EPISODE · Apr 27, 2026 · 58 MIN
Attention travail ! Une histoire de sécurité : Dangers sur l’eau, veiller à la sécurité des gens de mer
Les accidents du travail font rarement la une de l’actualité, pourtant, chaque jour en France, plusieurs personnes perdent la vie à cause de leur activité professionnelle. À ces morts s’ajoutent des centaines de blessés. Des chiffres effrayants, avec les accidents de trajet et les maladies professionnelles. Cette semaine, le Cours de l’histoire consacre ses émissions à la sécurité au travail : coup de grisou ou silicose, l'histoire du travail dans les mines à pleins poumons, l'histoire toxique de l’industrialisation, avec le corps au travail confronté aux produits chimiques, l'histoire d’un scandale de santé publique avec l'amiante et l'histoire de la sécurité des "gens de mer". Du port à la navigation À l’époque moderne, les gens de mer pratiquent différentes activités : la pêche, la navigation au long cours et la navigation près des côtes pour les marchands. Aux 17ᵉ et 18ᵉ siècles, l’État royal améliore les conditions sanitaires des grands ports de guerre tels que Brest, Lorient, Rochefort ou encore Toulon. Médecins, chirurgiens et apothicaires rejoignent les quais des ports de guerre pour assurer le soin des gens de mer. L’éclairage des ports se développe également par la construction de phares, en particulier sur la côte Atlantique, où le commerce colonial est extrêmement développé. Une fois à bord, les marins s’exposent à de nombreux risques : noyades, chutes, pathologies, voire maladies comme le scorbut. Seules certaines navigations au long cours ont le droit à un médecin ou chirurgien à bord. Ce qui compte en premier pour les armateurs, c’est le profit économique à l’arrivée, et non la sécurité des marins, qui est considérée comme "une quantité négligeable, une notion marginale", explique Thierry Sauzeau, professeur d'histoire moderne à l'Université de Poitiers. "On ne s'y intéressait que par le biais de l'avitaillement, c'est-à-dire tout ce qu'on embarquait et qui était nécessaire à la vie quotidienne à bord des navires. Ce qui résultait de l'accident ou de l'imprévu était très peu pris en compte, avec des gradients de situation très différents : [la sécurité des marins était] mieux prise en compte sur les navires de guerre et sur les navires où on embarquait une 'cargaison humaine' [lors] de la traite négrière, ou bien sur les navires de très long rayon d'action, ceux de la Compagnie des Indes orientales, par exemple. La sécurité des marins était moins prise en compte en ce qui concernait les navigations plus courtes, qu'elles soient de pêche ou de commerce." Le secours des naufragés L’un des risques les plus grands dans la vie d’un marin est le naufrage. Par essence imprévisible, le naufrage est causé par différents facteurs. Si la plupart sont dus aux conditions météorologiques, d’autres le sont à cause d’une mauvaise manœuvre, d’une décision prise par erreur, voire d’une attaque. Les naufrages les plus courants ont lieu au contact de la terre, et non en pleine mer. La mort n’est pas la conséquence immédiate du naufrage. Si une formation aux risques maritimes est souvent donnée à bord aux marins qui embarquent pour la première fois, l'expérience de la vie à bord et du naufrage constitue un moyen pour les marins d'adopter des réflexes et des pratiques pour éviter les dangers. Pendant les naufrages, les personnes les plus exposées sont donc "des personnes qui n'ont soit pas du tout [cette expérience], soit pas encore", souligne Léa Tavenne, maîtresse de conférences en histoire moderne à l'Université Bretagne Sud. "On voit un nombre important, dans les proportions de morts lors des naufrages, de mousses ou de novices, des personnes qui n'ont pas encore vraiment eu d'expérience. On voit aussi beaucoup les passagers. Cela montre que la formation des gens de mer est utile lors des naufrages, puisque les passagers, les femmes et les enfants en particulier, sont les plus exposés, soit parce qu'ils sont trop habillés, soit parce qu'ils ont moins de résistance au froid, et parce qu'ils n'adoptent pas les bons gestes. [Les passagers, les mousses et les novices] passent à la mer très rapidement. Ils décident volontairement de se jeter à la mer, en pensant qu'ils sont capables d'aller jusqu'à la côte. Évidemment, ce n'est pas possible et c'est là qu'ils meurent noyés. Donc le temps des bonnes pratiques permet aux gens de mer d'être beaucoup moins vulnérables lors des naufrages." Sous l’Ancien Régime, le secours aux naufragés existe et se manifeste de différentes manières : l’équipage peut se sauver lui-même, être secouru par d’autres gens de mer ou par des individus de la communauté littorale la plus proche, souvent alertés par des cris. Ce n’est qu’à partir du 19ᵉ siècle que le secours aux naufragés s'institutionnalise, avec la création en 1865 de la Société centrale de sauvetage des naufragés (SCSN). Cette société forme des sauveteurs, met à disposition des canaux de sauvetage et crée du matériel. Les Invalides de la marine Au 17ᵉ siècle, l’État royal a besoin de plus en plus de main-d’œuvre pour naviguer dans la marine royale. Pour encourager les gens de mer à rejoindre les navires du Roi Soleil, Colbert crée l’institution des Invalides par l’Ordonnance de la marine de 1681. Après avoir rejoint les navires du roi de manière périodique, les gens de mer peuvent bénéficier d'assistance, de soins et même d’une retraite quand ils sont démobilisés. Dès la fin du 17ᵉ siècle, le système de soins fonctionne. Des religieuses, médecins et chirurgiens accueillent les marins blessés au service du roi. Après le règne belliqueux de Louis XIV, le ministère de la Marine investit davantage dans le soin et le suivi sanitaire des gens de mer. Il s’agit bel et bien du premier système de protection sociale. Pour en savoir plus Thierry Sauzeau est professeur d'histoire moderne à l'Université de Poitiers. Ses publications : (avec Frédéric Chauvaud), Bulles marines et cases maritimes, Presses universitaires de Rennes, 2023 . (co.dir., François Brizay), Les étrangers sur les littoraux européens et méditerranéens. À l’époque moderne (fin XVe début XIXe siècle), Presses universitaires de Rennes, 2021. Léa Tavenne est maîtresse de conférences en histoire moderne à l'Université Bretagne Sud. Ses publications : Mille et un naufrages en Méditerranée. Histoire du risque en mer dans le golfe du Lion (1700-1920), Presses universitaires de Perpignan, à paraître en 2027. Références sonores de l'émission : "Adieu chers camarades", Chants de marins, Les Gabiers d'Artimont, 1989. Jean Marie parle de l'édit de Nancy de 1673, RTF, 24 juin 1950. "Les Naufragés", André Pasdoc, 1935. Lecture par Aloïs Guerin d'un extrait de l’ordonnance de la marine du mois d’août 1681, Livre IV. Lecture par Sam Baquiast de l'ordonnance de Louis XIV pour les armées navales et arsenaux de marine , 15 avril 1689 Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.
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