EPISODE · Nov 7, 2024 · 8 MIN
Rendre compte de notre gestion du monde - Méditation du vendredi 8 novembre 2024
from Méditations quotidiennes - Centre Le Pèlerin · host Centre Le Pèlerin
Évangile du vendredi 8 novembre - 31e semaine du Temps ordinaire Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions « Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière » (Lc 16, 1-8) En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.” Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.” Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris 80.” Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. » En commençant notre méditation, convenons immédiatement qu’il y a quelque chose d’un peu déroutant dans cet épisode de l’évangile de Luc qu’on appelle couramment la parabole de « l’économe infidèle ». Les exégètes ont d’ailleurs souvent débattu entre eux de sa signification. Tâchons tout de même de voir comment cette parabole peut encore éclairer notre quotidien d’humains du 21ème siècle, nous dont les référents socio-culturels sont si éloignés de ceux des gens à qui Jésus s’adressait, mais nous qui, pourtant, partageons les mêmes préoccupations ultimes, les mêmes aspirations au bonheur que ces frères et sœurs de jadis. Le texte s’illumine davantage si nous considérons que Dieu incarne lui-même le rôle de ce riche propriétaire, le Créateur de toute chose, qui a déposé sa confiance en chacun de nous, ses intendants, pour prendre soin de ses biens. On se souviendra que la Bible, notamment dans le livre de la Genèse, affirme que le Seigneur a attribué à l’humain une responsabilité particulière à l’égard de sa Création. Une Création précieuse par le fait de cette présence divine qu’elle porte en son sein. L’interpellation du riche propriétaire, « Rends compte de ta gestion » résonne alors d’une actualité vitale si nous la considérons, comme le pape François, sous l’angle de la crise environnementale que traverse notre monde. En écho à un consensus scientifique bien établi, mais aussi à la vue des graves perturbations climatiques qui affectent déjà douloureusement nombre de populations, le Saint-Père dressait le constat suivant dans son encyclique Laudato Si : « Si la tendance actuelle continuait, affirme-t-il, ce siècle pourrait être témoin de changements climatiques inédits et d’une destruction sans précédent des écosystèmes, avec de graves conséquences pour nous tous. »[1] Encore plus qu’au temps de Jésus, ce terme de « gestion » est omniprésent dans notre quotidien. Nous l’utilisons pour référer aux multiples façons dont nous exerçons notre contrôle et notre pouvoir sur les différentes ressources, extérieures à nous, qui sont mises à notre disposition: ainsi parle-t-on de ressources financières, humaines ou encore de ressources naturelles. À l’égard de ces dernières en particulier, peut-être est-il temps de faire évoluer le sens de notre gestion. Aujourd’hui, quand nous « gérons » le vivant et son milieu, ce rapport d’extériorité à nous-même se doit d’être questionné. Le modèle qui concevait la nature comme un réservoir de biens à exploiter sans réserve destinés à assouvir notre désir de consommer, ce modèle est arrivé à son épuisement.
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Évangile du vendredi 8 novembre - 31e semaine du Temps ordinaire Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions « Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière » (Lc 16, 1-8) En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.” Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.” Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris 80.” Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. » En commençant notre méditation, convenons immédiatement qu’il y a quelque chose d’un peu déroutant dans cet épisode de l’évangile de Luc qu’on appelle couramment la parabole de « l’économe infidèle ». Les exégètes ont d’ailleurs souvent débattu entre eux de sa signification. Tâchons tout de même de voir comment cette parabole peut encore éclairer notre quotidien d’humains du 21ème siècle, nous dont les référents socio-culturels sont si éloignés de ceux des gens à qui Jésus s’adressait, mais nous qui, pourtant, partageons les mêmes préoccupations ultimes, les mêmes aspirations au bonheur que ces frères et sœurs de jadis. Le texte s’illumine davantage si nous considérons que Dieu incarne lui-même le rôle de ce riche propriétaire, le Créateur de toute chose, qui a déposé sa confiance en chacun de nous, ses intendants, pour prendre soin de ses biens. On se souviendra que la Bible, notamment dans le livre de la Genèse, affirme que le Seigneur a attribué à l’humain une responsabilité particulière à l’égard de sa Création. Une Création précieuse par le fait de cette présence divine qu’elle porte en son sein. L’interpellation du riche propriétaire, « Rends compte de ta gestion » résonne alors d’une actualité vitale si nous la considérons, comme le pape François, sous l’angle de la crise environnementale que traverse notre monde. En écho à un consensus scientifique bien établi, mais aussi à la vue des graves perturbations climatiques qui affectent déjà douloureusement nombre de populations, le Saint-Père dressait le constat suivant dans son encyclique Laudato Si : « Si la tendance actuelle continuait, affirme-t-il, ce siècle pourrait être témoin de changements climatiques inédits et d’une destruction sans précédent des écosystèmes, avec de graves conséquences pour nous tous. »[1] Encore plus qu’au temps de Jésus, ce terme de « gestion » est omniprésent dans notre quotidien. Nous l’utilisons pour référer aux multiples façons dont nous exerçons notre contrôle et notre pouvoir sur les différentes ressources, extérieures à nous, qui sont mises à notre disposition: ainsi parle-t-on de ressources financières, humaines ou encore de ressources naturelles. À l’égard de ces dernières en particulier, peut-être est-il temps de faire évoluer le sens de notre gestion. Aujourd’hui, quand nous « gérons » le vivant et son milieu, ce rapport d’extériorité à nous-même se doit d’être questionné. Le modèle qui concevait la nature comme un réservoir de biens à exploiter sans réserve destinés à assouvir notre désir de consommer, ce modèle est arrivé à son épuisement.
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