EPISODE · Jun 7, 2026 · 1H 15M
Rage against the machine, avec Abel Quentin • Intérieur jour #10
from Intérieur jour · host Blandine Rinkel
Pourquoi est-ce qu’on a tant de mal à “voir ce que l’on voit” ? Est-ce que ChatGPT comptera pour la littérature de demain ? Un écrivain peut-il fonctionner au dopage numérique, à la manière d’un sportif ? Et de manière générale, une question plus difficile qu’elle n’en a n’a l’air : comment, aujourd’hui, dire quelque chose à quelqu’un ?Ce que vous allez écouter est une discussion avec Abel Quentin, auteur de quatre livres, trois romans dont Cabane (ed. Observatoire 2021) sur les 4 lanceurs d’alerte climatique du rapport Meadows de 1972 (qui alarmait sur les limites de la croissance) et un essai, qui vient de paraître, Sanctuaires (ed. Observatoire 2026), livre grinçant, joueur et pamphlétaire, composé de centaines de fragments qui nous encouragent, ni plus ni moins, à boycotter l’IA générative - qui n’est pas l’IA étroite (je vous laisse chercher la différence si, comme moi, vous l’ignoriez) -, et à imaginer des sanctuaires dont elle serait exclue. Qui peuvent être des âges de la vie, des lieux, des événements ou des oeuvres artistiques.Dans cette discussion, largement concentrée sur le chapitre de son livre intitulé “La littérature sous stéroïdes”, on se demande ce que la technologie fait à la littérature et en quoi la technique est une affaire politique. Abel Quentin formule aussi la tension croissante qu’il éprouve entre son goût du roman, du jeu, d’une tricherie salutaire, et l’urgence qu’il éprouve de prendre position clairement, d’appeler un chat un chat, d’engager son écriture et son existence. Des questions de forme qui sont des questions de fond. Bonne écoute.Le livre qui a changé sa manière de lire, paru en 1948 : “C'est qu'on lit vite, mal et qu'on juge avant d'avoir compris. Donc, recommençons. Cela n'amuse personne, ni vous, ni moi. Mais il faut enfoncer le clou. Et puisque les critiques me condamnent au nom de la littérature, sans jamais dire ce qu'ils entendent par là, la meilleure réponse à leur faire, c'est d'examiner l'art d'écrire, sans préjugés. Qu'est-ce qu'écrire? Pourquoi écrit-on? Pour qui? Au fait, il semble que personne ne se le soit jamais demandé.”• L’article de Télérama que l’on évoque a été écrit par Youness Bousenna, et le voici :"Le prochain prix Goncourt sera-t-il écrit avec une IA ? Du rejet à la curiosité, les écrivains prennent position”• Pour se familiariser avec la pensée d’André Gorz, qu'on évoque aussi, il a cette émission de radio par exemple. Il y a quelques mois, pour la radio belge, je lui avais quant à moi écrit une lettre, que je dépose là car elle ne me semble pas sans rapport avec la discussion : « À nous, traîtres en puissance, je nous souhaite de défendre nos vies »• Et l’extrait de Sanctuaires qui conclut la discussion est celui-ci : « La littérature, même la plus fielleuse, la moins consolatrice, rompt la solitude du lecteur. Jacques Ellul, en 1981 : « Si l’homme n’est pas dans sa parole, elle est un bruit. »Il désigne ainsi une parole encore humaine, mais que n’habite plus l’homme : la parole publicitaire, entre autres. Qu’en est-il, quand la parole n’est plus humaine ? Elle est moins qu’un bruit : elle est une abîme, creusé dans le vide lui-même. Parodie de parole, elle porte, en elle, la nostalgie de ce qu’elle a remplacé. »Intérieur nuit est une initiative 100% humaine et indépendante. Pour vous abonner, c’est ici : Get full access to Intérieur nuit at blandinerinkel.substack.com/subscribe
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