EPISODE · Jun 29, 2026 · 58 MIN
Plouf ! Vivre avec l’eau : D’un archipel à l’autre, l’Océanie atoll et à travers
D'un archipel à l'autre, c'est l'Océanie atoll et à travers, car nous voici plongés dans un univers aquatique où les vastes étendues d'eau sont autant d'opportunités que de défis. Des opportunités pour les ressources, les déplacements. Des défis qui ont su être surmontés par les humains, de l'Indonésie à l'île de Pâques. Des défis aussi au moment d'écrire l'histoire de l'Océanie ancienne. Écrire l'histoire d'un monde sans écriture L'étude de l'histoire de l'Océanie ancienne fait face à un défi majeur : l'absence de sources écrites avant le 19ᵉ siècle, à l'exception de l'Insulinde. La recherche s'appuie sur l'archéologie, la génétique, la linguistique et l'art. L'étude des poteries "Lapita" a ainsi permis de retracer plusieurs mouvements de populations et échanges commerciaux, sur des îles séparées parfois par plusieurs centaines de kilomètres de mer. Le rapport de ces populations d'Océanie à l'eau et aux mers et océans qui les entourent est fondamental, si bien que "tous les hommes qui vivent là, de façon traditionnelle, sont des hommes de la mer", explique Dominique Barbe, historien et auteur de L’Océanie ancienne, de Maui à Kamehameha Iᵉʳ. Dernière glaciation-début du XIXᵉ siècle (Belin, 2026). "Ils naissent avec la mer, sur la mer quelquefois, puisque quelques populations n'ont pas de résidence hors de leur bateau, dans le cas de certaines populations au large de Sulawesi ou de Bornéo. Ils vivent au rythme de l'eau, la mer fait partie de leur quotidien. On enfourche sa pirogue comme nous enfourchions à la même époque notre cheval." Les routes de l'eau L'immense espace océanien, de Sumatra à l'île de Pâques, d'Hawaï à la Nouvelle-Zélande, s'est peuplé en plusieurs vagues migratoires. Vers le 5ᵉ-6ᵉ siècle de notre ère, des navigateurs partis des Samoa et des Tonga atteignirent les Marquises et Tahiti, avant de conquérir Hawaï, la Nouvelle-Zélande et l'île de Pâques. Un des moyens de déplacement sur l'eau, les pirogues, sont des troncs évidés auxquels "petit à petit on met des bords", souligne Dominique Barbe. "C'est-à-dire qu'on noue - c'est typique de la navigation la plus ancienne qu'on ait pu retrouver et ça existe encore - on ne met pas de rivets, pas de clou, la métallurgie n'est pas connue. On met des nœuds. Ces nœuds, on enduit la bordure avec un enduit végétal, ça permet une plus grande souplesse au bateau, d'aller plus loin et surtout de mettre un peu plus de vivres." Dans ses récits de voyage en Polynésie, le navigateur et explorateur James Cook estimait ces esquifs comme plus rapides que ses navires, capables de parcourir 300 km en 24 heures. Les sociétés océaniennes : environnement, organisation et imaginaire La vie des sociétés océaniennes est profondément façonnée par leur environnement insulaire. Les archipels océaniens demeurent fragiles face aux fortes pressions démographiques, aléas climatiques ou environnementaux comme les éruptions volcaniques. Les sociétés voient l'émergence progressive de hiérarchies complexes. L'écosystème tribal, basé sur la chefferie, évolue en de véritables royaumes, comme celui des Tonga dès l'an 1000. L'océan occupe une place centrale dans l'imaginaire collectif au point que, dans la mythologie polynésienne, "les héros, les dieux, ont une part de leurs aventures qui se déroulent sur l'eau, quand ils ne naissent pas dans l'eau", précise Dominique Barbe. "Il y a deux choses très importantes : le ciel et l'eau. Le ciel avec ses étoiles, plus important que le soleil d'ailleurs, avec ces étoiles qui permettent de se guider au fil de l'eau, puisqu'on préfère voyager la nuit, pour des raisons qu'on comprend bien: les pirogues ne sont pas très grandes, il n'y a pas vraiment d'habitacle." Dans la mythologie polynésienne, la terre émerge des eaux, et le héros Maui, figure tutélaire du panthéon polynésien, est un pêcheur. Pour en savoir plus Dominique Barbe est maître de conférences honoraire à l'Université de la Nouvelle-Calédonie. Il a publié L’Océanie ancienne, de Maui à Kamehameha Iᵉʳ. Dernière glaciation-début du XIXᵉ siècle (Belin, 2026). Références sonores de l’émission : Poème tahitien, pour mesurer le temps, noté au début du 19ᵉ siècle ou à la fin du 18ᵉ siècle, France Culture, 15 décembre 1968. Raymond Graffe, spécialiste des cérémonies de marche sur le feu et du tatouage à propos de la mythologie tahitienne, France Culture, 24 mars 1988. Pierre Ottino, archéologue, sur les mouvements de populations dans le Pacifique et les techniques de navigation, France Culture, 2000. L'historien Jean Fremigacci à propos de la culture Lapita, France Culture, 22 décembre 1990. Jean-Claude Rivierre, linguiste, sur la diversité des langues parlées en Nouvelle-Guinée, Nouvelle-Calédonie, Australie et en Océanie, France Culture, 3 octobre 1989. Jean Lartéguy, écrivain et journaliste, à propos des voiliers d’Insulinde et des méthodes de navigation polynésiennes, France Culture, 12 août 1980. Lecture par Raphaël Laloum d'un extrait de James Cook, Troisième voyage de Cook, ou voyage à l'océan Pacifique, 1785. Musique : "Te Matamua", chanson de l’île de Rapa, France Musique, 6 août 1988. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.
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