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EPISODE · May 4, 2026 · 58 MIN

Madame de Sévigné et les femmes du Grand Siècle : Sévigné, une précieuse pas ridicule dans un siècle galant

from Le Cours de l'histoire

Marie de Rabutin-Chantal, la marquise de Sévigné, était-elle vraiment une précieuse ? Cette semaine, des épisodes du Cours de l'histoire pour rencontrer Sévigné, les femmes de son temps, celles du Grand Siècle, celui de Louis XIV. Sévigné fut observatrice des cercles galants et des intrigues de la cour. Elle fut aussi une mère du 17ᵉ siècle, avec une correspondance longue distance avec sa fille. Classique Sévigné, femme de lettres, épistolière, précieuse. Une enfance place Royale Née le 5 février 1626, dans l’hôtel Coulanges, place Royale à Paris, Marie de Rabutin-Chantal est très tôt orpheline. Son père, Celse-Bénigne de Rabutin, issu d’une noblesse bourguignonne ancienne, meurt en 1627. Quant à sa mère, Marie de Coulanges, qui appartient à une bourgeoisie récemment anoblie, elle meurt en 1633. Malgré la perte précoce de ses parents, Marie de Rabutin-Chantal est une enfant choyée et entourée de beaucoup d’amour, en particulier grâce à sa grand-mère paternelle, Jeanne de Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation Sainte-Marie. La jeune Marie grandit auprès de sa famille maternelle, les Coulanges, dans une atmosphère que sa biographe, Geneviève Haroche-Bouzinac, qualifie de gaie et joyeuse, et qui conditionne sans doute son tempérament énergique et sa vitalité. Marie de Rabutin-Chantal reste proche toute sa vie de son cousin Bussy-Rabutin, avec qui elle entretient une correspondance nourrie. Ensemble, ils “rabutinent”, néologisme forgé pour décrire leur relation de complicité où ils se comprennent à demi-mot et aiment à jouer sur les mots. Marie de Rabutin-Chantal bénéficie d’une éducation assez libre. Elle est élevée dans sa famille, ce qui est rare pour une jeune fille du Grand Siècle. On ne connait pas les détails de la formation qu'elle a suivie, "si ce n'est qu'on trouve dans les livres de comptes les sommes dévolues aux honoraires de maîtres", explique Geneviève Haroche-Bouzinac, biographe de Sévigné. "Elle a certainement appris l'italien, la danse, le chant. Pour ce qui est des lectures, elle a des oncles abbés cultivés, et elle fréquente le grammairien [Gilles Ménage]. Sa formation intellectuelle, sa formation livresque, c'est une formation qui va se poursuivre tout au long de sa vie." Elle bénéficie donc de la compagnie d’hommes de lettres, comme l’académicien Jean Chapelain. Orpheline et veuve À 18 ans, en 1644, Marie de Rabutin-Chantal se marie avec Henri de Sévigné, issu d’une vieille noblesse bretonne un peu désargentée. Les Sévigné ont deux enfants : en 1646, une fille, Françoise Marguerite, et en 1648, un fils, Charles. Une fois mère, Madame de Sévigné limite les relations conjugales avec son mari. Elle appréhende beaucoup les grossesses et veut les éviter autant que possible. Henri ne lui est pas fidèle. Il meurt en 1651 lors d’un duel avec le chevalier d’Albret autour de sa maîtresse, Madame de Gondran. Madame de Sévigné se trouve donc veuve à 25 ans. Abondamment courtisée, elle préfère néanmoins ne pas se remarier, peut-être parce qu’elle craint terriblement les grossesses, peut-être aussi parce que son statut de veuvage lui garantit une liberté rare pour le temps. À la fois orpheline et veuve, elle ne dépend ni de son père ni de son mari, ce qui est assez exceptionnel pour le 17ᵉ siècle. Cette indépendance est sans doute ce qui lui permet de s’adonner aux plaisirs de la vie mondaine, et de cultiver un goût certain pour l’écriture et la lecture. Les salons des précieuses Madame de Sévigné fréquente les “ruelles”, les salons littéraires, notamment la “chambre bleue” de Madame de Rambouillet et les samedis de Madeleine de Scudéry, qu’elle admire beaucoup. Elle entretient des amitiés féminines privilégiées, notamment avec Madame de La Fayette, qui est aussi sa parente, et qui publie anonymement La Princesse de Clèves en 1678. De la conversation à la correspondance, Madame de Sévigné se fait remarquer par ses traits d’esprit et son intelligence. À travers cette sociabilité, Madame de Sévigné s’inscrit dans les cercles des “précieuses”, ces femmes attachées au savoir, à la conversation, à l’esprit, à une forme policée de galanterie, et qui ont contribué, selon Myriam Dufour-Maître, à l’émergence de véritables femmes de lettres. Ce n'est "ni une école ni une esthétique particulière, précise-t-elle, mais quelque chose qui apporte une transformation importante. Il faut se reporter au lendemain des guerres de religion, dans une France déchirée par les atrocités, dans le mouvement de la Contre-Réforme qui veut restaurer une paix civile. [Le pouvoir] confie aux femmes une mission civilisatrice, dont Norbert Elias a amplement parlé, que la marquise de Rambouillet, animatrice de la célèbre chambre bleue, qualifie d''opération de débrutalisation des hommes'. Conjointement à l'interdiction du duel, on développe une civilité, une forme de relation entre les sexes où les femmes jouent un rôle supposé pacificateur en fonction de leur supposée qualité naturelle de douceur, de délicatesse." Pour en savoir plus Geneviève Haroche-Bouzinac est professeure émérite de littérature à l'université d'Orléans, directrice de la revue Épistolaire. Ses publications : Yvonne Jean-Haffen : 1895-1993 : de l'ombre à la lumière, Flammarion, 4 mars 2026. Madame de Sévigné, une femme et son monde au Grand Siècle, Flammarion, 2023. Louise de Vilmorin, Une vie de bohème, Flammarion, 2019. La Vie mouvementée d’Henriette Campan, Flammarion, 2017. Louise Élisabeth Vigée Le Brun, Flammarion, 2011. Voltaire dans ses lettres de jeunesse 1711-1733, la formation d'un épistolier au XVIIIème siècle, Klincksieck, 1992. Myriam Dufour-Maître est spécialiste de l'histoire des femmes de lettres du 17ᵉ siècle. Ses publications : (éd. avec Alain Niderst et Delphine Denis) Madeleine de Scudéry, Paul Pellisson et leurs amis, Chroniques du Samedi, suivies de pièces diverses, Honoré Champion, 2002. (édition) Michel de Pure, La Précieuse ou le Mystère de la Ruelle (1656-1660), Honoré Champion, 2010. Les Précieuses, naissance des femmes de lettres en France au XVIIᵉ siècle, Honoré Champion, 1999, réédition 2008. Références sonores de l'émission : Chronique sur Sainte Chantal de Georges Delamare lue par Alain Rolland, RTF, 13 mai 1959. Lecture par Lou Rousselet de la lettre de Sévigné à Roger de Bussy-Rabutin du 15 mars 1648. Fiction radiophonique inspirée du roman Clélie, histoire romaine, de Madeleine de Scudéry, "Analyse spectrale de l'Occident", RTF, 12 mars 1960. Lecture par Lou Rousselet d'une lettre de Sévigné à Madeleine de Scudéry de 1684. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.

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