Les mondes de la porcelaine : De la Chine à la Perse, sur les routes de la porcelaine bleue episode artwork

EPISODE · May 25, 2026 · 58 MIN

Les mondes de la porcelaine : De la Chine à la Perse, sur les routes de la porcelaine bleue

from Le Cours de l'histoire

Fine et translucide, tendre ou dure, une histoire de la porcelaine. Comment différencier la porcelaine de la céramique, de la faïence ? Comment est-elle née, en Chine ? La valeur artistique est évidente, mais les qualités techniques aussi : comment atteindre de si folles températures ? Le Cours de l'histoire parcourt une histoire en bleu et blanc où nous croisons les espions du roi à la recherche des secrets de fabrication, car la porcelaine est au service du prestige, entre collection et apparat. Ces épisodes débutent de la Chine à la Perse, sur les routes de la porcelaine bleue. L’essor des porcelaines chinoises Les premières porcelaines apparaissent en Chine sous la dynastie des Tang au 9ᵉ siècle. Ces porcelaines ne sont pas le fruit d'une découverte soudaine, mais sont produites à la suite d'un "processus de purification progressif du grès", explique Valentina Bruccoleri, docteure en histoire de l’art. "On [cuit déjà la céramique] à haute température, avec peu d'inclusion [de différentes matières dans la terre cuite]. La porcelaine ajoute en plus une argile blanche qui est très connue, le kaolin. Le nom vient d'une colline chinoise qui s'appelle Gaoling, proche de la ville qui est devenue après ce qu'on appelle la 'capitale de la porcelaine', Jingdezhen. On identifie souvent le 9ᵉ siècle comme le siècle où la porcelaine a commencé à se former, mais 'porcelaine', comme terme, est une invention des langues occidentales. En Chine on ne fait pas de différence entre grès et porcelaine, on a le [même] mot pour les deux, qui [désigne] des céramiques cuites à haute température, couvertes avec des glaçures ou translucides. 'Porcelaine', dans les langues occidentales, latines, en tout cas en français, cela dénote cette pâte très pure, qui inclut du kaolin, de la pierre à porcelaine cuite à très haute température, au-delà de 1300 degrés." Pendant les dynasties Yuan puis Ming, la production explose. Les porcelaines chinoises sont généralement produites dans des fours privés ou impériaux. Si la plupart des artisans de porcelaines sont chinois, certains viennent aussi de régions plus lointaines. Des artisans persans travaillent ainsi à Jingdezhen. À l’intérieur des fours, la répartition des tâches est extrêmement stricte. Chaque famille d’artisan a son propre métier. Certains artisans sont à la cuisson, d’autres au moulage, d'autres à la peinture. Les porcelaines les plus difficiles à exécuter sont destinées à la cour impériale. Parmi les couleurs, on retrouve le blanc, le bleu, le jaune et le rouge de cuivre qui est le plus difficile à exécuter. Les motifs sont divers : dragon, phénix, lotus, chrysanthème. Certains motifs sont exclusivement réservés à l’apparat impérial. C’est notamment le cas du dragon à cinq griffes. Une diffusion mondiale La porcelaine chinoise circule très tôt en dehors des frontières de l’Empire. Le premier espace géographique qui reçoit la porcelaine chinoise est l’Asie du Sud-Est. La porcelaine s’exporte en particulier au Japon et en Corée. L’Inde reçoit également beaucoup de porcelaines chinoises. Sont exportées aussi des porcelaines chinoises vers l’Asie centrale, via les routes terrestres. C’est notamment le cas en Ouzbékistan. Des tessons de porcelaines Ming impériales sont retrouvés à Boukhara. Il y a également des exportations de porcelaines vers la péninsule arabique : Oman, Yémen, île d’Ormuz, Iran qui en reçoit par la route terrestre du nord, Irak, mer Rouge, Afrique du Nord et même Afrique de l’Est. À l'occasion de fouilles archéologiques, des porcelaines ont été retrouvées au Kenya. Un apparat de cour Les porcelaines chinoises sont utilisées par la cour impériale, par l’élite lettrée et par toute la classe bourgeoise marchande, si bien qu''au début du 15ᵉ siècle, on ajoute quelque chose d'important sur les pièces dédiées à la cour impériale : la marque impériale", précise Béatrice Quette, conservatrice au musée des Arts décoratifs et autrice de De la Chine aux Arts décoratifs. L'art chinois dans les collections du musée des Arts décoratifs (Les Arts décoratifs, 2014). Cette marque "est inscrite souvent sur le fond de l'objet, mais pas systématiquement, ça peut être sur le bord de l'objet. Elle donne la période, [...] et [il est marqué] 'fait sous le règne de'. À partir de Yongle, cette marque apparaît, qui est faite sous couverte, donc au début de la production. Cela fait que si la pièce est ratée, a un accident, n'est pas exactement comme il faudrait, on la casse, de telle sorte qu'elle ne va aller nulle part. Soit elle est parfaitement réalisée et est livrée à la cour impériale, ou pour des dons diplomatiques, ou bien elle est ratée et cassée." Les porcelaines sont ainsi un outil de représentation du pouvoir royal. Les porcelaines rouges de cuivre ont le statut le plus élevé et ne sont utilisées que par l’empereur chinois. Les porcelaines chinoises servent aussi pour la nourriture. Les grands plats sont utilisés soit comme contenants de nourritures, soit comme petits bols. La peinture persane représente beaucoup de porcelaines bleu et blanc dans des scènes de jardins, de festivités ou de pouvoir. Pour en savoir plus Valentina Bruccoleri est docteure en histoire de l’art (Sorbonne Université), auteure d'une thèse sur la céramique chinoise dans le monde iranien, qui a obtenu le prix solennel « Jean Royère » de la Chancellerie des Universités de Paris. Elle a participé au comité éditorial des ouvrages Porcelaines chinoises du Palais de Santos (Paris, Liénart, 2020) et Blanc d'Étoiles. Porcelaines de Dehua des Ming aux Qing (Paris, Liénart, 2022). Béatrice Quette est conservatrice au musée des Arts décoratifs, responsable des collections asiatiques et islamiques. Elle a publié De la Chine aux Arts décoratifs. L'art chinois dans les collections du musée des Arts décoratifs, Les Arts décoratifs, 2014. Elle est commissaire de l’exposition “La mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande”, du 13 mai au 1ᵉʳ novembre 2026 au Musée des Arts décoratifs à Paris. Références sonores de l’émission : Extrait du film La Cité interdite, réalisé par Zhang Yimou, sorti en 2007. Lecture par Raphaël Laloum d'un extrait du Taoji, écrit par Jiang Qing, qui décrit le processus de fabrication de porcelaines à Jingdezhen, 1322. Reportage sur la porcelaine de Chine de la dynastie Ming, Prisme, 3 février 1973. Lecture par Oriane Delacroix d'un extrait de l'édit de la neuvième année du règne de l’empereur Hongwu, 14ᵉ siècle. Lecture par Oriane Delacroix de Wang Shimao, Des montagnes de propos divers, dynastie Ming, 16ᵉ siècle. Lecture par Thomas Beau d'un extrait d'un texte d'Ibn Battûta, voyageur d’Afrique du Nord, qui mentionne l’emploi de porcelaines dans un banquet du sultan à Birgi en Anatolie occidentale, 1331. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.

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