Les poils de la vérité

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Les poils de la vérité

Ce podcast réfléchit à la production de vérités.On y parle de science, d'art, de Dr Who, de Michel Foucault, de Donna Haraway et de transcendance.Car oui, la vérité a des poils. Une nature, des odeurs, des recoins cachés. On va les explorer ensemble. Bonne écoute!

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    Episode 3 - Le rôle de la science

    Avant de parler de parties étonnantes de la physique, comme la physique statistique ou la renormalisation en théorie des champs quantiques, je vais d'abord évoquer dans cette épisode le rôle symbolique des sciences dans nos sociétés.Quand on veut dire que quelque chose est vrai, on argumente en disant que c'est “scientifiquement prouvé”. Dans notre société, la science est la voie de la vérité. C’est notre socle commun, la base de nos arguments.En prenant un peu de recul, on peut le voir comme une forme d’argument d'autorité. La science peut parfois être une manière abusive de valider son propos. Par exemple, durant le covid, beaucoup de décisions étaient présentées comme des résultats scientifiques. Or c’était des décisions politiques. Si ça avait été le cas, tous les pays auraient pris les mêmes décisions; or chaque gouvernement a agi différemment.Cette hégémonie dans la logique conduit parfois à des contre-attitudes. Des mouvements sceptiques apparaissent, comme les “platistes”, qui pensent que la Terre est plate. Ou les climato-sceptiques, qui ne croient pas au consensus scientifique sur les effondrements climatiques.La science devrait être un état des lieux raisonné, qui nous permet de prendre les bonnes décisions. Or on le voit, si on ne veut pas accepter un résultat, on trouvera toujours le moyen de le contester. Et le plus souvent, c’est lorsqu’ils sont opposés à nos intérêts personnels. La science a-t-elle vraiment le pouvoir de convaincre? Si l’on reprend l’image du savoir comme une pièce dans le noir avec une chercheuse munie de sa lampe de poche, on voit que le savoir peut-être à la fois objectif (ce qui est perçu est vrai) et orienté (on ne cherche pas dans toutes les directions de la même manière).La science a donc une orientation. On cherche dans une direction. Et ces orientations conduisent parfois à des décisions différentes. Dans l’exemple de l’agriculture, il y a plusieurs manières de s’attaquer aux nuisibles. Soit par la réponse proposée par l’industrie biochimique: les pesticides. Soit en jouant sur des équilibres naturels (en introduisant des prédateurs, par exemple, etc.). Face à un même problème, il peut y avoir des solutions très différentes.A l’inverse, développer des savoirs dans tous les sens peut être utilisé pour créer une diversion. Quand on a soupçonné les pesticides d’être la cause de l’extinction des abeilles, les industries agrochimiques ont massivement investi dans la recherche, mais dans plusieurs directions. Comme par exemple le frelon asiatique, afin de distiller le doute. Avec l’idée que s’il y a une indétermination, on ne va pas mettre en place une juridiction contraignante. Et ça a très bien fonctionné.Ainsi, on peut utiliser la science contre elle-même.D’ailleurs, pourquoi est-ce que les pays investissent autant dans la formation, la recherche, la science? Est-ce que nos gouvernants sont amoureux du savoir, de la sagesse? C'est possible. Il faut néanmoins rappeler que la science est un moteur économique. Elle soutient l’innovation, la croissance des entreprises. La science est peut-être la voie de la vérité, mais elle est assurément également un moteur économique.Et si nous acceptons d’investir autant dans la science, c’est parce qu’il y a l’argument moral de la médecine. La science a parfois le pouvoir de sauver des vies: il serait donc immoral de ne pas le faire. C’est depuis un argument marketing, nous pensons automatiquement que l’innovation améliore la qualité de nos vies.On le voit, on peut critiquer la science. Mais ce qui m'étonne, c'est que les personnes les plus sceptiques continuent à utiliser des arguments scientifiques. Comme si, envers et contre tout, la science reste la voie de la vérité..Dans le prochain épisode, nous parlerons de la maudite physique statistique.

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    Episode 2 - Le soupçon d'épistémologie

    Dans cet épisode, nous allons aborder un instant la philosophie des sciences: l'épistémologie. Comment fonctionnent les sciences?Les physiciens et physiciennes ont une approche assez pragmatique. Iels développent des théories, puis inventent des expériences. L'expérience est reproduite un grand nombre de fois: la statistique permet de confirmer ou non l'hypothèse testée. Si elle est invalidée, il faut en proposer une nouvelle.En gros, cela correspond à l'épistémologie de Karl Popper de 1934 et à son concept de falsification. Pour lui, la caractéristique de la science est qu'elle n'est pas dogmatique : il n'y a aucun a priori sur ce que devrait être la vérité: tout doit être vérifié expérimentalement. Une expérience doit pouvoir confirmer ou infirmer une hypothèse. Les expériences doivent être documentées, de sorte que l'on puisse reproduire le résultat.Avec ces quelques idées, tout résultat peut être reproduit; si on pense qu'une hypothèse est fausse on peut et on doit le démontrer. Rien n'est arbitraire.Cette idée plaît aux scientifiques, même si elle ne tient pas compte de toutes les réalités.Par exemple de la pression qu'ont les chercheureuses à produire des résultats, à publier. Les effets de modes, même dans la science. Le fait que tous les papiers ne sont pas lus, toutes les expériences ne sont pas reproduites.On peut imaginer le savoir comme une grande pièce plongée dans le noir. Un chercheur serait une personne munie d'une lampe de poche: elle choisit ce qu'elle éclaire, la direction dans laquelle elle va. Par des effets sociaux, des parties entières du savoir peuvent rester dans le noir.Mais il y a aussi des critiques structurelles.Willard Van Orman Quine dit qu'un résultat scientifique n'est jamais isolé. On ne teste jamais une seule hypothèse. On ne calcule jamais uniquement la vitesse de la lumière, par exemple. Dans un ensemble de savoirs convenus - une théorie de la lumière, des unités de mesures, des hypothèses sur les détecteurs - on rajoute un savoir supplémentaire, par exemple la vitesse de la lumière. Si une de nos hypothèses était fausse, comme l'ensemble a été construit de manière cohérente, on ne le saurait pas forcément.Une seconde critique est celle de Paul Feyerabend, qui parle d'incommensurabilité. Prenons l'exemple de la gravité. Il y a eu la théorie de Newton, puis celle d'Einstein, la relativité générale. Comment peut-on savoir laquelle est la plus juste? La première utilise les forces: elle les additionnent entre elles pour trouver la résultante - qui donne l'accélération. Dans la relativité générale, la courbure de l'espace-temps modifie le mouvement des objets. Comment comparer deux théories qui n'ont aucun lien entre elles? Est-ce que vous préférez les fraises ou un bon sommeil? Dans cet exemple précis, c'est assez simple. De la relativité générale, on retrouve les lois de Newton. Et la relativité générale prédit d'autres phénomènes, comme la courbure de la lumière à proximité d'un objet massif comme les trous noirs, bien qu'elle n'ait pas de masse, ou plus récemment les ondes gravitationnelles. Mais ça peut ne pas être toujours le cas.Malgré ces objections, la science propose un scepticisme systématique assez convaincant. Tant qu’une affirmation n’est pas prouvée, elle est fausse. Et tout peut être questionné, tout doit être remis en question.Notons qu’on ne retrouve pas cette ouverture chez ceux qui critiquent trop violemment les sciences…Dans le prochain épisode, nous parlerons de la perception et du rôle des sciences dans nos sociétés.

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    Episode 1 - Les Méditations métaphysiques de René

    Dans cet épisode, nous allons parler d'une idée à la fois magnifique et terrifiante, qui concerne en particulier l'histoire européenne : la table rase du passé.Nous allons commencer cette série sur la vérité par le livre de René Descartes, "les méditations métaphysiques", paru en 1641.Dans ce livre, Descartes nous propose chaque jour une réflexion, afin de construire - avec lui - un savoir sûr.Dans un premier temps, il commence par se dire qu'il ne sait pas quel savoir est vrai ou non. Il doute des savoirs, mais aussi de ses sentiments ou de ses idées.Il propose donc de repartir à zéro, de faire table rase du passé.Quand on rêve, on ne sait pas que l’on dort. Est-ce que tout notre monde pourrait n’être qu’une illusion?Son argument est le suivant: un malin génie est peut-être dans notre esprit et nous fait penser et voir des choses fausses. Mais même dans ce cas, même si nos pensées sont trompées, on ne peut pas douter que l'on pense. C'est le fameux Cogito: je peux douter de tout mais je ne peux pas douter que je doute. Voilà une première vérité, indubitable : j'existe.Comment continuer? En avançant prudemment, pas à pas, en n'admettant que des vérités "claires et distinctes". Par exemple la logique, ou les mathématiques : il nous paraît incontestable que 1+1=2.Il propose de reconstruire les savoirs en repartant de rien, en prouvant tout ce qu'on avance. C'est une belle idée, un peu totalitaire et un peu illusoire aussi. Tout ceci, vous le savez peut-être.Ce qu'on dit moins, c'est que cet ouvrage, classique de la philosophie rationaliste, est écrit à la première personne. Descartes nous parle, il nous raconte une histoire.C’est l’opposé de ce qui se fait aujourd’hui, ou l'on présente un fait comme étant vrai justement parce qu'il ne dépend pas de la personne qui l'écrit. Descartes parle depuis sa position, et ça ne décrédibilise pas son propos: à aucun moment on se dit : ce qui est vrai pour René n'est pas vrai en général.Ainsi, le plus rationaliste des ouvrages est une méditation, une autofiction, une histoire.Dans le prochain épisode, nous parlerons de la science et de sa méthodologie. La science produit des résultats solides, malgré certains paradoxes bien identifiés.

  4. -2

    Episode 0 - Introduction

    Ce podcast réfléchit à la production de vérités.On entend parfois: “mais si, c’est vrai, ça a été prouvé scientifiquement!”Dans notre système symbolique, la vérité est associée à la science.La science nous a plongés dans la Modernité, mais elle est aujourd’hui fortement remise en question. Et aussi pour de bonnes raisons.La science n’est pas extérieure à la société: la recherche est faite par des humains. Mais est-ce que cela signifie que la science est contingente, ou orientée?La science a comme fonctionnement le doute. Est-ce que toutes les vérités sont relatives?Est-ce que la science peut affirmer quelque chose, comme le réchauffement climatique ou la validité des vaccins?À l'heure des fake news et de la mise en doute des sciences, ces questions sont devenues politiques.Faut-il être assis derrière son bureau ou dans un labo pour faire de la science?Est-ce que la vérité dépend de la manière dont on la raconte?Mais surtout, est-ce que d’autres types de vérités sont possibles?Je vais commencer par Descartes et la physique, par la sociologie pour aller vers l'art, en passant par Dr Who, la physique statistique, Michel Foucault ou encore la transcendance.Bonne écoute!

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