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Vérification faite, tout est faux. Sur la forme d’abord, cette vidéo vue près d’un million de fois n’a rien à voir avec l’Ukraine. Filmée en août 2015, elle montre l’explosion d’un entrepôt industriel dans la ville de Tianjin, en Chine. Ce n’est pas la première fois que ce clip est sorti de son contexte. Sur le fond, Volodymyr Zelensky n’est pas mort. Le président ukrainien s’est félicité jeudi 25 juin des frappes qui ont endommagé un nouveau dépôt de carburant dans la région russe de Krasnodar. Les frappes se poursuivent, la guerre de l’information aussi. À lire aussiUkraine: la désinformation bat son plein après les attaques sur Moscou
-
12
Coupe du monde 2026: l’intelligence artificielle occupe le terrain
Alors que la Coupe du monde de football bat son plein, les contenus générés par intelligence artificielle autour de la compétition se multiplient sur les réseaux sociaux. Ces images, souvent ultra-réalistes, sont de plus en plus difficiles à détecter. Souvent virales, ces fausses informations ciblent aussi bien les joueurs que les supporters présents en tribunes. Si vous suivez ce Mondial sur les réseaux sociaux, vous avez sûrement vu passer cette photo mensongère diffusée après le match Allemagne-Curaçao, remporté 7 buts à 1 par les Allemands. Elle prétend montrer un supporter moustachu de la Mannschaft, ressemblant étrangement à Adolf Hitler. Vue plus de 30 millions de fois sur les réseaux sociaux, cette image a suscité beaucoup de réactions et d’indignation. En réalité, cette image a été manipulée. Pour le vérifier, nous avons revisionné l’intégralité du match. Cela nous a permis d’identifier la séquence originale diffusée en direct à la télévision. Filmée juste après la fin de la première mi-temps, on y voit plusieurs fans allemands célébrant le but de Kai Havertz. Aucun n’est grimé en Adolf Hitler. Quelqu’un a donc simplement demandé à l’intelligence artificielle de modifier le visage d’un homme pour le faire ressembler au dirigeant nazi. Une recette simple, mais diablement efficace. Une bagarre entre Marocains et Brésiliens ? Au-delà des supporters, les contenus générés par intelligence artificielle ciblent aussi les joueurs, à l’image des sélections marocaine et brésilienne. Une vidéo affirme qu'une bagarre générale aurait eu lieu à la fin de la rencontre qui s’est soldée par un match nul un but partout. On y voit une vingtaine de joueurs s’écharper juste devant une tribune. Si à première vue, le clip semble assez réaliste, l’IA fait encore des erreurs. Un drapeau rouge et vert agité dans les travées du stade n’existe pas. Tout comme ces chiffres inconnus sur les maillots de certains joueurs. Ce type de vidéo se compte par dizaines ces derniers jours. Comment détecter l’IA ? Le meilleur conseil pour détecter une image artificielle, c’est d’abord de faire attention aux détails visuels, aux inscriptions, aux visages, aux mouvements. Les outils d’IA grand public font encore quelques erreurs à ce niveau-là. Il faut aussi regarder la durée. Ces vidéos durent souvent 20 secondes ou moins, rarement plus. C’est aujourd’hui la durée standard permise par les générateurs les plus utilisés. Et puis, il faut se pencher sur la fiabilité de la source, de qui partage ce type de contenus souvent spectaculaires. Publicité sauvage Derrière ces vidéos synthétiques, on retrouve souvent des comptes anonymes, prêts à tout pour faire du clic et monétiser leur audience. L’une des nouveautés, c’est que ces fausses informations sont parfois diffusées à des fins publicitaires. Nous avons notamment identifié un site opaque de paris et de jeux de casino en ligne. Depuis le début du Mondial, il diffuse presque quotidiennement des images générées par IA. À chaque fois, le logo de la plateforme est habilement intégré dans ces contenus mensongers, dont certains dépassent le million de vues. Ce jeu dangereux devrait se poursuivre tout au long de la compétition.
-
11
Coupe du monde 2026: la désinformation surfe sur les polémiques
Bilan carbone record, restrictions migratoires, manifestations, billets hors de prix : la Coupe du monde 2026 vient tout juste de commencer et elle est d’ores et déjà très polémique. Ce contexte est particulièrement propice à la désinformation. Sur les réseaux sociaux, les infox se multiplient. Elles n'épargnent aucun acteur, qu’il soit sur ou en dehors du terrain. L'un des derniers exemples en date cible directement le président de la Fifa. Une vidéo diffusée sur TikTok prétend, à tort, que Gianni Infantino aurait vivement critiqué le Mexique, l’un des pays hôtes de cette Coupe du monde. Durant sept secondes, on pense le voir et l’entendre parler en espagnol : « Les Mexicains sont des sauvages. Ils ne méritent pas d'accueillir des matchs de la Coupe du monde. Ils ont détruit leur propre pays ». Cette prétendue déclaration intervient dans un contexte social tendu au Mexique où plusieurs manifestations ont eu lieu avant le coup d’envoi de la compétition. Hypertrucage sonore et visuel En réalité, Gianni Infantino n’a jamais prononcé ces mots car cet extrait est un deepfake, un hypertrucage sonore et visuel généré par intelligence artificielle. La voix et le mouvement de ses lèvres ont été modifiés pour lui faire dire n’importe quoi. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé l’extrait original qui a servi de base à cette manipulation. Il s'agit d'une interview diffusée sur le site de la Fifa, le 7 septembre 2022. Le président de la fédération y parle, en anglais, de la phase de groupes lors du précédent Mondial au Qatar. À aucun moment il ne critique le Mexique ou ses habitants. L’infox cumule aujourd'hui plusieurs millions de vues. Lamine Yamal ciblé par les infox Au-delà de la Fifa et de ses représentants, les fausses informations ciblent aussi les sélections et même directement certains joueurs, à l’image de la jeune pépite du Barça, Lamine Yamal. Certains affirment, à tort, que l'Espagnol pourrait manquer l’entrée en lice de son équipe qui affronte le Cap Vert, au stade d’Atlanta, lundi 15 juin 2026. La rumeur évoque des problèmes de visas à cause d’un drapeau palestinien brandit par l’attaquant lors des célébrations du titre du FC Barcelone. En conséquence, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu aurait demandé que « Lamine Yamal ne soit pas autorisé à entrer aux États-Unis ». Mais là encore, c’est faux. Pour le vérifier, il suffit de consulter le compte Instagram officiel de la sélection espagnole. Une série de photos publiées ces derniers jours montre Lamine Yamal en train de s’entraîner au camp de base de la Roja, situé dans le comté d’Hamilton, dans le Tennessee. Blessé à la cuisse fin avril, l’attaquant est bien aux États-Unis et pourrait fouler la pelouse le 15 juin prochain. Faire du clic et de l’argent Derrière ces fausses informations, on retrouve des profils habitués à désinformer ou des comptes dédiés aux actualités footballistiques. Ces utilisateurs sont prêts à tout pour exploiter la visibilité du Mondial sur les réseaux sociaux et dans les médias afin de faire de l’audience et la monétiser. Quitte à tomber dans la désinformation. À lire aussiNotre dossier spécial Coupe du monde 2026
-
10
Législatives en Arménie: une fausse vidéo de la BBC accuse la France d’ingérence
Dimanche 7 juin, les Arméniens sont appelés aux urnes pour des élections législatives. Un scrutin que Moscou tente de déstabiliser à travers de vastes campagnes de désinformation. Alors que l’Arménie a entamé un processus de rapprochement avec l’UE, et que Paris s’est sensiblement rapproché du régime du premier ministre arménien Nikol Pachinian, une énième fausse information cible particulièrement la France. Une vidéo censée révéler l’envoi de 800 soldats dans le pays pour sécuriser le scrutin. La vidéo d’une durée d’une minute trente reprend tous les codes d’un reportage de la BBC. Une voix off, avec accent britannique, commente un prétendu déploiement de soldats français. À l’écran, on retrouve l’habillage visuel des reportages de la chaîne d’information britannique. Bandeau rouge dans la partie basse ainsi que le fameux logo de la British Broadcasting Corporation (BBC). Cette infox a été vue près d’un million de fois depuis sa création le 28 mai. Le reportage a été fabriqué de toutes pièces. La BBC n’a jamais produit, ni diffusé ce reportage. Il suffit d’aller sur le site officiel de la chaîne pour le vérifier. On ne retrouve aucune trace de ce prétendu déploiement dans la presse internationale. Images d’archives trompeuses Une analyse des séquences du reportage trahit l’utilisation d’images d’archives. Les soldats que l’on voit descendre d’un avion siglé République française participaient en fait à une mission de la force de réaction de l’OTAN en Roumanie en 2022. Un expert fait d’ailleurs remarquer que les tenues de camouflage que l’on voit à l’écran ne sont plus en vigueur dans l’armée de terre française et que les militaires qui empruntent la passerelle de l’avion ne sont pas des légionnaires (reconnaissables à leurs bérêts verts). Même chose pour les deux Rafale que l’on voit dans le faux reportage de la BBC. Une observation attentive des marquages de l’avion : cocardes, drapeaux, et numéros de série, montre qu’il s’agit d’avions indiens, et non français. Rien à voir avec l’armée de l’air française qui n'arbore pas de drapeau rectangulaire sur la queue de ses avions Rafale. Ces images ont été sorties de leur contexte. Concernant enfin les images des manifestations en Arménie. Il s’agit d’images prétextes destinées à dramatiser l’infox. Une recherche documentaire permet d’établir que les dernières manifestations politiques d'ampleur en Arménie remontent principalement au printemps et à l'été 2024, après la restitution à l’Azerbaïdjan de quatre villages frontaliers dans le cadre du processus de délimitation de la frontière. La coopération entre la France et l’Arménie ciblée À Paris, une source proche du dossier donne quelques précisions sur la coopération militaire entre la France et l’Armée tout en réfutant l’envoi de 800 militaires français : « Nous réalisons des missions de partenariat militaire opérationnel [...] Cela représente autour d’une vingtaine de militaires non permanents. En ce moment, il est surtout question d’artillerie. Les missions durent quelques semaines. Une petite dizaine de militaires déployés en permanence sont liés à l’ambassade pour la coordination des missions de partenariat opérationnel. » Infox d’origine russe Joint par RFI, un service de l’État en charge du suivi des ingérences informationnelles étrangères assure que le faux reportage de la BBC a suivi « le mode opératoire Storm-1516 déjà documenté par le passé. Cette opération est la 205e imputée à l’écosystème Storm-1516 depuis fin août 2023. » Dans son rapport sorti en 2025, l’agence Viginum souligne que « si l’objectif principal de Storm-1516 est de décrédibiliser l’Ukraine auprès des audiences occidentales, le mode opératoire a également été employé pour dénigrer des membres de l’opposition russe, ainsi que des personnalités et gouvernements occidentaux, notamment durant des périodes électorales ». Par ailleurs, selon le Service européen de l’action extérieure, cela fait plus d’un an que la Russie a lancé des attaques informationnelles en vue des élections en Arménie, en jouant sur les peurs de la population, et dénigrant l’action du Premier ministre pro-européen, Nikol Pachinian, afin de présenter la Russie comme le seul garant de la sécurité dans la région. « Pour crédibiliser leurs narratifs, les opérateurs de Storm-1516 emploient des techniques de montage vidéo et photo visant à contrefaire des logos de médias », précise encore le rapport de Viginum. Dans le cas présent, la charte graphique de la BBC a été parfaitement reproduite. Enfin, Storm-1516 s’appuie sur des contenus impliquant très probablement des acteurs amateurs. Viginum estime que, « pour plus de la moitié des opérations imputées à ce mode opératoire, des individus ont été recrutés pour enregistrer la voix off [...] avec un soin particulier au choix de ces acteurs, en adaptant leur langue ou leur apparence aux narratifs ». Effectivement, l’accent anglais du faux journaliste de la BBC est particulièrement convaincant.
-
9
Pèlerinage à la Mecque, de fausses images du hadj prolifèrent sur les réseaux
En dépit de températures caniculaires et d'une situation géopolitique explosive dans la région,1,7 million de fidèles étaient attendus à partir du 25 mai en Arabie saoudite pour le pèlerinage à la Mecque. Des musulmans venus de la planète entière, dans une démarche de piété et de fraternité. Toutefois sur les réseaux sociaux, le hadj a été cette année synonyme de surenchère avec une avalanche de vidéos spectaculaires générées par intelligence artificielle (IA), déformant la réalité. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Une marée humaine entoure le mont Arafat à une vingtaine de kilomètres de la Mecque. La séquence de 24 secondes est censée montrer l’un des rituels les plus importants du pèlerinage : une journée consacrée à la prière et à la méditation sur le site où le prophète Mahomet aurait prononcé son dernier sermon. Sur la vidéo trompeuse, on peut voir des pèlerins à perte de vue. Des images accompagnées d’un chant religieux, ce qui rend cette scène encore plus captivante. Commentaires : « Une seule personne peut rassembler cette foule, et c'est le prophète Mahomet ». Une analyse attentive de la vidéo laisse apparaître des incohérences visuelles. Par exemple la foule est trop compacte et surtout, totalement uniforme. En comparant avec d’autres images comme celles issues des webcams officielles, on distingue des parasols de couleurs, des installations pour guider les pèlerins, mais aussi des rochers à flanc de colline sur lesquels aucun visiteur ne s'est risqué. L'utilisation d’un outil de détection d’images artificielles (Hive moderation) confirme que cette vidéo a été conçue par une IA générative. Avalanche de fake sur TikTok Certains contributeurs se sont spécialisés dans la création d’images synthétiques autour de la thématique du pèlerinage. On y voit par exemple des hélicoptères parachutant des bouteilles d’eau sur les fidèles, ou des camions équipés de brumisateurs géants fendant la foule, pour rafraîchir les croyants. Certaines vidéos font mention de l'utilisation d'une IA, d’autres non… Pourquoi une telle production ? Pour plusieurs raisons. D’abord le pèlerinage concerne les musulmans du monde entier, soit plus de deux milliards de fidèles dans le monde. Donc les auteurs savent que ces images créées de toutes pièces trouveront leur public, et permettent de monétiser leur audience. Le hadj est un motif de fierté. Reste que si les croyants qui se rendent en Arabie saoudite peuvent emporter leur téléphone portable, il est fortement déconseillé de filmer les rites, et s’afficher sur les réseaux est considéré comme une attitude « ostentatoire », qui nuit à la sincérité de la démarche religieuse. On pourrait penser aussi que ces images artificielles viennent peut-être « combler un vide » auprès du public, mais sur X de nombreux contributeurs musulmans ont immédiatement condamné l'utilisation de vidéos générées par IA. On pouvait ainsi lire : « Malheureusement, des vidéos générées par intelligence artificielle et diffusées par de faux comptes anonymes prétendent provenir du Hadj 2026. Il s'agit d'un mensonge, d'une fabrication et d'une tromperie à l'égard du public, ainsi que d'un mépris pour les musulmans du monde entier. Nous exhortons chacun à ne pas partager ces vidéos et à vérifier l'authenticité des publications. Le royaume d'Arabie saoudite organise le Hajj de manière professionnelle afin d'assurer la sécurité et le confort des pèlerins et de leur fournir toutes les commodités nécessaires ». À lire aussiHadj 2026: «malgré les tensions régionales et les crises», la ferveur reste intacte, selon le chercheur Hasni Abidi
-
8
Liban: la désinformation cible les pertes de l’armée israélienne
Malgré le cessez-le-feu en vigueur au Liban, les frappes israéliennes se poursuivent. Selon Beyrouth, les bombardements ont fait plus de 3 000 morts depuis début mars. Le Hezbollah a revendiqué une série d'attaques ces derniers jours. Le dernier bilan fait état de 20 soldats et d’un contractuel tués côté israélien. Les affrontements entre le mouvement islamiste chiite pro-iranien et l’armée israélienne suscitent beaucoup de désinformation, notamment sur les pertes israéliennes. Le dernier exemple en date est une courte vidéo, vue des millions de fois sur les réseaux sociaux. On y voit un véhicule transportant des soldats, pris dans une embuscade. Ciblés par des tirs, les militaires assis à l’arrière du pick-up n’ont pas le temps de s’enfuir ou de riposter. Au moins six d’entre eux semblent avoir été tués par balles. La légende parle, à tort, d’une « embuscade tendue par le Hezbollah à un groupe de soldats israéliens ». Dans les faits, ces images n’ont rien à voir avec la situation en cours au Liban. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé leur trace sur le compte d’un journaliste pakistanais, en octobre 2022. La légende parle d’une « attaque terroriste du mouvement taliban pakistanais (TTP) contre l'armée pakistanaise ». Impressionnante et difficile à géolocaliser, cette vidéo est régulièrement détournée dans différents contextes. L’intelligence artificielle s’emmêle Au-delà des images sorties de leur contexte, les contenus générés par intelligence artificielle se multiplient. C’est le cas de cette photo censée montrer un ballon d’espionnage israélien abattu par le Hezbollah. On pense y voir un dirigeable blanc, en feu, dans un cratère, sous le regard de plusieurs soldats. Les commentaires parlent d’une « grande victoire pour le Hezbollah qui aurait détruit un système radar géant d’une valeur de 230 millions de dollars ». Sauf que tout est faux. Le mouvement islamiste chiite lui-même n’a pas revendiqué une telle attaque. Visuellement d’abord, plusieurs éléments posent problème. On note des effets de flou étranges, des incohérences d'échelle et plusieurs objets métalliques étranges posés sur le sol. De plus, en faisant une recherche sur Google, le moteur de recherche indique que c’est son outil d’IA qui a généré cette image, ce que confirment également les logiciels de détection que nous avons utilisés. Des comptes pro-iraniens À l'origine de toute cette désinformation, on retrouve un écosystème de comptes persanophones, arabophones et anglophones, ouvertement pro-iraniens. La plupart arborent fièrement le drapeau de la république islamique d'Iran en photo de profil. Ce réseau, actif sur X, Facebook et Instagram, fait la propagande de l’Iran et de ses proxys, dont les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban. Cette guerre de l’information en ligne passe par la décrédibilisation de l’adversaire avec, comme on vient de le voir, la multiplication d’infox ciblant principalement Israël mais aussi les États-Unis. À lire aussiLiban: cette vidéo ne montre pas une embuscade du Hezbollah sur des chars israéliens
-
7
Hantavirus: la résurgence des théories complotistes
Les investigations se poursuivent pour remonter à l’origine de l’hantavirus qui a contaminé une dizaine de personnes sur le navire de croisière MV Hondius. En France, tous les cas contacts ont été testés négatifs. L'OMS considère toujours que le risque est faible pour le reste de la population dans le monde. Malgré cela, la désinformation autour de l’hantavirus inonde les réseaux sociaux. Si la situation n’a rien à voir avec la pandémie de Covid-19, les mêmes théories du complot refont surface. Arme de dépopulation massive, faux remèdes, confinement généralisé : l’hantavirus est la nouvelle coqueluche des influenceurs conspirationnistes. Comme durant la crise de Covid-19, ces comptes martèlent, à tort, que nous serions face à une nouvelle « plandémie ». Cette contraction de « plan » et de « pandémie » prétend que la flambée d’hantavirus aurait été volontairement programmée dans un complot perpétré par des élites. Les justifications avancées sont assez farfelues, allant de la mise en place d’une dictature au trucage des votes lors des futures élections de mi-mandat aux États-Unis. L’IA pour fabriquer des preuves Ces théories complotistes reposent exclusivement sur de fausses informations, parfois relativement grossières. C’est le cas de cette vidéo prétendument filmée par un automobiliste. On pense y voir un camion de transport roulant sur une route bitumée. À l’arrière de la benne, des dizaines de souris sont lâchées par une petite ouverture. Plusieurs commentaires évoquent des « souris infectées par l’hantavirus relâchées par l’OMS ». La vidéo cumule plus de deux millions de vues sur X et Facebook. Vérification faite, cette vidéo n’est pas réelle. Ces images ont été générées par intelligence artificielle. Au-delà de l’aspect surréaliste de cette scène, plusieurs éléments visuels interrogent. Les souris projetées à haute vitesse rebondissent toutes au même endroit sur la route. Certains éléments de décor changent de couleur sans raison. Autre élément de vérification : cette vidéo dure précisément 15 secondes. C’est aujourd’hui la durée standard d’un clip généré par un outil d’intelligence artificielle générative grand public. Les détecteurs d’IA que nous avons utilisés pointent vers Sora 2, l’outil développé par OpenAI, la start-up derrière ChatGPT. Revenir sur le devant de la scène Cette infox n’est pas un cas isolé, loin de là. Vidéos sorties de leur contexte, faux articles de presse, déclarations manipulées du directeur général de l’OMS : les modes opératoires sont variés. Les complotistes fabriquent eux-mêmes ces fausses informations pour crédibiliser leurs théories et faire des vues. Parfois marginalisés depuis que le Covid-19 ne représente plus une urgence de santé publique internationale, ces influenceurs voient en l’hantavirus une opportunité de revenir sur le devant de la scène. À lire aussiLes infox alimentent l'inquiétude autour de l'hantavirus Semer la peur Il est toujours très difficile d’estimer concrètement l’impact de ces fausses informations. Ce que l’on sait, c’est qu'elles se multiplient et sont mises en avant par les algorithmes. Bien aidées, aussi, par un traitement médiatique assez dense, parfois anxiogène, ces infox cumulent des millions de vues. Un fonds de commerce dangereux qui sème le doute, agite la peur et dégrade la confiance envers les institutions.
-
6
Deepfakes sexuels: comment l’IA facilite la désinformation de genre
Ces dernières années, les deepfakes sexuels, images ou vidéos ultraréalistes générées par intelligence artificielle, inondent le web. Le phénomène cible presque exclusivement les femmes. Cette semaine, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, en a de nouveau fait les frais. La cheffe du gouvernement italien a elle-même reposté l’un de ces hypertrucages sexuels pour dénoncer la dangerosité du phénomène. Giorgia Meloni en sous-vêtements, assise en tailleur, sur un lit. L’image a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Visuellement, il est presque impossible de distinguer l’utilisation d’un outil d’intelligence artificielle. Pourtant, cette photo n’est pas réelle. Ce n'est pas la première fois que la cheffe du gouvernement italien est ciblée, à son insu, par des deepfakes sexuels. Ces dernières années, son visage est apparu dans plusieurs vidéos pornographiques, parfois visionnées des millions de fois. « Moi, je peux me défendre, beaucoup d'autres ne le peuvent pas », a commenté Giorgia Meloni, sur ses réseaux sociaux. Un phénomène mondial Son cas n’est qu’un exemple parmi d’autres. La superstar américaine Taylor Swift, l'influenceuse française Léna Situations ou encore la députée d’Irlande du Nord, Cara Hunter : le phénomène est planétaire. « Les femmes exposées médiatiquement sont particulièrement ciblées », précise Mathilde Saliou, journaliste et autrice des ouvrages « L’envers de la tech, ce que le numérique fait au monde » et de « Technoféminisme : comment le numérique aggrave les inégalités ». « On se souvient déjà, au milieu des années 2010, d’une vaste fuite d’images intimes de stars de la musique ou de la télévision. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, le phénomène a pris une nouvelle ampleur, avec des fausses images qui réapparaissent régulièrement. Le même schéma s’est répété pour de nombreuses femmes », ajoute-t-elle. Le problème ne concerne pas que les célébrités. Avec le perfectionnement des outils d’IA, une simple photo suffit aujourd’hui pour générer un deepfake sexuel hyperréaliste, le tout sans aucun contrôle ni vérification de l’âge ou du consentement. En début d’année, l’outil Grok d’Elon Musk qui permettait de dénuder n’importe qui avait fait couler beaucoup d’encre. En réalité, il s'agit seulement de la face émergée de l’iceberg. Désinformation de genre Si le terme deepfake sexuel est récent, le phénomène, lui, n'est pas nouveau. L’homme n’a pas attendu l’intelligence artificielle pour détourner illégalement l’image des femmes. Collage sur des magazines de lingerie, détourage de visage, chantage pornographique : la pratique a seulement évolué. La désinformation de genre brise des vies et vise à humilier les femmes. « Ramener les femmes à leur sexualité, à leur corps, pour les humilier est un trope caractéristique du sexisme. Ça fait très longtemps qu’on traite les femmes de salope quand on souhaite les insulter, en évoquant leur vie sexuelle réelle ou supposée. C’est une manière parmi d’autres d’exprimer de la misogynie. Ce qui se rajoute par-dessus ces dernières années, c’est la possibilité de créer des images ultracrédibles pour continuer ces pratiques d’humiliation qui existaient auparavant », explique Mathilde Saliou. Ce qui a changé, ces dernières années, c’est l’industrialisation des deepfakes sexuels. Certaines plateformes en ont fait un véritable business. Des criminels s’en servent également pour générer des contenus pédopornographiques. Le rôle des modèles d’IA Pour Mathilde Saliou, « ce phénomène est le symptôme d’un problème social beaucoup plus large. Les grands modèles d’IA aujourd’hui – qu’ils génèrent des textes, des images ou des vidéos – ont besoin d’énormément de données pour atteindre ce niveau de réalisme bluffant. Au départ, ils étaient entraînés sur des jeux de données relativement maîtrisés, issus notamment du monde de la recherche. Puis, dans une logique de “toujours plus de données”, on est passé à une stratégie qui consiste, pour le dire simplement, à racler le fond d’Internet. Or, quand on aspire tout le web, on récupère aussi des quantités massives de vidéos pornographiques, de contenus tirés de forums qu’on aurait préféré laisser dans les bas-fonds du net, avec très peu de modération et où prolifèrent la misogynie, mais également le racisme, l’homophobie et les propos extrémistes. Tous ces contenus ont été intégrés comme données d’entraînement. C’est pour ça que, selon moi, ces outils ne sont pas neutres. » Accélérer la réglementation Face à ce constat, quelles sont les pistes pour enrayer le phénomène ? Il y a déjà l’évolution de la législation. Certains pays sont plus en avance que d’autres sur le sujet. Même si les lois existent, leur mise en application est souvent difficile. Se pose aussi la question des obligations qui incombent aux plateformes. Les États membres de l'Union européenne se sont entendus jeudi 7 mai pour interdire les IA permettant de dénuder des personnes sans leur consentement. Reste à savoir à quel point cette nouvelle réglementation sera efficace.
-
5
Mali: l’armée malienne et l’Algérie voisine au cœur des rumeurs
Au Mali, la situation reste tendue après les attaques coordonnées du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et du Front de libération de l'Azawad (FLA). Les jihadistes du Jnim ont mis en place un blocus autour de la capitale Bamako. De son côté, le chef de la junte, Assimi Goïta, a assuré à la télévision que la situation était maîtrisée. Dans ce contexte propice à la désinformation, les infox ciblent l’armée malienne et l’Algérie voisine. La rumeur d’un regain de tension entre Alger et Bamako monte sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Certains affirment notamment, à tort, que 300 000 hommes de l’armée malienne se dirigeraient actuellement vers la frontière algérienne. La vidéo qui circule sur TikTok est de mauvaise qualité. Elle montre des centaines de militaires marchant côte à côte, en plein milieu du désert. Les soldats portent une tenue camouflage sable et un gilet tactique kaki. En arrière-plan, on distingue une dizaine de pick-ups et de véhicules blindés parfaitement alignés. Un exercice militaire en Libye Vérification faite, ces images n’ont rien à voir avec le Mali ni même avec l’Algérie. Elles montrent en réalité un exercice militaire de l’armée nationale libyenne. Cette manœuvre, baptisée Tonnerre, s’est déroulée en octobre 2021, en Libye. Les soldats que l’on voit marcher appartiennent à la 106e brigade d’infanterie, fidèle au maréchal Khalifa Haftar, et commandée par l’un de ses fils, Khaled Haftar. Dans les faits, le Mali n’a pas déployé 300 000 soldats à la frontière algérienne. Pour déterminer l’origine de cette vidéo, nous avons commencé par effectuer plusieurs recherches par image inversée (voir ici comment faire). Cette première étape ne nous a pas permis d’identifier immédiatement la source originale. Nous avons toutefois retrouvé la même vidéo, cette fois, de meilleure qualité. L’analyse de la tenue des soldats et du décor nous a alors mis sur la piste de l’armée nationale libyenne, habituée à diffuser ce genre d’images. Après des heures de recherche sur leur chaîne YouTube officielle, nous avons fini par retrouver l’extrait en question, publié le 19 octobre 2021. Un véhicule de l’armée algérienne détruit ? Cette infox ciblant les relations entre Alger et Bamako n’est pas un cas isolé. Une autre vidéo prétend montrer un véhicule blindé de l'armée algérienne, frappé par un drone à la frontière avec le Mali. La légende parle de 17 soldats tués. Cependant, tout est faux. Nous avons retrouvé la trace de ce clip en février dernier. Il montre en réalité une voiture en flammes lors de la 17ᵉ édition de l’Africa Eco Race. Ce rallye-raid s’est déroulé entre Tanger et Dakar. Désordre informationnel régional Cette désinformation profite d’un contexte local et régional déjà sous tension. Depuis la dégradation des relations entre Alger et Bamako en 2025 avec, entre autres, la destruction d'un drone malien à la frontière, la désinformation entre les deux pays prolifère. À lire aussiTensions Mali-Algérie: la désinformation souffle sur les braises Les récentes attaques du Jnim et du FLA au Mali ont relancé la machine. Ces fausses informations, souvent virales, sèment le doute et ajoutent au désordre informationnel dans la région.
-
4
Iran: ce réacteur géant est présenté comme un missile dernière génération
Au Moyen-Orient, le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran tient toujours et Téhéran exclut la réouverture du détroit d’Ormuz tant que le blocus américain sera en vigueur. Donald Trump a de son côté évoqué la possibilité de discuter avec l'Iran, sans préciser de date. Dans ce contexte tendu, la désinformation prolifère sur les réseaux sociaux. La dernière infox en date affirme que l’armée iranienne viendrait de dévoiler un nouveau missile, se préparant à une reprise des hostilités. La vidéo est impressionnante. On y voit une énorme machine grise de forme cylindrique transportée sur une route bitumée. La remorque comporte 21 essieux, soit 42 roues pour supporter l’engin. Les comptes qui diffusent ces images affirment, à tort, qu’il s’agit du Perle, « un nouveau missile dévoilé par l’Iran ». Cela indiquerait « la reprise imminente de la guerre contre les États-Unis et Israël ». Pour savoir ce que montre réellement cette vidéo, nous nous sommes intéressés au symbole visible sur un panneau positionné sur la partie centrale de cet engin. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) indique qu’il s’agit du logo de la société iranienne Machine Sazi Arak, spécialisée dans la fabrication d’équipements industriels. Réacteur industriel En consultant les réseaux sociaux de cette entreprise, sous sanctions européennes, nous avons retrouvé d’autres images de ce convoi exceptionnel. Une vidéo publiée en décembre 2023 indique qu’il s’agit d’un réacteur destiné à la production de fer spongieux. L’engin, mesurant 40 mètres de long et pesant plus de 400 tonnes, a été transporté depuis l’usine de fabrication située à Arak, jusqu’au complexe sidérurgique de Butia, en Iran. Le voyage, de près de 1 000 kilomètres, entamé en octobre 2023, aura duré plus d’un an. Sans mener ce travail de recherche, plusieurs éléments permettent rapidement de savoir que ces images ne montrent pas un missile. D’abord, le convoi n’est pas escorté par l’armée, ce qui serait la norme pour le transport d’une nouvelle arme. Ensuite, cet engin, très long, composé de différents tuyaux et autres systèmes de fixation, ne ressemble pas du tout à un missile. Cette vidéo circulait d’ailleurs déjà en juin 2025 lors de la guerre des 12 jours entre Israël et l’Iran. Cette infox refait donc surface au gré de l’actualité. Propagande pro-iranienne Derrière cette fausse information, on retrouve différents comptes persanophones, ouvertement pro-iraniens. Certains partagent depuis des mois la rumeur d’un nouveau missile de dernière génération développé par l’Iran. En réalité, toutes les vidéos présentées comme des preuves sont soit sorties de leur contexte, soit générées par intelligence artificielle. Ces contenus, avec un visuel très impactant, parviennent souvent à cumuler des millions de vues. Un mode opératoire récurrent Ce n’est pas la première fois qu’un engin industriel est présenté, à tort, comme une arme. Ce mode opératoire est en vogue, partout dans le monde. Le dernier exemple en date circulait au Cameroun avec des cuves de fermentation de bière présentées comme des armes nucléaires russes. À chaque fois, on retrouve une vidéo impressionnante montrant une machine industrielle, accompagnée d’une légende racoleuse. Cette recette fonctionne si l’on en croit les millions de vues que cumulent ces fausses informations. À lire aussiCameroun: des cuves de fermentation de bière présentées comme des armes nucléaires
-
3
Blocus américain du détroit d'Ormuz: le vrai du faux sur les images qui circulent
Le détroit d’Ormuz est sous blocus américain depuis lundi 13 avril. Le Commandement central des États-Unis assure qu’aucun navire n’a pu rejoindre les ports iraniens, parlant d’au moins dix bateaux refoulés. De son côté, l’Iran affirme que ses bateaux continuent de naviguer, mais à un rythme très lent. Téhéran menace d’entraver le trafic maritime dans la région si les États-Unis maintiennent leur blocus. Ce brouillard de guerre favorise la prolifération des fausses informations. Les rumeurs mensongères autour de la situation actuelle dans le stratégique détroit d’Ormuz se multiplient sur les réseaux sociaux ces derniers jours. La dernière en date affirme que la Chine serait intervenue militairement dans la zone pour rétablir la liberté de navigation. Cette fausse information repose sur une vidéo montrant un imposant dispositif naval et aérien en pleine mer. On y voit une dizaine d’avions de combat et au moins six bâtiments de guerre. « La Chine vient de briser le blocus américain », indique la légende de ce clip, vu plusieurs centaines de milliers de fois sur TikTok. En réalité, l’armée chinoise n’est pas intervenue pour briser le blocus américain. Si la Chine a haussé le ton, dénonçant « un comportement dangereux et irresponsable » de la part du gouvernement de Donald Trump, Pékin n’a pas mis sur la table une potentielle intervention militaire. Aucune information ne laisse présager une confrontation directe entre les deux marines les plus puissantes du monde, dans le détroit d’Ormuz. Un exercice militaire L’analyse de cette vidéo montre qu’il s’agit de matériel militaire occidental et non chinois. Nous avons identifié un porte-hélicoptères japonais de la classe Hyuga, quatre avions de combat F-18, quatre F-35 ainsi qu’un avion radar embarqué. Ces aéronefs sont tous de fabrication américaine. L’alignement des navires et la formation resserrée des chasseurs indiquent que cette scène a été filmée lors d’un exercice naval, probablement lors d’un RIMPAC, un exercice militaire réalisé tous les deux ans par différentes marines occidentales sous la supervision de l’armée américaine. Une recherche par image inversée montre que cette vidéo circule dans différents contextes, depuis plus de quatre ans. Un sous-marin à quai américain dans un port iranien ? Cette vidéo, sortie de son contexte, est loin d’être un cas isolé. Ce type d’images détournées autour du blocus américain se compte par centaines. C’est le cas de cette vidéo, relayée cette fois par des comptes pro-américains. On y voit un sous-marin naviguer en surface, avec une partie de l'équipage fièrement alignée sur la coque. La légende parle d’un port iranien sous contrôle américain. Vérification faite, ce clip montre l’arrivée du sous-marin nucléaire d'attaque britannique, HMS Anson, à la base navale de Stirling en Australie, en février 2026. Guerre de l'information D’un côté comme de l’autre, les comptes de propagande pro-iraniens et pro-américains cherchent à tout prix à imposer leur narratif. La désinformation est au cœur de la bataille informationnelle qui se joue actuellement en ligne. Les informations vérifiées et les vidéos authentiques sont les premières victimes de cette guerre de l’information qui fait rage sur les réseaux sociaux.
-
2
Hongrie: l’intelligence artificielle et la désinformation brouillent les élections
En Hongrie, des élections législatives cruciales se tiennent ce dimanche 12 avril. Le Premier ministre nationaliste Viktor Orbán, du parti Fidesz, espère briguer un cinquième mandat mais son concurrent, Péter Magyar, chef du Tisza, est jusqu’ici en tête dans les sondages. La campagne électorale a été marquée par un flot constant de fausses informations. Péter Magyar et sa formation politique sont notamment la cible de plusieurs vidéos générées par intelligence artificielle. Péter Magyar en train de se droguer dans une boîte de nuit, de câliner le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ou de brûler volontairement des billets de banque. Les vidéos artificielles détournant l’image du favori du scrutin se comptent par centaines sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Accompagnés de messages politiques, ces contenus mensongers cherchent à dénigrer le candidat du Tisza et, au contraire, à vanter le Fidesz, parti de Viktor Orbán. Certaines de ces infox cumulent des centaines de milliers de vues. L’analyse des comptes à l’origine de ces infox (leur date de création, leur photo de profil) montre qu’il s’agit d’une vaste opération d’influence multi-plateformes. En décembre dernier, TikTok avait annoncé la suppression d’une trentaine de faux comptes. Ce réseau amplifiait artificiellement « les discours favorables au parti politique de Viktor Orbán ». Des animaux tenant des propos anti Péter Magyar, des faux articles de presse : les formats sont variés. On ne sait pas, à ce stade, qui est le commanditaire. L’IA, instrument de communication politique Depuis le lancement de la campagne, le parti de Viktor Orbán ne s’est pas privé d’utiliser l’intelligence artificielle pour s’attaquer à son adversaire. Le Fidesz a multiplié ce type de vidéo synthétique sur des sujets variés. La plus commentée raconte l’histoire d’une petite fille qui attend que son père, parti à la guerre, rentre à la maison. L’homme est finalement exécuté par balles. « Pour l'instant, ce n'est qu'un cauchemar, mais Bruxelles se prépare à le concrétiser », indique la légende, en référence à la guerre en Ukraine. L’Ukraine comme bouc émissaire L’Ukraine occupe une place majeure dans la campagne. Le Fidesz répète à tort et à travers que le Tisza va entraîner la Hongrie dans la guerre. Dans plusieurs vidéos artificielles, Péter Magyar est présenté comme une marionnette de Kiev et Bruxelles. Viktor Orbán, allié de Vladimir Poutine, a fait de l’Ukraine son bouc émissaire. Le Fidesz agite la peur pour conserver le pouvoir. Une stratégie de longue date selon Gábor Polyák, directeur de recherche au sein de l’ONG hongroise Mertek Media Monitor : « Cette construction constante de nouveaux ennemis et le fait de se présenter comme le défenseur de la nation hongroise sont la méthode typique du Fidesz depuis 2015. C’est à cette époque que ce genre de campagne a commencé. Il y a d’abord eu les migrants, puis George Soros et ses agents, puis Bruxelles, puis la communauté LGBTQ+... ». Reste à savoir si cette stratégie sera payante, ce que les derniers sondages semblent contredire.
-
1
Non, le Japon ne vient pas d’adopter une loi anti-islam
Le Japon vient-t-il de voter une série de lois anti-islam ? C’est ce qu’affirme, à tort, une rumeur devenue virale sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Des comptes influents évoquent de nouvelles mesures particulièrement contraignantes pour les citoyens musulmans dans un pays pourtant laïque, comme la France. Cette fausse information n’est pas nouvelle. Elle resurgit régulièrement, sous différentes formes, depuis plus de dix ans. Cette rumeur circule à travers une vidéo vue plus de dix millions de fois sur X, Facebook et TikTok. On y voit un homme politique prendre la parole dans ce qui ressemble à l’une des chambres du Parlement japonais. S’ensuivent des cris de soutien d’une partie de l'hémicycle. La légende parle, à tort, de nouvelles lois anti-islam votées ces derniers jours. Interdiction des mosquées, des prières dans la rue, du port du voile, de la nourriture halal : « Les musulmans ne sont plus les bienvenus au Japon », commentent plusieurs utilisateurs. Vérification faite, tout est faux, sur le fond comme sur la forme. Comme l’indiquent les comptes rendus du Parlement, aucune loi de ce type n’a été promulguée au Japon. Une telle mesure aurait évidemment fait du bruit, que ce soit dans la presse locale ou à l’international. Dans les faits, le Japon est un pays laïque. La liberté de culte est régie par l’article 20 de la Constitution nippone. Dissolution de la Chambre basse Grâce à une recherche par image inversée, nous avons retrouvé la trace de cette vidéo sur le site internet de la télévision en ligne de la Chambre des représentants. On y apprend que ce clip montre l’annonce de la dissolution de la Chambre basse du Parlement japonais, le 23 janvier 2026. La traduction des propos de Fukushirō Nukaga, l’ancien président de cette chambre, le confirme. Il annonce en japonais : « La Chambre des représentants est dissoute conformément à l'article 7 de la Constitution du Japon ». Cette dissolution, décidée par l’actuelle Première ministre ultra-conservatrice Sanae Takaichi, a permis à son camp, le Parti libéral-démocrate, de remporter une majorité des deux tiers à la Chambre basse. Une infox récurrente Ce type de rumeurs circule en ligne depuis maintenant plus de dix ans. Le premier article de vérification que nous avons trouvé sur le sujet remonte au 17 novembre 2015. Cette fausse information resurgit presque chaque année au gré de l’actualité. Elle prend souvent différentes formes : des vidéos sorties de leur contextes, des mèmes, des déclarations mal traduites, etc. Certains influenceurs ouvertement xénophobes diffusent cette infox en parlant d’une décision historique, souhaitable en Europe. D’autres s’en servent au contraire pour critiquer le Japon, jugé comme un pays trop conservateur. Dans tous les cas, cette fausse information génère beaucoup de débat, d’engagement et donc beaucoup de vues. Cela explique qu’on la retrouve régulièrement relayée par des comptes qui ont fait de la désinformation une véritable source de revenus.
We're indexing this podcast's transcripts for the first time — this can take a minute or two. We'll show results as soon as they're ready.
No matches for "" in this podcast's transcripts.
No topics indexed yet for this podcast.
Loading reviews...
ABOUT THIS SHOW
Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité d'une déclaration, d'une photo ou d'une vidéo... qui circule sur les réseaux sociaux, joignez-nous sur notre numéro WhatsApp + 33 6 89 07 61 09.
HOSTED BY
RFI
Loading similar podcasts...