Enluminures, BD, mangas, quand le dessin raconte : Bas-reliefs ou papyrus, en Mésopotamie ou en Égypte, la bande dessinée se profile episode artwork

EPISODE · Jul 6, 2026 · 58 MIN

Enluminures, BD, mangas, quand le dessin raconte : Bas-reliefs ou papyrus, en Mésopotamie ou en Égypte, la bande dessinée se profile

from Le Cours de l'histoire

Rediffusion de l'épisode du 2024-05-13 Fuyons l’anachronisme et la recherche, parfois illusoire, des prémices d’objets culturels contemporains dans un univers historique très différent. La bande dessinée serait-elle née dans l’Antiquité ? Évidemment non, pas telle que nous la concevons aujourd’hui. Pourtant, le récit en images accompagné de textes est bien présent sur les bas-reliefs et les papyrus : en Mésopotamie et dans l’Égypte ancienne, la bande dessinée se profile ! Une forte intimité entre l'image et l'écrit Les premières images signifiantes font leur apparition en Mésopotamie et en Égypte ancienne dès le 4ᵉ millénaire avant notre ère. "On est dans la zone qui a vu émerger le texte de l'image, contrairement au préjugé que nous avons du texte qui prédomine sur l'image. En réalité, le texte vient de l'image en Mésopotamie, mais s'en dissocie très vite", précise Ariane Thomas, directrice du département des Antiquités orientales au Musée du Louvre. Qu'il s’agisse de la civilisation de Nagada ou de celle d’Uruk, les images signifient désormais davantage que ce qu’elles montrent. En Égypte, cette charge symbolique de l’image se développe en même temps que s’étoffent les conventions picturales. De la grille de proportions à l’orientation des hiéroglyphes, rien n’est laissé au hasard. Ces différentes règles composent un genre pictural unique, qui se distingue encore par son usage de l’aspectivité : il s'agit de combiner plusieurs points de vue d’un même personnage, objet, ou lieu pour en rendre une représentation symbolique pensée comme une synthèse. Représenter l'ordre des choses L'aspectivité permet une identification immédiate des sujets et sert l’une des fonctions majeures de l’image égyptienne : sa dimension performative. L’image est pensée comme un rituel : représenter quelque chose, c’est le faire advenir. Le choix d’une image aspective permet donc de s’assurer que cette version réelle de la représentation sera fidèle en tous points au modèle de départ. "Dans l'esprit des Égyptiens, tout a été créé de manière idéale par le démiurge, le dieu créateur. Cet ordre des choses, auquel les Égyptiens ont donné le nom de Maât, est à la fois un concept et une divinité : (ce sont) les choses telles qu'elles doivent être, aussi bien dans l'ordre divin que sur Terre (...). Les images, avec les textes qui sont appairés, doivent représenter cette réalité idéale", commente Hélène Bouillon, directrice de la conservation, des expositions et des éditions au Louvre Lens. Cette dimension performative prend tout son sens dans les rites funéraires. Les tombes s’ornent de représentations de nourriture, de parures, de richesses, de cruches de vin, mais aussi d’esclaves, dessinés pour s’assurer que le défunt aura tout ce qu’il lui faut lors de son arrivée dans l’au-delà. Cette image égyptienne, magique et très codifiée, est indissociable du texte qui l’accompagne. La légende et les lignes de dialogue s’invitent souvent dans l’image elle-même et l’écriture elle-même revêt une dimension iconique très forte. L’image sans texte n’existe pas, et inversement. Texte et image dans l'art mésopotamien, un enrichissement mutuel Si l’art mésopotamien, dans ses représentations du divin et du politique, mobilise le texte et l’image, ils restent distincts l’un de l’autre. L’image mésopotamienne est majoritairement représentée par la statuaire, plutôt que par la peinture ou les fresques. Ces statues et ces stèles comportent souvent des images et du texte, qui se complètent et s’enrichissent mutuellement pour proposer des récits complets. "Le texte et l'image ont une autonomie complémentaire", résume Ariane Thomas. La stèle des vautours, datée de -2450 avant notre ère, est l’un des exemples les plus anciens et les plus célèbres de cette mobilisation conjointe du texte et de la représentation picturale. Bien que fragmentaires, le texte et l’image se complètent pour célébrer la victoire du roi Eannatum de Lagash sur les troupes du royaume voisin d’Umma. La stèle comporte une face historique, représentant le roi et ses armées, et une face mythologique représentant le dieu qui a permis cette victoire. Ces images sont légendées par un long texte en sumérien. Ariane Thomas évoque également les sceaux-cylindres, supports miniatures répandus en Orient : "Ce sont de tout petits objets en pierre, qu'on pouvait porter en pendentif et qui tiennent au creux de la main, gravés de scènes et souvent de textes (...). Sur cette toute petite surface, (...) on peut avoir à l'échelle miniature de la monumentalité combinant texte et image qu'on déroule à l'infini." Comment les civilisations égyptiennes et mésopotamiennes ont-elles pensé le lien entre l’image et l’écrit pour raconter leur monde et leurs croyances ? Pour en savoir plus Hélène Bouillon est égyptologue, conservatrice en chef, directrice de la conservation, des expositions et des éditions au Louvre Lens. Publications : Une histoire des animaux fantastiques. Dragons, licornes, griffons, Presses universitaires de France, 2023 Que sais-je ? Les 100 mythes de l’Égypte ancienne, Presses universitaires de France, 2020 Ariane Thomas est docteure en archéologie orientale, directrice du département des Antiquités orientales au Musée du Louvre et conservatrice des collections mésopotamiennes. Publications : Les Peintures murales du palais de Tell Ahmar, Éditions du musée du Louvre, 2019 La Mésopotamie au Louvre. De Sumer à Babylone, Éditions du musée du Louvre, 2016 Références sonores Archive de Dominique Charpin, assyriologue, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, professeur au Collège de France, Les cours du Collège de France, France Culture, 11 mai 2016 Archive sur Champollion et le déchiffrement des hiéroglyphes, France Inter, 11 septembre 1972 Extrait du film Astérix et Obélix, mission Cléopâtre d'Alain Chabat, 2002 Archive d'André Parrot, archéologue, directeur du département des antiquités orientales du musée du Louvre puis directeur du Musée du Louvre, Heure de culture française, 1950 Extrait du film animé Astérix et Cléopâtre de René Goscinny et Albert Uderzo, d'après leur bande dessinée, 1960 Musique du générique : Gendèr par Makoto San, 2020

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