EPISODE · Aug 11, 2026
Les détroits dans le monde: à Calais, un haut lieu de passage maritime et humain
from La fabrique du monde · host RFI
Le détroit du Pas-de-Calais est l'un des détroits les plus fréquentés au monde, avec 25 % du trafic maritime mondial. Et c'est aussi le principal passage pour les migrants qui veulent rejoindre clandestinement l'Angleterre. Plus de 200 000 traversées depuis 2018, selon les chiffres du gouvernement britannique, dont plus de 40 000 pour la seule année 2025. Des traversées à bord de ce qu'on appelle des « small-boats », des petites embarcations type bateaux gonflables à moteur. À cet endroit de la Manche, il n'y a qu'une trentaine de kilomètres qui séparent les côtes françaises des côtes britanniques. Lorsque le ciel est dégagé, on peut même apercevoir l'Angleterre depuis les plages de Calais. Par bateau, c'est théoriquement l'affaire de quelques heures. Sauf que les dangers sont multiples. Il y a le trafic maritime : 400 cargos par jour, sans compter les ferries qui font la liaison dans les deux sens. Il y a aussi les courants, qui sont forts et changeants : l'année dernière, au moins 29 personnes sont mortes en cherchant à rejoindre l'Angleterre par la mer. À lire aussi«Mon objectif ne changera jamais»: à Calais, un accord migratoire sans effet Décourager à tout prix les candidats à l'exil La traversée par la mer est un phénomène relativement récent. On l'observe surtout depuis 2018. Avant, les migrants qui voulaient rejoindre l'Angleterre tentaient de passer en se cachant dans les camions qui embarquent sur les ferrys ou qui empruntent le tunnel sous la Manche. Mais au fil des ans, la sécurité autour du port de Calais et de l'entrée du tunnel a été énormément renforcée. Aujourd'hui, c'est une véritable forteresse : les routes pour y accéder sont protégées par des kilomètres de grillages et de barbelés. Des caméras, des drones, des hélicoptères, des unités de CRS… Une surveillance qui s'accompagne d'une destruction systématique des campements. C'est la stratégie dite du « zéro point de fixation ». Objectif : décourager les personnes exilées. Le renforcement du dispositif sécuritaire a conduit à une conséquence principale : les personnes exilées prennent toujours plus de risques. Par exemple, au lieu de partir des plages du Calaisis ou du Dunkerquois, les bateaux partent désormais d'endroits plus éloignés, de Belgique par exemple, et récupèrent les migrants directement en mer. C'est ce qu'on appelle les « taxi-boats ». Parce que le droit de la mer interdit les interceptions maritimes, en raison du danger qu'elles représentent. Une fois qu'une embarcation est à l'eau, les autorités ne peuvent intervenir que pour des opérations de secours. À lire aussiPrès de 160 migrants secourus lors d'une tentative de traversée de la Manche Un budget de 766 millions d'euros pour surveiller la frontière Cette surveillance est assurée par la France et non par le Royaume-Uni en raison des accords du Touquet, un traité passé en 2003 entre Londres et Paris : la France se charge de surveiller la frontière en échange de compensations financières britanniques. Ce traité a été complété par plusieurs autres et notamment par celui de Sandhurst, en 2018, établi après le Brexit. Cet accord a été reconduit une première fois en 2023, puis une seconde en avril dernier pour trois ans. La France s'y engage à renforcer de 50 % ses effectifs policiers sur la côte et en échange, le Royaume-Uni lui verse jusqu'à 766 millions d'euros. Mais un quart de cette somme est soumis à des conditions de résultat. À lire aussi«One in, one out»: un an après, l'efficacité de l'accord migratoire entre la France et le Royaume-Uni interroge
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