EPISODE · Aug 18, 2026
Les leçons d'un été brûlant: pourquoi la sécheresse de 2026 est-elle vraiment historique? [2/4]
from Questions d'environnement · host RFI
Deuxième volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe cette année : le manque d'eau fragilise les modes de vie, l'économie et la biodiversité. On se pensait à l’abri. Après un hiver particulièrement pluvieux (il avait même trop plu par endroits), les nappes phréatiques avaient fait le plein. De quoi affronter l'été sereinement, pouvait-on penser un peu naïvement. Et puis patatras ! En quelques semaines, la sécheresse s'est installée sur la France, à une vitesse inédite, et on a assisté impuissants à « un effondrement quasiment généralisé de toutes les nappes », constate l'hydrologue Emma Haziza, docteure de l'École des mines. « Il est normal d'avoir une vidange des nappes durant la phase estivale. Ce qui n'est pas normal, c'est la vitesse à laquelle cette vidange se fait. Cela signifie que les territoires ont soif, que ce soit les sols ou les cours d'eau. Quand vous voyez de l'eau dans une rivière, c'est souvent l'eau de la nappe. Si vous voyez que cette rivière est à sec, c'est que la nappe est trop basse. » Et on voit beaucoup de rivières à sec, où l'eau ne coule plus et laisse place aux cailloux. Rien qu'en France, on a compté plus de 1 300 rivières victimes d'assecs, de ruptures de débit. Les fleuves souffrent aussi : la Loire et la Garonne sont alimentées artificiellement en déstockant les barrages hydroélectriques, et ailleurs en Europe, le Danube et le Rhin ne peuvent plus jouer leur rôle en termes de navigation ou d'énergie (barrages hydroélectriques moins productifs, réacteurs nucléaires à l’arrêt faute d’eau pour les refroidir). Plus de 80 % du territoire français est aussi soumis à des restrictions d’usage de l’eau. L’herbe est devenue de la paille sèche et les arbres perdent leurs feuilles, comme si la nature était passée sous un grill. À lire aussiNucléaire en période caniculaire: le temps des interrogations Sécheresse et canicule, le couple infernal d'un été infernal Une telle sécheresse est le résultat des canicules qui se sont enchaînées d'une manière là encore inédite. Sécheresse et canicule, c'est le couple infernal d'un été infernal. Un véritable cercle vicieux, une boucle de rétroaction comme on dit : la canicule provoque la sécheresse et la sécheresse aggrave la canicule. « Lorsqu’un sol est sec, on n’a plus cette libération de l'eau sous la forme de vapeur qui permet de refroidir l'atmosphère. Une phase de sécheresse des sols augmente en durée et en intensité une canicule, explique Emma Haziza. Et c'est vraiment ce que l'on voit cette année sur la France ». Autre cercle vicieux : quand il y a le moins d'eau, la consommation d'eau bat des records, pour irriguer les champs, ou juste se rafraichir sous la douche. Le réchauffement climatique, provoqué par les activités humaines, est clairement responsable de cette sécheresse aggravée. Notre rapport aux sols également. « On est de manière inéluctable sur une trajectoire de réchauffement, avec pour conséquence une atteinte majeure du cycle de l'eau. Et cette atteinte est surtout fonction de la vulnérabilité de nos territoires, c'est-à-dire de la manière dont on a traité nos territoires. Est-ce qu'on les a urbanisés ? Est-ce que nos sols sont compactés sur le plan agricole ? C’est tout cela, aujourd'hui, qui est mis en exergue », relève Emma Haziza. À lire aussi«On n'a plus d'herbe depuis plus d'un mois»: en Seine-et-Marne, les éleveurs sans solution face à la canicule Sans eau, c'est le désert Est-on alors en train de prendre conscience de la vulnérabilité du pays face à cette question vitale de l'eau ? L’eau, c’est la vie : juste pour boire, mais aussi pour se nourrir. Sans eau, pas d'agriculture, pas d'électricité, pas d'industrie, pour ne parler que des humains. Tout le vivant est aujourd'hui en danger : la biodiversité, les plantes, les animaux. Parce que sans eau, c'est le désert. Un début de prise de conscience a déjà pu avoir lieu en 2022, lors d'une sécheresse qu'on qualifiait déjà d'historique. « L'année de 2022 a marqué les esprits, estime Emma Haziza, qui publiera dans un mois (avec Edo Brenes) une bande dessinée intitulée L'eau sous emprise, enquête sur une ressource vitale menacée, aux éditions Delcourt. Cela a même conduit les citoyens à moins consommer d'eau, ce qui signifie qu'on est en train de comprendre que c'est sans doute un des enjeux les plus importants que l'on ait. Nous ne sommes pas un pays aride ou semi-aride. Nous étions jusque-là un pays tempéré qui n'a jamais manqué d'eau, qui n'en manque d'ailleurs pas l'hiver. Il faut donc absolument optimiser les plus grands réservoirs que l'on a en France, c'est-à-dire les sols et les nappes phréatiques, et non pas stocker l’eau en surface où elle serait soumise à l'évaporation et qui ne va pas dans le bon sens ». Cette sécheresse n'a rien de naturel, mais rien ne vaut les solutions naturelles. À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]
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Les leçons d'un été brûlant: pourquoi la sécheresse de 2026 est-elle vraiment historique? [2/4]
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