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La fabrique du monde
by RFI
Du lundi au vendredi, Guillaume Naudin analyse les faits marquants de l'actualité internationale et décrypte les évolutions d'un monde en mouvement permanent.
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Bab el-Mandeb: l’Iran toujours soutenu par son «axe de la résistance»
Les rebelles houthis du Yémen, proches de l’Iran, ont désormais la main sur le détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée de la mer Rouge. C’est un nouveau coup dur pour le commerce mondial après le blocage du détroit d’Ormuz, c’est une nouvelle épreuve pour l’Arabie saoudite, qui est ciblée par des attaques des Houthis, et c’est aussi l’illustration de la résilience du réseau d’alliances formé par la République islamique d’Iran. Les coups d’éclat militaires des Houthis du Yémen montrent que ce qu’on appelle « l’axe de la résistance » des alliés de Téhéran dans la région est toujours actif. Certes, le groupe rebelle a tiré des missiles et a commencé à perturber le trafic en mer Rouge dès octobre 2023, lorsque les alliés de l’Iran sont entrés dans le vaste conflit régional déclenché après les attaques du Hamas sur Israël, mais sans apparaître comme les acteurs de premier plan. De même, les Houthis n’ont pas été actifs immédiatement cette année en soutien à l’Iran, lorsque le pays a été attaqué par les États-Unis et Israël. Mais cette fois-ci, les voici en première ligne, avec le réveil d’un conflit qui semblait gelé au Yémen. À lire aussiLes détroits dans le monde: Bab el-Mandeb, sous la menace des Houthis Une guerre à dimension locale et une guerre régionale C’est une guerre à plusieurs étages, avec une dimension locale, celle du lancinant conflit interne au Yémen qui oppose les forces gouvernementales aux rebelles houthis, qui contrôlent de vastes territoires dont Sanaa, la capitale. Une guerre civile régionalisée puisque la puissante Arabie saoudite, voisine du Yémen, soutient les forces gouvernementales yéménites contre les rebelles houthis. La guerre menée par le royaume saoudien contre les Houthis de 2015 à 2022 s’est soldée par un désastre humanitaire sans solution militaire. Et ce conflit ne cesse de s’internationaliser puisqu’après avoir été attaqué par les États-Unis et Israël, la riposte de Téhéran se poursuit dans le détroit d’Ormuz et désormais dans le détroit de Bab el-Mandeb où ce sont les Houthis qui agissent. Des groupes paramilitaires composent l'« axe de la résistance » Ces derniers ne sont pas le seul groupe armé régional proche de l’Iran à agir en ce moment. Les milices irakiennes proches de Téhéran ont visé ces derniers jours l’oléoduc saoudien que le royaume utilisait pour contourner le blocage du détroit d’Ormuz. Résultat : l’Arabie saoudite et sa rente pétrolière prises en tenaille par des groupes paramilitaires (Houthis et milices chiites irakiennes) que l’on peut classer dans cet « axe de la résistance » qui a pourtant subi de lourds dégâts ces dernières années. En effet, la puissance militaire du Hezbollah libanais et celle du Hamas palestinien à Gaza n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient en octobre 2023. Cela ne veut pas dire que ces organisations sont éliminées, mais les attaques israéliennes assorties d’occupations de territoires les ont affaiblies. Et puis le régime de Bachar el-Assad en Syrie a chuté en 2024, privant l’Iran d’un état allié et aussi d’une base territoriale pour son réseau d’alliances. À lire aussiMoyen-Orient: l’Arabie saoudite ferme l’oléoduc Est-Ouest après une attaque de drones «en provenance d’Irak» L’Iran soutient un réseau de milices chiites irakiennes Comment l’Iran a-t-il pu surmonter ces revers ? L’exemple de l’Irak en donne un aperçu. Dans ce pays voisin avec lequel il entretient des relations étroites, l’Iran soutient un réseau de milices chiites irakiennes. Bagdad veut intégrer ces factions dans le giron du pouvoir, mais certaines de ces milices traînent des pieds. Et l’Iran continue d’investir dans ces groupes autonomes qui agissent en fonction de ses intérêts. Pas étonnant donc que les frappes venues d’Irak contre l’oléoduc saoudien la semaine dernière aient provoqué la colère du gouvernement irakien. Longtemps l’Iran a utilisé ses alliés régionaux pour ne pas avoir à se battre directement. Situation qui a radicalement changé ces dernières années puisque les missiles et drones iraniens ont maintes fois traversé le ciel du Moyen-Orient, s’abattant en territoire israélien ou sur des cibles stratégiques situées chez ses voisins, les monarchies du Golfe… Les deux guerres contre l’Iran en 2025 et 2026 ont montré que le réseau d’alliance de l’Iran ne suffisait plus à dissuader d’une attaque contre son territoire. Mais les groupes armés proches de la République islamique continuent à mener une efficace guerre asymétrique dont les conséquences sont planétaires. L’Arabie saoudite est dans la tourmente Visée par des groupes soutenus par l’Iran, l’Arabie saoudite est dans la tourmente. D’où ces questions lancinantes : quelle sera la réaction du royaume saoudien (au-delà des frappes qu’il effectue déjà sur les rebelles houthis du Yémen) ? Et le tout nouveau pacte de sécurité conclu entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie est-il assez mûr pour enclencher une riposte militaire ? Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas suffi à dissuader les auteurs des attaques de ces dernières semaines contre des cibles saoudiennes. À lire aussiMoyen-Orient: les rebelles houthis du Yémen disent avoir attaqué une base militaire en Arabie saoudite
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11-Septembre: 25 ans après, les chiffres vertigineux d’un monde entré en guerre
Vingt-cinq ans après les attentats du 11-Septembre, les chiffres racontent à eux seuls une partie de l'histoire : près de 3000 morts aux États-Unis ce jour-là, puis des millions de personnes tuées dans les guerres qui l'ont suivi. Les dépenses militaires engagées par Washington sont stratosphériques. Retour en chiffres sur le basculement du 11 septembre 2001 et ses conséquences dans le monde. 2 977 morts C'est le nombre de personnes tuées lors des attentats du 11-Septembre, à New York, au Pentagone et à bord du vol 93 qui s'est écrasé en Pennsylvanie. À New York, 2 753 personnes sont mortes. Au Pentagone, 184. Les 40 passagers et membres d'équipage du vol 93 ont été tués lorsque l'appareil s'est écrasé dans un champ de Pennsylvanie. Les 19 terroristes qui ont détourné les quatre avions ne sont pas comptabilisés dans ce bilan. 19 pirates de l'air Les quatre avions ont été détournés par 19 membres d'al-Qaïda. Parmi eux, 15 étaient saoudiens, deux émiriens, un égyptien et un libanais. 7 octobre 2001: l'intervention en Afghanistan Moins d'un mois après les attentats, les États-Unis lancent leur intervention militaire en Afghanistan. Washington accuse les talibans, au pouvoir à Kaboul, d'abriter Oussama Ben Laden et al-Qaïda. Le 7 octobre 2001, les premières frappes américaines et britanniques commencent. Le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas adopté de résolution autorisant explicitement cette intervention. Washington invoque le droit de légitime défense, prévu par l'article 51 de la Charte des Nations unies. Printemps 2003 : l'invasion de l'Irak Un an et demi plus tard, le 20 mars 2003, les États-Unis envahissent l'Irak. George W. Bush accuse alors le régime de Saddam Hussein de détenir de prétendues « armes de destruction massive ». Ces armes ne seront jamais découvertes. Là encore, aucune résolution du Conseil de sécurité de l'ONU n'autorise explicitement le recours à la force contre l'Irak. Du contre-terrorisme aux guerres post-11-Septembre Après l'Afghanistan et l'Irak, les opérations militaires américaines et alliées s'étendent à d'autres théâtres, notamment au Pakistan, à la Syrie, au Yémen, à la Somalie, à la Libye et aux Philippines. Pour l'université américaine Brown, les « guerres post-11-Septembre » désignent les opérations militaires américaines et les autres programmes gouvernementaux menés dans le cadre de la « guerre mondiale contre le terrorisme » lancée après 2001. À lire aussi11-Septembre: quand la «guerre contre le terrorisme» a révélé les limites de l’hyperpuissance américaine Plus de 940 000 morts directement liés aux guerres Selon le « Costs of War Project » de l'université Brown, plus de 940 000 personnes sont mortes directement des violences de guerre dans les conflits post-11-Septembre. Ce bilan comprend des civils, mais aussi des combattants des différents camps, des membres des forces de sécurité alliées, des contractuels, des journalistes et des travailleurs humanitaires. Brown estime à plus de 432 000 le nombre de civils parmi ces morts directs. Jusqu'à 4,7 millions de morts en incluant les conséquences indirectes Les morts directement causés par les combats ne constituent qu'une partie du bilan. Les guerres entraînent également des morts liés à la destruction des systèmes de santé, des infrastructures, des économies, ainsi qu'à la faim et aux maladies. Brown estime à 3,6 millions ou 3,8 millions le nombre de morts indirects dans les zones de guerre post-11-Septembre. En additionnant morts directs et indirects, l'université estime le bilan total s'élève à 4,5 millions ou 4,7 millions de morts, un chiffre qui continue par ailleurs à augmenter. Brown précise toutefois que le nombre exact de victimes reste impossible à établir. 38 millions de personnes déplacées Autre conséquence : les déplacements de populations. Plus de 38 millions de personnes ont été déplacées par les guerres post-11-Septembre en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen, en Somalie, aux Philippines, en Libye et en Syrie. Il s'agit à la fois de personnes réfugiées ayant fui leur pays et de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Plus de 8 000 milliards de dollars Le coût financier est lui aussi vertigineux. Selon Brown, le gouvernement fédéral américain avait, jusqu'en 2021, dépensé ou était engagé à dépenser plus de 8 000 milliards de dollars pour les guerres post-11-Septembre. Cette estimation comprend notamment les dépenses militaires, les dépenses liées aux anciens combattants et au coût de la dette. Et la justice ? Vingt-cinq ans après les attentats, une autre question se pose : qui a été condamné pour le 11-Septembre et qui a été poursuivi pour les crimes commis pendant les guerres qui ont suivi ? Aux États-Unis, le Français Zacarias Moussaoui est à ce jour le seul individu condamné par une juridiction américaine en lien avec les attentats du 11-Septembre. Il avait plaidé coupable en 2005 et a été condamné en 2006 à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Pour les crimes commis pendant les guerres qui ont suivi, la situation est beaucoup plus complexe. La Cour pénale internationale a notamment enquêté sur la situation en Afghanistan. Ses investigations portent sur des crimes présumés commis par différents acteurs, notamment les talibans, les forces afghanes et, dans certains cas, des membres des forces américaines et de la CIA. La CPI a également examiné la situation en Irak et au Royaume-Uni, notamment les allégations de crimes commis par des militaires britanniques. Cet examen préliminaire a été clos en 2020. Mais ni l’ancien président américain George W. Bush, ni le Premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair, n'ont été inquiétés. Zéro mandat d'arrêt contre Bush ou Blair C'est le dernier chiffre de cette chronologie : zéro. Zéro mandat d'arrêt délivré par la Cour pénale internationale contre George W. Bush ou Tony Blair pour les crimes présumés liés aux guerres post-11-Septembre. Une absence qui pose, 25 ans après, une question toujours ouverte : la justice pénale internationale est-elle capable de poursuivre les dirigeants des grandes puissances occidentales lorsqu'ils sont soupçonnés d'avoir engagé ou conduit des guerres au cours desquelles des crimes ont été commis ? À lire aussiAttentats du 11 septembre 2001: «Le problème de cette photo, c’est qu’on a envie de dire qu’elle est belle»
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Colonies israéliennes: que dit le droit international?
La France, le Royaume-Uni, le Canada et plusieurs autres pays ont annoncé cette semaine des restrictions commerciales visant les produits issus des colonies israéliennes. Dans une déclaration commune, ils sont douze au total à explicitement qualifier ces colonies d’illégales. Retour aux fondamentaux du droit international. Qu’est-ce qu’une colonie juridiquement ? Pourquoi est-elle considérée comme illégale ? Quels territoires sont concernés ? Combien de colons y vivent ? Et surtout, que dit exactement la Cour internationale de Justice (CIJ) dans son avis rendu en juillet 2024 ? Qu’est-ce qu’une colonie ? Dans le contexte israélo-palestinien, une colonie est une implantation de population civile de la puissance occupante - Israël en l’occurrence - dans un territoire qu’elle occupe, la Palestine. Depuis 1967, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza sont considérées en droit international comme des territoires occupés par Israël. La question des colonies renvoie donc à deux notions fondamentales du droit international : l’occupation militaire et le transfert de population de la puissance occupante dans le territoire occupé. Pourquoi les colonies sont-elles illégales ? Il existe un texte central : l’article 49, paragraphe 6, de la IVe Convention de Genève de 1949. Il interdit formellement à une puissance occupante de « procéder au transfert d'une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle ». C’est sur cette base, entre autres, que la CIJ a confirmé l’illégalité des colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé. Dans son avis consultatif du 19 juillet 2024, celle-ci considère que les colonies israéliennes, ainsi que le régime qui leur est associé, ont été établies et sont maintenues en violation du droit international. Mais la portée de cet avis va beaucoup plus loin que la seule question des colonies. À lire aussiSanctions contre les colonies israéliennes : au-delà des annonces, un impact incertain pour ces mesures Plus de 700 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est En 2025, les dernières données citées par l’ONU font état de 737 332 colons israéliens : 503 732 en Cisjordanie et 233 600 à Jérusalem-Est. Jérusalem-Est constitue un cas particulier. Après sa conquête en 1967, Israël l’annexe le 30 juillet 1980 grâce à une loi votée par la Knesset, le Parlement israélien. Trois semaines plus tard, le 20 août 1980, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 478, qui considère cette loi comme une violation du droit international. Et pour la CIJ, Jérusalem-Est fait partie intégrante du territoire palestinien occupé. Dans certains quartiers de Jérusalem-Est, notamment dans et autour de la Vieille ville, des colonies juives israéliennes se trouvent ainsi au cœur de quartiers palestiniens. Cisjordanie, Jérusalem-Est, Gaza : un seul territoire en droit international Lorsqu’on parle « des territoires palestiniens », on pense généralement à la Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza. Mais juridiquement, il ne s’agit pas de trois territoires palestiniens distincts. La CIJ considère le territoire palestinien occupé comme une « unité territoriale unique » dont l’unité, la contiguïté et l’intégrité doivent être préservées. Cette précision est importante pour comprendre la situation de Gaza. Gaza : plus de colonies depuis 2005, mais une question d’occupation qui demeure Israël a démantelé ses colonies de Gaza en 2005 et évacué ses colons. Au total, 21 colonies israéliennes ont alors été évacuées de l'enclave. Israël considère que ce désengagement a mis fin à son occupation de la zone. Mais cette analyse n’est pas celle retenue par les instances internationales. La CIJ considère que le retrait de 2005 n’a pas mis fin à toutes les obligations d’Israël découlant du droit de l’occupation. Elle relève notamment qu’Israël continue d’exercer certains éléments essentiels de contrôle sur Gaza et les Gazaouis, notamment en matière de frontières, de mouvements de personnes et de marchandises, ainsi que sur certains aspects de l’espace aérien et maritime. La Cour considère donc que les obligations d’Israël au titre du droit de l’occupation subsistent dans la mesure correspondant à son « degré de contrôle effectif ». Il n’y a donc plus de colonies israéliennes à Gaza depuis 2005, mais Gaza reste incluse dans le territoire palestinien occupé comme le souligne l’avis de la CIJ. ReportageSanctions de 12 pays contre Israël: les colons de Cisjordanie dénoncent une «grave» décision Ce que dit exactement la CIJ en juillet 2024 C’est le point central. Le 19 juillet 2024, la Cour internationale de Justice a rendu son avis consultatif sur « les conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d'Israël dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ». La Cour ne se contente pas de rappeler que les colonies sont illégales : Elle estime que la présence continue d’Israël dans le territoire palestinien occupé est illicite et qu’Israël doit y mettre fin « dans les plus brefs délais » (conclusion adoptée par onze juges contre quatre). Par quatorze voix contre une, elle estime qu’Israël doit « cesser immédiatement toute nouvelle activité de colonisation et évacuer tous les colons » du territoire palestinien occupé. La CIJ considère également que les politiques et pratiques israéliennes (notamment les colonies, les infrastructures associées, l’exploitation des ressources naturelles et l’application du droit israélien) ont pour effet d’asseoir durablement le contrôle israélien et constituent une « annexion de larges parties du territoire palestinien occupé ». La Cour rappelle à ce titre que la recherche de souveraineté sur un territoire occupé est contraire au « principe de non-acquisition d’un territoire par la force ». Quelles conséquences pour les autres États ? L’avis de la CIJ ne concerne pas seulement Israël. La Cour considère que les autres États ont l’obligation : De ne pas reconnaître comme légale la situation créée par la présence israélienne illicite; De ne pas apporter d’aide ou d’assistance au maintien de cette situation; De « faire une distinction, dans leurs relations avec Israël, entre le territoire israélien proprement dit et les territoires palestiniens occupés ». Cette dernière obligation éclaire directement les mesures annoncées cette semaine. Plus de deux ans après le prononcé de l’avis consultatif de la CIJ, la France, le Royaume-Uni, le Canada et neuf autres pays ont annoncé leur intention d’introduire ou de soutenir des restrictions commerciales visant les biens provenant des colonies. Il ne s’agit pas d’un embargo général sur les produits israéliens, la distinction porte précisément sur les produits provenant des colonies. Et maintenant ? Avec plus de 700 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, l’extension des colonies transforme progressivement la réalité du territoire. La CIJ estime elle-même que les politiques israéliennes ont imposé un contrôle durable sur de larges parties du territoire palestinien occupé. C’est ce qui explique le lien établi aujourd’hui par plusieurs États entre colonisation et solution à deux États : dans leur déclaration du 8 septembre 2026, les douze pays signataires estiment que l’expansion des colonies en Cisjordanie compromet la possibilité même d’une telle solution. La question est de savoir jusqu’où peut aller une politique de colonisation avant de rendre irréversible la transformation du territoire qu’elle occupe.
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Pas candidat, mais en campagne: Donald Trump fait le show à Dallas
Les États-Unis ne sont pas en année présidentielle. Pourtant, les Républicains organisent à partir de ce mercredi Dallas, au Texas, une convention politique de deux jours, avec Donald Trump en tête d’affiche. Une première dans l’histoire du parti pour des élections de mi-mandat. Pour le président américain, l’objectif est clair : mobiliser son électorat et éviter que les Républicains ne perdent le contrôle du Congrès en novembre. Qu’est-ce qu’une convention politique américaine ? C’est traditionnellement ce grand rassemblement organisé tous les quatre ans par les partis pour désigner officiellement leur candidat à l’élection présidentielle. En novembre, les Américains vont bien voter, mais pour les élections de mi-mandat, les fameux Midterms. Une convention républicaine organisée spécifiquement pour ces élections est donc une première dans l’histoire du parti. Elle débute ce mercredi à Dallas, au Texas. Deux jours de grand show politique. Et au centre de la scène : Donald Trump. Donald Trump veut faire des Midterms un référendum sur son action Le président américain devait initialement prendre la parole jeudi soir. Il interviendra finalement les deux soirs de la convention. Et ce n’est pas un détail. Donald Trump n’est pas candidat aux élections de novembre. « Faites comme si je l’étais. Venez voter », a-t-il récemment lancé à ses partisans. Son objectif est clair : mobiliser sa base. Car les élections de mi-mandat sont traditionnellement difficiles pour le parti au pouvoir à la Maison Blanche. Et les Républicains ont un problème… Trump, atout électoral ou boulet pour son propre parti ? Donald Trump reste le principal moteur de la mobilisation du Parti républicain. Mais il peut aussi devenir un handicap auprès d'une partie des électeurs. Sa cote de popularité est au plus bas : seuls 33 % des Américains approuvent son action, selon le dernier sondage Reuters-Ipsos. Et les sujets qui inquiètent les électeurs sont précisément ceux sur lesquels Trump est fragilisé : l’économie, le coût de la vie… et la guerre en Iran, dans laquelle il a engagé les États-Unis. Un autre chiffre est particulièrement intéressant : 46 % des électeurs démocrates se disent très enthousiastes à l’idée d’aller voter en novembre. Chez les Républicains, ils ne sont que 31 %. De quoi expliquer la stratégie de Donald Trump : faire de cette convention un gigantesque appel à la mobilisation. Le dilemme républicain : mobiliser les fidèles sans effrayer les modérés Certains candidats républicains préfèrent pourtant faire campagne chez eux plutôt que de venir applaudir Donald Trump à Dallas. Le dilemme est évident. Le Parti républicain a besoin de la base MAGA, les partisans du mouvement Make America Great Again lancé par Donald Trump. Sans elle, difficile de garantir une forte participation électorale. Mais une campagne trop centrée sur Trump peut aussi éloigner certains électeurs indépendants et modérés, particulièrement importants dans les circonscriptions et les États où les élections pourraient se jouer à quelques voix. Le parti prend donc un risque : miser sur Donald Trump pour faire voter les électeurs républicains, tout en sachant qu’il peut aussi en repousser une partie. Une bataille pour le contrôle du Congrès Derrière le grand show de Dallas, l’enjeu est très concret : qui contrôlera le Congrès américain après les élections de mi-mandat du 3 novembre ? Le Congrès, c’est le Parlement américain. Il est composé de deux chambres : la Chambre des représentants et le Sénat. La bataille s’annonce serrée. À la Chambre, les Républicains ne disposent que d’une majorité très étroite. Les Démocrates peuvent donc reprendre le contrôle avec quelques sièges supplémentaires. Si les Démocrates reprennent la Chambre des représentants, l’administration Trump devra composer avec une opposition capable de lancer des enquêtes parlementaires sur son action. Et s’ils prennent également le Sénat, ils retrouveront notamment un pouvoir important sur les nominations du président, notamment dans le domaine de la Justice. Pour Donald Trump, les élections de novembre ne sont donc pas seulement un scrutin de mi-mandat. Elles détermineront les conditions dans lesquelles il pourra gouverner pendant les deux dernières années de sa présidence. À lire aussiÉtats-Unis: Trump réunit son camp à Dallas avant des élections de mi-mandat qui s'annoncent difficiles
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Yémen: comment un vol Téhéran-Sanaa a ravivé une guerre que l’on croyait gelée
Un avion civil iranien, une liaison aérienne rétablie entre Téhéran et Sanaa, puis un aéroport bombardé : en quelques semaines, une série d’événements a contribué à raviver le conflit au Yémen. Le 3 juillet, un appareil civil de la compagnie iranienne Mahan Air atterrit à Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les rebelles Houthis. L’avion repart avec à son bord une délégation houthie. Direction Téhéran, où doivent se tenir les funérailles du guide suprême iranien, Ali Khamenei (tué dans une frappe israélo-américaine). C’est le rétablissement d’une liaison directe entre Téhéran et Sanaa qui n’existait plus depuis près de dix ans, en raison de la guerre au Yémen. Mais cette liaison aérienne est loin d’être anodine. Une liaison directe entre Téhéran et Sanaa est hautement stratégique. Et donc particulièrement sensible pour l’Arabie saoudite. Le royaume sunnite y voit notamment le risque d’un rétablissement d’une voie d’acheminement d’armes au profit de ses ennemis, les Houthis, chiites, comme leur parrain iranien. Dix jours plus tard, le vol retour est dérouté Le deuxième acte se joue le 13 juillet, alors que la délégation houthie tente de regagner Sanaa. L’avion décolle de Téhéran à 10h20, heure locale. Son plan de vol est public et peut être suivi en ligne sur FlightRadar24. L’appareil entre dans l’espace aérien yéménite. Mais contrairement à son plan de vol initial, il ne se pose pas à Sanaa. L’avion est dérouté vers Hodeïda, une autre ville du Yémen contrôlée par les Houthis. Car l’aéroport de Sanaa vient d’être bombardé par les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l’Arabie saoudite. Ce qui ressemblait au départ à une banale histoire d’aéroport devient alors le symbole d’une nouvelle confrontation. Les Houthis accusent l’Arabie saoudite d’avoir attaqué l’aéroport et ripostent en lançant des missiles vers le territoire saoudien. Des missiles ciblent des sites sensibles : la tension monte d’un cran Les Houthis menacent les infrastructures pétrolières saoudiennes et multiplient les attaques en mer contre des pétroliers saoudiens. La trêve entre les Houthis et l’Arabie saoudite, déjà très fragile, vole en éclats. Et depuis quelques jours, le conflit entre dans une nouvelle phase. Les combats terrestres reprennent à grande échelle dans l’ouest et le sud-ouest du Yémen. À Taëz, à Hodeïda et sur plusieurs fronts du pays, les forces gouvernementales et les Houthis s’affrontent à nouveau. Le bilan dépasse désormais les 300 morts en quelques jours. Une escalade qui rappelle les heures les plus violentes de la guerre au Yémen. Une guerre qui dure depuis 2014 Pour comprendre cette nouvelle flambée de violence, il faut revenir plus de dix ans en arrière. En septembre 2014, les Houthis prennent le contrôle de Sanaa. Quelques mois plus tard, en mars 2015, l’Arabie saoudite intervient militairement à la tête d’une coalition arabe pour soutenir le gouvernement yéménite. Le conflit devient rapidement une guerre par procuration entre Riyad et Téhéran. Parmi les moyens de pression utilisés à l’époque par la coalition arabe figurent des restrictions sur les accès au Yémen par voie aérienne, maritime et terrestre. Et le principal symbole de ce dispositif est justement l’aéroport de Sanaa. Il reste fermé pendant des années aux vols commerciaux réguliers. Puis, en 2022, une trêve est négociée sous l’égide des Nations unies. Elle dure six mois et permet une reprise très limitée des vols. Depuis, même si la paix reste inachevée, les lignes de front étaient largement gelées. Jusqu’à cet été. Jusqu’à cet avion. À lire aussiCorne de l'Afrique: entre les Shebabs et les Houthis du Yémen, «plus qu'un partenariat, une vraie alliance»
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Allemagne: l’extrême droite franchit un nouveau seuil, le «Brandmauer» vacille?
En Saxe-Anhalt, l’AfD a remporté dimanche une victoire historique avec 43,8 % des voix, très loin devant la CDU, reléguée à 17,2 %. Pour la première fois, le parti d’extrême droite arrive en tête d’une élection régionale en Allemagne. Un séisme électoral qui met sous pression le « Brandmauer », le « mur coupe-feu » en français. Le « Brandmauer » désigne le cordon sanitaire érigé par les partis traditionnels autour de l’extrême droite. L’AfD, Alternative für Deutschland, parti nationaliste et anti-immigration, favorable notamment à un rapprochement avec Moscou, gagne pour la première fois une élection régionale en Allemagne. Son score est historique : 43,8 % des voix. Elle écrase la CDU, les chrétiens-démocrates du chancelier Friedrich Merz, qui arrivent très loin derrière, avec 17,2 %. Bien que régionales, ces élections pourraient avoir des répercussions nationales. Le risque : l’effritement du « Brandmauer » La gestion de l’après-vote est difficile. Officiellement, l’état-major de la CDU maintient le « Brandmauer » : pas d’alliance, pas de coalition avec l’AfD. Mais bien qu’en tête, l’AfD n’a pas de majorité absolue. Elle obtient 39 des 83 sièges du Parlement régional. Il lui en faudrait 42 pour disposer de la majorité absolue. Il va donc falloir trouver une solution pour gouverner ce Land. Et pour l’AfD, cette victoire est évidemment plus que symbolique. Elle démontre que le parti d’extrême droite devient la première force politique d’un Land allemand. Et pour lui, c’est une véritable rampe de lancement pour la suite, notamment en vue des prochaines élections fédérales en 2029. Pourquoi un scrutin régional peut-il peser sur l’avenir de l’Allemagne ? Parce qu’une région en Allemagne, un Land, ce n’est pas tout à fait comme une région en France, où l’essentiel du pouvoir politique reste centralisé à Paris. Les Länder allemands disposent de leur propre Parlement et de compétences importantes. Ils ont notamment des responsabilités en matière d’éducation, de police, de culture, et disposent également de leurs propres structures de renseignement intérieur. Donc, si l’AfD parvient à gouverner en Saxe-Anhalt, ce serait la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale qu’un parti d’extrême droite serait à la tête de telles institutions. Et surtout, ce serait un changement politique majeur. Le « Brandmauer », un principe politique allemand Le « Brandmauer » ne se pose pas seulement comme une règle électorale. C’est devenu un principe politique allemand : les partis traditionnels peuvent s’opposer entre eux sur beaucoup de sujets, mais ils refusent de gouverner avec l’AfD. Or cette victoire de près de 44 % met ce principe sous une pression considérable. Et c’est précisément ce qui dépasse largement les frontières de la Saxe-Anhalt. Car si l’AfD parvient à entrer dans un gouvernement régional, elle pourra démontrer qu’elle est capable de gouverner. Et parvenir ainsi à changer la perception du parti à l’échelle nationale. Pour le chancelier allemand, c’est évidemment un très mauvais résultat. Mission de Friedrich Merz : contenir l’AfD La CDU, qui gouvernait la Saxe-Anhalt depuis 2002, divise son score par deux. Elle passe de plus de 37 % lors du précédent scrutin de 2021 à 17,2 % aujourd’hui. Et surtout, cette défaite intervient alors que Friedrich Merz est déjà confronté à une forte poussée de l’AfD dans plusieurs autres régions d’Allemagne. Il va donc devoir maintenir le « Brandmauer » tout en relevant le défi de contenir l’AfD. Cette élection régionale apparaît donc comme un test grandeur nature pour toute l’Allemagne, pilier de l’Europe. À lire aussiAllemagne: Ulrich Siegmund, l'homme derrière la victoire de l'extrême droite en Saxe-Anhalt
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Giorgia Meloni, un record de longévité qui donne des idées à l'extrême droite
C'est un jour spécial aujourd'hui en Italie. Le gouvernement de Giorgia Meloni devient celui qui a duré le plus longtemps depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Et c'est assez étonnant. C'est étonnant parce que justement l'Italie est depuis des décennies synonyme d'instabilité gouvernementale avec près de 70 gouvernements en 80 ans. C'est étonnant parce qu'il faut noter que dans ce pays dirigé de toute éternité par des hommes, c'est la première femme cheffe du gouvernement qui parvient à battre ce record avec désormais 1 413 jours d'affilée au pouvoir. Ce record appartenait auparavant à Silvio Berlusconi, et il a d'ailleurs fait plus long au total, mais en quatre mandats. C'est étonnant, enfin, parce que Giorgia Meloni est à la tête de Fratelli d'Italia, un parti d'extrême droite, allié à la ligue du très vocal Matteo Salvini, lui aussi d'extrême droite, et au parti conservateur Forza Italia. Et ce n'est pas forcément l'alliance que l'on s'attendait à voir durer. À lire aussiLégislatives en Italie: la coalition de droite en tête, Meloni revendique la direction du gouvernement Sens politique Elle y parvient d'abord en obtenant des résultats économiques. En stabilisant les finances publiques et notamment le déficit, même si la dette publique reste très importante à plus de 135% du PIB, c'est encore plus que la dette française déjà très élevée. Le chômage est descendu à 6% de la population active, mais les salaires réels continuent à stagner. Malgré l'échec du référendum sur la justice, elle fait preuve d'un sens politique indéniable. En évitant les réformes trop clivantes. Elle a donc mis de l'eau dans son vin, pour le dire prosaïquement. À lire aussiItalie: le «non» au référendum sur la réforme de la justice l'emporte de peu Bonne entente Et elle l'a fait aussi au niveau européen et international. Sous Giorgia Meloni, l'Italie pèse à Bruxelles, bien plus qu'avant. Elle est écoutée et fait parfois basculer des majorités. C'est arrivé au moment où il a fallu conclure l'accord commercial avec les pays du Mercosur. Contrairement à ce que laissaient entendre ses discours, elle collabore en bonne intelligence avec la commission. Elle a pesé lourd pour le durcissement de la politique migratoire européenne. Et elle a aussi mis en avant sa bonne entente avec le chancelier allemand Friedrich Merz et même avec la première ministre sociale-démocrate danoise Mette Frederiksen sur les questions d'immigration. Il y a une autre raison à ce recentrage. C'est que ses alliés politiques se font rares. Viktor Orban a été chassé du pouvoir en Hongrie et le rôle de pont de Giorgia Meloni avec les autres pays européens a disparu. Même chose avec le président américain Donald Trump depuis qu'ils se sont fâchés cet été et depuis que son soutien n'est plus payant politiquement. À lire aussiAprès le report de la signature de l'accord UE-Mercosur, le Brésil cherche le compromis directement avec l'Italie Un argument pour d'autres en Europe Et tout ça peut donner des idées, parce que Giorgia Meloni, c'est une forme de normalisation de l'extrême droite. Depuis qu'elle est au pouvoir, l'Italie est toujours là. Elle n'a pas sombré dans le chaos. C'est un argument pour d'autres leaders du même bord ailleurs en Europe. On pense évidemment à Marine Le Pen en France, en tête des sondages à sept mois de l'élection présidentielle. Le positionnement n'est pas exactement identique, notamment sur les questions européennes ou d'immigration où la candidate du Rassemblement national est plus virulente. C'est un discours de campagne et la grande question est de savoir s'il va être appliqué intégralement en cas de victoire en mai prochain. C'est un équilibre à trouver entre la mobilisation de la base électorale et son élargissement. Et cela concerne d'ailleurs également Giorgia Meloni, qui elle aussi retournera devant les électeurs en 2027. À lire aussiGiorgia Meloni, exemple à suivre pour l'extrême droite européenne?
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Course à l'intelligence artificielle: manger ou être mangé
Deux sommets internationaux ont marqué le début de la semaine. Celui de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Bichkek, au Kirghizstan, et celui des ministres des Finances du G20, en Caroline du Nord. À l'ordre du jour des deux rencontres : le développement et la maîtrise de l'intelligence artificielle, un enjeu géopolitique à l'origine d'une véritable course entre géants américains et chinois, pendant que d'autres sont spectateurs. C'est en Caroline du Nord que le sujet a été davantage mis en avant. Les organisateurs américains en ont fait l'un des axes principaux des travaux. Et ils y ont mis toute leur puissance. Les barons américains de la haute technologie et les patrons en pointe du secteur y sont intervenus. Mark Zuckerberg, patron de Meta et Elon Musk, mais aussi Sam Altman, patron d'OpenAI, à l'origine de ChatGPT, l'IA générative la plus connue. Ces grands patrons annoncent des taux de croissance à deux chiffres et des créations de centaines, voire de millions d'emplois. Autant de chiffres difficiles à vérifier. Leur message est double : surtout pas de réglementation ou alors une réglementation minimale basée sur l'autorégulation, pour ne pas brider la créativité et l'innovation, et davantage de centres de données. Opposition Ces gigantesques concentrations de serveurs informatiques rencontrent pourtant une opposition de plus en plus virulente. D'abord aux États-Unis, notamment à l'approche des élections de mi-mandat. En cause : leur utilisation exponentielle de ressources en eau et en électricité, ce qui renchérit les factures des consommateurs américains, leur cause des nuisances, et leur coût écologique très important dans le contexte du réchauffement climatique. Donald Trump, qui leur doit beaucoup et qui utilise objectivement leur puissance et leur absence de vérification des informations, vient en aide aux barons de la technologie en expliquant que les opposants aux centres de données finiront arriérés et pauvres, et qu'ils servent les intérêts chinois. À lire aussiIntelligence artificielle: la gronde contre les data centers se répand à travers le monde Contrôler les contenus La Chine, c'est l'autre géant de l'intelligence artificielle. Beaucoup de ses modèles, contrairement aux modèles américains qui appartiennent à leurs propriétaires, sont ouverts et donc partageables. D'ailleurs au Kirghizstan, Vladimir Poutine, grand allié de Xi Jinping, a dit vouloir coopérer avec la Chine sur l'intelligence artificielle. Une alliance objective entre deux dirigeants qui ne sont pas les plus grands démocrates du monde et qui ont une tendance bien connue à contrôler les contenus. Allez demander à une IA chinoise ce qu'il s'est passé place Tian'anmen au printemps 1989 et vous obtiendrez une réponse assez peu détaillée. Si les modèles chinois sont en libre accès, c'est dans le but d'étendre l'influence du pays à ceux qui n'ont pas d'industrie de l'IA. Être à table ou au menu On pense à des continents entiers, comme l'Afrique ou l'Europe, où l'intelligence artificielle est peu développée. Jusqu'ici en Europe, on s'est surtout évertué à mettre en place ces régulations qui agacent tant les patrons et le gouvernement américain. À quelques exceptions près, comme le Français Mistral, l'Europe n'a pas de spécialiste de l'IA. De passage hier au siège de l'entreprise néerlandaise ASML qui fabrique les machines capables de fabriquer les puces électroniques, alors que l'Europe ne produit pas de puces elle-même, le président français Emmanuel Macron appelle à l'indépendance technologique européenne. Le chantier et le retard sont immenses. Actuellement, il y a deux géants qui se disputent la première place dans la course à l'IA et qui accélèrent. Les États-Unis et la Chine sont à la table de ceux qui commandent. Les autres sont pour l'instant au menu. À lire aussiIntelligence artificielle: la Chine veut rivaliser avec les États-Unis dans la production de processeurs
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Xi Jinping, une tournée diplomatique sur les routes de la géopolitique
Le président chinois Xi Jinping est arrivé hier en Égypte pour la suite et la fin de son deuxième voyage de l'année après celui effectué en Corée du Nord. Après son passage au Kirghizstan pour le sommet de l'organisation de coopération de Shanghaï, c'est une nouvelle occasion d'envoyer des messages diplomatiques et géopolitiques. L'étape de Bichkek a été riche avec des rencontres avec les chefs d'État membres de l'organisation : Vladimir Poutine bien sûr. Le président iranien Massoud Pezeshkian était là aussi. Pour les deux hommes, cela constitue autant de marques de proximité. C'est la même chose pour ce passage en Égypte à l'occasion du 70ᵉ anniversaire des relations entre les deux pays. Le président chinois écrit personnellement dans un long texte qu'il veut mettre en avant les relations entre deux civilisations millénaires. Mais le message s'adresse aussi à ceux qui ne sont pas là. Par exemple les Européens pour ce qui est des relations avec la Russie. Il continue à la soutenir malgré les demandes répétées liées à la poursuite de la guerre en Ukraine. Ou les États-Unis en montrant que l'Iran n'est peut-être pas si isolé que ça ou que la Chine peut s'intéresser au Moyen-Orient où de nombreux pays de la région réfléchissent à leurs liens avec Washington depuis le début de la guerre. À lire aussiChine: Xi Jinping entame une visite au Kirghizistan pour un sommet de l'OCS puis en Égypte Terres rares Il y a aussi un très gros aspect géopolitique dans cette tournée. Il y a moins d'un an, Donald Trump recevait en grande pompe à Washington les pays d'Asie centrale. Objectif à peine dissimulé : l'accès aux ressources minières de ces pays et notamment aux fameuses terres rares, indispensables à de nombreuses industries, notamment dans la haute technologie et dans l'armement. Actuellement, c'est la Chine qui maîtrise ce secteur stratégique. Un énorme avantage qui permet à Xi Jinping de faire entendre raison à tous ses concurrents. Il l'a déjà fait, en particulier avec le président américain, pour le faire reculer sur les droits de douane dans sa guerre commerciale. Et il n'entend évidemment pas dilapider son avantage. Toujours en Asie centrale, la Chine a beaucoup investi dans les infrastructures pour ses nouvelles routes de la soie. À lire aussiLa stratégie chinoise derrière la conquête mondiale des terres rares Faire baisser le coût des trajets Les routes commerciales sont l'autre aspect clé de ce voyage. Xi Jinping en aura forcément reparlé avec Vladimir Poutine, quelques jours après l'inauguration de sa route maritime le long des côtes arctiques russes. À Pékin, on appelle ça la route de la soie polaire. Elle est permise par la fonte des glaces accélérée par le changement climatique et, le cas échéant, par la flotte de brise-glaces de la Russie qui ne peut rien refuser à la Chine. Pour Pékin, cela présente l'avantage immense de raccourcir, donc de faire baisser le coût des trajets vers l'Europe. Xi Jinping va forcément en parler à Abdel Fatah al-Sissi. La route de la mer Rouge, essentielle au commerce chinois vers l'Europe, est menacée par les tensions régionales. L'Égypte est vue comme un pays pivot, qui agit en Afrique, où la Chine a beaucoup investi. Le Caire soutient le gouvernement soudanais de Khartoum, le long de la mer Rouge. Et le canal de Suez lui appartient. Comme l'Iran rêve de le faire au détroit d'Ormuz, elle perçoit des droits de passage. En moyenne, un demi-million d'euros par bateau. Et ça maintenant, que la Chine a une solution alternative, par la Russie, ça peut entrer dans le cadre d'une négociation, même entre amis. À lire aussiEn Égypte, Xi Jinping veut renforcer l'influence chinoise face aux États-Unis
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Dans le conflit commercial américano-canadien, beaucoup de politique et peu de diplomatie
Il y avait lundi au Canada trois élections législatives partielles, dont une dans la province francophone du Québec. Elles ont toutes été remportées par le parti libéral au pouvoir. Elles étaient suivies de près parce que les enjeux internationaux et les relations difficiles avec les États-Unis pèsent lourd dans la vie politique canadienne. On votait lundi notamment à Chicoutimi-Le Fjord. Plutôt que de les numéroter, le Canada donne des noms géographiques aux circonscriptions. Celle-ci correspond à la région du fjord du Saguenay qui prend sa source au lac Saint-Jean, avant de rencontrer le fleuve Saint-Laurent du côté de Tadoussac. Là où viennent s'égayer et s'ébrouer de sympathiques belugas et d'impressionnantes baleines venus profiter d'une nourriture abondante en été. Un endroit superbe où l'on ressent toute la force et la fragilité de la nature. Renforcer la majorité Mais il ne s'agit pas de s'intéresser au chant des baleines. Plutôt aux voix des électeurs. Parce que c'est une région productrice d'aluminium, de bois et ses dérivés et de produits laitiers, autrement dit, des secteurs particulièrement visés par les États-Unis dans la guerre commerciale face au Canada après la décision du premier ministre Mark Carney de quitter les négociations. Il y a aussi des facteurs politiques locaux. Ce n'est sans doute pas par hasard si le premier ministre canadien a dit qu'il faisait ça aussi pour défendre la place du français. C'est vrai qu'il prend des cours et qu'il progresse, mais ce qui l'intéresse au premier chef c'est de renforcer sa majorité au Parlement pour mener sa politique de diversification des partenariats internationaux. Celle qui lui confère ce rôle de leader des puissances moyennes qu'il appelle de ses voeux et semble apprécier. Report du référendum d'indépendance Une autre campagne est en cours, celle pour les élections provinciales au Québec, qui auront lieu le 5 octobre. Jusque-là, les indépendantistes québécois avaient le vent en poupe. Mais depuis le début officiel de la campagne, la majorité sortante est revenue à hauteur dans les sondages. Difficile de ne pas y voir la conséquence du conflit douanier en cours. Et même quand on a des sympathies souverainistes, il est assez humain de se dire qu'il est sans doute plus efficace de se défendre à 40 millions de Canadiens qu'à 9 millions de Québécois. D'ailleurs, le chef du parti québécois a senti le vent tourner. Il a reporté à l'après Donald Trump l'organisation du référendum sur l'indépendance qui est au coeur de son projet. À la grande joie de Mark Carney, qui après avoir été élu grâce au rejet du président américain est en train d'habilement pousser son avantage grâce aux mêmes ressorts. À lire aussiCanada: le projet de référendum séparatiste en Alberta, un «bluff dangereux», selon le Premier ministre Se remettre à parler sérieusement Dans ce dossier, on se sert donc de la diplomatie pour faire de la politique. C'est aussi le cas de l'autre côté de la frontière, aux États-Unis, où les élections de mi-mandat ont lieu début novembre. Les négociateurs américains nient vouloir s'en prendre à la place du français comme l'a dit Mark Carney. Ils disent même leur attachement aux indépendantistes québécois comme ils soutiennent les séparatistes de l'Alberta. Quand Donald Trump décide de changer le nom du lac Ontario, c'est aussi un message politique à destination de son électorat, pour essayer de remonter la pente de ses difficultés sondagières. Bref, dans cette affaire tout le monde fait beaucoup de politique et peu de diplomatie. Pourtant ce conflit douanier fait tellement de mal des deux côtés de la frontière, qu'il faudra bien se remettre à parler sérieusement. Probablement après les élections des uns et des autres. À lire aussiÉtats-Unis: Trump signe un décret changeant le nom du «lac Ontario» en «lac d'Amérique»
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Cinq ans après le retrait d'Afghanistan, la stratégie militaire américaine a changé
Le retrait américain d'Afghanistan. C'était il y a cinq ans et cette opération particulièrement chaotique a eu jusqu'à aujourd'hui des conséquences très importantes sur la stratégie militaire américaine à travers le monde. On se souvient de ces milliers d'Afghans qui se pressent aux entrées de l'aéroport de Kaboul, fuyant les Talibans, tentant d'obtenir des places dans les vols d'évacuation, courant aux côtés des avions de transport militaires américains. Et les soldats américains, tentant d'organiser ce chaos au milieu des menaces d'attentat suicide, dont l'un allait faire 13 morts dans leurs rangs. Des images désastreuses pour la puissance américaine. Ce retrait a été comparé à la fin de l'engagement américain au Vietnam. Avec des conséquences politiques payées par un homme : Joe Biden. Sa chute dans les enquêtes d'opinion a commencé précisément au moment de ce retrait chaotique. Il n'a jamais réussi à remonter la pente. Cela a été un vrai sujet lors de la campagne présidentielle de 2024, les Républicains reprochant vertement sa gestion au président démocrate alors que la décision du retrait avait été prise à la fin du premier mandat Trump. Il y a forcément eu des conséquences tactiques dans la mise en œuvre des interventions militaires américaines depuis. Valeur ajoutée psychologique « No boots on the ground ». Pas de troupes au sol. C'est le mot d'ordre depuis, que ce soit sous Joe Biden ou Donald Trump version 2. Terminées les grandes opérations coûteuses et de longue durée sur le terrain des pays concernés. Irak, Syrie, Niger : les retraits de troupes américaines se sont enchaînés depuis cinq ans. Cela n'empêche pas les interventions américaines. Et elles restent nombreuses : Yemen, Nigéria, zone pacifique ou caribéenne et évidemment Iran. Mais elles se font désormais à distance par drones ou par frappes aériennes, balistiques ou aéroportées. À chaque fois, l'actuel président explique que toutes les options sont sur la table, mais il reste prudent. Quand des opérations au sol sont lancées, elles sont limitées, principalement avec des forces spéciales et à forte valeur ajoutée politique, psychologique ou de communication. Exemple : l'enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela ou le sauvetage début avril d'un pilote américain dont l'avion avait été abattu en Iran : une opération présentée comme un succès. Un changement stratégique plus large Les États-Unis ne masquent pas leur volonté de contrôler avant tout leur propre hémisphère, le continent américain. Ailleurs, les États-Unis demandent à leurs alliés de faire davantage. C'est le cas des alliés de l'OTAN en Europe, qui voient la volonté américaine de retrait. Ils sont souvent mis devant le fait accompli : c'était le cas en Afghanistan, mais aussi en Iran ou dans les décisions de redimensionnement de la présence américaine. Puis, tout cela coûte très cher. Ce n'est pas parce que les soldats américains sont déployés moins près des théâtres d'opération que les coûts baissent. Notamment en achat de matériels ou de munitions. Ainsi, les demandes de rallonges budgétaires depuis le début de la guerre en Iran prennent des allures inquiétantes.
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Les lieux de pouvoir: au Brésil, les prisons, un État dans l'État et deux organisations rivales [10/10]
Dernier épisode de notre série d’été sur les lieux de pouvoir. Direction le Brésil avec des lieux très particuliers de pouvoir : les prisons, berceau et, en partie, quartier général de deux factions criminelles dont l’influence ne cesse de grandir. Les prisons sont censées être des lieux de punition. Mais au Brésil, elles sont devenues un véritable État parallèle. Tout commence dans les années 1970 avec le Comando Vermelho, le « Commando rouge », une faction criminelle née dans un centre pénitentiaire de Rio de Janeiro. Vingt ans plus tard, c’est dans une prison de São Paulo que quelques détenus fondent un groupe aujourd’hui considéré comme l’une des organisations criminelles les plus puissantes au monde : le PCC, le Premier Commando de la Capitale. Au départ, ces groupes apparaissent comme des organisations de protection. Dans des établissements surpeuplés, violents et abandonnés par les autorités publiques, ils garantissent la sécurité des détenus, organisent la solidarité avec les familles et imposent des règles de coexistence. Pour beaucoup de prisonniers, adhérer à une faction est moins une question d’idéologie qu’une question de survie. Ces organisations profitent de l’absence de l’État pour prospérer Le Brésil possède la troisième plus importante population carcérale au monde, avec plus de 600 000 personnes derrière les barreaux. Face à des prisons de plus en plus surpeuplées, l’État a progressivement perdu la main. La plupart des centres pénitentiaires sont aujourd’hui contrôlés par des factions, avec la complicité de l'État. Les cellules se sont transformées en quartiers généraux depuis lesquels les organisations dirigent leurs activités criminelles. Les autorités ont longtemps cru qu’en dispersant les chefs du PCC dans différentes prisons, elles affaibliraient l’organisation. Mais, c’est l’inverse qui s’est produit. Chaque transfert a contribué à étendre l’influence du PCC. Et chaque nouveau détenu représente un membre potentiel pour l’organisation. Le PCC, une multinationale du crime Aujourd’hui, le Comando Vermelho compterait environ 40 000 membres. Son rival, le PCC, près de 100 000. Cette dernière organisation est devenue une véritable multinationale du crime. Non seulement elle contrôle une partie des routes de la cocaïne vers l’Europe et l’Afrique, mais elle dispose aussi de relais dans une quinzaine de pays. Dans l’État de São Paulo, le PCC a, selon les autorités, déjà infiltré treize municipalités. L’organisation criminelle investit massivement dans l’économie légale. Présente aujourd’hui dans les prisons de presque tous les États brésiliens, elle a tissé sa toile sur l’ensemble du territoire national. Une influence qui ne cesse de croître. On a appris récemment que neuf personnes arrêtées sur dix seraient liées soit au Comando Vermelho, soit au PCC, cette « confrérie criminelle », comme la qualifie le sociologue Gabriel Feltran, est d’ailleurs dirigée par un homme : Marco Willians Herbas Camacho, alias « Marcola », qui se trouve depuis plus de vingt ans derrière les barreaux.
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Les lieux de pouvoir: à Ramallah, la Muqata'a, un centre du pouvoir chargé d'histoire [9/10]
Suite de notre série sur les lieux de pouvoir dans le monde. Direction Ramallah, dans la Muqata'a, un lieu chargé d'histoire. Appelée aussi le complexe d’Arafat, la Muqata'a est devenue le centre du pouvoir palestinien, un pouvoir aujourd’hui isolé, mais la Muqata'a reste le lieu où se prennent les décisions politiques depuis les accords d’Oslo dans les années 1990. D’un point de vue architectural, les bâtiments sont liés à l’histoire palestinienne. À l’époque du mandat britannique dans les années 1930, la Muqata'a était un fort. Elle est devenue un centre administratif sous l’autorité des Jordaniens. Durant l’occupation israélienne, les bâtiments ont été utilisés comme base militaire et centre de détention. C'est en 1996 que Yasser Arafat s’y installe. Construit avec des pierres blanches, le complexe se veut le reflet de l’identité palestinienne. Des extensions d’un style plus contemporain ont été ajoutées au fil des années. On y trouve désormais des bureaux, des salles de réunion, des espaces de réception. L’image de Yasser Arafat est omniprésente avec notamment le mausolée du premier président palestinien, chef de l'Organisation de libération de la Palestine, l'OLP. En 2002, le siège de Muqata'a, un épisode tristement célèbre Le siège de la Muqata'a a duré plus de deux ans et demi, à partir de 2002 lors de la seconde intifada. L'armée israélienne décide alors d'attaquer la Muqata'a pour répondre, dit-elle, aux attentats-suicides. Mustafa Barghouti, un homme politique palestinien, se souvient très bien de cette période : il était au plus près des événements : « Il ne faut pas oublier que la Muqata'a a été attaquée et détruite en grande partie par l’armée israélienne en 2002. Ils assiégeaient le président et nous, la société civile, nous étions là avec des volontaires internationaux pour former un bouclier humain pour protéger Arafat, le président ». Les bâtiments en partie détruits en 2002 sont laissés en l’état, avec des murs criblés d’impacts de balles. Le mémorial rappelle les violences subies. Après la mort de Yasser Arafat en 2004, la direction palestinienne a décidé que le leader décédé serait « temporairement » inhumé dans le complexe de la Muqata'a, en attendant la création d’un État palestinien et le transfert du corps à Jérusalem. La Muqata'a en 2026, un lieu fonctionnel, mais sécurisé Aujourd'hui, la Muqata'a est fonctionnelle, mais sécurisée, avec des enceintes fortifiées et des accès très contrôlés. Le bureau du président Mahmoud Abbas se situe au centre du complexe. « Ça fait longtemps que je n’y suis pas allé. L'opposition palestinienne n’y est pas invitée. Dans ce pays, le pouvoir est au quartier général de l’armée israélienne. C’est là qu’est le vrai pouvoir », déplore Mustafa Barghouti. À Ramallah, la Muqata'a incarne aujourd’hui un pouvoir affaibli, mais sans partage. Le lieu reste toutefois le symbole de la résistance des Palestiniens et de leur aspiration à un État indépendant.
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Les lieux de pouvoir: Mar-a-Lago, une résidence privée au cœur du pouvoir américain
Direction la Floride, à la découverte de Mar-a-Lago, l’immense propriété de Donald Trump. À la fois club privé, résidence de luxe et antichambre de la Maison Blanche, le président américain y a passé près d’un jour sur six depuis le début de son deuxième mandat. Et il y a pris des décisions cruciales. Mar-a-Lago, un lieu démesuré à l’image de Donald Trump. Ici, il faut que ça brille, et de ce point de vue-là, la propriété coche toutes les cases. C’est un complexe dont la construction s’est inspirée du château de Versailles. Demeure de plus d’une centaine de pièces, sur la célébrissime plage de Palm Beach, au nord de Miami, huit hectares qui font face à la mer d’un côté et qui s’étendent de l’autre côté jusqu’au lagon de Lake Worth, d’où son nom, Mar-a-Lago, de « la mer au lac » en espagnol. Donald Trump l’a acquis en 1985, il y a plus de 40 ans. À l’origine, c’était un lieu de vacances, mais petit à petit, il s’est transformé en club privé avec un droit d’entrée. Aujourd’hui, pour devenir membre du club de Mar-a-Lago, il faut dépenser un million de dollars. Qu’est-ce qu’on y trouve en réalité ? On y trouve des courtisans qui cherchent à se placer, un réseau, une chance d’apercevoir le président américain… On ne sait pas trop, d’ailleurs, où se trouve la frontière entre ses intérêts privés et ceux des États-Unis puisque Donald Trump, depuis qu’il a accédé au pouvoir pour la première fois en 2016, a fait de Mar-a-Lago un carrefour politique et diplomatique. Il y a déclenché des frappes contre le régime syrien de Bachar el-Assad à l’époque, il y a reçu Xi Jinping, le président chinois, plus récemment l'Argentin Javier Milei. Et puis il y a toute la séquence vénézuélienne : l’opération militaire qui a débouché sur l’enlèvement de Nicolas Maduro, le feu vert a été donné de Mar-a-Lago. La « Maison Blanche d’hiver » de Donald Trump C’est là qu’il passe l’essentiel de ses week-ends et ses vacances. C'est là aussi qu’il veut être et où il prend des décisions très importantes, à l’image de ce qui s’est produit après son élection en novembre 2024, avant de prendre ses fonctions, lorsqu’il était encore président-élu, c’est à Mar-a-Lago qu’ont eu lieu les tractations et les visites, les décisions sur qui va prendre quel poste de ministre, qui occupera telle fonction sensible au sein de l’administration… Et puis, c’est aussi à Mar-a-Lago qu’Elon Musk s’est installé de manière quasi permanente pendant des semaines, fin 2024, pour mettre en place le Doge, le fameux programme de coupes budgétaires qui a abouti au licenciement de milliers de fonctionnaires. Encore une fois, confusion des genres qui a très vite donné la tonalité de ce deuxième mandat. Donald Trump et Elon Musk, deux très grandes fortunes américaines, logés dans un palace de Floride, en train de se demander quels traités seraient dénoncés et quelles parties du gouvernement fédéral des États-Unis seraient mises à bas quelques mois plus tard lors de l’investiture de Donald Trump à la Maison Blanche.
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Les lieux de pouvoir: Zhongnanhai, le centre névralgique du pouvoir chinois
C’est le cœur du pouvoir chinois, mais aussi l’un des lieux les plus secrets du pays. À quelques pas de la Cité interdite, Zhongnanhai abrite les bureaux des principaux dirigeants communistes. Donald Trump a exceptionnellement été invité à franchir ses murs rouges, au dernier jour de sa visite d’État. Mais que sait-on réellement de cette forteresse politique ? Zhongnanhai, qu’est-ce que c’est exactement ? C’est le centre névralgique du pouvoir chinois, situé juste à l’ouest de la Cité interdite et de la place Tian’anmen. Son nom signifie « les mers du Centre et du Sud », en référence aux deux grands lacs du domaine. Le complexe abrite les principaux services du Parti communiste et du gouvernement. C’est là que travaillent Xi Jinping et les plus hauts dirigeants du pays. On le compare à la Maison-Blanche ou au Kremlin, mais Zhongnanhai est beaucoup plus fermé : le public n’y entre pas et les images de l’intérieur sont rarissimes. Que trouve-t-on derrière ces hauts murs rouges ? La parfaite carte postale. D'abord, un ancien jardin impérial : des lacs, des pavillons, des corridors ombragés et des arbres centenaires. C’est cette image presque hors du temps qui a été montrée à Donald Trump lors de sa visite au mois de mai. Mais derrière ce décor se trouve aussi une immense machine administrative, avec des bâtiments beaucoup plus ordinaires où travaillent les services du Parti et du gouvernement. Zhongnanhai est donc à la fois un palais, un quartier de bureaux et une forteresse politique : un décor paisible où se prennent des décisions qui concernent près d’un cinquième de l’humanité. Le lieu était-il déjà associé au pouvoir avant l’arrivée des communistes ? Oui, son histoire remonte à près de 1 000 ans. Zhongnanhai a progressivement été intégré à la Cité impériale, puis aménagé par les empereurs Ming et Qing. À la fin du XIXe siècle, l’impératrice douairière Cixi y fait emprisonner son neveu, l’empereur Guangxu, après avoir brisé sa tentative de réformer l’empire. Mao Zedong s’y installe après la fondation de la République populaire, en 1949, et y travaille jusqu’à sa mort. C’est derrière ces murs qu’ont été décidées certaines des grandes orientations de la République populaire. C’est également là qu’il reçoit Richard Nixon en 1972. Le régime change, mais le pouvoir reste au même endroit, au cœur de l’ancienne capitale impériale. Lieu de fascination Pourquoi Zhongnanhai continue-t-il de fasciner autant ? Parce que presque rien n’en sort. Le complexe ne se visite pas et les rares images diffusées sont soigneusement sélectionnées. Les décisions prises derrière ses murs ne deviennent publiques que lorsque le Parti choisit de les annoncer. Pour les Chinois, Zhongnanhai est donc à la fois bien réel et presque mythique. Sa grande porte donne sur l’une des principales avenues de Pékin. Au-dessus, on peut lire la devise de Mao : « Servir le peuple ». Pourtant, le peuple reste à la porte.
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Les lieux de pouvoir: le palais Mariinsky, trois siècles d’histoire au cœur de Kiev
Suite de notre série d'été sur les lieux de pouvoir. Direction Kiev, la capitale ukrainienne où se dresse un palais qui raconte près de trois siècles d'histoire et qui, aujourd'hui encore, est au cœur de l'actualité : le palais Mariinsky. Difficile d'imaginer que derrière cette élégante façade bleu ciel et blanche se cache un véritable survivant. Le palais Mariinsky domine le fleuve Dniepr depuis le XVIIe siècle. Il est commandé en 1744 par l'impératrice Élisabeth de Russie, mais elle meurt avant même d'avoir pu y séjourner. L'histoire de ce palais résonne beaucoup avec la guerre actuelle Car sa construction est d’abord un projet politique de la Russie, synonyme de domination sur le pays. L’Ukraine vient de perdre ce qu’on appelle la « guerre du Nord » au début des années 1700. À l'époque, Kiev voulait déjà se rapprocher de l’Europe contre l’Empire russe. La suite, c’est Vlad Goldakovskyi qui nous la raconte. Cet architecte ukrainien connaît bien l’histoire de son pays et celle du palais Mariinsky. « Plus tard, peut-être vingt ans après la guerre, le palais Mariinsky a été construit comme le symbole de l'Empire russe en Ukraine. Nous avons obtenu notre indépendance en 1991 et le palais Mariinsky est alors devenu le symbole de l'indépendance vis-à-vis de la Russie. Aujourd'hui, c'est un quartier très important de Kiev, car il incarne le pouvoir ukrainien indépendant et la résistance ukrainienne. Pourtant, à l'origine, il symbolisait la domination de l'Ukraine par des forces extérieures. » Depuis la guerre en Ukraine, le palais a pris une dimension encore plus symbolique Depuis l'invasion russe à grande échelle de février 2022, le palais Mariinsky fait partie des sites les plus protégés d'Ukraine. Situé au cœur du quartier gouvernemental de Kiev, il est entouré d'importants dispositifs de sécurité : contrôles d'accès, présence militaire, rues régulièrement fermées... Son accès est très limité, j’ai pu m’en rendre compte quand je m’y suis rendu pour couvrir une conférence de presse de Volodomyr Zelensky et de chefs d’État africains. Le quartier est bouclé, silencieux… On laisse les téléphones portables à l’entrée du palais, interdiction de faire des directs sur place ou de donner des indications d’horaires sur le programme du président ! À l'intérieur, les rideaux sont tirés devant les fenêtres, et des hommes en armes sont postés à chaque coin du jardin. La décoration peut faire mal aux yeux si on a des goûts simples, même s'il y a quand même moins de dorures qu'à l'Élysée ! Est-ce que c’est là que vit Volodymyr Zelensky ? Pour des raisons de sécurité évidentes, on ignore où il vit et où il passe ses quelques heures de sommeil exactement. Au début de la guerre, une salle anonyme et bunkérisée a été aménagée dans une aile du palais Mariinsky. Volodymyr Zelensky y a organisé des conférences de presse et des réunions. Et il s’était réfugié avec son équipe dans un bunker situé sous le siège de l’administration présidentielle. Car le palais Mariinsky n’a pas d’abri. Mais le président ukrainien a reconnu lui-même dans une interview qu’il ne s’y rendait plus, même quand il y a des alertes aériennes sur Kiev. Il travaille quand même au quotidien rue Bankova, dans le bâtiment plus moderne de l'administration présidentielle. Le palais Mariinsky reste un lieu d’apparat, un décor pour les réceptions officielles. Il est surtout devenu un symbole de la continuité de l'État ukrainien, malgré les bombardements et les menaces qui pèsent sur la capitale.
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Les lieux de pouvoir: en Haïti, le Karibe et le Montana accueillent les réunions politiques
Suite de notre série sur les lieux de pouvoir. Direction deux hôtels emblématiques de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti. Face à l'avancée des gangs ces dernières années, le Karibe et le Montana accueillent de plus en plus de réunions politiques, gouvernementales, et d'organisations internationales. Le Karibe d'abord : c'est presque au pied de cet hôtel à la façade rouge qu'atterrissent les hélicoptères de l'ONU, sur les hauteurs de Port-au-Prince. Une liaison empruntée par des diplomates, des humanitaires ou des journalistes étrangers, pour éviter l'aéroport où plusieurs avions ont été touchés par des tirs ou des balles perdues ces derniers mois. C'est un complexe de plusieurs bâtiments, gardés par des hommes armés, et construit sur une colline dans l'un des quelques quartiers qui n'est pas aux mains des gangs. Avec son carrelage beige et marron, on y trouve des restaurants, un terrain de tennis, des appartements, des salles de conférences, une salle de sport, des cafés, il abrite aussi un bar et un héliport sur son toit. C'est un lieu considéré comme particulièrement sûr. Un lieu de pouvoir C'est au sein même de l'hôtel que se trouvent les bureaux des Nations unies en Haïti. C'est aussi dans le bar/restaurant sur le toit, qui surplombe toute la ville, que l'élite économique et politique haïtienne fait la fête. On peut y croiser des diplomates, des humanitaires, des agents de sécurité de l'ONU, mais également le Premier ministre Alexis Didier Fils-Aimé. C'est à la fois un lieu de travail, dans les bureaux et les salles de conférences, et un lieu où se tissent des relations plus informelles. C'est un lieu où on vient se montrer. Face au Karibe, l'hôtel Montana, tout aussi lieu politique Le Montana n'est pas qu'un simple hôtel à la vue imprenable sur Port-au-Prince. Certains ministères y tiennent des réunions officielles, car leurs locaux ne sont plus accessibles soit à cause de l'avancée des gangs, soit parce qu'ils ont été transformés en camps de déplacés internes. Le Montana a même donné son nom à des accords politiques : l'accord de Montana, en août 2021, par exemple. Après l'assassinat du président Jovenel Moïse, des organisations de la société civile et des partis politiques demandaient une transition et des élections. Accord qui n'a pas abouti puisque les Haïtiens n'ont pas été appelés aux urnes depuis près de 10 ans en Haïti. Le Montana, lieu incontournable de la vie politique haïtienne En février dernier, juste avant l'expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), c'est ce lieu qu'ont choisi des associations et des politiques pour présenter une proposition commune pour la suite. Sans succès puisque, sous l'influence pressante des États-Unis, pour ne pas dire l'ingérence de Washington, le CPT a bien été dissous et Alix Didier Fils-Aimé, Premier ministre par intérim, est resté seul à la tête de l'État haïtien.
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Les lieux de pouvoir: la Kyria à Tel-Aviv, le Pentagone israélien
Suite de notre série sur les lieux de pouvoir. Aujourd’hui, la Kyria à Tel-Aviv en Israël, le quartier général de l’armée israélienne. On l’appelle le Pentagone israélien et cette base d’un large périmètre est étonnamment située au cœur de Tel-Aviv, pas très loin d’un grand centre commercial, d’un musée, dans une zone civile et très urbanisée. À la Kyria, on trouve donc le quartier général de l’état-major, le siège du ministère de la Défense, un bureau pour le Premier ministre et son cabinet de sécurité. Le complexe comprend deux tours principales de 17 étages, impossible de les manquer. Mais le plus intéressant, le plus secret, c’est ce qui se passe en souterrain. La Kyria, c’est aussi un tentaculaire réseau de bunkers opérationnels, enterrés sans que l’on sache exactement où et à quelle profondeur. En temps de guerre, de très nombreux soldats descendent dans les souterrains, d’après le New York Times, qui est un des rares médias à avoir eu accès au site. Au-delà des salles d'opérations, il y a une salle de sport, une synagogue, une cantine, des salons. Les zones les plus sensibles du complexe sont protégées contre différentes menaces, y compris nucléaires, mais aussi un tremblement de terre ou une attaque cyber. Elles sont équipées pour avoir assez d’énergie, de nourriture et d’eau pour fonctionner longtemps, même si les occupants ne peuvent pas rejoindre l’air libre. Une histoire liée à celle d'Israël L’histoire de la Kyria est étroitement liée à celle d’Israël, elle sert de QG à l’armée depuis la fondation de l’État israélien en 1948. Si on remonte encore plus loin, en 1870 sous l’Empire ottoman, la zone était occupée par une colonie de templiers allemands. Les Britanniques ont ensuite réquisitionné les lieux en 1917 puis l’ont transformé en camp de détention pour les alliés du nazisme. Finalement, les lieux sont investis par la Haganah en 1947, la milice qui a mené la guerre d’indépendance en Israël. Résolument sionistes, ces miliciens ont été à l’origine de l’armée israélienne. À l'époque, le nouveau gouvernement israélien se sert des maisons allemandes et des baraquements britanniques pour son administration. Le lieu a été choisi, déjà pour les tunnels des Templiers qui passaient sous le quartier de Sarona. Un déménagement envisagé, notamment après une frappe Un projet de déménagement existe, mais ce n’est pas pour tout de suite, mais des plans sont sur la table. Des locaux en plein cœur de Tel-Aviv, c’est très cher. Il n’y a pas de possibilité d’extension, la métropole manque de place. Il faut ajouter que pour la première fois l’année dernière le site a été touché par un missile balistique iranien. Aucun commentaire sur les dégâts, c’est top secret. Mais il s’agissait d’une frappe inédite. Lorsque la Kyria est ciblée, cela expose évidemment la ville et ses habitants dans les moments de conflit. L’armée israélienne envisage de déplacer des unités de renseignement à Beersheva, au sud, dans le Néguev. Et un bunker de commandement a été récemment construit à Jérusalem pour le Shin Beth, sans que l’on sache exactement où il se trouve et quel est son rôle. À lire aussiLes lieux de pouvoir: le Berlaymont, navire amiral de l'Union européenne
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Les lieux de pouvoir: le Berlaymont, navire amiral de l'Union européenne
Notre chronique sur les lieux de pouvoir nous emmène au siège de la Commission européenne. Dans le petit monde de l’Union européenne (UE), on appelle ce bâtiment le Berlaymont. Construit à la fin des années 1960 sur la propriété du couvent des Dames de Berlaymont, un ancien pensionnat pour jeunes filles, le bâtiment est en forme de croix asymétrique. Mais la grande innovation pour l’époque, c’est que seul son axe central touche le sol. Quelle impression donne le bâtiment ? On est dans un immeuble administratif, imposant, intimidant et un peu froid. Catherine Ray connaît bien le Berlaymont. Porte-parole de l’ancienne cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini, Catherine Ray anime aujourd’hui « À quoi tu sers ? », un podcast sur les métiers de l’Europe. Elle raconte ses premières impressions quand elle est entrée dans ce bâtiment : « J'ai eu à vrai dire une impression plutôt de respirer, de lumière, de bâtiments très modernes. Ce n’était pas un bâtiment gris en fait, c'est un bâtiment assez coloré à l'intérieur. Il y a plein d'œuvres d'art de différents artistes européens. Ce qui m'a aussi frappé, c'est que c'est un bâtiment assez labyrinthique. C'est un bâtiment assez compliqué avec plein de niveaux. On ne s'y retrouve pas toujours, un peu comme au Parlement européen. Mais pour autant, c'est un bâtiment, je dois dire, dans lequel je me suis toujours sentie assez bien, parce que justement moins compassé, moins lourd que les bâtiments français dans lesquels l'histoire pèse très fort. » Concrètement, à quoi sert le Berlaymont ? C’est le lieu où les commissaires rencontrent les dirigeants étrangers, organisent leurs réunions et rencontrent la presse. Mais il y a d’autres endroits, plus confidentiels. Catherine Ray a bien voulu dévoiler certains secrets du Berlaymont. « C'est un bâtiment qui vit quasiment de 7 h à 22 h. On peut y trouver des cafés, des cafétérias, des salles de sport. Pour l'anecdote, il y a même un sauna parce que les pays nordiques avaient insisté à l'époque pour qu'il y ait un sauna. Certains commissaires ont même fait des petits briefings presse dans le sauna - je ne donnerai pas de nom ! Il y a un petit cinéma. Ça m'est arrivé de tomber nez à nez avec un chef d'État ou des ministres. On ne s'y attend pas toujours, donc ça crée des moments assez cocasses dans les ascenseurs ou dans un couloir. Des gens qui sont perdus aussi qu'on peut accompagner à leur salle de réunion. » À lire aussiLes lieux de pouvoir: le palais présidentiel à Abidjan, un lieu chargé d’histoire Un lieu de pouvoir, celui d’Ursula von der Leyen L’ancienne ministre allemande en a fait sa forteresse. Elle y travaille et elle y vit. À son arrivée à la tête de la Commission, elle a fait aménager un studio de 20 m² (avec salle de bains) à côté de son bureau. Grosse polémique à l’époque : les travaux avaient coûté 72 mille euros à l’Europe. Circonstance aggravante : Ursula von der Leyen n’a pas renoncé à percevoir une partie de son indemnité de résidence, alors qu’elle loge gratuitement au Berlaymont. C’est aussi le signe d’un pouvoir centralisé, comme certains le lui reprochent ? Autrement dit : la Commission, c’est elle ! Ses détracteurs l’accusent de concentrer tous les pouvoirs, sans tenir compte de ses 27 commissaires. C'est d'ailleurs au siège de la Commission que se négocient parfois les textes les plus importants : le pacte asile et migration, pour ne citer que lui. Elle décide bien souvent seule. Avec elle, que ça plaise ou non, le Berlaymont a gagné sa place sur la carte des lieux de pouvoir, au même titre que l’Élysée ou Downing Street. À lire aussiLes lieux de pouvoir: le Kremlin, un lieu sacré, symbole de la puissance de la Russie
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Les lieux de pouvoir: le Kremlin, un lieu sacré, symbole de la puissance de la Russie
Suite de notre série sur les lieux de pouvoir, cette fois-ci en Russie. Il a été la résidence des tsars, puis le siège du pouvoir soviétique et aujourd’hui celui de la Fédération de Russie : le Kremlin est d'abord un lieu physique, une forteresse au cœur de Moscou, une enceinte de 28 hectares, entourée de murs rouges et de 20 tours qui surplombent la capitale russe. Mais le Kremlin est surtout le centre historique du pouvoir russe. En Russie, le Kremlin n’est pas seulement un bâtiment. C’est un synonyme du pouvoir lui-même. Lorsque l'on dit que « le Kremlin a décidé », ce ne sont pas des murs ou des tours dont on parle, mais du président russe, de son entourage, de l’appareil d’État. Ce symbole vient notamment de sa continuité. Les régimes ont changé, les drapeaux aussi, mais le Kremlin est resté : la Russie impériale, l’Union soviétique, puis la Fédération de Russie se sont succédé, quand le pouvoir, lui, est toujours resté associé à ce même lieu. Une centralité également visible dans la ville, puisque Moscou s'est construite autour du Kremlin, avec ses boulevards circulaires et ses grands axes qui partent du centre. Le Kremlin organise ainsi l'espace urbain et l'imaginaire politique : tout semble partir de lui et tout semble y revenir. Le Kremlin ou la mise en scène du pouvoir. Le Kremlin sert à montrer la stabilité, la force, la permanence de l’État russe. Chaque dirigeant a cherché à y laisser son empreinte. Le président actuel Vladimir Poutine l’a souvent utilisé comme décor politique, notamment pour ses grandes allocutions télévisées. On l’a vu, par exemple lors de discours très symboliques, comme après l’annexion de la Crimée en 2014. C’est aussi un lieu presque sacré pour beaucoup de Russes. Il fusionne l’idée de puissance d’État avec l’identité nationale. Plus que le siège du pouvoir, le Kremlin représente une certaine vision de la Russie, centralisée, verticale, organisée autour d’un dirigeant fort. Un lieu de travail pour Vladimir Poutine ? Vladimir Poutine y a ses bureaux officiels et dispose d’un cabinet de travail et d’un bureau d’apparat, utilisé pour recevoir des dirigeants étrangers ou remettre des décorations. C’est un décor très impérial, avec des colonnes, des statues d’empereurs russes et une cheminée en malachite. Toutefois, Vladimir Poutine ne vit pas au Kremlin. Sa résidence officielle principale est Novo-Ogariovo, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Moscou, où il travaille souvent et où il y reçoit aussi des responsables russes. Une sécurité accrue depuis le début de la guerre En mai 2023, Moscou avait accusé Kiev d’avoir visé le Kremlin avec deux drones, ce que Volodymyr Zelensky avait fermement démenti. Le porte-parole russe avait alors indiqué que Vladimir Poutine ne se trouvait pas sur place. La guerre a changé la perception du lieu. Si le Kremlin reste ultra-protégé, il n'est plus hors d'atteinte. Aujourd'hui, ce sentiment de vulnérabilité s'étend plus largement. Le Kremlin reste la façade du pouvoir russe mais également le lieu sur lequel se projettent désormais les fragilités du système : la peur des attaques, les tensions économiques et l'incertitude sur l'issue de la guerre.
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Les lieux de pouvoir: le palais présidentiel à Abidjan, un lieu chargé d’histoire
Une nouvelle série commence ce matin sur RFI, consacrée aux lieux de pouvoir. Et pour son premier épisode, direction la Côte d’Ivoire. L’essentiel du pouvoir politique est concentré à Abidjan. Focus sur le palais de la présidence. Il faut remonter à la période coloniale pour mesurer la symbolique de ce lieu : à l’origine, il y avait là, sur ce site, le Palais du Gouverneur. C’était le siège de l’autorité coloniale. Mais Félix Houphouët Boigny, le premier président de la Côte d’Ivoire indépendante, a décidé de le raser pour construire un palais présidentiel. Cette décision avait donné lieu à des débats, avec deux ministres, dont Jean Delafosse, qui au nom de l’histoire et de la mémoire, prônait le maintien du Palais du Gouverneur. Il estimait par ailleurs que ce site, en bord de lagune, était à la portée des agressions et des nuisances sonores (le chemin de fer passait juste à côté). C’est finalement l’option d’Houphouët qui a prévalu. Le palais présidentiel a été construit en quelques mois : l’édifice a été conçu par l’architecte français Pierre Dufau. C’est un grand bâtiment, avec un toit incurvé, qui rappelle le tabouret Akan. Il a nécessité d’importer quelques 1000 tonnes de marbre d’Italie. Il a été inauguré, symboliquement, le 7 août 1961, date du 1er anniversaire de l’indépendance du pays. Pourquoi le pouvoir n’est-il pas exercé à Yamoussoukro, qui est la capitale politique et administrative ? La question se pose effectivement, puisque les autorités ont acté le transfert de la capitale administrative d’Abidjan en 1983, à Yamoussoukro. Mais dans les faits, les principales réunions du gouvernement se tiennent à Abidjan. Et même à l’époque, le palais présidentiel de Yamoussoukro faisait plutôt office de résidence personnelle d’Houphouët. C’était pour lui, un lieu de repos, de réflexion. Lorsqu’il recevait là-bas des ministres, c’était pour leur faire visiter ses plantations de cacao, de café, d’ananas et d’igname. Car il était profondément convaincu qu’il fallait développer l’agriculture. Par la suite, le pouvoir exécutif a continué d’être exercé à Abidjan. Le plupart des buildings administratifs qui concentre les bureaux des ministères sont aussi à Abidjan. Que devient ce palais aujourd’hui ? C’est le lieu où se tient le Conseil des ministres. Les principales réunions et audiences du président se tiennent au palais de la présidence. Les nouveaux ambassadeurs accrédités reçoivent leurs lettres de créance ici. Encore aujourd’hui, c’est ici que les chefs d’États étrangers sont reçus, au cours des visites officielles. L’édifice a été restauré à l’identique. Les salles et les lustres sont les mêmes qu’à l’époque d’Houphouët. L’actuel président, Alassane Ouattara, utilise le grand bureau fait de marbre de Félix Houphouët Boigny. Un autre bâtiment a vu le jour : l’Esplanade, inspiré d’un masque senoufo. Ce bâtiment abrite plusieurs bureaux et notamment le cabinet du vice-président.
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Les détroits dans le monde: Magellan, une route maritime qui retrouve de l’importance
Direction l'extrême sud de la planète, dans le détroit de Magellan, au Chili. Un détroit qui fut la principale route entre l'Atlantique et le Pacifique. Éclipsé par l'inauguration du canal de Panama au début du XXe siècle, il reste tout de même un point stratégique, idéalement situé face à l'Antarctique. Depuis le passage de Fernand de Magellan en 1520, qui lui a donné son nom, le détroit est connu des marins pour ses conditions de navigation difficiles. Vents violents, courants très forts, conditions météo extrêmes... Comme en témoignait auprès de RFI en 2015 un des guides du musée de Punta Arenas, principale ville de la région, face au détroit : « Cette carte montre tous les naufrages survenus entre le cap Horn et le détroit de Magellan. Ici les deux océans se rejoignent : Pacifique et Atlantique. C'était l'époque de la navigation à voile. Les bateaux étaient à la merci des éléments ». Plusieurs peuples autochtones, comme les Kaweskars, parcouraient déjà le détroit. Mais pour les Européens, découvrir ce passage a bouleversé leur vision du monde, en prouvant non pas que la terre était ronde (ça, ils le savaient déjà), mais aussi que les océans étaient reliés entre eux : « Fernand de Magellan cherchait une route maritime, commerciale, pour arriver à ce qu'on appelait les Indes. Pas en passant par l'est en contournant l'Afrique, mais en passant par l'ouest », explique José Alvarez Chaigneau, professeur à l'académie de guerre navale du Chili. « Le détroit de Magellan est devenu un point de passage très important aux 18e et 19e siècle ». L'inauguration du canal de Panama en 1914 marque le déclin de cette route commerciale pour les trajets entre l'Atlantique et le Pacifique. Le détroit est en train de retrouver une importance commerciale et stratégique Le détroit est en train de retrouver aujourd'hui une importance commerciale, car les porte-conteneurs sont de plus en plus grands. Trop grands pour passer par le canal de Panama pour certains. D'autant que ce canal a vu ses capacités limitées ces dernières années à cause de la sécheresse, aggravée par le changement climatique. « Certains bateaux font maintenant près de 400 mètres de long. Quand le canal de Panama a mis en place des restrictions sur la taille des bateaux, à cause de la sécheresse, et qu'il s'est retrouvé embouteillé, avec des temps d'attente plus longs, ça a redonné de l'importance au détroit de Magellan. Pareil quand il y a eu des tensions dans le canal de Suez, le détroit d'Ormuz, et en mer Rouge », indique José Alvarez Chaigneau. Car dans ce cas même si la route est plus longue, elle est beaucoup plus sûre, à l'écart des conflits internationaux. Entre 2020 et début 2024 le trafic dans le détroit a augmenté de 80%. Le principal point d'accès vers l'Antarctique Pour des expéditions scientifiques de plus d'une quinzaine de pays. Mais aussi pour des paquebots de tourisme. Le port de Punta Arenas est en pleine modernisation. Avec un plan de 130 millions de dollars d'investissements entre 2024 et 2028, notamment pour accueillir de plus grands bateaux.
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Les détroits dans le monde: Malacca, goulot d’étranglement au cœur des rivalités géopolitiques
Situé entre l’Indonésie, la Malaisie et Singapour, le détroit de Malacca est vital pour le commerce entre l’Europe et l’Asie. Il concentre les dépendances énergétiques de la Chine et cristallise les inquiétudes des États riverains face aux enjeux de sécurité, de souveraineté et de piraterie. Le détroit de Malacca, cette fine bande maritime située entre l’archipel indonésien, la Malaisie et Singapour, relie l’océan Indien au Pacifique. Véritable goulot d’étranglement, il est crucial pour le commerce mondial : c’est la grande route maritime entre l’Europe et l’Asie, dont la Chine dépend tout particulièrement. Le détroit concentre une grande part du commerce mondial de conteneurs. Pékin exporte vers le monde entier des millions de tonnes de marchandises chaque année. Mais depuis qu’elle est devenue net importatrice de pétrole dans les années 1980, la Chine dépend à 90 % des hydrocarbures qui transitent par Malacca. Consciente de cette vulnérabilité, elle cherche depuis des années des alternatives, des « itinéraires bis ». Pékin explore de nombreuses pistes, notamment à travers le projet pharaonique des Nouvelles routes de la soie. La Chine finance en Birmanie un port, un pipeline débouchant sur l’océan Indien, ainsi qu’une liaison ferroviaire pour traverser le nord de la Malaisie. Elle veut aussi payer un canal pour percer l’isthme de Kra en Thaïlande. Ces projets restent néanmoins très loin de pouvoir absorber le nombre de barils qui transitent aujourd’hui par Malacca. Dès 2003, l’ancien président chinois Hu Jintao évoquait déjà le « dilemme de Malacca » : que faire en cas de fermeture décidée par Washington et ses alliés en Asie du Sud-Est, dont certains accueillent des forces américaines ? Un tel scénario serait fatal pour l’économie chinoise. À lire aussiLa Malaisie, point de passage vital des «nouvelles routes de la soie», mais à quel prix? Un détroit sous statut international Pour autant, les craintes de restrictions sont-elles fondées ? Le détroit bénéficie d’un statut international. Il est régi par la Convention de Montego Bay, qui interdit d’entraver le passage. Son blocage est donc une chimère, rappellent les spécialistes. Mais au regard du précédent du détroit d’Ormuz, certains estiment légitime d’anticiper les effets qu’aurait, dans la région, une guerre autour de Taïwan en mer de Chine méridionale. En pratique, ce sont les États riverains (l’Indonésie, la Malaisie et Singapour) qui se chargent de la sécurité de Malacca, situé dans leurs eaux territoriales. Les experts parlent de « minilatéralisme » pour décrire cette coopération resserrée. Ces pays assument les coûts liés à la sécurisation du passage, la prévention des accidents et des marées noires, la lutte contre la piraterie et le trafic de migrants. Plus tôt dans l’année, le président indonésien Prabowo Subianto a évoqué la possibilité d’imposer un péage sur le détroit, suscitant de vives critiques. L’Organisation maritime internationale lui a rappelé que rien ne l’y autorise. Face aux coûts élevés de cette sécurisation, les États riverains ont mis en place un mécanisme de coopération permettant de solliciter la participation financière d’autres pays aux infrastructures de surveillance, tout en préservant leur souveraineté sur l’espace maritime. Ils restent ainsi maîtres de la manière dont les apports financiers sont dépensés. La Chine participe à ce fonds, tout comme les États-Unis et le Japon. Mais en Malaisie et en Indonésie, l’inquiétude grandit : certains redoutent que cette participation ne se transforme en « cheval de Troie » et n’ouvre la voie à un afflux de garde-côtes chinois, japonais ou indiens dans leurs eaux territoriales. À lire aussiAprès Ormuz, coup de chaud sur le détroit de Malacca, axe stratégique du commerce mondial
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Les détroits dans le monde: Kertch, le symbole d'une frontière sous emprise russe
Direction le détroit de Kertch entre l’Ukraine et la Russie, qui se trouve au cœur du conflit entre les deux pays. Séparant la mer Noire de la petite mer d’Azov, il servait autrefois de frontière entre l’Ukraine et la Russie, mais l’annexion de la Crimée en 2014 a tout changé. Le détroit de Kertch est alors contrôlé de facto des deux côtés par la Russie qui met un terme par la force à un conflit juridique et diplomatique ouvert en 1991 par l’indépendance de l’Ukraine : conflit sur la délimitation des eaux territoriales en mer d’Azov et conflit sur le détroit lui-même. Car les deux pays, la Russie et l’Ukraine, revendiquent l’ilot de Touzla, situé au milieu du détroit. En 2018, la Russie construit le pont de Crimée qui permet de franchir le détroit par la route. Et en 2022, avec l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, Vladimir Poutine s’empare de Marioupol et de tout le littoral de la mer d’Azov, qui devient alors de facto une mer intérieure russe. À lire aussiLe détroit de Kertch, nouveau terrain d’afforntement entre Moscou et Kiev? Le pont de Crimée, symbole de puissance Pour la première fois de l’histoire, il est donc possible de franchir le détroit de Kertch par la route. Ce pont de Crimée a d’ailleurs été l’un des symboles majeurs de l’annexion de la péninsule ukrainienne par la Russie. Pour l'inauguration de ce pont – le plus grand pont d’Europe, avec 18 kilomètres, une autoroute quatre voies, une double voie ferrée, et des arches de 35 mètres –, Vladimir Poutine l'a franchi au volant d’un camion orange. Il en fait alors un symbole de puissance, mais c’est aussi pour ce président obsédé par l'histoire une forme de consécration puisqu’avant lui le tsar Nicolas II en avait rêvé, Adolf Hitler avait entamé la construction d’un pont pendant la Seconde Guerre mondiale mais sans y parvenir… et Josef Staline, juste après la retraite nazie, fit construire un pont ferroviaire qui s’écroulera au bout de six mois. C'est un symbole très fort, mais au-delà, le pont de Crimée joue un rôle crucial pour désenclaver la péninsule puisque la Crimée annexée n’a que ce point de passage pour être reliée à la Russie, et il fallait donc à tout prix assurer le transit des marchandises, du carburant et bien sûr des touristes russes qui doivent débarquer tous les étés sur les plages de Crimée. À partir de 2022, et le début de la guerre, il devient toutefois aussi un point de faiblesse pour la Russie. À l’automne 2022, le pont est endommagé par un camion piégé et les Russes décident de ne plus l’utiliser pour le carburant et les munitions – trop dangereuses pour la structure du pont en cas d’explosion. Ces cargaisons sont donc acheminées par bateau. Une solution qui devient aujourd’hui tout aussi problématique. Ces derniers mois, l’Ukraine a en effet réussi avec ses drones à endommager ou à couler plusieurs de ces navires. Le résultat, ce sont les pénuries de carburant en Crimée, et toute la chaîne logistique de l’armée russe qui est affaiblie. À lire aussiL'Ukraine revendique une attaque contre le pont de Crimée, symbole de l'annexion russe Le projet d’un tunnel pour rejoindre la Crimée Les Ukrainiens ont perdu le détroit de Kertch, mais ils sont en train de le faire payer très chèrement à l’armée russe qui se retrouve prise au piège en quelque sorte de cette péninsule enclavée. Verra-t-on dès lors une troisième option émerger, celle d’un tunnel pour rejoindre la Crimée, en dessous du détroit ? Selon le Washington Post, ce projet qui serait pharaonique est bel et bien envisagé par la Russie avec la collaboration d’entreprises chinoises. C’est dire l’importance absolument vitale de ce détroit de Kertch dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine.
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Les détroits dans le monde: à Calais, un haut lieu de passage maritime et humain
Le détroit du Pas-de-Calais est l'un des détroits les plus fréquentés au monde, avec 25 % du trafic maritime mondial. Et c'est aussi le principal passage pour les migrants qui veulent rejoindre clandestinement l'Angleterre. Plus de 200 000 traversées depuis 2018, selon les chiffres du gouvernement britannique, dont plus de 40 000 pour la seule année 2025. Des traversées à bord de ce qu'on appelle des « small-boats », des petites embarcations type bateaux gonflables à moteur. À cet endroit de la Manche, il n'y a qu'une trentaine de kilomètres qui séparent les côtes françaises des côtes britanniques. Lorsque le ciel est dégagé, on peut même apercevoir l'Angleterre depuis les plages de Calais. Par bateau, c'est théoriquement l'affaire de quelques heures. Sauf que les dangers sont multiples. Il y a le trafic maritime : 400 cargos par jour, sans compter les ferries qui font la liaison dans les deux sens. Il y a aussi les courants, qui sont forts et changeants : l'année dernière, au moins 29 personnes sont mortes en cherchant à rejoindre l'Angleterre par la mer. À lire aussi«Mon objectif ne changera jamais»: à Calais, un accord migratoire sans effet Décourager à tout prix les candidats à l'exil La traversée par la mer est un phénomène relativement récent. On l'observe surtout depuis 2018. Avant, les migrants qui voulaient rejoindre l'Angleterre tentaient de passer en se cachant dans les camions qui embarquent sur les ferrys ou qui empruntent le tunnel sous la Manche. Mais au fil des ans, la sécurité autour du port de Calais et de l'entrée du tunnel a été énormément renforcée. Aujourd'hui, c'est une véritable forteresse : les routes pour y accéder sont protégées par des kilomètres de grillages et de barbelés. Des caméras, des drones, des hélicoptères, des unités de CRS… Une surveillance qui s'accompagne d'une destruction systématique des campements. C'est la stratégie dite du « zéro point de fixation ». Objectif : décourager les personnes exilées. Le renforcement du dispositif sécuritaire a conduit à une conséquence principale : les personnes exilées prennent toujours plus de risques. Par exemple, au lieu de partir des plages du Calaisis ou du Dunkerquois, les bateaux partent désormais d'endroits plus éloignés, de Belgique par exemple, et récupèrent les migrants directement en mer. C'est ce qu'on appelle les « taxi-boats ». Parce que le droit de la mer interdit les interceptions maritimes, en raison du danger qu'elles représentent. Une fois qu'une embarcation est à l'eau, les autorités ne peuvent intervenir que pour des opérations de secours. À lire aussiPrès de 160 migrants secourus lors d'une tentative de traversée de la Manche Un budget de 766 millions d'euros pour surveiller la frontière Cette surveillance est assurée par la France et non par le Royaume-Uni en raison des accords du Touquet, un traité passé en 2003 entre Londres et Paris : la France se charge de surveiller la frontière en échange de compensations financières britanniques. Ce traité a été complété par plusieurs autres et notamment par celui de Sandhurst, en 2018, établi après le Brexit. Cet accord a été reconduit une première fois en 2023, puis une seconde en avril dernier pour trois ans. La France s'y engage à renforcer de 50 % ses effectifs policiers sur la côte et en échange, le Royaume-Uni lui verse jusqu'à 766 millions d'euros. Mais un quart de cette somme est soumis à des conditions de résultat. À lire aussi«One in, one out»: un an après, l'efficacité de l'accord migratoire entre la France et le Royaume-Uni interroge
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Les détroits dans le monde: le détroit de Béring, un «rideau de glace» au potentiel stratégique
Aujourd'hui, focus sur le détroit de Béring, un passage dont on parle peu dans les médias. Pourtant, ses enjeux géostratégiques sont de plus en plus importants, notamment pour les États-Unis et la Russie, ces deux puissances rivales et riveraines de ce couloir maritime de l'Arctique. Ce bout du monde inhospitalier, recouvert de glace pendant une partie de l'année, est à la fois une frontière et un passage. Frontière géographique d'abord, car le détroit de Béring sépare l'Asie de l'Amérique. C'est là que la Russie et les États-Unis se font face, à travers deux petites îles, les Diomède, situées au milieu du détroit. Frontière temporelle aussi, puisque la ligne internationale de changement de date passe entre ces deux îles. Mais le détroit de Béring, qui porte le nom du navigateur danois Vitus Béring, a aussi été un pont terrestre, peut-être l'un des plus importants de l’histoire de l'humanité. Il y a environ 30 000 ans, le niveau des mers était beaucoup plus bas qu'aujourd'hui. Une vaste bande de terre, appelée Béringie, reliait alors l'Asie à l'Amérique du Nord. Peuplé de mammouths, de caribous et de bisons, ce pont terrestre a été habité aussi par des groupes d'Homo sapiens. C’est de là qu’ils ont amorcé le peuplement du continent américain. Aujourd'hui encore, le détroit demeure un passage essentiel pour de nombreuses espèces de mammifères marins et de poissons. Le détroit redevient un enjeu géopolitique majeur avec le réchauffement climatique Pendant la guerre froide, il est devenu un lieu hautement stratégique : l'un des rares endroits où les États-Unis et l'Union soviétique se faisaient directement face, séparés par ce que certains appelaient un « rideau de glace ». En 1987, la nageuse américaine Lynne Cox a marqué les esprits en traversant à la nage les quelque quatre kilomètres qui séparent les deux îles Diomède. Son exploit est devenu un symbole du réchauffement des relations entre Washington et Moscou, deux ans avant la chute du mur de Berlin. Et, aujourd'hui, le détroit redevient un enjeu géopolitique majeur. La raison : le changement climatique. Avec la fonte des glaces, le passage devient progressivement plus navigable et ouvre la voie à de nouvelles routes maritimes arctiques entre l'Asie et l'Europe. Des routes que la Russie et les États-Unis souhaitent sécuriser. Dans son document stratégique sur l’Arctique publié en 2024, le gouvernement américain estime que le détroit de Béring gagnera en importance économique et militaire. Les deux pays renforcent d’ailleurs leur présence militaire dans la région. Et ce, alors que certains continuent de rêver de rapprocher physiquement les continents. Le vieux projet de tunnel sous le détroit de Béring a refait surface l'an dernier, relayé notamment par un proche du président russe Vladimir Poutine. Comme depuis des millénaires, le destin du détroit de Béring continue ainsi d'osciller entre barrière et passage. À lire aussiManoeuvres Russes et Américaines dans le détroit de Béring
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