EPISODE · Aug 17, 2026
Les leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]
from Questions d'environnement · host RFI
Premier volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe de l'Ouest : vit-on l'été le plus froid du reste de notre vie ? Sommes-nous déjà passés dans le monde d'après, ce monde apocalyptique de sécheresses, de canicules et d'incendies que nous ne pouvons que subir ? Un monde décrit depuis des décennies par les experts du climat si nous ne faisons rien. C'est vrai qu'on n'a pas fait grand chose, malgré les alertes, et cet été 2026, en Europe, est du jamais vu. Cinq canicules en France, des records battus partout, et des records de records battus, plus de 40°C la journée et des nuits tropicales... Merci le réchauffement climatique. « Ce que fait le changement climatique, c'est de mettre les vagues de chaleur sous stéroïdes. Puisque les étés deviennent plus chauds en moyenne, quand on a un extrême au-dessus de la moyenne, cet extrême-là est encore plus intense qu'avant », décrypte Robin Noyelle, climatologue à l'ETH de Zurich (l'école polytechnique fédérale en Suisse). Un phénomène exceptionnel en partie inexplicable Des températures extrêmes doublées d'un phénomène exceptionnel : la répétition de ces canicules, qui provoque un été brûlant sans répit pour l'ensemble du vivant. « Si on prend les vagues de chaleur une par une, elles n'auront pas grand-chose d'exceptionnel, estime Robin Noyelle. Ce qu'il se passe, c'est qu'on a une zone de hautes pressions qui vient se bloquer au-dessus d'une certaine région et qui ne bouge plus. Donc on a de l'air chaud qui descend, et en plus l'énergie qui vient du soleil n'est pas reflétée par les nuages et arrive donc directement dans les basses couches. Et les basses couches, c'est là où nous, on vit. Donc c'est quelque chose qu'on comprend bien. Par contre, ce qu'on ne comprend pas très bien, ce qui est vraiment exceptionnel sur l'été, c'est le fait que ça revienne ». On n'en est qu'à l'heure des conjectures et des hypothèses, avant que la recherche n'arrive à y voir plus clair, et le climatologue évoque d'abord « la malchance, c'est-à-dire que ça peut arriver de manière aléatoire et on n'a vraiment pas eu de chance cette année. Ou peut-être qu'il y a d'autres causes, et notamment les causes océaniques. On a l'événement El Niño qui est le plus fort qu'on n'ait jamais observé depuis au moins la fin du XIXe siècle. Et peut-être que ça peut avoir un lien. Mais ce sont vraiment des choses qui sont très discutées et sur lesquelles y a pas du tout de consensus ». Aura-t-on encore des « étés pourris » ? En France et en Europe, sommes-nous alors en train de vivre « l'été le plus froid du reste de notre vie », comme le répètent certains climatologues, dans une formule choc, pour alerter l'opinion sur la crise climatique ? Mais que pensera-t-on si on a, comme on l'appelle de moins en moins encore, « un été pourri » l'an prochain, frais et pluvieux ? En fait, le climat n'est pas quelque chose de linéaire, à court terme. « Étant donné que cette année est vraiment un été exceptionnel, je ne pense pas trop m'avancer en disant que probablement les étés prochains seront plus frais, estime Robin Noyelle. En revanche, à l'horizon de 20 ou 30 ans, si on continue à émettre des gaz à effet de serre, on continuera dans cette direction-là. Un été comme celui de 2026 ne sera plus exceptionnel comme il l'est cette année ; il sera dans la moyenne ». Moyennes et extrêmes Alors que les températures ont dépassé dans de nombreux endroits les 40°C, l'alerte sur les 2°C de l'Accord de Paris pour le climat peut sembler pour le moins décalée... Depuis 2015, on a beaucoup insisté sur ce chiffre, 2°C, cette limite de réchauffement à ne pas dépasser (mais qu'on va sûrement dépasser). Peut-être, et les médias ont leur part dans cette histoire, aurait-il fallu insister sur les températures extrêmes plutôt que sur une moyenne globale. « 2°C, ça ne paraît pas beaucoup, reconnaît Robin Noyelle de l'ETH Zurich. En fait, la température du globe est quelque chose qui est très différent de la température que nous expérimentons. 1,5 à 2°C de réchauffement, cela implique un réchauffement sur les terres qui est 50 % supérieur. Et plus on va au nord, plus on a de l'amplification. Un réchauffement de 2°C global, cela veut dire un réchauffement en été en France de l'ordre de 4°C. Et sur les extrêmes, on peut avoir jusqu'à un facteur 2 d'amplification par rapport à cela ». Ce qui veut dire au moins 8°C en plus. Des températures anormales qui deviendront bientôt la norme. À lire aussiEn Europe, les canicules s'enchaînent et leur coût reste difficile à mesurer
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