EPISODE · Jul 19, 2026 · 59 MIN
Franco, histoire d'un dictateur : Devenir Caudillo, Franco dans la guerre civile espagnole
Rediffusion de l'épisode du 2025-11-17 Parfois un seul nom suffit à résumer une période. Celui de Franco évoque la guerre civile espagnole et la longue dictature qui s'ensuit. Le personnage est difficile à saisir. Comment surgit-il dans l'histoire de l'Espagne ? Quel chemin a-t-il emprunté pour arriver au pouvoir ? Retour sur les origines d'un dictateur. Franco au Maroc, l'école de la violence Francisco Franco naît le 4 décembre 1892 dans une famille de militaires et de marins, sous le règne du roi d’Espagne Alphonse XIII. Il est dès l’enfance marqué par un discours décliniste qui se diffuse dans la société espagnole à la suite de la défaite lors de la guerre hispano-américaine de 1898, qui a entériné la perte des colonies de Cuba et des Philippines. Il ne peut entrer à l’académie navale et se décide donc pour l’infanterie, un peu par défaut. En 1912, il est envoyé dans l'enclave espagnole de Melilla, dans le nord du Maroc. Il est remarqué pendant la guerre du Rif (1921-1927), qui voit s’opposer les tribus berbères et les troupes coloniales espagnoles, comme la Légion espagnole, que commande Franco. Ces années marocaines sont une véritable école de violence pour le futur dictateur, qui est récompensé par le commandement militaire. "[Franco] mène des opérations d'une brutalité féroce. C'est une guerre coloniale avec des pratiques de viol systématique, le bombardement de la population, des décapitations, l'exhibition des corps. Il y aura réemploi, ensuite, de ces méthodes", précise l'historien Pierre Salmon, auteur avec François Godicheau et Mercedes Yusta de La Guerre d’Espagne (1936-1939) (Tallandier, 2026). La peur d'un péril rouge En 1923, un coup d’État militaire porte au pouvoir le dictateur Miguel Primo de Rivera, qui gouverne avec l’aval du roi Alphonse XIII jusqu’en 1930. "Ce directoire s'inspire de ce qui se fait dans l'Italie fasciste, souligne Pierre Salmon. On crée un lien fantasmé avec les anciennes colonies ; on crée des sanctuaires de la race espagnole ; on invite les anciennes élites coloniales à venir visiter leurs origines en Espagne." Pour l'historien, le régime de Miguel Primo de Rivera "a semé des graines dans le processus de fascisation et dans le pouvoir de plus en plus important de l'armée". En 1926, un décret royal fait de Franco le plus jeune général espagnol, à 33 ans. La carrière militaire de Franco connaît un brusque ralentissement avec la proclamation de la Seconde République le 14 juillet 1931. "Il est au sommet de sa carrière militaire. [...] C'est aussi pour cette raison que l'avènement de la république, la fin de la monarchie et la mise en place d'un gouvernement méfiant de la caste militaire, est pour lui une catastrophe personnelle", fait remarquer l'historienne Mercedes Yusta. Dans certains milieux militaires et de droite, auxquels appartient Franco, l’avènement d’un régime républicain est mal vu et confirme la crainte d’un péril rouge qui pourrait envahir l’Europe. En 1933, José Antonio Primo de Rivera, fils du dictateur militaire, fonde la Phalange, une formation fasciste. En 1934, un mouvement de grève générale de gauche se déclare à la suite d’une victoire électorale de la droite. La République réprime brutalement la révolution asturienne, qui défendait des positions socialistes. "Cette révolution est présentée comme la preuve qu'il y a une conspiration communiste qui veut installer en Espagne un régime des soviets", explique Mercedes Yusta. Franco dirige la répression depuis Madrid. Les années de guerre civile Le 16 février 1936, la coalition de gauche du Front populaire l’emporte aux élections législatives. Les inquiétudes des milieux de droite quant à une imminence révolutionnaire semblent se confirmer. Franco lui-même, notamment après l’assassinat de José Calvo Sotelo, chef du parti monarchiste Rénovation espagnole, se décide à rejoindre la préparation d’un coup d’État contre la République. "La victoire du Front populaire marque le [début] du compte à rebours pour le coup d'État, raconte Mercedes Yusta. [...] Le gouvernement républicain croit [peu] à la possibilité d'un coup d'État. Il se méfie des militaires, mais, même au moment de l'insurrection, il y a une sorte de paralysie et on ne veut pas croire que les choses vont aller aussi loin." Les 17 et 18 juillet 1936, ce coup d’État est mené à bien par les milieux militaires et monarchistes. Il marque le début d’une guerre civile qui plonge l’Espagne dans des affrontements très violents. Franco prend rapidement la tête du camp nationaliste. En octobre 1936, il adopte le titre de généralissime, chef des armées insurgées. En 1937, la fondation du "Mouvement national" permet de rassembler les formations politiques franquistes, et notamment la Phalange. La répression contre les républicains est brutale. En 1938, un décret proclame Franco chef de l'État, du gouvernement et de l'armée, ce qui entérine le basculement dans la dictature. En février 1939, la France reconnaît le régime franquiste, après des négociations qui garantissent la neutralité de l’Espagne en cas de conflit mondial. Le 31 mars 1939, Madrid tombe aux mains des nationalistes, puis, le 1ᵉʳ avril 1939, c’est au tour de Valence. Ces derniers affrontements signent la fin de la guerre civile. Il s’agit désormais de diriger le pays, meurtri par trois années de conflit, et d’achever de mater toute résistance. Franco s’impose comme l’homme de la situation : auréolé de ses succès militaires, il concentre entre ses mains tous les pouvoirs nécessaires. Pour en savoir plus Mercedes Yusta, François Godicheau et Pierre Salmon publient en mars 2026 La Guerre d’Espagne (1936-1939) aux éditions Tallandier. Pierre Salmon est maître de conférences en histoire contemporaine à l’École normale supérieure et membre de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (IHMC). Il est l'auteur d'Un antifascisme de combat. Armer l'Espagne révolutionnaire (1936-1939) (Éditions du Détour, 2024). Mercedes Yusta est professeure d’histoire de l'Espagne contemporaine à l'Université Paris 8. Ses publications : (dir. avec Laurent Douzou) La Résistance à l'épreuve du genre : hommes et femmes dans la Résistance antifasciste en Europe du Sud (1936-1949), Presses universitaires de Rennes, 2018. (dir. avec Hugo Garcia, Xavier Tabet et Cristina Climaco) Rethiking Antifascism. History, Memory and Politics (1922-1945), Berghahn Books, 2016 (en anglais). (dir. avec D. Burgos, K. Bergès, M. Yusta et N. Ludec) Résistantes, militantes, citoyennes. L’engagement politique des femmes aux XXᵉ et XXIᵉ siècles, Presses universitaires de Rennes, 2015. Madres Coraje contra Franco. La Unión de Mujeres Españolas en Francia, del antifascismo a la guerra fría, Cátedra, 2009 (en espagnol). Guerrilla y resistencia campesina, Prensas Universitarias de Zaragoza, 2003 (en espagnol). Références sonores de l'émission : Extrait du film Lettre à Franco d'Alejandro Amenábar, 2019. Ricardo de la Cierva, France Culture, 5 juillet 1976. Discours de José Antonio Primo de Rivera, fils du général Miguel Primo de Rivera et fondateur de la Phalange espagnole, "Les jours du siècle", France Inter, 31 mars 1998. Témoignage d'une Française qui a assisté au coup d'État en 1936 à Barcelone, RTF, 5 janvier 1956. Georges Soria, correspondant en Espagne pour L'Humanité pendant la guerre civile, puis historien, "Panorama", France Culture, 3 octobre 1979. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.
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