Des artistes face à l'émotion de l'histoire : Du collage à la sculpture, des artistes s’emparent du passé pour créer episode artwork

EPISODE · Apr 22, 2026 · 58 MIN

Des artistes face à l'émotion de l'histoire : Du collage à la sculpture, des artistes s’emparent du passé pour créer

from Le Cours de l'histoire

Des Caraïbes au pourtour méditerranéen en passant par les champs de bataille de la Grande Guerre, de l’antique Sumer à Aimé Césaire, les artistes contemporains inscrivent leurs créations dans une histoire d’apprentissage et de transmission. Redonner vie à l’histoire des Caraïbes Redonner un nom et un visage à des figures historiques invisibilisées, c’est ce à quoi s’attelle l’artiste plasticien Raphaël Barontini dans ses différentes créations. Toussaint Louverture, Henri Christophe, Dutty Boukman, Cécile Fatiman, autant de noms qui reprennent vie à travers ses œuvres. L’histoire des Caraïbes et plus largement des Amériques, liée intrinsèquement aux empires coloniaux, est le fil conducteur de ses créations, qui allient collages numériques, peintures et pièces de textile. En 2023, à l'occasion de son exposition We Could Be Heroes, il fait entrer cette histoire au Panthéon, avec pour objectif, dans un "lieu qui fait histoire, bourré de symbolique, qui qualifie l'histoire de France, [de] questionner cette histoire de l'esclavage et des luttes qui ont amené à son abolition", explique-t-il. "J'ai essayé de retisser un récit, par le collage, l'assemblage de matériaux historiques, photographiques, de gravures. J'ai cette espèce de champ de recherche d'objets historiques. Le travail est dans le collage, dans la recomposition et dans une nouvelle narration qui fait fonction de contre-histoire." Dans le cheminement de sa pensée, Raphaël Barontini s’inspire du concept de créolisation d’Édouard Glissant, c’est-à-dire l’idée qu’une musique est le métissage de différentes cultures. Il travaille souvent à partir d'œuvres d’art anciennes : photographies prises sur internet, archives coloniales issues des musées. Du Panthéon au Palais de Tokyo, l'exposition de ses œuvres permet de diffuser une histoire des Caraïbes, souvent méconnue du grand public. Sur les traces du rail Berlin-Bagdad Inspirée par la réflexion sur les lieux de mémoire de l’historien Pierre Nora, l’artiste Anaïs Marion questionne le sens de la mémoire collective à travers ses créations. En 2018, elle suit les traces de Bagdadbahn, un chemin de fer construit à partir de 1890 pour connecter Berlin à Bagdad. Débuté à la fin du 19ᵉ siècle par l’Allemagne, ce réseau est censé acheminer jusqu’en Europe des trésors archéologiques mésopotamiens. Le voyage entrepris par Anaïs Marion se situe entre l’histoire, la géopolitique et la mémoire des objets déplacés. Durant son voyage, elle cherche à ramener symboliquement à sa terre d’origine une reproduction du taureau ailé mésopotamien conservé au musée de Pergame à Berlin. Le projet évoque les liens entre l’actualité, l’invention de l’écriture dans le berceau de la civilisation mésopotamienne et l’écriture complexe de l’histoire au fil du temps. "Je crois que ce qui guide l'ensemble de mon travail, c'est cette question de comment l'histoire nous agite aujourd'hui, comment son héritage continue de produire des événements, des émotions, comment on se l'approprie et comment on l'utilise parfois à des fins politiques", raconte Anaïs Marion. "C'est un travail qui prend plein de formes différentes, dans lesquelles je cherche toujours des matières ou des protocoles qui me permettent de raconter une anecdote qui vient de quelque chose que j'ai lu dans un livre d'histoire, par exemple, ou de trouver un angle un peu différent pour parler d'un sujet d'actualité." La sculpture, pont entre les civilisations Si elle s'intéresse à l’histoire, l’artiste Marion Verboom explore quant à elle dans ses œuvres des géographies, en particulier celle du pourtour méditerranéen. Pour chacune de ses sculptures, la terre est la matrice de son travail, le matériau le plus efficace pour générer des formes. Son projet Achronies est une série de sculptures, à cheval entre différentes périodes historiques. "J'ai choisi le médium de la sculpture, c'est une forme qui permet peu, normalement, de recompositions", explique-t-elle. "Néanmoins, ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'art monolithique, [mais] une forme sujette à une mutation, mais la sculpture fait bien souvent office de marqueur ou de témoin. Pendant longtemps, j'ai eu mon atelier à côté du cimetière du Père-Lachaise [à Paris]. Ça m'a beaucoup frappé, la façon dont la personne enterrée, ou son entourage, avait choisi de se faire représenter, avec des grands élans comme le tombeau d'Oscar Wilde en sphinx. La sculpture a forcément un rapport à quelque chose qui n'existe plus, la fin de quelque chose, la mort." À travers l’usage du plâtre, de la résine et du bois, Marion Verboom cherche à interroger les formes et motifs de différentes époques, de l’Antiquité à la Renaissance. Certaines colonnes s’inspirent directement des colonnes doriques des chapiteaux antiques et des rouages en bronze des églises au Moyen Âge. Marion Verboom parvient ainsi à créer un millefeuille de civilisations en une seule sculpture. Chaque période historique sert de couleur à ses créations. Pour en savoir plus Raphaël Barontini est artiste plasticien. Le site de Raphaël Barontini Anaïs Marion est artiste. Son exposition dans l'espace "Degrés Est" du Frac Lorraine à Metz est visible du 27 février au 16 août 2026. Le site d'Anaïs Marion Marion Verboom est sculptrice. Tectonie est visible dans le parc du hangar Y à Meudon, ainsi qu'une installation de plusieurs Achronies au musée Max Ernst de Brühl, en Allemagne. Le site de Marion Verboom Références sonores de l'émission : L'artiste plasticienne Niki de Saint Phalle, ORTF, 3 février 1965. L'artiste Jean Fautrier, RTF, 4 février 1962. L'artiste peintre Sonia Delaunay, ORTF, 23 juillet 1967. Lecture par le comédien Bakary Sangaré de la Comédie-Française du poème "Calendrier lagunaire" d'Aimé Césaire, extrait du recueil Cent poèmes, paru aux éditions Omnibus, France Culture, 10 juin 2011. Chanson : "La java des assédiques" par Anne Sylvestre. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.

Episode metadata supplied by the publisher feed · Published Apr 22, 2026

Embed this episode

Ready to play

Des artistes face à l'émotion de l'histoire : Du collage à la sculpture, des artistes s’emparent du passé pour créer

0:00 58:49

No transcript for this episode yet

We transcribe on demand. Request one and we'll notify you when it's ready — usually under 10 minutes.

No similar episodes found.

No similar podcasts found.

Frequently Asked Questions

How long is this episode of Le Cours de l'histoire?

This episode is 58 minutes long.

When was this Le Cours de l'histoire episode published?

This episode was published on April 22, 2026.

Can I download this Le Cours de l'histoire episode?

Yes. Use the download control on the episode player to save the publisher-provided media file.
URL copied to clipboard!