EPISODE · Aug 20, 2026
Les leçons d'un été brûlant: aura-t-on tout oublié cet automne? [4/4]
from Questions d'environnement · host RFI
Dernier volet de notre bilan des canicules, sécheresse et incendies en France et en Europe : la gravité de la crise climatique vécue par des millions de personnes peut-elle déboucher sur une prise de conscience politique ? Le doux parfum de la pluie l’été, on l’avait presque oublié. La dernière vague de chaleur s’achève en France avec quelques gouttes d’eau et des températures enfin de saison, à l’issue d’un été brûlant et d’une succession inédite de canicules, de sécheresse et d’incendies. Mais le retour à un été normal va-t-il effacer le souvenir de la brutalité de la crise climatique, pour « repartir comme en 1940 » et reprendre nos vies d’avant ? Ou peut-on s’attendre à une véritable prise de conscience, voire à un débouché politique après cette crise climatique majeure ? Cet été de l’enfer pourrait marquer durablement les esprits, parce qu’il a marqué durablement le corps des Français. « Ce n’est pas quelque chose qu'ils ont vu simplement à travers leur écran de télévision, leur poste de radio ou à la une des journaux. C'est quelque chose qu'ils ont éprouvé dans leur corps, dans leur chair, dont ils ont souffert personnellement, parfois avec des dégâts corporels ou matériels. Donc, il va y avoir des traces, j'allais même dire des cicatrices », estime Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller en communication de l’ancien président François Hollande, à la tête aujourd’hui de Gantzer Agency. L'environnement, sujet politique La crise climatique pourrait alors devenir un élément central du débat public, alors que se profile la présidentielle de l’an prochain. Dans tous les sondages réalisés cet été, la question environnementale est devenue une des préoccupations majeures des Français, en troisième ou quatrième position, avec par exemple un bond de 12 points en un mois dans l’enquête Ipsos-BVA, ce qui n’arrive presque jamais. Gaspard Gantzer va même plus loin et voit le sujet s’imposer dans la campagne électorale : « Je pense que la question environnementale va devenir le premier de tous les sujets. Comment faire pour vivre en ville alors que les villes sont transformées en bouilloire thermique, en véritables planchas de goudron et de béton ? Comment fait-on pour vivre à la campagne ? Comment fait-on pour ne pas voir sa maison brûler dans une forêt ? Les Français vont donc avoir des demandes très précises à formuler aux politiques qui vont avoir le devoir d'y répondre. Ils veulent juste trouver un plan pour pouvoir s'en sortir et ne pas revivre l'enfer qu'ils auront vécu cet été ». À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: comment les canicules ont-elles changé nos vies? [3/4] Agir contre le pire Du pire naîtrait ainsi le meilleur, les catastrophes nous rendraient résilients et nous pousseraient à agir… Mais tout le monde n’est pas de cet avis. « Par le passé, les communautés humaines n'ont pas fait la démonstration de leur capacité à tirer des leçons durables de ce genre d'événement. Il n'existe pas de lien entre l'occurrence des phénomènes catastrophiques ou des aléas climatiques et l'apparition de politiques publiques plus pro-climatiques », souligne le sociologue Benoit Giry, maître de conférences à Sciences Po Rennes et auteur de Sociologie des catastrophes, aux éditions de La Découverte. Comme l’ont montré plusieurs études réalisées à travers le monde, rien ne garantit que la conscience écologique progresse sur le terrain politique. « On ne sait pas véritablement s'il existe un lien entre les gens qui ont vécu une catastrophe d'origine climatique et le vote écologiste. Les gens qui ont vécu des catastrophes climatiques sont susceptibles aussi de moins voter écologiste. Les pays dans lesquels il y a eu le plus de catastrophes n'ont pas forcément développé les politiques de prévention des catastrophes les plus poussées », relève aussi Benoit Giry. Pression citoyenne Rien ne garantit donc que les politiques agissent après cet été brûlant en France. Pour cela, il faudrait que les citoyens partagent les mêmes préoccupations ; on ne vit pas la canicule de la même manière dans un appartement climatisé ou dans une passoire thermique. La pression et la mobilisation citoyenne apparaissent essentielles pour la suite. « Les victimes des incendies de Gironde peuvent contribuer, en occupant l'espace public, à mettre ce problème-là à l'agenda. Mais le réchauffement climatique, ce sont aussi des choses beaucoup plus insidieuses, l'occurrence de maladies ou de problèmes physiques qui sont plus étalés dans le temps et qui passent un petit peu sous les radars », rappelle Benoît Giry. On se souvient du « monde d’après », promis pendant le Covid. Mais très vite, les belles promesses ont été oubliées. Il y a certes une différence aujourd’hui : contre la crise climatique, à part un changement radical de nos modes de vie, on n’a pas trouvé de vaccin. À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]
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