EPISODE · Nov 11, 2024 · 7 MIN
A quoi ça sert un serviteur inutile ? - Méditation du mardi 12 novembre 2024
from Méditations quotidiennes - Centre Le Pèlerin · host Centre Le Pèlerin
Évangile du mardi 12 novembre - 32e semaine du Temps ordinaire Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions « Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir » (Lc 17, 7-10) En ce temps-là, Jésus disait : « Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour” ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” » Un « moi » malheureux est un maître exigeant. Attachés à notre culpabilité, nous servons avec constance notre malheur. Nous portons la livrée de l’humiliation. Un signe d’infamie suit chacun de nos gestes. Sur notre nuque, cuit une chaleur malsaine : la honte est notre maître. Beaucoup, comme l’écrit Spinoza, « combattent pour leur servitude, comme s'il s'agissait de leur salut » (1). Dans une inversion terrible, nous combattons pour demeurer soumis à notre idole. Dans le roman de Balzac La cousine Bette, Lisbeth Fischer est une vieille fille obsédée par la destruction systématique de son entourage. Prisonnière d’une haine envers sa cousine Adeline, elle cherchera à l’anéantir par tous les moyens. Lisbeth Fischer, surnommée la cousine Bette croit atteindre la liberté en se vengeant, alors qu’elle se soumet pieds et poings liés à son moi rétréci. Pour nombre de nos contemporains, la liberté ne se trouve plus en Dieu : « Dieu » est devenu un mot triste, le mot « religion », chassé des conversations, est synonyme de contrainte stérile. Et pourtant, notre Seigneur n’est-il pas un maître « doux et humble de cœur » (Mt 11,29) ? L’Esprit n’est-il pas exactement où se trouve la liberté (2Co 3,17) ? Ce que la cousine Bette n’avait pas compris, c’est que l’amour agrandit notre espace… La gratuité du service libère des préoccupations obsédantes du moi blessé auquel on doit tous les égards. Servir le Seigneur est un élargissement des préoccupations du moi, le service s’accomplit marqué par la liberté. Alors, un regard clair se lève sans quémander une autorisation, ni une approbation : « C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. » (Éphésiens 2,8). Quelle simplicité quand l’amour apaise le cœur ! Le romancier Georges Bernanos, dans la dernière page du Journal d'un curé de campagne, fait dire à son jeune prêtre en charge de la petite paroisse artésienne (2) d’Ambricourt : « L’espèce de méfiance que j’avais de moi, de ma personne, vient de se dissiper, je crois, pour toujours. Cette lutte a pris fin. Je ne la comprends plus. Je suis réconcilié avec moi-même, avec cette pauvre dépouille. Il est plus facile que l'on croit de se haïr. La grâce est de s'oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s'aimer humblement soi-même, comme n'importe lequel des membres de Jésus-Christ ». La foi est une jeune enfant qui ne s’assoit pas pour attendre que le Seigneur la serve par sa grâce. Pétillante, elle aime servir avec son Seigneur. Ses yeux guettent le maître divin (Ps 123,1-2). Lorsque ce jeune enfant sert, il est sûr d’être tout contre Celui qui a dit, là où je suis, là aussi sera mon serviteur (Jn 12,26). L’enfant s’amuse avec une Sagesse joueuse qui déclare : « Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. » (Proverbes 8,31).
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Évangile du mardi 12 novembre - 32e semaine du Temps ordinaire Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions « Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir » (Lc 17, 7-10) En ce temps-là, Jésus disait : « Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour” ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” » Un « moi » malheureux est un maître exigeant. Attachés à notre culpabilité, nous servons avec constance notre malheur. Nous portons la livrée de l’humiliation. Un signe d’infamie suit chacun de nos gestes. Sur notre nuque, cuit une chaleur malsaine : la honte est notre maître. Beaucoup, comme l’écrit Spinoza, « combattent pour leur servitude, comme s'il s'agissait de leur salut » (1). Dans une inversion terrible, nous combattons pour demeurer soumis à notre idole. Dans le roman de Balzac La cousine Bette, Lisbeth Fischer est une vieille fille obsédée par la destruction systématique de son entourage. Prisonnière d’une haine envers sa cousine Adeline, elle cherchera à l’anéantir par tous les moyens. Lisbeth Fischer, surnommée la cousine Bette croit atteindre la liberté en se vengeant, alors qu’elle se soumet pieds et poings liés à son moi rétréci. Pour nombre de nos contemporains, la liberté ne se trouve plus en Dieu : « Dieu » est devenu un mot triste, le mot « religion », chassé des conversations, est synonyme de contrainte stérile. Et pourtant, notre Seigneur n’est-il pas un maître « doux et humble de cœur » (Mt 11,29) ? L’Esprit n’est-il pas exactement où se trouve la liberté (2Co 3,17) ? Ce que la cousine Bette n’avait pas compris, c’est que l’amour agrandit notre espace… La gratuité du service libère des préoccupations obsédantes du moi blessé auquel on doit tous les égards. Servir le Seigneur est un élargissement des préoccupations du moi, le service s’accomplit marqué par la liberté. Alors, un regard clair se lève sans quémander une autorisation, ni une approbation : « C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. » (Éphésiens 2,8). Quelle simplicité quand l’amour apaise le cœur ! Le romancier Georges Bernanos, dans la dernière page du Journal d'un curé de campagne, fait dire à son jeune prêtre en charge de la petite paroisse artésienne (2) d’Ambricourt : « L’espèce de méfiance que j’avais de moi, de ma personne, vient de se dissiper, je crois, pour toujours. Cette lutte a pris fin. Je ne la comprends plus. Je suis réconcilié avec moi-même, avec cette pauvre dépouille. Il est plus facile que l'on croit de se haïr. La grâce est de s'oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s'aimer humblement soi-même, comme n'importe lequel des membres de Jésus-Christ ». La foi est une jeune enfant qui ne s’assoit pas pour attendre que le Seigneur la serve par sa grâce. Pétillante, elle aime servir avec son Seigneur. Ses yeux guettent le maître divin (Ps 123,1-2). Lorsque ce jeune enfant sert, il est sûr d’être tout contre Celui qui a dit, là où je suis, là aussi sera mon serviteur (Jn 12,26). L’enfant s’amuse avec une Sagesse joueuse qui déclare : « Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. » (Proverbes 8,31).
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