Séries, l'histoire au prochain épisode : Downton Abbey, Peaky Blinders, The Crown, portraits de la nation anglaise episode artwork

EPISODE · Mar 18, 2026 · 58 MIN

Séries, l'histoire au prochain épisode : Downton Abbey, Peaky Blinders, The Crown, portraits de la nation anglaise

from Le Cours de l'histoire

Le Royaume-Uni se raconte à travers les séries Downton Abbey, Peaky Blinders et The Crown. Chacune nous fait plonger dans l'histoire, où le passé n'est pas seulement la toile de fond d'une intrigue, mais constitue l'intrigue elle-même. De la famille royale aux prolétaires, des maîtres et maîtresses aux domestiques, les séries traversent la guerre et donnent un aperçu, plus ou moins net, de l'impérialisme britannique. Les tensions sociales et les intrigues politiques charpentent le scénario. En somme, "God Save the séries télévisées". Les séries historiques, un genre "so British" Dans les années 2010, plusieurs séries britanniques historiques sont produites au Royaume-Uni. "Les Britanniques investissent énormément la fiction et les séries télévisées pour raconter une identité collective. Les chaînes de télévision publique, la BBC mais aussi ITV, ont un mandat de construction de récits qui représentent le Royaume-Uni et sa diversité. C'est un objet et une pratique sociale et culturelle importante pour les Britanniques", souligne l'historien Victor Faingnaert, auteur d'une thèse sur l'imaginaire social dans Downton Abbey et Peaky Blinders. Downton Abbey raconte l'histoire d’une famille aristocratique, les Crawley, et de leurs domestiques entre 1912 et 1926. "La famille Crawley est fictive, mais la série est tournée au château de Highclere et le scénario s'inspire énormément de l'histoire des Carnarvon, les propriétaires du château – qui sont des proches amis du showrunner [Julian Fellowes] –, et d'anecdotes plus générales de l'aristocratie britannique de cette époque", explique Victor Faingnaert. Quoique fictifs, les Crawley deviennent un archétype de l'aristocratie anglaise du début du 20ᵉ siècle. La série Peaky Blinders suit le groupe criminel du même nom qui sévit à Birmingham, la deuxième ville d'Angleterre, entre 1919 et 1936.The Crown, quant à elle, revient sur la trajectoire de la reine Élisabeth II à partir de 1952, à la veille de son couronnement. Comment l'Empire britannique est-il représenté ? L’Angleterre est représentée comme la puissance impériale par excellence, tandis que l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord sont en marge. Bien que Peaky Blinders se concentre principalement sur Birmingham, la série représente des ressortissants caribéens dans plusieurs épisodes. Les personnages jamaïcains "Jeremiah Jesus et Isaiah Jesus, le père et le fils, ont servi pendant la Grande Guerre et habitent à Birmingham, qui a une grande population jamaïcaine. Ils vont exprimer un point de vue sur l'ordre impérial", note Victor Faingnaert. L’Empire britannique apparaît comme un "trouble lointain" dans Downton Abbey. "C'est la formule employée par la série [...], mais on ne [mentionne] pas la question des massacres et de l'ordre répressif de l'armée britannique", relève l'historien. Dans The Crown, le Commonwealth, créé en 1949, est présent de manière explicite à travers la représentation des échanges politiques entre les dirigeants d’ex-colonies britanniques et la reine Élisabeth II ou encore la discussion des sanctions économiques appliquées à l'Afrique du Sud en raison de l'apartheid. Pour Victor Faingnaert, "la monarchie sort grandie de cette gestion du Commonwealth, en évacuant l'histoire, très dure, de l'Empire britannique et de sa décolonisation, qui est souvent présentée par les Britanniques comme une décolonisation pacifique par rapport à d'autres territoires, alors qu'elle fut meurtrière et sanglante." De la Couronne aux ouvriers Les trois séries braquent leur projecteur sur des univers sociaux différents. Downton Abbey et The Crown se présentent comme des odes à la Couronne britannique. "The Crown a l'idée de jouer sur les interstices et le côté privé du pouvoir. Au début, la monarchie n'a rien dit, et à partir de la saison 4, [elle a] demandé explicitement à ce que figure [la mention de] fiction", précise Victor Faingnaert. Peaky Blinders est plus critique à cet égard. Bien que la monarchie soit respectée par la bande des Peaky Blinders, elle est tenue responsable de certaines actions, à commencer par la Première Guerre mondiale. Toutefois, Victor Faingnaert nuance l'idée que cette série adopte un point de vue ancré à gauche, selon l'acception française : "[Au début], la série Peaky Blinders présente un point de vue ouvrier de gauche, mais va développer une vision tellement critique de l'establishment, du pouvoir, des relations sociales, qu'on peut la rapprocher d'une forme de libertarianisme. [...] C'est une sorte de récupération d'une forme libertaire avec une ambition capitalistique, plutôt classée à droite." De même, l’aristocratie britannique, centrale dans la structure sociale du Royaume-Uni, est au cœur de ces séries. À travers l’acculturation du personnage de Matthew Crawley au monde aristocratique, la série Downton Abbey présente les mœurs et traditions ancestrales de l’aristocratie. Une émancipation féminine à l’écran ? À l’image de la réalité historique, les femmes sont présentes et centrales dans le scénario de ces séries. Downton Abbey met en scène la capacité d’émancipation féminine par la question du travail et par celle du droit de vote. La benjamine Sybil travaille pendant la guerre ; la cadette Edith conduit des tracteurs puis devient éditrice ; Mary, l'aînée, finit par occuper le poste de gérante du domaine. "Le droit [de vote] accordé en 1919 ne concerne que les femmes propriétaires d'un certain âge. Il s'adresse principalement à l'aristocratie et à la bourgeoisie. [...] C'est aussi une loi de reconfiguration de la citoyenneté, qui retire un certain nombre d'individus de la citoyenneté britannique. Elle est complétée en 1926 par l'acquisition pleine et entière du droit de vote féminin", précise Victor Faingnaert. Loin de représenter l'entièreté de la société britannique, ces séries occultent certaines parties de la population. Downton Abbey et The Crown ne montrent pas la multiculturalité du Royaume-Uni qui existe pourtant dès le début du 19ᵉ siècle. Le Royaume-Uni apparaît comme une Angleterre blanche et rurale et les rapports coloniaux restent invisibilisés. Pour en savoir plus Victor Faingnaert est historien, docteur en sciences de l'information et de la communication. Il a soutenu la thèse intitulée "L'imaginaire social à travers les séries télévisées – La Grande Guerre britannique dans Downton Abbey et Peaky Blinders", sous la direction de Céline Ségur et Hélène Valmary à l’université de Lorraine en 2025. Références sonores de l'émission : Extraits de la série Downton Abbey créée par Julian Fellowes, saison 1, épisode 3 en 2010 et saison 4, épisode 6, en 2014. Extrait de la série Peaky Blinders créée par Steven Knight, saison 1, épisode 1, 2013. Reportage télévisé au moment du couronnement d'Élisabeth II, RTF, 2 juin 1953. Extrait de la série Combat ! créée par Robert Altman et Robert Pirosh, saison 1, épisode 15, 1963. Générique : "Gendèr" par Makoto San, 2020.

Episode metadata supplied by the publisher feed · Published Mar 18, 2026

Embed this episode

Ready to play

Séries, l'histoire au prochain épisode : Downton Abbey, Peaky Blinders, The Crown, portraits de la nation anglaise

0:00 58:42

No transcript for this episode yet

We transcribe on demand. Request one and we'll notify you when it's ready — usually under 10 minutes.

No similar episodes found.

No similar podcasts found.

Frequently Asked Questions

How long is this episode of Le Cours de l'histoire?

This episode is 58 minutes long.

When was this Le Cours de l'histoire episode published?

This episode was published on March 18, 2026.

Can I download this Le Cours de l'histoire episode?

Yes. Use the download control on the episode player to save the publisher-provided media file.
URL copied to clipboard!