EPISODE · Mar 24, 2026 · 58 MIN
Guerre au Moyen-Orient, l'histoire pour comprendre : Monarchies du Golfe, la diplomatie se noie dans le pétrole
L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Oman, Bahreïn, le Koweït ou encore le Qatar sont des États porteurs d’une histoire millénaire. Ces monarchies connaissent un bouleversement considérable quand est découvert dans les sous-sols au 20ᵉ siècle du pétrole. Une énergie formidable pour stimuler l’ambition et la convoitise. Une région sous protectorat Britannique Au 19ᵉ siècle, les monarchies du Golfe, bien que sous domination ottomane, se voient peu à peu administrées par les Britanniques. La Grande-Bretagne cherche en effet à s’installer dans la région afin de construire un glacis protecteur aux routes commerciales qu’emprunte sa Compagnie des Indes orientales. Le professeur au Collège de France Henry Laurens, titulaire de la chaire d'Histoire contemporaine du monde arabe, souligne l’importance de la Grande-Bretagne dans le Golfe : "Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le Moyen-Orient est l'espace entre l’India Office, donc le ministère de l'Inde, et le Colonial Office, le ministère des Colonies. La notion de Moyen-Orient vient de l'extension du pouvoir de Bombay sur le Golfe." La puissance occidentale propose sa protection à certaines familles puissantes, formalise leur statut de dynasties régnantes et détermine de manière arbitraire les frontières des territoires. Progressivement, Oman, puis Bahreïn, le Koweït et le Qatar sont intégrés au protectorat britannique. L’Arabie saoudite, quant à elle, se constitue en État moderne à travers les guerres et les conquêtes. Le troisième État El Saoud, le royaume d’Arabie saoudite, voit le jour en 1932, sous l’autorité d’Abdelaziz Ibn Saoud. À la conquête de l’or noir En 1908, le premier gisement de pétrole est découvert dans l’actuel Iran. Cette découverte est rapidement suivie de l’exploitation des sous-sols du golfe Persique, à la recherche d’hydrocarbures. Les compagnies pétrolières, comme l’Anglo-Persian Oil Company et la California Arabian Standard Oil Company, investissent la région. Conscients de l’importance économique des hydrocarbures, les pays occidentaux se disputent les concessions pétrolières. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’accord d’assistance mutuelle renforce les relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, au détriment de la Grande-Bretagne, progressivement reléguée au second plan. Les gisements se nationalisent Jusqu’aux années 1970, les compagnies pétrolières ont les pleins pouvoirs sur le cours du pétrole. Elles assurent l’approvisionnement du reste du monde et imposent les prix aux pays producteurs. En 1971, Bahreïn, le Qatar, suivis des Émirats arabes unis, proclament leur indépendance et s’émancipent du protectorat britannique. Les principaux pays producteurs se regroupent pour influencer le contrôle des productions pétrolières. Cela incite les compagnies pétrolières à se nationaliser. Les indépendances de 1971 "vont entraîner un mouvement de nationalisation des compagnies pétrolières", explique la politologue Fatiha Dazi-Héni, autrice de L’Arabie saoudite en 100 questions (Tallandier, 2017). "L’Aramco [l’Arabian American Oil Company] se distingue, parce que les Saoudiens vont racheter progressivement les parts de la compagnie américaine. Elle ne deviendra une compagnie pleinement saoudienne qu'en 1980, alors que les autres pays avaient procédé purement et simplement à la nationalisation des compagnies." Les Occidentaux prennent conscience de leur dépendance à la politique des princes arabes et subissent les variations du marché de l’or noir, principalement encadré par l’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Pour en savoir plus Fatiha Dazi-Heni est politologue, chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), spécialiste des monarchies de la péninsule Arabique. Ses publications : L’Arabie saoudite en 100 questions, Tallandier, 2017. Monarchies et société d’Arabie. Le temps des confrontations, Presses de Sciences Po, 2006. Henry Laurens est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'Histoire contemporaine du monde arabe. Ses publications : Orientales, CNRS Éditions, 2019. Les Crises d’Orient. La naissance du Moyen-Orient, 1914-1919, Fayard, 2019. Légende détaillée de la photo : (De gauche à droite) L'émir du Qatar Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, l'émir de Bahreïn Cheikh Issa ben Salman Al Khalifa, l'émir du Koweït Jaber al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, le président des Émirats arabes unis Cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, le sultan d'Oman Qabus ibn Saïd et le roi d'Arabie saoudite Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, lors du sommet du Conseil de coopération du Golfe le 9 décembre 2009 à Dubaï. ©STR / AMR / AFP. Références sonores de l'émission : Le journaliste et poète Philippe Soupault à propos de la naissance et de la géographie de l’Arabie saoudite, RTF, 1950. Le président étatsunien Harry Truman lors d’un discours à Kansas City à propos de l’importance des ressources en hydrocarbures, RTF, 1947. Le journaliste Edouard Sablier à propos des rivalités anglo-américaines pour le pétrole, RTF, 1951. Le journaliste anglais Brial Cordier à propos de la présence militaire britannique à Koweït, RTF, 1962. Le Premier ministre iranien Jamshid Amouzegar à propos de la nationalisation de la compagnie pétrolière Aramco, France Inter, 1974. Un adolescent français à propos des guerres du Golfe, “Nuits Magnétiques”, France Culture, 1990. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.
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