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Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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  1. 24

    Data centers: la pollution de l’eau, nouvelle menace environnementale?

    Aux États-Unis, un thème se fait de plus en plus présent dans la campagne pour les élections de mi-mandat qui auront lieu au mois de novembre : les centres de données pour l'intelligence artificielle. S'ils sont ardemment promus par l'administration Trump, ils sont aussi de plus en plus contestés sur le terrain, notamment en raison de l’électricité qu'ils consomment mais aussi de l'eau nécessaire à leur refroidissement, auquel s'ajoute le problème de sa pollution et de sa qualité une fois celle-ci passée par ces installations. On sait que les centres de données consomment énormément d’électricité. On sait aussi qu’ils consomment beaucoup d’eau pour refroidir les milliers de serveurs qui y tournent en permanence mais qu'il faut ensuite la rejeter… Et c'est là qu'une question émerge : que contient-elle ? Un exemple récent nous vient du Wyoming : à Cheyenne, où un immense centre de données de Meta est en construction - un chantier chiffré à 800 millions de dollars -, les autorités locales ont analysé quelque trois millions de litres d’eau rejetés lors d’une opération de nettoyage des canalisations du site. Et elles y ont trouvé Cupriavidus gilardii, une bactérie rare qui peut notamment présenter un risque pour les personnes fragiles. Par précaution, la ville a donc décidé de ne plus accepter cette eau dans son système de traitement. Est-ce un incident isolé ou s'agit-il d'un nouveau problème lié aux centres de données ? C’est justement la question, parce que cette affaire s’ajoute à d'autres du même genre aux États-Unis. En Géorgie, une association environnementale accuse par exemple un centre de données d’avoir rejeté des concentrations importantes de métaux dans une rivière. En Virginie, plusieurs installations ont fait l’objet de procédures pour des infractions liées aux eaux usées ou aux zones humides. Et il y a surtout une inquiétude autour des PFAS, les « polluants éternels » : certains d'entre eux sont utilisés dans les équipements ou dans les systèmes de refroidissement. Mais comme ils sont extrêmement persistants dans l’environnement, les stations d’épuration conventionnelles ont beaucoup de mal à les éliminer. À écouter aussiEn quoi les data centers sont-ils des gouffres écologiques ? Le problème n’est donc pas seulement la quantité d’eau prélevée, mais aussi ce qu’on y ajoute avant de la rendre au milieu naturel, d'autant plus que celle-ci subit même une troisième forme de pollution à laquelle l'on pense moins : la chaleur. Dans un centre de données, l’eau sert à refroidir les serveurs et en ressort donc beaucoup plus chaude, ce qui n'est pas sans conséquences lorsqu'elle est rejetée dans un lac ou dansune rivière. Certaines espèces, notamment les poissons d’eau froide, supportent en effet très mal les hausses de température qui peuvent aussi favoriser la prolifération de certaines algues. Sait-on aujourd'hui mesurer l’ampleur de cette pollution ? Pas vraiment. Il n’y a pas de tableau de suivi permettant de suivre avec précision ce que les centres de données rejettent dans l’eau et en quelles quantités, un manque de transparence que dénoncent d'ailleurs les associations environnementales. Dans plusieurs États américains, ces dernières ont même dû engager des procédures judiciaires simplement pour obtenir des informations sur la consommation ou les rejets d’eau de certaines installations. Si l'on connaissait l’empreinte carbone de l’IA, on découvre désormais qu’il va peut-être falloir aussi regarder son empreinte aquatique. À écouter aussiBig data, big cata : enquête sur l'empreinte écologique des data centers

  2. 23

    Espace: quel est l'impact environnemental des satellites?

    Le sommet international dédié à l'espace réunit 120 pays à Paris mercredi 9 et jeudi 10 septembre pour parler de l'exploration, de la sécurité, de l'économie, mais aussi de la durabilité du secteur spatial. Car à l'heure où des géants comme SpaceX et Amazon déploient des constellations de milliers de satellites, se pose la question de la pollution associée. C'était un enjeu considéré comme anecdotique il y a encore quelques années, mais qui ne l'est plus tant que cela, étant donné le nombre d'engins envoyés en orbite chaque année. Un sujet paradoxal tant les satellites sont essentiels pour comprendre ce qui se passe sur notre planète et l'évolution de son climat. Ce sont eux qui nous permettent de mesurer la montée du niveau des océans, le recul des glaciers et de la banquise, de suivre les sécheresses, les incendies, la déforestation. Et une bonne partie de ce que nous savons aujourd'hui sur le changement climatique repose sur plusieurs décennies d'observation de la Terre depuis l'espace. Mais à côté d'eux se multiplient les constellations de satellites de communication. Starlink de SpaceX est la plus connue : il y a presque 10 000 de ces engins en orbite, en ce moment, au-dessus de nos têtes. Mais ces satellites ont une fin de vie. Beaucoup de ceux qui évoluent en orbite basse sont volontairement précipités vers la Terre. Ils entrent dans l'atmosphère à plusieurs kilomètres par seconde, chauffent à des températures extrêmes, se désagrègent et, pour une large part, se vaporisent. Si l'engin part en poussière, sa poussière, elle, reste, dispersée dans la haute atmosphère sous forme de gaz et de minuscules particules. À lire aussiVingt ans de SpaceX: du risque de faillite au conglomérat mêlant spatial et IA Parmi ces matériaux, il y en a un qui intéresse particulièrement les chercheurs : l'aluminium, qui n'est pas sans effets sur l'environnement. Pendant la rentrée dans l'atmosphère, une partie de l'aluminium qui compose le satellite peut former de minuscules particules d'alumine. Les chercheurs pensent que ces particules pourraient favoriser des réactions chimiques qui, au bout de la chaîne, contribuent à détruire l'ozone. Une étude publiée en 2024 a essayé d'évaluer l'ampleur du phénomène. Pour un satellite de 250 kilos contenant 30 % d'aluminium, les chercheurs estiment que la rentrée peut produire environ 30 kilos de nanoparticules d'alumine. Avec les grandes constellations, on pourrait arriver à terme à plusieurs centaines de tonnes d'alumine produites chaque année par les rentrées atmosphériques. Mais sait-on exactement si cela abîme la couche d'ozone ? Non, c'est là qu'il faut distinguer ce qu'on sait de ce qu'on soupçonne. Ce qu'on sait, c'est que cette pollution existe. En 2023, des chercheurs américains ont prélevé des particules directement dans la stratosphère. Ils y ont retrouvé de l'aluminium, mais aussi du cuivre, du lithium et d'autres métaux dans des proportions qui portent la signature des engins spatiaux. Donc nos activités spatiales modifient déjà, au moins localement, la composition de la haute atmosphère. Ce qu'on ne sait pas, du moins ce qu'on ne sait pas encore bien mesurer, c'est la conséquence de cette pollution sur la couche d'ozone dans son ensemble. On sait qu'il y a un effet, reste à déterminer les proportions. Il y a encore de la recherche à faire sur le sujet. Le problème, c'est que le secteur n'attend pas : il y a cinq ans, on mettait environ 1 300 satellites en orbite chaque année ; en 2025, on a dépassé les 4 000, essentiellement sous l'effet du déploiement des grandes constellations. À lire aussiParis accueille un sommet sur l'espace pour renforcer le rôle de l'Europe dans le domaine

  3. 22

    Où en est la transition énergique en Chine?

    La Chine connaît une croissance fulgurante de ses installations d'énergies renouvelables depuis plus de 10 ans. Pourtant, le charbon demeure la source d'énergie principale dans le pays, qui reste le plus grand pollueur de la planète. Comment expliquer ce paradoxe ?  Chaque année, la Chine construit de nouvelles centrales à charbon : il y en a eu pour 78 gigawatts l'année dernière. En même temps, la Chine prévoit d'installer 200 gigawatts d'énergie solaire et éolienne chaque année jusqu'en 2035, soit l'équivalent de 125 réacteurs nucléaires dernière génération par an : un chiffre gigantesque. On pourrait se dire que l'énergie verte ne fait que s'ajouter à un système basé sur les énergies fossiles polluantes, pour répondre à la hausse de la demande due à la croissance, et qu'au fond, il n'y a pas de réelle transition, mais seulement une addition. Mais la transition en Chine repose sur le concept de « construire avant de détruire ». Concept développé par le président Xi Jinping en 2021. En gros, le pays veut d'abord construire un système énergétique propre avant de démolir, ensuite, le système polluant. On en serait donc au stade où deux systèmes existent en parallèle. Le tout pour ne pas ralentir la machine économique chinoise. Le système « propre » a-t-il les reins assez solides pour bientôt remplacer le système « sale » ? Le développement massif du solaire et de l'éolien a déjà permis de faire reculer la part du charbon dans la consommation d'énergie de 65 % à moins de 50 % pour la première fois cette année. Dans 17 des 26 provinces chinoises, la production d'électricité au charbon a atteint un pic, selon une étude publiée par le think tank Ember, spécialiste de la transition énergétique. Il n'y a pas que l'énergie : dans le secteur du transport, les nouvelles voitures sont majoritairement électriques, et les camions électriques sont désormais en plein boom. Dans l'industrie aussi, il y a des signes que la transition gagne du terrain, estime Muyi Yang, analyste chez Ember : « Dans l'industrie manufacturière, l'électronique, les équipements auto, le textile, etc., l'électricité est déjà devenue la première source d'énergie. Et l'utilisation d'énergies fossiles pour faire tourner les usines est donc en train de décliner. Restent les secteurs difficiles à électrifier, car nécessitant des fours très puissants, comme la métallurgie ou la pétrochimie. Même dans ces secteurs, l'électrification progresse et les énergies fossiles ralentissent. » En d'autres termes, le point de rupture où l'ancien système va bientôt être détruit s'approche ? C'est ce que pensent certains analystes. Mais restent de nombreux défis. D'abord mieux gérer l'électricité verte, c'est en cours avec le développement de batteries grande capacité pour stocker l'énergie propre, et ne pas avoir à rallumer les centrales à charbon quand il n'y a plus de vent ou de soleil. Ensuite, il faut changer de nombreuses politiques, explique Qi Qing, analyste au Centre de recherche sur l'énergie et la pollution de l'air (Créa) : « Au niveau local, il y a toujours des incitations pour construire de nouvelles centrales à charbon. Les gouvernements provinciaux, par exemple, voient toujours les centrales au charbon comme source de nouveaux emplois, de revenus grâce aux impôts, et surtout comme une source d'énergie locale sûre. » Ce qui nous amène à une autre difficulté, et de taille : prévoir ce que vont devenir les producteurs de charbon, les travailleurs du charbon, les infrastructures développées depuis des décennies. Bref, que faire du vieux système, derrière lequel il y a des hommes et des femmes et toute une économie ? À lire aussiMer de Chine méridionale: que construit Pékin dans les îles Paracels?

  4. 21

    Pourquoi nos maisons sont-elles plus polluées que l'air extérieur?

    La pollution de l'air tue chaque année dans le monde des millions de personnes. Et c'est paradoxalement à l'intérieur que l'air est le plus contaminé. Mais des solutions existent. C'est un fléau invisible qui tue en silence. Six millions et demi de personnes meurent chaque année dans le monde à cause de la pollution de l'air, selon une estimation de l'Organisation mondiale de la santé. Face à ce bilan macabre, l'ONU a institué, depuis 2020, chaque 7 septembre, une Journée mondiale contre la pollution de l'air joliment baptisée « Journée internationale de l'air pur pour des ciels bleus ». La pollution de l'air est partout, et pour échapper aux gaz d'échappement des voitures et aux fumées des usines, vous pensiez vous réfugier chez vous ? Grave erreur. L'air de nos maisons est même plus pollué que l'air extérieur. « On a l'impression que lorsqu'on est en intérieur, on est plus protégé, on retrouve le cocon du domicile. Mais dans la réalité des faits, on s'aperçoit que l'air est souvent beaucoup plus pollué qu'à l'extérieur, deux à trois fois plus », alerte Jean-Luc Savello, référent qualité de l'air intérieur pour Atmo France, la fédération des associations de surveillance de la qualité de l'air en France. Cuisiner génère de la pollution Cette pollution intérieure vient d'abord de l'air extérieur qui s'accumule dans un espace confiné. Mais nos maisons engendrent elles-mêmes un air pollué. Peindre ses murs dégage de la pollution, et tout au long des années les peintures, qui contiennent des produits chimiques, continuent de polluer. La pollution intérieure est en fait partout dans notre vie quotidienne, par exemple quand on prépare à manger. Des pics de pollution, il y en a dans les embouteillages mais aussi dans la cuisine. « Le fait de faire cuire, de faire chauffer de l'huile, tout ce qui est activité de combustion émet des particules fines, ce qui va dégrader la qualité de l'air intérieur, en particulier lors de la friture », poursuit Jean-Luc Savello. Plus la température de cuisson est élevée, plus elle dégage des particules fines et des composés organiques volatils. Manger moins de frites est donc bon pour la santé, à double titre. Et ouvrir la fenêtre quand on cuisine ne sert pas seulement à chasser les odeurs.  Produits ménagers polluants Et si on fait le ménage pour dépolluer ? Paradoxalement, l'entretien du domicile peut provoquer de la pollution, et c'est de la faute des industriels. « Depuis longtemps, la publicité nous a vendu le fait qu'on devait avoir forcément des produits qui ont des odeurs. Mais comme pour les bougies parfumées, on se retrouve avec des composés chimiques ajoutés, constate Jean-Luc Savello. Ce qu'on conseille, c'est d'utiliser des produits naturels pour nettoyer, voire de l'eau chaude tout simplement. La propreté n'a pas d'odeur. » Mais la pollution peut être naturelle. La nature produit par exemple du radon, un gaz radioactif, « inodore, qu'on retrouve dans les roches, dans plusieurs régions de France (le Massif central, l'est, la Bretagne, la Corse...), qui va s'accumuler dans les maisons et qui peut provoquer des cancers du poumon, notamment. C'est la deuxième cause de cancer du poumon après la cigarette », explique Jean-Luc Savello, qui est aussi le directeur de Qualitair Corse. Du radon, il y en a un peu partout sur la planète. Au Cameroun, une étude avait estimé que les trois quarts des maisons pouvaient contenir des taux anormaux de radon. Faire « roter » sa maison Face à la pollution de nos intérieurs, les plantes dépolluantes peuvent-elles être des alliées ? Certes, des plantes à la maison participent au bien-être, c'est joli, mais l'effet dépolluant signalé dans les jardineries est surtout un effet marketing. « Une plante permet de réduire le dioxyde de carbone (CO2) dans une pièce. En revanche, il n'y a pas de preuve que la plante permette d'améliorer la qualité de l'air intérieur. Parfois c'est même l'inverse, lorsqu'on arrose trop les plantes, par exemple, il peut y avoir des moisissures qui se créent », souligne Jean-Luc Savello, d'Atmo France. Il n'existe en réalité que deux solutions pour éviter que la pollution intérieure n'encrasse nos poumons, alors que nous passons environ 80 % de notre temps à l'intérieur : limiter ces pollutions intérieures, et surtout aérer, ouvrir ses fenêtres. Dix minutes par jour suffisent, et c'est mieux le matin. Il y a pour cela une expression en anglais, plutôt imagée : c'est le « house burping ». En français, faire « roter » sa maison ! À lire aussiPourquoi les PFAS, polluants éternels inquiètent-ils les scientifiques sur la santé neurologique?

  5. 20

    Pourquoi manger devient plus cher avec le changement climatique?

    L'été de canicules et de sécheresse que la France et l'Europe viennent de vivre l'a encore montré : la crise climatique entraîne une perte de récoltes agricoles. La hausse des prix de l'alimentation devrait ainsi atteindre 3 % dans la zone euro en 2027.  C’est un barbarisme appelé à faire école. Un nouveau mot engendré par la crise climatique : la « climafation » est un mot-valise, la contraction du mot « climat » et du mot « inflation », pour décrire un phénomène qui va prendre de l’ampleur à mesure que le changement climatique va s’aggraver. Les catastrophes climatiques ont directement un impact sur le prix de notre alimentation. C’est la fameuse loi de l’offre et de la demande, immuable, à la base de l’économie. La crise climatique entraîne une baisse de la production agricole, et quand l'offre diminue, les prix augmentent. En France, les premiers effets d’un été brûlant inédit se font déjà sentir. Au supermarché, au rayon salade, des affichettes annoncent des problèmes d'approvisionnement pour les prochaines semaines. Beaucoup de salades plantées cet été ne verront jamais le jour. La situation est catastrophique pour beaucoup d'agriculteurs, de maraîchers, d'arboriculteurs. Inflation alimentaire de 3 % La production de tomates, par exemple, a chuté de 30 %, et celle des pommes de terre devrait baisser de plus de 20 % – ce sera la pire récolte depuis 30 ans. Mais il n'y a pas que la France qui a été touchée, et le cabinet Oxford Economics prévoit, pour la zone euro, une inflation alimentaire de 3 % l'an prochain, alors qu'elle n'était que de 1,6 % en juin.  Ce phénomène de « climafation » touche le monde entier, car personne n'est à l'abri d'une catastrophe climatique, que ce soit la sécheresse ou les inondations qui peuvent elles aussi détruire des cultures. Dans une économie mondialisée, une crise agricole limitée à quelques pays peut toucher le monde entier. Exemple avec la célèbre crise du cacao de 2023-2024, en Côte d'Ivoire et dans plusieurs autres pays producteurs d'Afrique de l’Ouest. Le changement climatique et le phénomène El Niño avaient provoqué une chute brutale de la production et la tonne de cacao n'avait jamais coûté aussi cher : 12 000 euros, avec des répercussions sur le prix du chocolat qu'on mange partout sur la planète ou presque. Pluie en baisse, prix en hausse On a connu le même phénomène avec l'olivier en Espagne. Faute de pluie, une grave sécheresse en 2022 avait entraîné une hausse de 50 % du prix de l'huile d'olive sur tout le continent européen – parce que même les oliviers peuvent avoir soif.  Même si les fruits et les légumes sont les plus vulnérables face à la sécheresse, aucun secteur de l'alimentation n'échappe aux conséquences du changement climatique. C’est le cas notamment du marché de la viande. Pendant l’été français, l’extrême chaleur a tué plus de 6 millions de volailles, et notamment 700 000 poules pondeuses. À lire aussiEn Espagne, la sécheresse affecte considérablement la production d'huile d'olive Facture salée Les canicules ont eu aussi un impact sur la production de lait, les vaches subissant un stress thermique important, entraînant jusqu'à 10 % de lait en moins, ce qui peut représenter 15 litres par vache. Pour nourrir ces vaches, il faut du fourrage, mais tout a grillé dans les prés cet été et beaucoup d'éleveurs ont déjà dû puiser dans les stocks normalement prévus pour l'hiver prochain. Ils doivent aussi en acheter, ce qui va renchérir in fine le coût de la viande. On n'a pas encore la facture de l'été 2026, mais elle s'annonce salée, y compris pour les fruits. Après l'été 2025, des chercheurs avaient estimé l'impact de la sécheresse à 43 milliards d'euros pour l'Europe, et les pertes pourraient dépasser les 120 milliards en 2029. On n’a parlé ici que d'alimentation, mais la crise climatique a aussi un impact sur les assurances, les infrastructures ou encore les dépenses de santé, et à la fin, « c'est nous qu'on paye », comme disait l'autre. On est en train de ruiner la planète, et on va finir ruinés. À lire aussiFace au changement climatique, les prix de l'alimentation s'envolent dans le monde 

  6. 19

    Pourquoi faut-il privilégier les maisons en bois?

    Les constructions en bois sont un outil de lutte contre le changement climatique. Le matériau issu des forêts présente de multiples avantages par rapport au béton. Une maison en bois stocke du CO2 de la même manière qu'un arbre.  Replongeons dans nos souvenirs d’enfance, avec l’histoire des « Trois petits cochons ». Face au grand méchant loup, leurs maisons en paille et en bois ne font pas long feu, et seule la maison en brique résiste. Mais ça c'était avant la crise climatique : aujourd’hui le bois s'impose comme le matériau roi, surtout face au béton. Ce dernier est tellement pratique, tellement répandu, mais au bilan carbone tellement déplorable.  « L'objectif est d'avoir la neutralité carbone en 2050, rappelle Laurent Bléron, enseignant-chercheur à l'Enstib, l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois, à Épinal, dans l'est de la France, la seule école publique d'ingénieurs bois en France. Pour cela, il va falloir utiliser des matériaux biosourcés, dont le bois fait partie. C'est sûr que la transformation du bois par rapport à la transformation du béton est nettement moins énergivore. Et en plus, dans le produit bois, il y a du CO2 qui est stocké. Tout ça est largement bénéfique pour le bois. On a même un bilan négatif. » Un bilan carbone négatif, parce qu'une maison en bois, c'est comme un arbre, elle stocke du CO2, le principal gaz à effet de serre. À lire aussiConstruction: quels sont les atouts du bois de réemploi? Le bois ne brûle pas (pas tout de suite) Aujourd’hui en France, environ 7 % des logements neufs sont en bois, et 15 % des bâtiments tertiaires (bureaux ou gymnases par exemple). La raison tient peut-être au prix, pour les particuliers, parce qu’il faut parfois 20 ans pour amortir une maison en bois. Mais le bois a d'autres qualités. C’est d’abord un excellent isolant, en été comme en hiver. « Naturellement, c'est un matériau qui a plein de vide à l'intérieur. C'est comme un nid d'abeille en fait, explique Laurent Bléron. Mais même s'il est très isolant, il n'est pas autosuffisant de toute façon. Il faut adjoindre une isolation thermique. » Une maison en bois se construit aussi beaucoup plus vite, sans temps de séchage contrairement au béton. On peut livrer sur les chantiers des murs entiers déjà montés en usine. Mais le bois, ça brûle ! Certes, mais comme on peut le remarquer pendant les incendies, certains arbres restent debout, ne brûlent pas instantanément… En fait, contrairement à une idée reçue, le bois n'est pas forcément plus vulnérable face aux incendies. « Si je prends l'exemple de la cathédrale Notre-Dame de Paris, on a eu le temps de sortir les manuscrits, etc. Et la charpente est tombée au bout d'un certain temps. En fait, on doit garantir que les gens à l'intérieur d'un bâtiment aient le temps de sortir en cas d'incendie. On peut avoir une stabilité d'une heure. Le bois a donc une certaine résistance au feu, contrairement à l'acier qui, à partir d'une certaine température, va se déformer et la structure va tomber puis s'écrouler », explique Laurent Bléron, qui travaille aussi au Laboratoire d'études et de recherche sur le matériau bois, au sein de l’université de Lorraine. Des maisons de bûcheron Mais aurait-on assez de forêts pour construire tout en bois ? L'objectif n'est peut-être pas de faire du 100 % bois, mais en Europe, en tout cas, les forêts ont la réputation d’être plutôt bien gérées. « Il faut maximiser l'utilisation de bois local et de notre forêt, rappelle Laurent Bléron. En France, elle est plantée aux deux tiers en feuillus, un tiers en résineux. En revanche, au niveau de la construction bois, on utilise beaucoup plus de résineux que de feuillus. Cela veut dire que l'avenir est peut-être d’essayer de remettre du feuillus en construction, comme ce qu'on faisait il y a de cela 200 ans. » Le feuillu - dont le chêne, par exemple, l'arbre-roi - est quand même plus cher que le résineux - notamment les pins -, qui pousse deux fois plus vite. Les forêts sont l'avenir de nos maisons. Dans les années 1980, Bouygues, le géant français du BTP, vantait ses « maisons de maçon ». Aujourd'hui, on préfère les maisons de bûcheron. À lire aussiLa pénurie de bois de construction pénalise le secteur du bâtiment

  7. 18

    Pourquoi maltraitez-vous peut-être votre poisson rouge (et pourquoi s'en souvient-il)?

    Les poissons rouges sont les animaux de compagnie les plus répandus sur la planète, mais ils font souvent l'objet de maltraitance animale. L'aquariophilie obéit à quelques règles de bon sens.  Un poisson rouge dans son bocal : il tourne en rond mais quelque chose ne tourne pas rond. L’animal de compagnie le plus répandu dans le monde est devenu un symbole de la maltraitance animale. Dans le monde, chaque année, il se vend près de 400 millions de poissons rouges. En France, on en compte quelques 35 millions, ce qui veut dire qu’il y a plus de poissons rouges que de chats et de chiens réunis… Et pourtant on en parle assez peu, du poisson rouge – et dans son aquarium, lui-même n'est pas très bavard… La domestication du carassin doré – c'est son nom – remonte aux premières dynasties chinoises, il y a plus d'un millier d'années, pour agrémenter les bassins. Avant de devenir finalement au XXᵉ siècle un emblème de la mondialisation. Même s'il est très populaire, le poisson rouge reste mal connu et entraîne dans son sillage quelques idées reçues. Notamment sur sa taille et son espérance de vie. Un poisson rouge, quand on l'achète, n'a alors que quelques mois et ne mesure que 4 ou 5 centimètres. Mais un poisson rouge, à l'âge adulte, peut dépasser les 30 centimètres de long, parce qu'il vit beaucoup plus longtemps que ce qu'on croit généralement. « Les gens sont très étonnés quand vous leur dites qu'un poisson rouge peut vivre facilement 25 ou 30 ans, confirme le docteur Jérôme Blanc, vétérinaire et fondateur d’Aquadocteur. Ce n'est pas quelque chose qui est communément admis parce que, par habitude, la plupart des gens ont eu des poissons et ne les ont gardés que quelques semaines ou quelques mois. » Empoisonné par son urine Les poissons rouges meurent aussi vite dans leur bocal précisément parce qu’ils sont dans un bocal ! Trois litres d'eau, ce n'est vraiment pas suffisant ; il faut au moins 50 litres pour un individu. Et il faut surtout que cette eau soit filtrée. Un poisson rouge n'est pas juste de la décoration, c'est un animal. Le poisson rouge est ainsi devenu un symbole de la maltraitance animale. « On est au-delà de la maltraitance, c’est de la mise à mort, constate Jérôme Blanc. Le problème, c'est qu'un poisson va uriner dans l'eau, et comme il trempe dedans, il va s'empoisonner lui-même avec l'ammoniac. Donc si vous ne changez pas l'eau tous les jours, à très court terme il s'empoisonne et meurt. Et même si vous changez l'eau chaque jour, vous mettez une eau qui n’a pas la même température, pas les mêmes paramètres… C'est donc très stressant pour l'animal tous les jours de se prendre une douche froide, si je puis dire. » Pour limiter cette maltraitance généralisée, quelques pays ont adopté quelques réglementations. Une autre forme de maltraitance a d’ailleurs lieu dans certains élevages. « Il y a énormément de sélection pour la forme des nageoires, mais aussi la forme du corps, la forme du crâne… Il y a des poissons qui sont complètement tordus, qui ont une colonne vertébrale complètement malformée ou auxquels il manque des nageoires ou au contraire qui en ont plus que la normale, raconte le vétérinaire. En Allemagne, plusieurs souches de poissons ont été littéralement interdites à la vente. » Mémoire de poisson rouge Malgré son succès, le poisson rouge semble être resté tout en bas de l'échelle de la considération animale. On se moque même de sa mémoire, à travers la célèbre expression en français « avoir une mémoire de poisson rouge », quand on ne se souvient de rien. La mémoire du poisson rouge ne dépasserait pas quelques secondes… On se moque et on se trompe. À l'origine de cette croyance, il y a la découverte scientifique du centre de la mémoire dans le cerveau des mammifères et notamment des humains. « Les poissons n'ont pas ce développement anatomique du cerveau, ce qui fait qu'on en a déduit scientifiquement que les poissons ne pouvaient pas avoir de mémoire. Mais c'est faux. Si vous avez des poissons rouges en bassin, vous allez arrêter de leur donner à manger à partir du mois de novembre, à l'arrivée de l'hiver. Le 15 mars, vous venez au bord du bassin, vous mettez les mains dans l'eau et les poissons viennent vous voir pour avoir à manger exactement à l'endroit où vous les nourrissiez l'année d'avant », témoigne Jérôme Blanc. Un poisson rouge n'a peut-être pas une mémoire d'éléphant, mais il n'oubliera pas qu'on le maltraite.

  8. 17

    Pourquoi les PFAS, polluants éternels inquiètent-ils les scientifiques sur la santé neurologique?

    Les PFAS sont des substances chimiques synthétiques, surnommées « polluants éternels ». Ces derniers persistent durablement dans l’environnement et le corps humain et leurs effets potentiels sur la santé pourraient être nombreux : cancers, troubles de la fertilité, augmentation du cholestérol. Une équipe internationale de scientifiques s'est donc intéressée aux effets neurologiques d'un PFAS en particulier.   Ce PFAS, qui a attiré l'attention des chercheurs, c'est le 7:3 FTCA. Récemment, une équipe internationale de scientifiques a mené des recherches pour mettre en lumière des effets neurologiques, jusqu'ici peu documentés, de la nouvelle génération des polluants éternels dont fait partie ce fameux 7:3 FTCA.  Ce dernier est en effet de plus en plus détecté dans l'environnement et se retrouve notamment dans certains produits industriels que nous utilisons, par exemple dans les produits de nettoyants pour vitres dans les voitures. Pour mener à bien leur étude, les scientifiques ont observé les effets du 7:3 FTCA sur des souris et des oiseaux. Ils ont ainsi combiné deux approches complémentaires : l'une à partir de la faune sauvage avec des oiseaux et plus précisément les goélands, et l'autre via un modèle de laboratoire : les souris. Lors de recherches précédentes, des scientifiques s'étaient en effet intéressés à des traces de polluants sur différentes espèces d'oiseaux. Le projet appelé « Toxic bird », avait révélé la présence d'un PFAS jamais détecté auparavant dans la faune sauvage. Le 7:3 FTCA s'avère être en l'occurrence, de plus en plus présent dans les œufs d'oiseaux. La question des scientifiques était donc de comprendre et de connaître les effets potentiels que pouvait avoir ce polluant sur le système nerveux de ces espèces, mais également sur la santé humaine. Réactions inflammatoires et inquiétudes Les scientifiques ont observé une réaction inflammatoire dans certaines régions cérébrales des souris de laboratoire, après qu'elles ont reçu quotidiennement des molécules de PFAS dans leur alimentation pendant trois semaines, et à des niveaux représentatifs des expositions dans l'environnement. Une exposition non sans conséquences, comme l'explique Jérôme Badaut, directeur de recherche au CNRS : « Des changements de comportements s'observent. Au premier abord, cela peut paraître bien, parce que les souris sont plus sociables et ont moins d'appréhension. Mais dans un contexte écologique, la souris peut facilement se faire prédater. Donc on a un changement du comportement normal de l'animal ».  Dans les œufs de goélands aussi, les scientifiques observent des réactions de type inflammatoire. Pour eux, il y a donc clairement un lien de cause à effet entre le PFAS et leurs observations. Les chercheurs s'interrogent aussi sur ce que cela peut représenter comme danger pour l'homme. « Ce produit de dégradation pourrait avoir des effets sur le système nerveux chez l'être humain. Actuellement, c'est un premier travail et nous collaborons pour comprendre s'il peut y avoir un lien entre les différents PFAS dans notre eau du robinet, par exemple, avec l'émergence des maladies neurodégénératives comme la sclérose en plaques », s'inquiète Jérôme Badaut. Pour le scientifique, il faut donc multiplier les recherches sur les PFAS, alors que dans le même temps le nombre de patients vivant avec des maladies neurodégénératives à l’origine de troubles moteurs ne cesse de progresser, notamment en Europe. À lire aussiPolluants éternels: l'Europe durcit ses recommandations sur le TFA présent dans l'eau

  9. 16

    En quoi consistent les assurances de coraux?

    Les récifs coralliens sont une barrière naturelle pour nos côtes. Pourtant ils sont menacés par le réchauffement climatique. Selon WWF, 20% des coraux sont déjà morts. Désormais des assurances privées proposent d’assurer les coraux.   On les appelle les assurances paramétriques. Elles servent à couvrir le montant que coûtent les interventions pour réparer les coraux. Le principe est simple : lorsqu'un ouragan passe et dégrade une barrière de corail, pas besoin de constat, il suffit que la vitesse des vents atteigne un certain seuil pour débloquer immédiatement des fonds. L’argent permet alors de mobiliser des équipes de plongeurs sur place pour aller stabiliser, dans l'eau, les fragments de coraux abîmés. C’est le cas du fonds privé, MAR FUND, qui protège des récifs coralliens du Mexique au Honduras et collabore avec l’assurance AXA Climat. En 2022, après le passage de l’ouragan Lisa au Belize, 175 000 dollars ont été débloqués : « Ce fut la première fois que l'assurance a été déclenchée. On a reçu le paiement deux semaines plus tard et les fonds ont été distribués pour permettre aux équipes sur place d'intervenir dans l’eau. En effet, on observe de plus en plus d'ouragans et leur intensité augmente également. Les pays ne sont pas préparés à cela, il n'y a souvent que quatre plongeurs dans leurs équipes d’intervention. Donc, en étant prêts avec plus de moyens, cela nous permet de déclencher ce processus de restauration des coraux plus rapidement », explique María José González, directrice de MAR FUND. Grâce à cette intervention, l'ONG a stabilisé deux cents fragments de coraux. « On ne sait pas restaurer un récif corallien qui est décimé » Pourtant, selon Laetitia Hédouin, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l'écologie des récifs coralliens, il n’est pas réellement possible de restaurer des récifs coralliens en envoyant des équipes de plongeurs. Selon elle, ces initiatives permettent surtout aux compagnies d'assurance d'afficher une conscience écologique : « On ne sait pas restaurer un récif corallien qui est décimé car pour recréer un récif, il lui faut cinq à sept ans minimum pour revenir à l’état où il était au départ. Deux cents fragments ne permettent pas de recréer des processus à l’échelle d’un écosystème, c’est une goutte d’eau ». Pour la biologiste, le danger principal, c'est bien celui du réchauffement des océans dû au changement climatique et qui entraîne le blanchissement des coraux : « Un ouragan ne va jamais détruire toutes les côtes car il souffle dans une direction. Le réchauffement climatique touche toutes les côtes. Après le passage d’un cyclone, la récupération du récif est plus facile car il reste forcément des zones avec des coraux vivants. La récupération se fait donc naturellement. En revanche, après un épisode de blanchissement corallien, il y a de nombreuses colonies mortes avec des macro-algues. Le récif est donc en moins bonne santé pour repartir ». D’après María José González de MAR FUND, s’assurer contre le blanchissement des coraux est difficile. Les ouragans sont des épisodes aléatoires, contrairement au blanchissement corallien qui, lui, touche de plus en plus de récifs. Souscrire une assurance spécifiquement contre le réchauffement des eaux coûterait donc beaucoup trop cher à l'ONG. La seule solution reste donc de limiter le réchauffement climatique pour sauver les coraux.   À lire aussiPascale Joannot: « On construit de plus en plus de passerelles entre les scientifiques, les décideurs et les communautés locales»

  10. 15

    Pourquoi le réchauffement climatique augmente les fissures dans vos maisons?

    C'est aussi une conséquence de la sécheresse : le RGA, le retrait-gonflement des argiles. Il s'agit du mouvement des sols argileux qui fissure parfois les habitations. Le phénomène est ainsi amplifié par le changement climatique et les sécheresses qui y sont associées. Pour comprendre le retrait-gonflement des argiles (RGA), il faut d'abord se pencher sur le fonctionnement d'un sol argileux. Ce dernier est très fortement sensible aux variations de teneur en eau, comme une véritable éponge. En période sèche, l'argile va alors se rétracter avec l'évaporation de l'eau. À l'inverse, lorsqu'une période pluvieuse ou humide est très importante, l'apport en eau va faire gonfler l'argile. Résultat : avec ce mouvement des sols, des fissures peuvent apparaître sur des habitations. Or, avec le dérèglement climatique, les situations climatiques extrêmes sont plus fréquentes, plus intenses et plus propices à l'apparition de ces fissures. Par ailleurs, « la France est le pays le plus argileux d'Europe », explique Sébastien Goudier, géotechnicien, responsable de l'unité direction connaissance et géomodélisation du sous-sol au bureau de recherches géologiques et minières. « On passe d'une humidité très importante à une humidité très faible sur une période relativement courte. C'est là qu'on va avoir des variations de volumes très importantes qui vont se traduire par des tassements du sol. Ces tassements vont venir se répercuter sur les bâtiments et provoquer les endommagements qu'on connaît, c'est-à-dire la fissuration de la maçonnerie, tout ce qui s'en suit au niveau des huisseries, des portes et des fenêtres ». D'autres pays en Europe sont concernés comme l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique... Sur le continent africain aussi, le phénomène peut être observé sur des sols argileux. « Au Sénégal, par exemple, des dégâts sur des maisons très endommagées ont déjà été observés », raconte Sébastien Gourdier. Conséquences et sinistrés climatiques Les conséquences sur le long terme sont multiples. Il y a les fameuses fissures, mais aussi tout ce qu'elles impliquent par la suite : une habitation et des murs fragilisés nécessitent des travaux et tout ça a un coût. En France, par exemple, la facture se compte souvent en dizaines de milliers d'euros. Il faut aussi que l'état de catastrophe naturelle soit reconnu sur la commune où se trouve la maison. Ensuite seulement, les propriétaires peuvent faire appel à leur assurance, ce qui ne garantit pas automatiquement la reconnaissance d'un RGA. Pourtant, le phénomène est aujourd'hui « le risque principal (...) en France » parmi les catastrophes naturelles. À l'intérieur de ces habitations fissurées « se trouvent de véritables sinistrés climatiques, au même titre que les victimes d'inondations » soulignent plusieurs associations en France. Il faut donc mettre en place des solutions. Et comme souvent avec le dérèglement climatique, l'adaptation des habitations est centrale. « Plus de 12 millions de maisons en France sont ainsi menacées par ce phénomène » explique Dominique Goldsztejn, vice-présidente de l'Association Urgence Maisons Fissurées. « Si on ne répare pas, si on ne fait pas de prévention, à terme, c'est une crise financière qui va arriver. À l'image du Japon qui a su s'adapter aux séismes, nous demandons à ce que la France prenne conscience que c'est un pays argileux. Et il faut donc construire, réparer et prévenir en tenant compte du risque RGA. Il faut vraiment changer les méthodes de construction et en tenir compte pour les réparations ». L'Association Urgence Maisons Fissurées demande aux politiques de prendre à bras-le-corps cette problématique, symbole des conséquences du réchauffement climatique sur l'habitat.

  11. 14

    Le méthane ou le mythe du gaz «propre»

    Depuis des décennies, les grandes compagnies pétro-gazières ont entretenu l'idée que le gaz naturel, composé principalement de méthane, est une énergie propre et même une solution climatique. En réalité, elles savaient qu'il s'agit d'une source importante de pollution de l'air et un contributeur majeur au changement climatique. Comment est né le mythe du gaz « propre » ? C'est le Centre pour l'intégrité climatique, une organisation américaine qui a mené l'enquête. Leurs chercheurs ont épluché des centaines de documents, recueilli des témoignages… Ils se sont rendus compte que dès les années 1960, le secteur savait que lors de l'extraction du gaz, d'énormes quantité de méthane s'échappaient dans l'atmosphère. « Au cours des années qui ont suivi, le secteur du gaz a dû faire face à une prise de conscience croissante des enjeux environnementaux dans l'opinion publique et à la concurrence du secteur de l'électricité. Au point que le secteur du gaz a craint de perdre des clients. L'American Gas Association a alors lancé une vaste campagne publicitaire présentant le gaz comme une énergie propre "pour aujourd'hui et pour demain" », explique Rebecca Leber, l'une des chercheurs. Le lobby gazier s'est aussi attaqué à la science Dans les années 70 et 80, la recherche commence à accumuler des preuves montrant que le méthane est un puissant gaz à effet de serre et donc un problème pour le climat. « La réaction de l'industrie a parfois consisté à remettre en cause ces données scientifiques et à semer le doute sur ces résultats. Et lorsque l’Agence américaine de protection de l'environnement a lancé une étude pour examiner l'impact du secteur, les compagnies pétro-gazières ont influencé les résultats et nettement sous-évalué l'ampleur des émissions de méthane », explique Rebecca Leber. Cette campagne d'influence a des retombées encore aujourd'hui : le gaz naturel est présenté comme une énergie propre, une énergie de transition. Résultat : l'Union européenne l'a inscrit dans sa taxonomie verte, sa liste de produits et activités économiques bas carbone. Le Sénégal qui a découvert des gisements ces dernières années a lui mis le gaz au cœur de sa stratégie de transition énergétique, il y est considéré comme une énergie « plus accessible, plus propre et plus compétitive ». Pourtant, on sait désormais que le méthane est un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans. Chaque année, nous continuons à en émettre toujours plus dans l'atmosphère. Aujourd'hui ce sont les États-Unis le premier producteur de gaz naturel au monde, devant la Russie et l'Iran. Les mêmes méthodes que l’industrie du tabac Et si cela vous y fait penser ce n'est pas pour rien. « L'un des cabinets de relations publiques avec lesquels l'American Gas Association a collaboré a également travaillé avec des fabricants de tabac dans le cadre de sa campagne sur les cigarettes et la santé publique. Il ne s'agit donc pas seulement d'une histoire comparable. On parle bien des mêmes tactiques et des mêmes personnes », ajoute Rebecca Leber. Les auteurs de cette enquête veulent maintenant demander des comptes au lobby gazier, qu'il arrête ces pratiques d'influence et réduise son impact sur la planète.

  12. 13

    COP17 désertification: le désert est-il silencieux?

    Un désert n'est jamais complètement désert. L'éco-acoustique permet d'y mesurer l'étendue de la biodiversité animale. Connaissez-vous le chant des dunes ? Dans certains déserts de sable, on peut entendre les dunes « chanter » lors d'avalanche de sable, un chant provoqué par les grains de sable en mouvement ; ce sont leurs vibrations qu'on entend, et leur modulation. Le phénomène a été rapporté pour la première fois par Marco Polo au XIIIe siècle. Le silence du désert n'existe pas.  Il n'y a pas que le bruit du sable qu'on peut entendre dans les déserts et il n'y a d'ailleurs pas que des déserts de sable. Un désert n'est jamais complètement désert. Dans tous les déserts, il y a de la vie, même si la vie est plus rare quand les conditions sont extrêmes et quand rien ne pousse ou presque. « Quand on fait l'évaluation d'un écosystème pour la composante de vie, c'est un milieu dans lequel il y a de la végétation, explique l'écologue Hervé Jourdan, chercheur à l'IRD, l'Institut pour la recherche et le développement. Et plus votre végétation va être stratifiée, complexe, plus vous aurez l'opportunité d'avoir une faune qui va être riche. » Entendre ce qu'on ne voit pas C'est donc cette faune qu'on peut entendre. Et pour savoir qu'il y a de la vie dans les déserts, pour la détecter, la qualifier et la quantifier, le son est plus efficace que la vue. « Le son est un bon indicateur, très intégrateur, là où la vue, finalement, ne nous permet pas de voir la présence par exemple d'oiseaux qui vont être cachés dans les arbres, et encore moins les insectes qui sont encore plus difficiles à voir. La vue, en fait, va se focaliser sur une zone spatiale très petite alors qu'un enregistreur disposé dans la forêt va capter des sons qui viennent de plein d'endroits différents à une distance beaucoup plus importante », détaille Etienne Thoret, psycho-acousticien, chercheur CNRS à l'Institut des neurosciences de la Timone à Marseille. C'est ce qu'on appelle l'éco-acoustique : c'est en enregistrant les sons d'un écosystème qu'on peut déterminer sa richesse. « L'éco-acoustique est une science qui s'est fondée sur cette idée qu'une complexité de sons renvoie à une complexité de biodiversité. Vous pouvez donc calibrer la qualité d'un habitat à travers la complexité des sons enregistrés, des émissions des animaux enregistrées », précise Hervé Jourdan. Les sons du Ferlo au Sénégal L'éco-acoustique a ainsi des applications très concrètes face à l'avancée du désert. Hervé Jourdan et Etienne Thoret travaillent tous les deux sur un projet mené dans le nord du Sénégal, dans le Ferlo, une région semi-désertique, là où a été plantée la Grande muraille verte. Des micros enregistrent les sons de la nature pour déterminer à quel point les arbres permettent le retour des animaux. « On se rend compte qu'il y a effectivement une présence biophonique le jour et la nuit, principalement la journée dans le sud Sahel. Les sons sont composés de sons d'oiseaux et la nuit principalement de sons d'insectes, témoigne Etienne Thoret. Effectivement, c'est une activité beaucoup moins intense que dans des forêts tropicales par exemple. Il y a un phénomène bien connu qui s'appelle le chorus du matin ou du soir, où les oiseaux et globalement toutes les espèces animales se mettent à chanter. Il y a une activité qui est même très forte en fait, bien que l'environnement soit relativement désertique ». Il est encore trop tôt pour connaître l'impact réel de la Grande muraille verte sur la biodiversité. Les chercheurs vont continuer d'écouter la nature. Parce que la désertification, on la voit mais surtout on l'entend.  Crédits sonores : Chant des dunes : Stéphane Douady/Mathias Théry. Ferlo : CNRS MITI, Aix-Marseille Université, Institut de Recherche pour le Développement, OHMI Téssékéré, Labex DRIIHM, Université Cheikh Anta Diop.

  13. 12

    Les leçons d'un été brûlant: aura-t-on tout oublié cet automne? [4/4]

    Dernier volet de notre bilan des canicules, sécheresse et incendies en France et en Europe : la gravité de la crise climatique vécue par des millions de personnes peut-elle déboucher sur une prise de conscience politique ? Le doux parfum de la pluie l’été, on l’avait presque oublié. La dernière vague de chaleur s’achève en France avec quelques gouttes d’eau et des températures enfin de saison, à l’issue d’un été brûlant et d’une succession inédite de canicules, de sécheresse et d’incendies. Mais le retour à un été normal va-t-il effacer le souvenir de la brutalité de la crise climatique, pour « repartir comme en 1940 » et reprendre nos vies d’avant ? Ou peut-on s’attendre à une véritable prise de conscience, voire à un débouché politique après cette crise climatique majeure ? Cet été de l’enfer pourrait marquer durablement les esprits, parce qu’il a marqué durablement le corps des Français. « Ce n’est pas quelque chose qu'ils ont vu simplement à travers leur écran de télévision, leur poste de radio ou à la une des journaux. C'est quelque chose qu'ils ont éprouvé dans leur corps, dans leur chair, dont ils ont souffert personnellement, parfois avec des dégâts corporels ou matériels. Donc, il va y avoir des traces, j'allais même dire des cicatrices », estime Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller en communication de l’ancien président François Hollande, à la tête aujourd’hui de Gantzer Agency. L'environnement, sujet politique La crise climatique pourrait alors devenir un élément central du débat public, alors que se profile la présidentielle de l’an prochain. Dans tous les sondages réalisés cet été, la question environnementale est devenue une des préoccupations majeures des Français, en troisième ou quatrième position, avec par exemple un bond de 12 points en un mois dans l’enquête Ipsos-BVA, ce qui n’arrive presque jamais. Gaspard Gantzer va même plus loin et voit le sujet s’imposer dans la campagne électorale : « Je pense que la question environnementale va devenir le premier de tous les sujets. Comment faire pour vivre en ville alors que les villes sont transformées en bouilloire thermique, en véritables planchas de goudron et de béton ? Comment fait-on pour vivre à la campagne ? Comment fait-on pour ne pas voir sa maison brûler dans une forêt ? Les Français vont donc avoir des demandes très précises à formuler aux politiques qui vont avoir le devoir d'y répondre. Ils veulent juste trouver un plan pour pouvoir s'en sortir et ne pas revivre l'enfer qu'ils auront vécu cet été ». À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: comment les canicules ont-elles changé nos vies? [3/4] Agir contre le pire Du pire naîtrait ainsi le meilleur, les catastrophes nous rendraient résilients et nous pousseraient à agir… Mais tout le monde n’est pas de cet avis. « Par le passé, les communautés humaines n'ont pas fait la démonstration de leur capacité à tirer des leçons durables de ce genre d'événement. Il n'existe pas de lien entre l'occurrence des phénomènes catastrophiques ou des aléas climatiques et l'apparition de politiques publiques plus pro-climatiques », souligne le sociologue Benoit Giry, maître de conférences à Sciences Po Rennes et auteur de Sociologie des catastrophes, aux éditions de La Découverte. Comme l’ont montré plusieurs études réalisées à travers le monde, rien ne garantit que la conscience écologique progresse sur le terrain politique. « On ne sait pas véritablement s'il existe un lien entre les gens qui ont vécu une catastrophe d'origine climatique et le vote écologiste. Les gens qui ont vécu des catastrophes climatiques sont susceptibles aussi de moins voter écologiste. Les pays dans lesquels il y a eu le plus de catastrophes n'ont pas forcément développé les politiques de prévention des catastrophes les plus poussées », relève aussi Benoit Giry. Pression citoyenne Rien ne garantit donc que les politiques agissent après cet été brûlant en France. Pour cela, il faudrait que les citoyens partagent les mêmes préoccupations ; on ne vit pas la canicule de la même manière dans un appartement climatisé ou dans une passoire thermique. La pression et la mobilisation citoyenne apparaissent essentielles pour la suite. « Les victimes des incendies de Gironde peuvent contribuer, en occupant l'espace public, à mettre ce problème-là à l'agenda. Mais le réchauffement climatique, ce sont aussi des choses beaucoup plus insidieuses, l'occurrence de maladies ou de problèmes physiques qui sont plus étalés dans le temps et qui passent un petit peu sous les radars », rappelle Benoît Giry. On se souvient du « monde d’après », promis pendant le Covid. Mais très vite, les belles promesses ont été oubliées. Il y a certes une différence aujourd’hui : contre la crise climatique, à part un changement radical de nos modes de vie, on n’a pas trouvé de vaccin.  À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]

  14. 11

    Les leçons d'un été brûlant: comment les canicules ont-elles changé nos vies? [3/4]

    Sueur et ventilateur. En enchaînant cinq canicules en trois mois, les Français ont expérimenté de plein fouet la vie sous réchauffement climatique. Un « été pourri », il y a quelques années, c’était un été frais et pluvieux. Mais un « été pourri », aujourd'hui, c'est l'été que vous venez de vivre, où vous avez parfois eu l'impression de survivre – on exagère à peine. Les canicules que les Français viennent d’enchaîner - cinq en trois mois - n’impliquent pas qu’un changement de vocabulaire ; elles ont aussi changé la vie. Pour une très grande majorité des Français, à 77 %, les canicules ont eu un impact sur la qualité de la vie quotidienne, et même sur leur humeur, pour 51 % des sondés. D'abord, vous avez explosé votre consommation d'eau. Pour remplacer la piscine que vous n'avez pas, vous n'avez jamais pris autant de douches, et vous vous êtes dit : « En fait l'eau froide, c'est pas si froid », surtout qu'au robinet elle coulait plutôt tiède. Vous avez parfois dû boire quatre litres d'eau par jour, et tout ça sans faire des allers-retours aux toilettes. En revanche, vous avez beaucoup transpiré. Confinés sous un toit brûlant Les Français ont dû s'adapter, et s'adapter, ici, veut dire ne rien faire. Comme 45 % des Français, vous avez décalé ou annulé des sorties, parce que 33°C à la maison, c'est toujours plus frais que 40°C dans la rue. Assommé à scroller sur votre téléphone en surchauffe, qui faisait aussi radiateur, vous êtes restés confinés chez vous. Cela vous a rappelé des souvenirs et vous étiez à deux doigts d'applaudir les pompiers tous les soirs à 20 heures.  Vous avez peut-être appris à fermer vos volets la journée, si vous aviez des volets ; près de la moitié des logements en France en sont dépourvus de protection ou sont mal protégés du soleil. Et ne parlons pas de l'isolation des murs. Ces canicules ont révélé la vulnérabilité des habitations. Partout on a crevé de chaud, en particulier sous les toits, et même dans des appartements récents, pourtant construits selon les dernières normes ; conçus pour garder la chaleur l'hiver, manque de bol, ils gardent aussi la chaleur l'été. Passion ventilateur La qualité du sommeil s'en est ressentie. Comme huit Français sur dix, vous avez mal dormi, voire pas dormi du tout. C'était tellement chaud, tellement torride, que vous avez couché avec un ventilateur, avant de penser à l'épouser. Quand d'autres ont carrément craqué pour un climatiseur. Fin juin, il s'est vendu en deux semaines en France près de 2 millions de climatiseurs et de ventilateurs. Mais il a quand même fallu aller travailler, épuisé par des nuits tropicales alors que vous n'étiez pas en vacances sous les tropiques. Vous avez débarqué au boulot en short, et tant pis pour la pudeur et votre réputation vestimentaire. Exilé climatique, vous avez renié le télétravail et redécouvert les joies du présentiel en présence de la climatisation au bureau. Mais parfois la clim était en panne, ou à bout de souffle d'air tiède, et vous avez remué ciel et terre pour décrocher non pas une augmentation de salaire mais juste un ventilateur. Au service environnement de RFI, on n'a jamais autant reçu de mails désespérés – mais c'est le service climat, pas le service climatisation. Travail à la peine Même quand vous n'étiez pas sur un chantier en plein cagnard, ou dans un atelier surchauffé, vous avez travaillé un peu moins vite, un peu moins. Votre productivité a baissé de 10 % en moyenne, et vous vous êtes dit : « Mais ils font comment en Afrique ? » Ces canicules auront, de fait, un coût financier important, entre 10 et 15 milliards d'euros pour la France, selon une estimation de l'Insee. Les commerces et les restaurants ont perdu cet été 10 % de leur chiffre d'affaires, et le gouvernement a dû prolonger les soldes (« sa première mesure anti-canicule », a ironisé le mouvement Attac). À titre personnel, vous envisagez un crédit à la consommation pour acheter des légumes qui vont devenir hors de prix (puisqu’ils ont brûlé sur la plante). Oui, votre vie a changé le temps d'un été brûlant. Mais l'automne sera là, bientôt, et peut-être aurez-vous déjà tout oublié ? À lire aussiCanicules: comment les vagues de chaleur pèsent-elles sur l'économie en Europe?

  15. 10

    Les leçons d'un été brûlant: pourquoi la sécheresse de 2026 est-elle vraiment historique? [2/4]

    Deuxième volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe cette année : le manque d'eau fragilise les modes de vie, l'économie et la biodiversité. On se pensait à l’abri. Après un hiver particulièrement pluvieux (il avait même trop plu par endroits), les nappes phréatiques avaient fait le plein. De quoi affronter l'été sereinement, pouvait-on penser un peu naïvement. Et puis patatras ! En quelques semaines, la sécheresse s'est installée sur la France, à une vitesse inédite, et on a assisté impuissants à « un effondrement quasiment généralisé de toutes les nappes », constate l'hydrologue Emma Haziza, docteure de l'École des mines. « Il est normal d'avoir une vidange des nappes durant la phase estivale. Ce qui n'est pas normal, c'est la vitesse à laquelle cette vidange se fait. Cela signifie que les territoires ont soif, que ce soit les sols ou les cours d'eau. Quand vous voyez de l'eau dans une rivière, c'est souvent l'eau de la nappe. Si vous voyez que cette rivière est à sec, c'est que la nappe est trop basse. » Et on voit beaucoup de rivières à sec, où l'eau ne coule plus et laisse place aux cailloux. Rien qu'en France, on a compté plus de 1 300 rivières victimes d'assecs, de ruptures de débit. Les fleuves souffrent aussi : la Loire et la Garonne sont alimentées artificiellement en déstockant les barrages hydroélectriques, et ailleurs en Europe, le Danube et le Rhin ne peuvent plus jouer leur rôle en termes de navigation ou d'énergie (barrages hydroélectriques moins productifs, réacteurs nucléaires à l’arrêt faute d’eau pour les refroidir). Plus de 80 % du territoire français est aussi soumis à des restrictions d’usage de l’eau. L’herbe est devenue de la paille sèche et les arbres perdent leurs feuilles, comme si la nature était passée sous un grill. À lire aussiNucléaire en période caniculaire: le temps des interrogations Sécheresse et canicule, le couple infernal d'un été infernal Une telle sécheresse est le résultat des canicules qui se sont enchaînées d'une manière là encore inédite. Sécheresse et canicule, c'est le couple infernal d'un été infernal. Un véritable cercle vicieux, une boucle de rétroaction comme on dit : la canicule provoque la sécheresse et la sécheresse aggrave la canicule. « Lorsqu’un sol est sec, on n’a plus cette libération de l'eau sous la forme de vapeur qui permet de refroidir l'atmosphère. Une phase de sécheresse des sols augmente en durée et en intensité une canicule, explique Emma Haziza. Et c'est vraiment ce que l'on voit cette année sur la France ». Autre cercle vicieux : quand il y a le moins d'eau, la consommation d'eau bat des records, pour irriguer les champs, ou juste se rafraichir sous la douche. Le réchauffement climatique, provoqué par les activités humaines, est clairement responsable de cette sécheresse aggravée. Notre rapport aux sols également. « On est de manière inéluctable sur une trajectoire de réchauffement, avec pour conséquence une atteinte majeure du cycle de l'eau. Et cette atteinte est surtout fonction de la vulnérabilité de nos territoires, c'est-à-dire de la manière dont on a traité nos territoires. Est-ce qu'on les a urbanisés ? Est-ce que nos sols sont compactés sur le plan agricole ? C’est tout cela, aujourd'hui, qui est mis en exergue », relève Emma Haziza. À lire aussi«On n'a plus d'herbe depuis plus d'un mois»: en Seine-et-Marne, les éleveurs sans solution face à la canicule Sans eau, c'est le désert Est-on alors en train de prendre conscience de la vulnérabilité du pays face à cette question vitale de l'eau ? L’eau, c’est la vie : juste pour boire, mais aussi pour se nourrir. Sans eau, pas d'agriculture, pas d'électricité, pas d'industrie, pour ne parler que des humains. Tout le vivant est aujourd'hui en danger : la biodiversité, les plantes, les animaux. Parce que sans eau, c'est le désert. Un début de prise de conscience a déjà pu avoir lieu en 2022, lors d'une sécheresse qu'on qualifiait déjà d'historique. « L'année de 2022 a marqué les esprits, estime Emma Haziza, qui publiera dans un mois (avec Edo Brenes) une bande dessinée intitulée L'eau sous emprise, enquête sur une ressource vitale menacée, aux éditions Delcourt. Cela a même conduit les citoyens à moins consommer d'eau, ce qui signifie qu'on est en train de comprendre que c'est sans doute un des enjeux les plus importants que l'on ait. Nous ne sommes pas un pays aride ou semi-aride. Nous étions jusque-là un pays tempéré qui n'a jamais manqué d'eau, qui n'en manque d'ailleurs pas l'hiver. Il faut donc absolument optimiser les plus grands réservoirs que l'on a en France, c'est-à-dire les sols et les nappes phréatiques, et non pas stocker l’eau en surface où elle serait soumise à l'évaporation et qui ne va pas dans le bon sens ».  Cette sécheresse n'a rien de naturel, mais rien ne vaut les solutions naturelles. À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]

  16. 9

    Les leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]

    Premier volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe de l'Ouest : vit-on l'été le plus froid du reste de notre vie ? Sommes-nous déjà passés dans le monde d'après, ce monde apocalyptique de sécheresses, de canicules et d'incendies que nous ne pouvons que subir ? Un monde décrit depuis des décennies par les experts du climat si nous ne faisons rien. C'est vrai qu'on n'a pas fait grand chose, malgré les alertes, et cet été 2026, en Europe, est du jamais vu. Cinq canicules en France, des records battus partout, et des records de records battus, plus de 40°C la journée et des nuits tropicales... Merci le réchauffement climatique. « Ce que fait le changement climatique, c'est de mettre les vagues de chaleur sous stéroïdes. Puisque les étés deviennent plus chauds en moyenne, quand on a un extrême au-dessus de la moyenne, cet extrême-là est encore plus intense qu'avant », décrypte Robin Noyelle, climatologue à l'ETH de Zurich (l'école polytechnique fédérale en Suisse). Un phénomène exceptionnel en partie inexplicable Des températures extrêmes doublées d'un phénomène exceptionnel : la répétition de ces canicules, qui provoque un été brûlant sans répit pour l'ensemble du vivant. « Si on prend les vagues de chaleur une par une, elles n'auront pas grand-chose d'exceptionnel, estime Robin Noyelle. Ce qu'il se passe, c'est qu'on a une zone de hautes pressions qui vient se bloquer au-dessus d'une certaine région et qui ne bouge plus. Donc on a de l'air chaud qui descend, et en plus l'énergie qui vient du soleil n'est pas reflétée par les nuages et arrive donc directement dans les basses couches. Et les basses couches, c'est là où nous, on vit. Donc c'est quelque chose qu'on comprend bien. Par contre, ce qu'on ne comprend pas très bien, ce qui est vraiment exceptionnel sur l'été, c'est le fait que ça revienne ». On n'en est qu'à l'heure des conjectures et des hypothèses, avant que la recherche n'arrive à y voir plus clair, et le climatologue évoque d'abord « la malchance, c'est-à-dire que ça peut arriver de manière aléatoire et on n'a vraiment pas eu de chance cette année. Ou peut-être qu'il y a d'autres causes, et notamment les causes océaniques. On a l'événement El Niño qui est le plus fort qu'on n'ait jamais observé depuis au moins la fin du XIXe siècle. Et peut-être que ça peut avoir un lien. Mais ce sont vraiment des choses qui sont très discutées et sur lesquelles y a pas du tout de consensus ». Aura-t-on encore des « étés pourris » ? En France et en Europe, sommes-nous alors en train de vivre « l'été le plus froid du reste de notre vie », comme le répètent certains climatologues, dans une formule choc, pour alerter l'opinion sur la crise climatique ? Mais que pensera-t-on si on a, comme on l'appelle de moins en moins encore, « un été pourri » l'an prochain, frais et pluvieux ? En fait, le climat n'est pas quelque chose de linéaire, à court terme. « Étant donné que cette année est vraiment un été exceptionnel, je ne pense pas trop m'avancer en disant que probablement les étés prochains seront plus frais, estime Robin Noyelle. En revanche, à l'horizon de 20 ou 30 ans, si on continue à émettre des gaz à effet de serre, on continuera dans cette direction-là. Un été comme celui de 2026 ne sera plus exceptionnel comme il l'est cette année ; il sera dans la moyenne ». Moyennes et extrêmes Alors que les températures ont dépassé dans de nombreux endroits les 40°C, l'alerte sur les 2°C de l'Accord de Paris pour le climat peut sembler pour le moins décalée... Depuis 2015, on a beaucoup insisté sur ce chiffre, 2°C, cette limite de réchauffement à ne pas dépasser (mais qu'on va sûrement dépasser). Peut-être, et les médias ont leur part dans cette histoire, aurait-il fallu insister sur les températures extrêmes plutôt que sur une moyenne globale. « 2°C, ça ne paraît pas beaucoup, reconnaît Robin Noyelle de l'ETH Zurich. En fait, la température du globe est quelque chose qui est très différent de la température que nous expérimentons. 1,5 à 2°C de réchauffement, cela implique un réchauffement sur les terres qui est 50 % supérieur. Et plus on va au nord, plus on a de l'amplification. Un réchauffement de 2°C global, cela veut dire un réchauffement en été en France de l'ordre de 4°C. Et sur les extrêmes, on peut avoir jusqu'à un facteur 2 d'amplification par rapport à cela ». Ce qui veut dire au moins 8°C en plus. Des températures anormales qui deviendront bientôt la norme. À lire aussiEn Europe, les canicules s'enchaînent et leur coût reste difficile à mesurer

  17. 8

    Pourquoi le scarabée japonais est-il sous haute surveillance en Europe?

    Inoffensif pour les humains, cet insecte aux reflets verts est une espèce invasive destructrice notamment pour les vignes et les arbres fruitiers. Installé en Italie et en Suisse depuis une dizaine d’années, il a été détecté en France dans plusieurs régions depuis 2025 mais aussi dans d’autres pays européens. Le scarabée japonais fait la taille d’un pois chiche (1 cm à l’âge adulte), il a une belle couleur verte et de petites touffes de soie blanche sur les côtés et sur le dos. Il est visible en Europe en ce moment, en été, de juin à septembre. Très joli donc ce scarabée japonais, mais potentiellement très destructeur. Au Japon d’où il est originaire, il ne pose pas de problème car sa population est régulée par des prédateurs naturels, notamment des mouches et des guêpes. Mais sorti de son milieu d'origine sans prédateur et dans un climat qui lui convient, ce coléoptère devient une espèce exotique envahissante. Aux États-Unis, où il a été importé par mégarde dans une pépinière de Philadelphie en 1916, il est désormais présent sur deux tiers du territoire – il a même atteint le Canada – et fait des ravages considérables : plusieurs centaines de millions de dollars par an aux États-Unis, entre pertes agricoles et coût de la lutte contre cet insecte ravageur. Présent en Europe depuis 2014, il menace l’agriculture Il est arrivé sur le continent européen à Milan en 2014 et a formé depuis des foyers importants dans le nord de l’Italie et en Suisse. Les années suivantes, il a été détecté aux Pays-Bas, en Allemagne, en Slovénie, et en 2025 en France, en Espagne et en Autriche. Quelques individus seulement à chaque fois, mais les autorités phytosanitaires sont sur le qui-vive. La vie du scarabée japonais dure un an : il passe d’abord l’hiver dans les sols, sous forme de larves. Ces larves se nourrissent des racines de graminées, de gazons et de prairies. Il peut donc avoir un fort impact sur la vie sociale en ravageant des terrains de sport, souligne Sylvain Poggi, chercheur en écologie et scientifique des données à l’INRAE de Rennes, dans l’ouest de la France. « Dans un nouveau foyer d'infestation apparu en Suisse en 2024 près de l'aéroport de Zurich, un stade de foot a dû être complètement bâché pour essayer de lutter contre les larves, pour qu'il n'y ait pas d'émergence d'adultes l'année suivante ». Surtout, durant l’été, une fois qu’il est adulte, le scarabée japonais vole et s’attaque aux plantes. Davide Martinetti est chercheur à l’INRAE à Avignon dans le sud de la France et originaire du foyer d’infestation en Italie : « Ces insectes ont un comportement, surtout les adultes, très grégaire. Ça veut dire que quand un petit nombre d'individus commence à s'attaquer à une plante, ils commencent à produire des phéromones - des espèces d'odeurs - qui vont attirer d'autres individus. Et donc tous les individus qui sont dans les alentours, vont attaquer la même plante. Vous pouvez alors observer des milliers d'individus sur une seule plante. Souvent on parle de densités énormes de plusieurs dizaines de milliers, centaines de milliers d'individus par hectare », détaille le scientifique. Et le scarabée japonais peut manger plus de 400 espèces de plantes différentes. Aux États-Unis, il ravage les pieds de soja et de maïs et en Europe il raffole des vignes, des arbres fruitiers et des rosiers en particulier. Vu l’importance économique des secteurs agricole et viticole en Europe, le risque est important pour le Vieux Continent. Détection précoce et vigilance des citoyens Dans l’Union européenne, le scarabée japonais est considéré comme un organisme de quarantaine obligatoire. « Cela veut dire que des règlements européens s’appliquent notamment sur la stratégie de surveillance et que les pays de l’UE doivent définir des plans nationaux », explique le scientifique Sylvain Poggi. « C’est la deuxième peste majeure après la bactérie Xylella fastidiosa qui s’attaque aux oliviers en Italie », précise-t-il. Avec d’autres chercheurs, ils ont cartographié les risques en Europe afin d’identifier les zones les plus stratégiques à surveiller. « On a établi que l'habitat pouvait être très favorable dans les contreforts des Alpes, que ce soit au nord ou au sud des Alpes, mais aussi au nord des Balkans ou sur les rives orientales de la mer Noire. Il y a également des zones modérément favorables, par exemple dans le sud-ouest de la France, à proximité des Pyrénées, ou bien sur différentes zones en Allemagne, en Autriche, en Belgique, aux Pays-Bas, en Slovénie, etc. » Pour contrer l’expansion du scarabée japonais, il faut détecter le ravageur au plus tôt grâce à des pièges placés dans les stations-service, les gares, les aéroports car ce scarabée se déplace en auto-stop dans nos bagages et nos marchandises. La mondialisation des échanges favorise l’expansion des espèces envahissantes qui constitue une menace croissante pour l’économie. Une fois détecté, les autorités phytosanitaires placent davantage de pièges, de manière très stratégique et précise, pour tenter de contenir l’établissement d’une colonie. Et si le scarabée s’établit malgré tout, les États-Unis utilisent des pesticides mais cela pollue l’eau, les sols et menace notre santé. Il existe aussi des moyens de lutte biologique, comme des vers microscopiques, des mouches ou des champignons qui tuent ces insectes. Attention, pour ceux qui vivent en Europe, n’installez pas de pièges dans vos jardins, prévient le scientifique Davide Marinetti, vous risquez au contraire d’attirer une colonie sur votre terrain. Si vous détectez un scarabée japonais, attrapez-le, prenez-le en photo avant de le tuer, et signalez-le aux autorités locales. Pour nos auditeurs et lecteurs africains, pas d’inquiétudes en revanche : à priori pas de risque que le scarabée japonais s’établisse en Afrique car les conditions climatiques lui sont moins favorables. À lire aussiLe scarabée japonais, un insecte ravageur aux portes de la France

  18. 7

    Comment les animaux réagissent-ils aux éclipses du soleil?

    Des millions de personnes se préparent à vivre en Europe un spectacle fascinant. Mais les autres animaux partagent-ils cet enthousiasme ? Ou sont-ils plus simplement indifférents ? Les animaux ne font pas le tour des pharmacies à la recherche des fameuses lunettes protectrices, indispensables pour observer l’éclipse totale du soleil visible d’une partie de l’Europe. Alors qu’une forme de frénésie s’empare des humains à quelques heures du spectacle soli-lunaire, comment la faune réagit-elle à une obscurité inattendue de quelques minutes ? « J’ai été surpris de voir toute une volée d'oiseaux qui, en piaillant, sont rentrés au nid – il y avait des nids d'hirondelles sous un pont. Et puis, à la fin de l'éclipse, tous ces oiseaux-là sont repartis pour vivre leur vie d'oiseaux. Comme si, finalement, ils avaient vécu une nuit très courte durant l'éclipse et qu’ils reprenaient leurs activités matinales par la suite », raconte Pierre Chastenay, astronome québécois et chasseur d’éclipse, témoin d’une éclipse totale en 2017 aux États-Unis. Un non-événement Après cette expérience, Pierre Chastenay, professeur de didactique des sciences à l’université du Québec, a voulu en savoir plus et a décidé de mener une étude scientifique auprès d’une douzaine d’espèces d’animaux dans un zoo, le zoo de Granby, près de Montréal, pendant l’éclipse totale de 2024. Il n’y avait aucun visiteur dans le zoo pour ne pas influencer les résultats qui se sont avérés presque décevants : « Ce que nous avons observé en comparant les deux journées précédentes, les deux journées suivantes avec la journée de l'éclipse elle-même, c'est qu'essentiellement il ne s'est rien passé. Pour la majorité des animaux, l'éclipse a été un non-événement, relate Pierre Chastenay. Je prends l'exemple de l'ours de l'Himalaya, avec deux individus qui passent essentiellement leur journée à dormir. Ils ont continué à dormir ! » À lire aussiDeux minutes de nuit en plein jour: une partie de l'Europe va vivre une éclipse solaire totale L'heure d'aller dormir Seules deux espèces ont particulièrement réagi. « Lorsque le ciel s'est assombri, les zèbres se sont mis à hennir, raconte Pierre Chastenay. Ils se sont mis à courir vers la porte qui mène à leur quartier de nuit. C’est une espèce d'habitude qu'ils ont lorsque le soleil se couche, en se disant sûrement : "C’est bientôt la nuit, les prédateurs vont sortir. Il faudrait que je me mette à l'abri." » Les macaques japonais eux aussi ont cru que la nuit tombait. « Durant les cinq minutes qui ont précédé l'éclipse, tous les macaques se sont réfugiés sur des branches en hauteur, poursuit Pierre Chastenay. Ils se sont recroquevillés en position presque fœtale et ils n'ont plus bougé. Ce qui est très différent d'une autre étude qui a été menée dans les années 1970 dans un dispensaire où il y avait des chimpanzés qui, eux, se sont mis à regarder le soleil. Mais c'est parce qu'ils étaient entourés d'humains qui regardaient le soleil durant l'éclipse. » À l'ombre de la lune Finalement, les humains réagissent beaucoup plus que les autres animaux. Il y a chez nous une forme d’excitation qui monte dans la journée parce qu’on sait ce qui va arriver, alors que les animaux n’écoutent pas RFI. « Les humains deviennent un peu fous durant une éclipse, estime le chasseur d’éclipse. Les gens se mettent à crier. Notre intelligence et notre sensibilité à l'environnement font que nous sommes clairement très impressionnés par une éclipse totale du soleil. Pour les animaux eux-mêmes, parce qu'ils n'ont pas la mémoire des éclipses passées et que ce n'est pas un événement qu'ils peuvent prévoir, c’est un non-phénomène, alors que les humains voyagent parfois à l'autre bout du monde pour se tenir dans l'ombre de la Lune. » Et ce soir, en Europe, ils seront des millions à l’ombre de la lune pour admirer ce non-phénomène… À lire aussiL'Éclipse solaire «est une expérience unique» et crée «une magie entre les personnes» présentes

  19. 6

    Pourquoi les plus grands animaux sont les plus menacés?

    Des colosses aux pieds d'argile : éléphants, tigres ou ours sont parmi les espèces les plus en danger sur Terre. Leur grande taille, un atout face aux prédateurs, est aussi un handicap face aux activités humaines.   Bien que de nature pacifique, nous allons ici tordre le cou à une idée reçue. On peut penser, instinctivement, que plus un animal est gros, plus il est fort. Mais les rhinocéros, les éléphants ou les bisons sont des colosses aux pattes d'argile. Les grands mammifères, la mégafaune, sont parmi les animaux les plus menacés. Une petite souris a l'air fragile, mais est en réalité beaucoup plus résiliente qu'un lion. C'est d'abord une question de reproduction. Un lion - ou plutôt une lionne - ne sera fertile qu'à l'âge de 3 ou 4 ans, avec en moyenne 5 portées dans sa vie. La souris, elle, peut avoir en moyenne 10 portées par an et peut donner naissance à chaque fois à une douzaine de petits. Chez les grands mammifères, il faut parfois des décennies pour reconstituer une population décimée. Et c'est le même principe pour l'adaptation au changement climatique. Plus une espèce se reproduit, plus vite elle va pouvoir évoluer et s'adapter. À lire aussiPourquoi préserver les vieux animaux? La taille du territoire Deuxième handicap : les grands animaux ont besoin de grands territoires. Une fourmilière mesure quelques dizaines de centimètres en général, et quelques dizaines de mètres carrés sont nécessaires aux fourmis pour trouver de la nourriture (à part les fourmis légionnaires). À l'inverse, l'ours blanc, l'ours polaire, est l'animal qui a besoin du plus grand espace vital, sur des milliers de kilomètres carrés de banquise. Plus un animal est grand, plus il a besoin de nourriture, d'énergie, pour vivre, et plus il aura besoin d'un grand territoire pour y trouver les ressources alimentaires nécessaires. Tous ces gros mammifères se retrouvent généralement tout en haut de la chaîne alimentaire. Le déclin de la biodiversité a un impact in fine sur la nourriture disponible. Mais les territoires sauvages rétrécissent. Depuis que l'espèce humaine a colonisé la Terre, les autres animaux doivent céder leur place. On construit des routes, on coupe des forêts, les villes s’étendent toujours plus, et les grands animaux se retrouvent avec des territoires fragmentés, ce qui entraîne de la consanguinité, donc un affaiblissement de l'espèce. En Asie, par exemple, les gros mammifères ont perdu 80 % de leurs territoires. À lire aussiAu Rwanda, la population grandissante de gorilles en danger à cause du manque d'espace Le poids de l'Homme dans le poids des mammifères Le poids de l'Homme ne s'arrête pas là. Il est un chasseur, un prédateur universel. Depuis qu'Homo sapiens est sorti d'Afrique, il y a 50 000 ou 70 000 ans, on a observé un déclin continu de la mégafaune, à mesure que les humains colonisaient la planète. Il y a 50 000 ans, on comptait 58 espèces d'herbivores de plus d'une tonne ; il n'en reste que 11 aujourd'hui. Parce qu'à chasser, autant chasser gros, quitte à avoir les yeux plus gros que le ventre. Plus aucune population d'herbivore ne progresse depuis cette époque, si bien qu'on pense que dans quelques siècles le plus gros herbivore encore vivant sera la vache, un animal domestique…  Les signaux sont inquiétants, mais la mégafaune n’est pas vouée à disparaître – il faut garder un peu d’espoir ! Ce qu'on a réussi au Rwanda et en RDC pour les gorilles de montagne, la seule espèce de grands singes dont la population augmente, on peut le faire pour les autres grands animaux. Même s’ils seront moins gros qu'avant. Dès qu'un humain met le pied quelque part, la taille des animaux diminue. Il y a 125 000 ans, les mammifères pesaient en moyenne 98 kilos : aujourd'hui on n'est plus qu'à 8 kilos. À lire aussiRDC: une deuxième paire de jumeaux gorilles voit le jour en trois mois dans le parc des Virunga

  20. 5

    Face au changement climatique, pourquoi le train est à la croisée des chemins?

    Partout sur la planète, de nouvelles lignes de chemin de fer sont construites, pour des raisons économiques mais aussi écologiques. Outil de lutte contre la crise climatique, le moyen de transport le plus propre est aussi vulnérable face au changement climatique. Partout dans le monde, on pose des rails. La Suède et la Finlande inaugurent lundi 10 août leur première liaison ferroviaire. À l’échelle mondiale, la Chine est championne du monde du chemin de fer : le pays, parmi les plus vastes au monde, possède aujourd'hui le plus grand réseau de lignes à grande vitesse. Il devrait doubler en 15 ans et atteindre 70 000 kilomètres en 2035 : jusqu'à 90 % de la population chinoise pourra ainsi prendre le train. « On développe le train entre des zones denses de population, souligne Victor Thévenet, le directeur ferroviaire de l'ONG Transport et Environnement. C'est là où cela fait plus de sens parce que c'est un transport de masse. Si on veut que ce soit rentable, il faut qu'il y ait de la demande. Aujourd'hui, on construit donc surtout des lignes entre des grandes villes. » De nouveaux chemins de fer sont construits donc sur tous les continents : en Inde, au Maroc, en Côte d'Ivoire ou en RDC. En Europe, l'Union européenne vient de doubler le budget du ferroviaire. À lire aussiLa compagnie italienne Trenitalia veut devenir le géant européen du train à grande vitesse Prise de conscience écologique Dans cet engouement pour le train, il y a évidemment une dimension économique, pour favoriser les échanges. Avec le rail, on fait de l'aménagement du territoire. Le train est aussi un moyen de transport écologique, beaucoup moins polluant que la voiture et bien sûr l'avion. « Sur les dix dernières années, il y a eu une prise de conscience écologique assez forte dans le secteur des transports. Et, il y a eu cette envie de beaucoup de citoyens de faire leur part et donc de voyager plus en train. C'est vrai que les trains sont beaucoup plus pleins que dans le passé », relève Victor Thévenet. Pour autant, le train ne peut pas tout le temps remplacer l'avion. Il n’y a toujours pas de train Paris-New York : à se demander pourquoi ! Au-delà de l'humour, il y a un problème d'offre, notamment pour les liaisons transfrontalières en Europe. Chaque jour, 1 000 billets de train Paris-Barcelone sont disponibles contre 10 000 sièges d'avion. Certes, le train est plus long, mais, en réalité, la durée du voyage devient moins déterminante que le prix. À lire aussiL'Autriche, pays modèle en Europe pour la renaissance du train de nuit Une arme contre le changement climatique... vulnérable au nouveau climat « On voit que la durée acceptable d'un trajet est en train d'augmenter très fortement, estime Alexis Chaillou, responsable transports au Réseau Action Climat. Dans le train, vous avez du temps utile, vous pouvez travailler, lire, jouer, discuter, manger, plein de choses que vous ne pouvez pas faire en avion. En revanche, le prix est un vrai sujet qui n'est pas résolu. Sur Paris-Barcelone, un billet d'avion va coûter 80 euros et un billet de train 200 euros. C’est le résultat de choix politiques. Ce n’est pas une fatalité, c'est le résultat d'exonérations fiscales pour le secteur aérien. » Il n’y a pas de TVA sur le kérosène des avions, mais il y en a sur l'électricité qui fait rouler les trains. Le train fait face à un paradoxe : il est une arme contre la crise climatique mais devient vulnérable face au nouveau climat, comme on a par exemple pu le voir de manière brûlante cet été en France. « La chaleur va dilater le métal. Les arbres qui sont à proximité des voies peuvent tomber en cas de tempête ou brûler en cas d'incendie. Vous allez avoir des coulées de boue en cas d'inondation. Oui, le réseau est vulnérable, souligne Alexis Chaillou, du Réseau Action Climat. La principale solution est de trouver de l'argent, suffisamment d'argent pour réussir à mettre le réseau à niveau pour résister au mieux. » En France, ce sont près de 5 milliards d'euros par an que la SNCF prévoit de dépenser pour rendre le réseau résilient – ce qui ne va pas aider à faire baisser le prix des billets. À lire aussiLes voies contrariées du ferroviaire en Europe

  21. 4

    Détestée ou adulée, comment la trottinette électrique s'est-elle imposée dans le paysage urbain?

    C'est l'un des nouveaux moyens de transport emblématiques de la transition climatique. Mais la trottinette électrique, partagée ou personnelle, est-elle vraiment écologique ? Elles filent parfois à toute vitesse, frôlant cyclistes et piétons. Les trottinettes électriques, qui font désormais partie du paysage urbain (mais pas que), ont parfois mauvaise réputation. En témoigne encore un article publié cette semaine en France par Le Figaro : « Comment la trottinette est devenue l’accessoire indispensable des narcotrafiquants lyonnais ».  Mais les voyous ne sont pas les seuls à plébisciter l’un des rares moyens de transport où l’on se tient debout (exceptés les transports en commun bondés). En quelques années, la trottinette électrique a fait des millions d'adeptes dans le monde. Les premières trottinettes à moteur, inventées il y a une centaine d'années, roulaient grâce à un moteur thermique, à essence. Ce n'est qu'au début de notre siècle que la trottinette électrique fait son apparition, aux États-Unis, avant de conquérir le monde, grâce au système des trottinettes partagées en libre-service. Le boom de 2017 « C'est parti de la Silicon Valley qui s'est dit : "Ah, il y a en fait un créneau pour la micromobilité". Il y avait déjà les vélos partagés depuis longtemps. La trottinette, c'était nouveau, même si la patinette est aussi vieille que le monde. C'était un nouveau business model qui s'est vite répandu », analyse Anne de Bortoli, chercheuse et professeur associée à Polytechnique Montréal.  Les trottinettes partagées explosent aux États-Unis en 2017, et un an plus tard le phénomène gagne Paris, avec ces nouveaux « engins de déplacement personnel motorisés », selon la classification officielle, qui envahissent la chaussée, les pistes cyclables mais aussi les trottoirs, avec pas moins de 13 opérateurs qui se partagent le marché à l'époque – c'est un peu l'anarchie au début... Cinq ans plus tard, un référendum local mettra un terme à l'aventure, en bannissant les trottinettes partagées, comme dans plusieurs villes européennes, Bruxelles étant la dernière à franchir le pas, en raison d'un trop grand nombre d'accidents. La voiture résiste Le système de trottinette en libre-service permet de passer le pas et nombreux sont ceux qui achètent ensuite leur propre engin. En France, il s'en est vendu 5 millions en 10 ans, et plus de 600 000 rien que pour l'année 2025. Mais le succès des trottinettes électriques n’a eu qu’un effet marginal sur la circulation automobile. On abandonne peu sa voiture au profit d’une trottinette, comme l’ont montré de nombreuses études, et notamment celle réalisée par Anne de Bortoli en 2019 à Paris : « Globalement, à Paris, la trottinette a surtout remplacé des kilomètres auparavant parcourus en transports en commun ainsi qu’en mobilité active, à savoir la marche et le vélo. En moyenne, on retrouve seulement 20% des kilomètres parcourus qui étaient auparavant réalisés avec des modes motorisés privés type voiture ou taxi, ceux qu'on veut éviter du point de vue environnemental ». Un outil de la transition écologique Du point de vue environnemental, la trottinette électrique est avantageuse. On a fait beaucoup de progrès en dix ans. Fini le temps où des auto-entrepreneurs venaient ramasser les trottinettes en ville à bord d'une camionnette diesel, avant de les recharger sur un groupe électrogène à essence. L'empreinte carbone de la trottinette a fortement baissé. Leur durée de vie s'est allongée. D'ailleurs, dans le bilan carbone, ce sont moins les batteries qui pèsent que la fabrication du cadre en aluminium (comme pour les vélos électriques). La trottinette électrique, partagée ou personnelle, est devenue un moyen de transport emblématique de la transition écologique qui « se focalise beaucoup, pour le secteur des transports, sur l'électrification de la voiture, relève Anne de Bortoli. C'est très pratique parce que ça ne nécessite pas un changement de système majeur, encore plus en Amérique du Nord où les villes sont très orientées autour de la voiture, un peu moins en Europe. Donc pour moi, tout ce qui est micromobilité personnelle ou partagée, bien gérée, va faire partie des solutions de transition climatique et écologique pour le secteur des transports ». Contrairement à la voiture, une trottinette (ou un vélo) ne prend pas de place, et elle a toute sa place. 

  22. 3

    Pourquoi le réchauffement climatique menace-t-il les énergies renouvelables?

    Solaire, éolien et hydroélectrique subissent les vagues de chaleur à répétition qui les rendent moins performants. Le manque d'eau, de vent et les canicules ont un impact direct sur la production d'électricité propre.   C’est l’un des effets souvent méconnus de la chaleur et des canicules, et c’est aussi un drôle de paradoxe : les énergies renouvelables, qui permettent de lutter contre la crise climatique en limitant les émissions de gaz à effet de serre, sont aussi victimes du réchauffement climatique. L’actualité de ces derniers jours en Europe l’a montré, avec des fleuves au plus bas, comme le Danube, ce qui a un impact sur l'énergie renouvelable la plus ancienne : l'énergie hydroélectrique. Bas débit Les fleuves et les rivières permettent de fabriquer de l’électricité, mais encore faut-il qu’il y ait assez d’eau. En Serbie, deux centrales hydroélectriques installées sur le Danube, qui fournissent presque un cinquième de l'électricité du pays, sont en sous-production, à seulement 20% et 30% de leurs capacités. La cause est le manque d’eau, résultat de sécheresses qui commencent de plus en plus tôt dans l’année, dès le printemps, si bien qu'en Serbie, dès le mois de mai, les centrales hydroélectriques n'ont jamais aussi peu produit. Moins de débit, c'est moins de puissance électrique. Quand le niveau des barrages baisse, la hauteur de chute d'eau est aussi moins importante, et c'est donc, moins de force dans les turbines et moins d'électricité. En Autriche, le mois dernier, on était ainsi à la moitié des capacités, et en France aux deux tiers. Mais il arrive qu'on doive carrément arrêter des centrales : le manque d'eau pourrait casser les turbines.  Panneaux solaires en surchauffe Le solaire souffre lui aussi de la chaleur. Il ne faut pas confondre lumière et chaleur ; ce n'est pas la chaleur que les panneaux solaires transforment en énergie, c'est bien la lumière du soleil. Ce qui tombe assez bien en été, la saison la plus ensoleillée. Mais de trop grosses chaleurs peuvent altérer la production photovoltaïque. À partir de 25°C – et c’est presque frais, 25°C aujourd'hui –, les panneaux solaires sont moins performants. À chaque degré supplémentaire, ils perdent près de 0,5% d'efficacité. Imaginez en plein cagnard, quand la température peut atteindre facilement les 50°C, sur un toit ou dans un champ... Mais la durée d'ensoleillement permet en partie de récupérer cette perte d'électricité.  L'énergie éolienne est aussi en souffrance face aux canicules. Quand il fait beau et chaud, il y a rarement du vent, en raison de la présence d'un anticyclone. Les éoliennes ne produisent donc pas. Il arrive aussi qu'on doive forcer l'arrêt des éoliennes pour éviter la surchauffe des composants électriques ; les systèmes de refroidissement ne sont pas assez efficaces quand la température de l'air approche des 40°C. Au plus mauvais moment Les canicules n'ont d'ailleurs pas que des effets sur la production. Les vagues de chaleur affectent aussi la distribution d'électricité. Les lignes électriques sont moins performantes en période de canicule parce qu'elles chauffent. C'est donc quand on en besoin de beaucoup d'électricité que les énergies renouvelables peuvent faire faux bond. En France, la consommation d'électricité a bondi de 20% pendant la canicule de juin pour faire tourner les climatiseurs. L’Allemagne a dû rallumer ses vieilles centrales à charbon pour faire face à la demande et à une moindre performance des énergies renouvelables. Mais ce n’est pas une raison pour jeter à la poubelle ses panneaux solaires ! Parce qu’on n'a pas trouvé jusqu'ici d'énergie aussi peu chère et aussi peu polluante. À lire aussiQuand le déploiement des énergies renouvelables prend du retard faute de lignes électriques

  23. 2

    Faut-il stocker l'eau pour que les agriculteurs l'utilisent en cas de sécheresse?

    Les canicules à répétition depuis le début de l’été en France entrainent une sécheresse qui perturbe un modèle agricole qui a longtemps considéré l’eau comme une ressource infinie. Or aujourd’hui, plus de la moitié des départements sont touchés par des restrictions d’eau pour les agriculteurs. Les pluies restant abondantes l'hiver, alors ne faut-il pas tout simplement stocker cette eau pour pouvoir l’utiliser en été ? Emmagasiner l’eau qui coule abondamment en hiver pour pouvoir l’utiliser en été, c’est une évidence pour Nicolas Brandy, agriculteur dans le département de la Haute-Vienne. Il a perdu 90 % de sa production de maïs à cause de la sécheresse. Il espère qu'en stockant l'eau il pourra continuer à produire malgré le changement climatique : « Aujourd’hui, l’une des solutions, c’est de stocker l’eau. On voit bien qu’au mois de février, on a eu plus d’eau que ce dont on avait besoin, et on l’a laissé partir. Aujourd’hui, en plein mois de juillet, on court après l’eau. Donc la solution est claire : fabriquer des réserves ». À lire aussiAgriculture : dans le sud de la France, le grand défi du partage de l’eau Évaporation et pollution de la ressource Des retenues d’eau artificielles, il y en a 12 800 en Haute-Vienne : certaines servent à l’irrigation, d’autres à abreuver les bêtes et beaucoup sont des zones de loisir. Leur effet sur la sécheresse est catastrophique : l’eau qui stagne en plein soleil s’évapore et en quantité non négligeable. La surevaporation liée à ces étangs artificiels consomme chaque année plus d’eau que tous les autres usages réunis dans le bassin de Vienne, c’est-à-dire plus que pour l’industrie, l’eau potable, l’irrigation des champs ou l’abreuvement des bêtes. Mais l’évaporation n’est pas la seule difficulté. L’eau qui stagne au soleil se réchauffe, sa concentration en oxygène diminue, des algues et des bactéries peuvent s’y développer. Comme dans cet étang du bassin de la Valoine que nous présente Gilles Villegier de l’association Sources et Rivières : « Ce bassin c’est comme une flaque d'eau en train de croupir. Ces étranges couleurs qu’on peut y voir, ce sont des algues qui se développent, parce que dans cet étang, on a des sédiments qui contiennent du phosphore et de l’azote. Quand il y a de la luminosité et de la chaleur, cela peut entrainer la formation de cyanobactéries dangereuses pour la santé ». Des réserves naturelles  Sans stockage, l’eau ne file d’ailleurs pas directement dans l’océan, car la nature la conserve naturellement et de manière beaucoup plus efficace qu’une retenue artificielle : dans ce qu’on appelle les zones humides. Ce sont des terrains qui se gorgent d’eau l’hiver, qui la gardent à l’abri du soleil sous une épaisse végétation, et qui la restituent petit à petit aux rivières en été. Un système que perturbe les retenues d’eau artificielles et le réchauffement climatique, qui va s'accentuer dans les prochaines années. Adapter les exploitations à une ressource qui se fait rare Face au changement climatique, les exploitations agricoles doivent adapter leurs modes de production. Stocker l’eau c’est rester dépendant d'une ressource qui de toute façon va diminuer. Au contraire, il faut essayer de moins en consommer, c’est ce que fait depuis des années l'agriculteur bio Pascal Babaudou dans son exploitation : « On n’a pas d'issue de secours, pas de solution miracle, donc il faut travailler en amont. Avant de stocker de l'eau, on va essayer de ne pas en en utiliser. Un sol vivant emmagasine l'eau, ce qui permet au système racinaire de se développer et celui-ci peut aller très profondément chercher de l'eau. Lorsque durant une sécheresse le sol est complètement sec sur 20 cm, il reste de l'eau en profondeur ». Et cela marche : dans son verger, malgré le sol très sec, les poiriers débordent de fruits. La récolte sera bonne cette année. À lire aussiFrance: les canicules à répétition relancent le débat sur l'accès à l'eau pour l'agriculture

  24. 1

    Projet de gazoduc Nigeria-Maroc: l'Afrique a-t-elle vraiment besoin de gaz?

    L'Afrique de l'Ouest doit-elle dépenser 23 milliards d'euros pour construire un nouveau gazoduc et prolonger sa dépendance aux énergies fossiles ? À l'inverse, peut-on empêcher le continent de se développer alors qu'il n'est pas responsable de la crise climatique ? Voici les éléments du débat. Le projet est gigantesque. Un gazoduc long de 7 000 kilomètres, le long des côtes de 13 pays d'Afrique de l'Ouest, entre le Nigéria et le Maroc, pour un budget prévisionnel de 23 milliards de dollars. Il y a huit jours, les pays de la Cédéao, la Communauté économique d'Afrique de l'Ouest, ont finalement donné leur feu vert à ce projet énergétique ancien, au nom du développement économique de l'Afrique. Un moteur de croissance Pour ses promoteurs, malgré son coût faramineux, le gazoduc sera un moteur de croissance et d'emplois. « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores, comme les industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz », a ainsi expliqué à Alexis Bédu du service Économie de RFI la directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc, Amina Benkhadra. Mais dans un XXIe siècle traversé par des crises climatiques de plus en plus violentes, faut-il encore investir en faveur d'une énergie fossile ? Certes, le gaz est un peu plus « propre » que le charbon et le pétrole, deux fois moins émetteur de CO2 que le charbon pour la production d'électricité par exemple.  600 millions d'Africains sans lumière Le problème de l'Afrique est-il aujourd'hui la production d'énergie renouvelable ou tout simplement l'accès à l'énergie, quelle qu'elle soit ? Et à condition encore que le gazoduc ne serve pas d'abord à l'exportation du gaz vers l'Europe... 600 millions d'Africains n'ont toujours pas d'électricité, la base pour avoir de la lumière, cuisiner sans charbon ou pouvoir utiliser un frigo... L'Afrique n'est aussi responsable que de 4% des émissions de CO2, loin, si loin derrière les pollueurs historiques. L'Afrique a droit à l'énergie pour se développer, comme le stipule l'ONU.  Mais ce gazoduc, s'il voit un jour le jour, ne risque-t-il pas d'enfermer les pays dans une dépendance au gaz, avec une conséquence, retarder le déploiement des énergies renouvelables ? C'est l'argument développé par certains experts et ONG, parce qu'un gazoduc à 23 milliards d'euros, il faut l'amortir. Transition énergétique retardée « Ces infrastructures gazières, vu les montants d'investissements nécessaires, ont besoin de fonctionner sur plusieurs décennies pour être rentabilisées, au moins 20, 30, 40 ans ou plus. Et dans ce cas, le pays est bloqué dans sa transition puisqu'il doit continuer d'utiliser cette infrastructure gazière, estime Justine Duclos-Gonda, chargée de campagne pour Reclaim Finance, une ONG qui travaille sur le financement de la transition énergétique. C'est quand même préoccupant, voire alarmant, de voir qu'on dédie de telles sommes d'argent à ce type d'infrastructures. Ce sont des montants qui ne sont pas utilisés pour le développement des infrastructures renouvelables. » Outre qu'elles permettent de lutter contre la crise climatique, les énergies renouvelables présentent plusieurs avantages pour l'Afrique. Prenons le cas du solaire : 7 des 10 pays dans le monde les plus ensoleillés sont en Afrique. Le soleil, c'est gratuit, alors que le prix du gaz est très volatil sur le marché des matières premières. Le soleil, c'est gratuit L'un des freins à l'électrification de l'Afrique se trouve aussi au niveau des infrastructures. Mais avec le solaire, nul besoin de construire de lignes électriques. Le prix des batteries pour stocker l'énergie solaire s'est effondré et on peut construire n'importe où des mini-centrales solaires. « L'intérêt aussi des énergies renouvelables, c'est qu'en parallèle de grosses infrastructures qui vont produire des grosses quantités d'énergie, on peut vraiment développer des petites infrastructures décentralisées au niveau des foyers, des villages ou des industries pour accélérer et massifier le déploiement des énergies renouvelables. Et c'est notamment le cas du solaire », poursuit Justine Duclos-Gonda. Gaz ou pas gaz, l'enjeu reste le même : que l'Afrique ne soit plus « le continent noir » comme on le voit de l'espace, la nuit, sans lumière. 

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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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