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EPISODE · May 15, 2026 · 58 MIN

Fou d'histoire : Jennifer Richard : "Je réfléchis au temps, notre pire adversaire, qui dirige toute notre vie"

from Le Cours de l'histoire

Rediffusion de l'épisode du 2024-09-06 À qui est ce beau pays ? Il est à toi ce beau pays. Et quelle langue parle le diable ? Le diable parle toutes les langues. Et ce chemin, où conduit-il ? C’est Le Chemin de la liberté. Où se trouve notre royaume ? Notre royaume n'est pas de ce monde… Sans oublier La Vie infinie ! Jennifer Richard est écrivaine et folle d’histoire, authentiquement. Une vie, une œuvre, à travers le monde pour dénoncer l’impérialisme et ses méfaits. Penser l'impérialisme Quel est le point commun entre le krach de la Bourse de Vienne en 1873, la mort de l’explorateur britannique David Livingstone, la fin de la guerre de Sécession, les affaires du marchand d’armes Basil Zaharoff et le suicide d’Ota Benga, jeune pygmée exhibé aux yeux des Américains comme un "sauvage" ? Entre tous ces évènements, Jennifer Richard tisse un fil conducteur, celui de l’impérialisme qui trouve des échos dans l’histoire de l’Europe, de l’Afrique et des États-Unis. "J'ai découvert des destins absolument incroyables que j'ai voulu mêler les uns aux autres, non pas en les inventant, mais en les excavant", résume Jennifer Richard. L’autrice questionne les mécanismes de la colonisation, en particulier celle du Congo par Léopold II. Des temps romantiques des explorateurs aux exactions et meurtres subis par les populations, elle décrit comment la prédation du marché aspire tous les hommes, noirs comme blancs. Des romans historiques pensés comme des outils de transmission de l’histoire et aussi comme des invitations à l’éveil politique. "J'ai pris conscience en cours d'écriture que j'ai un point de vue occidental. (...) C'est vraiment la question qui est au cœur de tous les écrivains et écrivaines aujourd'hui. Qui es-tu pour parler de cela ? Moi, je ne prends la place de personne, d'autant plus que je ne parle pas de l'Afrique, mais de l'Occident. Je parle de l'Europe et des États-Unis. Je fais un genre de Portrait de Dorian Gray. Regardez ces richesses, regardez tout ce que l'on a, le confort dans lequel on vit, mais regardez aussi d'où viennent ces richesses !", explique l'autrice. Questionner le rapport au temps Avec La Vie infinie, Jennifer Richard met de côté l'histoire et plonge ses personnages fictionnels dans un monde dystopique. Elle les confrontent à la possibilité de l'immortalité pour mieux réfléchir à notre rapport au temps. Le roman, publié aux éditions Philippe Rey, trouve son inspiration du roi belge Léopold II et de son hypocondrie. "Il demandait que l'on repasse son journal tous les matins pour chasser les microbes. (...) Quand il allait à l'opéra, il refusait de porter des gants parce que, pour lui, ce n'était pas hygiénique. (...) Je me suis rendu compte que c'était le cas du fondateur de la dynastie Krupp et de grands mégalomanes milliardaires. Ces gens-là avait particulièrement peur de mourir", raconte l'écrivaine. La Vie infinie s'interroge sur cette peur de la finitude de l'existence et sur ce que l'abolition de la mort ferait à nos vies : "Est-ce qu'on arriverait toujours à aimer les gens autour de nous, en se disant qu'on va se les coltiner pour l'éternité, avec leurs défauts ou leurs tics insupportables ? Et que resterait-il de nous, si on n'a plus cette peur fondamentale contre laquelle on doit lutter toute notre vie ? (...) Quel est le challenge de l'âme humaine si on n'a plus cet adversaire à la fin du chemin ?" Tel est le chemin métaphysique que Jennifer Richard propose d’arpenter. Bibliographie sélective La Vie infinie, Éditions Philippe Rey, 2024 Notre royaume n'est pas de ce monde, Albin Michel, 2022 Le Chemin de la liberté, Albin Michel, 2021 Le diable parle toutes les langues, Albin Michel, 2021 Il est à toi ce beau pays, Albin Michel, 2018 Références sonores Extrait de Sauvages, au cœur des zoos humains, documentaire réalisé par Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet, raconté par Abd al Malik, 2018 "Cet étrange Basil Zaharoff" dans l'émission Alain Decaux raconte, ORTF, 5 mars 1973 Chant Asive (Mbuti) dans la forêt de l'Ituri (bassin du Congo) "L'abolition de l'esclavage", discours prononcé par Victor Schœlcher le 5 mars 1848 interprété par Akhenaton, album Jours de gloire, 2020 Générique : Gendèr par Makoto San, 2020

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