EPISODE · Apr 29, 2026 · 58 MIN
Attention travail ! Une histoire de sécurité : Coup de grisou et silicose, les mines à pleins poumons
Descendre à la mine est extrêmement dangereux. Le corps est meurtri, dans des conditions de travail terrifiantes, et l’accident guette dans l’obscurité de chaque galerie. Soudain, le grisou, qui se dégage du charbon, explose et c’est la catastrophe. Hors de la mine, la menace demeure, avec la silicose, la maladie où l’on crache ses poumons. Sombre univers professionnel que celui de la mine. Accidents et maladies, les mineurs en première ligne En surface ou dans le fond, les hommes, femmes et enfants sont quotidiennement confrontés aux dangers des mines, des maladies liées à l’inhalation de la poussière aux risques d’éboulements. Les ouvriers et ouvrières sont conscients des risques de leur emploi mais restent dépendants d’un système minier paternaliste. Ce sont les accidents meurtriers qui motivent les avancées sociales. En 1906, un incendie provoque une explosion massive dans les mines de Courrières, dans le Nord-Pas-de-Calais. 1099 mineurs y perdent la vie. L’historien Bastien Cabot, chercheur post-doctorant au Centre d’histoire de Sciences Po, souligne : “Ce qui va intéresser les ingénieurs, c'est de lutter d'abord contre les catastrophes collectives. Parce que l'accident individuel, on peut essayer de le maîtriser. La différence est de nature morale, puisque c'est une question de responsabilité [des ingénieurs et exploitants]. La catastrophe collective est anormale et il faut la réguler.” La catastrophe de Courrière entraîne une grève générale. Des ouvriers et ouvrières se syndiquent et appellent à une protection des travailleurs et des travailleuses. Revendiquer sa protection au 19ᵉ siècle Le contrôle et la surveillance des mines sont effectués par les exploitants miniers et ingénieurs des mines. Dès 1848, les mouvements ouvriers réclament la reprise du contrôle des mines par des pairs et l’établissement de plans de sécurité. “Des délégués mineurs sont élus tous les 3 ans”, explique l’historien Charles-Antoine Wanecq, professeur junior d’histoire contemporaine à Sciences Po Lille, pour défendre les revendications ouvrières et la démocratisation de la gestion des caisses de retraites auprès du Parlement, ainsi que pour apporter un regard d’expert sur les conditions de travail des mineurs. “Issus eux-mêmes des métiers de la mine, ils jouent un rôle d’interface entre les mouvements syndicaux et les ingénieurs. Ils produisent des rapports qui décrivent précisément les conditions de travail dans le fond et font remonter les revendications sur la sécurité et sur la santé.” L’ébauche d’une protection sociale minière au 20ᵉ siècle Face au coût et à l’inefficacité des mesures de protection collective, telles que l’injection d’eau pour fixer la poussière ou la mise en place de systèmes d’aération des fonds miniers, des protections individuelles se généralisent progressivement dans les mines. Les masques distribués servent en réalité davantage à rendre acceptable la poursuite des exploitations minières et à retarder l’apparition des symptômes, qu'à protéger des maladies respiratoires. En 1946, la sécurité sociale minière s’établit et la médecine du travail devient obligatoire dans les entreprises privées. Les mineurs ne sont plus obligés de se rendre chez des "médecins au carnet", ils peuvent désormais être suivis par des médecins salariés. La même année, les puits de houille sont nationalisés et le statut de mineur de fond est reconnu comme la profession la plus exposée aux maladies et accidents professionnels. Ce statut spécial sert par la suite de modèle pour l’ensemble du monde ouvrier. Pour en savoir plus Bastien Cabot est agrégé et docteur en histoire, chercheur post-doctorant au Centre d'histoire de Sciences Po. Ses publications : La sécurisation des mines au XIXᵉ siècle : savoirs, pouvoirs et contre-pouvoirs, Classiques Garnier, 2025. La Gauche et les Migrations. Une histoire de l’internationalisme, XIXᵉ-XXᵉ siècle, Presses universitaires de France, 2024. “À bas les Belges !” L’expulsion des mineurs borains, Presses universitaires de Rennes, 2017. Charles-Antoine Wanecq est professeur junior en histoire contemporaine à Sciences Po Lille. Ses publications : Il est l’auteur de l’article “Le masque ou l’utopie de la mine saine. Controverses socio-techniques autour du masque anti-poussières au crépuscule de l’industrie houillère (années 1930-1980)”, Utopies Techniques, Flux nᵒ 143, 2026. Sauver. Une histoire des secours d’urgence en France (années 1920-années 1980), Presses de Sciences Po, 2026. Références sonores : Rapport du délégué mineur Piaud, lors du Comité du travail de l’Assemblée constituante suite à l’enquête initiée le 25 mai 1848, lu par Sidonie Lebot Allocution du politicien Guy Mollet à propos de la catastrophe de Courrières, RTF, 10 mars 1956. Des ouvriers mineurs à propose de a silicose, "Cinq colonnes à la une", RTF, 6 avril 1963. Note d'une visite d'un délégué mineur, rapport du 12 octobre 1946, lu par Daphné Leblond. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.
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